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Quand CRABE pince, ça craque !

Interview réalisé par Louis Garneau-Pilon
Genres et styles : mathcore / punk / punk-metal / rock prog

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CRABE est une créature unique de la faune punk-rock en Amérique francophone. Impossible d’en décrire pleinement le style, après une décennie de cavalcades et d’expérimentations, soit 8 albums et une pléthore de singles et EPs. Qu’en est-il du nouveau-né, l’opus Sentients, lancé le vendredi 7 mai sous étiquette Pantoum Records ?

Certaines similarités sont observables depuis la naissance du redoutable crustacé; un son agressif d’allégeance hardcore, des rythmes complexes de types mathcore ou prog-métal, des arrangements chargés, une désinvolture d’esprit punk, des textes rudement exprimés en joual keb.

Martin Hoëk, chanteur-guitariste et Gabriel Lapierre, batteur et nouvellement claviériste sont les cerveaux de CRABE. Pour eux, il s’agit d’un un projet en perpétuelle évolution, dont chaque album représente un nouveau défi.  À la sortie de Sentient, CRABE continue d’obéir à ce principe.

Notre-Dame de la vie intérieure, l’opus précédent,  jetait un éclairage  sombre de l’existence assorti d’une exécution max corrosive. Sentient, maintient l’agressivité hardcore tout en y intégrant des éléments électroniques. La proposition était, d’ailleurs, bien assez attractive pour que des artistes de fort calibre acceptent d’y participer – notamment Hubert Lenoir, Dan Mongrain (Voivod), Vincent Peake (Groovy Ardvaark et tant d’autres), Laurence-Anne ou  Étienne Dupré (Klô Pelgag, Mon Doux Saigneur).

Malgré les difficultés multiples générées par la pandémie, les deux artistes n’ont manifestement pas fermé les valves de leur flot créatif, sans compter les valves de communication. Gabriel Lapierre s’est ainsi entretenu avec PAN M 360 afin  discuter de Sentient.

PAN M 360: Après 10 ans et 8 albums, comment conserve-t-on son originalité?

GABRIEL LAPIERRE: Au fond, on essaie tout le temps de garder le matériel frais. C’est toujours le moment de nous surprendre nous-même. On essaie de sortir de notre zone de confort et de se poser de nouveaux défis à chaque projet. Par exemple, le défi pour Sentient était de changer d’instruments. On est sorti un peu du traditionnel punk en ce sens; pour ça, on est allé plus dans les instruments électroniques. Pour Sentient,  on voulait un son dry; on enregistrait notre batterie électronique à même la console et on explorait avec les timbres disponibles offerts par les instruments. On a utilisé ces timbres plus que des squelettes; au lieu de commencer avec une structure de chanson, on créait à partir des sons intéressants qu’on trouvait. Ça a changé notre façon de composer, ça a changé notre son et ça a changé notre intention artistique.

PAN M 360: Comment s’est passée la transition de la batterie acoustique à l’électronique ?

GABRIEL LAPIERRE: Honnêtement, ça a été un cauchemar. Je perdais le feel de la batterie, je perdais ma propre aisance à jouer. En revanche, c’était intéressant au niveau de l’harmonie; j’ai pu jouer du clavier et de la batterie en même temps. Ça a été aussi beaucoup de défis techniques et d’organisation, on a dû se faire un studio DIY. J’ai soudé en masse de fils ! 

PAN M 360: Quels ont été les obstacles de Sentient?

GABRIEL LAPIERRE: Du côté de la composition, ça s’est super bien passé. Pour l’enregistrement, un peu moins. On a dû trouver des solutions budgétaires: vu qu’on avait que des instruments électroniques, on a tout enregistré dans notre local et renoncé à louer un studio. Par contre, on n’avait pas de fenêtre. On ne pouvait pas travailler longtemps sans devenir fou !  Mais… peu importe nos moyens, on essaie toujours de faire de la contrainte un atout. C’est sûr qu’en ayant un plus gros budget, on aurait fait quelque chose d’encore plus explosif. 

On a aussi eu du mal à trouver une esthétique hybride qui convenait à un genre de punk-électro pouvant être joué par des humains. Ça a été dur, mais je suis vraiment content de ce que ça donne au final. Heureusement, toutes les prises de son ont été  faites avant la COVID, donc il n’y avait qu’à faire le montage.

PAN M 360: Comment ça a été de travailler avec tous ces invités ?

GABRIEL LAPIERRE: On a eu la chance de rencontrer vraiment beaucoup de monde au cours de  notre carrière, on a aussi toujours eu de bonnes relations avec les artistes qu’on a croisés, alors ça a été vraiment facile de  les impliquer. On a quand même eu des personnes assez signifiantes pour nous. Certaines d’entre elles nous ont influencés quand on était jeunes, leur participation était pour nous symbolique. Justement sur notre dernier single, on a trouvé ça intéressant de réunir tous nos invités sur la même chanson.

PAN M 360: Pouvez-vous décrire l’évolution de  votre dynamique artistique au fil des ans ?

GABRIEL LAPIERRE: Il y a eu un changement de personnel. Par exemple, je suis dans le groupe depuis 4 ou 5 ans, juste avant l’album Le temps feel. Pour moi, CRABE, c’est vraiment  jouer ensemble pour le plaisir, c’est ce qui nous mène à faire des albums, ce qui nous mène à faire des spectacles. Martin et moi on est dans la vie de l’un et de l’autre, on pratique souvent.  Naturellement, on aime nourrir la créativité et se lancer des défis. Il faut que ça aille de soi, il faut que ça soit fluide. Au départ, c’est sûr que Martin connaissait mieux le rôle de leader mais récemment, le travail est devenu une dynamique de binôme, surtout pour Sentient. 

PAN M 360: Que Crabe nous réserve pour l’avenir ?


GABRIEL LAPIERRE: En tout cas, en ce qui concerne, les spectacles, pas pour un ou deux ans. On fait un film à la place qu’on est en train de monter, et on reste une équipe créative. On travaille vite ! On a déjà du stock pour un autre album en plus de ce film qui devrait être fini à la fin de l’été.  On a aussi deux ou trois projets en banque au cas où. On ne s’arrête pas !

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