FMCM: Oliver Jones et son legs, un autre hommage s’impose

Entrevue réalisée par Alain Brunet
Genres et styles : jazz

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Oliver Jones n’en est certes pas à son premier hommage, on se souvient d’un ultime concert donné à la Maison symphonique en 2016, dans le cadre du FIJM. Ultime ? Puisque notre pianiste a au moins sept vies, il sera de nouveau mis en lumière pour l’ensemble de son œuvre, ce vendredi à la Salle Bourgie. Successeur historique de son voisin, un certain Oscar Peterson dont la sœur Daisy (Peterson-Sweeney) fut sa professeure, le musicien de 88 ans sera de nouveau honoré par le Festival de musique de chambre de Montréal (FMCM) et son directeur artistique, le violoncelliste Denis Brott.

Très ami avec notre Oliver national, Denis Brott a tenu à présenter cet hommage en réunissant un plateau d’artistes proches du fameux jazzman : les pianistes Robi Botos, Taurey Butler et Lorraine Desmarais, les contrebassistes Éric Lagacé et Michel Donato, les batteurs Jim Doxas et Dave Laing, la chanteuse Ranee Lee. Denis Brott indique d’ailleurs que Celine Peterson, fille du grand Oscar, sera présente au concert hommage, avant lequel l’occasion est belle et rare de converser avec Oliver Jones, soit chez lui en visio-conférence.

PAN M 360 : C’est super cet hommage, qui résulte aussi de votre collaboration avec Denis Brott en tant que conseiller au volet jazz du Festival de musique de chambre de Montréal.

OLIVER JONES : Denis et son (défunt) frère Boris m’ont toujours appuyé. Je suis très fier de tous les programmes que j’ai faits avec lui. J’ai joué et j’ai développé une relation avec ce festival.

PAN M 360 : Assistez-vous encore aux concerts.

OLIVER JONES : Avec la covid, je n’ai pas eu la chance d’y retourner au cours des 3 dernières années, mais j’y serai vendredi à la première rangée !  Avant quoi j’étais beaucoup sur la route, comme toujours au cours de ma carrière. Alors je suis très fier de cet hommage. C’est vraiment Denis qui y a pensé, et ça s’ajoute à plusieurs récompenses qui m’ont été attribuées. Je suis très chanceux. Mais rendu à mon âge, soit près de 90 ans (89 dans deux mois), évidemment je ne peux me démener comme avant.

PAN M 360 : Il y une belle sélection de pianistes : Taurey Butler, Lorraine Desmarais, Robi Botos, ce n’est pas rien!

OLIVER JONES : Il faut dire que Robi Botos fut le dernier élève d’Oscar Peterson.

PAN M 360 : Il y a tellement d’excellents pianistes aujourd’hui.

OLIVER JONES :  Aujourd’hui, c’est toujours spécial de découvrir des jeunes pianistes si talentueux. À leur âge, étais-je aussi éduqué musicalement ?  Je pense que non. Dans mon temps, il y en avait trois ou quatre capables de jouer à un tel niveau. Aujourd’hui, on a au moins une vingtaine de jeunes d’excellent niveau, seulement au Canada !

PAN M 360 : Dans les années 40, 50 et 60, il y en avait une dizaine dans le monde – Oscar Peterson, Ahmad Jamal, Hank Jones, etc. –  alors qu’aujourd’hui, il y en a des centaines d’excellents. 

OLIVER JONES : Aujourd’hui ce n’est plus possible de compter ! Je crois que nous sommes très chanceux de pouvoir découvrir tant d’artistes de talent et poursuivre la lignée. On voit d’excellents musiciens de jazz dans tous les pays du monde. Tu débarques dans un pays que tu ne connais pas, et tu as tôt fait de découvrir d’excellents musiciens, aussi bons que toi-même. Par exemple, je me souviens être débarqué en Suisse et réaliser qu’il n’y avait qu’un ou deux instrumentistes de mon niveau. Ce n’est plus le cas maintenant. Je suis très fier d’avoir contribué à intéresser autant de jeunes musiciens si talentueux. À Montréal, nous pouvons compter sur de très bons pianistes, dont au moins trois femmes de haut niveau.

PAN M 360 : L’évolution de la forme a conduit à cela.

