La Zarra aux Francos, tout premier bain de foule chez elle

Entrevue réalisée par Alain Brunet
Genres et styles : pop

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Élevée par sa mère, Fatima Zarra a grandi sur la Rive-Sud, son fort accent keb témoigne d’une vie entière passée dans la grande région montréalaise. Enfant de l’immigration, elle avait un avenir apparemment modeste et sa destinée s’avère tout autre. L’automne dernier, on a raconté l’éclosion tardive de cette chanteuse populaire qui fait désormais partie de la variété française, après avoir été produite par le très doué hitmaker montréalais Benny Adam. 

Depuis l’an dernier, le premier opus de La Zarra, Traîtrise (Polydor France/ Universal), cartonne en Europe francophone… et donne son premier spectacle à Montréal. Très peu d’artistes francophones d’Amérique obtiennent aussi rapidement un tel succès en France. Pourquoi donc? Parce que ses chansons La Zarra le sait souhaite aussi être prophète en son pays, même si on l’associe d’ores et déjà à la variété française. 

La voici enfin sur une scène montréalaise. Nous en sommes enfin au baptême de la scène keb ! Pour la première pour la première fois aux Francos, pour la première fois au pays, La Zarra entre par la grande porte. PAN M 360 lui a causé un peu de tout ça avant cette consécration imminente.

PAN M 360 : Que s’est-il passé depuis votre éclosion l’an dernier?

LA ZARRA : Sur le territoire français, on a des chansons qui fonctionnent énormément à la radio. On m’invite sur de gros plateaux radio. Chaque radio FM organise là-bas des concerts en réunissant des plateaux d’artistes, et ces plateaux tournent partout en France. Alors les artistes sont sélectionnés par les radios et chantent tour à tour environ 15 minutes. C’est quand même assez impressionnant pour moi de me produire devant des publics variant de 5000 à 30000 personnes.  C’est un peu une ambiance de festival. La première fois que j’ai fait un plateau comme celui-là, il y avait 15 000 personnes qui ne me connaissaient pas. Mon premier contact avec la scène s’est fait à travers ça. Aujourd’hui quand je vais sur scène, les gens chantent mes chansons avec  moi, et ça fait toute la différence que de partager avec le public. Après je reviens à Montréal pour faire les Francos, on m’a invitée,  je suis un peu stressée car c’est la première fois que je vais faire un 50 minutes sur la Place des festivals. Il y a des chansons que je n’ai jamais faites hors du studio. Je rencontre des musiciens pour une première fois, on décortique mes chansons, c’est un peu la folie mais on va y arriver !

PAN M 360 : Avez-vous fait déjà des sets de plus de 15 minutes? Avant ces plateaux de radio, vous n’aviez à peu près jamais chanté devant public?

LA ZARRA : Pas à peu près, carrément jamais! (rires) Oui, ça a été assez spécial. J’ai fait 40 minutes à Paris et il y avait quelque chose dans la salle. Une espèce de magie, un vrai partage avec le public et c’est vraiment là que j’ai eu la piqûre de la scène.

PAN M 360 : On ne voit pas souvent des artistes comme vous, des artistes populaires « naturels » venus de nulle part qui frappent dans le mille comme vous le faites actuellement.  Vous ne venez pas de la téléréalité, vous n’avez pas de formation en chant, c’est une voix brute qui s’impose. C’est rare!  Comment avez-vous construit cette expression?

LA ZARRA : Je n’ai jamais pris de cours mais j’ai une relation de foi avec ma voix. Je me dis  que même si elle casse un peu, ça donne un grain. J’ai appris à lâcher prise sur la perfection. Il m’importe  avant tout que ce soit authentique.  Que le message passe quand je chante. Je fais quand même attention, j’ai une compréhension de mon muscle et j’essaie de naviguer là-dedans instinctivement. Peut-être devrais-je prendre des cours éventuellement, mais pour l’instant je n’en prends pas. On en reparlera dans un an ! (rires )

PAN M 360 : Mais quand même, vous deviez chanter quelque part pour ainsi avoir cette voix puissante avec un grain aussi aussi typé ? 

LA ZARRA : À la maison, j’ai toujours chanté. Après j’ai vraiment appris en analysant les grandes chanteuses. J’ai compris ce qu’elles faisaient et j’ai essayé  d’adapter cette compréhension mais pas de la même manière. Ça a été un déclic, en fait. Si tu chantes juste, tu peux ensuite faire un travail sur toi et atteindre quelque chose d’intéressant par la suite. Je n’ai pas tant pensé à mon identité vocale mais j’essaie d’être authentique autant que possible. C’est d’ailleurs pour moi difficile d’interpréter les chansons des autres.  Il me faut cette émotion que j’ai vécue pour la chanter. Alors quand je chante, c’est émotif et je ne peux pas copier. Ça sort tout seul, ma voix n’est pas déguisée.

PAN M 360 : Est-ce pertinent de vous demander si vous avez eu des modèles?

LA ZARRA :  Oui, bien sûr. J’ai étudié Édith Piaf pour le timbre, Barbara dans sa façon de phraser, d’accélérer ou ralentir le tempo, Barbra Streisand pour sa manière de gérer sa puissance vocale, Billie Holiday pour son authenticité, Frank Sinatra, etc. J’ai écouté attentivement ces artistes et j’ai compris des choses.

PAN M 360 : Et votre culture d’origine ? Vos parents ne viennent-ils pas d’Afrique du Nord ? 

LA ZARRA : Ils viennent du Maroc mais je n’en sais pas grand-chose. Mais je compte bien aller là-bas . Lorsque nous travaillerons sur le prochain album, j’aimerais tourner en Afrique du Nord par la suite. Je ne connais pas vraiment la musique arabe ou nord-africaine, je ne sais pas par où commencer… Mais je sais que c’est extraordinaire et je compte bien m’y intéresser.

PAN M 360 : Quel sera votre accompagnement sur scène ? 

LA ZARRA : L’instrumentation sera  plus acoustique; piano, guitare, basse, batterie… Je viens à peine de rencontrer mes musiciens car on a accepté de faire les Francos assez récemment.  Et voilà !

PAN M 360 : On verra bien! Les gens d’ici comprendront bien que votre accent est complètement keb, et que d’autres artistes québécois chantent en français normatif comme vous le faites. Ça risque donc de marcher ici également.  

LA ZARRA : Inch Allah!

PAN M 360 : Au fait, votre maman doit complètement capoter sur ce succès inespéré, non?

LA ZARRA : Elle ne disait rien au départ, elle ne semblait pas trop y croire pendant que j’étais dans le processus de l’enregistrement. Mais quand je lui ai fait écouter le produit final, elle a pleuré. Elle a vu tout le travail, elle m’a dit « on dirait de vraies chansons » haha !  Je ne suis pas quelqu’un qui parle beaucoup, je travaille dans mon sous-marin et lorsque ça remonte à la surface, les gens ressentent un choc. Maintenant mes proches sont habitués et je vois que ma famille ressent une grande fierté. 

PAN M 360 : Benny Adam joue-t-il avec vous sur scène parfois?

LA ZARRA : Pas encore. Nous venons de faire une chanson ensemble, on attendait le bon moment. Il est aussi chanteur. Il vient d’ailleurs d’enregistrer un duo avec Amel Bent, une top star en France.  Alors la sortie de cette chanson avec moi est assurée. On sortira notre bébé ensemble lorsque ce sera le bon moment, j’ai vraiment hâte de monter sur scène avec lui.

PAN M 360 : Votre album est encore frais, alors on imagine que vous comptez faire du millage avec ce premier répertoire? 

LA ZARRA : Oui. Je vais défendre mon album pour les mois à venir, plusieurs chansons de cet album ne sont pas encore connues, il faut faire connaître ce répertoire au-delà de Tu t’en iras. Et on verra ce que ça va donner. Aux Francos, mon concert dure environ 50 minutes,  plus ou moins une douzaine de chansons et pas de versions. Je ne veux pas faire de versions, mais le son live de mes chansons sera différent de l’album, plus instrumental, moins synthétique. En 2023, on fera des dates au Québec et cet été ce sera  exclusivement les Francos.

PAN M 360 : C’est donc la première prise de contact sur scène au Québec. On sait que certains artistes établis à Montréal cartonnent en France, sans avoir d’impact au Québec. Votre producteur Benny Adam est un bon exemple, on pense aussi à Zao… Quel est votre feeling?
LA ZARRA : Je ne sais pas vraiment… En fait, je ne me suis pas attardée à essayer d’analyser ou de prévoir comment m’y prendre pour convaincre le public québécois. Des collègues me parlent parfois de ce phénomène, je peux sentir une espèce de frustration. Je ne sais pas exactement pourquoi c’est comme ça, je vois d’ailleurs plusieurs artistes sortir du contexte québécois pour aller à Toronto, Los Angeles, Paris. Je trouve que c’est dommage mais j’ai quand même construit le début de ma carrière en faisant affaire avec Polydor France. J’avais envie d’y rencontrer les artisans là-bas, j’ai donc fait plusieurs allers-retours Montréal-Paris. Après quoi  l’album a été davantage poussé en France qu’au Québec. Alors si on m’invite au Québec je vais être présente. Si ça prend, tant mieux, et sinon eh bien il y aura le reste du monde !

LA ZARRA SE PRODUIT CE MERCREDI AUX FRANCOS, 19h, PLACE DES FESTIVALS

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