renseignements supplémentaires
Il y a des premières fois qui déterminent un avant et un après. Pour SLIBERIUM, alias Tristan Sendji et Prince Amani Kouame, ce moment arrive le 22 août à MUTEK, lorsqu’ils dévoileront enfin leur univers au grand jour. Après des années passées à créer dans leur cocon, entre essais, erreurs et expérimentations sans filet, les deux artistes s’apprêtent à transformer leur intimité musicale en expérience collective.
Car SLIBERIUM n’est pas seulement un projet sonore : c’est un monde. Un territoire où se croisent rêves hallucinés et quotidien brut, beats numériques et sensibilité pop, chaos visuel et humanité vibrante. Né de l’amitié adolescente, nourri par la débrouillardise, le duo a forgé une identité hybride – à la fois camerounaise, ivoirienne, montréalaise et française. Leur musique, qu’ils qualifient eux-mêmes de « raw, digitale et émotionnelle », est une tentative de capter l’essence de ce qu’ils sont, sans filtre ni concession.
Avec The Infinity Door, SLIBERIUM promet une « hallucination collective » où le public sera invité à perdre ses repères pour en découvrir de nouveaux. Une invitation à franchir la porte, pour voir et entendre autrement.
PAN M 360 : Bonjour à vous, SLIBERIUM, vous qui m’avez chaleureusement accueilli à LaSalle, endroit que je n’avais jamais visité avant aujourd’hui. J’étais curieux de visiter votre petit lieu de création, où votre collaboration a pris forme. Pour commencer, allons-y avec une question à l’apparence simple. Comment vous décririez SLIBERIUM?
Prince : Je dirais que c’est un univers constamment en évolution. C’est un univers digital, mais humain. Et il y a une partie de notre âme dedans. Ça c’est très important puisque c’est très personnel comme projet. Mais Tristan lui, il a une autre façon de le voir aussi. C’est deux cerveaux.
PAN M 360 : SLIBERIUM devient la forme de votre entité commune, tout en étant l’amalgame de deux artistes.
Tristan : Bien sûr. SLIBERIUM, je le décrirais comme de l’audio ecstasy. D’abord, je dois dire que c’est un mode de vie très émotionnel, très créatif. Au niveau sonore, c’est digital, raw et très mélodique. Donc ça c’est SLIBERIUM. On pousse toujours les limites. Et ça crée cet univers-là parce que… on ne fait que mélanger l’essence, la plus pure, la plus naïve de moi et Junior [surnom qu’à donner Tristan à Prince]. Et ce, depuis très longtemps. Je dirais officiellement depuis 2020. Unofficially depuis 2007.
Marc-Antoine : Votre projet à commencer durant vos premières années d’amitié, c’est bien ça?
Tristan : Minimum, ouais. Je te sors une photo là. Il y avait moi et Junior. Tout petit, crâne rasé. Devant un ordinateur. L’écran n’est même pas plat. Bien bombé. Et je sais qu’on regardait du Kesha. Tu vois? On était là.
PAN M 360 : Ah je vois, vous devez votre carrière à Kesha.
Tristan : Non, zéro haha. Kesha c’était… C’était la vibe. C’était l’époque.
PAN M 360: Un des termes utilisés dans votre profil MUTEK précise que vous transformez les rêves en sons. Qu’est-ce que cela signifie exactement pour vous ?
Tristan: Je te fais une confidence. Je ne sais même pas si c’est un problème, mais je rêve chaque jour.
PAN M 360: Ce n’est pas un problème, je te rassure !
Tristan: Chaque jour. Minimum trois rêves en une nuit. Il y a des rêves où tu es bien et tout. Là ce sont des rêves où c’est surréel. Bien que ça reste toujours ancré dans la réalité. Je ne suis pas là comme dans un anime, en fait, je suis toujours à l’intersection du rêve et de la réalité. Ça a toujours un rapport. Mais tu ne le comprends pas parce que ça vient de ton inconscient. Et on met ça dans la musique. On aime vraiment créer un univers. Et tu ne peux pas créer un univers sans mettre du tiens dedans. C’est ça qu’on a fait dans la musique.
Au début, je ne faisais pas de musique. C’est lui [Prince] qui faisait de la musique. J’étais plutôt dans un truc complètement différent… Je faisais de la science, j’étais un étudiant. Pourtant, je faisais de l’art, mais d’une autre manière. J’étais encore plus passif. Et là, il y a eu la pandémie. On s’emmerdait. On s’est retrouvés parce qu’on s’était perdus de vue. Il m’a fait écouter des trucs qu’il faisait sur son téléphone au début. Tu imagines, il sort un téléphone. Une paire d’écouteurs Apple que tout le monde a, puis il te revient avec un banger. Moi j’étais juste, comment tu fais ça ? Ensuite on a évolué. On est passé de là à l’ordinateur.
