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Établi au Studio Bell de Calgary, un espace qui gagne à être connu dans l’est du Canada, le Centre national de musique (National Music Centre) ouvrait à la mi-novembre un espace satellite dans le Quartier des spectacles de Montréal, jouxtant le nouveau quartier général de l’ADISQ. À l’occasion de l’ouverture officielle du pied-à-terre ce mercredi 19 novembre, une murale de l’artiste Mathieu Potvin, intitulée Merci Beau Dommage,y était dévoilée.
Andrew Mosker, fondateur, président et directeur général du CNM, est un Montréalais d’origine et avait à cœur de bâtir dans sa ville natale un prolongement pérenne de cette institution, et ce avec un souci particulier pour la culture francophone. Selon lui, l’arrivée du CNM dans le décor pourrait ainsi renforcer les relations du Centre avec les créateurs, les artistes, les entreprises, les partenaires de l’industrie et le public du Québec et de l’est canadien
Cette initiative repose sur des liens tissés au fil des ans entre le CNM et le milieu musical québécois, à commencer par l’ADISQ, sa voisine immédiate. Plus précisément, le local montréalais accueillera de nombreuses activités permettant de faire découvrir la capacité du CNM à présenter des événements musicaux, expositions thématiques et autres activités propres à une telle institution dont l’objet et de « stimuler l’amour, le partage et la compréhension de la musique, aussi préserver et célébrer l’histoire de la musique canadienne depuis ses locaux du Studio Bell, au cœur du East Village de Calgary.
Puisque Andrew Mosker était de passage à Montréal comme il l’est de nouveau ce samedi 6 décembre dans le contexte d’un plateau multigénérationnel présenté au chic 9e mettant en vedette notamment le vétéran montréalais Andy Kim afin de récolter des dons pour les enfants malades, Andrew Mosker accordait cette interview à PAN M 360.
Plus d’informations à propos de l’espace CNM

Andrew Mosker, Photo: Sylviane Robini
PAN M 360 : D’abord, faisons un peu de rattrapage : comment tout cela a-t-il démarré?
Andrew Mosker : Au début des années 2000, j’ai vendu l’idée à des bienfaiteurs de Calgary. Des mécènes, donc des fonds privés. Aujourd’hui, une dizaine de fondations privées, surtout établies dans l’Ouest, mais aussi des groupes importants comme TD, RBC ou Power Corporation financent notre projet.
PAN M 360 : Que faisiez-vous auparavant?
Andrew Mosker : J’étais et je suis toujours pianiste. J’avais étudié la musique à l’université Grant MacEwan parce que le programme de musique avait une orientation pop, commerciale et jazz. Très bon programme. Pour apprendre les arrangements, solo, improvisation, j’ai suivi ce programme.
Tout de suite après, j’ai commencé ma carrière en Alberta, je voulais être dans la performance. J’ai essayé ça pendant quelques années.
Puis j’ai réalisé que je voulais rester dans le domaine de la musique, moins en tant que joueur mais plutôt en aidant l’écosystème à mieux se porter. J’ai alors rencontré des bienfaiteurs, aussi la ville de Calgary qui voulait relancer un quartier délabré, abandonné. S’y trouvait aussi un vieil hôtel, le King Edward, dont le bar était un foyer du blues, Home of the Blues, un peu comme le Bistro à Jojo à Montréal. La ville a acheté l’édifice, et nous avons participé au commencement du plan de relance de ce quartier. Ça fait 25 ans. À cette époque, je voyageais partout dans le monde et constatais que le Canada n’avait pas de musée national de la musique. Tant de Canadiens ne pouvaient pas découvrir les œuvres de Robert Charlebois, Leonard Cohen, Nickelback, Céline Dion, tous ces artistes intronisés dans un espace où il y avait des expositions, des collections, des studios d’enregistrement, etc.. Les Junos y avaient déjà pensé mais n’avaient pas réuni les conditions pour y parvenir.
PAN M 360 : C’est quand même spécial que ça s’est finalement produit à Calgary. C’était à cause de vous!
Andrew Mosker : Oui, à cause de moi mais aussi à cause des bienfaiteurs. On pouvait compter également sur l’appui de Stephen Harper qui venait de l’Alberta et qui voyait d’un bon œil la naissance d’un tel centre à Calgary. Dans son cercle restreint, Stephen Harper comptait plusieurs adeptes conservateurs de la musique, d’ailleurs et qui souhaitaient un centre indépendant de l’État. Et le maire de l’époque David Bronconnier voulait relancer le quartier oublié, East Village. Ce quartier où se trouvait l’hôtel. Pour nous, le timing était idéal.
PAN M 360 : La structure d’un tel centre culturel est un peu à l’américaine, en fait. Plus financé par le privé, indépendant de l’État.
Andrew Mosker. Oui, exactement. Mais, il y a quand même des ressources gouvernementales- fédérales, municipales et provinciales. On a ainsi refait l’immeuble du King Eddy, puis nous avons construit autour, de 25 000 pieds carrés nous sommes passés à 160 000.
PAN M 360 : Et comment avez-vous fédéré l’écosystème de la musique canadienne pour donner vie au centre?
Andrew Mosker : J’ai convaincu les différentes organisations du pays comme l’ADISQ ou CARAS de se joindre à nous pour créer ce lieu consacré à la renommée de la musique canadienne. Nous avons conclu des ententes avec les associations. Aujourd’hui, on peut compter sur 5 espaces distincts au CNM /NMC. Nous pouvons compter sur une équipe de 37 personnes à temps complet et sur de nombreux bénévoles qui viennent de partout au Canada.
PAN M 360 : C’est aussi un musée.
Andrew Mosker : Vivant et interactif. Nos expositions permanentes comptent pour 30% et les expositions itinérantes pour 70%, soit de 5 à 8 nouvelles expositions chaque année. Les expos sont de tailles différentes et nous pouvons compter sur 22 galeries immersives pour ce faire. Par ailleurs, nous avons des studios d’enregistrement et on peut même y utiliser des instruments de notre collection historique, comme un synthé Moog de Keith Emerson ou encore un amplificateur de Randy Bachman. Les artistes viennent y faire des résidences et y enregistrent. Du Québec, sont venus nous visiter notamment Diane Dufresne, Émile Bilodeau, Klô Pelgag ou Louis-Jean Cormier.
PAN M 360 : L’approche est multi-genres, donc.
Andrew Mosker : Oui ça va de la musique populaire nord-américaine au classique. L’esprit du centre s’inspire de centres américains ou européens, comme la Cité de la Musique à Paris.
PAN M 360 : Et maintenant, vous avez un prolongement du centre à Montréal. Ça prenait un anglophone montréalais pour bien comprendre l’enjeu!
Andrew Mosker : Exactement.J’avais vécu à Montréal une bonne partie de ma vie, la langue française a beaucoup influencé ma carrière dans la musique. Et je sais que la scène musicale de Montréal est encore très créative, innovante. Donc, quand j’ai parti en Alberta et j’ai eu l’opportunité de construire et d’améliorer l’écosystème de musique, j’ai amené avec moi mon expérience de Montréal.
Maintenant, avec cet espace de 3000 pieds carrés, je veux participer à l’écosystème de musique du Québec et de l’est du Canada. Je veux construire un pont pour que nos homologues québécois comprennent ce qu’on fait en Alberta et comment on peut amener tout ce qu’on fait, comme la préservation de notre histoire musicale nationale.
Encore aujourd’hui, vous savez, il s’en trouve beaucoup au Canada qui ne savent pas qu’Oscar Peterson, Joni Mitchell, Robbie Robertson, Leonard Cohen ou Glenn Gould sont des artistes canadiens. Il faut aussi rappeler aux amateurs de musique, la contribution des francophones, Beau Dommage, Charlebois, Dufresne, etc.
Ça aussi, c’est un défi.
























