ambient / downtempo / électro-minimal

MUTEK 2026 | Poirier… Il n’y a (toujours) pas de Sud, 25 ans plus tard

par Léa Dieghi

Sous le dôme de la Satosphère en ce dimanche 30 août, une figure emblématique de la métropole célébrait un quart de siècle de carrière. Vingt-cinq ans après la sortie de l’album charnière Il n’y a pas de Sud… (2001), Poirier présentait la toute première ré-interprétation live de son œuvre fondatrice. 

Le dispositif scénique installait d’emblée une atmosphère d’une grande convivialité : aux côtés d’un guitariste placé à sa droite, Poirier occupait le centre de la scène, jouant avec ses modules électroniques et ses kits de percussions. Avec une lampe de sel diffusant une lumière douce à sa gauche, le plateau prenait des airs de salon chaleureux et cosy, comme si l’artiste nous recevait chez lui. Entre deux morceaux, Poirier prenait le temps de s’adresser au public pour expliquer la genèse des titres et remercier la foule, renforçant ce sentiment de proximité presque familiale.

Sur le plan sonore, le concert était ponctué par le dialogue captivant entre la guitare – dont la modulation m’a rappelé certains morceaux nord-africains inspirés du gnawa – et des lignes de basse profondes. Guidées par un battement régulier un peu plus aigu, la performance semblait presque être calée sur un métronome. Le travail visuel sous le dôme épousait fidèlement le rythme des percussions et le frétillement des hi-hats en boucle. De la fumée, des couleurs oscillant entre le bleu, le rouge, et le orange. Parfois, des lignes de lumières traversaient même l’espace. 

Progressant vers une structure plus minimale et polyrythmique, la fin du set a fait monter le tempo. L’artiste a fini par inviter la foule à se délier les jambes : « Pour la dernière, c’est le temps de danser ! », incitant le public à abandonner la contemplation pour célébrer ce classique dans de beaux derniers pas de danse. 

Photo: Bruno Aïello-Destombes

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ambient / bass-music / downtempo / dub-techno

MUTEK 2026 | Purelink et Mika Oki, toile d’une grande richesse

par Léa Dieghi

Après six jours intenses à sillonner la Place des Arts et les salles de la métropole pour vivre des dizaines de performances, cette 27e édition de MUTEK s’est achevée là où tout a commencé : à la Société des arts technologiques (SAT), sur le boulevard Saint-Laurent. Pour l’ultime chapitre de la série Nocturne, l’institution montréalaise a déployé ses deux étages pour offrir un condensé brillant de la création électronique contemporaine, oscillant avec maîtrise entre écoute contemplative, intimité chaleureuse et dancefloor déchaîné. 

Dans l’Espace SAT s’est déroulée l’une des performances les plus attendues de ce dimanche soir, au programme de Nocturne 5 : la première nord-américaine du spectacle audiovisuel réunissant le trio américain Purelink et l’artiste visuelle Mika Oki. Un rendez-vous très attendu sur mon itinéraire, tant le son du groupe de Brooklyn nourrit mes écoutes depuis longtemps.

Installés au centre de la scène, entourés de leurs ordinateurs, synthétiseurs, pédales d’effets et kits de percussions, les musiciens baignaient dans une scénographie lumineuse hypnotique. Les jeux d’éclairage conçus par Mika Oki créaient de magnifiques halos célestes autour des artistes, leur donnant presque l’allure d’anges ou de figures divines émergeant de la brume.

Ça faisait longtemps que je n’avais pas autant apprécié un visuel dans un concert. J’ai trouvé que la synergie entre la musique et l’esthétique de scène ajoutait quelque chose de particulièrement spécial au sein de cette performance. Et aux vues des réactions des autres spectateurs et spectatrices autour de moi, je n’étais pas la seule à le penser. 

Musicalement, la prestation a brillé par sa consistance et la douceur de sa progression, sans la moindre rupture agressive. Le trio a tissé une toile hybride d’une grande richesse : nappes ambient, voix féminine éthérée et dispersée dans le mix, motifs répétés à la sensibilité emm, percussions discrètes et incursions new wave/indie.

