jazz contemporain / soul-jazz / spoken words

FLUX 2026 | Trois femmes, art, engagement

par Jeremy Fortin

Culture afro-descendante et activisme étaient de mise à la Sala Rossa ce mercredi 7 octobre, pour la prestation de l’autrice et chanteuse Kim Zombik, avec en première partie la poète Deana Smith et la harpiste Christelle Saint-Julien. Devant un public attentif, les trois femmes se sont succédées, apportant chacune leur touche personnelle à la soirée.  

Deana Smith entame la soirée de performance avec une série de textes autour du féminisme, la famille ou encore la justice sociale et l’immigration. Si les textes portent sur des sujets sérieux, Deana Smith réussit à incorporer dans son interprétation une certaine légèreté et même d’un humour grandement apprécié par le public captivé du début à la fin par la performance de la poétesse montréalaise.

C’est avec sa voix, mais aussi sa harpe, que Christelle Saint-Julien prend la scène pour présenter quelques-unes de ses compositions. Avec une grande tendresse, elle nous présente ses chansons à la fois improvisées et écrites dans une douceur très bien reçue par le public.

Kim Zombik entre finalement sur scène pour présenter des fragments de son projet autobiographique Origins. Le concept est simple ; retracer son histoire, mélangeant textes récités et chant. 

Parmi les textes présentés, certains sont autour de sa grand-mère paternelle, particulièrement la vie de cette dernière au Mississippi dans les années 70, comme femme afro-américaine, mais aussi autour de sa propre réalité en tant qu’enfant biraciale.

Sur scène, on trouve une mise en scène simple, mais efficace grâce, entre autres, à la présence scénique incroyable de Kim Zombik. Une mention spéciale à ses trois musiciens qui l’accompagnent : Nicolas Caloia (contrebasse), David Ryshpan (clavier), Jahsun (batterie), qui donnent vie à la musique tout au long du programme. Il sera intéressant de voir la version finale du projet au printemps.

FLUX 2026 | Oud, kora, didgeridoo et « sommet de tubas »

par Michel Rondeau

Programme chargé en ce mardi 6 octobre, trois formations fort différentes les unes des autres se sont succédées sur la petite scène de la Casa del Popolo.

D’abord le trio français Malqa – mot arabe signifiant lieu de rencontre – dont la musique allie traditionnel et contemporain. Il est composé de la chanteuse et oudiste d’origine palestinienne Kamilya Jubran et de duo Noorg, formé de Loïc Guénin aux percussions, aux objets sonores divers, aux claviers analogiques et à la voix et d’Éric Brochard à l’électronique qui ont tissé derrière Madame Jubran une trame hypnotique étoffée sans être trop chargée.

Suivait un quatuor formé de la multi-instrumentiste montréalaise d’origine américaine Althea Sully Cole à la kora, du Malien Samba Lobi Traoré à la guitare électrique, du batteur montréalais Jahsun et du musicien américain, spécialisé en instruments à vent non occidentaux, Bill Cole au didgeridoo. Celui dont il jouait est d’ailleurs le plus imposant que l’auteur de ces lignes ait jamais vu, il faisait plus de deux mètres de long.

La kora, la guitare, peu amplifiée, et la batterie, tout en subtilité, ont créé une tapisserie pointilliste assez délicate pendant que le didgeridoo faisait ses psalmodies de deuxième sous-sol. Tout au long de la pièce unique improvisée par le groupe, j’ai eu l’impression de serpenter au gré des méandres d’une rivière, avec des rayons de soleil qui perçaient de temps à autre le couvert des arbres. Le paysage ne changeait pas beaucoup, mais quand on se laisse ainsi voguer…

Le plat de résistance, le « Sommet des tubas », était assez consistant, merci. J’ai rarement vu autant de musiciens occuper la petite scène de la Casa. Je ne les nommerai pas tous, ils étaient neuf. Trois tubas, dont celui de Bob Stewart, à la direction, le soubassophone (mieux connu sur nos rivages sous le nom de sousaphone) de Julie Richard – aussi instigatrice du projet –, deux trombones, un saxo ténor, une clarinette basse/flûte traversière et une batterie.

Tout ce beau monde a d’abord entonné le Bemsha Swing de Thelonious Monk, l’une des pièces fétiches de Bob Stewart, avant de passer à d’autres plus proches de l’esprit dixieland propre aux formations dotées de ce genre d’instrumentation. 

