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Pays : Royaume-Uni Label : Warner Classics Genres et styles : classique moderne / jazz Année : 2022

A. Balsom, S. Stroman, Britten Sinfonia – Quiet City

· par Alexandre Villemaire

Quiet Ciy, c’est d’abord une pièce de théâtre de l’écrivain Irwin Shaw pour laquelle Aaron Copland a composé la musique. Elle relate l’histoire de deux frères : l’un a délaissé ses rêves de devenir poète au profit de son avancement dans la haute société, et l’autre est un musicien, libre, pauvre, mais idéaliste, représentant tout ce que son aîné a abandonné. Si la pièce de Shaw a été un échec, la partition lui a survécu pour devenir une œuvre autonome. Interprétée ici dans sa version pour orchestre à cordes, chaque intervention de la trompette est un fantôme rappelant au protagoniste son passé, tout en le confrontant à sa propre réalité. C’est en puisant dans cette essence plaintive et envoûtante qu’Alison Balsom, trompettiste britannique, brode un univers sonore campé autour des thématiques de la mélancolie et de la nostalgie. 

Ainsi, après un Pas de deux tiré du ballet On the Town de Bernstein, The Unanswered Question du compositeur américain Charles Ives apparaît comme une prolongation naturelle de cette narration en plongeant l’auditeur dans une ambiance méditative, après une vivifiante Rhapsody in Blue. Sur un tapis harmonique joué par les cordes, la trompette pose « l’éternelle question de l’existence » à laquelle un quatuor de bois répond de manière de plus en plus dissonante et agitée. L’arrangement pour Miles Davis du fameux Concerto de Aranjuez de Rodrigo par Gil Evans amène une sonorité jazz. Celle-ci vient contraster avec l’émotivité des pièces précédentes en apportant une couleur sonore apaisante à ce voyage intérieur, qui se conclut de manière symbolique par la prestation feutrée de My Ship de Kurt Weil : un peu comme si l’angoisse s’éloignait pour laisser place à l’espoir.

Typique de la polyvalence artistique et de l’éclectisme stylistique d’Alison Balsom, ce melting-pot de classique et de jazz, qu’appuient habilement le Britten Sinfonia et Scott Stroman, nous fait apprécier la variété des couleurs de l’instrument et traverser un imaginaire empreint d’américanité, de doute, mais aussi de liesse et de plénitude.

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