classique occidental / période romantique / post-romantique

Lanaudière 2026 | Stéphane Denève fait voyager l’OSM, de la Méditerranée au Paris de Gershwin

par Chloé Rouffignac

Pour son concert De Carmen à Gershwin : invitations au voyage, l’Orchestre symphonique de Montréal proposait un itinéraire reliant la Méditerranée, l’Espagne et le Paris des Années folles. Sous la direction de Stéphane Denève, cette invitation au voyage dépassait toutefois la simple évocation géographique.

D’une œuvre à l’autre, le chef français façonnait un véritable parcours sonore où la transparence des textures, l’équilibre des pupitres et la richesse des timbres devenaient les véritables guides de cette traversée musicale.

Jacques Ibert ouvre la soirée avec Escales, une œuvre qui exige une grande finesse de couleurs pour faire naître ses paysages méditerranéens. Dès les premières mesures, un tapis de cordes délicatement installé laisse émerger les interventions des bois avec une remarquable fluidité. La flûte solo (Timothy Hutchins, pilier de l’OSM depuis 1978) illumine cette fresque orchestrale d’un timbre lumineux et d’un phrasé d’une grande élégance. Son jeu s’intègre aux interventions du hautbois, dessinant les contours des différents ports imaginés par le compositeur.

Cette recherche constante de transparence permet à chaque pupitre d’exister pleinement. Les cuivres trouvent leur place sans alourdir la texture, les trompettes surgissent avec éclat lorsque l’orchestration l’appelle, tandis que les célèbres glissandi des trombones apportent juste ce qu’il faut de caractère. Denève ne recherche jamais l’effet spectaculaire : il laisse la partition respirer et les couleurs se révéler progressivement, offrant une lecture d’une grande clarté. Si cette retenue met admirablement en valeur les équilibres orchestraux, elle atténue parfois certains contrastes plus dramatiques que d’autres interprétations choisissent de mettre davantage en relief.

Le Cinquième Concerto pour piano de Camille Saint-Saëns poursuit cette même logique d’écoute. Jean-Yves Thibaudet impressionne par une technique souveraine, mais c’est surtout sa manière de dialoguer avec l’orchestre qui retient l’attention. Loin d’imposer sa présence, le pianiste semble flotter au-dessus de l’ensemble.

Le deuxième mouvement constitue sans doute l’un des sommets de la soirée. Les cordes accompagnent avec une légèreté exemplaire, tandis que le piano déploie une sonorité d’une grande poésie, ciselée jusque dans les moindres détails. La cadence offre un moment particulièrement saisissant où le timbre de l’instrument paraît soudain se transformer, révélant une nouvelle palette sonore avant une conclusion profondément lyrique. En guise de rappel, un Nocturne de Chopin prolonge ce climat suspendu avec une simplicité désarmante.

Après l’entracte, Denève propose une lecture personnelle de Carmen. Plutôt que de suivre l’enchaînement traditionnel de la suite, il choisit d’ouvrir avec Les Toréadors, un parti pris qui modifie immédiatement la dramaturgie de l’œuvre. Là où certaines versions prennent le temps d’installer progressivement l’univers de Carmen, cette entrée en matière plonge instantanément le public au cœur de son énergie et de son éclat. L’orchestre répond avec une remarquable précision, sans jamais sacrifier la souplesse du discours.

Le hautbois d’Alex Liedtke s’impose ici comme l’un des grands protagonistes de la soirée. Chacune de ses interventions séduit par la finesse du phrasé et la rondeur du timbre. Les dialogues entre la flûte, le basson et la harpe témoignent d’un sens aigu de l’écoute collective, tandis que les interventions hors scène de la trompette ajoutent une profondeur supplémentaire à l’espace sonore. Même les épisodes les plus martiaux privilégient le raffinement des couleurs plutôt que la démonstration de puissance.

Avec An American in Paris, George Gershwin offre une conclusion idéale à ce programme consacré au voyage. Denève offre une lecture dynamique, solidement construite et résolument en mouvement, davantage tournée vers une marche énergique que vers une simple promenade parisienne. Là où certains chefs accentuent les inflexions jazz, les libertés rythmiques et le caractère plus rugueux de la partition, Denève demeure fidèle à une approche élégante et rigoureuse. Cette lecture met admirablement en valeur la précision de l’orchestre et la richesse des timbres, mais laisse parfois le désir d’un swing plus assumé, d’un groove plus affirmé et de cette part d’insolence qui fait tout le charme de l’écriture de Gershwin.

Les différentes voix de l’orchestre, progressivement mises en lumière tout au long de la soirée, convergent ici avec une grande cohérence. Le subtil mélange des timbres entre le cor anglais et le hautbois, les interventions de la trompette parfaitement intégrées à la texture orchestrale ainsi que la richesse des nuances témoignent d’un travail minutieux sur les équilibres. Au moment du climax final, toutes ces couleurs se rejoignent dans une conclusion aussi éclatante que maîtrisée. Il suffisait d’observer les sourires des musiciens pour comprendre le plaisir qu’ils prenaient à partager cette ultime escale avec le public.

En réunissant Ibert, Saint-Saëns, Bizet et Gershwin, l’Orchestre symphonique de Montréal aurait pu proposer une simple succession de destinations musicales. Stéphane Denève en a plutôt fait un voyage porté par les couleurs de l’orchestre lui-même. Chaque œuvre révélait une nouvelle facette de cet immense instrument collectif, rappelant que les plus beaux voyages ne tiennent pas seulement aux lieux que l’on traverse, mais aussi à la manière dont on choisit de les raconter.

crédits photos : Gabriel Fournier

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garage / rock n' roll

The Mummies au Festif 2026

par Patrice Caron

24 juillet 2026 – Festif de Baie St-Paul

Y’a des occasions à ne pas manquer.