Ce qui était particulier, c’était de voir l’effet créé par les trois tubas et le soubassophone. En raison du caractère presque percussif de l’attaque et des textures des notes produites par ces instruments, la trame presque bouillonnante des graves avait une profondeur, une densité et une richesse inhabituelles qui propulsait littéralement les notes claires et aigües des autres instruments. C’était exubérant et festif à souhait.

Photo : Jacques Gravel

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électronique / techno

SAT x Making Time | Massimiliano le maître

par Julius Cesaratto

Vingt ans après avoir amorcé une carrière l’ayant sorti d’un petit village du sud de l’Italie jusqu’aux plus grandes scènes du monde entier, Massimiliano Pagliara continue de jouer comme s’il avait encore quelque chose à prouver. À l’occasion de l’événement « Making Time x SAT », ce DJ et producteur d’origine italienne s’est vu confier trois heures au Satosphere, et il a su tirer le meilleur parti de chaque instant.

Opter pour un set de trois heures s’est avéré être le bon choix. Cela a permis à ce DJ chevronné de construire progressivement son set, d’espacer ses morceaux et d’emmener le public dans un long voyage musical, le genre de set marathon auquel il s’est habitué grâce à ses résidences au Panorama Bar de Berlin et au Basement de New York, deux des salles les plus respectées de la scène dance. Pagliara décrit son univers sonore comme un mélange éclectique de house, de techno, d’électro et de disco, et la durée de son set a permis à toutes ces influences de s’exprimer pleinement.

Les grosses caisses résonnaient avec puissance et maintenaient le public en mouvement, tandis que le côté plus doux qui fait sa renommée s’exprimait à travers des cordes soul et des voix superposées au rythme. Les beats étaient percutants et riches en groove. Il a captivé toute la salle, faisant vibrer les murs sans jamais laisser le rythme faiblir.

Le set s’accordait à merveille avec le spectacle audiovisuel en direct projeté sur l’écran à 360°, un show VJ psychédélique qui enveloppait la salle, baignant la foule dans des teintes de bleu profond et de magenta. D’après mon expérience personnelle, une grande partie du public de la Satosphere vient pour les visuels, et l’artiste qui mixe passe au second plan. Pas cette fois-ci. Par moments, j’avais l’impression d’être la seule à lever les yeux vers le ciel, car tout le monde était totalement absorbé par la musique.

Et ils ont vraiment dansé. Pas le deux-pas habituel, mais une vraie danse, fluide et libre. Cela tenait en partie à l’espace, mais on sentait aussi que c’était en grande partie grâce à Pagliara, fort de son expérience de danseur contemporain. Avec pratiquement aucune barrière entre le public et le DJ, l’agencement de la salle a beaucoup contribué à l’ambiance. Il y régnait l’intimité d’une soirée après-concert ou d’une fête chez des particuliers, et l’énergie d’une deuxième scène animée lors d’un festival. Il faisait chaud dans le dôme, et l’ambiance était à son comble près du DJ.

J’ai dû écourter ma soirée pour aller voir d’autres artistes, mais Pagliara n’a cessé de me faire remonter trois volées d’escaliers, à plusieurs reprises, juste pour que je profite encore un peu de son set. À chaque fois que je remontais, l’énergie était exactement là où je l’avais laissée : une bonne ambiance, des visages amicaux et une piste de danse toujours aussi animée, le tout sous les visuels changeants du VJ.

Même dans les extraits que j’ai pu entendre, c’était un superbe set, et je regrette seulement de ne pas avoir pu rester pendant les trois heures entières.

Photo: Nina Gibelin Souchon

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house

Piknic Electronik | Eris Drew, le Motherbeat en pleine transe

par Marc-Antoine Bernier

De retour au Piknic Électronik pour la première fois depuis 2021, la DJ et productrice américaine Eris Drew a transformé la scène Fizz du parc Jean-Drapeau en véritable terrain de transe dimanche dernier. Figure importante de la scène rave de Chicago, Drew conçoit la musique comme une technologie rituelle capable de libérer les corps et de rapprocher les individus. Une philosophie qu’elle appelle le Motherbeat, et qui s’est pleinement incarnée dans son DJ set de deux heures.

Dès les premières minutes, la house s’impose comme le fil conducteur, de la Chicago house à l’acid house en passant par la deep house et la tech house. Drew fait toutefois constamment bifurquer le groove vers le breakbeat, la bass music et des sonorités techno plus progressives. Plutôt que de simplement enchaîner les morceaux, elle les transforme en direct grâce à un travail minutieux du pitch, du scratching et des coupures. Venue à Montréal sans set préparé, avec une imposante sélection de vinyles, elle improvise en fonction de l’énergie de la piste, multipliant les allers-retours vers ses caisses de disques.

Cette approche donne au set une impression de mouvement perpétuel, où chaque transition semble participer à une même montée en transe. Lorsque résonne Hardcore Heaven de DJ Seduction, morceau rave de 1992 porté par ses breakbeats frénétiques et ses premières notes de piano euphorisantes, la piste atteint un sommet de joie collective. Drew sait toutefois garder le meilleur pour la fin, concluant avec la version de Cowgirl d’Underworld remixée par Bedrock où, pendant près de dix minutes, la techno acid pulsée atteint le paroxysme de la soirée.

Dans l’espace généreux de la scène Fizz, la foule pouvait danser sans retenue. Une manière parfaite de renouer avec l’esprit rave et de prolonger la saison du Piknic Électronik dans une euphorie aussi libre que soigneusement orchestrée.

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baroque / musique traditionnelle est-africaine

Concert au 9e : l’africanité de la chaconne

par Frédéric Cardin

Il y avait hier le premier concert de la série VoixMonde, menée par le percussionniste Ziya Tabassian. Une série qui nous mènera plus tard en Chine, en Amérique latine et dans l’univers juif du klezmer (avec le Montréalais Socalled). Hier à 17h dans le panorama Art déco du 9e étage du Centre Eaton, c’était l’africanité du Rwanda qui montait sur scène, avec le chanteur et instrumentiste Deo Munyakazi, interprète de l’inanga, un instrument traditionnel au coeur des traditions de ce petit pays de la régions des Grands Lacs africains. 

La particularité de la série VoixMonde, et aussi sa mission, c’est de permettre un dialogue entre les traditions savantes non européennes, et la musique classique occidentale. Ainsi, pour les besoins de ce dialogue, la violoniste Karin Cuellar et le violoncelliste baroque Kyran Assing se joignaient à Munyakazi, ainsi que Ziya Tabassian lui-même aux percussions. 

Dans un programme d’une heure, nous avons entendu des mélodies bellement déployées par la voix assurée de Munyakazi, qui s’accompagne élégamment avec son instrument à cordes pincées, dont le corps ressemble, un tant soit peu, à une planche de surf concave. Le son qui s’envole de cet instrument est d’une grande douceur, très velouté, mais doit parfois combattre désavantageusement la plus grande puissance de ses compagnons occidentaux, malgré l’amplification. Dans la dernière pièce, Ngwino urare, Munyakazi est sorti de sa réserve générale, en se levant et en enjoignant le public à chanter avec lui. Cette réserve était peut-être imposée par le lieu lui-même, car j’ai vu et entendu ce musicien ailleurs, et il sait faire lever le public avec passablement d’énergie. 

Le croisement entre tradition rwandaise et musique classique s’est fait via deux chaconnes de compositeurs relativement obscurs du baroque européen : Antonio Bertali (1605-1669) et Nicola Matteis (1650-1713). La raison de ce dialogue, historiquement plausible, est à chercher dans les origines de cette forme, initialement dansée dans les colonies espagnoles. Celles-ci étaient déjà un espace de syncrétisme entre les cultures espagnole, autochtones et surtout africaines, provenant de la traite exclavagiste. Évidemment, tout cela a été largement distillé dans le résultat final européen, mais le clin d’oeil a servi de justification suffisante pour permettre à Deo Munyakazi (et Ziya Tabassian aux percussions) de pouvoir s’intégrer au jeu musical des deux spécialistes du baroque (Cuellar et Assing). J’aurais bien aimé que l’inanga de Munyakazi y joue un plus grand rôle, cela dit. Il était très discret (et seulement présent dans la chaconne de Matteis). Un croisement poli, donc, mais néanmoins de beaux moments musicaux, surtout en ce qui concerne la violoniste Karin Cuellar, très bonne interprète de musique ancienne. À la basse continue, Assing, qu’on devine tout aussi bon, n’a pas eu beaucoup d’espace pour rayonner. Mais c’est la nature d’une bonne partie de la musique de cette époque pour le violoncelle. 

Finalement, nous avons eu droit à une rencontre agréable et respectueuse, un interculturalisme chic parfois touchant, et des mélodies de grande qualité (comme celle de la vidéo ci-haut). Un programme parfaitement calibré pour l’imposante aura du 9e étage.

Chanson francophone / chant lyrique / classique occidental

Mots de Gilles Vigneault, musique de Simon Leclerc: grand moment d’émotion à Bourgie

par Julie Thériault

Moment historique de poésie à la salle Bourgie. Notre Vigneault national accueilli par une chaleureuse ovation, avant même que le concert ne commence…

Cette coproduction entre la salle Bourgie et le Festival international de la littérature (FIL) qui mettait en musique des poèmes de Gilles Vigneault n’a visiblement laissé personne indifférent samedi après-midi… Tous étaient en communion dans cette magnifique église transformée en salle de concert. À quelques jours des élections, nous contemplions notre riche patrimoine, toustes ensemble…

« Sentiers intérieurs », projet inspiré par la présentation des lieder de Schubert à la salle Bourgie (échelonnée sur plusieurs années comme ce fut le cas, sous la direction d’Isolde Lagacé, pour les cantates de Bach), visait à créer un cycle de lieder sur des textes de notre grand poète. Olivier Godin, directeur artistique de la salle Bourgie, se remet au piano à notre grand bonheur pour cette occasion et offre la titanesque commande de composition à nul autre que Simon Leclerc. 

Érudit du monde de la musique, (ex-petit chanteur du Mont-Royal, compositeur de musiques de film, de comédies musicales, chef d’orchestre, choriste (pour Céline Dion!), cerveau arrangeur d’Harmonium symphonique et, plus récemment, une version lyrique de Notre-Dame de Paris, réalisateur pour des artistes du monde entier, et j’en passe), Simon Leclerc a su déployer pour l’occasion un langage très personnel, sorte d’amalgame de styles, nourri par sa vaste expérience. Habitué aux concerts à grand déploiement, il semble néanmoins s’être régalé de cette formule plus intimiste , plus dénudée, qu’offre le piano et la voix. 

Ce cycle inédit, brillamment interprété par un duo de complices, incarné par Olivier Godin (piano) et Hugo Laporte (baryton), nous révèle, avec sa riche écriture, de nouvelles facettes des textes de Vigneault. Parfois déchirés entre la richesse de la musique et la beauté des textes (beau problème!), on aura particulièrement apprécié certains lieder comme Les menteurs et Funambule où le mariage musique/texte semblait particulièrement heureux, ou encore L’écolier, plus théâtral, qui a bien amusé un public immédiatement séduit!

La dernière chanson intitulée Après bouclait parfaitement le cycle, réussite d’un compositeur mature, d’une musique merveilleusement jouée et chantée d’où émanait nostalgie, grandeur, une certaine tristesse même. 

Et que dire des derniers mots de Vigneault projetés à l’écran (comme l’ensemble des textes) à l’aube de ses 98 ans : « de n’être qu’une horloge à moudre le passé… »

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OM | Gabriela Montero et l’Orchestre Métropolitain : la musique comme acte de liberté

par Alexandre Villemaire

La pianiste vénézuélienne de renommée internationale Gabriela Montero concluait sa présence à Montréal samedi avec l’Orchestre Métropolitain, dirigée pour l’occasion par la cheffe polonaise Barbara Dragan. Dans le mot d’ouverture que cette dernière à adresser au public – en français -, elle le taquine un peu en disant qu’ils pensaient être venus ici en passant échapper aux considérations politiques seraient déçu. En effet, les œuvres des trois compositeurs au programme, soit Gracyna Bacewicz, Dmitri Chostakovitch et Segrgueï Prokofiev, portaient toute l’empreinte de musiciens ayant expérimenté l’anxiété de la guerre, la censure et le contrôle politique 

Bacewicz a composé sa Symphonie no 2 en 1951. On y perçoit un langage néoclassique ainsi que des passages musicaux innovants. Les premières mesures du premier mouvement peignent des sonorités aux contours ambiguës, évoluant vers de percussions dissonantes avant de dévoiler un paysage lumineux et pastoral. Cette énergie très vive demeure toujours matinée d’un caractère un peu angoissant qui s’incruste dans l’harmonie en arrière-plan, comme si l’ombre de l’omniprésence des affres de la guerre n’était jamais vraiment loin. Ce jeu d’ombre et de lumière se traduit également dans le deuxième mouvement, marqué « Lento tranquille ». Le troisième mouvement est un « Scherzo » habituel au caractère de fanfare, un peu comme s’il évoquait les parades de la Libération. Le dernier mouvement vient conclure l’œuvre de manière vive et incisive, reprenant l’énergie du premier mouvement.

L’éclectisme caractérise le premier Concerto pour piano de Chostakovitch qui « bouscule un peu les bonnes manières » pour reprendre les mots d’introduction de maestra Dragan. Frappé lui aussi par le contrôle de l’Union soviétique sur son œuvre, son œuvre est imprégnée à différents égards des bouleversements sociaux et politiques qui ont traversé la Russie au XXe siècle. Son concerto passe par une ou plusieurs gammes d’émotions et d’attitudes. Il n’est pas d’une virtuosité aérienne, comme on pourrait trouver dans les concertos de Chopin, Beethoven ou Rachmaninov, mais il demande une maîtrise instrumentale très serrée ainsi qu’un contrôle des dynamiques et des affects. Gabriela Montero et Antoine Mailloux, qui joue une partie de trompette prépondérante dans ce concerto, s’enquièrent de cette tâche avec fougue et énergie communicative. Les premiers et troisièmes et quatrièmes mouvements sont ceux dans lesquels on retrouve le plus l’espièglerie, l’ironie et la parodie humoristique que Chostakovitch a dispersées dans son œuvre. Le deuxième mouvement, « Lento tranquille » est de facture plus classique, avec une énergie qui oscillait entre intensité et contemplation.  Comme elle à l’habitude de le faire, Montero qui a été chaudement applaudi, a offert en rappel une improvisation au public en lui demandant de lui proposer un thème musical. En bon public québécois, la Maison symphonique a entonné avec ferveur Gens du pays de Vigneault, que la pianiste vénézuélienne a utilisé comme matériau pour créer une œuvre d’une grande virtuosité.

En conclusion, l’Orchestre Métropolitain proposait des extraits du ballet Roméo et Juliette de Prokofiev. L’agencement des mouvements reflétait bien la trame narrative du drame shakespearien et Dragan aux commandes de l’orchestre, a donné vie à la partition avec un très grand dynamisme et une énergie.  Que ce soit dans les tonitruants passages de percussions, où Barbara Dragan laissait les musiciens s’en donner à cœur joie, ou dans les moments d’une extrême délicatesse, comme la scène de Frère Laurent, avec ce thème ecclésiastique et noble entonné par le basson que les cordes accompagnent avec élégance. La « Mort de Juliette »  a conclu le concert dans une apothéose élégiaque.

crédits photo : François Goupil

Brésil / jazz / slam / soul

MUZ 2026 | Cameroun, Brésil et le reste du monde : voici la cohorte 2026

par Sandra Gasana

Ça y est ! Nous connaissons enfin la cohorte 2026 de MUZ : il s’agit de LYDOL, Zalam Kao et Galamba.

Et c’est lors de la soirée de clôture du dimanche 4 octobre que cette passation de flambeau entre la cohorte de 2025 et celle de 2026 s’est déroulée. Et ce, devant une salle remplie de partenaires, d’artistes et leur famille, ainsi que de mélomanes qui ont, pour certains, assisté aux trois soirées de concerts.

« L’année dernière, j’étais assise ici tous les soirs, j’ai vu tous les spectacles. Et il y a quelques jours, je me suis retrouvée de l’autre côté » nous confiait LYDOL, lorsqu’elle a reçu son enveloppe. Cette slameuse montréalaise d’origine camerounaise est installée depuis peu à Montréal, mais elle a clairement fait ses marques dans la métropole et se retrouve sur plusieurs scènes. Cette reconnaissance ne vient que confirmer son talent hors pair et l’emmener encore plus loin. « J’ai su ce que c’est, ce qu’on ressent quand on est sur le podium de la scène de MUZ », ajoute-t-elle.