OLIVER JONES : It’s amazing! À bien des égards, le jazz a atteint un niveau d’excellence jusque-là inégalé. C’est merveilleux pour moi de les entendre. Et il en est de même pour les musiciens du monde entier. Ils apportent quelque chose de spécial de leur propre pays. Les latinos, par exemple, ont contribué formidablement à l’évolution du jazz, et ce à leur manière. Le latin jazz est devenu une forme en soi. Lorsque j’ai travaillé à Puerto Rico pendant de nombreuses années, j’ai été sensibilisé à ces formes latines. Lorsque je suis rentré à Montréal en 1980 ce style avait déjà pris son envol!

PAN M 360 : La formation est fondamentale dans cette évolution. Vous avez vous-même reçu les précieux enseignements de Daisy Peterson-Sweeney.

OLIVER JONES : Oui, elle m’a aidé formidablement dans ma formation. Son frère Oscar était souvent dans les parages lorsqu’elle enseignait à ses étudiants. Tous les enfants qui étudiaient avec elle demandaient à Oscar ce qu’il jouerait à son prochain concert. Il répondait invariablement : écoutez et vous saurez ! Il ne voulait jamais révéler quoi que ce soit de son répertoire à venir. Quel pianiste !

PAN M 360 : Dans la lignée du grand Art Tatum, il est assurément le meilleur.

OLIVER JONES :  Oh que oui! Il n’y a aucun doute.

PAN M 360 : Vous êtes aussi issu de cette lignée dont le musicien fondateur est Art Tatum.

OLIVER JONES : La même approche, le même appel. Mais il fallait effectuer un passage par la suite, c’est-à-dire ne pas simplement reproduire ce qu’il avait conçu et trouver des choses différentes sur cette base et cet esprit musical. J’ose croire avoir trouvé ma propre voix à partir de ces enseignements, de manière à relayer mon message au public. Lorsque j’étais jeune et que je me trouvais à jouer à Broadway, New York, plusieurs fans de musique connaissaient  vaguement ce pianiste et me parlaient de lui. Et alors je jouais du Art Tatum et ils ne cachaient pas leur étonnement. « Je l’ai écouté aussi, vous savez ! » (rires)

PAN M 360 : Oscar Peterson m’a aussi parlé de son admiration sans bornes pour Art Tatum. Il me parlait aussi de Nat King Cole comme étant un pianiste marquant.

OLIVER JONES : Oui Nat King Cole avait un merveilleux feel, son jeu pianistique était proche du chant, ce qui tombe sous le sens car il est avant tout connu comme un chanteur.. J’aimais aussi Erroll Garner, George Shearing, Phineas Newborn Jr. et Ahmad Jamal à cette même époque. Et 10 ans plus tard, j’ai fait mon bout de chemin. Une chose est sûre, nous avons tous repiqué quelque chose qu’Art Tatum a joué. Les meilleurs de la génération suivante avaient ensuite acquis une technique incroyable, en reproduisant aussi à la main gauche plusieurs innovations de Tatum à la main droite. Oscar excellait en ce sens. 

PAN M 360 : Et maintenant, on ne peut plus faire de telles nomenclatures, car cela prendrait une journée entière ! 

OLIVER JONES : Haha!

PAN M 360 : Le piano jazz pourra-t-il un jour fusionner avec le classique d’après vous?

OLIVER JONES : J’écoute et apprécie beaucoup de piano classique, mais je sais aussi qu’il y a une limite à jouer une partition sans trop de modifications. Nous, musiciens de jazz qui avons aussi étudié la musique classique, n’aimons pas répéter la même chose. Mais il y a tant de choses merveilleuses dans la musique classique. La bonne musique n’a pas de genre en soi. D’ailleurs, depuis que ma carrière a ralenti et que je me trouve plus souvent à la maison, je joue souvent de la musique classique. Plus que jamais auparavant ! Vous savez, JS Bach aurait été de nos jours un des plus grands claviéristes de jazz sur Terre ! Avec Éric Lagacé, nous avons joué à l’occasion de Bach d’une façon jazz et le public était ravi.

PAN M 360 : Mais on observe de plus en plus de pianistes classique capables d’improviser. C’est encore marginal, mais il y a une tendance. Dans une ou deux générations, il y aura une fusion.

OLIVER JONES : Je le crois aussi. Les grands musiciens classiques prennent de plus en plus conscience qu’il se trouve quelque chose d’important dans cette musique de jazz. Et je suis très fier d’avoir fait partie de ce processus de reconnaissance.

DANS LE CADRE DU FESTIVAL DE MUSIQUE DE CHAMBRE DE MONTRÉAL, L’HOMMAGE À OLIVER JONES EST RENDU CE VENDREDI, 19H30, À LA SALLE BOURGIE. INFOS ET BILLETS ICI

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