Taverne Tour | En interview avec Yolande Laroche

Entrevue réalisée par Laurent Pellerin

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Run Body Run. L’idée derrière sa conception relate au sentiment de paralysie lié à la peur, particulièrement au moment où tu commences à réaliser qu’il faudrait que tu ordonnes à ton corps de bouger.

Vendredi prochain à 20h, Yolande Laroche partagera la scène du O Patro Vys avec Améry et Jane Inc. dans le cadre du Taverne Tour. Artiste protéiforme déjà active sur la scène musicale depuis plus de dix ans, elle y présentera du nouveau matériel qui ne tardera pas à être dévoilé sous la forme d’un album.

En primeur, j’ai eu la chance d’écouter une démo de ce nouveau projet. Fidèle à elle-même, l’artiste explore une direction difficilement traçable à ses projets antérieurs : le groupe pop-rock Pony Girl, son projet solo Orchidae ou son projet ambiant instrumental mal/aimé, pour en citer quelques-uns. La direction est toute autre et la proposition, franche. Au sein d’une esthétique électronique dansante, le ton grave que prend sa voix nous expose un texte aux images confrontantes, presque violentes.

Pour une démo, on a affaire à un niveau d’achèvement bien avancé. La forme globale est complète et les sonorités sont clairement définies. Ma curiosité est définitivement piquée pour ce qui viendra de l’album Run Body Run.

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Diversité d’approche

Pan M 360: Tu as les projets Orchidae, Pony Girl, mal/aimé puis Yolande Laroche, projet éponyme par lequel tu as publié un EP en 2022.

Yolande: Il y a aussi un autre projet qui s’appelle KayFayb, celui-là, avec deux membres de FET.NAT, Lindsay Willman et Pierre-Luc Clément. C’est un projet de performance, un peu comme du jazz violent. On n’a rien enregistré, mis à part quelques petites vidéos ici et là sur internet.

Pan M 360: Un sujet que je voulais aborder avec toi touche à la pluralité de ton approche de la musique, qui s’observe notamment dans ta pratique de multi-instrumentiste. Tu chantes, tu joues de la clarinette, du clavier et de la guitare aussi, n’est-ce pas?

Yolande: Je viens aussi de commencer à jouer un peu de saxophone alto, j’en ai acheté un dans la dernière année. J’adore essayer de nouveaux instruments, mais ça reste récent pour moi de faire ça, pour le saxophone comme pour la guitare.

Je vois tout le temps plein de personnes qui sont en train de faire de nouvelles choses et je me disais : « Pourquoi est-ce que je m’arrêterais de faire ça? Moi aussi, j’en suis capable ». J’ai juste commencé à essayer de me convaincre que je peux commencer de nouvelles choses.

Pan M 360: C’est parfois difficile, surtout si tu as déjà un certain niveau de maîtrise avec d’autres instruments, d’être inexpérimentée pendant un certain temps.

Yolande: Le monde classique demande la perfection. C’est vraiment difficile parfois, mais à travers les années, j’ai par exemple dû faire face au fait que je voulais chanter, mais que je ne chantais pas si bien. J’ai dû nécessairement commencer de zéro et même si ça fait mal au cœur, il fallait le faire.

Pan M 360: Comme pour les instruments, tu sembles accorder une importance au fait d’entretenir plusieurs projets, à cultiver une pluralité d’expression artistique.

Yolande: Pony Girl était mon premier projet pop en sortant du monde classique. On a fait deux albums et des tournées. Après une grande tournée canadienne très intense en émotions, on a pris une pause d’à peu près 8 mois sans jouer ni enregistrer. Ça m’a fait me sentir vraiment perdue du fait que j’avais mis tellement de mon identité artistique dans ce band-là, je me suis mise à me questionner sur le fait qu’elle ne reposait que dans un seul projet.

Après m’être essayée à la musique expérimentale instrumentale, j’ai voulu chanter. J’ai donc commencé à écrire pour voix et piano et Orchidae est né de ça. Kayfayb venait du désir de vouloir aller vers la musique expérimentale. J’ai connecté avec Pierre-Luc Clément et Lindsay Wallman. Ensemble, on a créé un trio. C’est vraiment magique ce qu’on fait sur scène, mais ce n’est peut-être pas un projet qui va être enregistré.

Par la suite, je me suis intéressée à la musique électronique et j’en suis arrivée à Yolande Laroche, mon projet le plus récent. Je pense bien que c’est le projet dans lequel s’est le mieux développée mon expression artistique.

Je voulais incarner mes différents personnages que j’ai un peu accumulés au fil des années. Je veux vraiment dire quelque chose qui est important pour moi.

Une nouvelle direction : pluralités temporelles

Pan M 360: J’ai trouvé qu’avec ton projet éponyme en particulier, tu vas définitivement dans une direction plus expérimentale et très frontale. Avec mal/aimé, il y a quelque chose de plus abstrait, peut-être par le fait que la musique est purement instrumentale, sans paroles. Pour le EP Journal d’enfance, tu as collaboré avec Nick Schofield?

Yolande: Oui et en fait, Nick Schofield, c’est mon mari. On a produit Orchidae ensemble pour un album que j’ai lancé l’année passée. Ça fait cinq ans qu’on est ensemble comme couple. J’ai un bureau dans notre maison et lui a un bureau dans l’autre bout de notre maison. Quand je travaillais sur le projet, il lui arrivait de venir dans mon bureau et on discutait des idées, mais je tenais à produire cet album seule et il m’a totalement laissé cette liberté. Il était tout de même un excellent guide.

Chez nous, il y a toujours de la musique. Lui travaille sur ses choses et m’invite dans son bureau pour qu’on discute de sa musique. C’est vraiment un beau lien entre lui et moi. Je peux peut-être t’envoyer des démos si ça te tente d’écouter! Il y a des paroles assez intenses… J’ai très hâte de le présenter.

Pan M 360: Absolument partant! C’est du matériel que tu vas jouer la semaine prochaine au Taverne Tour?

Yolande: Oui, je vais le jouer. C’est le genre de choses que j’aime essayer. J’ai joué ce matériel-là quelques fois déjà. C’est en jouant que j’ai été capable de continuer l’écriture des paroles. Ça m’a vraiment aidée à me placer à l’intérieur de la musique pour continuer à la développer.

Pan M 360: Quelque chose qui m’a frappé particulièrement avec l’EP Journal d’enfance est l’inspiration que tu es allée tirer de tes journaux d’enfance. Qu’est-ce qu’il y avait pour toi d’attrayant d’aller piger aussi loin?

Yolande: Pour Journal d’enfance, j’ai reçu la chance de faire une résidence de création au studio Daïmon à Hull. Nick et moi, on est allés faire cette résidence en 2022 ou 2023. On avait trois jours et on a juste improvisé ensemble.

Avant la résidence, j’étais allée fouiller chez mes parents pour trouver les journaux que ma mère m’avait donnés quand j’étais jeune. À l’époque, elle trouvait que je vivais beaucoup d’émotions et qu’il pourrait être pertinent que je les mette sur papier. J’ai décidé de tenter de représenter en musique des paroles que je trouvais intéressantes. J’ai trouvé le processus vraiment drôle.

La première pièce du EP, c’est une recette pour potion magique. La deuxième parle de la magie de l’océan, à un moment où j’étais un peu obsédée par la Petite Sirène. La troisième décrit une forte émotion de rage, je pense que ça devait être envers mon frère. Je me souviens qu’en écrivant, je me disais qu’il me fallait finir avec quelque chose de plus jovial. J’ai donc écrit : « On s’en va à la piscine à vagues ».

C’étaient des moments très crus, très purs. Je pense que comme adulte, on a tendance à s’imposer des filtres qui n’existent pas en tant qu’enfant. Aujourd’hui, je tente de conserver l’habitude du journal en écrivant souvent. J’ai aussi une note dans mon téléphone où j’écris tout le temps des paroles ou des idées.

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Composition multi-canale et post-production

Pan M 360: Au studio Daïmon, vous avez travaillé les compositions en format ambisonique. 7.1?

Yolande: Oui, exactement.

Pan M 360: Dans quelle mesure ça a affecté le processus de composition?

Yolande: C’était super le fun. On a pu décider de la façon dont on allait faire le mix spatial. Dans la première pièce, par exemple, les voix surgissent d’en haut de la tête, des côtés, de derrière et d’en avant. On a pu jouer avec les segments musicaux et les faire tourner tout autour de nous. J’ai trouvé ça super intéressant.

