Pays : Canada / France Label : Deutsche Grammophon Genres et styles : musique de film Année : 2025

Howard Shore/Orchestre Philharmonique de Radio France – Shore : Anthology

· par Frédéric Cardin

Un week-end Howard Shore, c’est ce à quoi les Parisiens ont eu droit au printemps 2023. On est jaloux. En attendant que quelqu’un à Montréal décide de rendre, en sa présence, ce genre d’hommage à ce Canadien adulé par les mélomanes de cinéma et même au-delà, nous pourrons nous plonger dans la somptuosité et l’indéniable puissance émotionnelle de sa plume tout autant épique et subtile.

Imaginez les splendides Orchestre philharmonique et Maîtrise de Radio France interprétant dans une prise de son bellement naturelle, signée de la fameuse étiquette jaune, l’une des plus exceptionnelles musiques de cinéma de notre époque, Le Seigneur des Anneaux, épisode I, La Communauté de l’Anneau

Ce qui est intéressant au-delà du fait de réentendre cette partition iconique dans une version nouvelle, c’est d’entendre la vision personnelle de son compositeur. Howard Shore, ici libéré des contraintes de temps, d’argent et d’exigence de synchronisation avec les images, nous offre une lecture qui me semble, à moi qui ai écoutée si souvent la version originale, plus ‘’épanouie’’. On dirait que les phrases mélodiques prennent une ampleur instinctive, portées par des legatos encouragés par le maestro et soulignant toute leur noblesse ou leur menace, c’est selon. Par exemple, The Halls of Durin, quand, dans les ténèbres de la Moria, se révèle la magnificence poignante de l’architecture des Nains disparus de la tribu de Durin, on a des frissons. Dès les premiers accords de l’ouverture, si reconnaissables, on est happés et transportés dans ce monde fantastique, complet, immense, infini de possibilités. Gandalf’s Lament, qu’on entend de façon discrète dans le film, est ici magnifié et rendu à la nature de son titre avec la présence d’un soliste vocal aux accents exotiques. Et ainsi de suite. Oui, la musique de film, la bonne, peut avoir une vie hors de l’écran aussi nourrissante que la musique ‘’de concert’’. La preuve. 

Je chipoterai seulement sur les voix de basses dans Durin’s Bane, la fameuse scène embrasée du colossal Balrog, qui manquent de rondeur et de… basses. Et aussi sur la voix soliste qui suit immédiatement, illustrant la chute de Gandalf dans l’abysse. Non, ça ne le fait pas du tout cette fois. On a choisi une voix de soprano chevrotante alors que la partition demande un jeune garçon à la voix pure sans vibrato. Mais bon, c’est la nature des interprétations. La musique vit et ne vibre pas toujours entièrement, dans chacun de ses recoins, au même rythme que nos sensations.

La longue suite extraite du Seigneur des Anneaux, premier tome (on aimerait avoir l’équivalent pour les deux autres par les mêmes forces) remplit essentiellement le premier des deux albums de cette production. On y a ajouté un très bel extrait de la partition du premier film The Hobbit, très beau soliloque pour hautbois et orchestre. 

Le deuxième album est consacré à quelques suites d’autres partitions de cinéma de Shore : Crash, The Fly (qui est aussi le sujet d’un opéra de Shore, mais qui n’est pas joué ici), Ed Wood, Naked Lunch, et quelques autres. 

Je ne me rappelais pas de la musique de The Fly (pour le film de son ami David Cronenberg). J’y découvre une partition qui oscille entre atonalisme, modernité dissonante et néo romantisme. Pour ceux et celles que ça intéresse, son opéra sur le même sujet est très intéressant. Les partitions suivantes témoignent de collaborations tout aussi emblématiques : Cronenberg encore avec Naked Lunch (atmosphère sombre Britten-esque mais entrecoupée de solos de saxophones jazz) et Crash, la partition la moins traditionnelle du programme avec ses décors mystérieux et métalliques pour guitare électrique, percussions et orchestre de chambre, et qui donnent vie à cette étrange vision cinématographique d’un monde de fétichisme érotique associé aux voitures. L’hommage à la collaboration entre Shore et Tim Burton est bien sentie grâce à une truculente suite en trois mouvements pour thérémine et orchestre tirée de la musique du film Ed Wood. 

