Igloofest 2026 | Soirée TITS: No Police, son parcours, le collectif

Entrevue réalisée par Léa Dieghi

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Enfant montréalaise, elle a grandi aux abords de la scène électronique, fréquentant l’Igloofest depuis qu’elle a 17 ans, pour maintenant s’y produire une deuxième fois avec son collectif TITS. Dans cette entrevue, No Police, de son vrai nom Virginie Belliveau, nous parle de ses débuts dans le DJing, de ses collaborations avec les collectifs montréalais OCTOV et TITS, ainsi que de ses revendications féministes/Flinta. Nous offrant ainsi un point de vue en tant que DJ et Productrice d’événements Flinta, elle nous dresse un tableau nuancé et personnel de l’industrie musicale montréalaise, parfois ponctué de moments insolites et négatifs, mais aussi remplis d’amour et de connexions positives. Cette interview de TITS s’inscrit dans la 2e soirée d’Igloofest (vendredi 16 janvier) où les représentantes du collectif occuperont la scène Vidéotron la soirée durant.

No Police appartient à la catégorie des « DJ Covid », comme on les surnomme dans le milieu : bien qu’elle ait toujours été celle qui maîtrisait les enceintes portables et autres outils lors des soirées house entre amis, c’est pendant la pandémie qu’elle a acheté ses premières tables de mixage et qu’elle a commencé à cultiver son art. Raveuse fréquentant les soirées trance et techno montréalaises, son amour pour la musique, et son obsession pour “faire danser les autres” lui ont fait franchir le pas.

« J’ai toujours été celle qui voulait prendre les devants, créer des listes de lecture, classer les chansons. Depuis que j’organisais des soirées à la maison au lycée. Et petit à petit, c’est devenu une habitude : je sortais beaucoup en rave au début de la vingtaine.

Puis la pandémie a commencé et je me suis dit : “C’est le moment idéal pour commencer à apprendre.” Alors voilà, la première semaine de confinement, j’ai acheté des platines et c’est comme ça que tout a commencé (…) Ça faisait tellement longtemps que j’y pensais, à chaque fois que j’allais en rave, je me disais : «J’adorerais pouvoir transmettre ce que moi je ressens quand je suis face à un DJ, et faire la même chose. » Je voulais pouvoir faire monter la tension, créer des drops, et faire planer la foule, je me suis toujours imaginée de l’autre côté des platines. Pour moi, c’était vraiment un rêve, et c’est devenu réalité.»

Une année confinée qui lui a permis d’apprendre, d’affiner ses préférences musicales, de se pratiquer de son côté, et de développer tout un réseau de contacts et d’ami.es tous déterminés par le même objectif: Faire danser Montréal. Au sein de cette scène électronique montréalaise qui ressemble à un« village », il a trouvé une communauté respectueuse et soudée, ce qui lui a permis de décrocher ses premiers contrats.

« Très vite, l’impatience de la fin du confinement s’est fait sentir. Après un an d’apprentissage, je me disais : « Les clubs et les bars sont toujours fermés, mais dès la réouverture, je veux pouvoir faire mon premier concert lors d’un événement. » J’ai donc commencé à en parler sur les réseaux sociaux. La première DJ avec qui j’ai pris contact était Bittercaress, qui réside maintenant en Europe. C’est une DJ qui se produisait à Montréal depuis longtemps, et je l’ai rencontrée par l’intermédiaire d’une amie. Et grâce à elle, j’ai rencontré plein d’autres personnes.

« Quand les événements ont repris, je suis sortie beaucoup pour rencontrer des gens de la scène techno marginale montréalaise. Et ça s’est fait assez vite. J’ai rencontré Corine, et d’autres ami.es (…) J’ai l’impression qu’à Montréal, la scène est tellement restreinte qu’on n’a pas vraiment le choix de collaborer avec les autres, c’est un peu comme un petit village. Tout le monde se connaît, et c’est assez familier entre les DJ et les promoteurs. Il y a un peu de concurrence, mais l’ambiance est très conviviale. Et je trouve que la communauté est formidable. Ce serait super qu’elle continue à évoluer. Ces individus qui planifient, m’encouragent, me stimulent et m’offrent même des occasions de m’exprimer artistiquement me donnent une raison de persévérer. »

Inspirée par les genres techno, trance, acid et break, No Police a développé son propre style musical en fonction de ses propres goûts, mais aussi grâce aux groupes qu’elle a côtoyés au fil des ans, comme OCTOV, pour lequel elle a travaillé comme directrice marketing pendant plusieurs années.

«  Au début, quand j’ai commencé à sortir, ce n’était pas un collectif, mais plutôt des événements comme : avec Courage, Multicolore, ce genre de chose. J’allais voir des artistes de la maison de disques Anjuna Beats, Above & Beyond, Ben Balmer, Andrew Bayer, un peu plus commerciaux. Je n’avais pas encore vraiment mis les pieds dans la scène marginale à cette époque. Mais dès que j’ai commencé à mixer, j’ai rapidement trouvé mes repères. Le premier collectif que j’ai repéré, c’était OCTOV. Ils sont bien établis sur la scène montréalaise depuis presque 11 ans.

« Donc, à partir de 2021, si je ne me trompe pas, j’ai fait partie de l’équipe OCTOV. J’étais responsable du marketing, en tant que bénévole. Cela m’a permis d’approfondir mes connaissances en matière de production événementielle et de tout ce que cela implique : l’organisation, la promotion, etc. Je pense qu’en tant que DJ, c’est une information inestimable. Si l’on souhaite se professionnaliser dans ce domaine, connaître les coulisses permet d’apprécier encore davantage les moments passés sur scène, car on réalise tout le travail accompli pour en arriver là.»

Son expérience chez OCTOV lui a laissé beaucoup de bons souvenirs et de belles compétences professionnelles. Elle a toutefois décidé de quitter cette entreprise l’année dernière pour se joindre à un autre collectif montréalais émergent, TITS, dont les valeurs militantes correspondaient mieux à ses désirs.

« Je ne fais plus partie de l’équipe OCTOV, mais depuis un peu plus d’un an, j’ai rejoint le collectif TITS. Je souhaitais rejoindre Tits principalement pour sa mission de mettre en lumière des artistes Flinta. C’est une cause qui me tient particulièrement à cœur. Je fais partie de cette communauté. Pour moi, c’était un changement d’air dont j’avais besoin, pour rejoindre un groupe d’amis qui partagent les mêmes valeurs politiques et militantes que moi. (…) Chez Tits, nous sommes assez spontanés dans l’organisation de notre calendrier d’événements. C’est un peu plus en accord avec mes projets de vie. Et j’ai rencontré tellement de nouveaux artistes grâce à ce projet. Et des organisateurs aussi.»

Corine Pinel-Forgues, alias Cori (anciennement connue sous le nom de Corinita), a fondé le collectif TITS pendant la pandémie de COVID-19. Collectif techno engagé dans la promotion de la visibilité des individus s’identifiant comme FLINTA (acronyme allemand utilisé dans les milieux féministes et LGBTQ+ pour inclure les femmes, lesbiennes, intersexes, non-binaires, transgenres et agenres) dans la sphère musicale électronique montréalaise.

TITS se démarque par ses convictions politiques. Mais aussi par ses événements finement organisés, et son empreinte visuelle reconnaissable. Qui sont ces jeunes femmes qui dirigent l’entreprise Run by girls in Montreal , comme l’indique leur description sur Instagram ? Cori, No Police, Meen Moreen, et anciennement XIA. Un groupe de personnes FLINTA fort, à la réputation florissante.

« On commence vraiment à se faire une réputation à Montréal, et l’équipe a évolué à travers les années. En quelques mots, TITS est un groupe d’amies qui partagent des objectifs et des valeurs communs : mettre en évidence les jeunes artistes talentueux de la communauté flinta. Quel que soit le projet que nous entreprenons, nous gardons toujours à l’esprit l’objectif principal. Historiquement, les artistes flinta n’ont pas toujours eu la même place que les artistes masculins.

« Ce n’est pas un phénomène nouveau. La situation s’améliore, mais pas aussi vite qu’on le souhaiterait. On a de bons exemples à suivre, comme tous les événements de Multicolore. Il y a un vrai travail de sélection dans la programmation. Si je prends l’exemple de Piknic Electronik, cela fait quelques années qu’ils ont atteint la parité hommes-femmes, ce qui est incroyable, surtout pour un groupe ou un événement d’une telle envergure. Mais il reste encore beaucoup à faire au sein de la scène musicale.

 » Pour moi, les gens Flinta ont tellement de belles choses à dire. Et avec TITS, nous n’hésitons pas à prendre position sur les reseaux sociaux, à supporter la cause féministe durant la journée des femmes, mais aussi durant les périodes électorales, par exemple. Ce sujet nous enthousiasme tous, et nous sommes ravis de pouvoir faire bouger les choses. On se dit : « Ah ! On partage les mêmes frustrations. » On est tous dans le même bateau.»

Si le public semble réceptif à leur cause -notamment aux vues de leur popularité grandissante- il reste pourtant quelques cas isolés au sein de l’industrie musicale, apparemment attachés à des valeurs du siècle dernier, qui semblent remettre en question les valeurs du collectif.

« Récemment, j’ai reçu un message privé sur les réseaux sociaux. Nous avions un poste à offrir, et nous avons demandé aux personnes intéressées de nous envoyer quelques informations: nom, description, liens vers les réseaux sociaux et portfolio. J’ai alors reçu un message d’une personne que je connaissais, un homme, bien évidemment, qui nous disait que le terme « flinta » était discriminatoire, et exclut les hommes… Il nous a reproché le fait qu’on œuvre pour l’égalité, mais qu’on “discriminait un groupe”. Honnêtement, je n’ai pas vraiment répondu, ça m’a un peu choqué de lire ça. Je me suis dit que nous ne parlions pas la même langue. Pour moi, ce genre de réaction est très masculin. Notre objectif est de mettre en lumière les artistes Flinta et de leur offrir des occasions de se faire remarquer, plutôt que d’accroître la représentation des hommes, qui sont déjà surreprésentés.»

Bien que l’on puisse noter quelques remarques négatives, qui relèvent davantage d’une forme cachée de misogynie que d’une analyse objective, TITS et No Police poursuivent leur développement, tant sur le plan collectif qu’individuel, en nourrissant des ambitions toujours plus grandes et plus lointaines.

« Il n’y a jamais de mauvaises idées, il n’y a jamais de mauvaises opportunités. On prend le temps de s’écouter et de collaborer. Récemment, on a commencé à être employé par d’autres collectifs ou soirées pour organiser leurs programmations. On ne fait plus toute la logistique, tout le montage, le démontage, etc. Notre force, c’est vraiment plus dans la curation et c’est vers ça, vers quoi on s’en va. On a malheureusement déjà perdu de l’argent durant l’organisation d’événements avec TITS, et on ne veut plus vraiment prendre ces risques, on préfère faire de la curation, ou d’autres choses… Ça peut être difficile, des fois, à Montréal, de produire des événements, les prix des salles sont souvent énormes pour des petits collectifs. Mais on a des ambitions, même si elles sont plus lointaines. On a parlé de créer un label, par exemple, et de former une mini-agence de talents.

« Mais tout ça, ça prendra d’autres gens dans l’équipe. (…) Et moi, c’est sûr que j’aimerais me professionnaliser en tant que DJ et productrice. Donc, éventuellement, ne plus avoir de neuf à cinq en dehors de la musique. Je me vois aussi comme potentiellement prendre le lead sur l’agence, aider à faire évoluer les artistes que j’ai appris à connaître à travers les années.»

Bien qu’elle soit occupée par son travail en marketing, sa carrière de DJ et son implication dans TITS, No Police reste avant tout une mélomane passionnée de musique électronique.

« Je sors souvent dans des raves, comme celles organisées par OCTOV, bien sûr, Exposé noir, No Reiner, Virtualis. Je les apprécie beaucoup. Mais aussi dans des soirées un peu plus institutionnalisées, comme à la SAT, au Stereo, au MTelus (pour Mutek, plus précisément) ou anciennement au nouvel établissement, qui a malheureusement fermé ses portes en 2024…»

Grâce à son talent et à sa détermination, No Police s’est fait un nom dans la scène musicale électronique locale, réalisant ainsi l’un de ses rêves. À travers le djing, elle s’est créé des ami.es, a cristallisé ses convictions, s’est embarquée dans des projets collectifs à différentes portées, mais s’est aussi heurtée à des situations insolites, maintenant devenues souvenirs, parfois un peu choquant, mais aussi, pas mal hilarant.

« Cette histoire, elle rejoint pas mal notre discussion sur la place des hommes dans l’industrie… Donc, j’avais un gig à Paris. C’était ma première fois là-bas. C’était dans un after, donc, j’ai joué genre de 8h le matin jusqu’à 9h30…. Et bref, il y avait quelques problèmes techniques, mais, à part ça, tout se passait bien. Sauf qu’à un moment, un des organisateurs, probablement en état d’ébriété, il vient à mes côtés dans le booth, et il met sa clé USB dans mes platines… Moi, naïvement, je me demande s’il vient faire un test, ou je ne sais pas, quelque chose par rapport aux problèmes techniques… Et là, genre, je ne sais pas qu’est-ce qui lui prend, mais le gars, il a commencé à mixer… Il a lancé une track. Il m’a totalement “bypass” (soit prendre le contrôle) . Et étant donné que c’était l’organisateur, je me sentais tellement mal de lui dire, genre, « back off? » Pars ? Qu’est-ce que tu fais ?” Ça ne m’était jamais arrivé. J’ai dû demander à mon vidéaste de lui parler. J’étais juste hors de moi, et en même temps en incompréhension totale… Genre, what the fuck?»

Retrouvez No Police, aux côtés de son collectif TITS, ce vendredi 16 janvier 2026 sur la petite scène de l’Igloofest.

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