PAN M 360 : C’est donc à partir de ce moment que l’idée de collaborer a germé.
Prince : Je pense que c’est aussi parce que je faisais de la musique sur mon téléphone. Parce que c’est tout ce que j’avais à ce moment-là. C’était avec une paire d’écouteurs, puis je mettais ça sur l’ordi. J’avais un système qui me donnait l’impression que je savais faire de la musique. Et ça a intéressé Tristan.
Tristan : Non il savait, il est humble là. Ensuite, ça a vraiment donné quelque chose d’assez spécial. On s’emmerdait durant le Covid, vraiment! Puis là je vois lui, il fait des trucs de malade. Mais c’était vraiment plus dans le rap. Donc là je lui ai dit, ok viens on fait quelque chose. On est parti en France. C’est là que ça a vraiment commencé… on s’est rapprochés de ouf en France. Et moi je savais zéro comment faire de la musique. Et à partir de là, on a eu d’autres résidences notamment avec Phi. Et là, notre son a commencé à changer. Ensuite il y a eu MUTEK. Moi j’ai commencé à apprendre parce que je baignais dedans. Sans lui, je faisais de la musique de merde au début.
PAN M 360 : La musique ne s’apprend pas facilement, c’est normal de ne pas arriver à faire le meilleur.
Tristan : Oui mais la force de Junior [Prince] c’est vraiment de toujours trouver de la beauté dans quelque chose. Et de le faire savoir. Et assez pour que ça te pousse à continuer.
PAN M 360 : C’est une belle qualité à posséder.
Prince : Il y a de la beauté partout.
Tristan : Même moi, s’il m’avait envoyé la même chose, j’aurais été, oui mais non. Sincèrement, on reste dans le hood.
Prince : Il faut voir au-delà. Parce que parfois, quand tu vois quelque chose qui n’est pas achevé, il y a tout de même l’essence qui est là. Après c’est à toi de voir jusqu’où ça peut aller. Et je me permets toujours de voir jusqu’où ça peut aller. Donc, je finis par trouver de la beauté. Ça dépend des états d’esprit, j’imagine.
PAN M 360 : Parlant de votre pratique musicale, si l’on revient légèrement dans le passé, à l’hiver dernier vous avez fait paraître votre premier EP 7REGIMENT, c’est bien ça?
Tristan : 7REGIMENT. Tu l’as sorti?
Prince : En fait, c’était… C’était une erreur. En fait, c’est parce qu’on a beaucoup de choses à venir, beaucoup. Et puis, ce projet-là, il n’est pas finalisé. Donc c’était vraiment une erreur. Je n’ai pas réussi à le sortir.
PAN M 360 : Néanmoins, vous avez un album à paraître bientôt aussi, n’est-ce pas?
Tristan : On a des millions d’albums. Millions d’albums. Ah mais fuck, on n’a plus l’ordi.
Prince : Non, mais je les ai.
Tristan : Je les ai encore. En fait, nous avons un défaut. On fait beaucoup, mais on ne partage pas beaucoup. Tu vois, on a commencé avec un téléphone et des écouteurs. Et maintenant, on doit se démerder à… Si on fast-forward vraiment, vraiment, on est rendu à MUTEK, ok, on a un show et on joue un live. Tu comprends, à un festival incroyable. Merci beaucoup MUTEK. Ensuite, il y a la partie réseau social, promotionnelle de la business, tu vois. Puis il faut aussi équilibrer avec la vie personnelle et avec l’école. Moi, je fais de la musique tout le temps. C’est pour ça que j’adore l’été. Donc oui, trouver une stratégie pour que ça ne passe pas incognito parce qu’on a vraiment beaucoup de trucs qui sont incroyables.
PAN M 360 : Vous êtes des artistes avant tout. C’est ce qui guide votre vie avant vos autres occupations.
Tristan : Ce n’est même pas moi qui décide. C’est l’énergie créative. Oui, on a 7REGIMENT
PAN M 360: J’ai tenté de trouver des trucs sur vous. Je suis allé sur votre Soundcloud. Puis là, j’y vois 7REGIMENT paru quelques mois plus tôt. Je n’ai pas hésité à écouter cet EP pour entendre votre son, y identifier votre identité sonore.
Tristan : Qu’est-ce que tu en as pensé?
