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Topium en Guadeloupe: gwo ka… électro ka

Interview réalisé par Alain Brunet

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Sous étiquette Disques Nuits d’Afrique, l’album du tandem montréalais Topium enregistré avec les artistes guadeloupéens Djenmbi & Klod Kiavué fait l’objet d’un Facebook Live ce jeudi, 20h sur le site des Nuits d’Afrique, le tout relayé sur les plateformes de PAN M 360. 

Cette création résulte d’une résidence orchestrée en 2019 en Guadeloupe par GEG (Guadeloupe Electronik Groove), en partenariat avec Musjo Music, résidence au cours de laquelle le duo montréalais Topium a fait la première rencontre de Jacques-Marie Basses et Klod Kiavué, maîtres du gwoka mderne.

Rappelons que le gwoka fut d’abord une culture musicale afro-descendante, fondée sur la percussion et le chant. Le gwoka est un élément fondamental de la culture guadeloupéenne. Fondé sur un rythme binaire, ce style traditionnel est joué généralement sur des tempos moyens, on l’exécute avec des tambours d’évocation africaine qu’on nomme ka en créole de Guadeloupe.

Gwo ka, en fait, est le dérivatif créole de gros-quart, tonneau à partir duquel les esclaves africains concevaient leurs instruments de percussions dans les îles coloniales, afin de perpétuer la mémoire de leur culture.

Dans le cas qui nous occupe, le gwoka déborde largement son mandat de perpétuation de la tradition, le style contribue à hybrider l’électro-jazz de Topium et… vice versa !

En marche depuis 2016, Topium est un tandem électro-jazz constitué du multi-instrumentiste Jérôme Dupuis-Cloutier et du programmateur et percussionniste Jonathan Gagné. Leur rencontre créative dans les Antilles françaises les a conduits à nommer  électro-ka cette expérience menée avec le claviériste Jacques-Marie Basses et le percussionniste et chanteur Klod Kiavué.

La rencontre créative des quatre musiciens a ainsi balisé un passage entre deux cultures des Amériques, nouvelle avenue pour les musiques afro- caribéennes  world, jazz ou électronique.  

PAN M 360:  Jérôme et Jonathan, racontez-nous votre rencontre avec Jacques-Marie Basses et Klod Kiavué.

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER: C’était à la base l’idée de monter un spectacle avec les fruits que donneraient 2 semaines de résidence artistique. Nous nous connaissions pas du tout et cela s’est avéré une réelle et pertinente rencontre humaine et artistique. Il a fallu relaxer un peu avec notre empressement et notre sur-organisation d’Américain du Nord et juste faire sortir la musique en jouant des heures et des heures dans la chaleur et le plaisir. 

JONATHAN GAGNÉ:  La rencontre avec Klod et Djembi s’est faite très naturellement. J’ai senti tout de suite une belle ouverture musicale de leur part. Ceci a facilité le partage des idées au niveau de l’arrangement et de l’écriture des pièces. Ils ne sont pas figés dans la tradition et ont beaucoup d’écoute. Tout de suite on s’est mis à faire de l’humour, à  avoir de la légèreté dans nos échanges.

PAN M 360: Comment avez-vous ressenti les styles guadeloupéens lorsque vous étiez là-bas en résidence?

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER: J’ai senti là-bas que la musique fusion de la fin des années 70 a influencé les sections rythmiques des bands et les couleurs des sons de claviers, guitares et autres. Il y a aussi un courant très fort et traditionnel avec les rythmes du ka, mais en même temps, on ne se limite pas à ça; tous les styles peuvent y être présents à mon avis. 

PAN M 360 : Quelle est votre perception du gwoka?

JONATHAN GAGNÉ: Ma perception est occidentale. J’entends le gwoka plus carré qu’il ne l’est en réalité.

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER: Pour moi ,ce sont des chants puissants et les rythmes du ka, le tambour national. Les harmonisations des voix sont efficaces, aussi recherchées. On joue vraiment bien entre la tension et la résolution. Dans les rues de Pointe-à-Pitre, j’ai senti que le désir de communier en musique était très présent. Les musiciens sont fiers et cette envie de jouer en communion est probablement un mélange africain et caribéen, mais avec les standards musicaux de la place.

PAN M 360: Comment avez-vous connecté votre propre expertise dans ce contexte?

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER: J’ai amené le plus d’instruments que je pouvais, mes cuivres, synthétiseurs etc. Je trouvais que mon rôle était d’accentuer des mélodies avec les cuivres et amener le côté planant de notre duo avec mes synthétiseurs. Le court délai pour créer un spectacle a été payant et on est allé droit au but pour ce qui est des structures à mon avis.

