afro-caribéen / afro-cubain / Antilles / Caraïbes / jazz / jazz latin / musique sacrée

Jouer et chanter sur les eaux

par Michel Labrecque

Aguas, qui signifie Les Eaux, est un trio constitué par le pianiste Omar Sosa, la chanteuse et violoniste Yilian Cañizares et le percussionniste Gustavo Ovalles, qui a enregistré son album unique en 2018. Un album consacré à la divinité de l’eau douce Oshun, dans les cultures religieuses afro-cubaines. 

Ce samedi 28 février, nous avons pu assister à la matérialisation sur scène de cette entreprise musicale peu commune et vachement riche. 

Omar Sosa est un grand pianiste cubain, célébré par les amateurs de jazz, aujourd’hui exilé en Espagne. Beaucoup moins connue, Yilian Cañizares est une violoniste d’origine cubaine qui vit en Suisse et qui a sa propre carrière, avec plusieurs albums qui métissent la tradition cubaine avec la modernité européenne. Gustavo Ovalles est un percussionniste d’origine vénézuélienne, initié aux rythmes de la Santeria, cette religion syncrétique qui mélange les rituels africains et catholiques. 

Sur scène, la symbiose entre les trois protagonistes est évidente, dès la première pièce. Percussions, piano, violon, voix fusionnent dans un métissage musical: santeria, jazz, classique, et autres. C’est une musique largement écrite, Omar Sosa fait peu de solos improvisés; j’oserais dire que certains amateurs de rock progressif pourraient trouver leur compte dans certaines compositions. 

Par contre, nous plongeons en grande profondeur dans l’âme musicale très riche de Cuba et d’autres pays de la mer des caraïbes, avec beaucoup de surprises. Omar Sosa ne se contente pas de jouer le clavier de son piano, il touche aussi ses cordes, avec parfois des brosses. Gustavo Ovalles  s’amuse avec plusieurs dizaines d’instruments de percussions: tambours, espèces de maracas, tubes vides qui produisent des sons intriguants. La foule était ébahie à plusieurs reprises. 

Quant à Yilian Cañizares, sa prestance, autant à le voix qu’au violon, a séduit l’auditoire, d’autant plus qu’elle nous adressé la parole en français à plusieurs reprises. Pour moi, elle était une découverte, qui mérite davantage d’exploration. À venir…

Cette prestation de 90 minutes était à la fois savante et ludique. Un mélange entre sacré et profane, tradition et contemporain. Le concert s’est terminé sur un chant a cappella …des trois artistes et de la plupart des spectateurs. 

Un brillant concert, qui démontre, une fois de plus, la richesse des musiques latines passées et actuelles. 

En prime, pour celles et ceux qui le souhaitaient, Yilian et Omar étaient disponibles pour des dédicaces et des discussions, à l’issue du spectacle. 

Pas mal!

Crédit photo: Anne Larmaque

danse / électronique / minimaliste / post-minimaliste

Submergés par (LA)HORDE

par Frédéric Cardin

Dans Age of Content, présenté du 27 février au 7 mars 2026 au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts à Montréal, les spectateur.trices sont frappés de plein fouet par un feu roulant d’esthétisme urbain post-industriel. Je peux témoigner de la force de cette création hyper actuelle qui questionne la nature humaine, et ce dans une construction qui va à contresens des développements contemporains. 

Fétichisme machiniste

L’intérieur d’un entrepôt industriel. Une voiture entre à travers les rideaux du fond de la scène. Une carcasse de voiture plutôt, un simple squelette téléguidé, sur lequel une première danseuse commencera à lover, jusqu’à une sorte de fétichisme sexuel façon Crash de David Cronenberg. N’y a-t-il pas une sorte de masturbation auto-selfiste chez chaque personne qui cherche à s’approprier un outil (mécanique/électronique) afin de grimper à son sommet? Pourquoi? Attirer l’attention? C’est exactement ce qui arrive. Et quand on invite les autres à admirer ce que nous sommes et ce que nous possédons, on les invite aussi, potentiellement, à vouloir nous l’enlever. Là vous avez compris ce qui s’en vient.

L’humain est conflit

Un autre danseur arrive, veut s’approprier la machine. Combat. D’autres se joignent à la rixe, qui devient une guerre civile. La voiture elle-même danse (ingénieux système hydraulique la faisant tanguer de gauche à droite et d’avant en arrière), sur une musique qui oscille entre l’ambiant électro, le choral céleste et la techno pulsatile. Bravo Pierre Aviat pour éviter de tout noyer dans le beat, sans s’en priver occasionnellement. Ça rend l’ensemble bien plus subtil, plus raffiné, moins littéral. Et absolument pas superficiel. 

Finalement, qu’est-ce ici? Une humanité qui s’abaisse devant la mécanique? Qui s’efface devant la technique/culture synthétique du web? C’est ce que l’on devine. Mais il y a peut-être plus aussi. Votre humble chroniqueur a raté la discussion pré-spectacle. Je me permets donc de coucher ici des impressions et des intuitions. Aidé aussi par l’indispensable ‘’+1’’ qui accompagnait ma soirée. Merci Claudia de tes lumières! 

Impressions et intuition seront d’ailleurs les principaux recours de la plupart de ceux et celles qui iront voir ce spectacle foudroyant. 

Voici donc un premier tableau (il y en aura quatre) disséqué. On est déjà happés. LA(HORDE) est un trio de chorégraphes/artistes de danse qui est à la tête du Ballet national de Marseilles. Vous avez déjà vu ça ailleurs vous, une compagnie de danse classique menée par un trio d’artistes biberonnés à la culture street/geek/platiniste? Alors làa, chapeau pour l’audace. Ça marche fort. 

Mais continuons.

Les androïdes et leurs fantasmes

Un deuxième tableau met en scène un premier personnage que l’on identifie rapidement comme un robot. Pas le genre des années 80, un peu trop carré dans ses mouvements. Plutôt les plus récents modèles. Ceux qui s’apprêtent à entrer dans nos maisons, dans nos usines, dans nos restos. Et qui feront un travail semblable au nôtre. Il y a quand même quelque chose de saccadé dans les mouvements, mais avec une plus belle élégance, une sorte de fluidité ponctuée de pulsations vitales, comme des respirations mécaniques. Bref, ledit roboto est rejoint par d’autres, et d’autres. Ils sont partout. Ont-ils remplacés les humains? À savoir. Mais quelque chose se passe : ils commencent à s’ausculter mutuellement, à se ‘’physicaliser’’ ensemble dans des simulacres violents et maladroits d’une sorte d’échanges sexuels. 

Au fond de la scène, les rideaux ont laissé place à un décor sombre et brumeux. On est dans Blade Runner, ou comme. Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques? C’est le titre original que Philip K. Dick avait donné à sa nouvelle qui a inspiré le film bien connu (Do Androids Dream of Electric Sheep?). Ici, on se demande s’ils forniquent à l’aide de tiges télescopiques et de cavités huilées au WD-40. Toujours cette musique qui mélange minimalisme, transcendance chorale et beat grondant. Incertitude, donc, mais beauté, séduction, malgré l’étrangeté. Et ça bouge, ça bouillonne d’énergie contenue puis relâchée. On ne peut détourner le regard. 

Chorégraphier la sexualité

Le troisième tableau laisse un peu plus perplexe, même s’il est fascinant. On se demande si les humains sont revenus ou si ce sont les androïdes qui ont ‘’mutés’’? Bref, poursuivant sur la lancée précédente, on les voit devenir totalement lubriques, dans une sorte d’orgie virtuose, à la fois explicite et anti-vulgaire. J’ai rarement vu telle capacité à évoquer différents actes sexuels, presque pornographiques, avec une si parfaite réussite à le faire dans l’élégance et le respect. Vous devrez le voir pour comprendre. 

Extase finale

Le dernier tableau est une sorte d’extase sensorielle qui convoque les yeux (véritable tornade tournoyante chorégraphique) et les oreilles (musique de Philip Glass : The Grid extrait de Koyaanisqatsi). Pendant une quinzaine de minutes qui tournent au buzz collectif et à la transe esthético-spirituelle, les danseurs semblent célébrer la vie de la manière la plus viscérale et exutoire possible, dans une explosion de bonheur. 

Victoire de l’humain? De l’humanisme? Ou d’une symbiose devenue parfaite entre la machine et l’organique, ce qu’on appelle le transhumanisme? Peu importe. C’est juste magistral, enlevant, envoûtant, totalement prenant. On est à bout de souffle. On imagine même pas les artistes eux-mêmes. 

Age of Content se poursuit jusqu’au 7 mars 2026. Ne manquez surtout pas ça. 

DÉTAILS ET BILLETS

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La danse qui vit, la vie qui chante et la musique qui danse : époustouflant  »Sol Invictus »

La Création de Haydn aux Grands Ballets : Et ils trouvèrent que c’était Bon…

chanson française / Chanson francophone

Une parenthèse de douceur avec LiKouri et son trio

par Sandra Gasana

Non seulement nous avons eu droit à un spectacle exceptionnel, intime et très touchant, mais on a également beaucoup ri hier soir au Ministère, dans le cadre de la 2ème soirée de la série MOZAÏK de Vision Diversité. On avait l’impression d’entrer dans la chambre de LiKouri (sa lampe de chevet faisait partie du décor) qui était accompagnée par Charles Cantin à la voix et à la guitare et Isabelle Gaudreau à la clarinette.

La complicité entre Li et Charles était évidente, elle l’était moins avec Isabelle qui n’avait pas de micro pour interagir avec le public comme les deux autres. Cela dit, ses solos de clarinette ou tout simplement son talent de musicienne nous en a mis plein la vue.

L’éclairage était également central lors de ce spectacle intimiste puisqu’il contribuait à l’atmosphère désirée pour ce show : découvrir les artistes dans ce qu’il y a de plus profond en eux.

Les chansons figurent toutes dans l’album Dans mon quartier paru l’automne 2025 et c’est lors d’une résidence de 10 jours à la Maison de la culture de Ahuntsic que toute la magie s’est opérée. D’abord entre Li et Charles, puis s’est jointe Isabelle dans un deuxième temps.

La première partie du concert était sans accordéon pour LiKouri, durant laquelle on pouvait pleinement apprécier sa voix unique qui flirtait avec l’opéra par moments. Sans forcer, elle parvenait à nous donner des frissons, notamment lors de la chanson « Verde Lima », dans laquelle elle chante en espagnol, accompagnée par Charles qui faisait les chœurs. Isabelle passait d’une clarinette à l’autre, selon la chanson.

Entre les chansons, quelques anecdotes, souvent très drôles surtout lorsqu’elle parle de la chanson «Statue» ou encore lorsqu’elle partage l’histoire derrière la chanson « O’dji Comeback ». D’ailleurs, je suis allée la chercher sur Youtube en rentrant, tel que demandé par les artistes.

Le jeu de guitare de Charles était également très impressionnant. D’une chanson à l’autre, il parvenait à créer une ambiance totalement différente, rajoutant du relief au spectacle.

Au milieu de la soirée, LiKouri s’installe avec son accordéon et ensemble, le trio nous emporte ailleurs, notamment sur la chanson « La valse » qui rappelle la vielle chanson française, aux allures de Piaf.

Mais le moment fort de la soirée était sans aucun doute durant la chanson « Les ou Les » où le public s’est fait un plaisir de chanter en chœur.

Autre moment marquant de la soirée, la section de chansons instrumentales. Pas de mots, juste les trois instruments qui dialoguent entre eux, sans monotonie, avec des moments doux et plus rythmés, le tout de manière tout à fait organique.

Cela dit, la chanson qui m’est restée en tête après le concert est « Je recommencerai pour ne rien changer », sûrement parce que c’était la dernière du répertoire, mais je ne la retrouve pas dans l’album Dans mon quartier. Va falloir que je fasse mon enquête pour la retrouver. Une chose est sûre : si toutes les soirées de MOZAÏK sont aussi touchantes que celle de LiKouri et son trio, je serai sûrement au rendez-vous puisqu’en ces temps troubles, un peu de douceur nous fait le plus grand bien.

Crédit photo: Peter Graham

danse / période classique

La Création de Haydn aux Grands Ballets : Et ils virent que c’était Bon…

par Frédéric Cardin

La Création de Haydn est un remarquable oratorio écrit à la fin de la vie du compositeur. La création de La Création (Die Schöpfung en allemand) a eu lieu en 1799. Hier soir, à la Place des Arts de Montréal, une très belle et inspirante vision chorégraphique, signée Uwe Scholz (1958-2004) en 1991, était présentée dans une version enrichie par l’art du peintre Jean-Paul Riopelle, une idée audacieuse mais, au final, payante. 

Et la lumière fut…

Très peu d’accessoires scéniques sont requis dans cette production. Aucun en fait, sinon une structure soutenant une armada de spots lumineux, utilisée uniquement pendant quelques minutes au début et à la fin de l’œuvre. Utilisée ostentatoirement, même, quand quelques minutes après le tout début du premier mouvement, Introduction. Die Vorstellung des Chaos. Largo (Prélude : la représentation du Chaos), lesdits spots ont été orientés directement vers les spectateurs, ainsi totalement aveuglés par l’éclairage. ‘’Et la Lumière fut’’, certes, mais affirmé peut-être un peu fort, mettons. Les spectateurs autour de moi riaient. Ça ne doit pas être le but, j’imagine. 

Cela dit, c’est un détail qu’on finit par oublier, car de très beaux moments sont offerts dans cette chorégraphie, fréquemment reprise partout dans le monde tellement elle ‘’sonne’’ juste. 

Je ne prétendrai pas être un spécialiste de danse, seulement un humble amoureux de cet art, particulièrement en relation avec la musique. Et comme PanM360 se veut un média consacré à la musique, c’est à travers la relation de la chorégraphie à la partition de Joseph Haydn que j’écrirai cette recension de la première du ballet La Création hier soir à la salle Wilfrid-Pelletier. 

Symbiose danse-musique

Dans La Création, Haydn construit une narration assez fidèle au récit mythique de la création du monde, en une trentaine de morceaux qui alternent entre petites formations et grands ensembles, passages menés par les solistes (une soprano, un ténor et une basse) et impressionnantes portions chorales. Scholz respecte ces découpes tout en lovant ses constructions sur celles de la musique : solos, pas de deux, et petits ensembles se collent aux passages chambristes de la musique, alors que les choeurs, qui se veulent monumentaux, sont bien appuyés par le corps entier des GBC.

La Création présente le mythe du Chaos faisant place à la Lumière puis au Monde, à la Nature, aux Animaux puis aux Humains (Adam et Ève), sous l’impulsion de Dieu. Bien que l’explicité de la conception de Scholz soit plutôt tournée vers le symbolisme, on comprend assez vite la relation des gestes avec le déroulement du synopsis. Au début, les danseurs sont comme ‘’enfermés’’ par la structure porteuse de l’appareillage lumineux, et enfin ‘’libérés’’ lorsque celle-ci disparaît. 

Ensuite, les numéros s’enchaînent en offrant une lecture sensorielle, impressionniste, de l’arrivée des différents éléments de la création divine. Les danseurs et danseuses sont tous vêtus de blanc, ramenant efficacement leurs mouvements à l’idée de lumière et de pureté originelles. 

C’est dans les numéros collectifs qu’on est le plus touchés par la vision de Scholz. Le corps complet évolue dans une fluidité collective presque aérienne, dans des entrelacs qui évoquent avec une connexion intuitive le contrepoint des fugues chorales de Haydn. Des moments chaudement applaudis par le public, a raison. À l’opposé, c’est dans les épisodes solistes ou en duo que certaines longueurs se manifestent. On sent moins bien la relation du visuel avec le musical. Une exception à noter : le dernier pas de deux, sur le Holde Gattin… Der tauende Morgen (Chère épouse… La rosée du matin), est d’une merveilleuse tendresse, et habillé d’une douce sensualité. 

Riopelle en filigrane

L’ajout de tableaux de Jean-Paul Riopelle en projection au fond de la scène est une belle idée. Ivan Cavallari s’est, on le devine, laissé inspirer par le caractère des différentes œuvres abstraites du peintre québécois. Sans obstruer ou s’imposer sur l’esprit des numéros exécutés par les musicien.ne.s et les danseur-euse.s, les tableaux accompagnent plutôt en filigrane l’essence expressive des différents mouvements. Plus ou moins ‘’lumineux’’ ou ‘’sombres’’, chargés ou dépouillés, les peintures issues de la palette du génial artiste offrent une sorte de commentaire sur l’action scénique, tout en guidant de façon diffuse et subtile les émotions de ceux et celles qui regardent. Jamais on a senti que l’exercice était plaqué artificiellement. C’est déjà une réussite. 

Des solistes convaincants

Au niveau purement musical, je souligne la belle prestation des trois solistes, Andréanne Brisson-Paquin, soprano, Philippe Gagné, ténor et Clayton Kennedy, basse, dont la projection est malheureusement atténuée par la salle elle-même. Désormais habitués (et gâtés) par la Maison symphonique, on oublie facilement à quel point Wilfrid-Pelletier est un véhicule imparfait pour ce genre de musique. M’enfin, on est quand même en mesure de reconnaître la beauté interprétative des artistes dans la fosse d’orchestre. Bravo, donc, même si on n’égale pas encore (pour moi), une certaine Gundula Janowitz, avec Walter Berry et Fritz Wunderlich (avec Karajan chez DGG). 

L’orchestre des Grands Ballets est très correct, mais souffre d’aigreur dans certains passages de cordes, surtout au début de la soirée. Une fois ou deux, c’était même faux. Ailleurs, quelques décalages rythmiques entre le chœur et l’orchestre ont été entendus. Par contre, le chœur lui-même offre de belles performances. Niveau texture sonore, un peu de minceur est à noter si l’on compare à ce qui se fait de mieux. Il faut dire que cette musique n’est pas le pain et le beurre habituel de l’ensemble. 

Malgré ces remarques techniques, l’ensemble est agréable et ne pourra que se raffiner aux cours des prochaines représentations. 

Ne fut-ce que pour les inspirants numéros collectifs, mais aussi pour la relation fine, presque ineffable, des peintures de Riopelle avec l’état d’esprit de cette Création Haydn/Scholz, je vous souhaite de pouvoir plonger dans l’expérience. La Création se poursuit jusqu’au 1er mars. 

DÉTAILS ET BILLETS

musique contemporaine

Le Duo Étrange dissipe tous les doutes (s’il y en avait)

par Frédéric Cardin

Mardi soir, le 24 février 2026, était donné le concert de lancement de l’album I Wish I Were Dead du Duo Étrange à la salle Bourgie à Montréal. Je ne reviendrai pas sur les pièces individuelles, dont j’ai passablement parlé dans ma recension de l’album, ainsi que sur les circonstances de l’élaboration de ce disque, qui sont abondamment évoquées dans l’entrevue que j’ai réalisée avec les deux artistes, la soprano Vanessa Croome et la violoncelliste Sahara von Hattenberger. 

LISEZ LA CRITIQUE DE L’ALBUM I WISH I WERE DEAD

REGARDEZ L’ENTREVUE AVEC LE DUO ÉTRANGE

Performance saisissante de Vanessa Croome

Je focaliserai mon attention sur la performance des deux jeunes artistes. Tout le public présent a remarqué, je ne pense pas m’égarer en affirmant cela, la très grande qualité de la voix de Vanessa Croome. Un soprano fluide, aérien mais avec du tonus, agile et agréablement brillant dans des aigus élevés, capable de descentes convaincantes dans des zones de mezzo. 

Mais ce qui a probablement marqué le plus fortement les mélomanes présents, c’est l’excellent jeu expressif de la jeune artiste. Une remarquable facilité dans l’évocation des états d’âmes, et une indéniable authenticité des affects concomitants aux textes et aux lignes musicales, d’ailleurs très bien maîtrisées. 

Je me la suis tout de suite imaginée sur scène, à l’opéra. Ce qu’elle a fait un peu à date, mais souvent. Avis aux directeurs artistiques du pays (et principalement du Québec). On souhaite la conserver chez nous le plus longtemps possible!!

Sahara la violoncelliste à retenir

Côté violoncelle, Sahara von Hattenberger démontre beaucoup de caractère, une technique impeccable et une imprégnation émotionnelle forte, sans enflure affectée. Une superbe interprète, que l’on souhaite, elle aussi, garder à Montréal longtemps. Sachez qu’elle vit désormais partiellement à New York en raison de sa participation dans le Chamber Orchestra of New York. Je lance l’appel à toustes les directeurs artistiques et généraux d’ensembles instrumentaux à Montréal et au-delà : recrutez cette dynamique voix du violoncelle avant qu’il ne soit trop tard!

Question programmation, on a entendu la même liste que sur l’album, avec les très belles pièces Dans un sentier tout parfumé et Danger, peur, honte de Fong Jeffrey. Inspirées de textes de la France médiévale, elles ont pris des atours encore plus séduisants en vrai, portées par la présence de Vanessa Croome. 

Je me suis encore délecté du partiellement exotique Tree of Life de Maya Fridman, et de ses circonvolutions dédalesques, mais envoûtantes. Et puis, je me suis régalé, comme lors de l’écoute de l’album, des Quatrains of Wisdom de Airat Ichmouratov. Le compositeur était sur scène pour accompagner les artistes avec sa clarinette et, surtout, son fabuleux duduk. 

Autre bon coup signé Nicole Lizée

Nicole Lizée a de nouveau frappé dans le mille avec son Urbexcelsis (une co-commande avec la salle Bourgie), dans lequel une trame électronique partiellement exécutée live accompagne les deux artistes, qui ajoutent à leur tâche ‘’normale’’ la manipulation de percussions rudimentaires, telles qu’un morceau de tuyau, une chaîne dans un seau métallique, et une perceuse! Je recommanderai de revoir la partition de la perceuse car on ne l’entendait pratiquement pas, souvent pas du tout. N’empêche, l’atmosphère de cité cyberpunk abandonnée et en ruines était fascinante et très réussie. 

La prémisse du concept d’album de Duo Étrange est de dire que les créations de musique contemporaine méritent d’être entendues plus d’une fois. Espérons que ce sera le cas ici. Mais une chose est certaine : nous voulons entendre ce duo très souvent à nouveau. Ce qui, en vérité, sera possible! Voyez les dates ci-dessous.

Sahara von Hattenberger

22 avril 2026

RÉCITAL AVEC DAVID BRONGO : UNE NUIT DE VIOLONCELLE ET DE PERCUSSIONS

Au Centre canadien d’Architecture à Montréal, QC. Faisant partie de la série précédemment tenue à la bien-aimée Chapelle Historique du Bon-Pasteur.

Présentant principalement des œuvres pour violoncelle et timbales de Perruchon, et plus encore.

Duo Étrange

30 avril 2026

Le Duo Étrange présente Le Grand Macabre de Ligeti, arrangé pour violoncelle et soprano percussionniste, à l’Espace bleu du Wilder à Montréal, QC.

jazz brésilien / jazz moderne

Big Band de l’UdeM | Dialogues fertiles entre voix et orchestre 

par Michel Labrecque

C’est un événement annuel, devenu un rituel de la saison musicale universitaire: le Big Band s’associe au programme de chant jazz, pour marier les voix avec les cuivres, les vents, les cordes et les peaux de batterie. Le 19 février dernier, 20 musicien-ne-s et six chanteuses nous ont donné rendez-vous dans la salle très intime- et remplie- de la Maison de la Culture Côtes des Neiges, pas très loin de leur Alma-mater, l’Université de Montréal.

