Sunglaciers : heureux hasards aux confins de Subterranea

Entrevue réalisée par Stephan Boissonneault
Genres et styles : indie rock

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Alors que la pandémie bousillait les plans d’une foule de groupes partout dans le monde, Evan Resnik et Mathieu Blanchard, le binôme aux commandes de la formation post-punk Sunglaciers, de Calgary, se sont retrouvés dans un rêve étrange mais heureux, où ils avaient accès à du matériel d’enregistrement incroyable ayant servi à des légendes comme Elton John, puis pouvaient composer et écrire de la musique tous les jours!

Au beau milieu du confinement canadien, dans un studio commercial de doublage, Evan et Mathieu ont écrit et enregistré une série de chansons qui constitueront leur prochain album, Subterranea, coproduit par leur héros local Chad VanGaalen et mixé par le célèbre ingénieur Mark Lawson (Arcade Fire, Yves Jarvis, The Unicorns).

La sortie de Subterrenea est prévue pour 2022 sur étiquette Mothland, mais le simple Draw Me In – de type dance-beat psychédélique à la MGMT – est sorti il y a une semaine.  À l’aide de techniques d’apprentissage automatique, Anthony Lucero a « animé » la pièce dans un clip lysergique.

Sunglaciers n’a fait que croître depuis sa formation, en 2017, gagnant graduellement en popularité et partageant la scène avec des artistes comme Omni, Preoccupations et Daniel Romano, tout en étant en tête des palmarès des radios universitaires de l’Ouest canadien.

Sunglaciers sera en concert avec Motorists et Split Layer le 22 octobre à l’Hémisphère Gauche, puis jouera lors du showcase de Mothland durant M pour Montréal, en novembre.PAN M 360 a pu discuter avec Evan Resnik et Mathieu Blanchard alors qu’ils se prélassaient sous le doux soleil de Toronto (ce qui convient tout à fait à un groupe appelé Sunglaciers), juste après leur retour de tournée au Royaume-Uni.

PAN M 360 : Vous êtes rentrés au Canada aujourd’hui? Comment s’est passée la tournée?

Evan Resnik : Nous sommes arrivés à Toronto hier vers 16 heures, puis à notre logis vers 18 ou 19 heures et nous nous sommes endormis tôt. Aujourd’hui, nous profitons d’une petite journée de détente. La tournée était incroyable. C’était vraiment, vraiment amusant. Les promoteurs étaient tous géniaux, les foules excellentes, si enthousiastes et vraiment solidaires. Ça allait de mieux en mieux à presque tous les concerts. C’est passé en un éclair et on se sent vraiment bien.

PAN M 360 : Mais à l’origine, vous deviez tourner ailleurs en Europe aussi, non?

Mathieu Blanchard : Oui, nous avions un volet européen de deux semaines au début de 2020. Mais évidemment, avec le rattrapage de COVID qui diffère dans chaque pays, nous avons décidé de nous en tenir au Royaume-Uni cette fois-ci.

PAN M 360 : J’ai entendu dire qu’on traite vraiment bien les groupes qui tournent au Royaume-Uni.

Mathieu Blanchard : J’ai publié un commentaire ce matin sur la façon dont les promoteurs nous ont traités, il y a tout juste deux heures (rires). Oui, honnêtement, chaque promoteur était meilleur que le précédent, comme Evan vient de le dire. Je crois qu’ils étaient tous…

Evan Resnik : Ils ont vraiment mis l’accent sur notre confort, donc c’était une super expérience.

PAN M 360 : Et, même si vous n’en avez probablement vu qu’une infime partie, à quoi ressemble la scène britannique? Le Canada est si petit en comparaison.

Mathieu Blanchard : Ce qui était fou, c’est que ni les promoteurs ni les groupes ne connaissaient vraiment d’autres groupes de leur niveau dans d’autres villes situées à une ou deux heures de route. L’équipe avec laquelle on tournait était géniale et les groupes étaient tellement bons. Il y avait un groupe, Rongorongo, qui était vraiment malade, et ils ne connaissaient aucun groupe de Newcastle, où nous étions la veille, qui est à deux ou trois heures de route. Manchester et Liverpool étaient à une demi-heure et personne ne connaissait qui que ce soit. Et on a trouvé ça bizarre, compte tenu de ce que tu viens de mentionner sur le Canada. Après avoir joué pendant cinq, six ans ou plus ici, on connaît des collègues dans tout le pays, non?