En fait, je n’ai pas beaucoup eu la chance de présenter ces pièces-là en format ambisonique. Je l’ai fait une fois à Pique, un festival à Ottawa. La disposition était un peu différente, les haut-parleurs étaient sur des pieds placés en demi-cercle.

Pan M 360: Et à quoi ressemblait la disposition au studio?

Yolande: Il me semble qu’il y avait une paire de haut-parleurs en avant et un au centre, deux au plafond puis un de chaque côté arrière.

Pan M 360: Tu as aussi été impliquée aux étapes de post-production dans ce projet. Avez-vous fait le mixage et le mastering directement au studio?

Yolande: Oui, on avait trois jours et je tenais à ce qu’on ait un produit fini en sortant. Ce n’était pas quelque chose que je voulais ramener à la maison. Nick et moi, on s’est imposé ça comme défi.

Pan M 360: Trois jours, c’est une tranche de temps dans laquelle tu parviens à composer trois pièces, habituellement?

Yolande: Normalement, non. Ça me prend beaucoup de temps! Je suis quelqu’un qui pense beaucoup et je poursuis rarement ma première idée. J’ai aussi besoin de temps pour les paroles, de m’asseoir avec elles.

Pan M 360: Vous vous êtes donc imposé une certaine spontanéité pendant la résidence.

Yolande: Oui, définitivement. Je pense que le faire comme ça rajoutait un certain élément de magie pour nous.

Pan M 360: Dans tes autres projets, t’arrive-t-il d’être impliquée dans la post-production?

Yolande: Normalement, on engage quelqu’un pour le faire. Je ne me considère pas comme une experte en mixage. J’aime ça jouer là-dedans, mais il y a beaucoup de choses que je ne connais pas encore. J’ai débuté sur Ableton en 2019. Pour moi, ça demeure un outil récent. Je découvre encore de nouvelles fonctionnalités à chaque fois que je l’utilise.

Pan M 360: On est toujours en train d’apprendre!

Projet en gestation

Yolande: L’album que je vais lancer sous Yolande Laroche, celui que je vais présenter à Taverne Tour, je l’ai exclusivement composé dans Ableton avec mes synthétiseurs, puis les paroles sont venues après. C’était définitivement une nouvelle méthode de travail pour moi.

Pan M 360: Comment va-t-il s’appeler?

Yolande: Run Body Run. L’idée derrière sa conception relate au sentiment de paralysie lié à la peur, particulièrement au moment où tu commences à réaliser qu’il faudrait que tu ordonnes à ton corps de bouger. J’essaie donc d’incarner mes peurs et de mettre ces sentiments en mots et en musique.

Dans l’esthétique, j’ai été inspirée d’une performance de Marie Davidson que j’ai vue à Mutek l’an dernier. En revenant chez nous, je me suis donné un mois pour faire un album, en vue de présenter de nouvelles pièces à un spectacle prochain. Je me suis mise à composer sur Ableton chaque jour en tentant de créer ce que j’imaginais comme mon incarnation personnelle de l’énergie du show de Marie Davidson.

Pan M 360: Donc encore une fois, tu vas approcher un tout autre style musical avec ce projet. Aucun de tes projets n’a encore touché à de la musique purement électronique dance, n’est-ce pas?

Yolande: C’est bien ça. Ça fait quelques années que je vais voir de plus en plus de sets DJ et j’adore aller danser. C’est tellement libérateur de bouger ton corps sur ce genre de musique.

Certains de mes autres projets me présentent sous une facette plus vulnérable, comme Orchidae. J’avais besoin d’incarner ce personnage afin de passer à travers des émotions plus tristes et retrouver ma confiance. Je pense que maintenant, je suis prête à danser. J’ai le goût de bouger un petit peu.

Pan M 360: Ça risque d’être une soirée assez variée vendredi prochain. Tu partageras la scène avec Améry et Jane Inc., c’est bien ça?

Yolande: Oui, c’est ça. J’ai déjà ouvert pour Jane Inc. avec Pony Girl il y a quelques années, je pense que c’était à Calgary. Elle est vraiment fantastique, j’ai super hâte de la revoir! Je ne connais pas Améry et j’ai hâte de la découvrir.

Pan M 360: Et moi de même!

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