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Turbine : casser les codes et redéfinir le jeu de la scratch music

Interview réalisé par Elsa Fortant
Genres et styles : EDM / EDM / électronique / Électronique

renseignements supplémentaires

https://turbinescratchmusic.bandcamp.com/track/warm-up

Turbine, c’est l’association de trois DJ et producteurs français basés à Montréal, bien décidés à faire bouger les codes de la scratch music avec un projet au carrefour de l’EDM et de la dimension performative du turntablism.

Les traditions française et américaine de la scratch music trouvent toutes deux leurs racines dans la culture hip-hop et l’utilisation des platines comme instrument de musique. Aux États-Unis, la scratch music a joué un rôle important dans le développement précoce du hip-hop et dans l’émergence d’autres genres de musique électronique, comme la techno et la house.

En France, la scratch music a également été une partie importante des scènes de musique électronique, mais elle a évolué différemment. Elle est parfois considérée comme plus étroitement liée à la scène club, influencée par des genres comme la drum and bass, le funk et le jazz, ce qui lui a donné un son et une saveur distincts, comme l’illustrent les groupes Chinese Man et C2C. Turbine souhaite se différencier de cet héritage en explorant des sons appartenant à la bass music.

Le trio s’est frotté aux meilleurs turntablists du monde lors du Championnat DMC 2022 il y a quelques mois pour y remporter la quatrième place, une excellente performance pour un groupe émergent. PAN M 360 a saisi l’occasion d’interroger Benjamin, Nico et Tony alors qu’ils viennent d’autoproduire leur premier single, Warm Up et qu’ils sont en pleine préparation d’un live pour 2023. 

Crédits Bruno Destombes

PAN M 360 : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous parler de votre rôle dans le groupe ?

Benjamin : J’ai commencé le djing à 17 ans. Je me suis vite mis à la production hip-hop et ça a rapidement dévié vers la drum and bass, puis vers l’électro. Je me suis vraiment passionné pour la production, pour le mixage et les techniques de sound design. Il y a huit ans, je suis arrivé à Montréal en tant que sound designer de jeux vidéo. Mon rôle dans le groupe c’est principalement de produire.

Nico : Nico ou DJ Noyl, je ne produis pas du tout ou très peu, je suis plutôt DJ hip-hop de formation, puis j’ai aussi connu l’électro par la suite. Maintenant ma carrière est un mélange de DJing et de scratch avec des groupes ou des collectifs. L’année avant le covid, plus de la moitié de mes gigs c’était scratcher en show.

Tony : Dans le groupe, je m’occupe pas mal de la technique et de faire en sorte que tout fonctionne. Je fais du scratch grâce à Benjamin qui m’a montré ça il y a une vingtaine d’années et quand je suis venu à Montréal il y a une dizaine d’années, il m’a rejoint. Sinon professionnellement je suis sound designer, et je fais du montage sonore.

PAN M 360 : Benjamin et Tony, vous vous connaissez depuis longtemps. Nico, comment es-tu arrivé dans l’équation ?

Nico : C’est une bonne question. J’imagine par le scratch, on a dû se croiser à des événements.

PAN M 360 : Justement, que pouvez-vous me dire de la scène scratch à Montréal, quels en sont les lieux importants ?

Nicolas : Il y a pas mal de scratcheurs quand même. Il y a des événements mensuels avec un live band et puis genre quatre ou cinq platines et puis tu peux aller scratcher open decks dans un bar. C’est une petite plateforme pour tout le monde. Il y a à peu près tous les niveaux. Le problème c’est que la communauté scratch a peu d’espaces pour se retrouver. Y’en a un peu pendant la Nuit Blanche, pendant les Francos. À Ausgang il y a des concerts comme ceux de Killa Jewel. Hormis le West Shefford qui nous offre un endroit tous les dimanches il n’y a pas tant d’événements fixes ou de grosses soirées comme dans le temps quand je suis arrivé.

Benjamin : Le 180g accueillait des soirées aussi parfois.

PAN M 360 : Dans le contexte que vous venez de décrire, qu’est-ce qui vous a poussé à créer le projet Turbine ?

Nico : L’envie ! Et puis il y a un manque. C’est un souvenir d’un statut Facebook d’il y a 10 ans qui a parti le truc qui est revenu sur mon mur ou je disais tiens, c’est bizarre, y a pas de scratch. Et puis j’ai envoyé un message à Benjamin et à Tony. Deux jours après on buvait une bière, 2 jours après, on était en répète. Ça s’est quand même fait assez vite.

PAN M 360 : Comment fonctionne votre processus de création ?

Tony : Ce n’est pas très traditionnel comme processus de création comparé à un groupe de rock ou de rap où t’arrives avec une version instrumentale, des paroles, tu chantes, tu enregistres, ça fait un single, puis t’empiles des singles, ça fait un album. C’est plus compliqué dans le sens où on commence par produire des tracks, on se redistribue la musique pour se la réapproprier pour pouvoir la jouer. Le but du projet, sa vision, c’est de faire un vrai show en live qui soit assez puissant et agréable à regarder, que ce soit pas juste trois mecs en train de pousser des disques.

Nico : Hormis le premier single Warm Up qu’on a produit à trois, pour l’instant toutes les productions qu’on utilise sont celles de Benjamin. On a besoin de monter une heure de live assez vite et comme Tony dit, c’est super lent comme processus. On est obligé de produire, faire des triples exports pour se les partager une première fois; les réexporter pour les mettre en format vinyle, parce qu’il faut les placer les sons à certains endroits pour pouvoir les scratcher. Après ça faut aller travailler des dizaines et des dizaines de fois pour que ça rentre et qu’à l’oreille, t’entende pas trop les scratchs. C’est beaucoup, beaucoup de boulot. 

PAN M 360 : C’est particulier de vouloir faire de la scratch music sans trop laisser entendre les sons caractéristiques du scratching (attaques, etc.) ?

Tony : Le but du jeu, c’est que ça reste musical, dansant et accessible et écoutable.

Nico : Oui, il ne faut pas que ça scratche l’oreille. J’’avais fait écouter notre single Warm Up à Skills qui est champion du monde DMC. Lui m’avait dit – pourtant il est champion de scratch – « y a trop de scratch ». Parce qu’il a compris l’intention qu’on avait, qui était de faire un truc hyper dansant, à écouter limite dans ton salon, mais le plus possible pour danser. Donc on essaie de pas trop en faire ou alors d’être le plus musical possible avec le scratch, de pas être trop technique.

PAN M 360 : Avez-vous adopter la même approche pour les DMC World Championship 2022 auxquels vous avez participé et avez remporté la 4è place ?

Nico : Les DMC tu peux en tartiner un peu plus. Mais même chose si t’en mets trop… En plus tu as quatre juges qui te regardent et qui vont voir les erreurs, il vaut mieux en faire moins. Notre 6 min de DMC c’est notre 25 min de show en compressé. On l’a adapté pour qu’il soit plus visuel, c’est pour ça qu’on change plus de platine, on se déplace. C’était très électronique pour les DMC ce qu’on a fait quand même, trop peut-être. L’intention était de montrer nos morceaux et je pense qu’il y a plein de gens qui n’ont pas compris que c’étaient nos morceaux. Après ça nous a fait une bonne pub, c’est bon sur le CV, on a représenté le Canada au championnat du monde, donc c’est quand même cool !

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