JONATHAN GAGNÉ: J’ai fait des programmations qui marchent avec les rythmes du style gwoka. J’ai échantillonné les autres musiciens. Puis j’ai arrangé nos expérimentations dans un style plus concis. J’ai travaillé sur les structures des pièces.

PAN M 360:  Comment Klod Kiauvé et Jacques-Marie ont-ils ressenti votre travail au départ ?

JONATHAN GAGNÉ: Bien et avec beaucoup d’ouverture.

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER: Ils étaient très ouverts à jouer le jeu et ils étaient très généreux de leurs voix, leurs percussions et leurs claviers. Ils nous donnaient beaucoup sur de simples rythmes programmés pour commencer pour commencer. Cela nous a évidemment nourri et motivé.

PAN M 360:  Comment les Guadeloupéens ont-ils métissé le travail des Québécois? 

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER: Ils nous ont fait confiance et nous ont laissé assez libres dans le choix de structures électros assez simples.

JONATHAN GAGNÉ: Ils l’ont métissé dans leur interprétation.

PAN M 360: Comment les Québécois ont-ils métissé le travail des Guadeloupéens?

JONATHAN GAGNÉ: On l’a métissé dans les mélodies et les rythmes. Le choix des sons de clavier est dû au métissage

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER:  De mon côté, c’est en reprenant des mélodies de voix et de claviers et en les harmonisant parfois. Pour Jonathan, c’était de garder l’essentiel des idées de Klod et de les appuyer dans une logique de programmation d’une pièce électronique.

PAN M 360: Décrivez-nous, pour mieux comprendre encore, une séance d’enregistrement des quatre musiciens.

JONATHAN GAGNÉ: Ça se passait dans notre local de répète en Guadeloupe tard en soirée. Un peu fatigués et un peu sous l’effet de l’alcool. Il faisait chaud et l’ambiance était calme.

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER: Les enregistrements de Klod et Djenmbi se sont faits pendant les répétitions de notre résidence et quelques-uns d’appoints à distance. Nous avons dû composer avec ces enregistrements un peu « lofi » car nous ne pouvions recréer cette ambiance sans être les 4  – étant donné la pandémie.  De notre côté, ici, j’ai refait et ajouté des cuivres et synthétiseurs dans mon studio. Même chose pour Jonathan avec ses instruments respectifs. L’album s’est donc fait en majeure partie à distance et dans nos studios respectifs.

PAN M 360: Que croyez-vous avoir créé ensemble ? De quelle fusion s’agit-il?

JONATHAN GAGNÉ: On a mélangé la gwoka avec du house et du jazz.

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER: Je pense que nous avons créé une musique accessible qui donne envie d’aller visiter la Guadeloupe. Il s’agit tout simplement et vraiment d’une fusion entre notre projet et ces deux musiciens incroyables.

PAN M 360:  Puisqu’il est encore difficile de voyager, tourner à quatre est-il envisageable? Si oui, comment voyez-vous la transposition sur scène de ce que vous avez accompli en studio?

JONATHAN GAGNÉ: Il est encore envisageable de faire des spectacles ensemble en formule à 4. On a déjà fait un premier spectacle en Guadeloupe donc ça risque d’être la même formule.

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER: Cet été nous sommes supposés aller jouer en Guadeloupe en formule 4 et au Festival Nuits d’Afrique à Montréal.

PAN M 360: Pour le lancement montréalais, quels  seront les changements au programme?

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER: Nous serons en version trio, avec un excellent bassiste nommé Marc-André Drouin. Comme nos amis et collègues guadeloupéens n’y seront pas, il s’agira d’une version plus minimaliste et électro du spectacle. Nous avons quelques prochains shows en trio, d’ailleurs.

PAN M 360: Quelle sera la suite des choses en studio? 

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER: Pour l’instant, nous n’avons pas de projet studio, mis à part une éventuelle résidence artistique ailleurs et qui est au stade embryonnaire. Alors nous allons jouer le plus possible, idéalement à 4!

Topium se produit bientôt:

  • Le 3 mars à Gatineau à la Brasserie À la dérive

https://www.facebook.com/events/464515651946594?ref=newsfeed

  • Le 11 mars aux Iles de la Madeleine, Au Vieux Treuil
  • Le 19 mars à Sherbrooke à la Petite boîte noire

https://www.facebook.com/events/341352747844320/?ref=newsfeed

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