En février dernier, j’apprenais que The Mummies faisait une rare visite au Canada pour un spectacle à Vancouver. Sur ma ‘’bucketlist’’ depuis les années 90, le groupe s’est dissout une première fois en 1992 et revient sporadiquement, fidèle à son attitude, au gré de son envie de faire chier l’industrie.

Ne sachant jamais si on aura la chance de les voir de ce côté-ci du continent, j’achète 2 billets et commence à planifier le voyage. Difficile de ne faire qu’un aller-retour dans ce cas-ci et en additionnant le tout, bucketlist ou non, ça devient un peu trop cher pour aller voir un spectacle. Déception mais parfois, faut être raisonnable.

Cependant, les dieux du rock ont probablement entendu mes prières et à la surprise des afficionados du groupe au Québec (et surement de certains de la côte est de l’Amérique), au dévoilement de la programmation du Festif de Baie St-Paul 2026, The Mummies y figure.

On espère que c’est un arrêt d’une tournée au Canada ou de la côte est, mais non, seule et unique date pour les maitres du Budget-Rock. Pas le choix de perdre mon pucelage du Festif et de revenir sur les lieux des nos délinquances de jeunes adultes en vacances des années 90.

C’est avec mon frère et son Westfalia qu’on affrontent les 5 heures de route. À notre arrivée, bouchon de circulation jusque chez l’ami Patrick, ou on peut finalement se poser et se couler une frette avant de se diriger dans le feu de l’action.

Depuis 2009, des milliers de festivaliers convergent vers la bucolique Baie St-Paul une fois par année pour un buffet de musique qui déborde jusqu’aux petites heures de la nuit. DJs d’un côté, folk sale de l’autre, avec tout le reste au milieu, l’offre est foisonnante et pour tous les goûts.

Jeunes en bacchanale et moins jeunes en périphérie, la foule est un rêve de trans génération et témoigne de la justesse de la programmation, d’un équilibre entre découvertes et valeurs sures, qui sait rallier tout autant les mélomanes pointilleux que les familles en vacances.

On y rencontre plusieurs Montréalais mais c’est avant tout une occasion pour la région de vivre une expérience unique, qui est sans aucun doute apparenté au FME ou au FEQ, mais avec sa propre couleur et dont la géographie est partie intégrante de l’attrait de l’événement.

Après avoir quadrillé le site avec quelques saucettes devant quelques scènes et sérieusement entamé notre budget de survivance, on commence à stresser de ne pas avoir de place pour la raison de notre visite, je fais alors ce que je n’ai jamais fait de ma vie, j’arrive 90 minutes avant le spectacle pour être certain d’être à l’avant. La veille, Otoboke Beaver s’est produit sur cette scène et malgré l’heure avancée, le site, le Garage du Curé, a dû fermer l’accès au public parce qu’il était complet et plusieurs personnes n’ont pu y accéder. Je n’ai pas fait toute cette route pour manquer cette occasion historique, donc poireautage de longue haleine mais ça en vaudra le coût.

À 22h pile, The Mummies prennent possession de la scène et nous balancent 42 minutes de rock’n’roll fâché, avec leurs hilarantes introductions de chansons et une sélection de vieux non-classiques de son répertoire et de ceux des autres, dont la virale The Fly, sa reprise de Uncontrollable Urge de Devo et ma préférée, (You must fight to live) on the Planet of the Apes.

J’avais l’appréhension que les années auraient entamés l’énergie du groupe ou que leur propension à détruire les attentes viennent mettre à mal toute la hype que j’avais partagé depuis mon arrivée au Festif, mais non. Ça a été parfait et à part la brièveté du set, que personnellement je trouve en phase avec l’attitude des Mummies, rien à redire sur ce moment que quelques centaines de festivaliers ont pu vivre ce soir-là.

Je ne regrettais pas d’avoir fait tout ce chemin pour m’y rendre et c’est avec le sourire que j’ai continué la soirée, butinant un peu de ce que le Festif avait à offrir rendu là. J’ai décliné à contre-coeur une invitation à me rendre au célèbre Pit de Sable pour y voir Les Goules, mais ma soirée était faite et c’était le temps de retourner chez l’ami Patrick pour redescendre vers l’horizontal. C’est avec Gab Bouchard pratiquement installé à côté de mes oreilles que se terminait mon furtif passage au Festif, avec la promesse d’y revenir, idéalement pour un autre groupe sur ma bucketlist.

chant lyrique / classique occidental / opéra / période classique

Lanaudière 2026 | Une soirée classique en beauté avec Labadie

par Alexis Desrosiers-Michaud

Une semaine exactement après la venue de l’OSQ, Lanaudière accueillait un autre invité de Québec, en l’occurrence Les Violons du Roy et Bernard Labadie dans un programme Haydn-Mozart avec la soprano Hanna-Elisabeth Müller. 

Le concert a débuté avec la 81e symphonie de Haydn. Ce qui en ressort davantage, ce sont les cordes vigoureuses dans les mouvements extrêmes et un très bon équilibre sonore entre les différents pupitres, principalement la flûte solo et les violons dans le mouvement lent, et le basson avec ces mêmes violons dans le menuet. 

C’était une excellente idée que d’enchainer l’ouverture de Armida de Haydn avec l’air de concert Alma grande e nobil core de Mozart. Faisant office de prélude, cette ouverture a très bien mis la table pour le premier morceau de la chanteuse. Idem pour la seconde partie avec l’ouverture de L’isola d’isabitata, toujours de Haydn.

Hanna-Elisabeth Müller est une mozartienne de grande qualité. Elle chante avec tant d’aisance que rien ne semble compliqué. Elle possède un timbre clair, qui projette sans forcer. Sa voix semble rouler sur son appui de manière quasi aérodynamique, tellement c’est fluide. Le duo avec la clarinette dans l’air Ecco il punto… Non più di fiori de La Clemenza di Tito était tout simplement sublime tellement ils ont fait un tout. Dans l’air Dove sono tiré de Le  Nozze di Figaro, où le personnage de la comtesse Almaviva se demande « où sont passés ces merveilleux instants », même si ce n’est pas le contexte, on se surprend à lui répondre mentalement que nous sommes en train d’en vivre un en direct. 

Après ces beautés vocales, nous n’étions pas convaincus que c’était une bonne idée de programmer une autre symphonie, la 33e de Mozart cette fois, pour terminer le concert. Celui-ci aurait très bien pu se terminer ainsi, à 21h30, et nous aurions été conquis. Cependant, Labadie et les Violons avaient encore des choses à nous dire. Moins flamboyante que la 81e de Haydn, cette symphonie n’en est pas moins intéressante pour autant. L’orchestre l’a interprétée (avec les pupitres de violons inversés !) avec précision et pureté; une conclusion parfaite pour une soirée agréable. 

crédits photos : Gabriel Fournier

chant lyrique / classique occidental / période classique / période romantique

Lanaudière 2026 | Le Voyage d’hiver de Matthias Goerne : entre introspection et emportement

par Alexandre Villemaire

Parmi les grands cycles de lieder du XIXe siècle, Die Winterreise (Le Voyage d’hiver) de Franz Schubert tient lieu de monument. Aux côtés de ces deux autres opus tels le Schwanengesang (Le Chant du cygne) et Die Schöne Müllerin (La Belle Meunière).

Dans le cadre du Festival de Lanaudière, le baryton allemand Matthias Goerne offrait en l’église de Mascouche le 21 juillet une performance de cette ultime œuvre du compositeur viennois. Goerne en était à sa troisième présence au festival après y avoir présenté deux récitals de Schubert en 2022 et 2024. En présentant l’ultime cycle de Schubert dans cette programmation, Goerne a offert au public son regard et son interprétation du récit de Schubert.

Au moment où il compose Die Winterreise, ce dernier est très malade et en proie à des phases dépressives. Il trouve dans les vers de Wilhelm Müller tout ce qui l’habite : l’amour refusé, la solitude, l’aspiration à la libération par la mort. Les vingt-quatre lieder que Schubert compose peignent ainsi un voyage à la fois philosophique et psychique où la figure du voyageur errant présentée dans l’arc narratif que tresse le cycle peut aisément représenter le compositeur disant tranquillement adieu au monde et marche vers son destin. Parmi les éléments centraux qui caractérisent l’écriture du Voyage d’hiver, on retrouve les contrastes des textures sonores et les oppositions marquées entre les tonalités majeur et mineur qui viennent ponctuer et illustrer l’action des différents vers.

La marche du voyageur est entamée avec Gute Nacht (Bonne Nuit), sur un rythme obstiné où la figure emblématique annonce son départ (Étranger je suis arrivé, étranger je repars […] Je dois trouver ma route moi-même dans cette obscurité ». Dès ce premier énoncé, la voie de Matthias Goerne dévoile une partie de sa richesse et de son étendue vocale. Des graves généraux, un médium boisé et des aigus clairs font que son timbre est malléable dans tous les contrastes que peuvent exprimer les intentions du texte et de la musique. Un des meilleurs exemples se trouve dans le onzième lied Frülingstraum (Rêve de printemps) où trois environnements musicaux sont clairement exposés, allant d’un songe émerveillé, à un furieux récitatif pour finir par un doux, mais amer retour à la réalité dans un évanouissement. Ces balancements constants de contrastes, d’émotions et d’intentions différentes jalonnent le cycle. d

Le voyageur arrive au bout de son chemin devant un joueur de vielle (Der Leiermann), représentation de la mort, qui l’accueille dans une simplicité mélodique qui tranche avec la complexité et l’inventivité des accompagnements précédents. Du simple bourdon de la vielle s’élève une mélopée grinçante, en alternance avec la voix qui emprunte la matière de trois segments de phrases de manière hypnotique. « Étrange vieillard, dois-je aller avec toi ? Veux-tu tourner ta vielle pour accompagner mes chants ? » sont les dernières paroles que souffle le voyageur avant que sa voix ne s’éteigne dans le plus imposant silence.

Matthias Goerne, dans toute son expertise, a offert une interprétation incarnée et investie émotionnellement et physiquement, mais avec beaucoup de mouvements corporels et de gestes parfois superflus qui, malheureusement pour nous, venaient détonner avec le récit vocal. On aurait peut-être attendu par moment un peu plus de recueillement et d’introspection dans le caractère du voyageur. L’interprétation que Goerne a choisi de mettre de l’avant nous a semblé exposer bien plus la rage, voire la colère, de voir son monde tranquillement disparaître que le côté désespéré dans un écrin de tristesse et de résignation. C’est une vision qui est tout à fait logique et qui se tient, mais qui nous a demandé un certain temps d’adaptation avant de suivre son narratif. Un narratif, qui, avec raison, a suspendu à ses lèvres le public dans une attention des plus strictes pendant les 70 minutes.

Au piano, Tamara Stefanovich, qui en était à ses débuts au festival, a accompagné Matthias Goerne de manière solide et nuancée, suivant avec écoute et souplesse la direction et le tempérament que ce dernier dictait à l’œuvre.

crédits photos : Gabriel Fournier

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cumbia / latino / ranchera

Nuits d’Afrique 2026 | Somos Más : Célébration de mémoire, de communauté et de résistance

par Juliana Cortes

Jeudi 16 juillet, le collectif musical Somos Más a investi la Scène Loto-Québec au Festival International Nuits d’Afrique. Tour à tour, les chanteuses ont investi la scène, exécutant des percussions corporelles et harmonisant leurs voix. Venues du Pérou, du Chili, de Bolivie, de République dominicaine, du Salvador, du Brésil et du Maroc, elles ont partagé leur talent, nous laissant sans voix devant la suite.