Evan Resnik : Oui, je crois que là-bas, trois heures de route c’est ridiculement long et inacceptable (rires). Beaucoup de groupes n’ont pas beaucoup tourné hors de leur patelin.

PAN M 360 : C’est logique. Nos lecteurs ne connaissent pas vraiment la genèse de Sunglaciers. Comment le groupe s’est-il formé?

Mathieu Blanchard : Chris Dadge, un musicien de Calgary qui participe à différents projets, nous a mis en relation en 2017. Je jouais avec deux groupes, Catholic Girls et Crystal Eyes, que j’ai quittés, et Evan cherchait un batteur. Il faisait appel à Dadge pour jouer de la batterie sur son EP et je cherchais moi aussi un batteur. Donc j’ai rejoint le groupe d’Evan et nous avons commencé à écrire des chansons pour les deux EP suivants. Ensuite, on a commencé à écrire les chansons pour l’album Foreign Bodies, sorti il y a quelques années. Ensuite, nous avons recruté Kyle du groupe DRI HIEV à la basse et Nyssa de Hag Face et un tas d’autres projets sympas, et oui, nous avons juste écrit une tonne de trucs pendant COVID pour l’album complet qui sort bientôt.

PAN M 360 : La plupart des groupes et des artistes n’ont pas vraiment eu l’occasion de jouer ensemble pendant les confinements.

Mathieu Blanchard : Eh bien, il n’y avait qu’Evan et moi dans la même bande. Nous venions juste d’obtenir le studio, peut-être un mois avant la COVID et nous étions censés obtenir un autre local et tout le monde, dont le groupe Napalmpom, a littéralement été mis à la porte le jour où nous avons emménagé! Le local existait depuis environ 15 ans. J’ai déménagé à Calgary en 2012 et j’ai toujours voulu répéter là. Finalement, le jour où nous étions censés nous y installer, le restaurant à l’étage a été fermé à cause de la COVID.

Evan Resnik : À ce moment-là, on a songé à un de nos amis qui est copropriétaire d’un studio de doublage; on avait toujours voulu y jouer incognito. Notre copain était partant, pour quelques frais supplémentaires.

Mathieu Blanchard : On a fait deux ou trois séances avec Nyssa, puis la pandémie a commencé.

Evan Resnik : Tout à coup, nous avons eu accès à tout leur équipement et personne du studio ne venait travailler pendant ce premier confinement, qui était vraiment intense.

Mathieu Blanchard : Evan et moi étions toujours en train de traîner au studio, d’écrire des chansons et de jouer sans arrêt. Quand on sortait, c’était tellement calme et bizarre. Ce studio était vraiment formidable. C’est là qu’ils ont enregistré la musique d’attente téléphonique de WestJet.

Evan Resnik : Ou les appels pour les filtres à air d’automobiles. Tous les enregistrements sont encore là.

PAN M 360 : C’est fou qu’ils utilisent encore des bandes magnétiques.

Mathieu Blanchard : (rires) C’est vrai! C’est comme les hôpitaux qui utilisent encore des téléavertisseurs. L’autre copropriétaire est un vieux monsieur qui travaille dans des studios depuis des années et qui a loué du matériel à Elton John, entre autres. Les micros du premier album des Chili Peppers sont tous à lui. Donc ce type a une tonne d’équipement et une fois qu’il a été plus à l’aise avec nous, nous avons eu accès à tout, donc nous avons juste commencé à enregistrer.

PAN M 360 : Et certains de ces enregistrements sont devenus des chansons sur Subterranea, votre prochain album?

Mathieu Blanchard : Oui, exactement.

PAN M 360 : Après une première écoute, on a l’impression qu’il y a davantage de synthés sur ce disque que sur Foreign Bodies?

