Laurianne Houde et Philippe Gagné, naissance d’un tandem

Entrevue réalisée par Alain Brunet
Genres et styles : classique / classique moderne

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De Lévis, Laurianne Houde est violoniste depuis la petite enfance, ce qui lui a toujours donné un avantage concurrentiel, notamment lors de compétitions tel le Concours de musique du Canada, le Concours de musique de la Capitale, le festival concours de musique de Sherbrooke et le festival-concours de musique de Pierre de Sorel.

Philippe Gagné fut inscrit au Conservatoire de musique de Rimouski dès l’âge de 9 ans, ce qui l’a aussi mené aux grands honneurs du Concours de musique du Canada en 2011 et en 2016. En 2017, il s’est installé à Québec où il a fait simultanément des études de génie et de musique. Ingénieur diplômé et aussi titulaire d’une maîtrise en musique (!!), le pianiste souhaite mener une carrière de soliste. Ce pourquoi depuis l’automne dernier, il étudie à la faculté de musique de l’Université de Montréal sous la tutelle de Charles Richard-Hamelin.

Voilà réunis ces virtuoses en devenir pour une première expérience professionnelle en formule piano-violon. Très motivés à bien faire les choses sur toute la ligne,  Laurianne et Philippe répondent généreusement aux questions de PAN M 360, à la veille de leur programme de la Salle Claude-Léveillée, programme incluant Ravel et Prokofiev mais aussi Marc-André Hamelin et Nikolai Kapustin. 

PAN M 360 : Comment ce duo est-il né? Comment avez-vous fait connaissance?

LAURIANNE : Philippe et moi avons étudié au Conservatoire de musique de Québec. Philippe a complété sa maîtrise en piano au Conservatoire l’an dernier et je suis présentement en 1ère année de maîtrise en violon au Conservatoire. Nous y  avons joué ensemble lors de différents projets de musique de chambre.

PAN M 360 : Quels sont pour vous les défis et joies d’un duo piano-violon?

LAURIANNE : Je trouve la formation piano-violon très intéressante pour toutes les possibilités de répertoire. Le répertoire de sonate, en particulier, permet des dialogues très intéressants entre les deux instruments qui rapprochent le piano du violon, malgré leurs timbres différents. 

PHILIPPE: Cette formation nécessite une écoute très active et un ajustement constant. C’est très stimulant d’interpréter ce répertoire ; à mon avis, on est davantage incité à créer de la musique dans le moment présent, plutôt que de simplement reproduire ce que l’on a pratiqué des centaines de fois, ce qui peut être le cas dans du répertoire solo .

PAN M 360 : Comment ce duo évolue-t-il? S’agit-il d’un court passage ou bien un projet à long terme?

LAURIANNE : Il s’agit de notre premier concert en duo piano-violon. Nous avons tous deux apprécié de monter ce beau répertoire et de travailler ensemble en tant que duo et on serait intéressé à continuer de le faire à l’avenir.

PAN M 360 : Comment évaluez-vous vos qualités individuelles en tant qu’interprètes dans un tel contexte?

LAURIANNE : Nous sommes deux personnes très investies, à l’écoute et passionnées de musique. Nous avons travaillé pour mettre en valeur les qualités de chacun, en particulier dans la sonate de Ravel. Nous avons uni nos forces pour souligner les différents caractères et traits de virtuosité de chaque instrument mis en valeur par Ravel.

PAN M 360 : Pourriez-vous justifier le choix des pièces au programme, c’est-à-dire d’abord le début de la modernité avec Maurice Ravel et Sergei Prokofiev, puis  de la musique récente avec notre Marc-André Hamelin et Nikolai Kapustin – mort assez récemment. 

LAURIANNE : On souligne entre autres dans le répertoire choisi l’influence du jazz sur les compositeurs de musique moderne comme Ravel, en particulier dans le deuxième mouvement « blues » de la sonate en Sol mineur pour violon, qui révèle la fascination de Ravel pour le jazz. Les œuvres présentées ont aussi en commun de s’éloigner de la tonalité et de présenter des mélodies assez contrastantes entre les deux instruments. Quelques pièces du programme sont moins connues et on espère les faire découvrir au public, car ce sont des pièces que nous avons beaucoup apprécié de travailler ensemble!

