techno / techno expérimentale / techno minimale

S.A.T. | Le techno intra-cellulaire de Marie-Davidson & Wata Igarashi

par Laurent Pellerin

La salle est presque vide à l’arrivée. Les projections se meuvent lentement et captent l’œil, parcimonieuses mais impressionnantes. La première DJ, Asha du collectif Ether, établit l’ambiance d’arrivée. Je m’assois près du bar, appréciant ce calme avant l’orage. Sous peu, la salle est pleine à craquer.

Les illusions de profondeur d’espace, générées par les projections sur les parois du dôme, oscillent constamment entre une immense profondeur intergalactique et une oppression claustrophobe intra-cellulaire. Si j’avais été légèrement plus sensible à ces drastiques changements de perception de l’espace, mon expérience d’écoute en aurait certainement été négativement affectée. Toutefois, les programmeurs visuels savaient bien calibrer le niveau d’intensité de façon à ce qu’une sensation d’unité émane des stimuli audio-visuels ; une sorte de synesthésie générale de l’énergie déployée entre sons et rythmes, couleurs et formes.

Nous nous avançons quelques minutes avant que Marie Davidson entre sur scène, s’immisçant tant bien que possible dans la foule enthousiaste.

Publicité panam

Marie-Davidson

Au moment où Marie Davidson entre sur scène, mon attention se redirige vers sa table de DJ. L’énergie de la salle change d’un coup, le public déjà enthousiaste s’avive de plus belle. Tout le monde est maintenant tourné vers l’avant, par attachement à la tradition du concert de scène, ou bien dans l’espoir de voir la musicienne à l’œuvre. De ma position, à peine quelques rangées de distance de l’estrade, on la décèle difficilement. Son set conserve une certaine parenté avec sa musique, qui s’influence fortement du séquençage, avec un léger ton kitsch dans l’esthétique. Très berlinois dans l’approche, presque cartésien dans la construction. On y décèle un clin d’œil aux pulsations minimalistes de Kraftwerk, mêlées à l’énergie electro-funk d’Afrika Bambaataa.

Après être rentré d’une courte pause de dix minutes, je remarque que le BPM a augmenté de 5 à 10 BPM. Marie préparait l’arrivée de Wata Igarashi. On s’est avancé vers l’avant pour prendre quelques clichés. Derrière Marie, une jeune femme danse et gesticule avec des mouvements fluides, observant avec attention son ombre au mur. Elle pourrait être une amie, une membre de la famille, une actrice employée pour participer à l’expérience globale.

Wata Igarashi

J’aperçois Igarashi posté à droite de la scène, observateur bienveillant qui semble s’intéresser aux projections et apprécier la performance de Marie. C’est possiblement le seul humain dans la salle dont le corps ne réagit point à la musique.

Quand Wata Igarashi arrive derrière les platines, on entre dans un univers à part. Il commence tranquillement en faisant jaillir des sirènes. Non pas métaphoriquement, mais littéralement des sirènes comme on entendrait avant l’arrivée d’un tsunami. Elles accélèrent et s’empilent jusqu’à devenir un orchestre de crapauds. C’est dans la profondeur de cet environnement imaginaire que la trance interminable de Igarashi débute.

Des kicks profonds poussant des rythmes carrés ponctués de snares, qui s’étendent toutefois dans des formes complexes. Une techno directe, mais traversée d’un mystère narratif, suspendue dans des drones détachés du rythme.

C’est un set de techno assez direct comprenant toutefois un élément mystérieux, un narratif qui se développe dans l’atmosphère de ses drones complètement détachés du rythme. La musique et les projections gagnent ce palier d’intensité supérieure tant attendu par la foule. Les projections sont moins fréquemment organiques et revêtent un aspect stroboscopique qui, encore une fois, complémente admirablement bien la musique. Des textures bruitées et répétitives qui me rappellent Shadow from Tartarus par Actress, hypnotisant et disloquant l’âme du corps.


