Julie Doiron : Ave, indie stella

Entrevue réalisée par Luc Marchessault
Genres et styles : country-rock / folk / folk-rock / grunge / punk rock / rock

renseignements supplémentaires

« Ave, maris stella, Dei mater alma » : ainsi débute l’Ave Maris Stella, hymne national des Acadiens. Restons en Acadie et remplaçons l’étoile de la mer par une étoile du firmament folk-rock indie nord-américain nommée Julie Doiron. Son rôle crucial aux côtés de Rick White chez Eric’s Trip, il y a déjà trente ans, aurait suffi à asseoir sa réputation culte. Or, Julie Doiron n’a jamais entendu en rester là, bien au contraire. Non seulement a-t-elle créé une treizaine d’albums solos, mais elle a multiplié les collaborations avec des figures imposantes du rock, notamment Michael Feuerstack et les Wooden Stars, les prolifiques indie-folkeurs français Herman Dune, les Tragically Hip et le très regretté Gordon Downie en solo, Chad VanGaalen, Daniel Romano, Phil Elverum et, plus récemment, Dany Placard. Sur I Thought of You, Julie Doiron préserve le mode opératoire qui fait son succès et nous offre un bouquet de récits intimistes que portent divers sous-genres rock (on a recensé l’album ici). Elle a très aimablement répondu aux questions de Pan M 360 au sujet de tout ça.

Pan M 360 : Bravo pour I Thought of You, un excellent album qui s’ajoute à une discographie fournie! Sur Woke Myself Up (2007), I Can Wonder What You Did With Your Day (2009) et So Many Days (2012), il y a des chansons assez rock, mais tu n’avais jamais fait d’album aussi pesant que I Thought of You, je crois.

Julie Doiron : J’avais fait l’album Julie and the Wrong Guys qui était très rock, en 2017, mais les chansons avaient été composées avec trois autres musiciens. Les autres albums, I Can Wonder et Woke Myself Up, puis et So Many Days c’était avec Rick (NDLR : Rick White, membre d’Eric’s Trip et réalisateur), on laissait plus de place à mes chansons en solo. Cette fois-ci, on était plutôt un band qui jouait ensemble, en studio. Puis il avait Daniel et Ian Romano, ça explique le ton plus rock.

Pan M 360 : Et Dany Placard.

Julie Doiron : Oui oui, Dany jouait de la basse, donc tous les quatre ensemble, nous avons produit ce son-là. Je pense que tu as raison, c’est plus rock que mes autres albums!

Pan M 360 : J’étais au concert-lancement jeudi dernier à la Sala Rossa, c’était excellent. Il y avait une belle chimie, même si c’était une mini-tournée et que ce n’était que votre troisième prestation ensemble. Y en aura-t-il d’autres?

Julie Doiron : Je ne crois pas, car les frères Romano sont tellement occupés. Mais ça reste à voir, peut-être en mai. Je n’ose pas trop planifier. C’était vraiment agréable de faire ces trois concerts avec eux, chacun de ceux-ci était assez différent. À St. Catharines c’était presque grunge. À Toronto c’était plus mollo, puis à Montréal c’était une combinaison des deux.

Pan M 360 : C’est vrai, il y avait des moments plus doux et des passages plus dynamiques! Tu as une présence attachante sur scène, il y a Dany Placard qui bouge bien et Daniel Romano qui a vraiment beaucoup de charisme, même s’il est discret.

Julie Doiron : Daniel n’ose pas parler pendant mes shows… en fait, il ne parle pas pendant ses shows non plus!

Pan M 360 : Ta chanson Ran me fait penser à Where Did You Sleep Last Night, la chanson de Leadbelly que Nirvana avait reprise. Un blues lourd, cru, viscéral. As-tu écouté des trucs comme ça durant la création de l’album? Est-ce que tu t’es inspirée de chansons comme celle-là?

Julie Doiron : Normalement, quand je suis en mode création, je n’écoute pas beaucoup de musique. J’avais composé deux chansons en 2016, une dizaine en 2017 et 2018, puis une seule en 2019. C’est sûr que j’écoutais un peu de musique ici et là, mais quand je suis en création j’évite ça; je ne veux pas composer quelque chose par accident, une musique directement influencée par une autre. Il peut toutefois y avoir des airs dans mon subconscient qui m’influencent sans que je le sache. On n’écoutait rien en studio, surtout qu’on a enregistré l’album en trois jours. Deux jours avec les Romano pour les pistes de base, puis une journée pour les overdubs. Ensuite, j’ai fait mes voix et c’était tout. Ç’a été vraiment vite. Ils ne voulaient même pas écouter mes démos avant l’enregistrement, ils voulaient que ce soit spontané.

Enfin, c’est sûr qu’on est toujours influencé par certaines musiques. Je ne pourrais dire quoi exactement, je ne me suis basée sur rien de précis pour cet album. Je préfère composer la musique que je veux faire. En plus, j’écris des chansons au sujet de mes expériences, les paroles sortent avec la mélodie. Et je ne pourrais dire ce qu’écoutaient les autres musiciens avant d’aller en studio! Probablement du Dylan ou du classic rock… ou peut-être pas.

Pan M 360 : Par la suite, les auditeurs peuvent établir des ressemblances avec d’autres œuvres, ce qui ne veut pas dire que les créateurs ont été influencés par ces œuvres durant la composition et l’enregistrement.

Julie Doiron : Dans You Gave Me the Key, la première chanson de I Thought of You, on dirait un peu du Wilco. Je ne sais pas à quel point Daniel a écouté du Wilco, et c’est lui qui a fait la partition de guitare. Ce qu’il fait, c’est très Rolling Stones aussi, et ça je sais qu’il en écoute!

Pan M 360 : Les chansons peuvent évoquer toutes sortes de choses, en définitive. Dans The Letters We Sent, j’entends Neil Young et Crazy Horse, période Everybody Knows This Is Nowhere.

Julie Doiron : J’ai composé cette pièce en songeant à un solo de ce genre, j’ai même encouragé Daniel Romano à en faire un! Il me connaît depuis longtemps, il sait que j’adore des chansons de Neil Young avec de longs solos comme Cortez the Killer.

Pan M 360 : Cancel the Party sonne slacker-rock à mes oreilles, comme Pavement disons.

Julie Doiron : Oui, c’est vrai! Cancel the Party est une vieille chanson que j’avais composée en 2003. Dany m’avait proposé de la reprendre; on en a donc fait une version slacker-indie-rock-punk!

Pan M 360 : À quoi ressemble ton modus operandi pour écrire et composer? Tu as déjà dit plus haut que quand tu crées une chanson, les paroles sortent avec la mélodie; peux-tu nous en dire plus là-dessus?

Julie Doiron : Normalement, je commence par une phrase et j’ai la mélodie en même temps. Ça part de là donc, je ne peux faire l’un sans l’autre.

Pan M 360 : Tu as une voix, un timbre et un phrasé qui sont tout de suite reconnaissables. Mais, pour la première fois depuis que je t’écoute (une bonne trentaine d’années), je trouve que ta voix ressemble à celle de l’auteure-compositrice-interprète britannique Laura Marling , surtout sur Good Reason, et parfois à celle de Chrissie Hynde, surtout sur Thought of You. On t’a déjà dit ça?

Julie Doiron : C’est cool, on ne m’a jamais dit ça, mais c’est cool pareil!

Pan M 360 : Tu as collaboré avec beaucoup de musiciens durant ta carrière. Des gens t’ont inspirée, mais tu as inspiré et inspire beaucoup de gens plus jeunes que toi. Un exemple, on a Émilie Proulx ici à Montréal, une auteure-compositrice-interprète très douée qui a sûrement écouté des albums! Est-ce que des musiciennes et musiciens plus jeunes te remercient et te disent s’être inspirés de toi?

Julie Doiron : Des fois que je reçois des courriels de gens qui disent ça; je n’ai pas d’exemples précis, mais oui, parfois je reçois de beaux messages.

Pan M 360 : La semaine dernière, au concert de Dany Placard à Ausgang Plaza, vous avez annoncé la sortie d’un album conjoint en avril 2022. Tu peux en parler, ou alors il y a embargo là-dessus?

Julie Doiron : Oui, fin avril. J’en ai parlé lors d’entrevues et je me suis dit « Oups, est-ce que je devais en parler? », mais oui, c’est correct. C’est un album qu’on a fait durant le confinement. On a repoussé sa sortie parce qu’on a décidé que mon album aurait préséance. On enregistrait tous les jours, des chansons composées par Dany, par moi ou par nous deux. Des fois il faisait la musique et moi les paroles, et ainsi de suite. On a joué de tous les instruments, dont la batterie chacun notre tour, puis la guitare lead. C’est un album très cool.

Pan M 360 : Vous avez joué ensemble en mode acoustique, il n’y a pas si longtemps; mon collègue de Pan M Louis Garneau-Pilon vous avait interviewés (à lire ici : https://panm360.com/interviews-panm360/julie-et-dany-passent-au-salon/). Ferez-vous une tournée à la suite du lancement de l’album Julie-Dany?

Julie Doiron : Oui, c’était en mai dernier aux Salons acoustiques. Pour ce qui est de la tournée, oui, sans doute. On fera sans doute d’autres concerts « Julie Doiron » aussi, peut-être pas avec les frères Romano car leur horaire est très chargé. Ou alors on fera des chansons de Julie-Dany, puis des chansons à moi et d’autres à Dany, on verra; on va essayer de trouver quelque chose qui a du sens!

Pan M 360 : On suivra ça de près, merci énormément Julie pour cette conversation!

Crédit photo : Dani Cantó

Tout le contenu 360

Grandes Oreilles : dix ans à faire vibrer Outremont

Grandes Oreilles : dix ans à faire vibrer Outremont

MUTEK 2026 | 5 MUSTS de Vincent Lemieux

MUTEK 2026 | 5 MUSTS de Vincent Lemieux

MUTEK 2026 | 5 MUSTS  de Marie-Laure Saidani

MUTEK 2026 | 5 MUSTS de Marie-Laure Saidani

MUTEK 2026 | 5 MUSTS d’Alain Mongeau, directeur artistique et fondateur

MUTEK 2026 | 5 MUSTS d’Alain Mongeau, directeur artistique et fondateur

MUTEK 2026 : Quel est le son d’un laser dans la Super Galaxy Meow Meow ?

MUTEK 2026 : Quel est le son d’un laser dans la Super Galaxy Meow Meow ?

Geneviève Legault hisse ses Drapeaux blancs

Geneviève Legault hisse ses Drapeaux blancs

MUTEK 2026 | Trouver le « flow » avec Fennesz

MUTEK 2026 | Trouver le « flow » avec Fennesz

Domaine Forget 2026 | Mathieu Lussier et la découverte de la musique française

Domaine Forget 2026 | Mathieu Lussier et la découverte de la musique française

Domaine Forget 2026 | Concert final aux accents de fleurs et de couronnes

Domaine Forget 2026 | Concert final aux accents de fleurs et de couronnes

Orientalys 2026 | La fièvre Bollywood du samedi soir

Orientalys 2026 | La fièvre Bollywood du samedi soir

Découvrez Le Qafila : groupe de pop, fusion soufie, bhangra indienne à Montréal

Découvrez Le Qafila : groupe de pop, fusion soufie, bhangra indienne à Montréal

Orientalys 2026 | Nuit blanche kabyle, « traversée sensible de la mémoire »

Orientalys 2026 | Nuit blanche kabyle, « traversée sensible de la mémoire »

Domaine Forget 2026 | Vienne immortelle et classique : dialogues entre Haydn, Beethoven, Mozart…et Labadie

Domaine Forget 2026 | Vienne immortelle et classique : dialogues entre Haydn, Beethoven, Mozart…et Labadie

Orientalys 2026 | Rakcha Band, jazz-funk-fusion de Tunisie transplanté à MTL

Orientalys 2026 | Rakcha Band, jazz-funk-fusion de Tunisie transplanté à MTL

Orientalys 2026 | DJ Mina, du chant sacré au DJisme oriental !

Orientalys 2026 | DJ Mina, du chant sacré au DJisme oriental !

Orientalys 2026 | Du 13 au 16 août, les meilleures prises du festival!

Orientalys 2026 | Du 13 au 16 août, les meilleures prises du festival!

Présence autochtone | En attendant la (vraie) Grande Paix de MTL, Forestare, Joséphine Bacon, Richard Desjardins et tant d’autres sur scène

Présence autochtone | En attendant la (vraie) Grande Paix de MTL, Forestare, Joséphine Bacon, Richard Desjardins et tant d’autres sur scène

Orientalys 2026 | Qi Shen et Jasmine Xu, un duo erhu/piano, mère/fille, à découvrir

Orientalys 2026 | Qi Shen et Jasmine Xu, un duo erhu/piano, mère/fille, à découvrir

Présence autochtone | Leonard Sumner, une autre perspective

Présence autochtone | Leonard Sumner, une autre perspective

Orientalys 2026 | Alex Iskandar : porteur de traditions de l’Asie centrale à Montréal

Orientalys 2026 | Alex Iskandar : porteur de traditions de l’Asie centrale à Montréal

Domaine Forget 2026 | Marc Hervieux chante 35 ans de carrière

Domaine Forget 2026 | Marc Hervieux chante 35 ans de carrière

Présence autochtone I Rei: décoloniser par le rap maori, procurer du bonheur

Présence autochtone I Rei: décoloniser par le rap maori, procurer du bonheur

Concerts aux Îles du Bic | Robin Servant : la musique comme lieu de rencontre

Concerts aux Îles du Bic | Robin Servant : la musique comme lieu de rencontre

Domesicle Series: The Story of Sister Zo

Domesicle Series: The Story of Sister Zo

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné