SMCQ 2025-26| Cap sur le dialogue intergénérationnel et l’américanité

Entrevue réalisée par Alain Brunet

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La Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) présente ici la portion automnale de sa saison 2025-2026 et maintient le cap visé par l’actuelle direction artistique qu’incarne le compositeur Simon Bertrand depuis que Walter Boudreau s’est retiré dans ses terres pour s’y consacrer exclusivement à la composition et que la compositrice Ana Sokolovic y a effectué un bref passage. Menée par la direction artistique de Simon Bertrand, l’expérience très concluante du festival Montréal/Nouvelles Musiques 2025 a donné un nouveau souffle à la SMCQ, qui propose une saison 25-26 axée sur le dialogue intergénérationnel, le renouvellement et la croissance de son public ainsi que sur l’assomption de son américanité.

PAN M 360: Le regard intergénérationnel sur la musique de création est le thème central de la 60e saison  de la SMCQ. Que justifie ce choix?

Simon Bertrand: Normalement, puisque nous sortons d’une année de festival M/NM, nous devrions être en saison hommage. Cependant, celle-ci fonctionne habituellement autour d’un seul compositeur. Or, comme c’est le 60e anniversaire de la fondation de la SMCQ, j’ai préféré rendre un hommage à l’ensemble des compositeurs qui ont marqué la SMCQ, mais aussi à ceux qui sont garants de son avenir.  Donc, il s’agit aussi  des compositeurs d’aujourd’hui et de demain, d’où cette idée d’un dialogue intergénérationnel entre plusieurs générations de créateurs, sorte de pont entre les générations qui, à mon avis, est indispensable et qui nous a souvent cruellement manqué. 

PAN M 360: Comment cela est-il décliné? Approche rétrospective?

Simon Bertrand: Ce que je voulais éviter, justement, était l’approche rétrospective avec une forte dose d’auto-congratulation pour un passé glorieux, ou une approche trop historique. 

Mon but est plutôt de faire dialoguer les œuvres, et de faire dialoguer leurs témoignages musicaux  et humains. Comme disait Varèse, « être moderne,  c’est être naturel, c’est être un interprète de l’esprit de son temps »  C’est aussi « simple » que ça ! ( sourire) 

PAN M 360 : Comment alors entrelarder les répertoires de six décennies? 

Simon Bertrand: 

Pour le concert du 30 octobre de temps fort intitulé « au chœur du Québec »,  le fil conducteur et bien sûr l’écriture pour chœur, mais avec des approches esthétiques extrêmement différentes les unes des autres. 

Dans le cas du premier concert montréalais le 15 novembre à la salle Claude-Champagne,  il s’agit d’une célébration du 60e de la SMCQ,  mais aussi du 75e de la Faculté de Musique de L’UdM.Or, il s’avère que plusieurs compositeurs ayant  joués un rôle important dans la SMCQ l’ont également fait pour la Faculté de Musique de l’Université de Montréal. C’est ainsi qu’on retrouve Garant,Tremblay, Sokolovic, Boudreau et une création commandée par la SMCQ au jeune compositeur Maxime Daigneault à ce programme. 

Les concerts de la 2e partie de saison après Noël  seront annoncés ultérieurement. On tentera justement de relever le défi de faire dialoguer plusieurs générations et approches esthétiques ensemble. Le programme complet sera annoncé bientôt, mais je peux déjà vous dire que nous aurons comme invité l’ensemble Éclat, l’Orchestre de l’Agora, l’Ensemble de la SMCQ, et aussi un concert de piano de musique québécoise avec Philippe Prudhomme et Louise Bessette, et que la saison sera parsemée de nombreuses créations commandées par la SMCQ spécialement pour son 60e anniversaire. Il est essentiel de continuer à passer des commandes aux compositeurs afin qu’ils puissent nous donner un précieux témoignage musical de notre époque, et c’est mon cheval de bataille à la SMCQ : faire travailler les compositeurs, et les servir le mieux possible.

PAN M 360 : Comment créer un dialogue intergénérationnel entre les compositeurs.trices , sachant que des esthétiques d’aujourd’hui se distancient de la musique contemporaine telle qu’on l’entendait dans les années 50, 60, 70 et 80?

Simon Bertrand: Dialogue ne veut pas dire mettre des œuvres ensemble qui disent la même chose, et de la même manière. Sinon cela serait trop monochrome. 