Un album qui dresse un portrait flatteur et généreux d’un compositeur qui a su adapter sa plume à toutes sortes de situations tout en maintenant constamment un très haut degré d’inspiration et de pouvoir dramatique.

Très réussi.

Tout le contenu 360

Domaine Forget 2026 | Marc Hervieux chante 35 ans de carrière

Domaine Forget 2026 | Marc Hervieux chante 35 ans de carrière

Concerts aux Îles du Bic | Robin Servant : la musique comme lieu de rencontre

Concerts aux Îles du Bic | Robin Servant : la musique comme lieu de rencontre

Domaine Forget 2026 | Bach éternel et éternelles passions avec Rachel Barton Pine

Domaine Forget 2026 | Bach éternel et éternelles passions avec Rachel Barton Pine

Lanaudière 2026 | Macbeth, une tragédie portée par des voix d’exceptions

Lanaudière 2026 | Macbeth, une tragédie portée par des voix d’exceptions

OSHEAGA 2026 I Not For Radio se réincarne sur la scène de la Forêt

OSHEAGA 2026 I Not For Radio se réincarne sur la scène de la Forêt

OSHEAGA 2026 I Viagra Boys au centre d’un gigantesque défouloir

OSHEAGA 2026 I Viagra Boys au centre d’un gigantesque défouloir

OSHEAGA 2026 I Turnstile, fièvre technicolore

OSHEAGA 2026 I Turnstile, fièvre technicolore

OSHEAGA 2026 I Filles hot au musée

OSHEAGA 2026 I Filles hot au musée

Lanaudière 2026 | Un festin symphonique en quatre services, signé Liu et Payare

Lanaudière 2026 | Un festin symphonique en quatre services, signé Liu et Payare

OSHEAGA 2026 I Little Simz: classe décontractée, énergie phénoménale

OSHEAGA 2026 I Little Simz: classe décontractée, énergie phénoménale

OSHEAGA 2026 I Sofia Isella is Visceral and Muddy

OSHEAGA 2026 I Sofia Isella is Visceral and Muddy

Visible Cloaks – Paradessence

Visible Cloaks – Paradessence

OSHEAGA 2026: JID s’efface peut-être mais ne faiblit pas

OSHEAGA 2026: JID s’efface peut-être mais ne faiblit pas

OSHEAGA 2026: Wet Leg, direction magnétisme et présence

OSHEAGA 2026: Wet Leg, direction magnétisme et présence

Élan de cordes dans les parcs de Montréal avec Andrei Feher et l’Orchestre classique de Montréal

Élan de cordes dans les parcs de Montréal avec Andrei Feher et l’Orchestre classique de Montréal

Lanaudière 2026 | Concert aux multiples héros pour Marie-Nicole Lemieux et Rafael Payare

Lanaudière 2026 | Concert aux multiples héros pour Marie-Nicole Lemieux et Rafael Payare

SAT | Plongée micro-macroscopique

SAT | Plongée micro-macroscopique

OSHEAGA 2026 I The xx rêve vert monochrome

OSHEAGA 2026 I The xx rêve vert monochrome

OSHEAGA 2026 I Wolf Alice domine la Montagne

OSHEAGA 2026 I Wolf Alice domine la Montagne

OSHEAGA 2026 I Geese désinvolture dans la Forêt

OSHEAGA 2026 I Geese désinvolture dans la Forêt

OSHEAGA 2026 | Blood Orange, au yable la promo, place au divin

OSHEAGA 2026 | Blood Orange, au yable la promo, place au divin

OSHEAGA 2026 I Leon Bridges défie la gravité

OSHEAGA 2026 I Leon Bridges défie la gravité

Clara Cantore – Regreso

Clara Cantore – Regreso

Lido Pimienta – Caribenya

Lido Pimienta – Caribenya

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné