ArtChoral | Hallelujah, immersion dans le chant choral de culture juive

Entrevue réalisée par Alain Brunet

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Sous la direction de Matthias Maute, l’Ensemble ArtChoral se plonge dans la tradition chorale juive en relation avec les cultures occidentales. Voilà donc l’album Hallelujah qui vient d’être lancé sous étiquette Atma Classique et dont la matière sera interprétée ce mardi midi, 3 février, à la salle Le 9edu Centre Eaton. 

ArtChoral accueillera pour cette occasion le cantor  Gideon Zelermyer, qui s’était illustré il y a dix ans dans certaines chansons deYou Want It Darker, ultime offrande de feu Leonard Cohen qui valut au cantor une renommée internationale.

L’expérience de l’album Hallelujah et de cette relation interculturelle entre cultures juive et occidentale a produit des chants polyphoniques à la fois proches des musiques sacrées du monde chrétien  et aussi des traditions vocales juives, jadis monodiques et puis converties à la polyphonie à partir du 18e siècle. 

Ainsi, cet opus révèle des chants sacrés et profanes,  des œuvres composées au 19e, 20eet 21esiècle par des artistes juifs très connus comme Leonard Cohen, Leonard Bernstein ou Kurt Weill , auxquels s’ajoutent celles de compositeurs renommés dans l’univers plus pointu du chant choral juif – Salomone Rossi (Italie), Fromental Halévy (France), Giacomo Meyerbeer (Allemagne, France) ou Rona Nadler (Canada). 

Joint à la veille du concert, Matthias Maute explique cette matière de l’enregistrement au programme du 9e ainsi que des œuvres aussi au programme (et non enregistrées) de Jaap Nico Hamburger (compositeur montréalais), d’Ernest Bloch, de Naftali Herstik (mentor de Gideon Zelemyer) et de Raymond Goldstein.

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PAN M 360 : Quelles sont les caractéristiques de ces compositeurs?  En quoi se démarquent-ils du chant sacré occidental, par exemple. Où sont les différences ? Au fond, c’est pas si évident non ? 

Matthias Maute : Non parce qu’en général, ça fait partie de la musique occidentale. Peu importe si c’est luthérien, catholique ou hébraïque d’Europe, on se reconnaît tout de suite là-dedans. Par exemple, Salomone Rossi écrit avec des motets avec un texte en hébreu . En découvrant son travail, tu te rends compte qu’il était jadis très difficile voire dangereux d’être juif en Italie, pour y vivre ou pour y travailler. Donc, c’était en soi une révolution que cette musique Salomone Rossi ait pu exprimer des textes en hébreu. Alors, c’est plus à ce niveau que  sortent les couleurs hébraïques. C’est là, ce disque  trouve vraiment toute sa signification , avec à l’arrière-plan la difficulté de vivre.

Cette musique très expressive et elle de façon très différente de ce qu’offre leonard Bernstein, qui se démarque  par le choix de ses thématiques, la profondeur de ses symphonie ou dans cette Mass : Almighty Father. Chez Bernstein, l’identité juive est une quête de soi. Et des compositeurs comme Giacomo Meyerbeer sont connus et appréciés par les mélomanes de toutes les religions judéo-chrétiennes.

PAN M 360 : Mais si on isole la musique du texte, c’est pas si différent que ça du reste de la musique européenne, n’est-ce pas?

Matthias Maute :  Il y a des différences, mais on s’y retrouve car on est plus familier avec ces musiques qu’on ne le croit. Il y beaucoup de couleurs qu’on connaît déjà très bien, de la même façon qu’on connaît bien la cuisine italienne,  la cuisine française ou la cuisine indienne.  Alors les pièces de la compositrice et chanteuse Rona Nadler sont exprimées en yiddish,  d’autres le sont en hébreu ou en Allemand d’autrefois. Fromental Halévy exprime une langue hébraïque reflétant la musique juive sacrée en France au 19e siècle.

On a fait plus de ce genre de pièces où un cantor est accompagné par nous; c’était nouveau pour nous, pour moi en tant que chef, comme pour les choristes. 