Il n’y a plus de grand courant esthétique, ou d’école de pensée dominante comme il y a eu dans les années 60 jusque dans les années 90 : les compositeurs ne ressentent plus le besoin de s’affilier un système ou un langage musical spécifique et aspirent à l’intégration, la fusion et à la synthèse, et ils ont des approches très singulières.

Je ne cherche donc pas à créer des liens de filiation, la musique contemporaine aujourd’hui est une merveilleuse tour de Babel avec une abondance de langage et d’approches différentes. Les compositeurs sont, plus que jamais, de merveilleux polyglottes !

PAN M 360: Jusqu’à une période récente, le public de la musique contemporaine vieillissait d’année en année, sans croître. Ce qui mène à cette question: les musiques de création sont-elles vraiment intergénérationnelles, au-delà de l’intérêt qu’y portent les jeunes compositeurs-trices et autres étudiant.e.s en musique ?

Simon Bertrand: Elles sont surtout, et plus que jamais, multidisciplinaires. Et c’est bien là que se trouve le filon pour développer le public c’est-à-dire en allant chercher le public des arts visuels, du cinéma, etc. Bref, trouver un public intéressé par d’autres formes d’art et à leur rencontre avec la musique de création. Aussi, comme la frontière entre musique instrumentale et musique électroacoustique ou la musique écrite et improvisée est de plus en plus fine, voire inexistante, cela ouvre aussi la porte à de nouveaux publics. 

PAN M 360 : Et voilà un premier signe de succès pour cette vision: particulièrement dans le contexte de M/NM 2025, un coup de barre a été donné avec pour résultat principal un accroissement de votre auditoire. Quel est votre nouveau public?

Simon Bertrand: Il est évident qu’une grande partie de notre public et notre communauté mais par ramification aussi les autres communautés artistiques, mais il ne faut pas sous-estimer le besoin et l’envie du public de découvrir des choses totalement inusitées et nouvelles et d’explorer des nouveaux mondes sonores : pendant M/NM 2025 , on a vu des gens aux concerts qu’on n’avait jamais vus avant, et je pense que la collaboration avec le milieu des arts visuels a beaucoup aidé. 

PAN M 360 : La SMCQ vient de présenter des œuvres de compositrices canadiennes en Colombie, soit à Manizales ou se tient le Festival Internacional de Música CiMa. Cherchez-vous désormais l’américanité?

Simon Bertrand: On a toujours pensé que la solution était de répéter le modèle européen au Québec, et de posséder par émulation de ce qui se fait là-bas par exemple à Darmstadt, au Domaine musical,  à l’IRCAM, etc.. Pour ma part, j’ai toujours eu des doutes sur cette approche. Je pense que la musique contemporaine européenne est une invention plutôt colonialiste, je ne pense pas que l’avenir de la musique de la création passe nécessairement uniquement par l’Europe mais bien par les autres continents. Et c’est l’impression que m’a laissé cet extraordinaire voyage en Colombie. Je pense qu’il faut commencer par s’interroger sur ce que nous avons à dire nous-mêmes avec nos propres manières de nous exprimer, c’est-à-dire qu’il nous faut une sorte d’introspection.

PAN M 360 : Cherchez-vous alors à vous distancier de l’influence dominante de l’Europe en musique contemporaine, dont les compositeurs québécois des deux premières générations ont été largement tributaires?

Simon Bertrand: Il n’est pas nécessaire de s’en distancer, cette influence s’est naturellement estompée avec le temps. Bien sûr les compositeurs connaissent la musique de Stockhausen de Messiaen, de Ligeti et autres gros « canons » du 20eme siècle, Et parfois même ils les assimilent à leur langage, mais sans ressentir le besoin d’une filiation directe avec une école de pensée ou à une école nationale. Mais n’est-ce pas là le reflet parfait du monde dans lequel nous vivons ? Il n’est pas anodin de voir que les créateurs recherchent plus que jamais la singularité dans un monde où on a si facilement accès à toute l’information. 

PAN M 360 : Quel sera le vecteur principal de votre développement à venir?
Simon Bertrand: M/NM 2027 sera consacré à la musique des Amériques, qu’elle vienne du Sud de la Patagonie jusqu’au Pôle Nord. Ce sera l’occasion de s’interroger sur ce que c’est que la musique des Amériques et l’américanité, malgré le monstre orange qui sévit en ce moment au sud de nos frontières. Donc, ça sera un bon moment pour développer nos connexions en Amérique du Sud, en Amérique centrale, aux États-Unis (quand même !)  et au Canada, et aussi de donner une place aux artistes autochtones.

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