Elles ont interprété des chansons de genres musicaux variés, dont des rancheras, des cumbias, du festejo et des musiques folkloriques chiliennes et boliviennes. Certaines étaient des compositions originales des membres du groupe, tandis que d’autres étaient des chansons que beaucoup de Latino-Américains reconnaîtraient de leur enfance. Pour moi, ces genres musicaux étaient la bande-son des fêtes, des voyages en voiture, des réunions de famille et du rituel le plus important de ma famille, qui avait lieu chaque week-end : le ménage. Somos Más m’a replongée dans ces moments du quotidien qui, maintenant que je vis si loin de chez moi, sont devenus des souvenirs précieux.

Crédit photo: Ivan Arturo Escobar M

J’ai été profondément touchée de voir ces femmes qui, pour différentes raisons, se sont retrouvées à Montréal et ont créé ensemble ce magnifique projet. Elles m’ont rappelé que, même si l’Amérique latine est une région vaste et diverse, nous pouvons créer des liens en nous reconnaissant dans les réalités des unes et des autres.

Somos Más a offert une performance intimiste. On pouvait ressentir la complicité, la sororité, la vulnérabilité et la solidarité dont elles parlaient dans leur interview. Chaque fois qu’une membre prenait la parole, les autres la soutenaient de leurs voix et de leurs instruments, et l’on pouvait aussi voir leur fierté envers celle qui menait le groupe ou interprétait un solo. La percussionniste, récemment arrivée dans le groupe et d’origine marocaine, m’a captivée par son talent et son incroyable polyvalence, suivant avec aisance l’exploration par le groupe de multiples traditions musicales.

Crédit photo: Ivan Arturo Escobar M

Au fil du spectacle, je ne savais jamais à quoi m’attendre. J’ai ressenti une chaleur réconfortante, comme si j’étais à une fête entre amis, mêlée à une profonde admiration pour l’authenticité de chaque artiste et à un émerveillement constant face à chaque surprise qu’ils réservaient sur scène.

Somos Más a collaboré avec les danseuses Carmen et Paula de Girovago Productions, qui ont accompagné le groupe avec de la cumbia et de la danse contemporaine avant d’animer un moment interactif invitant le public à danser. La grâce des mouvements et la chaleur de leur présence ont permis au public de se connecter encore plus profondément à la musique de Somos Más. Le groupe a également collaboré avec le Centro Cultural Kusiy, dont les artistes ont présenté les danses boliviennes saya et tinku. En frappant du pied à l’unisson, les danseurs de Kusiy ont ancré la musique dans la terre et les racines indigènes d’Amérique latine.

Crédit photo: Ivan Arturo Escobar M

Pour le final, tous les danseurs ont rejoint Somos Más pour interpréter un medley de trois chansons latino-américaines emblématiques : Cariñito, Canción y Huayno et Adiós Pueblo de Ayacucho, dont une partie des paroles était chantée en quechua. Une danseuse Kusiy a traversé la scène en portant le drapeau Wiphala, symbole des peuples autochtones des Andes. Ce fut une conclusion poignante, réunissant musiciens, danseurs et chanteurs pour célébrer les peuples autochtones, dont les cultures sont essentielles non seulement à l’histoire de l’Amérique latine, mais aussi à l’essence même de son identité contemporaine.

J’ai perçu ce spectacle comme une invitation à explorer ces liens. Que ce soit par un amour partagé de la musique ou un attachement commun à l’Amérique latine, nous pouvons nous soutenir mutuellement grâce à la solidarité, la communauté et l’art.

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Afrique / Morna

Nuits d’Afrique 2026 | Elida Almeida, une escale capverdienne inoubliable

par Juliana Cortes

En collaboration avec Sandra Gasana

C’est toute vêtue de rouge qu’Elida Almeida est apparue sur la scène Loto-Québec en cette dernière journée de la 40ème édition du Festival international Nuits d’Afrique. Alors qu’elle était de passage dans la métropole il y a plusieurs mois dans le cadre de la tournée Hommage à Cesaria Evora, ici on la découvrait à travers son propre projet, et elle a pu exprimer son art de manière encore plus authentique.

Accompagnée d’un guitariste, d’un bassiste, d’un batteur et d’un claviériste, elle a débuté comme elle a clôturé, c’est-à-dire avec la chanson “Bersu d’oru”, une chanson qu’Elida a écrite pour rendre hommage au Tabanka, genre musical de l’île de Santiago qui émerge des pratiques culturelles et spirituelles des personnes esclavisées qui étaient amenées au Cap-Vert. Au 19e siècle, ce petit archipel servait de « passage des milieux » pendant la traite transatlantique des esclaves. 

On pouvait voir des drapeaux cap-verdiens dans la foule. Cet archipel a attiré beaucoup d’attention durant les dernières semaines grâce à sa participation à la Coupe du monde de soccer. Le gouvernement a décidé de chercher des joueurs à travers le monde pour jouer dans cette Coupe du monde et ils gagnent le cœur des fans du soccer. Les Cap-Verdiens, comme Elida nous l’a dit pendant son entrevue, sont des gens qui voyagent à travers le monde, mais qui ont encore leur cœur et une fierté de leur pays.

« Je suis très contente d’être là avec vous et c’est notre dernière danse au Canada. On retourne aux États-Unis », nous apprend-elle avant de nous proposer de nous emmener en voyage sur son île natale.