 Les moments forts étaient sans doute au sein  de toutes les sublimes notes de guitare jouées en direct, venant apporter une chaleur organique au milieu des textures électroniques. Vers la fin, le set s’est accéléré vers un genre un peu plus  downtempo et une dub techno rappelant beaucoup la conception musicale d’un autre artiste que j’apprécie particulièrement,  Four Tet. Le public se balançait doucement de gauche à droite, bercé par les micro-modulations constantes de ce live apaisant, d’une rare élégance pour un dimanche soir.

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immersif

MUTEK 2026 | COCKPIT, habiter l’interface

par Félicité Couëlle-Brunet

Avec COCKPIT, présenté dimanche au programme de Play 2 à l’Atrium des Grands Ballets, la question de l’habitation de l’espace revient d’une autre manière.

Une structure s’impose au centre de l’Atrium, plaçant le public face à elle plutôt qu’autour d’elle. Sa forme m’a immédiatement évoqué une araignée. Lorsque Jenn Mong apparaît derrière celle-ci et commence à l’activer, ses gestes répétitifs, précis, parfois presque dansants, me font d’abord me demander : joue-t-elle avec l’araignée? La frontalité rend cette relation difficile à saisir; j’aurais aimé pouvoir circuler autour de la structure pour mieux comprendre ce qui se joue entre le corps et la machine.

C’est en comprenant que Mong manipule cette interface comme elle jouerait du piano que la pièce a véritablement pris son sens pour moi. Trevor Van de Velde assure la composition sonore et les différents set-ups de la structure, tandis que Mong l’interprète avec les codes d’une pianiste classique : précision, répétition, écoute et maîtrise du geste.

I am the machine. Human machine, machine human. Une prothèse.

Il y a quelque chose de très mécanique dans les mouvements de Mong, qui évoque à la fois l’ère industrielle et une forme de danse. C’est peut-être là que COCKPIT ouvre son potentiel le plus intéressant, dans la possibilité de penser cette structure non seulement comme un instrument à jouer, mais comme un objet à habiter physiquement. Le corps devient lui-même une interface entre l’humain et la machine, dans une relation où il devient progressivement difficile de savoir qui active qui.

Cette logique de réciprocité aurait, à mon sens, pu se prolonger davantage dans l’espace. La circularité qui existe dans le dialogue entre Mong, la structure et la composition sonore reste principalement contenue dans une relation frontale avec le public, malgré la spatialisation stéréo de la salle. Une disposition permettant de circuler autour de la structure aurait pu rendre cette relation plus tangible, tout en accentuant le potentiel chorégraphique de l’instrument. 

Cette dimension m’a donné envie d’imaginer ce que pourrait devenir cet instrument dans un contexte encore plus chorégraphique. Que se passerait-il si l’interface était pensée non seulement comme un piano augmenté, mais comme un partenaire de mouvement? J’aurais aimé voir cette « araignée » devenir moins un objet à regarder qu’un espace autour duquel le corps, le son et la machine peuvent continuellement se réorganiser.

Photo: Bruno Aïello-Destombes

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électronique / expérimental / contemporain / immersif

MUTEK 2026 | dreamachine, hypnose et thérapie

par Félicité Couëlle-Brunet

Il y a de la musique d’Ouri quand les portes s’ouvrent. Sa voix me ramène aussitôt à une journée d’été au parc Lafontaine avec elle et Charline Dally, que je m’apprête à retrouver un an plus tard, sur scène une fois de plus. Cette fois dans le contexte du programme Play 1, présenté par MUTEK à l’Atrium des Grands Ballets.

Signée par l’artiste sonore Estelle Schorpp et l’artiste vidéo Charline Dally, la pièce part d’images personnelles tournées à la caméra DV, depuis un Shinkansen et sur des lignes ferroviaires hongkongaises. Les deux artistes les travaillent par rétroaction analogique. Le signal vidéo se boucle sur lui-même et se déforme en coulées de couleur mouvantes, qu’elles associent à des prises de son de terrain et à de longues textures de synthétiseur, pilotées par des processus algorithmiques. On en ressort avec l’impression d’avoir longuement regardé par la fenêtre d’un train, sans trop savoir si l’on veillait ou si l’on rêvait.

Le titre du spectacle renvoie directement à la Dreamachine conçue en 1960 : une machine d’optique pensée pour détendre le cerveau. Cette filiation m’occupe après la performance en raison du côté de l’intention derrière la fabrication de ces images et de ce concept visuel, mais aussi du côté de son fonctionnement réel, de son utilité. Ça rejoint l’idée de la Functional Music, ce courant qui compose en empruntant des chemins hors du cadre occidental, pour faire de la musique un véritable outil thérapeutique. Face à l’œuvre d’Estelle et Charline, j’ai cette même possibilité d’écoute : de mon corps, de ma respiration…

Cette expérience corporelle ouvre sur une question plus large : et si elle devenait une autre manière de catégoriser l’art ? On pourrait l’explorer en opposant le hardware et le software, d’un côté, au wetware de l’autre — le corps vivant lui-même comme substrat et système d’expression —, une distinction proposée par Erin Gee lors de son panel du Forum MUTEK. Vue sous cet angle, une pièce comme dreamachine ne se contente pas d’être regardée : elle s’adresse directement au wetware du public.

Ce genre de performance, du moins tel que je la perçois, propose une autre approche de l’art : elle nous remet en question par rapport au contexte dans lequel on le consomme. On n’est plus tout à fait spectateur au sens habituel ; on est accompagné, presque traité, le temps d’une demi-heure.

Le début, avec le train qui se met en marche, reste pour moi le moment le plus marquant de la pièce, comme un départ dans un voyage. On nous embarque simplement dans un déplacement, et c’est peut-être ce choix, plus que tout autre, qui installe le ton du reste, et qui impose, en filigrane, la question du temps : celui du voyage en train, suspendu et sans destination fixe, celui d’un état hypnotique où l’on ne sait plus très bien combien de minutes se sont écoulées.

Photo : Nina Gibelin Souchon

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électronique / immersif

MUTEK 2026 | Super Galaxy Meow Meow, quand la lumière répond

par Félicité Couëlle-Brunet

J’adore le nom Super Galaxy Meow Meow. Il y a quelque chose de ludique et d’un peu éclaté dans ce nom qui fonctionne étonnamment bien avec l’univers de Reciprocity, une performance laser tout aussi libre dans sa forme.

Nous sommes dans un tout autre environnement pour cette deuxième journée de la série Play, dont le programme était présenté dimanche à l’Atrium des Grands Ballets. La configuration de l’Atrium des Grands Ballets qui structurait la soirée précédente (un écran, des performeurs, une frontalité assez classique de la performance audiovisuelle) a disparu. Une autre forme de tangibilité se met en place, plus diffuse, où la lumière ne vient plus simplement habiter une surface de projection, mais semble pouvoir circuler dans l’espace. Cela m’a d’abord fait questionner les places assises en hauteur. Depuis ces points de vue, qu’est-ce qu’on regarde exactement lorsque l’image n’est plus contenue dans un écran?

Super Galaxy Meow Meow lance  la soirée par une conversation entre laser et son. Dans Reciprocity, Tom Hulland construit et active en direct un système TouchDesigner qui génère les visuels, pilote les motifs laser et les fait notamment intervenir sur les images produites par le système. Wawa, de son côté, façonne le son dans Ableton Live à partir des signaux générés par les lasers, auxquels elle ajoute des éléments rythmiques et qu’elle rééchantillonne continuellement pour faire évoluer les textures. Le son revient ensuite moduler le système visuel et laser. La boucle est donc littéralement réciproque, aucun médium ne prend complètement le dessus, chacun devient à son tour matière pour l’autre.

Cette logique m’a rappelé, d’une certaine manière, le travail de Max Cooper présenté l’année dernière, où les lasers venaient tracer par-dessus les images. Ici, cependant, le rapport semble aller plus loin, le laser n’est pas seulement une couche visuelle supplémentaire, mais devient une manière d’écouter et de produire du son. L’image et le son se construisent ainsi dans une forme d’écoute mutuelle, qui rend chaque moment difficile à reproduire exactement.

J’ai particulièrement apprécié la simplicité méditative des motifs lumineux. Leurs formes et leurs répétitions installaient quelque chose de presque circulaire, qui m’a permis de me détendre complètement malgré l’intensité très club de la musique de Wawa. Il y avait une belle stabilité dans les vibrations sonores, tandis que les variations visuelles introduisaient progressivement de petites perturbations dans cette continuité.

