Julius Rodriguez au FIJM : l’irrésistible éclosion d’un grand talent

Entrevue réalisée par Frédéric Cardin
Genres et styles : jazz contemporain

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Le pianiste et batteur et compositeur (!) Julius Rodriguez, 24 ans, est un talent brut magnifié par une très solide formation académique. Le talent, il l’exposait déjà avant même l’adolescence en jammant avec des pros au club Small’s de New York. La formation, c’est à Juilliard, rien de moins, qu’il l’a reçue, en jazz ET classique, rien de moins non plus! Un contrat chez Verve et la parution de son premier album en tant que leader en 2022 (Let Sound Tell All) est venu finaliser l’arrivée graduelle mais inévitable dans le monde de l’élite du jazz. Un jeune homme d’apparence discrète, mais qui brûle de créativité intérieure, et du désir de l’exprimer musicalement. 

Samedi 1er juillet à 20h et 22 h au Pub la Traversée Molson Export de la Place tranquille du Quartier des spectacles à Montréal (deux sets gratuits, donc), le public montréalais pourra entendre pour la première fois au Canada en tant que feature et leader, Julius Rodriguez en action. Installez-vous bien sur les lieux et profitez de la magie du Festival qui vous donne accès à ce genre de très haut niveau artistique, aux frais de la marquise!

Pan M 360 : Bonjour Julius. C’est la première fois que vous venez à Montréal. Qu’est-ce que cela représente pour vous d’être dans cette programmation du Jazz Fest ?

Julius Rodriguez : Ce sera mon premier concert hors des États-Unis en tant que leader, donc c’est important pour moi. J’ai vraiment hâte d’y être.

Pan M 360 : Vous avez commencé très jeune, donc, même à 24 ans, vous avez eu le temps de mûrir pas mal. Néanmoins, il y a quelques années, vous avez dit dans une interview que vous ressentiez la pression d’être « réglo », que vous ne vouliez pas que les gens disent que vous ne connaissiez pas l’histoire du jazz ou, au contraire, que vous n’ameniez pas la musique vers l’avant. Ressentez-vous toujours cette pression ?

Julius Rodriguez : Non, cette pression n’est plus du tout la même qu’à l’époque où j’ai donné cette interview.

À l’époque, je voyageais avec beaucoup d’autres musiciens et je jouais la musique d’autres personnes. C’était donc un travail en soi, mais maintenant que je peux jouer ma propre musique, c’est en quelque sorte la validation que la façon dont je vois la musique est une proposition avec laquelle les auditeurs peuvent être d’accord.

Pan M 360 : Vous avez également dit ailleurs que le jazz n’est pas le type de musique le plus répandu de nos jours, et qu’il faut donc faire preuve de créativité pour atteindre les gens et attirer l’attention. Avez-vous trouvé le moyen ? Ou cherchez-vous encore ?

Julius Rodriguez : Je ne dirais pas que j’ai une formule particulière ou une façon de faire. Mais je pense que la meilleure méthode est d’être aussi vrai et honnête que possible dans son art. Parce que lorsque vous faites cela, c’est une sorte de preuve indéniable. Même lorsque vous voyez des gens qui ne sont pas aussi géniaux que ce qu’ils souhaitent, vous pouvez dire qu’ils ressentent vraiment la musique et qu’ils vous font ressentir cette énergie. Alors, que vous aimiez ou non la musique, vous apprécierez la performance parce que vous savez qu’ils sont connectés à ce qu’ils font d’une manière très spéciale. Pour ma part, j’essaie toujours d’être aussi honnête que possible avec la musique. Je pense que c’est grâce à cette honnêteté que l’on peut communiquer avec les gens, qu’ils sachent ce que l’on fait ou non, ou qu’ils soient d’accord ou non avec ce que l’on fait.

Pan M 360 : Vous connaissez très bien les styles et les techniques de la musique classique et du jazz. Vous êtes aussi un jeune homme de votre temps, ce qui signifie que vous vous intéressez aussi au hip hop et à la soul, et que vous combinez tout cela. Quel est votre processus de composition ?

Julius Rodriguez : Je suppose que c’est une question d’improvisation et d’expérimentation. J’aime essayer d’écrire des mélodies qui me semblent polyvalentes. J’écris donc une pièce, je la joue avec des musiciens. J’essaie ensuite d’arranger la même chanson pour un groupe qui joue du R&B, ou si j’ai un musicien qui joue du rock, je lui demande comment il peut déformer la chanson, en lui donnant l’espace nécessaire pour faire ce qu’il fait dans son idiome musical. Il s’agit simplement d’essayer de s’adapter à différentes situations. Et c’est ainsi que la musique, pour moi, finit par s’adapter à différents types et styles parce que je suis juste ouvert à la laisser être quelque chose d’autre. 

Pan M 360 : Pensez-vous qu’il soit obligatoire pour les musiciens d’aujourd’hui de s’imprégner de tous les types de musique et de les mélanger ?

Julius Rodriguez : Dans une certaine mesure, oui. Parce que même si vous écoutez de la musique que vous n’aimez pas ou que vous ne voulez pas jouer, je pense que vous devez savoir ce que c’est pour savoir ce qu’il ne faut pas faire. Il est bon d’être conscient de tout. Même si ce n’est pas ce que vous voulez faire.

Pan M 360 : Vous avez un album très récent (Let Sound Tell All), et un seul EP avant cela. J’imagine que vous allez jouer ce matériel et probablement de nouvelles choses aussi dans vos deux sets à Montréal ?

Julius Rodriguez : Il y aura certainement de la nouvelle musique sur laquelle nous avons travaillé. Et vous savez, ça fait partie de mon processus, de mettre la musique dans des lieux et des situations différentes, pour voir comment les gens s’en accommodent. Voir comment le public réagit, voir comment nous nous sentons en jouant dans de nouveaux espaces. 

Pan M 360 : La pandémie a-t-elle eu un impact sur vous, sur votre processus créatif ?

Julius Rodriguez : Cela m’a forcé à me concentrer sur la musique d’une manière différente. Et à compter davantage sur moi-même que sur les gens qui m’entourent. Avant la pandémie, j’essayais juste d’aller en studio autant que possible, ce qui est toujours important. Mais je n’avais pas réalisé à quel point je devais consacrer du temps et de l’attention aux détails lors de la post-production. J’ai donc commencé à prêter plus d’attention au son global de la performance lors de l’enregistrement, et à trouver des moyens d’élargir la palette sonore. L’enregistrement est censé être différent pour moi. 

Pan M 360 : À quel point peut-on s’attendre à un nouvel enregistrement dans l’avenir ? 

Julius Rodriguez : Je travaille sur de nouveaux morceaux. Je l’ai fait presque toute l’année. J’ai beaucoup de temps sur la route. Peut-être à un moment donné l’année prochaine, on verra. 

Pan M 360 : Vous avez dit ailleurs que, au cours des premières années, vous vous sentiez intimidé par d’autres musiciens bien établis autour de vous. Y a-t-il eu un moment où vous avez réalisé que vous possédiez votre espace, que vous étiez, à ce stade, l’un de leurs pairs ?

Julius Rodriguez : Je crois que c’est la première fois que j’ai rencontré des musiciens d’autres régions des États-Unis que j’ai commencé à vraiment évoluer. C’est aussi à cette époque que j’ai commencé mon programme universitaire de musique. Là, je me suis dit : « D’accord, il y a d’autres personnes qui sont aussi sérieuses que moi en matière de musique. Et vous savez, ils sonnent encore mieux que moi’’. J’ai donc un but à atteindre. Cela m’a incité à tout prendre et à franchir l’étape suivante pour en faire mon objectif et ma profession. Mais en réalité, cela ne m’est pas venu d’un seul coup. C’est plutôt un épanouissement progressif.

Pan M 360 : Un autre aspect unique de votre personnalité est le fait que vous jouez à la fois du piano et de la batterie ! Vous dites souvent que chaque instrument et sa technique influencent la façon dont vous jouez de l’autre. De quel instrument jouez-vous le plus souvent, et comment choisissez-vous, à chaque fois, celui que vous allez jouer dans un morceau particulier ?

Julius Rodriguez : En ce moment, je joue plus de piano. Ce n’est pas vraiment un choix, c’est juste arrivé. Et je ne sais pas s’il y a une façon de choisir ce que je vais jouer à tel ou tel moment. Peut-être que c’est l’instrument avec lequel j’ai composé le morceau. Par exemple, pour la chanson Two Way Street sur l’album, j’ai composé le début à la batterie. J’ai donc joué la batterie. Cela vient naturellement. Je le sens. Mais cela dépend souvent de l’instrument à partir duquel j’ai composé le morceau, car lorsque je compose un morceau à partir d’un instrument spécifique, je gravite autour de cette partie en particulier. 

Pan M 360 : Vous avez étudié à la fois le classique et le jazz. Comment voyez-vous la place de ces deux styles musicaux riches en interaction au 21è siècle ?

Julius Rodriguez : Il est évident que l’harmonie classique influence toujours le jazz et le jazz moderne. D’un autre côté, j’ai l’impression que, de nos jours, la musique classique intègre de plus en plus d’éléments inventés par l’avant-garde du jazz et du free jazz. Tout cela vient du même endroit et se transforme en quelque sorte pour devenir la même chose, mais chaque partie influence l’autre. C’est une bonne chose.

Pan M 360 : Envisageriez-vous d’écrire quelque chose dans un style classique plus moderne ?

Julius Rodriguez : Oui, j’ai déjà commencé à le faire. Sur la version Deluxe de Let Sound Tell All, il y a une pièce qui s’appelle Dora’s Lullaby, et elle est en grande partie entièrement écrite. J’ai d’autres pièces de ce type sur lesquelles nous travaillons pour le prochain album. Nous en jouerons probablement au festival. Donc, oui, je le ferai certainement plus souvent à l’avenir.

Pan M 360 : Julius, c’était un grand plaisir de parler avec vous. J’ai hâte de vous entendre samedi soir !
Julius Rodriguez : Merci, c’était un plaisir pour moi aussi.

JULIUS RODRIGUEZ SE PRODUIT CE SAMEDI AU FIJM, PUB LA TRAVERSÉE MOLSON EXPORT, 20H ET 21H

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