Et c’était parti pour une véritable évasion musicale, avec des rythmes capverdiens variés, certains aux allures carnavalesques, des influences latines,  alors que d’autres étaient plus mélancoliques ou encore s’apparentaient au kompa ou au zouk.

Sourire aux lèvres, elle avait l’air de tripper à être sur scène, la météo contribuant probablement à sa belle humeur. Elida avait une présence scénique puissante, elle interagissait avec ses musiciens et avec le public, qu’elle faisait chanter à plusieurs reprises. Mais c’est au fur et à mesure qu’on avançait dans le spectacle qu’elle s’est arrêtée pour enlever ses bottes blanches pour annoncer ce qui allait suivre.

« La fête va réellement commencer », avant de se mettre à danser et de voir les festivaliers en faire de même.

Un moment coup de cœur était durant son interprétation de la chanson « Nta Konsigui » qui était tout simplement époustouflante puisqu’on avait l’impression qu’elle vivait la chanson devant nous. Une femme que je voyais au loin avait les larmes aux yeux durant ce moment, m’indiquant que la chanson parlait d’un sujet triste.

La qualité de la performance d’Elida nous a complètement impressionnés, au point que nous voulons la voir en tant que headliner dans une prochaine édition des Nuits d’Afrique. C’est sûr que beaucoup de festivaliers seront contaminés par le charme et le talent d’Elida, les rythmes de Cap-Vert qui d’une manière ou d’une autre nous parlent.

Crédit photo: Juliana Cortes

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autochtone / Brésil

Nuits d’Afrique 2026 | Suraras dos Tapajós : Connection à la forêt amazonienne par la musique

par Juliana Cortes

Pour le 40e anniversaire du Festival Nuits d’Afrique, les organisateurs ont décidé de consacrer le spectacle de 19 h aux artistes féminines. Cette année, la série a débuté avec Suraras dos Tapajós, un groupe musical féminin autochtone de la région de Pará, au Brésil. Accueillir ce groupe a été un véritable privilège pour les Montréalais. Il est rare d’avoir l’occasion d’écouter de la musique traditionnelle amazonienne, une région que beaucoup d’entre nous n’ont jamais visitée. Pourtant, nous reconnaissons qu’il s’agit de l’une des forêts tropicales les plus importantes de la planète, aujourd’hui menacée de déforestation, ce qui a de graves conséquences pour les communautés autochtones, la biodiversité et le climat mondial.

Le groupe est monté sur scène vêtu de ses vêtements et coiffes traditionnels. L’une des membres jouait d’un petit instrument à vent en céramique appelé « ocarina », qui imite le chant des oiseaux. Tandis que chaque femme prenait place et son instrument, je ne pouvais m’empêcher d’imaginer ce que serait ce concert sur leurs terres, au cœur de la forêt. Chacune se donnait corps et âme. Leur musique portait en elle leurs racines et leur engagement à défendre les droits et le territoire des femmes autochtones. Le groupe a rapidement instauré une ambiance festive. Elles ont invité le public à former une roda, un cercle de danse, où chacun pouvait se joindre à la danse. La communauté brésilienne rayonnait de joie ; les danseurs se reconnaissaient, s’enlaçaient et partageaient un moment de communion.

Au beau milieu de leur prestation, le ciel s’est couvert et le vent s’est levé. Plus tôt dans la journée, la fumée des feux de forêt au Québec et en Ontario masquait presque le soleil. Le concert de Suraras dos Tapajós avait été annulé à cause des risques de foudre. La pluie s’est mise à tomber, apportant un soulagement bienvenu à la chaleur, mais nous laissant déçus de ne pas avoir pu assister à la fin du concert. Face à ce revirement soudain, je suis retournée à l’Amazonie que j’avais imaginée. Chaque été, les feux de forêt semblent se multiplier ici au Canada, touchant malheureusement les communautés autochtones. À l’instar des communautés amazoniennes confrontées à la dévastation environnementale, de nombreuses nations autochtones du Canada sont également touchées de manière disproportionnée par des feux de forêt de plus en plus violents, devant faire face à des évacuations, à des menaces sur leurs territoires et à des perturbations de leur vie culturelle et quotidienne. À cet instant, la distance entre l’Amazonie et le Canada me paraissait bien plus faible.

Heureusement, le lendemain, Suraras dos Tapajós a animé un atelier où elles ont expliqué que le groupe était issu d’une organisation communautaire. Le groupe musical est leur projet principal ; cependant, elles mènent également des projets bioéconomiques et de production textile. Le groupe est spécialisé dans le carimbó, principale manifestation culturelle de la région : une danse ancestrale centrée sur le tambour du même nom, qui mêle traditions indigènes et africaines. Pratiqué en cercle, réunissant musiciens et membres de la communauté, le carimbó contribue à perpétuer la culture à travers des chants évoquant la vie quotidienne, la nature et la spiritualité.

Le groupe a pu se produire à nouveau, cette fois-ci au sol, où la distance entre la scène et le public s’estompait, ne laissant place qu’à un cercle partagé de musique et de mouvements. Nous avons tous formé un cercle et avons été invités à rejoindre la roda, à revêtir leurs jupes et à danser ensemble, guidés par l’un des membres. J’ai beaucoup apprécié ce moment plus intime avec le groupe, car il nous a permis d’établir un lien plus direct et de vivre cette tradition de plus près. J’aurais seulement souhaité avoir plus de temps pour parler de la situation sur leur territoire, de la manière dont nous pourrions amplifier leur engagement envers la protection de la forêt amazonienne et de la façon dont leurs luttes font écho à ce qui se passe ici, au Canada. Alors que les feux de forêt continuent de nous rappeler que les forêts canadiennes sont elles aussi menacées, j’espère que nous aurons davantage d’occasions de tisser ces liens, car c’est là que commencent la compréhension – et l’action.