Ce qui m’a surtout intéressée est la manière dont le duo prend le temps de pousser certains rythmes un peu plus loin, sans chercher immédiatement à produire une rupture. La progression se fait lentement, presque imperceptiblement, d’une musique et de motifs qui semblent tourner sur eux-mêmes, la pièce glisse peu à peu vers une ambiance plus franchement club, jusqu’à ce que la couleur commence elle aussi à prendre sa place sur les murs. Cette montée soutenue crée une curiosité particulière. On reste dans l’attente de ce que le système va faire de lui-même, tout en sachant qu’il dépend des gestes et des décisions des deux artistes.

C’est peut-être là que le titre Reciprocity trouve le mieux son sens. La réciprocité n’est pas seulement celle du son et de la lumière, mais aussi celle qui s’installe entre les artistes, leurs outils et le public. On assiste moins à une œuvre qui nous est présentée qu’à un système qui se cherche, s’écoute et se transforme en temps réel.

Photo : Bruno Aïello-Destombes

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électronique / immersif

MUTEK 2026 | Pliq suggère Fixate: tension entre les niveaux de lisibilité

par Félicité Couëlle-Brunet

Prévu au programme Play 1 à MUTEK, samedi à l’Atrium des Grands Ballets, le passage de dreamachine à Fixate m’a semblé un peu abrupt. À peine dreamachine terminée, l’audience, jusque-là installée au sol, dans la pénombre, a été invitée à se relever. Pliq semblait avoir pensé Fixate pour un public debout, un changement marqué dans notre manière d’habiter l’espace.

J’ai trouvé intéressant de sentir cette transformation de la position du corps, même si le passage m’a paru un peu frontal. Après l’état d’attention presque hypnotique installé par dreamachine, le retour à une posture debout et à une lumière plus présente modifie assez brusquement le rythme que l’on venait de trouver.

Une fois Fixate amorcée, cependant, la pièce construit rapidement son propre univers. Sa structure m’a particulièrement intéressée : des segments de texte viennent ponctuer les différentes parties et servent de repères, donnant à l’ensemble une ossature narrative assez forte.

Cette dimension m’a semblé apporter une forme de continuité à la proposition audiovisuelle, là où ce type de performance peut parfois privilégier davantage l’expérience immédiate ou l’immersion.

Visuellement, les images explorent des matières organiques, parfois proches de la chair, qui flirtent par moments avec le gore sans jamais y basculer complètement. Cette proximité, maintenue dans une certaine retenue, crée une tension intéressante.

La bande sonore m’a demandé plus de temps pour trouver mon point d’entrée. Très dense et intense, elle s’inscrit par endroits dans une esthétique noise qui m’a semblé particulièrement exigeante à l’écoute. C’est justement dans son rapport aux images que j’ai trouvé un équilibre : lorsque le son devenait très abstrait ou saturé, le visuel semblait reprendre le fil, en réintroduisant des formes, des rythmes et une direction narrative.

Les deux médiums ne semblent donc pas chercher à se traduire l’un l’autre, mais plutôt à maintenir une tension entre leurs différents niveaux de lisibilité. C’est finalement ce dialogue entre l’abstraction du son et la matérialité plus lisible de l’image qui m’est resté le plus longtemps en tête au sortir de la salle.

Photo: Nina Gibelin-Souchon

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électronique / expérimental / contemporain / improvisation libre / Instrumental

MUTEK 2026 | Improvisation libre Herbert X Sartorius, le meilleur des mondes

par Alain Brunet

Compositeurs, improvisateurs, performers, le Britannique Matthew Herbert et l’Helvète Julian Sartorius ont réuni leurs compétences.

Il y a déjà longtemps, ces deux musiciens sont partis de deux perspectives différentes, l’une électro et l’autre acoustique, l’une avec la tête, l’autre avec le corps. Et puis chacun s’est progressivement intéressé à l’autre monde, des outils d’interrelations se sont développés au fil du tempsavec l’évolution technologique, et voilà que chacun peut aujourd’hui s’investir simultanément dans les deux mondes pour ainsi nous offrir le meilleur des deux.

Plus concrètement, Julian Sartorius produit un rythme que reçoit Matthew Herbert pour ensuite être transformé par ce dernier au moyen de filtres et ajouts instrumentaux, puis rebalancé vers le percussionniste qui joue déjà autre chose.

Le dialogue n’est pas exactement de type appel-réponse ou déclaration-réplique, mais s’avère plutôt un cycle conversationnel sans cesse alimenté par les deux parties impliquées en surimpression.

