Nuits d’Afrique 2026 | Systema Solar met le feu à la Place des Arts
par Sandra Gasana
J’avais entendu parler du groupe Systema Solar mais j’étais loin de réaliser à quel point ils étaient des vedettes aux yeux de la communauté colombienne mais également en Amérique latine en général. Composé de 4 membres, ce collectif mêle hip hop et électro de manière très naturelle et ont transformé la place des arts en une gigantesque discothèque à ciel ouvert.
Avec une batterie au centre de la scène et une station pas loin pour le DJ du groupe, les deux autres artistes animaient la foule en occupant tout le reste de l’espace. D’ailleurs le DJ se joint aux deux autres par moments pour rapper, danser ou les deux.
J’ai reconnu le drapeau colombien et un groupe de danseurs et danseuses apparaissaient sur scène à plusieurs reprises, je ne suis pas sûre qu’ils fassent partie de la formation ou s’ils sont Montréalais. Une chose est sûre : entre leurs danses en tenues traditionnelles colombiennes ou encore celles plus contemporaines avec des chorégraphies bien maitrisées, ils sont à l’image du groupe.
Partant d’instrumentaux électros aux rythmes dansants, sur lesquels ils rajoutent le rap ou le chant, ainsi que la batterie, le résultat est tout simplement magique.
« On a besoin que la terre respire », mentionne l’un d’eux, faisant allusion à quelques reprises à l’importance de la terre, à ce que l’on mange et aux fermiers, mais en le faisant à travers la musique, l’humour, la danse. Bref, on a vraiment l’impression qu’ils s’éclatent sur scène, tout en étant complémentaires.
Ils font participer la salle, ils dénoncent la corruption, rendent hommage aux personnes afro-caribéennes de la Colombie, tout en nous faisant voyager dans le temps. Par moment, on aurait dit qu’on était dans les années 90, lorsque le hip hop, le break-danse et le beat-box étaient à la mode. Même dans les habillements des danseurs, on était dans une autre époque, optant pour des couleurs vives et lumineuses.
Le DJ occupait le rôle de MC à plusieurs reprises, allant et venant entre son ordinateur et la scène. Un morceau de leur nouvel album a particulièrement plu à la foule, il s’agit de « Futuro Primitivo » sur laquelle on pouvait se défouler mais les morceaux tels que « Rumbera » ou encore « Quien es el Patron ? » ont aussi reçu un bel accueil.
J’ai même reconnu un peu de raggamuffin sur une chanson, un indicateur de leur ouverture d’esprit en termes de musique, osant faire des mélanges inattendus. La soirée s’est terminée aux alentours de 23h30, dans la joie et la bonne humeur, sous une température idéale. Un autre pari réussi pour ce festival!
Nuits d’Afrique 2026 | Sahra Halgan fait résonner la voix du Somaliland
par Sandra Gasana
Je suis arrivée sur la scène Loto Québec un peu avant le show et j’ai pu assister au test de son du groupe originaire de Somaliland qui allait suivre. Et déjà, je reconnaissais plusieurs Somaliens dans la foule, tous venus voir ou découvrir leur sœur artiste et activiste Sahra Halgan.
Cette dernière était vêtue d’une tenue traditionnelle somalienne, une longue robe que l’on retient autour de la taille puisqu’elles sont habituellement très longues, par-dessus quoi elle avait rajouté une écharpe jaune. Avec son micro, le drapeau de Somaliland qu’elle n’a pas lâché de tout le concert.
Dès le début du concert, on reconnaissait dans ses mélodies millénaires une modulation typique de cette région. Cela me faisait beaucoup penser aux chants venant d’Ethiopie, d’ailleurs Sahra puise dans l’ethio-jazz, en y insufflant du blues touareg, des percussions et des riffs.
Les musiciens, qui semblent être français, faisaient les chœurs sur la plupart des chansons et maitrisaient la langue maternelle de la chanteuse, qui s’adressait à la foule dans cette même langue.
Le spectacle a commencé avec des chansons plus douces et plus ça allait, plus le rythme s’accélérait. Les interactions avec le public étaient plus rares mais lorsqu’elle a pris la parole, c’était surtout pour parler de la situation politique de son pays. En effet, et grâce à mes échanges avec certains festivaliers, le Somaliland veut son indépendance du reste de la Somalie. Avec un français impeccable, Sahra a expliqué pourquoi c’était important de reprendre son pays et que la musique a joué un grand rôle dans sa vie puisque « c’est la seule chose qui nous réunit ».
Sahra a rajouté une petite maraca sur quelques morceaux, alors que la batterie, la guitare électrique et une sorte de claviers venaient agrémenter le tout.
On pouvait reconnaitre d’autres drapeaux de Somaliland dans la foule, et sur certains morceaux, les musiciens mettaient leurs instruments de côté pour applaudir et encourager la foule à le faire. On pouvait lire la fierté dans le visage des compatriotes présents dans la foule, certains semblaient connaitre les paroles de certaines chansons, alors que d’autres découvraient Sahra.
Lors de mon entrevue avec Suzanne Rousseau, co-fondatrice du Festival international des Nuits d’Afrique, je lui avais fait la remarque qu’il n’y avait pas beaucoup d’artistes d’Afrique de l’Est dans la programmation. C’était avant de voir le nom de Sahra Halgan, mais il en faudrait d’autres comme elle, venant de la région des Grands Lacs et de la Corne de l’Afrique. Je vais en faire ma mission.
Lanaudière 2026 | Les sublimes symboles musicaux des Arts Florissants
par Alexandre Villemaire
Grand habitué de la scène champêtre de l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay et du Festival international de Lanaudière, William Christie et les Arts Florissants ont, lors de leurs trois derniers passages, offert une expérience enlevante avec des soirées d’enchantement comme eux seuls savent le faire.
Pour ce nouveau programme, William Christie a fait le choix des symboles pour marquer son passage. Dans une grande intelligence stylistique et programmatique, le maestro des Arts Florissants a mis en relation dans ce programme double deux œuvres lyriques de Marc-Antoine Charpentier dont les sens se répondent. Il y a de ces moments musicaux où, pour un auditeur, le temps lors d’un concert semble s’arrêter tant les éléments qui se présentent sous nos yeux forment un tout cohérent. D’abord, le soutien musical assuré par l’ensemble était à la fois léger dans les moments détendus et vifs dans les passages animés. Puis, la scénographie et la mise en scène élaborées par Stéphane Facco et Marie Lambert-Le Bihan, qui ne se limitaient pas à une mise en espace, ont offert un ravissement pour les yeux avec des éléments de décors ingénieux pour représenter divers lieux, le tout nourri par des chorégraphies de Martin Chaix dont la rhétorique accompagnait l’action de manière fluide. Les formes d’arts réunies dans ce concert étaient portées par une distribution vocale composée des lauréats de la douzième édition du Jardin des Voix, l’académie fondée par William Christie pour former des chanteurs et chanteuses à la musique baroque.
La première partie s’ouvrait avec l’idylle Les Arts florissants, œuvre qui a donné son nom à l’ensemble fondé par Christie en 1979. Dans cette allégorie musicale, les quatre formes d’arts (la Musique, la Peinture, la Poésie et l’Architecture) placées sous la protection de la Paix, font face aux assauts de la Discorde, icône guerrière qui glorifie la violence. C’est notamment le Québécois Olivier Bergeron qui se démarque dans ce rôle de la Discorde en y donnant une incarnation tout à fait machiavélique, sans être puéril. Invoqué par les Arts auprès des dieux, La Paix finit par imposer le silence aux armes et à faire reculer la Discorde, dans un enchaînement de scènes éthérées.
En deuxième partie, l’opéra de chambre La Descente d’Orphée aux enfers a donné au public un important contraste stylistique et thématique. Le mythe est connu. Pour secourir sa belle Eurydice, morte après avoir été mordue par un serpent, le berger Orphée entreprend de traverser les Enfers pour demander à Pluton de la lui rendre. Transi par le chant du berger et convaincu par sa femme Proserpine, le dieu cède : Eurydice pourra suivre Orphée vers la lumière à la condition que ce dernier ne se retourne pas avant d’avoir quitté les enfers.
Si nous devions nous représenter l’effet que le pouvoir de la musique peut avoir sur l’esprit humain dans cette production, le ténor Bastien Rimondi en serait l’icône. Il a incarné un Orphée absolument sublime à l’intonation claire et au timbre cuivré. C’est surtout dans la majorité du deuxième acte que l’action est la plus captivante, avec tout le périple d’Orphée. La première scène qui s’ouvre avec le trio des grandes figures du châtiment éternel – Tantale, Ixion et Titye, interprétés brillamment par Olivier Bergeron, Attila Varga-Tóth et Richard Pittsinger. Il se crée un effet dichotomique fascinant à voir et entendre sur scène, la souffrance de ces personnages qui s’expriment avec une musique qui est en opposition totale avec le propos. Cet effet nous happe et nous captive émotionnellement. Les moments où Orphée apaise les Furies et où Pluton se laisse charmer et convaincre par sa voix, et celle de Proserpine, sont menés avec une interprétation touchante.
Dans cette sublime production, à laquelle on ne pourrait seulement que reprocher une articulation et une prononciation inégales par moment, rien dans ce qui est présenté sur scène n’est laissé au hasard et l’investissement complet des interprètes, que ce soit les instrumentistes par leur jeu ou les chanteurs par la présence, l’interprétation scénique et la rhétorique exprimée par les mouvements de danse : tous les goûts étaient réunis dans une forme d’art total qui nous a transportés.
Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en allant découvrir le groupe franco-sénégalais Guiss Guiss Bou Bess. Composé de trois membres, ce groupe mélange les percussions du Sénégal, notamment le sabar, avec des rythmes électroniques éclectiques.
Mara Seck est chanteur et percussionniste, Assane Samba maitrise le sabar, un tambour traditionnel sénégalais, et ils sont accompagnés par Stéphane Costantini, un beatmaker français. Ensemble, ils créent ce que l’on appelle l’électro-sabar.
Amenés à voyager autour du monde grâce à leur musique, ils ont partagé un morceau né à la suite d’un voyage au Brésil. Mara est également un excellent danseur, il intègre des pas de salsa par moments, quand il n’est pas en train de danser le mbalax.
On a assisté à des moments percussifs durant lesquels les trois membres se mettaient au sabar de manière tout à fait synchronisée, notamment sur la chanson « Tik Tik », qui est aussi le nom de leur plus récent album.
Avec des tenues vestimentaires mêlant vintage et motifs d’inspiration africaine, cela vient rajouter à leur aspect intemporel.
« Nous allons faire un voyage dans le nord du Sénégal », nous annonce Mara avant de poursuivre avec un morceau mettant à l’honneur les femmes.
Assane jouait principalement sur 4 sabars, alors que Mara alternait entre le chant, la danse et les percussions sur 2 autres sabars. Pendant ce temps, Stéphane passait du beatmaking au sabar, venant ainsi rajouter sa couleur à l’ensemble percussif. Le reste du temps, il partait d’instrumentaux qui sortaient de son ordinateur, auxquels il rajoutait des beats à l’aide de son pad beat, intégrant parfois des effets sur la voix de Mara.
Plus la soirée avançait, plus les spectateurs embarquaient dans la danse et c’est surtout durant la deuxième partie du spectacle que le party a pogné. Toute la salle s’est mise à danser et l’a fait jusqu’à la fin du spectacle. Par moment, les bruits d’ambiance contribuaient à l’aspect festif mais rajoutaient aussi un côté mystique au groupe, surtout lorsque la voix de Mara s’apparentait aux chants sanskrits du yoga.
Le public a également servi de chorale puisqu’ils ont embarqué en force sur le morceau « Insh’Allah ». Des amis des musiciens étaient dans la salle et ces derniers ont pu contribuer au succès de la soirée à travers leur danse ou encore leur talent au tama, aussi appelé talking drum, joué par Pape Ndiaye. Ce dernier est resté sur scène jusqu’à la fin du spectacle, le groupe ne voulant pas qu’il quitte la scène.
« Sur le prochain morceau, on va être fous », prévient Mara, « alors soyez fous avec nous » ! En effet, on avait l’impression d’être en transe, transportés vers le Sénégal à travers ses rythmes traditionnels sublimés avec des sonorités électroniques et mystiques.
À la fin du spectacle, je ne pouvais m’empêcher de faire le parallèle avec le spectacle de Soul of Zoo quelques jours plus tôt, qui combine également électro et rythmes traditionnels afros et latins. Guiss Guiss Bou Bess devrait rencontrer Soul of Zoo. Ils auraient sûrement beaucoup de choses à partager.
Me suis présenté au Balattou lundi pour assister au dernier set, le deuxième de trois en autant de fins de soirées organisées par Wesli Louissaint, à mon sens un des musiciens les plus complets à provenir d’Haïti. Voilà une idée à reprendre : la résidence nocturne devant public!
Non seulement a-t-il appris à maîtriser les rythmes fondamentaux de sa culture, sacrés (vaudous) ou profanes, mais encore connaît-il son folklore rara et les vaksin (trompettes artisanales), connaît à fond le mouvement rasin et bien évidemment l’incontournable konpa sans compter le style troubadour. Toutes ces musiques haïtiennes se fondent aussi dans le reggae, l’afrobeat, le rock, le funk ou le jazz, chaque soirée avec Wesli nous révèle de nouvelles composantes de son art composite.
Lundi, la chanteuse haïtienne Tifane accompagnait Wesli aux devants de la scène, avec un groupe essentiellement haïtien auquel se joint la paire saxo-trompette de ses fidèles complices de souche. Les figures rythmiques imaginées par Wesli ne sont pas que conformes aux coutumes haïtiennes, elles ponctuent ses prestations et sont l’occasion d’exposer des harmonies légèrement complexifiées qui mènent ces musiques à des formes nettement au-dessus de la moyenne pop afro-caribéenne.
Ce qui est fondamental dans les accomplissements de Wesli, c’est le laboratoire ambulant, la recherche continue, le travail infatigable, la mentalité de l’artiste chercheur. Multi-instrumentiste, il excelle à la guitare, mais aussi se défend fort bien aux percussions et s’avère un chanteur redoutable.
Sur le coup de minuit, le feu était pris au Balattou, le plancher de danse était bien plein, cette prestation fut coiffée par l’invitation sur scène de du beatmaker et chanteur konpa Paska, question d’aider les plus jeunes à la propulsion nécessaire à une carrière pérenne et d’aller dormir la tête tranquille.
Le spectacle commence avec six percussionnistes frappant des tambours de tailles différentes, puis un solo de kora à couper le souffle s’élève dans l’air. Le joueur de kora lance un cri, et d’autres artistes – acrobates, trapézistes et contorsionnistes – font leur apparition sur scène.
Yamoussa Bangoura n’est pas seulement un joueur de kora majestueux et de renommée mondiale, mais aussi le directeur artistique de Kalabanté, une école de cirque et une compagnie internationale de production de spectacles. Sous le nom d’Afrique en Cirque, Bangoura et une vingtaine d’autres artistes ont emmené le public de Scène TD dans un voyage au cœur de l’Afrique de l’Ouest, agrémenté de touches de modernité, pour le 40e anniversaire du festival. Soudain, une pyramide humaine soutient un artiste qui tient en équilibre, le bras posé sur la tête d’un autre, à une dizaine de mètres du sol.
Bangoura est le véritable meneur de chaque représentation – chantant, jouant de la kora ou des percussions – tandis qu’un autre batteur et un bassiste (qui semblent infatigables) assurent le rythme. Mon seul bémol : les solos de saxophone et de guitare étaient préenregistrés, alors que le reste des instruments était joué en direct. Pourquoi ne pas avoir engagé un saxophoniste ou un guitariste costumé ?
Nous assistons tous à une pyramide humaine et à deux contorsionnistes qui se débattent contre une longue corde, se disloquant les articulations et faisant tournoyer leurs têtes et leurs torses de façon apparemment impossible, le tout sur fond de jazz afro-blues. J’ai personnellement vu le Russe Aleksei Goloborodko (considéré comme le meilleur contorsionniste du monde) au Cirque du Soleil, et ces contorsionnistes de Kalabanté sont tout à fait à son niveau.
À mi-chemin du spectacle, Bangoura et une demi-douzaine d’autres colosses hyper musclés, déguisés en ouvriers du bâtiment, entament ce que je qualifierais de passage « Magic Mike ». Ils ne se déshabillent pas à proprement parler, et n’en ont d’ailleurs pas besoin : ils réalisent des acrobaties sur des planches de bois et font des gestes suggestifs au rythme du blues africain. Le public est conquis. Ensuite, place à d’autres acrobaties, avec des artistes qui se font des saltos par-dessus d’autres.
Par moments, c’est un peu chaotique, mais ça se termine toujours par deux tours humaines, à douze mètres de hauteur, qui retombent à l’unisson sur les tapis. Je pense que si la troupe n’a pas de saxophone ni de guitare solo en live, c’est parce que la musique est en boucle, ce qui permet à Bangoura et aux autres artistes de préparer la suite du spectacle. Il y a eu quelques moments qui semblaient interminables, jusqu’à ce que les artistes trouvent le bon rythme. Mais bon, c’est le monde du spectacle, et parfois, la production ne fonctionne pas du premier coup. Quoi qu’il en soit, Kalabanté a mis le feu et a offert une performance mémorable aux Nuits d’Afrique.
Nuits d’Afrique 2026 | De duo à quatuor, The Two enrichit son blues créole
par Sandra Gasana
Ils s’appellent peut-être The Two, mais c’est à quatre qu’ils se sont illustrés lundi soir au Club Balattou dans le cadre de la 40ème édition du Festival international Nuits d’Afrique. En effet, Yannick et Thierry sont à l’origine de ce duo mais en cours de route, Loris Martenet s’est joint au duo, puis tout récemment un nouveau membre a embarqué dans l’aventure. Ce dernier est un ami de longue date de Yannick et après 20 ans sans nouvelles, ils ont repris contact via Facebook il y a quelques années, and … the rest is history.
Contrairement à leur première performance au Balattou il y a plusieurs mois, l’ajout du clavier était une excellente idée et permet d’insuffler de nouvelles couleurs à leur répertoire.
Yannick vient de l’Ile Maurice, Thierre de Suisse et ensemble, ils nous emmènent dans un univers de « blues qui vient du sud, de l’océan indien », comme l’a si bien décrit Yannick. Faisant allusion aux différents types de créoles à travers le monde, incluant le québécois selon eux, plusieurs morceaux avaient des titres à consonnance française mais dans une version dérivée. Par exemple, le titre « Tiombo » veut en fait dire « Tiens bon ».
Plusieurs dialogues entre les nombreuses guitares de Yannick et Thierry, des rythmes presque spirituels inspirés de sonorités venant de l’Ile Maurice et la région, avec des percussions qui nous emmènent dans toutes les directions. Un banjo qui vient rajouter la touche folk au blues, avec un triangle par moments pour aggrémenter le tout.
Nous célébrions également les 44 ans de Yannick lors de cette soirée et d’ailleurs, la famille du fêté était présente dans la salle. La sœur de Yannick est même montée sur scène pour chanter un refrain avec son frère, moment de douceur fort apprécié par l’audience.
La chanson « Fam Couma Ou » qui signifie « femme comme toi » a aussi plu au public qui se retenait de danser. The Two passe de la douceur à l’intensité sans transition, nous transportant à leur guise dans leur univers. Les percussions contribuent à créer du relief, l’harmonica jouée par Yannick trouve sa place dans tout cela, alors que le public se transforme en véritable chorale à plusieurs reprises durant la soirée.
Un autre instrument traditionnel, le kayamb, une sorte de planche en bois comme celle que l’on joue à l’Ile de la Réunion a aussi été incluse dans le spectacle.
Mes voisines d’origine haïtienne m’ont dit qu’elles comprenaient quasiment toutes les paroles chantées en créole mauricien. Par moments, on sentait une transe sur scène, surtout pendant les solos intenses de Thierry, avant de poursuivre avec des moments de douceur. « Mo ale » ou encore « Lao », un hommage aux disparus, étaient mes coups de cœur de la soirée.
« Tu as 44 ans aujourd’hui mais je me souviens de tes 33 ans lors de notre participation au festival de Montreux : c’est toujours autant un plaisir de travailler avec toi », se confie Thierry sous les applaudissements du public.
Il ne fait aucun doute que l’Israélien Avi Avital est l’un des grands maîtres de cet instrument, on dit qu’il est le plus en demande dans le circuit classique international. L’après-midi de dimanche lui fut consacré à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay, Avi Avital était accompagné par l’ensemble I Musici de Montréal et se posait enfin en Lanaudière – un premier engagement souhaité en 2019 avait dû être reporté… sept ans plus tard, comme l’a relaté le directeur artistique du festival, Renaud Loranger.
Une première partie consacrée à la période baroque nous rappelle que la mandoline, petite sœur du luth, est un instrument très prisé en Europe depuis la fin du 16e siècle. Une première exécution du concerto en sol mineur BWV 1056 de JS Bach nous permet rapidement de voir le potentiel de l’instrument en musique de chambre. La mandoline n’est pas reconnue pour l’exécution virtuose de longues séquences mélodiques, comme on peut l’entendre ici, d’où l’importante contribution d’Avi Avital. Pour apprécier cette prestation, il faut accepter les limites de l’instrument côté résonance, rondeur du son, volume. Encore plus que la guitare classique, par exemple, la mandoline doit être exceptionnelle pour s’imposer. Et voilà qu’un mandoliniste israélien se propose de relever le défi.
Il s’exécute ensuite sur le Concerto pour mandoline en la mineur d’Antonio Vivaldi, on y sent davantage la présence de l’ensemble derrière lui, sous la gouverne du premier violon Julie Triquet. Ce Vivaldi produit une plus grande amplitude sonore que l’exécution du Bach, l’équilibre entre le soliste et son complément orchestral semble supérieur. On sent aussi que la complicité s’installe entre toustes.
La troisième pièce au programme est plus obscure, concerto pour mandoline en mi bémol majeur de Giovanni Paisiello (1740-1816). À l’instar du Vivaldi, ce concerto a surtout le mérite d’avoir été écrite pour la mandoline et donc il sait en exploiter les forces, notamment l’usage de motifs joués au plectre (pic si vous préférez l’anglicisme) qui peut aussi gratter les cordes en certaines occasions.
On sait aussi que la mandoline est plus associée aux formes populaires de la musique occidentale, les communautés folk et bluegrass en font bon usage depuis des lustres et les compositeurs modernes s’en sont inspirés. Béla Bartók en est un bon exemple avec ses Danses populaires roumaines, ici adaptées pour mandoline et orchestre de cordes. Les interventions de la mandoline dans les parties allegro ressortent encore davantage que dans les pièces baroques, les motifs grattés étoffent la facture de l’instrument.
Le discours plus percussif de certaines parties de la pièce suivante porte de très beaux échanges entre les cordes de I Musici et le soliste. Six miniatures sur des thèmes folkloriques géorgiens, du compositeur Sulkhan Tsintsadze (1925-1991), nous mène direct dans le Caucase.
On enchaîne avec le moment hébraïque du programme : les mouvements 3, 4 et 5 de l’œuvre In Chassidic Mood du compositeur Gil Adema (1928-2014), certainement une influence majeure d’Avi Avital. Cette pièce s’inscrivait dans cette esthétique juive en Europe de l’Est : écrite à l’origine pour le légendaire clarinettiste Giora Feidman, surnommé « the King of klezmer », cette pièce perd un tantinet de son impact à la mandoline pour les raisons déjà énoncées mais en préserve bellement l’esprit et conquiert la foule présente.
On conclut le tout par la Danse espagnole de Manuel de Falla, passage instrumental tiré du drame lyrique La Vida Breve, dont on a ici une transcription pour mandoline comme il en existe pour la guitare classique.
Voilà, rappel « gondole » inclus, une vision panoramique de cet instrument que proposait en Lanaudière son interprète le plus célèbre de l’heure, voilà une autre niche classique à découvrir si la mandoline vous intrigue.
PRIMAVERA SOUND – PORTO 2026 : Le Gros Petit Festival à Taille Humaine
par Patrick Baillargeon
Lancé en 2012 comme première déclinaison internationale du désormais célèbre Primavera Sound de Barcelone, le Primavera Sound de Porto s’est rapidement forgé une identité propre. L’événement propose des concerts dans un parc urbain ouvert sur l’Atlantique, avec une capacité d’environ 35 000 personnes par jour. Installé dans le vaste Parque da Cidade, le festival portugais mise sur une formule plus intime et accessible que la version mère espagnole.
La 13e édition du Primavera Sound Porto s’est donc récemment déroulée du 11 au 14 juin 2026. Répartie sur quatre journées, la programmation proposait un éventail de styles, alternant entre afro-jazz, noise, indie-rock, indie-folk, fado, punk, électro, néo-soul, trip-hop, hip-hop revendicateur, musiques expérimentales et saveur ibériques. Fidèle à sa formule éclectique, le festival portugais a réuni cette année 55 artistes autour d’une affiche dominée par The xx, de retour quatorze ans après leur dernier passage au festival; Gorillaz, venus défendre leur tout dernier The Mountain; et Massive Attack.