PAN M 360 : Globalement, j’ai aimé le mélange des genres. Votre musique est drivée par des synths denses et vibrants, une bass puissante. Une esthétique qui évoque le sous-genre RAGE popularisé par des artistes comme Playboi Carti, Bladee et d’autres. En mêlant à la fois, une sensibilité pour la pop… expérimentale bien sûr. Tu vois, en ce moment je porte un t-shirt de JPEGMAFIA…
Prince : Lorsque je t’ai vu, je t’ai respecté.
Marc-Antoine : Oui, haha! Ça m’a fait penser à toutes ces choses-là. Évidemment, c’est très overdriven, très énergique, bouncy, presque chaotique. Mais il y a toujours une sensibilité pop qui vient unifier le tout, évoquant chez moi la witch house. Je pense aussi que vous êtes une voix intéressante pour le Québec avec ce style de rap-là. Il ne faut pas oublier, tout l’aspect audiovisuel qui est affilié à SLIBERIUM dont on pourra reparler. Bref, j’ai trouvé ça très excitant et j’avais déjà hâte d’en entendre plus. Je vous avoue que ça m’a surpris d’entendre que c’était une erreur. Je ne l’ai pas abordé avec cette perspective en tête. Je l’ai abordé comme un produit fini, et je l’ai beaucoup apprécié.
Prince : Je suis vraiment content que tu aies pu l’entendre. C’est vraiment cool.
Tristan : Je suis vraiment content que tu aies apprécié.
Prince : Au bout du compte, c’est un projet parmi tant d’autres. Justement, tous ces mélanges que tu as entendus, c’est pour ce projet-là spécifiquement. Chaque projet est un univers. Chaque chanson a son propre univers aussi. Donc, c’est cool que tu sois rentré dedans.
PAN M 360 : Si l’on revient vers MUTEK avec The Infinity Door.
Tristan : Ça aussi, c’est une autre erreur.
PAN M 360 : Quoi, une autre erreur haha!
Tristan : Quand je te dis, honnêtement, nous, on est très humain. Je ne vais pas te mentir. Tu nous vois sur les photos. Tu vois, tout ça, les demandes et tout. Rien ne te prépare vraiment à ça. On a tout appris par nous-mêmes. Tout ce qu’on fait, c’est vraiment… Rock. On se démerde et on trouve. Et on fait ce qu’on aime. Et ensuite, on trouve des solutions aux problèmes. Et là, dans la chose, on avait tout un méga concept. Mais là, c’est la première fois qu’on va faire une performance live ensemble. Donc, ce n’est pas du playback. Et comme tu as vu, on a beaucoup d’éléments, beaucoup.
PAN M 360 : Oui, on peut lire que vous allez utiliser des instrument plus traditionnels avec le Ableton Push. Il y a aussi des gauche avec une manette de PS4 et un looper granulaire.
Tristan : Alors nous, c’est vraiment, on est digital, tu vois. Vraiment, un côté… mécanique. Digital, c’est le mot. Mais bref, pour revenir à The Infinity Door, on avait une installation qu’on allait faire. Mais ensuite, avec les soucis d’ordinateur et tout, on va faire encore mieux. Donc, c’est plus SLIBERIUM’s The Infinity Door particulièrement, mais c’est SLIBERIUM.
Prince : The Infinity Door, ça existe toujours, c’est là.
Tristan : C’est un vrai projet. On s’adapte, là. On a perdu la moitié de projets puisque Prince c’est fait voler son ordinateur.
Prince : Tous les sons que tu as entendus de 7REGIMENT n’existent plus.
PAN M 360 : Oh non !
Tristan : Mais ce qu’on a, c’est vraiment incroyable. Là, on a vraiment poussé pour MUTEK et il nous ont poussé à aller plus loin. Et le process du show nous a transformés. Vraiment, c’est un process. Je suis vraiment heureux de pouvoir me réveiller à chaque jour et d’être inspiré par des choses qui sont oubliées ou anodines pour certains.
PAN M 360: Quand tu dis que cela t’a changé, c’est dans le sens où, pour la première fois, vous aviez un projet à présenter avec une échéance, et c’est le travail réalisé en vue de la performance à MUTEK qui a quelque peu modifié ta perspective sur ton approche artistique.
Tristan : Là, c’est une performance avec un public. Il faut que tu leur donnes des repères. Il faut aussi que tu leur enlèves ces repères parce que toi, tu as d’autres repères. C’est ça que tu veux mettre de l’avant. C’est ça ton intention. Et puis, tout ce processus-là pour MUTEK, qui est un festival électronique incroyable! Avant, on faisait la musique seulement avec notre clavier, on se basait uniquement sur l’ordinateur. Donc là, on a dû acheter un Push. On voulait aller plus loin, on n’a décidé d’utiliser une manette de PS4. Tout ce processus pour créer cette performance-là, pour ramener les gens, pour faire oublier les gens, ou même juste leur faire dire what the fuck. Ça nous a changés.
