POP Montréal : Tinkertoy Fog Machine, bricoleurs psych-rock inspirés

Entrevue réalisée par Stephan Boissonneault
Genres et styles : expérimental / lo-fi / Psychedelia

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Vous pourriez sortir de chez vous, ramasser un caillou et le lancer sur la maison qui se trouve en face de la vôtre; les chances qu’il percute le logement d’un musicien montréalais seraient assez élevées. Beaucoup de ces créateurs font du lo-fi, c’est-à-dire du « malpropre », parce que leurs moyens sont restreints. Ou alors parce qu’ils le veulent ainsi, comme chez Kai Thorpe et Tyrin Kelly de Tinkertoy Fog Machine.

Comme l’indique le nom de leur groupe, Thorpe et Kelly sont des « patenteux » méticuleux, utilisant des techniques d’enregistrement bricolées qui confèrent à leur musique un son de cassette qui a été manipulée et déformée à force d’être écoutée. C’est un psychédélisme qui sonne différemment à chaque écoute. Il suffit de jeter une oreille à Fingers Crossed, album paru en 2021.

Kelly et Thorpe sont au diapason, en tant qu’amis de longue date, colocataires, membres du groupe dance-punk montréalais Crasher et musiciens d’accompagnement de Boyhood, un groupe alt-rock ontarien.

L’été dernier, ils ont soigneusement préparé leurs spectacles de Tinkertoy. Ils prévoient retourner en studio dans l’espoir d’enregistrer plus de matériel, selon leur esthétique DIY. Nous avons discuté avec Thorpe et Kelly avant leur prestation à Pop Montréal le 1er octobre.


PAN M 360 : Quelle est la genèse de Tinkertoy Fog Machine?

Kai Thorpe : On joue ensemble depuis qu’on a 15 ans. On s’est rencontrés à l’école secondaire, alors Tinkertoy est un peu la suite de tous ces projets qui ont fini par changer de nom au fil des ans. Je crois que nous sommes Tinkertoy depuis 2017, quand nous sommes arrivés d’Ottawa.

PAN M 360 : Vous créez votre musique en improvisant ou à l’aide d’un programme? On ne peut jamais le deviner, avec des trucs lo-fi comme le vôtre.

Kai Thorpe : C’est comme de la musique sur ordinateur, mais pas complètement. J’ai l’impression que c’est un peu réducteur pour moi, parce que je ne trouve pas ça très édifiant, mais les chansons n’ont pas été pensées sur le moment. Peut-être avons-nous jammé au début, pour susciter une idée, mais ensuite tout a été superposé dans Ableton. Pour l’enregistrement, nous avons un appareil huit pistes à bobine.

Tyrin Kelly : Les idées initiales viennent des démos et des boucles sur Ableton, mais nous essayons ensuite de les recréer avec une énergie plus directe. Nos racines se trouvent dans l’analogique, nous aimons ce mode de création.

PAN M 360 : Donc vous utilisez des bobines. Les enregistrements sonnent aussi très rétro, comme si on avait trouvé une cassette poussiéreuse sous un lit. Pas daté, mais lo-fi et modifié dans un but précis.

Tyrin Kelly : Nous avons passé un mois à « ré-amplifier »… C’était notre phase d’enregistrement expérimental; nous essayons d’apprendre à enregistrer nos trucs nous-mêmes. Donc, on a voulu « réamplifier » chaque instrument dix fois sans penser à le faire. On envoie les voix et la batterie dans des amplis de guitare. Et puis si ça sonne mal, on jette, ou si ça sonne plutôt bien, on garde. On peut faire ça pour tout, juste pour créer une sorte d’ambiance plus « rétro poussiéreuse », comme tu l’as dit.

Kai Thorpe : J’ai l’impression que ça a fini par porter fruit! (rires)

PAN M 360 : Ça me rappelle les très, très vieilles démos de Tame Impala. Avant que ça devienne hyperpopulaire. Vous avez donc beaucoup de matériel d’enregistrement « ancien »? Je suppose que vous avez un magnétophone à bobines? Et d’autres appareils analogiques?

Kai Thorpe : Nous avons du matériel « externe », comme des préamplis et des micros. J’ai aussi bricolé certains des préamplis et des compresseurs. Pour nos instruments, je crois que j’ai la même guitare que le gars de Tame Impala. C’est une Hagstrom 1970, il me semble? Je l’ai acheté d’un vieux rocker de Longueuil pour 600 dollars. Ces guitares coûtent tellement cher, de nos jours.

PAN M 360 : Est-ce que vous écrivez les paroles ensemble ?

Kai Thorpe : Tout est réparti également entre Tyrin et moi. C’est vraiment un effort commun.

Tyrin Kelly : J’ajouterais que nous avons passé beaucoup de temps sur les deux simples que nous venons de lancer; de fait, nous y avons peut-être un peu trop réfléchi… Mais c’était un bon processus, pour réinventer notre son, et c’est chouette d’entendre que le son est assez unique, parce qu’on a beaucoup bricolé.

PAN M 360 : « Tinkertoy Fog Machine » est un nom tout à fait logique, si vous êtes constamment en train de bricoler votre son. Et vous avez aussi un projet de sérigraphie ensemble? C’est lié à Tinkertoy ou parallèle?

Kai Thorpe : Esthétiquement, oui, mais c’est surtout le projet de Tyrin, Trap Door Printing. C’est aussi une seule et même chose, si vous voyez ce que je veux dire?Tyrin Kelly : J’ai l’impression qu’il y a tellement de corrélation entre la sérigraphie et la musique DIY. Donc, nous avons conçu la pochette et beaucoup d’affiches de spectacles, affichées sur des poteaux. Il s’agit aussi de références au début de la scène montréalaise, il y avait beaucoup d’affiches sérigraphiques. J’aime l’idée de perpétuer ça.

Pochette d’EP de Crasher – Trap Door Printing

PAN M 360 : Allez-vous profiter de l’automne et de l’hiver pour continuer à faire des concerts, puis songer à enregistrer de nouvelles chansons? Deux autres simples ou un album complet?

Kai Thorpe : La prochaine étape est un album complet, mais c’est un peu intimidant! Créer un ensemble cohérent de pièces, ça nous fait un peu peur, mais c’est ce que nous comptons faire.

Tyrin Kelly : Et si nous le faisions avec quelqu’un d’autre, ce serait une personne proche qui préserve notre mentalité de bricolage. Nous aimons avoir le contrôle créatif et nous savons ce que nous aimons. Nous faisons du DIY parce que chaque étape est créative : celle du mixage, du matriçage… Tout est créatif.

PAN M 360 : Assurément. À quoi ressemblera le concert à Pop Montréal?

Kai Thorpe : Quand les gens nous voient, ils disent toujours « Wow, je m’attendais à quelque chose de totalement différent »! C’est une approche plus psych-rock avec beaucoup de peaufinage. Nous serons quatre musiciens sur scène : un claviériste et un guitariste, Tyrin qui joue de la batterie, puis moi à la basse et au chant.

Tyrin Kelly : Nous jouerons probablement les pièces de Fingers Crossed, et tout le reste sera des chansons inédites, que nous essayerons en vue de les enregistrer, je suppose. On a passé l’été à essayer de nous améliorer en jouant beaucoup live. C’est notre objectif principal, pour le moment.

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