Le temps passe sans qu’on le remarque ; il est 2 h 30 du matin et soudainement mon corps m’envoie un texto astral : il est temps d’y aller. Je reviens sur terre, dans le froid d’une cigarette bien méritée.

Publicité panam

Tout le contenu 360

Souk du Sud 2026 | Du erhu à la cumbia, un Souk Pro sous le signe des rencontres

Souk du Sud 2026 | Du erhu à la cumbia, un Souk Pro sous le signe des rencontres

FME 2026 I Max Baby est un elfe indie quelque peu louche…

FME 2026 I Max Baby est un elfe indie quelque peu louche…

FME 2026 | RIZOMAGIC de Bogotá, futurisme tropical et accordage cosmique

FME 2026 | RIZOMAGIC de Bogotá, futurisme tropical et accordage cosmique

FME 2026 I Birds of Prrrey’s , chant des sirènes d’un autre type

FME 2026 I Birds of Prrrey’s , chant des sirènes d’un autre type

FME 2026 I Choses Sauvages, où se trouve l’indomptable

FME 2026 I Choses Sauvages, où se trouve l’indomptable

FME 2026 I Camilla Sparksss nous apporte le bruit sur un plateau d’argent

FME 2026 I Camilla Sparksss nous apporte le bruit sur un plateau d’argent

Jackie Leung – Inside Out : Piano Music by Alvin Singleton

Jackie Leung – Inside Out : Piano Music by Alvin Singleton

UdeM | Rentrée jazz réussie et intrigante

UdeM | Rentrée jazz réussie et intrigante

Piknic Électronik | Bilan de mi-saison, coups de cœur et dates importantes à retenir

Piknic Électronik | Bilan de mi-saison, coups de cœur et dates importantes à retenir

FME 2026: les choix de Philippe Larocque, programmateur au festival

FME 2026: les choix de Philippe Larocque, programmateur au festival

Tönky Hönk – The ËP

Tönky Hönk – The ËP

The Holland Court Jazz Trio – Inverted Tango

The Holland Court Jazz Trio – Inverted Tango

18e saison du Vivier: tendre l’oreille à l’inattendu

18e saison du Vivier: tendre l’oreille à l’inattendu

Eldritch Priest – Too, So Like Nothing

Eldritch Priest – Too, So Like Nothing

Raymond Roussel – No One Asked Us Yet

Raymond Roussel – No One Asked Us Yet

Rite of Strings – Dust and the Moon

Rite of Strings – Dust and the Moon

SMCQ |  Simon Bertrand, 3 ans de direction artistique,   ouverture de la saison, aperçu de M/NM 2027

SMCQ | Simon Bertrand, 3 ans de direction artistique, ouverture de la saison, aperçu de M/NM 2027

Souk du Sud 2026 | Paul Cargnello : deux décennies de musique et d’engagement

Souk du Sud 2026 | Paul Cargnello : deux décennies de musique et d’engagement

Souk du Sud 2026 | Nicolas Lossen : jazz, mémoire et héritages en dialogue

Souk du Sud 2026 | Nicolas Lossen : jazz, mémoire et héritages en dialogue

Souk du Sud 2026 | Emmanuelle Boucher : de La Voix à sa propre voie

Souk du Sud 2026 | Emmanuelle Boucher : de La Voix à sa propre voie

Souk du Sud 2026 | Borduas : de la scène aux coulisses de la culture

Souk du Sud 2026 | Borduas : de la scène aux coulisses de la culture

Jabfung – In Real Life

Jabfung – In Real Life

Stranger Still – We Might Not Tell Everybody This

Stranger Still – We Might Not Tell Everybody This

MUTEK 2026 | Expérience 6 se conclut dans la jungle d’un gars nommé Gerald

MUTEK 2026 | Expérience 6 se conclut dans la jungle d’un gars nommé Gerald

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné