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Quatre quatuors à cordes de Philip Glass seront joués par le Quatuor Molinari, le vendredi 13 février au Conservatoire de musique de Montréal. Ce programme conclut l’intégrale des neuf quatuors du compositeur par l’ensemble montréalais, processus amorcé il y a six ans.
Le programme prévoit d’abord la Suite de Bent, dont la partition pour quatuor créée en 1997 est extraite de la musique que Glass a écrite pour le film Bent, une adaptation cinématographique de l’émouvante pièce de théâtre de Martin Sherman dont le sujet est la persécution des homosexuels dans l’Allemagne nazie.
En 2015, le Quatuor Kronos avait lancé le projet Fifty for the Future, soit 50 courtes œuvres commandées à des compositeurs de renom tout comme à de jeunes compositeurs en début de carrière afin de faire mousser le corpus contemporain, d’où Quartet Satz qui se veut une adaptation de Evening songno 2. pour piano.
Le 8e quatuor de Glass nous ramène à des formes typiques du compositeur, à un “classicisme glassien » avec ces arpèges répétés et son harmonie tonale d’une sobriété totale.
Quant au 9e quatuor, il provient d’une musique de théâtre écrite en 2022 pour la la pièce King Lear (Le roi Lear) de William Shakespeare, présentée alors à Broadway.
Ainsi, ce programme s’annonce diversifié, certes moins linéaire et répétitif que certains ne le croient a priori.
Directrice artistique et premier violon du Molinari, Olga Ranzenhofer nous instruit davantage sur ce programme en répondant courtoisement aux questions de PAN M 360.
PAN M 360: Pourquoi choisir Philip Glass? Pour les qualités intrinsèques de son travail en quatuor à cordes? Pour son incontestable rayonnement sur notre époque? Pour d’autres raisons?
Olga Ranzenhofer: Il y a des œuvres qui sont très formatrices pour un quatuor à cordes et les quatuors de Glass, qui sont d’apparence plutôt simple, font partie de celles-là. Ces œuvres offrent de grands défis aux interprètes : l’harmonie tonale doit être parfaite et l’ensemble, impeccable. Il y a très peu de nuances dans les partitions, alors il faut comprendre l’harmonie et jouer en conséquence. Il ne faut pas trop exagérer les phrasés, car Glass n’en a pas mis, bien qu’ils soient souvent sous-entendus. Notre travail consiste donc à bien doser les nuances et la hiérarchie des voix.
Bien sûr, les œuvres du compositeur américain plaisent à tous les publics. Lors de nos concerts, nous jouons souvent des œuvres d’une grande complexité qui sont très exigeantes pour notre public. Avec le concert des quatuors de Glass, nous offrons à notre public un concert peut-être moins exigeant pour l’écoute mais très diversifié et de grande qualité musicale.
Glass fait l’unanimité autour de lui : autant les adeptes de musique populaire ou de jazz que les mordus d’opéra et de musique de concert apprécient son oeuvre. Il y aura toujours des personnes qui diront que sa musique est trop simple, trop répétitive, mais on ne peut que constater que les salles sont pleines lorsqu’on joue du Glass et que le public en ressort très heureux.
En effet, Glass est le premier compositeur à avoir conquis simultanément un large public multigénérationnel à l’opéra, dans la salle de concert, dans le monde de la danse, dans le cinéma et dans la musique populaire.
PAN M 360: Quelle est votre historique avec ces œuvres?
Olga Ranzenhofer: Dès notre première saison en 1997-98 nous avons joué un quatuor de Glass. C’est toujours agréable de reprendre ses œuvres et ça fait plaisir au public. Avec ce concert, nous complétons notre intégrale des quatuors de Glass en concert. Nous avons déjà enregistré deux volumes de quatuors avec ATMA Classique et en août prochain, nous terminerons l’intégrale sur CD. Présentement, les volumes 1 et 2 sont disponibles en version numérique sur les plateformes ou en téléchargement, mais lorsque le volume trois sera complété, ATMA sortira un coffret de trois CD.
PAN M 360 : Quels défis techniques se posent dans ces œuvres de manière générale ?
Olga Ranzenhofer: À travers une musique simple et répétitive, il faut trouver le fil conducteur et voir la grande forme, la grande structure. Parfois les choses les plus simples sont les plus difficiles à bien réussir car tout doit être parfait : l’intonation, le jeu d’ensemble, l’équilibre des voix, la couleur du son, etc.
PAN M 360 : Parlons des formes spécifiques qu’emprunte chacun de ces quatuors au programme.
Olga Ranzenhofer: Les quatre quatuors que nous jouerons pour ce concert sont en effet très différents les uns des autres tant dans la forme que du point de vue de la genèse de l’œuvre. La Suite de Bent est une succession de huit mouvements, très contrastés avec tantôt des jeux rythmiques et tantôt des mélodies accompagnées. Fait très inhabituel, le dernier morceau est un solo de violon! La partition pour quatuor est extraite de la musique que Glass a écrite pour le film Bent. Ce film est une adaptation cinématographique de l’émouvante pièce de théâtre de 1979 de Martin Sherman dont le sujet est la persécution des homosexuels dans l’Allemagne nazie.
