Dance Across Borders : techno sans frontières

Entrevue réalisée par Elsa Fortant
Genres et styles : électronique / techno

renseignements supplémentaires

https://mtldancesacrossborders.bandcamp.com/album/vol-3-mdab03

Artiste interdisciplinaire, Jean Grünewald mène plusieurs projets de front. Sous son nom de baptême, il explore les sonorités expérimentales et acoustiques à travers des installations sonores. Avec l’alias Ottoman Grüw, il est DJ, producteur et directeur artistique des compilations techno engagées Dance Across Borders. Le concept ? Réunir des artistes locaux et internationaux pour récolter des fonds qui sont reversés à l’association Solidarité sans frontières. Les six plages du volume 3 explorent le breakbeat, l’electronica, l’acid ou la trance.

PAN M 360 : Parlez-nous de la genèse du projet Dance Across Borders.

Ottoman Grüw : Le projet a débuté le premier septembre de la pandémie, en 2020. Avec Louis Paulhus de feu Mes Enceintes Font Défaut (MEFD) on avait décidé de lancer ce projet de compilation pour recréer une forme de connexion, une plateforme pour mettre en avant les artistes de la scène locale de Montréal et les différentes valeurs politiques qui vont avec. Cette compilation c’est comme un moment où on peut cohabiter avec d’autres gens, même qu’on connaît pas.

PAN M 360 : Contrairement aux deux premiers volumes, cette troisième compilation vous avez pu la faire vivre en soirée dès sa sortie…

Ottoman Grüw : Oui, on a fait une soirée de lancement dans un sous-sol d’église montréalais qui est géré par un organisme, la Banque alimentaire de Milton Parc. C’est un des quartiers de Montréal où il y a le plus d’itinérance, notamment de population autochtone. Les gens qui gèrent ça sont aussi liés à la scène punk gothique industrielle. Ils organisent de temps en temps des événements pour récolter des fonds. L’argent récolté lors de la soirée a été reversé à moitié à la Banque alimentaire et à moitié à Solidarité sans frontière, qui est l’organisme avec lequel les compilations sont nées à la base. 

PAN M 360 : Ce choix de publier des compilations inscrites dans le caritatifs, il s’est fait quand?

Ottoman Grüw : Dès le départ. C’était aussi un moyen de soulever certaines questions politiques liées à ce genre de musique qui sont présentes depuis toujours. Parfois on arrive dans des environnements ou elles le sont un peu moins, avec ce projet c’était les mettre de l’avant. 

PAN M 360 : À titre de participant à des raves, avez-vous vécu des moments que vous percevez comme politiques ou politisés?

Ottoman Grüw : J’ai des souvenirs qui remontent aux premières raves auxquelles j’ai participé quand j’avais 17 ans à Paris. Les moments un peu marquants, ça a été les ceux où j’ai été confronté à d’autres réalités que la mienne. L’espace de vivre ensemble qui se construit pendant une rave permet de témoigner de l’existence des autres personnes et donc de se dire que malgré les différences, on arrive à cohabiter.

PAN M 360 : Est-ce qu’il y a des causes sociales auxquelles vous êtes particulièrement sensible ?

Ottoman Grüw : C’est sûr qu’elles sont un peu toutes entremêlées. On entend « la fin du mois, fin du monde, même combat », ça résonne. Des luttes qui auxquelles moi j’ai été sensible, que ce soit par les amis que je me suis fait, les lieux dans lesquels j’ai pu vivre ou que j’ai pu visiter, ce sont les questions migratoires, les questions des frontières et des infrastructures politiques et économiques derrière. Que ce soient les bateaux garde-côtes en Méditerranée, le mur de la bande de Gaza ou le mur comme frontière des États-Unis-Mexique. La liste est longue.

PAN M 360 : Quelle est votre vision artistique pour un exercice de compilation comme celui-ci ?

Ottoman Grüw :Que ce soit pour ce volume ou pour les précédents, ça peut être plus ou moins éclectique mais il y a quand même un fil directeur, selon moi. Pour ce volume-ci, il y avait des artistes de Vienne et de Tokyo. C’est intéressant parce que ce sont des artistes qui appartiennent à des scènes différentes. Ils peuvent venir de la scène, genre techno rave, de la scène industrielle punk gothique, comme il y en a qui sont plutôt issus de la bass music, breakbeat, jungle, etc. Et cette convergence fonctionne très bien.

PAN M 360 : Plusieurs projets locaux, ponctuels et pérennes, ont une dimension caritative (événements rave à la SAT en mars 2022, les compilations MFC Records). Selon vous, quelle place le caritatif a-t-il dans la scène électronique montréalaise ?

Ottoman Grüw : Je dirais que dans ce milieu-là, à Montréal, il y a quand même une culture politique qui lui est associée, ce qui n’est pas nécessairement le cas partout. Avec la taille et la densité de la ville, j’ai aussi l’impression que ça fait un effet d’écho. On croise souvent les mêmes personnes aux événements alors peut-être que les initiatives qui vont dans le sens du caritatif ont un effet ricochet.

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