C’était gratuit, inutile de dire que les spectateurs en ont eu bien plus que pour leur argent!

Le directeur musical du Big-Band, Joâo Lenhari, Brésilien d’origine et trompettiste de son état, parvient toujours à créer des programmations qui marient les standards avec les surprises. L’an dernier, nous avions eu droit à une performance a cappella des chanteuses à partir d’une pièce instrumentale de John Coltrane. Cette année, il y avait une pièce de son compatriote brésilien Felipe Salles, un compositeur intriguant, qui enseigne le jazz au Massachusetts. 

Les six chanteuses avaient choisi les morceaux qu’elles souhaitaient interpréter. Nous avons entendu, entre autres, Blue Moon de Richard Rodgers, deux pièces de l’incontournable Duke Ellington, dont Sophisticated Lady, l’immortelle What a Wonderful World, associée à Louis Armstrong, et Canto de Ossanha de Baden Powell. Il y a toujours du Brésil dans les concerts dirigés par Joâo…

Les six voix, par ordre d’apparition,Simone Dumoulin, Maude Brodeur, Margaux Deveze, Juliette Oudni, Marie-Ève Caron et Marie-Soleil Lambert, ont toutes montré du talent. Elles ne sont pas toutes rendues au même niveau, certaines commencent leur baccalauréat, d’autres sont déjà professionnelles, bien que toujours aux études. Mais j’ai entendu des chanteuses prometteuses. 

Il me faut quand même, ici, mettre un petit accent sur Marie-Soleil Lambert. Cette jeune femme est également compositrice, elle a fait paraître récemment l’album Anastasia, recensé dans nos pages par le collègue Frédéric Cardin. Elle était en pleine maîtrise en compagnie du Big Band, pour la fin du concert. Marie-Soleil est définitivement à suivre, incluant son groupe Sun Fantasia. 

Et ce Big Band? Pour un groupe constitué largement d’étudiants, qui change annuellement au gré des diplômes, il assure. Un petit mot sur la section rythmique et son batteur, Jeremy Cano, qui est de plus en plus cohésive. On dirait « tight », dans la langue d’Ellington.

À noter: le 26 mars, le Big Band recevra le prestigieux pianiste canada-cubain Hilario Duran. On ne devrait pas s’ennuyer!

Afrique / kora

MHN | Senny et Zal, une complicité que seul l’art peut créer

par Sandra Gasana

Ils ne s’étaient jamais rencontrés avant ce premier séjour à Montréal pour Senny Camara. En effet, cette dernière et Zal Sissokho avaient pourtant l’air de se connaitre depuis des années, lors de ce dialogue musical en langue kora de vendredi soir. Cette complicité, à la fois teintée de respect, puisque Senny utilisait le terme « Maitre » lorsqu’elle s’adressait à Zal, démontrait l’admiration mutuelle entre ces deux artistes. Ils se lançaient des sourires par moments, se glissaient des mots en wolof entre deux chansons, comme un père qui conseille sa fille.

Malgré la tempête de neige à l’extérieur, le temps était suspendu à l’intérieur du Club Balattou, une sensation de flottement. Ce contraste nous poussait encore plus à savourer le moment présent puisqu’on savait ce qui nous attendait dehors.

Commençons par leur tenue : Zal, tout en blanc, et son chapeau signature noir, Senny, tout en blanc également avec une tenue venue de la région natale de sa maman, avec quelques teintes de vert. Même sa chaise était assortie à sa tenue. De toute beauté !

Les deux musiciens interagissaient avec leur public, jouant parfois le rôle de journaliste lorsqu’ils se posaient des questions mutuellement. Senny en a profité pour partager sa connexion avec la calebasse avant même qu’elle se mette à la kora. C’était donc prédestiné !

« La première partie sera plus traditionnelle, nous irons dans l’Empire mandingue », nous avise Zal, alors que plusieurs de ses étudiants étaient dans la salle.

Et c’est ensuite, que l’on découvre la voix perçante et puissante de Senny dans le morceau qui suivra, avec son sourire qui illuminait la salle. Elle chante principalement en wolof ainsi que quelques passages en anglais parfois, et met l’Humain au centre des thèmes qu’elle aborde dans ses chansons. Parfois, Zal l’accompagne au chant, parfois il se contente de jouer sa kora, pinçant les cordes d’une manière unique comme lui seul sait le faire.

Entre les chansons, ils accordent leur instrument. « Ma kora a froid », dit Senny, à la blague. En effet, c’est le premier séjour à Montréal de cette virtuose de la kora, et elle en profitera pour faire plusieurs autres dates dans le pays en compagnie de Zal.

Ils alternent, parfois Zal joue un morceau de son répertoire et ensuite c’est au tour de Senny de piocher dans le sien, notamment en jouant plusieurs morceaux de son plus récent album Yéné, paru en 2024.

« Tout ce qui se passe en ce moment dans le monde, on a eu du warning avant mais on n’y a pas accordé d’attention », dit-elle en introduisant Missal, qui figure dans Yéné.

Zal, à son tour, nous a partagé une chanson dans laquelle il rend hommage à son papa qui nous a quittés, nous racontant des anecdotes de ses nombreux séjours au Sénégal et du temps précieux qu’il a passé avec lui.

Ensemble, ils ont réussi à faire chanter la salle sur le morceau Yéné, avant de terminer avec Niit, qui signifie Humain en wolof.

Et la cerise sur le Sundae était la participation du musicien Lasso Sanou qui est venue clôturer la soirée avec sa flûte, au milieu des deux koras.

C’est ainsi que nous sommes rentrés chez nous sous la tempête, mais le cœur rempli de chaleur.

Broadway / chant lyrique / comédie musicale / jazz

Opéra M3F | Sharon, une création sur pattes

par Alain Brunet

En causant avec Sharon Azrieli en amont de son spectacle présenté mardi dernier par l’organisme OpéraM3F, j’apprenais que la soprano montréalaise avait aussi vécu à New York. Que sa formation classique est assortie d’une connaissance profonde du Great American Songbook et des musicals américains. Que son esprit est vif, incisif, mais aussi affable, chaleureux, convivial.