PAN M 360 : Passons aux pièces plus modernes de facture. Prenons Lost in the Starsde Kurt Weill, juif allemand ayant mis au point des musiques influences de l’Europe moderne ou du jazz américain de l’époque. Vous avez aussi la messe de Leonard Bernstein et l’hymne archi-connu de Leonard Cohen, Hallelujah arrangé par le chef de choeur sud-africain André van der Merwe. Et donc ce répertoire est très diversifié ! Vous avez aussi  choisi des pièces modernes qui viennent du répertoire, entre guillemets, populaire, mais pas si populaire qu’on ne le croirait car Bernstein était un  grand chef et grand compositeur classique. Idem pour Kurt Weill  qui faisait beaucoup de musique pour le  théâtre, mais aussi pour un répertoire qu’on peut qualifier de savant. Ou encore Leonard Cohen, éminent artiste juif de souche montréalaise.

Matthias Maute : Nous avons voulu refléter l’horizon très vaste de l’univers juif, c’est pas seulement une seule chose ou un élément . Alors j’aime beaucoup cette variété mais en plus de ça, la qualité inouïe à travers tous les genres mis en relief dans cet album.  Qu’il s’agisse de musique profane ou sacrée, les compositeurs et musiciens juifs ont pu étaler un talent incroyable. Dans cet album, on voit l’éventail des couleurs musicales que les compositeurs ont trouvées, entre autres inspirées par leur propre culture.

PAN M 360 :  Pourquoi avez-vous choisi de faire ça, Matthias?  Vous êtes d’origine allemande,  vous n’êtes pas juif  et on sait l’histoire atroce des Juifs en Allemagne. Alors? 

Matthias Maute : On sait que l’Allemagne fut terrible pour les Juifs, ça m’a mené humblement à trouver des façons de rebâtir un pont entre nos cultures, enfin musicalement. On a donc amorcé une une collaboration avec le cantor montréalais Gideon Zelermyer avec l’esprit de respect et un souhait que toutes les cultures puissent rester elles-mêmes sans qu’elles se fassent renverser par celles de leurs voisins.

PAN M 360 : Dans ton cas, c’est une manière de Vérité et réconciliation avec la culture juive.

Matthias Maute :  Pour moi, absolument. Quand on voit ce qui se passe dans le monde, c’est terrifiant mais il faut commencer quelque part.  Alors nous avec l’ensemble Caprice, on travaille beaucoup avec des musiciens de différentes cultures, des musiciens de Palestine ou du Liban par exemple. On établit des contacts  de tous les côtés, Je pense que c’est important, car la musique peut vraiment rejoindre tout le monde, et c’est très important dans notre monde aujourd’hui de trouver des façons, de trouver une harmonie parmi toutes ces cultures qui se font la guerre. 

PAN M 360 :  Et il ne faut pas oublier que, dans chacune de ces cultures, il y se trouve plein d’êtres humains qui sont absolument en désaccord avec les conflits qui les affligent. Qui veulent plutôt la paix et la réconciliation.

Matthias Maute :  Ce n’est vraiment pas évident de convaincre avec cette façon pacifique de voir les choses. Mais nous sommes vraiment en action avec Caprice et ArtChoral, on tend la main dans tous les sens pour créer des liens durables,  une plateforme d’entente qui finalement  pourrait convenir à tout le monde. Parce qu’on n’a plus d’autre choix que de vivre en paix.

PAN  M 360 : Effectivement, la guerre n’est plus envisageable comme c’est le cas depuis les débuts de la civilisation humaine. Avec la puissance des armes d’aujourd’hui, la guerre devient une menace existentielle à l’humanité plutôt qu’un moyen de s’imposer.

Matthias Maute : Et c’est pourquoi nous invitons Gideon Zelermyer à chanter avec nous pour ce concert au 9e. Le cantor avait chanté avec le chœur Shaar Hashomayim sur l’album You Want it Darker, le dernier album de Leonard Cohen qui lui valut une réputation internationale et un Grammy par association. Nous venons d’ailleurs de répéter Hallelujah à la veille de notre concert de mardi midi, 3 février.

Le cantor Gideon Zelermyer

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