rock / space-rock

Passe-temps eschatologique : Pink Floyd, Live à Pompéi (1972)

par Rupert Bottenberg

Au public des mélomanes privés de concerts, nous en proposons un sans public : les superstars du rock progressif britannique à leur apogée dans l’amphithéâtre romain en ruines d’une cité fantôme.

Vous êtes confiné à votre appartement, sans la possibilité d’assister à un concert en vrai avant un petit moment, et vous êtes aux prises avec deux démons, celui de l’apocalypse et celui de la morosité irritée. Permettez-nous de vous prescrire un remède, qui devrait vous soulager au moins partiellement, qui intègre l’expérience du concert (à une certain distance), chasse l’ennui et atténue suffisamment l’angoisse existentielle pour la rendre endurable.

Au public des mélomanes qui n’ont aucun concert à se mettre sous la dent, nous proposons un concert sans public – autre que l’équipe de production, les fantômes des disparus et, pour reprendre le titre d’une chanson du Floyd, peut-être plusieurs espèces de petits animaux à fourrure. Filmé sur quatre jours en octobre 1971, au beau milieu de l’amphithéâtre romain en ruines de la cité fantôme (avec quelques plans d’appoint tournés dans un studio de télé parisien deux mois plus tard), Pink Floyd : Live à Pompéi montre les superstars du rock progressif britannique à leur apogée, juste avant la parution de leur superbe disque Meddle.

Live à Pompéi commence et se termine par une version coupée en deux de l’épique face B du disque, la pièce Echoes, qui dure 23 minutes. Malheureusement, le film n’est disponible sur aucun service de visionnement en continu et n’existe qu’en DVD, sorti en 2002 et disponible sur Amazon. Des extraits existent cependant sur YouTube, nous commencerons donc par la première moitié d’Echoes.

Echoes Pt. 1

Ville charmante, prospère et culturellement animée, Pompéi a été soudainement détruite par l’éruption du Vésuve en l’an 79 de notre ère. Ses citoyens, ainsi que leurs espoirs, leurs rêves et leurs souvenirs les plus chers, ont été ensevelis sous les sables du temps – façon de parler – ç’a plutôt été cinq mètres de cendres volcaniques brûlantes. Ouille !

Toujours est-il que dans les ruines de Pompéi, les archéologues ont mis au jour un vaste ensemble de trésors sur le plan socioculturel et une myriade de mosaïques, de bas-reliefs et de fresques qui sont autant d’évocations tourmentées d’Éros et de Thanatos. Des ressources inestimables pour les spécialistes de l’Antiquité, mais surtout des images de choix pour le réalisateur Adrian Maben lorsque les plans du quatuor, défoncé et un brin mollasson, devenaient lassants.

Il y a aussi un gong. Admirez de quelle façon le bassiste Roger Waters montre à ce gong qu’il est le patron.

Saucerful of Secrets

On pourrait en discuter, mais le point culminant du film se situe à mi-chemin. Le morceau le plus marquant de Meddle est le menaçant et propulsif One of These Days, et c’est à ce moment que le batteur Nick Mason brille. En fait, pas dans les images de Pompéi, peut-être était-il trop stone, mais peu importe, dans ce passage, il est génial.

One of These Days

Pink Floyd a créé un sacré précédent en matière de prog-rock avec Live à Pompéi. Le groupe allemand Tangerine Dream a fait une tournée dans une série de cathédrales européennes au milieu des années 70, s’entourant d’une véritable forteresse de synthés analogiques et offrant des prières krautrock aux dieux anciens des temps futurs maintenant oubliés. En 1975, leur concert à la cathédrale gothique de Coventry, en Angleterre, a fait l’objet d’un film aux images saturées d’effets numériques primitifs. Le résultat, aussi hilarant qu’hallucinant a été diffusé à la BBC2 en 1976.

Tangerine Dream

Diffusé sur le canal 13 au Chili et à la Radio Televisión Peruana au Pérou en 1981, Alturas de Machu Picchu présente des similitudes encore plus grandes avec la sortie éducative de Pink Floyd. Los Jaivas étaient les rois du rock progressif sud-américain, combinant avec le même enthousiasme musique folklorique andine et jams cosmiques. Le groupe chilien a tourné dans les célèbres ruines de la « cité perdue des Incas » une version en lip-sync de son album du moment, une interprétation musicale d’un poème du héros national chilien, Pablo Neruda. La présentation est assurée par le célèbre auteur Mario Vargas Llosa. Le programme complet apparaît de temps à autre sur YouTube, pour être aussitôt retiré. Mais voici l’un de ses grands moments : la grandiose La Poderosa Muerte.