Evan Resnik : Nous aimons tous les deux les synthés depuis longtemps. Nous voulions sortir un peu de notre zone de confort, côté écriture. Nous avons donc beaucoup joué avec des synthétiseurs, des boîtes à rythmes et d’autres instruments, pour voir comment notre cerveau allait nous guider si nous n’avions pas de guitares et de baguettes de batterie en main. 

Mathieu Blanchard : Nous avions parlé de ce que nous voulions faire après le premier disque; nous avons décidé d’essayer d’écrire des chansons différemment. Au lieu qu’Evan soit à la guitare et moi à la batterie, nous n’utiliserions aucun de ces instruments pour écrire des chansons et nous nous servirions de n’importe quoi d’autre. On s’est donc donné pour mission de ne pas écrire de chansons avec la guitare. Et il y a toujours des chansons qui ont été écrites à la guitare ou transposées du synthé à la guitare, mais c’était juste pour obtenir une vibe différente. Portishead avait fait ça pour Third et je suis sûr que des tonnes de groupes l’ont fait stimuler leur inspiration et leur créativité.

Evan Resnik : Et puis pour Subterranea, nous avons demandé à Chad VanGaalen d’ajouter un tas d’autres trucs sympas, en plus de ce que nous avions déjà fait.

PAN M 360 : Comme pour le dernier simple, Draw Me In? C’est plus indie pop, mais les paroles sont sombres comme l’enfer!

Evan Resnik : (rires) C’est l’approche de la vie semi-heureuse pour l’écriture de chansons!

Mathieu Blanchard : (rires) C’est la ligne que nous voulons suivre, c’est sûr. Mais l’ambiance indie pop vient de Chad, qui a ajouté ce synthétiseur très cool et une batterie supplémentaire. Il a vraiment amélioré tout ça.

Evan Resnik : Et rapidement aussi, comme si c’était si facile.

Mathieu Blanchard : Oui, c’était une leçon d’humilité de travailler avec des gens qui étaient à un niveau bien supérieur au nôtre.

PAN M 360 : Vous écrivez les textes ensemble?

Evan Resnik : C’est moi qui chante, mais je viens souvent voir Matt avec un tas d’idées et un tas de trucs bruts qu’on étoffe ensemble. Je pense qu’avec le temps, nous devenons de plus en plus égaux et complémentaires, dans notre projet.

PAN M 360 : J’ai l’impression que certaines des paroles sont vraiment des « flux de conscience »?

Evan Resnik : Oui, ça peut être un peu comme un flot de divagation de ma part, ou alors nous simplifions vraiment, nous nous concentrons juste sur quelques mots qui ont peut-être une signification vague ou universelle et qui sont compréhensibles de divers points de vue. Personnellement, j’adore interpréter les chansons. J’aime le fait que la façon dont j’interprète une chanson est sans doute différente de l’intention de l’auteur.

Mathieu Blanchard : Le truc d’Evan, c’est qu’il a un million d’idées, tu peux probablement l’entendre sur Foreign Bodies. Et les paroles, au départ, sont les mêmes, donc il s’agit simplement de les relier et de trouver un thème spécifique.

PAN M 360 : Et comment ces chansons se traduisent-elles sur scène? On dirait qu’il y a beaucoup de place pour l’expérimentation.

Mathieu Blanchard : C’est très amusant. Nous venons juste d’ajouter du matériel : une boîte à rythmes, un appareil d’échantillonnage qui est à l’avant, que Nyssa, Evan ou moi utilisons parfois, puis un synthétiseur. Evan et Nyssa se baladent entre les deux.

PAN M 360 : Donc vous changez tous d’instruments?

Evan Resnik : Oui, même Kyle joue du synthé, nous jouons à la chaise musicale, un peu comme Sloan le faisait. Quand je les ai vus à la fin des années 1990, ils se lançaient leurs guitares les uns aux autres. Peut-être qu’on va arriver à ça!

Avec Motorists et Split Layer à l’Hémisphère Gauche (221, rue Beaubien Est), le vendredi 22 octobre à 20 h 30.

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