J’ai eu tôt fait de déduire que cette dame s’avère une créature plus spéciale que je ne l’aurais cru d’emblée, personnage haut en couleurs, parfaitement représentatif de cette culture juive de la côte est nord-américaine dans sa déclinaison montréalaise. En la voyant évoluer sur scène en cette fin d’après-midi au 9e du Centre Eaton, ces impressions se sont décuplées, des sourires se sont accrochés à mes lèvres.

Ainsi, le répertoire choisi était majoritairement juif américain et il s’amorçait par Tonight du maestro et compositeur Leonard Bernstein, l’incarnation même du classicisme moderne made in USA et de ses incursions dans la culture populaire des années 50 et 60. 

Sharon Azrieli s’inscrit dans cette esthétique qui lui va comme un gant : la dame assume pleinement son chant classique, en témoigne une version sentie de O Mio Babbino Caro, elle assume aussi sa culture des musicals et films américains, de West Side Story à Yentl en passant par The Nine-Fifteen Revue, sans compter le jazz vocal dont elle connaît aussi les inflexions qu’elle adapte à sa technique opératique.  

Visiblement, Sharon  a été biberonnée aux répertoires de Leonard Bernstein, Stephen Sondheim, Michel Legrand (partiellement d’origine arménienne mais proche de la culture juive comme on le sait) et autres Harold Arlen,  mais aussi aux grands artistes  américains de la génération l’ayant précédée, à commencer par Judy Garland dont elle reprend Get Happy dans une sympathique version chorégraphiée avec danseurs/chanteurs s’il-vous-plaît.

En interview, Sharon confiait n’avoir jamais présenté un tel alliage de pop et de classique, elle ne pouvait présumer parfaitement du résultat. À mon sens, le risque en valait la chandelle car son personnage réel sied parfaitement à cette culture composite from New York, assortie d’une culture canado-montréalaise dont elle est visiblement fière.

De fait, l’artiste fait l’effort de chanter en français avec, notamment, une jolie version jazzy piano-voix de C’est si bon. On remarquera aussi l’insertion de citations québécoises francophones dans un mashup hommage au Canada  – à ce titre, cependant , il faut souligner que l’extrait de l’hymne Il me reste un pays de Gilles Vigneault est ici maladroitement choisi, cette citation étant purement séparatiste (!), très clairement aux antipodes du fédéralisme canadien que défend la principale intéressée. On pardonnera cette méconnaissance à Mme Azrieli, car sa prestation s’avère divertissante dans l’ensemble, au-delà des attentes.

Dans un décor de théâtre musical, elle chante, blague, danse tout en résumant sa propre existence de chanteuse, de mère, grand-mère et même de chantre juive, ce qui est (de moins en moins) atypique pour une femme dont on apprécie l’humour  autodérisoire (notamment sur la stridence de sa propre voix lorsqu’elle veut se faire entendre), absurde, goguenard… typiquement juif pour quiconque a déjà carburé à Seinfeld et autres Joan Rivers.

À l’évidence, Sharon Azrieli a soigneusement conçu ce spectacle d’une heure et quart avec l’excellent pianiste de jazz John Roney, le tout assorti des danseurs et chanteurs, Ronnie S Bowman, Daniel Z Miller, Bruce Landry, Matthew Mucha, visiblement éduqués à la comédie musicale. À l’évidence, Sharon Azrieli a travaillé sérieusement sur son show sans trop se prendre au sérieux.

Voir se démener sur scène une grand-mère aussi  joyeuse, enjouée, carrément délurée jusqu’à frôler la caricature par moments, forte d’une dégaine aussi sympa et d’une exécution professionnelle à n’en point douter, voilà qui ne peut que nous détendre, nous divertir et aussi nous instruire sur une culture hybride très importante qui est la sienne.

Force est aussi d’observer que Sharon Azrieli est dotée d’un ego solidement posé sur le socle de son existence. Sûre de ses effets, elle manifeste encore un grand appétit d’amour du public venu remplir cette salle mythique du centre-ville. 

En terminant ce compte-rendu, je dois admettre ne pas bien connaître la carrière classique de Sharon Azrieli, connue également comme l’une des plus importantes mécènes de l’écosystème musical montréalais, québécois ou canadien. Je connais peu ou pas son passé professionnel , mais je connais désormais son présent et peut-être même son avenir si la vie lui est clémente.

Bien que rigoureusement intégrés, tous les référents de son spectacle sont certes connus et prévisibles… sauf l’être humain à qui l’on doit cet effort scénique plus qu’honnête. Sharon est une création sur pattes, une œuvre en elle-même, et c’est ce qui rend son spectacle unique.

OSM & François Pérusse | Toutes ces minutes (symphoniques) du peuple

par Jonathan Martin-Belec

Avec une certaine appréhension couplée à une réelle excitation, les fans finis des Albums du peuple venaient découvrir hier soir le mariage atypique entre François Pérusse et l’Orchestre symphonique de Montréal. Si ces albums ont joué en boucle dans les chaumières, c’était bien la première fois que ce maître des jeux de mots se présentait dans un tel concert. 

Bien que le public fût conquis d’avance,  certaines trames pré-enregistrées du « gars qui magasine » ont pu allume  l’audience avide de matériel inédit. Une des grandes interrogations à l’approche du spectacle était la façon dont l’artiste jouerait avec sa voix, loin du confort de son studio. Un pot-pourri présenté en début de programme nous en a fourni la réponse: deux choristes accompagnaient Pérusse et pas n’importe lesquelles, soit Marie-Pierre Arthur et Mara Tremblay. Le trio vocal aura fourni  plus qu’adéquatement les effets sonores nécessaires à l’exécution des chansons. 