Alturas de Machu Picchu

Pour boucler la boucle, nous retournons à Pompéi pour la deuxième partie de Echoes. Bon visionnement!

Echoes Pt. 2

Tout le contenu 360

Akousma | Matière limpide pour Eaux mêlées

Akousma | Matière limpide pour Eaux mêlées

Akousma | Mélanie Zhou et les échos du deuil

Akousma | Mélanie Zhou et les échos du deuil

Akousma | Le legs de feue Chantal Dumas

Akousma | Le legs de feue Chantal Dumas

Akousma | Manipulations en temps réel et douce violence chez Xavier Ménard et Diego Bermudez-Chamberland

Akousma | Manipulations en temps réel et douce violence chez Xavier Ménard et Diego Bermudez-Chamberland

Akousma | Synthèse rétroactive selon Alex Brisson

Akousma | Synthèse rétroactive selon Alex Brisson

Akousma | Manuella Blackburn, une poétique de l’ordinaire

Akousma | Manuella Blackburn, une poétique de l’ordinaire

Oktoecho x FMA | Katia Makdissi-Warren, 25 ans de pratiques métissées et nouvelles collaborations symphoniques

Oktoecho x FMA | Katia Makdissi-Warren, 25 ans de pratiques métissées et nouvelles collaborations symphoniques

Guillaume Côté et Les Songes d’une nuit d’été : le chorégraphe nous parle de son rapport intime avec la musique

Guillaume Côté et Les Songes d’une nuit d’été : le chorégraphe nous parle de son rapport intime avec la musique

SQMC/Chapelle historique du Bon-Pasteur : à la découverte de la musique contemporaine québécoise

SQMC/Chapelle historique du Bon-Pasteur : à la découverte de la musique contemporaine québécoise

OSM | De la virtuosité de Kavákos au flamboyant Oiseau de feu

OSM | De la virtuosité de Kavákos au flamboyant Oiseau de feu

Jayleen McCarty : «Je ne suis pas née reine, je le suis devenue»

Jayleen McCarty : «Je ne suis pas née reine, je le suis devenue»

Akousma| Felix Deufel nous fait découvrir la richesse sonore inouïe de l’Arctique

Akousma| Felix Deufel nous fait découvrir la richesse sonore inouïe de l’Arctique

Akousma | Les Artefacts sonores de Roxanne Turcotte

Akousma | Les Artefacts sonores de Roxanne Turcotte

Akousma | Duo Audréanne Filion et Myriam Bleau : là où réel et virtuel se confondent

Akousma | Duo Audréanne Filion et Myriam Bleau : là où réel et virtuel se confondent

Akousma | Exzald S, la violence du calme

Akousma | Exzald S, la violence du calme

Mois du Créole 2026 | Richy Jay fait vivre le konpa et le zouk à Montréal

Mois du Créole 2026 | Richy Jay fait vivre le konpa et le zouk à Montréal

OSM | D’un quatuor à l’autre à Bourgie, Debussy révèle toute la complicité des musiciens de l’OSM

OSM | D’un quatuor à l’autre à Bourgie, Debussy révèle toute la complicité des musiciens de l’OSM

Akousma | Melanie Zhou : façonner le son, traduire l’émotion

Akousma | Melanie Zhou : façonner le son, traduire l’émotion

Akousma | Alex Brisson et l’exploration musicale du feedback

Akousma | Alex Brisson et l’exploration musicale du feedback

Caprice au 9e : un agréable essai de rencontre baroque et carnatique

Caprice au 9e : un agréable essai de rencontre baroque et carnatique

Le Vivier | La fièvre (tonitruante) du dimanche soir

Le Vivier | La fièvre (tonitruante) du dimanche soir

Piknic Électronik x Igloofest: un dernier hourrah! avant janvier

Piknic Électronik x Igloofest: un dernier hourrah! avant janvier

Le Vivier | Albane Tamagna, autres modes de jeu de la flûte

Le Vivier | Albane Tamagna, autres modes de jeu de la flûte

Mois du Créole 2026 | David Bontemps : des frissons du début à la fin

Mois du Créole 2026 | David Bontemps : des frissons du début à la fin

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné