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[EXCLUSIVITÉ] Mothland‌ ‌Records‌ ‌:‌ ‌l’univers‌ ‌des‌ ‌«‌ ‌mothés‌ ‌»‌ ‌en‌ ‌format‌ ‌de‌ ‌poche‌ ‌

Interview réalisé par Louise Jaunet

Le label montréalais lance une première compilation cassette éclectique et colorée à l’image de son festival psychédélique annuel Distorsion.

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En seulement trois ans d’existence, les papillons de nuit de Mothland ont su se créer une place à part entière dans le paysage nocturne de Montréal. Leur cocon est basé dans un univers parallèle souterrain, à l’abri de tous les regards. Seuls les initiés peuvent avoir accès à cet univers qui se trouve dans le triangle des Bermudes que forment les trois tavernes de la rue St-Denis au coin de Mont-Royal. Malgré la distance imposée et l’incertitude qui règne pour le monde artistique, la conspiration psychédélique Mothland a décidé d’aller de l’avant en se métamorphosant officiellement en label indépendant.

Pour marquer le coup, l’étiquette sort sa première compilation sur cassette, Sounds from Mothland volume 1, un amalgame étonnant de démos et de morceaux inédits de style face B des différents artistes locaux et internationaux qui ont marqué le créneau psychédélique montréalais ces cinq dernières années. Plus bas, vous trouverez en exclusivité un lien d’écoute qui vous donnera accès aux morceaux de la compilation. Vous pourrez notamment écouter une balade post-disco utopique des shoegazers Yoo Doo Right, une reprise post-punk du morceau Enigma Of The Absolute de Dead Can Dance par le Français Jessica93 ou encore un enregistrement en concert des Sunwatchers, quatuor new-yorkais de jazz-punk. Avis aux collectionneurs et amateurs de raretés, la cassette sort en un petit tirage de cent exemplaires seulement.

PAN M 360 est entré en communication par télépathie avec la communauté des « mothés » pour discuter de musique psychédélique, du mythique label 4AD, d’origami et de son lancement officiel en tant que label indépendant.

PAN M 360 : Vous avez lancé le premier festival Distorsion en 2015, Mothland a suivi deux ans après. Comment l’agence Mothland a été créée ? Quel manque vouliez-vous combler dans la scène locale ?

Marilyne Lacombe : Mothland est parti du festival Distorsion, qui est l’idée de former et d’organiser une communauté autour de la scène psychédélique montréalaise, de donner des outils à cette scène, des lieux de diffusion organisés de façon professionnelle, tout en gardant un charme DIY. La direction artistique de Distorsion est devenue la direction artistique de Mothland. En tant que programmatrice de festivals [ndlr : Taverne Tour et FME], je me suis retrouvée à représenter la scène qu’on avait bâtie autour de Distorsion auprès d’autres programmateurs et de l’amener dans des festivals qui n’étaient pas forcément des festivals de niche. On a quand même ouvert une porte à des bands qui n’auraient jamais joué dans des festivals plus mainstream.

PAN M 360 : Il existe beaucoup de festivals centrés sur la musique psychédélique au sens strict du terme. On peut noter que le vôtre a un champ d’ouverture plus large, avec du post-punk, du noise, de la no wave, du garage et j’en passe. Comment rassemblez-vous tout cela autour de l’étiquette psychédélique ? Quelle est votre vision du terme psychédélique ?

ML : On avait une vision très large, moderne et actuelle de la scène psychédélique. Musicalement, nous n’avions pas de limites de style, mais plus un état d’esprit et une esthétique, je pense.

Philippe Larocque : On voulait une programmation champ gauche mais aussi accessible. Ce n’est pas seulement des shows de drone de deux heures, il y a un côté party. On a mélangé des bands lourds avec de la musique électronique, il ne fallait pas que ça soit juste du rock, comme dans la contre-culture de San Francisco. On a plus une vibe expérimentale. Par exemple, Crabe et FET.NAT se sont joint à nous. Ce sont des bands qui existaient depuis super longtemps. La scène existait déjà mais on a fait un pont entre plusieurs bands expérimentaux qui n’avaient pas forcément de lien direct. Pour nous, ça rentrait dans la même définition de la musique expérimentale psychédélique.

Maxime Hébert : On voulait quelque chose qui change la perception, que ce soit des sons ou des images. C’est un des engrenages principaux. La musique psychédélique, ça pogne, les gens restent devant un vidéoclip psychédélique parce que ça les stimule. La musique psychédélique, ça stimule tout autant. Ce n’est pas un genre fermé, ça peut être apprécié par tellement de différentes gigs.

ML : En 2014, il y a eu comme une espèce de golden age du rock psychédélique avec Levitation, Austin Psych Fest. On s’est inspirés de ça mais on lui a vraiment donné une couleur montréalaise, je pense. L’idée derrière Distorsion était de partir une communauté. Une scène s’est mise à graviter autour de Distorsion, des bands qui revenaient souvent avec qui on s’est mis à forger des relations plus solides, comme Paul Jacobs, Atsuko Chiba et Yonatan Gat. Cette scène-là, cette communauté avait besoin d’un chapeau qui allait permettre de présenter ces bands à l’industrie. À la base, Mothland était purement une agence de booking. Notre mandat était de prendre les bands qu’on avait fédérés et de les présenter auprès des festivals. Je pense qu’il y a des portes qui se sont ouvertes avec le travail qu’on a fait.

PAN M 360 : Dès le départ, vous avez regroupé des artistes locaux mais également internationaux, pourquoi avoir choisi d’avoir une ouverture internationale très tôt dans le projet ?

PL : Avec la gang du Desert Daze, du monde en Europe de Teenage Menopause, on voulait trouver des mothés partout à travers le monde, des gens qui avaient un peu la même vision. On a commencé à tisser des liens avec Elzo Durt qui a fait nos affiches pour Distorsion. Ses amis du Prince Harry sont venus, on a décidé de réimprimer en cassette le split qu’il y avait entre Duchess Says et le Prince Harry. On ne voulait pas être un label mais on the side, on a fait une petite run de cette cassette-là. Ça a comme brisé la glace pour commencer à faire un label

ML : On a créé des ponts, pas seulement avec des festivals, mais aussi avec des labels, d’autres communautés et organismes un peu comme nous et qui font le même genre de travail. Il y a eu des rencontres, des liens qui se sont tissés à travers tout ça. Notre mission de départ était de créer une communauté originale, avec du monde qui s’entraide et qui crée ensemble. Il y a toujours eu St-Denis versus St-Laurent, l’Esco versus La Casa ; je pense qu’on a toujours eu l’idée d’aller chercher des gens des deux côtés et d’être ensemble sur une même scène.

PAN M 360 : Vous dites que Sounds from Mothland s’inspire des compilations punk des années 80, à quel label ou quelle compilation pensez-vous ?

Jean-Philippe Bourgeois : Sur 4AD, tous les artistes collaboraient ensemble sur les albums de This Mortal Coil. Il y avait cet aspect de communauté, de créer ensemble.

PL : J’avais ce désir de regarder vers le passé, de regarder les labels qui nous ont influencés et qui étaient des vrais curateurs avec une identité forte, comme 4AD, Sub Pop. Sortir cette mixtape-là, c’était justement pour faire quelque chose qui n’existe plus à notre époque; tout est numérique, tout est intangible. Sub Pop et Rough Trade sortaient des compilations qui étaient malades, aujourd’hui, les labels font des playlists avec tous les hits de leurs artistes sur Spotify, mais ça en reste là. Je ne voulais pas qu’on rentre dans cet engrenage-là. Sans tomber dans la nostalgie, on peut ramener ce qui marchait à l’époque. En tant que mélomane, tu as parfois besoin de quelque chose de tangible, d’un produit fini. 

[LIEN D’ÉCOUTE EXCLUSIF]

PAN M 360 : La compilation représente bien le sentiment éprouvé collectivement cette année. Nous nous sentons tous hors de notre zone de confort et c’est ce que vous avez demandé aux artistes de faire pour créer les morceaux. Est-ce qu’on peut dire que c’est un appel à rester créatif et à expérimenter malgré l’incertitude qui plane sur la communauté artistique ?

ML : Autant Mothland est né du besoin de cette scène-là d’être représenté en booking, on s’est aussi rendu compte qu’il n’y avait plus beaucoup de labels au Québec qui prenaient des risques. C’est vraiment la pandémie qui a fait que Mothland en tant que label est devenu une priorité. Après les deux premiers mois de la pandémie, on a réalisé que les shows n’allaient pas revenir avant un an, peut-être même deux ans, alors c’est devenu la priorité de Mothland de sortir de la musique. On a revu toute la façon de faire, on apprend comment gérer tout cet écosystème. C’était une belle façon de reconnecter avec le monde.

PAN M 360 : Paul Jacobs signe le design de la cassette, comment définiriez-vous sa signature artistique ? On pense évidemment aux dessins de Daniel Johnston.

PL : La première fois que j’ai rencontré Paul, il portait un t-shirt de Daniel Johnston. On a demandé à Paul de faire le packaging, de faire comme si ça avait été dessiné à la main. On a appelé la compilation Sounds from Mothland, pour dire que Mothland est vraiment un endroit tangible. Paul a finalement dessiné son petit appartement avec quelqu’un qui joue de la musique.

ML : C’est l’univers qu’on traîne avec nous partout où l’on va. 

PAN M 360 : Peut-on en savoir plus sur l’insertion mystère d’Elie Chap ?

PL : Pour amener notre animal totem, j’ai eu l’idée de créer un kit pour faire son propre moth en origami. Un mothé, c’est comme un underdog aussi.

Revoir le Dômesicle de Distorsion ici.

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