Ensuite, entre ces têtes d’affiche et les IDLES, Big Thief, Ethel Cain, Bad Gyal, JADE, KNEECAP, Yard Act, Slowdive, Sudan Archives, Panda Bear, Gisela João, Criolo, Joey Valence & Brae, Melt-Banana, Viagra Boys. Ninajirachi, Texas Is The Reason, Black Country, New Road, Model/Actriz, Nation of Language, Bad Gyal, Triángulo de Amor Bizarro et des artistes portugais tels que NAPA, PAUS, Emmy Curl, Rita Vian, Capicua, Sensible Soccers ou Inês Marques Lucas, entre autres, on ne peut évidemment pas tout voir. Mais on essaye.
De la bonne trentaine de concerts auxquels j’ai pu assister, faisons l’exercice d’en retenir trois. Un par jour : jeudi, vendredi, samedi.
Interdit de concerts aux États-Unis, au Canada et un peu partout dans le monde pour ses prises de position politiques, notamment en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, le spectacle du controversé trio hip-hop de Belfast au Primavera était donc incontournable. Si sur disque on trouve son compte dans leur rap incisif et leurs beats agressifs, c’est indubitablement sur scène que ça se passe. Porté par une énergie punk, des propos revendicateurs et un humour corrosif, le groupe est l’une des voix les plus originales de la nouvelle scène irlandaise. Chaque morceau fait mouche, la bande ne laissant aucun répit au public. Quelque part entre Sleaford Mods, Slowthai ou The Streets, KNEECAP a trouvé sa voie (et sa voix), assimilant ces références à un esprit rebelle et vindicatif typiquement irlandais. Cette interdiction de concert au Canada est absolument ridicule, particulièrement quand on réalise à quel point ce groupe est essentiel. À ce sujet, le docu-fiction KNEECAP, qui retrace l’histoire assez originale du trio, vaut les quelques 100 minutes que vous passerez à le visionner.
Hormis le délirant concert des Viagra Boys, que je voyais pour la quatrième fois et qui ont livré une performance bien barrée et intense, c’est surtout le passage de Baxter Dury que j’ai retenu. Le fils du légendaire Ian Dury s’est, depuis quelques années déjà, imposé comme une figure incontournable de la pop britannique contemporaine, et il n’a bizarrement jamais donné de concerts à Montréal… Il serait grand temps d’y remédier car c’est une vraie bête de scène, bien investi par son personnage de playboy crooner décadent, sorte de croisement improbable entre Bukowski, Gainsbourg, Sleaford Mods (encore eux) et bien sûr le fameux paternel, de qui Baxter tient beaucoup, particulièrement dans la livraison vocale. La pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre.
Depuis le début des années 2000, le chanteur et auteur-compositeur cultive un style singulier, mêlant spoken word, pop, rock et électro dans des chansons – ou plutôt de petites histoires- élégantes, ironiques et cinématographiques. Ses huit albums, notamment Floor Show (2005), Happy Soup (2011), Prince of Tears (2017), The Night Chancers (2020), I Thought I Was Better Than You (2023) et Albarone (2025) ont confirmé son statut d’artiste à part sur la scène indépendante britannique. Son spectacle est un condensé de tous ces disques, avec à la clé les incontournables Miami, Cocaine Man, I’m Not Your Dog et la très dansante et dynamique Albarone, qui a fait bondir la foule en fin de concert.
Près de deux décennies après la dissolution des Beastie Boys, le retour sur scène de Mike D était plus qu’attendu par les nombreux fans du trio new-yorkais. On savait qu’un album était complété et c’est justement ce premier effort solo, Thank You (dont la sortie est prévue pour le 28 août), que Mike D est venu défendre sur scène. Entouré des 5D, soit ses fils Skyler et Davis Diamond (qui forment aussi le duo électro-pop Very Nice Person), aux côtés d’Eddie et Milo Ruscha et du guitariste Will Graefe.
Tous vêtus de rouge-orangé et bondissant d’un côté et de l’autre de la scène comme une bande de lapins sur-énergisés, les 5D sont passés au travers des dix titres que compte Thank You, certains beaucoup plus captivants (What We Got, tout en basse bien pesante) que d’autres (la longue et quelconque pièce titre Thank You). Ayant débuté les hostilités avec un morceau des Beastie Boys (Hello Brooklyn bien déjanté), Mike D et sa bande ont conclu la chose avec avec l’incontournable So What’cha Want, pratiquement identique à l’originale et qui a rendu le public complètement dingue. Mais la belle surprise de ce concert plutôt dynamique demeure leur impeccable version de Mind Your Own Business des Delta 5. Une reprise complètement inattendue, petit clin d’oeil qui prouve que de D5 à Delta 5, il n’y a qu’un pas (de danse).
Un bon festival repose en grande partie sur la programmation, une vision et une direction artistique, mais aussi sur le public et le site. En ce qui concerne le volet lusitanien du Primavera, la volonté de choisir comme têtes d’affiche des artistes établis depuis plusieurs années amène un public beaucoup moins jeune que celui qu’on peut retrouver dans des événements tels que Osheaga, pour demeurer en territoire connu. Et la différence est marquante. L’ambiance est plus cool, les gens sont plus calmes, et donc l’écoute est d’autant plus plaisante.
Avec une capacité d’entrée maximale fixée à 35 000 personnes par jour, le Primavera Sound de Porto demeure un gros festival, mais à taille humaine; on n’est pas dans les énormes messes déshumanisantes de certains autres grands événements d’Europe ou d’Amérique du Nord et du Sud. Pas de sécurité oppressante et omniprésente ici, pas d’agressivité palpable, il n’est donc pas étonnant de voir plusieurs personnes profiter du festival avec leur petite famille. D’autre part, le site est bien pensé, agréable, à moitié couvert d’espaces verts et de béton (ce qui atténue les nuages de poussières ou les bains de boue si pluie), à deux pas de l’océan mais tout de même en pleine ville, et personne pour se plaindre des concerts qui durent jusqu’à très tard dans la nuit… Donc la fête ne se termine pas abruptement à 23h ou minuit comme vous savez où… Bref, tous les ingrédients pour rendre un festival séduisant et mémorable. L’équipe du Primavera Sound de Porto l’a bien compris et maintient cette démarche et cette vision artistique depuis treize éditions, sans relâche et sans faille. Ajoutez beau temps et chaleur, et l’équation est parfaite.
Dans les années 2010, j’avais assisté à quelques prestations de Labess alors que Nedjim Bouizzoul, son jeune front man, vivait à Montréal… puis le groupe s’est déplacé en France et obtenu un franc succès sur les scènes du monde, y compris celles du Québec puisque y revient régulièrement. Et vu que Labess était dimanche la tête d’affiche aux Nuits d’Afrique, je me suis botté le derrière et assisté à son énième triomphe dans la ville où il fut constitué.
Force est de constater que je n’en avais pas pris la pleine mesure. Car il a des fans finis, Labess. Plein ! Toustes ont rempli le National ce 12 juillet, toustes ont entonné la totalité des refrains de Labess, sans compter les multiples vocalises qui en prolongent le plaisir. Pas mal plus important que je ne le pensais.
Labess frappe dans le mille, car Nedjim Bouizzoul assume totalement ses identités multiples: on le sent surtout Algérien, on le sent plus Québécois que Français, enfin…On le sent surtout libre de toutes ces considérations, tout en assumant le paradoxe de cette liberté des artistes migrants.
Labess est néanmoins la tribune d’hommes libres parce que leur succès bien réel leur a permis d’ériger une structure indépendante qui leur permet de faire ce qu’ils veulent, exprimer ce qu’ils veulent, chanter ce qu’ils veulent et procéder aux mélanges avec les ingrédients consentis par eux-même.
Labess exprime sans complexe sa culture nord-africaines, dont le chaâbi algérien est l’une des bases de son art, mais encore s’intéresse-t-il à la rumba catalane, au flamenco andalou, aux grooves colombiens ou afro-caribéens, aux musiques roms d’Europe de l’Est et aussi à la chanson francophone en général. Fan de Richard Desjardins, Nedjim Bouizzoul offre d’ailleurs une version rumba gitane du classique Les Yankees, tiré de l’album Les derniers humains (1988).
Outre la reprise de Desjardins et celle de Celia Cruz, soit La vida es un carnaval, Labess aura chanté entre autres Ma Liberté, Babour El Leuh, Insomnie, Ya Denya, El kess ydour, Mariama, No te vayas, Rosa (Rosa Que Linda Eres) , Et si le mal, Chalmazel.
Pleine sensibilité, pleine conscience et pleine lucidité sociale chez Labess, très clairement anti-impérialiste, très clairement progressiste sur toutes les questions chaudes, des migrations humaines devenues suspectes en Occident au sort tragique de la Palestine, en passant par la guerre imposée aux nations défavorisées et autre thèmes de l’iniquité générale sur cette Terre.
Nedjim Bouizzoul écrit en français lorsque l’occasion s’y prête, je ne peux évaluer son arabe dialectal mais j’ai assez d’indices de ses mots pour avoir l’intime conviction que ses idées sont exprimées avec clarté, intelligence et une belle irrévérence sans dentelle, le tout pagayé sur de forts courants musicaux.
En formule quartettte, Labess se présente de gauche à droite sur scène : Tarek Maaroufi, percus, Nedjim Bouizzoul, chant soliste et guitare, Antero «Tito» Sono-Synnott, guitare lead virtuose, Florent Hinschberger, trompette. L’ensemble sait fort bien capitaliser sur l’élan que procurent les rythmes et grattes frénétiques des guitares, le tout chapeauté par des lignes bien senties de la trompette. Le groove s’installe, ça monte d’un étage. Musiciens et public s’éclatent, rient, communient, lâchent prise, exultent malgré la gravité générale du propos, inscrite dans nos consciences infonuagiques.
Nuits d’Afrique 2026 | Le MTELUS s’incline devant le Grand Lamine Touré
par Sandra Gasana
J’ai rarement vu le MTelus aussi plein à craquer. Et c’était majoritairement la communauté guinéenne qui a répondu présente à l’hommage au « Baobab de Nuit » le Grand Lamine Touré. Et pour l’occasion, un line up d’artistes populaires en Guinée et ailleurs était prévu au programme, chacun attirant son fan club et rendant la fête grandiose.
À l’animation, la chanteuse et animatrice brésilienne Bïa a su animer la foule pendant qu’un house band de musiciens exceptionnels ont sublimé la soirée.
Après quelques discours de plusieurs officiels venus tout droit de Guinée pour cet hommage, le premier artiste programmé est arrivé sur scène acclamé par les jeunes dans la salle. Il s’agit de Degg J, qui a débuté en force, chaque chanson étant plus populaire que la précédente. L’énergie a suivi en crescendo culminant avec un morceau que tout le public connaissait par cœur, mêlant parfois dance hall ou encore des rythmes latins à son répertoire.
Entre les performances, Bïa a même eu le temps de faire chanter le public en portugais, le temps que les musiciens fassent leur installation pour l’artiste guinéenne et sierra-léonaise Sia Tolno. Débutant avec le morceau « L’homme qui vient de loin », qui faisait quelque peu référence à Lamine Touré, elle a ouvert le bal avec une signature de blues africain tout en nous partageant ses talents de danseuse. « Comme partout dans le monde, on demande l’unité », affirme-t-elle entre deux chansons. Elle en profite pour rajouter un solo à couper le souffle du guitariste sénégalo-malien Amady Sidibè que tout le monde s’arrache à Montréal, ce qui a particulièrement plu à l’audience qui attendait ses moments forts tout au long de la soirée.
Mais c’est l’arrivée sur scène de AK qui m’a particulièrement surprise puisqu’il était accueilli telle une icône. Je pourrais le comparer à une version guinéenne de Tayc, vu son style de musique et son côté lover. Très populaire chez les jeunes, particulièrement la gente féminine, il a mis le feu au MTelus, faisant chanter le public sur chacun de ces morceaux. Plusieurs de ses chansons sont des hits, allant même jusqu’à rajouter du mbalax made in Senegal à son répertoire. Je sens que cet artiste reviendra à Montréal pour un plus long concert, si l’on se fie à l’effet qu’il a eu sur ses fans.
La dernière performance, celle que plusieurs attendaient, était bien entendu le couple légendaire Soul Bang’s et Manamba Kanté, mais avant cela, la grande diva Oumou Sangaré, qui a ouvert la 40ème édition est apparue sur scène pour honorer M. Lamine Touré. Accompagnée par les Hauts-dignitaires venus de la Guinée, la co-fondactrice du festival Suzanne Rousseau et des artistes telles que Djely Tapa, ce monument de la musique africaine a reçu la plus haute reconnaissance à travers des discours, des cadeaux, un cadre, pour souligner son énorme contribution.
Et c’était partie pour une dernière performance haute en couleurs, alliant le répertoire de Soul Bang’s et celui de son épouse Manamba Kanté, pour nous offrir un medley de leurs plus grands succès. Alors que l’un soutient l’autre, selon la chanson en question, c’est lors de leur rapprochement sur scène que l’on pouvait noter la complicité entre ces deux artistes. Alors que Manamba et sa voix unique résonnait dans la salle de spectacles, Soul Bang’s nous charmait avec ses improvisations, parfois en anglais, et son énergie contagieuse. Ensemble, ils ont partagé des chansons parlant des femmes, d’amour, de combat, mêlant tradition et modernité, à travers les rythmes guinéens et le dance hall par moments. Ils ont également rendu hommage au papa de Manamba, feu Mory Kanté dans la reprise de « Yeke Yeke », moment fort de la soirée.
Le « Baobab de Nuit » a sûrement ressenti cette reconnaissance venant de ses pairs à Montréal et en Guinée lors de cette soirée hommage, même s’il est habitué à rester dans l’ombre. Mais lorsqu’on a bâti un festival qui célèbre ses 40 ans, on ne peut plus rester dans l’ombre, il faut accepter de se faire célébrer.
Idéal pour les férus de groove ayant atteint une certaine maturité mélomane, ce trio franco-marocain devrait normalement remplir la place et casser la baraque. À défaut de place bien remplie, la baraque , la Baraka en fait, fut cassée devant une contingent très motivé d’adopteurs précoces.
Après avoir assisté à la majeure partie de ce set donné au Ministère ce jeudi 9 juillet, je puis louanger le chanteur et guembriste marocain Adil Smaâli et ses potes français, Lakay à la trompette et électroniques , Mélaine Cogez aux percussions, le tout sous la bannière Elements of Baraka.
Ces mecs, fin de trentaine et plus, ont visiblement beaucoup d’expérience dans le groove transculturel. Outre le Maroc et ses inspirations maghrébines ou gnawas, outre la voix très habitée d’Adil Smaâli, il y a dans cette pâte la psytrance de Goa en Inde, le dub jamaïcain et ses prolongements jungle, une touche de jazz et plus encore. Trois humains sur scène, une instrumentation hybride, des instruments anciens, d’autres électriques ou numériques, un savoir-faire assuré.
Les structures des chansons ne sont pas particulièrement exigeantes pour l’oreille, le sont au contraire les choix rythmiques, les interventions électroniques, les lignes de guembri ou de trompette, les multiples percussions. Excellents musiciens en live, ces trois mecs se connaissent et sont capables de faire lever la pâte sans problème aucun.