Glass a écrit une courte pièce pour piano intitulée Evening song no2 et Quartet Satz est son adaptation pour quatuor. C’est une œuvre tout délicate en forme d’arche qui dure 8 minutes.
Le 8e quatuor lui est un quatuor de forme et d’esthétique classique en trois mouvements. Les arpèges typiquement « glassiens » inondent ce quatuor. Même le mouvement lent contient des arpèges qui, cette fois, deviennent mélodiques.
Enfin, le 9e quatuor « Le roi Lear » est tiré de la musique de scène que Glass a composé pour la pièce de Shakespeare qui a été présentée sur Broadway en 2019. Le quatuor est en cinq mouvements, mais chacun comporte de nombreuses sous-sections très définies et contrastées. Glass modifie aussi sensiblement l’ordre des sections par rapport à la production de la pièce de théâtre sur Broadway
On entend dans ce quatuor des sonorités que l’on ne retrouve pas dans les quatuors précédents du compositeur tels les ponticello et les col legno battuto. De plus, Glass utilise à profusion la mélodie accompagnée, autre caractéristique inhabituelle.
PAN M 360 : Comment percevez-vous l’évolution formelle de ces quatuors, soit de 1997 à 2022?
Olga Ranzenhofer: Les quatre derniers quatuors sont très différents et ne suivent pas d’évolution particulière. Chacun est le fruit d’une source d’inspiration différente ou d’un besoin particulier, et cela amène le compositeur à créer en fonction de ces contraintes. L’intérêt de jouer plusieurs quatuors d’un même compositeur voire l’intégrale de ses œuvres, réside dans le fait que l’on peut suivre l’évolution et dans le cas particulier de Glass, de repérer les caractéristiques et les particularités de son écriture. À la lumière de notre travail sur l’intégrale des quatuors de Glass, on peut repérer facilement les traits de son écriture et ceux-ci sont présents dans tous ses quatuors : les superpositions de rythmes binaires et ternaires, les regroupements de croches (ex. 3 + 3 + 2 + 2), les arpèges, les mesures irrégulières, les rythmes simples et bien sûr, l’harmonie tonale.
PAN M 360 : Philip Glass a fait parler de lui il y a quelques jours, lorsqu’il a annulé l’exécution de sa 15e symphonie inspirée d’ Abraham Lincoln au Kennedy Center en guise de protestation contre le gouvernement Trump. Que vous dit cet engagement du compositeur?
Olga Ranzenhofer: On reconnaît chez Philip Glass, avec le retrait de son œuvre, un homme de principe. C’était un événement très attendu dans le cadre des célébrations du 250e anniversaire des États-Unis et il a décidé d’annuler cette création au Kennedy Center. Le sujet de sa 15e symphonie est Abraham Lincoln, un des plus importants présidents des États-Unis qui a, entre autres, aboli l’esclavage. Avec ce qui se passe présentement au sein de l’administration américaine, la présentation de cette œuvre à cet endroit, aurait été antinomique et contraire aux valeurs véhiculées dans l’œuvre.
PAN M 360 : Puisqu’il est aussi question de l’effet Glass auprès de vastes auditoires, peut-on observer aussi que les concerts du Molinari attirent-ils des publics différents d’un programme à l’autre vu le vaste spectre de vos propositions, de Glass à Schnittke ? Ou encore votre public est-il prêt à fréquenter toutes vos propositions à peu de choses près ?
Olga Ranzenhofer: En effet, notre programmation est très variée. Au cours de nos 29 saisons, nous avons réussi à fidéliser notre public. Je crois qu’on peut dire qu’il a entièrement confiance en nous et à nos propositions artistiques. Si l’on décide de jouer une œuvre, c’est parce qu’on est convaincu de sa qualité et nous la jouons avec grande conviction; c’est pour cela que notre public est prêt à nous suivre dans nos aventures.
Quatuor Molinari
Olga Ranzenhofer, violon
Antoine Bareil, violon
Cynthia Blanchon, alto
Pierre-Alain Bouvrette, violoncelle
Le Quatuor selon Glass
Philip Glass (1937)
Suite de Bent (1996)
Bent #1 –
Bent #2 –
Bent #3 –
Bent #4
Bent #5
Bent #6
Bent #7
Bent #8
Quartet Satz (2017)
Pause
Quatuor no 8 (2018)
Mouvement I
Mouvement II
Mouvement III
Quatuor no 9 King Lear (2022)
Mouvement I –
Mouvement II
Mouvement III
Mouvement IV
Mouvement V























