Dans le ring avec Kayiri

Entrevue réalisée par Myriam Bercier
Genres et styles : afrobeat / hip-hop / rap / soul

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Kayiri est une rappeuse, violoniste et boxeuse – elle détient présentement la 2e place au classement canadien dans sa catégorie. Elle a fait partie des groupes K-Iri et Bad Nylon, notamment aux côtés de Marie Gold. En tant qu’artiste solo, elle allie brillamment l’afrobeat, le spoken word, le chant, le rap et la soul. On a pu la voir en tournée un peu partout (Canada, France, États-Unis, Sénégal, Maroc, Brésil…), au concours de rap télévisé La fin des faibles ainsi qu’au Festival international des Nuits d’Afrique. Elle foulera d’ailleurs les planches du festival pour la deuxième fois ce dimanche, 18h50, au cabaret Nuits d’Afrique.

Pour toutes ces raisons, PAN M 360 s’est entretenu avec Kayiri.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui t’a menée à faire de la musique?


Kayiri :
La musique a toujours fait partie de ma vie. J’écoutais beaucoup de musique avec mes parents quand j’étais jeune et nous dansions beaucoup. À partir de cinq ans, mes parents m’ont inscrite dans des cours d’éveil musical et je n’ai jamais arrêté depuis. J’ai suivi des cours de violon par la suite, j’ai même étudié au Conservatoire et à l’Université en musique.

PAN M 360 : Quand as-tu commencé à faire du hip hop?
Kayiri :
Ça a commencé relativement tard, car comme j’avais une formation classique en violon, je ne pensais pas que c’était possible. C’est comme si je me mettais des barrières moi-même. Vue que j’ai beaucoup d’amis qui sont dans le milieu du hip hop, j’enregistrais parfois le violon sur leurs beats, mais c’est comme si je me disais que je n’avais pas le droit de rapper.

J’ai commencé à vraiment écrire des textes en 2013 et 2014. En 2015, j’ai enregistré du violon sur l’album de Bad Nylon. C’est à ce moment-là que j’ai fait mon coming-out de rap, en me disant que si elles pouvaient le faire, je ne voyais pas pourquoi je ne pourrais pas. J’ai fait ma place sur la scène hip hop dans l’année qui a suivi.

PAN M 360 : Tu as fait partie de quelques groupes, comme Bad Nylon notamment, dirais-tu que ça t’a aidée à te définir en tant qu’artiste?
Kayiri :
Je dirais que je me cherche encore énormément, au contraire (rires). Je trouve que les gens aiment étiqueter les autres et les mettre dans une boîte parce que c’est plus simple de savoir ce que la personne fait. À la base, j’ai une formation classique et un baccalauréat en jazz, la « musique du monde », entre guillemets car c’est comme ça qu’on appelle ça au Québec, a toujours piqué ma curiosité. Comme je suis à moitié burkinabée, j’ai toujours écouté beaucoup de musique de l’Afrique de l’Ouest. Par ailleurs, ma mère a beaucoup voyagé en Amérique du sud; je dansais la salsa à 16 ans dans les clubs. J’aime tout, musicalement.

Donc me définir… je me définis de plus en plus en vieillissant. Pour l’impact de Bad Nylon, le groupe a fait ressortir un côté féministe en moi assurément. De plus en plus, je continue à me définir et j’ai envie de mettre de l’avant autant mon côté burkinabé que mon côté québécois. Je suis une femme extravertie, en vieillissant je me permets de plus en plus d’aller toucher tout l’univers musical que j’ai envie de toucher. Je veux faire travailler mon art autant dans les manières de jouer que dans les sujets abordés. Donc, si ça a aidé à me définir, je dirais oui et non. En ce sens où on m’a permis de toucher à la musique dans un certain angle, de prendre une bouchée de ce que j’ai appris avec ces filles et de le mettre ensuite dans mon projet solo. Mais je suis toujours en train de me définir!

PAN M 360 : Tu as fait partie de La fin des faibles, une compétition de rappeurs, peux-tu nous parler un peu de toute l’expérience?
Kayiri :
C’était une belle expérience! J’étais vraiment surprise d’avoir été prise. Je trouvais que mon audition s’était bien passée, mais je savais que beaucoup de gens passaient les auditions. J’ai adoré l’expérience, c’était une belle équipe, les gens de l’équipe étaient gentils et compréhensifs. C’était particulier en temps de pandémie, car c’est le genre d’émission qui aurait été mieux d’être enregistrée devant public. Là, on se retrouvait seulement devant les juges. Je fais énormément de spectacles, mais je ne suis pas habituée de jouer devant trois personnes. Ce sont trois personnes que je respecte vraiment sur la scène musicale, donc c’est très intimidant. S’il y avait eu d’autres personnes, j’aurais pu regarder la personne dans le coin que je ne connais pas (rires), mais là il y avait Souldia, Sarahmée et Koriass qui me regardaient et qui m’écoutaient. C’était vraiment particulier comme expérience.

Toujours se pousser et se dépasser, j’ai trouvé ça très enrichissant. Quand ça s’est terminé, j’étais fière de moi. J’ai reçu beaucoup de commentaires positifs, et aucun négatif! Donc c’est déjà le fun! Il y a beaucoup de fans qui m’ont écrit, car à ma dernière performance j’ai parlé de violence conjugale. J’ai reçu beaucoup de messages de gens qui m’ont dit que ça les avait fait pleurer, qu’ils avaient vécu cela…

J’ai appris aussi comment faire de la télévision. Je ne suis pas une habituée de la performance à la télévision. J’étais très stressée! J’ai dû apprendre la gestion de ce stress: au début je parlais fort dans mon micro, donc j’ai dû apprendre ça. Maintenant je ne le ferai plus!

PAN M 360 : Quand t’est venue l’idée de mixer le violon et le rap?
Kayiri :
C’est à cause de Feezy. J’ai perdu un rap battle dans lequel on avait parié de l’argent. En niaisant, le lendemain je me suis filmée en train de jouer du violon dans la rue pour rembourser ma dette. Feezy est tombé sur la vidéo; il ne savait pas que je jouais du violon. Il m’a proposé de reprendre un beat hip hop au violon et d’en faire une vidéo. C’est devenu viral sur Facebook. Il m’a fait jouer dans un spectacle par la suite, c’était très rassembleur. Ça a touché tout le monde, car il n’y avait pas de parole. Ça a commencé comme ça et ça n’a pas arrêté depuis. Je serai toujours très reconnaissante à Feezy.


PAN M 360 : Comment as-tu développé ton son?
Kayiri :
Une des raisons pour laquelle je m’empêchais de chanter et de rapper avant, c’est que jusqu’en 2014 j’avais des nodules sur les cordes vocales. Je perdais la voix instantanément : si je prenais une bière, par exemple, je perdais la voix. J’ai rencontré Iri, du groupe K-Iri avec qui je chantais, en 2015. Lors de notre rencontre, c’était une journée où j’avais de la voix. Nous avons chanté ensemble et nos voix fonctionnaient bien. Je lui ai parlé de mon problème de cordes vocales et elle a été très patiente avec moi. J’ai commencé à voir une orthophoniste, j’ai fait trois ans de réadaptation au niveau de la voix. J’ai réparé ma voix. Je me permets de dire que j’ai une belle voix aujourd’hui. Elle a un timbre particulier suite aux problèmes que j’ai eus aux cordes vocales. Je continue de la travailler. J’ai suivi par la suite des cours de chant afin de savoir comment bien utiliser ma voix pour ne pas la détruire. Elle continue de s’améliorer. La pandémie a aidé, car je n’ai pas eu de spectacles pendant une longue période.

Mon éthique de travail en violon, je l’applique autant au hip hop qu’au chant. Je pratique beaucoup. Je reprends des standards jazz, j’écoute des interprètes et j’essaie de répéter leurs chants.

Au violon, mon son s’est développé avec mes professeurs. Je suis allée étudier le violon au Brésil. J’ai eu des professeurs de musique classique et de jazz. Mon son s’est également développé en écoutant et en jouant avec des gens.


PAN M 360 : Tu fais aussi de la boxe, si je ne me trompe pas tu es 2e au Canada, est-ce que ça a un impact sur ta musique ou ta manière de composer par exemple ?
Kayiri :
Peut-être pas sur ma manière de composer, mais sur ma manière d’être sur une scène assurément. La boxe fait partie intégrale de moi en tant qu’artiste. Ça m’a donné beaucoup d’assurance, la boxe. Si je n’avais pas fait de boxe, je n’aurais pas fait de hip hop. […] Souvent, je vais pratiquer mes paroles et chanter en faisant ma corde à danser. Ça m’aide. J’adore ça, c’est très thérapeutique.

PAN M 360 : As-tu des thèmes de prédilection dans tes chansons? Qu’est-ce qui t’inspire?
Kayiri :
C’est particulier car tout s’est passé rapidement. J’ai été avec Bad Nylon jusqu’en 2018. Les médias se sont beaucoup intéressés à ce projet. Puis, ça s’est terminé, j’étais dans mon autre projet, K-Iri, on a eu beaucoup d’attention médiatique. La fille avec qui je chantais a dû retourner en Éthiopie, je me suis retrouvée seule en fin 2019. J’avais encore des spectacles de K-Iri qu’on m’a donné en solo. Pendant toute cette période, mon projet solo, je le faisais davantage de manière thérapeutique. Je n’écrivais pas de manière à faire un album; je le faisais pour le plaisir. J’ai dû rapidement écrire d’autres chansons. Je réalise que mes thèmes sont surtout au niveau de l’identité : le fait d’être métisse et d’être à moitié africaine. Sinon, ce sont beaucoup les émotions qui m’inspirent : je touche des sujets comme le fait de se sortir de la dépression, l’amour et l’amour de soi, l’empowerment. Ce sont des sujets qui me touchent beaucoup. Après l’été, je retourne en processus créatif. J’aimerais prendre le temps de trouver les thèmes sur lesquels je veux écrire.

PAN M 360 : Il y a un an, tu as lancé un single, Mentir et en mars tu as lancé un nouveau vidéoclip, La reine. À quand du nouveau matériel de Kayiri?
Kayiri :
Bientôt! C’est bizarre à dire, mais j’ai tellement de spectacles! (rires) Comme je suis violoniste, je joue avec beaucoup de groupes de corpo, je fais beaucoup de mariages par exemple. Ça me prend beaucoup de temps. Honnêtement, s’il n’y avait pas eu la pandémie, je visais septembre, donc je dirais encore septembre. Je travaille avec beaucoup d’artistes comme Lovegirl, Laura qui est une beatmaker et ingénieure de son et Nicolas Craven avec qui je travaille déjà. Ce que je sais, c’est que ce seront des EPs que je vais sortir.

PAN M 360 : Tu seras aux Nuits d’Afrique ce dimanche, à quoi peut s’attendre le public?
Kayiri :
À entrer dans mon univers. Ça va être très particulier. Je l’ai fait mercredi, ça s’est bien passé. Nuits d’Afrique m’a demandé de faire quelque chose d’acoustique. Habituellement je ne fais pas ça, je joue avec un groupe ou avec des playbacks. J’ai dû tout transférer mes beats sur une pédale de loop. J’ai tout refait mes beats au violon. Je les ai décomposés puis réenregistrés. Je suis accompagnée aux percussions par Noubi. Je joue du violon dans son projet solo. Il m’accompagne au cajon. Ça va être très rythmé, mais il y aura aussi beaucoup de douceur, car quand je chante, c’est quand même proche de la soul. Il y a mes chansons, que j’appelle mes chansons métisses que j’ai coécrites avec mon père, que je chante à moitié en samo et en français. Il y a du rap, il y a du chant, parfois un peu de slam. Ça va dans tout. Je suis une femme de grande force, c’est très puissant quand je joue du violon. Je joue du violon comme je fais de la boxe comme le dit ma mère (rires).

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