L’interaction des vedettes avec l’OSM a déclenché quelques rires,  la majorité des chansons ayant eu droit à un sketch d’introduction hormis les pots-pourris. En outre,  François Pérusse organisa des « concours », question de piquer des jasettes avec des membres de l’orchestre : une harpiste peut-elle jouer du blues? Les conquêtes nocturnes d’un bassoniste ont autant de succès que celles d’un guitariste? Une octobasse « ça vient-tu » avec un étui?   

François profita de la carte blanche qui lui était offerte pour se gâter quelque peu avec des invités de marque, notamment ses deux fils qui l’ont joint à la batterie et à la basse pour quelques chansons. Un moment familial unique que de jammer avec l’orchestre.

N’étant pas un habitué de la Maison symphonique,  je retiens en outre l’interprétation à l’orgue de C’est encore Dieu qui m’a permis de savourer  l’acoustique de cette salle.

Pour ma part, le clou du spectacle a été un invité surprise qui n’était pas sur ma carte de bingo : Breen Leboeuf. Après un échange de politesses sur le respect et l’admiration de la carrière de chacun, Breen a notamment cité La Staga comme étant sa chanson préférée, la reprise symphonique  fut surréaliste !  Breen était en voix et a (évidemment)  interprété Mes Blues passent pu dans’porte de concert avec le public, ce qui lui valut une ovation amplement méritée. 

Il était d’ailleurs étonnant de voir Pérusse ainsi agir avec une telle aisance sur scène, lui qui en était à son premier vrai concert pour exécuter son œuvre. Cette soirée, c’était comme un jukebox rempli de ritournelles qu’on n’aurait jamais soupçonné être orchestré à un si haut niveau, notamment pour La Petite Scandinave, Assis sur mon tracteur, Brouillard sur le cimetière.  Chapeau au maestro Simon Rivard et  à Hugo  Bégin d’avoir su élever la musicalité pérussienne tout en en conservant l’essence.  

Cette expérience unique est un énième succès au palmarès de Pérusse, car public jeunes et moins jeunes ont totalement été conquis, seul bémol pour François, qui avoua en fin de concert qu’il manquait un petit quelque chose…  un bicyk jaune, rien qu’un petit.

Crédit photo: Antoine Saito

A Cappella / chant choral / classique moderne / musique sacrée

Au cœur de l’Estonie chorale

par Alain Brunet

Ce dimanche 15 février à la Maison symphonique, le Chœur de chambre philharmonique d’Estonie était très attendu, puisque cet ensemble de renommée mondiale n’avait jamais présenté un récital de cette envergure à Montréal. Les mélomanes furent servis !

 Sous la direction de Tõnu Kaljuste, le Choeur est venu présenter ce qu’il fait de mieux : interpréter la musique estonienne d’aujourd’hui avec au programme  les compositeurs Arvo Pärt, Veljo Tormis et Evelin Seppar, le tout complété par des œuvres chorales de Luciano Berio et Philip Glass.

La première partie était consacrée au plus célèbre compositeur vivant de musique sacrée sur cette petite planète, Arvo Pärt, que l’on a découvert dans les années 80, notamment grâce au flair du fameux producteur et propriétaire du label allemand ECM, Manfred Eicher. 

Nous avons eu droit au Magnificat de Pärt (1989),  dont les caractéristiques modernes ne sont pas apparentes mais qui s’impose par sa sobriété. Dès lors, on observe ces 24 voix de femmes et d’hommes également réparties, lignes pures, sans vibrato ou si peu, au service d’œuvres à la fois ancrées dans un lointain passé chrétien et aussi dans un monde actuel ayant mené Arvo Pärt à une profonde introspection mystique le  menant à la croyance fervente. Et puisque la foi transporte les montagnes, elle peut en faire de même avec les partitions, quoi qu’on pense de cette foi.

Les voix de femmes s’élèvent, les voix d’hommes répliquent avec des mesures dans les graves fréquences, les sexes fusionnent ensuite dans une ambiance céleste.

Which was the Son of… , la suivante, fut composée en 2005, une commande de la ville de Reykjavik pour le programme Voices of Europe. Cette œuvre me semble la plus prévisible au programme,  ode au Christ interprétée en anglais, avec des caractéristiques musicales très anciennes, fondées sur le mode appel et réponses entre sections féminine et masculine.

Créée en 2007, The Deer’s Cry s’inspire d’un texte de Saint-Patrick écrit au 5e siècle. La pièce de 5 minutes repose sur le leitmotiv Christ with me autour duquel le compositeur a imaginé un discours choral mixte survolé par des voix féminines. La sobriété des voix est frappante, ne reste qu’à se laisser por ter par cette beauté musicale sans singularité apparente, qui culmine dans un superbe dialogue masculin-féminin.

Dopo la Vittoria fut créée en 2006, cette œuvre de 12 minutes est clairement plus substantielle que les précédentes. Et ce n’est pas par hasard que le chœur ait choisi de la positionner avant les extraits du Kanon pokajanen : Kondakion, Ikos, Prayor After the Kanon, une œuvre magistrale de Pärt sortie en 1997.  La profondeur conceptuelle de ces deux dernières œuvres est plus considérable, les univers investis sont plus diversifiés et on y sent davantage la touche de modernité, soit ces lignes dissonantes dérogeant des règles de l’harmonie classique, sans pour autant dénaturer le caractère ancien de la facture Arvo Pärt. Comme l’a résumé ma voisine de siège, ce fut « la simplicité parfaite avec un petit scrounch de modernité ».

La seconde partie sera plus contemporaine. D’inspiration mystique itou, The Bishop and the Pagan (1992) du compositeur estonien Velijo Tormis (1930-2017) porte beaucoup plus de caractéristiques contemporaines superbement intégrées à cette polyphonie vocale d’inspiration ancienne. Les parties des basses, par exemple, relèvent de procédés modernes du 20e siècle.

À mon sens, l’œuvre surprise de ce programme était signée Luciano Berio (1925-2003), pleine de surprises. À la manière d’une manif, elle s’amorce par le chant d’une soprano au mégaphone, ouvre des parenthèses texturale, atonales ou bruitistes,  tout en suivant une approche consonante où brillent tour à tour des solistes de toutes tessitures : soprano, alto, ténor, basse.  Puissant!  Voilà qui nous en dit encore plus sur la vastitude de l’univers de de ce grand compositeur italien.

On enchaînera avec une œuvre de l’Estonienne Evelyn Seppar, qui aura 40 ans cette année. Iris (2024) est un splendide continuum polyphonique, le discours orchestral se développe sans hachure, sans cassure, ondule élégamment pour atteindre son but, élever, nourrir. 

On conclura par Father Death Blues (1985) extrait de l’opéra de chambre Hydrogen Jukebox de Philip Glass. Construite sur la répétition de motifs et propos apparentés à  une prière ou un mantra, cette pièce n’est certes pas marquante dans l’œuvre de Glass, mais elle s’inscrit bien dans ce programme, non sans rappeler les louanges de The Deer’s Cry et Which was the Son of… en première partie.

Cohérence, cohésion, ravissement, en somme,  avec en prime deux généreux rappels: The Rose of Love, chanson folklorique du Danemark, ainsi que  Innarta Anaanaga de Frederik Elsner.

alt-rock

Taverne Tour | Sous le signe de la Saint-Valentin

par Simon Gervais

Le 14 février dernier, la Casa del Popolo accueillait pour la dernière soirée du Taverne Tour une foule dense et chaleureuse sous le signe de la Saint-Valentin. La salle, pleine à craquer d’un très beau public, retenait la chaleur si bien que l’air conditionné peinait à suivre; entre les prestations, on ouvrait grand la porte sur l’extérieur pour laisser tomber la température et reprendre souffle avant la prochaine montée sonore. 

La soirée débute dans l’allégresse avec Pastel Blank, un groupe basé à Victoria chapeauté par Angus Watt, alliant un groove funk et néo-disco aux particularités du art rock. Ce qui saute d’abord aux yeux sont le bassiste et le guitariste, tous deux vêtus d’amples vestons sable rappelant les boy bands des 60s. Ces deux grands lascars témoignent d’un plaisir contagieux alors qu’ils entonnent les back vocals des pièces entraînantes. La claviériste rappelle les années flower power avec ses grandes sarouel. Watt, quant à lui, évoque davantage les années 90, avec ses lunettes de soleil et son T-shirt serré où on peut lire ‘Love always wins’.

Le son du groupe évoque autant les Jackson Five que les Talking Heads et B52s. Vocalement, certains moments me rappellent le rock and roll des années 50 avec l’usage du fameux ‘hiccuping’, technique vocale caractéristique des Elvis ou Gene Vincent de ce monde. On a donc droit a plusieurs décennies distillées en un projet qui forme un tout véritablement attrayant. Le groupe déploie des grooves nerveux, entre new wave anguleuse et funk décalé. La basse propulse, les guitares s’imbriquent avec précision, les claviers très synthétiques ponctuent le tout. Les solos sont courts mais efficaces, ça crache juste assez avant un break qui nous prend de cours, à notre plus grand plaisir. Le groupe semble avoir un grand plaisir à jouer ensemble, qui devient sans effort contagieux.

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Avec Hélène Barbier, le ton se fait plus relâché, presque artisanal. Une présence scénique décontractée, un look casual, une basse rouge, de la flûte traversière, des rythmes légèrement de travers aux accents jazz et hypnotiques. C’est dissonant par petites touches, mais sincère, avec un fond americana attachant. Ce fut un moment agréable, sans prétention.

Sous les sons harmonieux et incongrus de N NAO, la salle se transforme en véritable théâtre onirique. Un effort scénographique est évident ; spots additionnels, machine à fumée, ventilateur, le tout afin de créer une expérience la plus immersive possible.Harpe, clochettes, mélodica, sonorités électroniques et éclairages vaporeux composent un univers féerique où la nature et le synthétique cohabitent dans une harmonie organiquement chaotique, une expérience à la fois déroutante et profondément immersive. Entre douceur pastorale et élans rythmiques soudains, la musique agit comme un sortilège. Les moments de grâce se succèdent alors que Naomie s’avance bravement dans la foule, illuminée de façon singulière. Une surprise aussi lorsque Helena Deland monte sur scène pour participer à une pièce en version acoustique. L’intention de N NAO est claire, explorer les diverses facettes de ce Nouveau Langage (titre de son récent album) qu’est la musique. La finale, inspirée de Hubert Aquin, ramène tout à une délicatesse suspendue. 

Une soirée remplie de chaleur humaine et d’amour ; parfait pour la Saint-Valentin.

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rock

Taverne Tour | Une clôture explosive au son du Lac avec Les Dales Hawerchuck

par Marilyn Bouchard

C’est gonflés à bloc que les frères Sébastien et Sylvain Séguin, accompagnés de leurs acolytes Charles Perron à la basse et Pierre Fortin à la batterie, sont montés sur la scène de la Taverne Saint-Sacrement pour clore le Taverne Tour. La formation de rock alternatif robervaloise, sans pareille, est revenue devant ses fans de la métropole pour offrir une bonne dose de « son du Lac » qui a électrisé la salle.

Ils ont présenté un collage musical composé de chansons de leur nouvel album Attaque à cinq, dont l’excellente Megastar, ainsi que de quelques incontournables des albums précédents, le tout avec fougue et bonne humeur. Le public était passionné, dansant et scandant les paroles avec eux, particulièrement pendant CommandoJ’monte au Lac et Carnior, puis est devenu survolté pour la dernière, la fameuse Dale Hawerchuk, qui a consacré leur apparition dans le paysage musical québécois. Les gars ont eu la générosité d’offrir deux rappels, étirant le plaisir de tout le monde.

Une soirée comme on les aime, remplie d’excellente musique et de sourires. Les gars ont livré une performance d’une rare énergie, un show digne des meilleures scènes rock. Rien de moins que nos Offspring québécois pour une finale explosive de ce Taverne Tour.

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