Photo Credit: André Rival

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Afrique / reggae

Nuits d’Afrique 2026 | Entre reggae et militantisme, Tiken Jah Fakoly signe une clôture mémorable

par Sandra Gasana

La tête d’affiche pour clôturer la 40ème édition du Festival international des Nuits d’Afrique n’est nul autre que le grand Tiken Jah Fakoly, un habitué. Il avait ouvert le festival il y a quelques années au MTelus mais cette année, c’est sur la scène extérieure TD qu’il a ambiancé les festivaliers.

Alors que les deux premières chansons étaient uniquement avec les musiciens, ce n’est qu’au bout du troisième morceau qu’on a vu débarquer Tiken Jah. Vêtu d’une sorte de poncho à capuche fait d’un tissu africain, il est fidèle à lui-même, toujours prêt à sauter, parcourir la scène d’un côté à l’autre, en faisant parfois des acrobaties tirées des arts martiaux.

Avec ses nombreux musiciens, dont certains étaient vêtus de tenues militaires, et ses deux choristes, il nous a proposé des titres de ses nombreux albums, des plus anciens aux plus récents.

« Est-ce que le peuple est là ce soir ? » demande Tiken devant une marée de festivaliers. En effet, pour cette dernière soirée, la météo était clémente. Et malgré l’heure tardive pour un dimanche soir, tout le monde était au rendez-vous, adultes, enfants et tout ce qu’il y a entre les deux.

J’ai croisé plusieurs artistes qui étaient dans la programmation cette année, et d’autres venus voir le géant du reggae africain.

Il a joué aussi ses morceaux en anglais, « Discrimination » et « Africa wants to be free », avant de poursuivre avec ses titres en français et dans sa langue maternelle. Comme souvent lors de ses concerts, Tiken Jah rappelle la place importante de l’Afrique aujourd’hui tout en évoquant le paradoxe africain : le plus riche continent mais avec la population la plus pauvre.

Le côté militant de Tiken Jah est resté intact. Il invite d’ailleurs les jeunes à revenir construire leur pays après leurs études au Canada.

Un des moments de la soirée était sans aucun doute durant le morceau mythique « Plus rien ne m’étonne ». La foule s’est transformée en véritable chorale. Cela dit, j’ai découvert le morceau « Massa » qui figure dans l’album Braquage de pouvoir mais après cela, il nous a fait un genre de medley de tous ses plus grands succès : « Le balayeur », « Quitte le pouvoir », « On en a marre », et j’en passe.

Autre moment fort, après une petite pause d’hydratation, il revient avec « Africain à Paris » avant de dénoncer les visas refusés aux Africains lorsqu’ils veulent aller en Occident alors que les Occidentaux sont accueillis à bras ouverts en Afrique. Un autre paradoxe.

Une surprise qui a plu aux festivaliers est lorsque Tiken a invité l’artiste Meiway sur scène pour une petite session d’improvisation. Meiway était de passage sur la même scène quelques minutes plus tôt pour chanter l’hymne conçu spécialement pour les 40 ans du Festival.

« Quand le grand frère est là, on laisse la place », dit Tiken avant de céder la scène à Meiway en signe de respect.

Le concert s’est terminé avec « Ouvrez les frontières » sur lequel on a pu apprécier les belles voix des choristes. C’est ainsi que la 40ème édition du Festival international des Nuits d’Afrique a pris fin, aux alentours de minuit.

En somme, cette édition, qui se voulait ambitieuse de part son chiffre rond, a su relever le défi. Montréal vibrait du 7 au 19 juillet inclusivement et ce sont de nombreux Montréalais et touristes qui ont su en profiter. Rendez-vous l’année prochaine pour une autre programmation tout aussi éclatante !

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classique occidental / période romantique

Lanaudière 2026 | Double anniversaire dans les profondeurs maritimes avec Charles Richard-Hamelin et l’OSQ

par Alexis Desrosiers-Michaud

Le concert donné par l’Orchestre symphonique de Québec (OSQ) le 17 juillet au Festival de Lanaudière, soulignait un double anniversaire; très exactement, cette date marquait la naissance du soliste de la soirée, Charles Richard-Hamelin, ainsi que l’inauguration de l’endroit dans lequel il performait, l’amphithéâtre Fernand-Lindsay. 

La soirée a débuté avec le rare Tombeau de Nelligan du québécois Jacques Hétu. C’est une pièce complexe, lente, mais dense, reflétant la tourmente du poète. L’OSQ et son chef Clemens Schuldt la rendent très bien, faisant résonner adéquatement les cordes graves. On décèle un mouvement de houle par moment, clin d’œil au Vaisseau d’or, et la pièce se termine sur une longue ligne des violoncelles, jouée avec délicatesse, non sans inquiétude. 

Le meilleur moment de la soirée fut le Concerto pour piano d’Edvard Grieg. Hamelin a un toucher très délicat et les notes s’enchaînent avec une fluidité remarquable. Avec la caméra placée à l’extrémité gauche du clavier, l’effet visuel de la main gauche qui approche à toute vitesse est effrayant, même si la musique nous fait ressentir le contraire. Le troisième mouvement souligne avec merveille l’aspect folklorique du concerto, toujours avec délicatesse. L’OSQ accompagne discrètement tout au long du concerto, non sans amener une finale rayonnante et pas du tout pompeuse. 

Ce qu’on a entendu dans La petite sirène d’Alexander von Zemlinsky après l’entracte résume bien la tenue de l’OSQ tout au long de la soirée; des graves généreux, des moments lents sublimes et tendres, des solos précis, mais par moment un rapide plafonnement des nuances quand la musique s’envenime. C’est dommage, car il y a tout un jeu de contraste dans cette œuvre peu jouée, dans la même veine que les poèmes symphoniques de Richard Strauss, mais avec plus de couleur par endroits. L’exemple le plus flagrant de ce manque de détail est le début du second mouvement, aux allures de pastorale exaltante. Tout sonne égal, avec trop de retenue dans le crescendo initial, sans distinction aux différents accents et motifs qui s’entrecroisent.

crédits photos : Gabriel Fournier

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classique / classique moderne / musique contemporaine

Lanaudière 2026 | Explosion de couleurs et d’émotions grâce à Payare, Weilerstein, Ortiz et Chostakovitch

par Frédéric Cardin

Le concert de samedi soir à l’Amphithéâtre de Lanaudière a donné lieu à un concert épatant, donné par un Orchestre symphonique de Montréal (OSM), dirigé par Rafael Payare, dans une forme technique et expressive redoutable. Au programme : Egmont de Beethoven, Dzonot (un concerto pour violoncelle) de Gabriela Ortiz et la Dixième symphonie de Chostakovitch. 

Avant de lancer la musique prévue, l’orchestre a interprété une œuvre d’Antonio Estevez (1916-1988), Mediodía en el Llano, en hommage aux victimes du tremblement de terre survenu au Venezuela le 24 juin dernier. Le titre, qui signifie Midi dans la plaine évoque efficacement la chaleur enveloppante du soleil tropical, dans un langage élégiaque et bellement lyrique, un peu à la façon d’une partition cinématographique. L’OSM  a pleinement réussi à créer le rayonnement voulu. La musique a été suivie d’une minute de silence entièrement respectée par le public. À noter que la présentation de la pièce a été faite par la violoncelliste Alisa Weilerstein en anglais, en espagnol et en français (très bon). 

L’Egmont de Beethoven a été bâti minutieusement par Payare et ses musiciens, aboutissant à une finale élégamment héroïque, svelte mais adéquatement musclée. 

Dzonot de Gabriela Ortiz (née en 1964) est un concerto pour violoncelle créé en 2024 par Alisa Weilerstein. L’œuvre a d’ailleurs remporté un prix Grammy pour la meilleure composition classique de l’année. On comprend pourquoi. La musique de Ortiz est un véritable feu d’artifice expressionniste qui rend hommage à la nature de son pays. La construction est divisée en quatre mouvements : Luz vertical (Lumière verticale) pour les cénotes (des gouffres très profonds remplis d’eau); El ojo del Jaguar (l’oeil du jaguar); Jade, en référence à la couleur vibrante des rivières souterraines dans certaines régions du Mexique;  et El vuelo de Toh (le vol du Toh) qui évoque le Motmot à sourcils bleus, un oiseau coloré en danger de disparition. 

La partition de Ortiz pulse d’une énergie fébrile. L’orchestre est sollicité au maximum de ses subtilités coloristiques. La difficulté technique est impressionnante et seul un orchestre de premier plan peut lui rendre justice. Ce fut le cas samedi. Payare a soutiré le meilleur de l’OSM et des nombreux passages rythmiquement difficiles. Dans certains passages, on avait envie de danser avec les musiciens. Mais la première étoile du match revient à la soliste Alisa Weilerstein, pour qui la compositrice a tissé des lignes et des décors sonores d’une virulente difficulté. Rien pour ralentir l’artiste étatsunienne, qui a déployé l’immensité de son talent sans anicroche. Dzonot est un véritable bijou d’orchestration, une musique d’aujourd’hui qui sait charmer et oser en même temps, parcourue de traits lyriques, d’épisodes chaloupés et d’élans d’expressionnisme contemporain naturellement intégrés dans la trame narrative. 

Le morceau principal est arrivé après une pause interminable où le chef, prêt à lancer la musique, a dû attendre quelques longues minutes afin que tout le public finisse par se placer et faire silence. Comme on dit, tout vient à point à qui sait attendre, et dans ce cas, tout est venu magistralement. Payare est profondément habité par l’âme de cette musique. Il construit un monde trempé dans la mélancolie et la grisaille, mais puissamment imprégné d’humanité et d’émotions. Les épisodes lents ne sont heureusement pas trop appuyés, ce qui les alourdirait. Ils respirent abondamment et très naturellement. Le chef les guide ainsi vers les passages tempétueux, dans lesquels il déchaîne la puissance de son orchestre. Une puissance paroxystique, mais toujours maîtrisée. La qualité sonore est époustouflante. Notons les solos exceptionnels de tous les vents sollicité à cet effet (flûte/piccolo, clarinette, hautbois, cor anglais, basson/contrebasson, cor).

Un chef d’œuvre absolu interprété à la hauteur de ses intentions. Pour le premier des concerts que l’OSM donnera à Lanaudière, Rafael Payare vient de placer la barre très, très haut. 

C’est avec ce programme (en partie) que l’OSM ira en tournée européenne au mois d’août. Je pense que le public d’Edimbourg, de Varsovie, d’Aarhus et de Hambourg en auront pour leur argent. 

Antilles / Caraïbes / haïtien / kompa

Nuits d’Afrique 2026 | Tabou Combo fait rayonner l’âme d’Haïti

par Sandra Gasana

Le kompa a fait parler de lui ces dernières années avec le succès planétaire de Joé Dwèt Filé ou encore plus récemment l’artiste Naïka qui a enflammé le quartier des spectacles.

Mais tout cela a commencé avec un groupe légendaire, l’orchestre Tabou Combo qui a mis le kompa sur la carte. Fondé en 1968 dans les banlieues de Pétion-Ville par les frères Chancy, Albert à la basse et Adolphe à la guitare, ce groupe en est à sa quatrième participation au Festival international des Nuits d’Afrique, et ont même clôturé le festival en 2014.

Au fil des années, le groupe a évolué, plusieurs nouveaux membres ont rejoint le groupe, d’autres ont quitté en cours de route. Après Haïti, ils se sont installés aux États-Unis et leur chanson « New York City » était au top des palmarès. Ils ont rempli des stades en Europe, en Afrique et en Amérique latine, et même après près de six décennies sur la scène, ils continuent à enflammer les foules.

Pour cette soirée du 18 juillet, un invité spécial était sur scène avec la formation, en remplacement d’un des membres absent en raison des conditions météorologiques plus tôt cette journée-là.

La communauté haïtienne était présente en grand nombre, toutes les générations confondues. Les nostalgiques et les plus jeunes appréciaient tout autant la soirée. Sur la scène, une panoplie de musiciens, un ensemble de cuivres, des percussions, deux guitares, une basse et un clavier, en plus des chanteurs.

Avec le kompa, on peut également remarquer les influences de funk et de soul sur certains morceaux venant de leurs années passées aux États-Unis. Un de leur plus grand succès qui figure dans l’album Sans limites paru en 2000, « Tu as volé », que je connaissais sans savoir que c’était une de leurs chansons, a particulièrement plu à l’audience qui se déhanchaient devant la scène TD. Les chansons étaient parfois très longues, composées de plusieurs sections, avec un changement de rythmes, pour revenir au rythme initial du début. Les classiques tels que « Mabouya » ou encore « Lakay » ont reçu un accueil chaleureux en cette soirée post-pluvieuse.

On peut entendre de l’espagnol également dans le morceau « Fiesta », qui nous donne l’impression d’être à Cuba, démontrant leur lien particulier avec l’Amérique latine, entre autres avec le Panama, où ils sont très populaires. Ils ont d’ailleurs un morceau intitulé « Panama Querida », qui figure dans l’album Fiesta Caribena paru en 2012. Au clavier, un musicien qui animait également la foule, parfois en anglais, parfois en créole. C’est d’ailleurs lui qui a volé la vedette lorsqu’il a repris le morceau « We are the world » pour dénoncer la situation politique et économique actuelle en Haïti. Durant cette chanson, les cellulaires avaient tous leur lumière allumée et nous vivions un moment de communion que seule la musique peut créer.

« Nous avons besoin de la lumière pour éclairer les mauvais esprits », annonce le claviériste, avant de brandir le drapeau haïtien sur la scène.

Après la tristesse, place à la joie. Le groupe enchaine avec « Feel Good », comme pour consoler l’audience qui venait de vivre un moment de recueillement, avec une touche de rap et la participation du public sur certaines mélodies.

Quelques chorégraphies étaient au menu, les musiciens et chanteurs faisant quelques pas synchronisés tout en animant la foule avant de faire une dédicace spéciale pour le peuple du Congo, plus particulièrement à l’un de ses pionniers, Patrice Lumumba. C’est ainsi qu’ils ont poursuivi avec un titre iconique « Indépendance Cha Cha », une bonne rumba congolaise.

Deux femmes à côté de moi, qui ne se connaissaient pas, l’une qui semblait Haïtienne et l’autre Blanche, ont tout simplement commencé à danser ensemble. Sans se parler, sans s’expliquer, juste danser.

C’est aussi ça la force de la musique: elle rapproche les gens, elle crée des moments de communion et soulage les coeurs. Tabou Combo a fait tout cela et plus encore pour son public venu le voir en grand nombre.

Crédit photo: André Rival

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afro-antillais / jazz / konpa / reggae

Nuits d’Afrique 2026 | Chris Combette : l’élégance groovy du troubadour guyanais

par Frédéric Cardin

Fort de près de cinquante ans de carrière musicale, le chanteur et compositeur Chris Combette était de passage au Festival international Nuits d’Afrique 2026. Il était sur la scène du Balattou le 15 juillet dernier, avec ses ‘’Angels’’, Patrick Plénet à la basse, Aymeric Létard aux claviers et Éric Valérius à la batterie. 

INTERVIEW DE CHRIS COMBETTE AVEC ALAIN BRUNET

C’est un savoir faire et un savoir vivre complet, authentique et expérimenté que Combette présente dès les premières notes. On entend un panorama pas mal complet des titres qui ont fait son succès d’un demi-siècle, de La Danse de Flore à Maroni en passant par Salambô, Lè siel si ba, Lévanjil dan bouch (critique acerbe de la colonisation religieuse, sur des ruthmes chaloupés – ‘’ils nous ont laissé la bible, et sont reparti avec l’or’’), Les Enfants de Gorée, et plein d’autres. Un programme très généreux sur deux sets de plus d’une heure chacun. 

Des chansons qui parlent de la vie, de l’amour, du quotidien en Guadeloupe, en Guyane ou ailleurs dans les Antilles, des histoires qu’on y raconte, un peu comme un troubadour provençal le faisait dans la France médiévale. Tout cela sur des rythmes afrodescendants du 20e siècle, reggae, cumbia, folk créole, un peu de zouk. 

L’homme présente ses chansons avec un humour tranquille et une classe que l’on remarque chez tous ces artistes d’une génération de gentlemen qui savaient s’exprimer avec retenue et beaucoup d’honnêteté. En le voyant et en l’écoutant, j’ai pensé au grand Henri Salvador, qui avait ce genre de charme éduqué. 

Si vous avez envie d’avoir une (très) bonne idée du concert, écoutez son album Chris Combette & Angels – le Live paru en janvier dernier. C’est presque exactement ce qu’on a eu mercredi soir. 

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