PHILIPPE : Toutes les œuvres au programme ont des sonorités très colorées ; je trouvais intéressant d’enchaîner les pièces violon/piano de Ravel avec le Prokofiev, pour comparer le languge harmonique complexe de ces deux compositeurs. Pour ce qui est de la pièce de Marc-André Hamelin, c’est un arrangement et une réharmonisation d’une pièce vocale attribuée à Pergolesi, datant du début 18e siècle. À la fois très tonal et très chargé harmoniquement, avec une saveur jazz. Finalement, le Kapustin est une pièce 100 % jazz, autant sur les plans harmonique que rythmique. 

PAN M 360 : Quels sont les enjeux de chacune des pièces au programme, en duo ou en solo?

LAURIANNE : Le répertoire choisi souligne l’aspect de virtuosité des deux instruments. La sonate de Ravel est un beau défi pour le piano et le violon. Ravel y présente des thèmes et caractères très contrastés entre les deux instruments, mais également des traits de virtuosité, en particulier dans le troisième mouvement Perpetuum mobile. Tzigane de Ravel débute par une cadence au violon qui se développe ensuite sur des variations très virtuoses au violon. Ravel qualifie d’ailleurs cette pièce de « virtuose dans le style d’une rhapsodie hongroise».

PHILIPPE: Il faut ressentir l’inquiétude et l’horreur de la guerre en écoutant la sonate « Stalingrad » de Prokofiev, particulièrement dans le 1er mouvement. C’est justement la deuxième de ce qu’on désigne ses sonates de guerre, complétée pendant la Deuxième Guerre mondiale en 1942. C’est la précision et la stabilité rythmique, en combinaison avec une articulation tranchante, qui permettent de rendre le caractère de cette œuvre. Pour les deux courtes pièces de Hamelin et Kapustin, le défi est à mon avis de donner l’impression que l’on improvise, même si chaque note est écrite dans la partition. 

PAN M 360 : Quelles sont les prochaines étapes de vos carrières spécifiques? Un peu d’ingénierie dans tout ça, Philippe? On sait bien que les maths et la musique font bon ménage!  Et vous Laurianne, quels sont vos objectifs de carrière à venir?

LAURIANNE : Je complète présentement ma première année de maîtrise en violon avec Catherine Dallaire au Conservatoire de musique de Québec. Je prévois continuer mes études en musique en espérant vivre de belles expériences comme celles-ci. J’aimerais aussi participer à des stages à l’extérieur pour rencontrer des maîtres du violon. Je souhaite aussi acquérir de l’expérience en participant à différents concerts et concours de musique pour enrichir mon cheminement en musique.

PHILIPPE : J’ai la chance de poursuivre mes études aux États-Unis l’an prochain ; j’ai l’intention de travailler ardemment pour me préparer à des concours internationaux, et aussi pour débuter une carrière professionnelle. Pour ce qui est de l’ingénierie, je laisse ça de côté pour l’instant, afin de me concentrer à 100% sur la musique ! 

Dans le cadre de la série Mélodines de la société de concerts Pro Musica, Laurianne Houde et Philippe Gagné se produisent ce mercredi midi (12h10) à la Salle Claude-Léveillée de la Place des Arts.

Pour infos et billets, c’est ICI.

PROGRAMME :

MAURICE RAVEL, Sonate pour violon et piano, no.2 en sol majeur, M.77
MAURICE RAVEL, Tzigane, M.76
SERGE PROKOFIEV, Sonate no. 7 en si bémol majeur, op.83
MARC-ANDRÉ HAMELIN, Con intimissimo sentimento – « Après Pergolesi »
NIKOLAI KAPUSTIN, Huit études de concert, op.40 – no.7 « Intermezzo »

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