Les Quatre Saisons de Buenos Aires ou Las Cuatro Estaciones Porteñas, quatre œuvres de tango moderne signée Astor Piazzolla et réunies en évocation des Quatre saisons de Vivaldi, fait l’objet de tant de programmes classiques depuis trois décennies.
Comme le soulignait Andrew Wan à qui on avait confié la tâche de diriger la transcription de l’œuvre pour 12 cordes, cette œuvre fait partie du langage à maîtriser désormais. Et c’est pourquoi les meilleurs étudiants recrutés pour mener à bien cette mission se devaient de maîtriser ce tango nuevo avant de se présenter sur scène, et personne n’a été déçu au parterre de l’Esplanade tranquille, par ce samedi magnifiquement ensoleillé.
Ainsi donc, on a privilégié l’arrangement du violoniste Leonid Desyatnikov, popularisé naguère par le grand Gidon Kremer. Sauf le chef violoniste, 12 instrumentistes sont recrutés, ce qui produit un effet d’ensemble très différent de l’instrumentation originelle : bandonéon, violon, contrebasse, piano et guitare électrique.
Pour rester dans l’esprit, les solistes doivent user des effets typiques du tango, notamment ces coups d’archets dans les aiguës à la fin de certaines phrases.
Chacune des quatre solistes invités : on a observé beaucoup de lyrisme et de fermeté dans le jeu très fluide d’Éva Lesage dans Verano Porteño (été), magnifique saison assortie de citations directes d’une saison imaginée par Antonio Vivaldi à l’époque baroque. Otoño Porteño (automne) met en valeur le talent d’Anaïs Saucier-Lafond dont le jeu porte une puissante gravité voire une très belle sonorité assortie d’une articulation très solide malgré de minuscules détails à corriger dans le cas qui nous occupe. La partie soliloque à la fin était particulièrement prometteuse.
Le jeu le plus délicat était à mon sens celui d’Olena Kapersky, révélée dans Invierno Porteño (hiver), qui s’amorce dans une quiétude glaciale et qui dévoile un discours anguleux chez le soliste qui s’exprime avant d’avoir une vigoureuse répartie de sa douzaine de collègues et qui se conclut par une relecture évidente de Vivaldi.
Enfin, Charlotte van Barr bouclera bellement la boucle avec la tr;s dynamique Primavera Porteña (printemps) et se distinguera pour son impeccable articulation dans les phrases virtuoses qu’exige la partition.
Connaisseurs et profanes étaient ravis!
Seul autre membre de l’OSM présent à ce programme, le violoniste et altiste Victor Fournelle-Blain a dirigé pour sa part la première exécution estudiantine au programme, côté romantique : la Suite Holberg d’Edvard Grieg, suite instrumentale en cinq mouvements, composée en 1884 à la manière d’œuvres baroques et anciennes – prélude, sarabande, gavotte, air, rigaudon. Cette manière baroque avait permis au compositeur norvégien des évocations directes à JS Bach, auxquelles il avait teinté certains mouvements d’éléments de folklore norvégien. Très beau très lyrique, très proche de la nature nordique, comme le suggère le thème général de la Virée 2025.
Comme l’expliquait Victor Fournelle-Blain d’entrée de jeu,l’œuvre ait été écrite à l’origine pour piano avant qu’il en fasse lui-même l’adaptation pour orchestre de cordes. On ne peut conclure à une exécution académique de ces étudiants modèles, mais bien d’une virtuosité émergente et déjà chevauchée par les esprits de la musique.
Artistes
Andrew Wan, violon et direction
Solistes :
Eva Lesage, soliste violon, 1ere saison, Québécoise, vient du Conservatoire de Montréal, étudie actuellement à Vienne
Anaïs Saucier-Lafond, soliste violon 2e saison, Québécoise, étudie actuellement au Conservatoire
Olena Kaspersky, soliste violon, 3e saison, Américaine de Los Angeles, étudie actuellement à McGill
Charlotte van Barr, soliste violon, 4e saison , Ontarienne originaire d’Ottawa, étudie acutellement à McGill
Julien Haynes, alto
Victor Fournelle-Blain, alto
Sophia Tseng, alto
Sophia Battel, violoncelle
Ellamay Mantie, violoncelle
Evelyne Méthot, violoncelle
Étienne Beaulieu-Gaule, contrebasse
William Deslauries-Allain, contrebasse
Œuvres
Edvard Grieg, Suite Holberg
I. Praeludium. Allegro vivace (4 min)
II. Sarabande. Andante espressivo (4 min)
III. Gavotte. Allegretto – Musette. Un poco più mosso (4 min)
IV. Air. Andante religioso (5 min)
V. Rigaudon. Allegro con brio (4 min)
Astor Piazzolla, Les quatre saisons de Buenos Aires
- Otoño Porteño (6 min)
- Invierno Porteño (7 min)
- Primavera Porteña (5 min)
- Verano Porteño (7 min)