PAN M 360 : Le 22 août, vous présentez votre performance à l’Esplanade Tranquille, je me demande ce que ça représente pour vous de présenter pour la première fois SLIBERIUM à MUTEK?
Prince : Le fait d’y avoir assisté auparavant et maintenant d’y participer. Incroyable. Déjà, je suis très fier. Vraiment fier parce que quelque chose qu’on faisait de nous-mêmes, dans nos chambres, qui s’exporte à une scène extérieure, devant d’autres personnes. C’est une grosse avancée. Il y a aussi beaucoup de fierté. D’autant plus que c’est une révélation qu’on est capable de faire ce genre de choses-là. Et que… Tant que tu mets le travail, tant que tu y vas d’un état d’esprit qui est pour le meilleur, tout va être bien.
PAN M 360 : Que votre travail puisse enfin être vu, entendu et apprécié est une reconnaissance.
Tristan : Cette opportunité-là est un moyen de partager la maturité qu’on a acquise à travers tous nos périples… Où est-ce qu’on en est aujourd’hui ? On travaille énormément depuis longtemps. Nos proches savent ce qu’on fait, mais même eux ne voient pas tout. C’est pour ça que je remercie beaucoup MUTEK, et particulièrement Marie-Laure (Saidani), qui a su reconnaître notre démarche et voir au-delà. Oui, on est parti loin dans notre monde et on est revenu de ce voyage-là. Et maintenant, on vous ramène un petit peu de cette énergie. On vous redonne ce voyage-là parce que quand les gens reviennent d’un voyage, tu sais, tu changes un peu et tu redonnes ça un petit peu à ton entourage. C’est un peu ça intérieurement, émotionnellement ou whatever.
PAN M 360 : Pour tirer parti de l’opportunité de développer le concept d’influence et de partage, Prince étant originaire de Côte d’Ivoire et Tristan ayant des racines camerounaises et françaises, vous disiez souhaiter mettre en avant vos cultures dans votre projet. Comment cela se traduit-il dans SLIBERIUM ?
Prince
Ça se traduit beaucoup au niveau de l’ambiance. Ça se traduit dans les percussion, dans le son. Ça se traduit aussi au travers de nous.
Tristan
Exact! Tu me vois, t’as entendu la musique que je fais. Voilà. C’est ça que je veux dire par ça. C’est que… C’est nous qui ramenons cette touche africaine dans ce digital.
PAN M 360 : En étant simplement vous-même, vous mélangez naturellement ces influences dans votre musique.
Tristan : Oui, parce que c’est vraiment ça. C’est un petit peu comme… Peu importe ce que je vais faire, ça appartient à notre identité. Même si… Si on le voit d’une certaine manière ou d’une autre… la musique qu’on fait, c’est de la musique québécoise montréalaise. Je suis tous ces éléments-là. C’est sûr qu’il y a des références. Il y a des rythmes. Mais… On est activement ce que nous créons. Donc, tout ce qui en ressort, en fait partie. C’est notre tour d’être là et de faire ça sur scène.
PAN M 360 : Je trouve ça intéressant parce que même moi, quand j’ai écouté votre EP qui n’est maintenant plus disponible… haha! Je me doutais que c’était votre attitude par rapport à ce sujet-là. Je sens que vous reflétez tout ça simplement à travers qui vous êtes et dans votre performance. C’est une approche vraiment intéressante, parce qu’elle ouvre sur un rayonnement naturel. Et ce qui me frappe, c’est que ça apporte une vision nouvelle : on sort un peu des codes habituels qu’on entend souvent, qui sont précieux bien sûr, mais vous amenez quelque chose de différent, qui enrichit le paysage.
Tristan : Je ne suis pas juste camerounais. Je suis français, je suis québécois, je suis montréalais et je suis canadien. Je suis tout ça. Ensuite, c’est sûr que les gens vont me poser des questions à ce sujet. Mais tout ça, j’y réfléchis, parce qu’on me les pose. Mais en soi, avant tout ça, il n’y a pas de questions qui se posent. Donc, ça illustre toutes les cultures en même temps.
PAN M 360 : SLIBERIUM est aussi un monde visuel, comme vous travaillez autant l’audio que le visuel. Je pense qu’en regardant votre Instagram, ça fait forte impression. Plus précisément, vous avez une esthétique qui pourrait se caractériser par des couleurs néon, des textures lo-fi et un flux chaotique généré par le montage. Est-ce que vous concevez SLIBERIUM d’abord comme une expérience musicale, visuelle… ou les deux indissociables ?