Sauf quelques épisodes plus aléatoires, le discours rythmique reste simple, binaire, continu. compétent, et c’est la clé pour maintenir l’attention. Ce qu’on construit autour de ces grooves peut sembler quelque peu générique au départ, mais on a tôt fait de passer à  un autre niveau de profondeur, grâce au génie conceptuel de Matthew Herbert. Pendant qu’il sculpte les sons en temps réel, devant nous, avec son attirail déjà décrit dans d’autres contenus le concernant, les rythmes deviennent de plus en plus fervents, puissants, enlevés.

Tant et si bien qu’on aura senti la migration du parquet arrière vers le devant de la scène. Le pouvoir du beat combiné à la créativité et l’expérience du live électro, eh bien ça fait des flammèches et le public, peu enclin à aux enjeux conceptuels à cette heure avancée, en redemande … tout en absorbant une proposition substantielle. Que demander de mieux ?

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électronique / UK bass music

MUTEK 2026 | Ben UFO et la gestion du dancefloor

par Léa Dieghi

Tristement affaissée par la baisse de régime de la prestation précédente au MTELUS, programme Métropolis II, l’attente autour du Britannique Ben UFO (Ben Thomson) était pourtant immense. Réputé pour ses sélections éclectiques, ses cassures de rythme imprévisibles et ses sets UK bass bondissants, le cofondateur d’Hessle Audio n’a malheureusement pas livré la prestation escomptée.

Dès sa prise de commandes, Ben UFO a imposé une techno industrielle lourde et rapide sur un BPM élevé, en contraste avec la fin de set de Facta. Loin de la souplesse et de l’inventivité qu’on lui connaît, cette répétition techno était, de mon côté, un peu décevante. Après une trentaine de minutes à lui donner le bénéfice du doute, la fatigue accumulée et la monotonie du rythme m’ont poussée vers la sortie.

Métropolis 2 aura donc été une soirée mitigée. Il y a eu des bons moments, remplis d’énergie et d’inventivité musicale, mais il y aura aussi une mauvaise gestion de l’énergie du dancefloor, et peut-être, dans mon cas, des attentes trop élevées par rapport à la réalité des sets attendus. Une expérience contrastée, donc, qui rappelle que l’art du timing et de la sélection musicale en festival reste un équilibre toujours fragile.

Photo: Nina Gibelin-Souchon

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dubstep / grime

MUTEK 2026 | Facta… et puis s’en va

par Léa Dieghi

Prendre la suite d’une performance aussi vive que celle de CUERPOS n’était pas chose facile, mais le producteur et DJ londonien Facta (Oscar Henson) a d’abord réussi son pari avec brio.

Pour cette première canadienne en format live, Facta a injecté une dose de musicalité assez joyeuse sur le dancefloor. Durant les trente premières minutes, son set s’est révélé d’une fluidité captivante, tissant des ponts habiles entre dubstep, grime, techno, mais aussi touches de house et rythmiques empruntées à l’afrobeat. Le contraste avec la véhémence  de CUERPOS fonctionnait à merveille et la foule s’est laissée porter par cette sélection musicale festive. 

Cependant, les vingt dernières minutes ont pris une tournure inattendue. Rompant brutalement la dynamique de la piste, Facta a bifurqué vers des sonorités très calmes, atmosphériques et ambient. Un virage assez abrupt, qui,  à une heure si avancée de la nuit, a brisé l’élan du public.

Est-ce un choix artistique délibéré ou une consigne de transition ?

Difficile à dire, mais le moment s’est avéré mal choisi pour le contexte, laissant un arrière-goût de rendez-vous manqué après un début de concert pourtant si prometteur.  Ce ralentissement soudain a vidé une partie de la piste et coupé court à l’énergie que CUERPOS et le début de son set avait construit. Et personnellement, ça m’a rapidement donné envie d’aller dormir.

Photo: Nina Gibelin Souchon

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acid-techno / EBM / house / latino / techno

MUTEK 2026 | Cuerpos rallie tous les suffrages à Métropolis 2

par Léa Dieghi

S’il y a une performance qui a rallié tous les suffrages et embrasé le MTELUS samedi soir, dans le contexte de Métropolis2, c’est sans conteste celle de CUERPOS. Le duo terre-neuvien composé de Francis Dawson et Nadia Duman a livré ce qui est ma performance préférée de la soirée. 

Débutant tranquillement avec des sonorités ambient et atmosphériques, le duo a rapidement pris le contrôle du rythme. La machine s’est emballé et a liberé leur signature musicale : un mélange entre post-punk latino et techno saccadée. Tandis que Francis Dawson construit une architecture rythmique complexe au milieu de ses machines et synthétiseurs, Nadia Duman investit l’avant-scène avec une certaine ferveur, déchargeant sa voix entre chant, déclamation et cris.

Naviguant avec indiscipline entre house, techno, EBM, dub et sonorités acid, le duo a offert un set live ardu, dopé aux percussions. C’était la deuxième fois que je les voyais sur scène, et la magie a opéré avec encore plus de force. Une prestation mémorable d’une figure incontournable de l’underground terre-neuvien.

Crédit photo: Nina Gibelin Souchon

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électro / jazz / jazz électro / techno

MUTEK 2026 | PATCHE investit le grand réseau électro

par Alain Brunet

Retenez ces noms: Elliott Durocher Bundock,  synthétiseur modulaire et boîte à rythmes; Jean-Bruno Pinard , synthétiseur modulaire; Lévy Bourbonnais, harmonica et manipulation sonore; Henri Bouchard , basse électrique;  Mandela Coupal Dalgleish, batterie.

Au fil de 3 albums sortis en autant d’années, Patche a rapidement bâti sa réputation dans le milieu indie-keb plutôt que dans la scène électronique de Montréal. 

C’était jusqu’à samedi, programme Métropolis 2, MTELUS, MUTEK 2026.

Désormais, on peut peut affirmer que le quintette fait bel et bien partie de ce réseau international qui le mènera aux quatre coins de la boule électro.

Pour l’avoir vu quelques fois sur scène, il m’est aisé de conclure à un live set de niveau international, vu la qualité des instrumentistes rompus aux vertus linéaires de la techno. 

La touche jazz-groove de ces musiciens aguerris s’adapte ainsi à l’imperturbable binarité de la techno. Tout se passe sur ce long chemin aux courbes peu prononcées. Les variations musicales sont faites de cellules chargées mélodiquement et harmoniquement.

Cellules sonores de choix,  texturées et décalées à souhait, dans le plus pur esprit de la création numérique,  le tout lié une très solide exécution instrumentale en temps réel. Bon, il semble y avoir eu de petits bugs techniques, l’harmonica chromatique aurait été mis de côté après un bref usage, mais on vous assure que personne n’en a fait de cas et que cela n’a pas eu le moindre impact sur le ressenti de ce fort bon live-set. 

Ainsi, on a eu droit à un set majoritairement constitué de nouveau matériel,  plus structuré que le corpus précédent, et assorti de nouvelles projections de classe mondiale, produites par Silent Partners Studio. 

Assurément, PATCHE est en voiture pour les années qui viennent.

Photo: Nina Gibelin-Souchon

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MUTEK 2026 | Rival Consoles sur scène, le cœur de la soirée commence à battre

par Léa Dieghi

Co-présentée avec le collectif montréalais Homegrown Harvest au MTELUS, la soirée Métropolis 2 promettait une soirée dédiée à la diversité musicale. Entre figures internationales du UK bass, expérimentations IDM et hybridation post-punk, cette traversée nocturne a tenu ses promesses de variété, oscillant toutefois entre musique de haute intensité et choix musicaux décevants.

C’est sous la signature cinématique du producteur britannique Rival Consoles (Ryan Lee West) que pour moi, le cœur de la soirée a commencé à battre. Présentant en première canadienne son nouveau spectacle A/V aux côtés de l’artiste visuel David Sydiongco, l’artiste a déployé son univers caractéristique : une electronica ambient et une IDM portées par des synthétiseurs modulaires.

Bien que je n’aie pu assister qu’aux vingt dernières minutes de sa prestation, l’impact visuel et sonore était saisissant. Alternant entre vignettes électroacoustiques granuleuses et éclats lumineux, sa musique avance sous le rythme d’émotions contradictoires. Le travail de la scénographie visuelle (VJing), en parfaite symbiose avec les balayages de synthétiseurs, laissait deviner une œuvre d’une grande maturité. Un regret certain de ne pas en avoir profité plus longtemps.

Photo: Nina Gibelin Souchon

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