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Rafael Payare à l’OSM: les questions de PAN M 360

Interview réalisé par Alain Brunet

Rafael Payare cause à PAN M 360 : le Vénézuéla, El Sistema, sa personnalité artistique, le prochain cycle de l’OSM dont il est le nouveau directeur artistique.

Genres et styles : classique

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PAN M 360 : Félicitations maestro. Quelle est votre réaction à chaud ?

RAFAEL PAYARE : Je suis honoré par cette nomination, je suis ravi qu’on m’offre l’occasion d’assurer la direction musicale de cet orchestre merveilleux.

PAN M 360 :Vous provenez de l’organisation El Sistema comme c’est le cas de Maestro Gustavo Dudamel, à la barre du Los Angeles Philharmonic, et plusieurs autres musiciens vénézuéliens de haut niveau. En êtes-vous fier?

RAFAEL PAYARE : Bien sûr, absolument! Pour ce que je suis devenu, merci à El Sistema, j’en suis très reconnaissant. Il n’y avait pas de musique dans ma famille, sans El Sistema je ne serais pas devenu musicien.

PAN M 360 : Avez-vous peur d’être comparé à Dudamel, votre compatriote est une superstar et donc il se peut que certains vous comparent.

RAFAEL PAYARE : Je n’ai aucun souci. Gustavo est un très bon ami. Quiconque a le droit de comparer, ça ne m’offense pas. Les gens n’ont qu’à faire l’exercice de la comparaison en apprenant à me connaître.

PAN M 360 : Sous votre direction, pourrons-nous découvrir plusieurs compositeurs latino-américains, au-delà de Vila Lobos ou Ginastera?

RAFAEL PAYARE : Certainement! La semaine prochaine, par exemple, nous interpréterons une œuvre du compositeur vénézuélien Antonio Estévez, très influencé par Ravel et Debussy, mais avec sa personnalité propre. Je suis très heureux de le présenter au public montréalais.

PAN M 360 : Vous avez beaucoup travaillé en Europe, vous travaillez beaucoup en Amérique du Nord.

RAFAEL PAYARE : Oui effectivement, je suis directeur musical du San Diego Symphony depuis 2019. Mes deux emplois principaux sont sur ce continent.

PAN M 360 : Comment voulez-vous développer l’OSM par rapport au San Diego Symphony?

RAFAEL PAYARE : Ces deux orchestres sont formidables et les deux villes sont aussi très dynamiques mais très différentes. On peut explorer tant de choses avec l’OSM. Il y a un legs merveilleux de l’OSM à explorer et sur lequel construire, tant de répertoires. Lorsque la pandémie se terminera nous pourrons aussi travailler avec des musiciens d’ailleurs, mener de nouvelles auditions… les perspectives sont très excitantes!

PAN M 360 : Envisagez-vous couvrir le spectre entier de la musique classique sans mettre l’emphase sur une période en particulier?

RAFAEL PAYARE : Non. Je veux couvrir le spectre entier de la musique classique en mettant l’emphase sur toutes les périodes!

PAN M 360 : Y a-t-il des compositeurs avec lesquels vous vous sentez plus à l’aise?

RAFAEL PAYARE : Oui, j’en porte certains dans mon coeur. Le noyau de mon répertoire serait Mozart, Beethoven, Brahms, Schubert, Mahler, Stravinsky, Prokofiev, Ravel, Debussy, Gubaidulina, Eldar, Verdi, Puccini, Estévez… Enfin, voilà ceux qui me viennent spontanément en tête.

PAN M 360 : Voilà des compositeurs des périodes classique, romantique ou moderne. Et la musique contemporaine?

RAFAEL PAYARE : Absolument! Nous devons écouter la musique qui se fait de nos jours. Le temps nous dira si ces musiques ont une réelle longévité mais il faut présenter la musique contemporaine. C’est d’ailleurs pourquoi notre prochain programme inclut une œuvre de Gubaidulina composée en 1976 par une musicienne encore vivante.

PAN M 360 : Quelles sont les principaux traits de votre personnalité musicale?

RAFAEL PAYARE : Je suis très curieux, passionné, attentionné par rapport aux œuvres avec lesquels je travaille. Je creuse autant que je peux dans les œuvres, j’essaie de savoir ce que le compositeur voulait transmettre. Plus tu en connais sur une œuvre, meilleur est le résultat final. C’est la musique qui compte. Pas moi. L’orchestre devant moi change aussi la donne. L’interprétation de la musique est donc sans cesse en évolution, nous devons sans cesse nous adapter au changement. Il faut toujours creuser davantage chaque compositeur auquel on s’intéresse.

PAN M 360 : Êtes-vous ouvert à intégrer des formes plus populaires au répertoire de l’orchestre?

RAFAEL PAYARE : Oui. Tout dépend de la manière dont on présente la musique. Si je crois en une musique, je m’y consacre à 250 %, je n’y vais pas si je n’y crois pas. C’est important d’essayer différents styles et joindre les générations plus jeunes qui reconnaîtront ces styles plus populaires pour ensuite leur faire découvrir des musiques différentes desquelles il n’avaient pas encore d’opinion. Oui je suis très ouvert à cela.

PAN M 360 : Vous écoutez-donc des musiques non classiques?

RAFAEL PAYARE : Oui j’écoute généralement la radio , mais je suis très mauvais pour me rappeler les textes ou les noms d’artistes. Mais ça ne signifie pas que je suis fermé à ces musiques.

PAN M 360 : En quoi consiste le premier cycle de travail à Montréal?

RAFAEL PAYARE : Marianne Perron et moi allons en déterminer les bases. Il est déjà question de Beethoven, Chostakovitch, Tchaïkovsky and Mahler.

PAN M 360 : Comment est votre relation avec les musiciens de l’OSM?

RAFAEL PAYARE : Ça s’était très bien passé au Festival de Lanaudière à l’été 2019, comme en 2018. Demain, ce sera la première fois que nous allons nous rencontrer depuis. Nous avons eu un zoom et vous pouviez déjà ressentir l’énergie à travers l’écran en autant que faire se peut. Mais j’ai vraiment hâte d’être capable de partager la scène avec eux. Nous ferons ce pourquoi nous sommes, respirer le même air qui est la musique Et ça commence demain.

PAN M 360 : Vous résidez à Berlin avec votre épouse, la violoncelliste américaine Alisa Weilerstein, et votre fille. Or, maintenant, vos deux principaux emplois sont en Amérique du Nord. Que comptez-vous faire?

RAFAEL PAYARE: Mon épouse, qui est une grande artiste, voyage aussi à travers le monde. Nous avons encore des engagements en Europe. Nous verrons… Et, de toute façon avec la pandémie, tout ça a disparu. Il faudra attendre à la fin pour évaluer le tout.

PAN M 360 : L’embauche d’un maestro non occidental à Montréal, c’est une position éditoriale n’est-ce pas?

RAFAEL PAYARE : (rires) Je suis très heureux et ravi d’être ici. Je ne peux l’être davantage!

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