Tristan : On part des inspirations et on s’inspire de tout. Donc bien sûr que c’est au-delà de la musique. On ne fait pas que de la musique. Junior, il fait de l’editing de la vidéo, de la capture d’images. On fait ce qu’on aime. J’aime les couleurs fortes, j’aime les couleurs bright. J’adore les couleurs tout court. Tu vois ça à travers l’esthétique. Donc, c’est ça qu’on fait. Sinon, quoi d’autre? Les films, le cinéma, l’écriture, j’adore écrire. J’aime écouter Junior chanté, il rappe, et là, toi, tu es en arrière. OK, non, moi, j’ai un meilleur texte. Non, non, non, non, non, non.
Prince : Mais définitivement, je pense que SLIBERIUM, ce n’est pas juste de la musique, c’est vraiment le visuel. C’est ça qui complète.
PAN M 360: En fait, je me demande si je parle de quelqu’un de SLIBERIUM et que je lui fais écouter votre musique, est-ce que la dimension musicale de votre projet suffit à incarner votre pratique pour quelqu’un cherchant à vous découvrir? Si je comprends bien, votre pratique visuelle ne sert pas seulement à appuyer votre musique.
Prince : Le visuel lui-même est aussi son propre monde. Comme j’aime beaucoup les logiciels pour créer, donc chaque logiciel, c’est un sandbox que tu peux utiliser pour créer ce que tu veux. Et les logiciels de vidéo, ce n’est pas la même chose que pour la musique, mais il y a des éléments qui sont similaires. Le simple fait d’être sur ce logiciel m’inspire, et c’est un autre monde, tu crées des visuels, j’aime la distorsion visuelle, la saturation très excessive, parce que je trouve que les gens aiment trop que ce soit clean, c’est toujours propre, non, la vie, c’est raw, la vie, il y a des choses qui sont sales. Il y a des choses qui sont pas forcément belles, et avec du visuel qui n’est pas forcément poli, je trouve que ça rajoute quelque chose de très humain, très raw.
Marc-Antoine : En guise d’avant-dernière question, en lisant la description de The Infinity Door, vous parlez d’une hallucination collective, puis qu’est-ce que vous aimeriez que le public garde de cette performance-là?
Tristan : Honnêtement… c’est la question de tout à l’heure…
Prince : Ouais, c’est une bonne question… Je pense que je veux qu’ils repartent avec du SLIBERIUM, c’est hors de notre contrôle bien sûr, mais qu’il y ait des gens qui puissent être inspirés par ça. Je voudrais que les gens repartent avec de l’inspiration et du questionnement, de raviver l’envie de découvrir, parce que ça va être la première fois qu’on va montrer ce qu’on fait, ça peut être nouveau pour plusieurs, donc qu’on ait envie d’aller découvrir des choses. Explore!
PAN M 360: Voyez-vous cette première comme un test… ou comme le vrai départ de SLIBERIUM ?
Prince : Un checkpoint.
Tristan : C’est vraiment juste le début, parce qu’on vous ouvre la porte à notre monde. Par rapport à la question que tu m’as posée tout à l’heure, qu’est-ce que j’aimerais qu’ils en tirent, la musique m’a vraiment eu, je ne vais pas te mentir, il y a une intimité inexplicable avec la création, avec tout ce processus-là, qui est incroyable, et il y a une beauté, un aspect indescriptible, mais qui est beau. Je veux au moins que les gens se questionnent, s’ils n’arrivent pas à voir de la beauté, et qui poussent leurs limites, à se dire ok shit, pour lui ça c’est de la musique, pour lui c’est incroyable. Comment je pourrais vraiment transcender, sublimer nos propres attentes et notre sensibilité, et passer de l’autre côté. Je veux qu’ils en tirent quelque chose, je veux qu’eux viennent me dire ensuite, qu’est-ce que c’est pour eux. J’aimerais savoir ce qu’ils ont pensé de la balade.
PAN M 360 : Tristan, Prince, merci beaucoup de m’avoir accueilli à LaSalle, c’était vraiment divertissant et sympathique de vous avoir rencontrer dans votre nid créatif. Je suis très excité de voir la continuité de SLIBERIUM, dont votre performance à MUTEK. Toute l’équipe de Pan M 360 vous souhaite le meilleur pour ce premier grand saut sur scène. On peut donc vous voir ce vendredi 22 août à 17h à l’Esplanade Tranquille, n’est-ce pas?
Tristan & Prince : Oui, 17h, c’est à Expérience 4. Merci à toi!