Le deuxième membre de la cohorte est nul autre que le groupe Zalam Kao, cette formation composée de six membres, tous originaires d’une région différente du monde, allant du Maroc à l’Amérique du Sud en passant par Haïti, chantant en plusieurs langues et jouant plusieurs instruments. Projet très montréalais, cette formation cosmopolite fait de la musique positive, ensoleillée. Trois des six membres étaient présents lors de la soirée de clôture. « Nous sommes des personnes de divers horizons qui avons décidé de nous rassembler pour une même raison, qui est la musique », mentionne l’un des membres dans son discours de remerciement.

Après un moment de suspense de la part de Hendry Massamba, de la cohorte 2025, le nom de Galamba figurait également dans la liste.  Lors de mon entrevue avec lui, il me disait que dans « ce genre de vitrines, au moins les gens sont là pour voir une partie de ton spectacle. On vit dans un moment où il y a tellement de bruits, c’est difficile d’avoir l’attention des gens. Donc MUZ sera une bonne opportunité pour que les gens voient ce que je fais ». Eh bien, non seulement son travail a pu être vu par de nombreux professionnels du secteur, mais il est même sorti du lot au point de figurer dans le top 3. « J’ai participé à MUZ au moins 35 fois en tant qu’accompagnateur de pleins d’artistes », nous partage-t-il à la blague. « Je ne m’attendais pas à ça mais je suis tellement fier et content », dit-il visiblement ému.

Avant cette remise de prix, nous avons eu droit à un spectacle complet de Djely Tapa, avec ses deux invités : Iba Diabaté, un compatriote malien et Dominik, une sœur artiste de la Côte d’Ivoire. Accompagnée de ses fidèles musiciens, elle nous a offert une prestation riche en musique, en danse, en percussions, en partage et en animation. Pendant l’heure et demie de spectacles, on ne s’ennuyait jamais. Aucune monotonie, elle passait des morceaux rythmés et très percussifs, à des chansons plus douces et envoûtantes. Elle interagissait beaucoup avec son public entre les chansons, soit pour en raconter le contexte ou tout simplement pour nous faire rire. D’ailleurs, j’ai découvert son talent d’humoriste ce soir-là.

Mais durant ses interventions, un élément est revenu à plusieurs reprises : son envie de montrer le chemin à d’autres, elle qui se considère marraine pour plusieurs artistes à Montréal. C’est ce qu’elle fait en nous présentant Iba Diabaté, un artiste qui est de retour en ville après une absence de plusieurs années. Sa voix puissante résonnait dans tout le Studio TD, donnant la chair de poule à un ami qui découvrait l’artiste pour la première fois. Elle fait de même avec Dominik, cette artiste engagée ivoirienne nouvellement basée à Montréal. Djely a également chanté avec chacun d’eux, avant de les inviter tous les deux pour le bouquet final.

Elle a joué plusieurs chansons de son album Dankoroba, paru en 2024, ainsi que Barokan, paru en 2019 tout en nous partageant ses plus récents titres tels que « Mon Ami » sur lequel elle a collaboré avec la Brésilienne Fabiana Cozza. Bref, une femme aux multiples talents, qui a su nous transporter le temps d’une soirée, en nous faisant chanter, danser sur nos chaises et rigoler.

Crédit photo: Béatrice Labbé

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techno

SAT X Making Time | Aurora Halal, sombre, palpitante, sensuelle, empreinte de mystère et d’émotion.

par Julius Cesaratto

Making Time, ce festival novateur né à Philadelphie, a investi les deux étages du SAT samedi soir pour une soirée qui a duré toute la nuit. Le moment fort de la soirée a été assuré par l’une des meilleures artistes de Brooklyn, Aurora Halal, une habituée de Making Time. Selon ses propres dires, il s’agissait de sa cinquième participation sous la bannière de Making Time, et la productrice a dominé la salle principale du SAT avec un set qui restera gravé dans ma mémoire comme l’un des meilleurs que j’ai entendus dans ce lieu cette année.

Après une pause de six ans sans nouvelle sortie musicale, suite au grand succès de son EP solo Liquiddity sorti en 2019, elle s’apprête à sortir un EP de cinq titres sur son propre label, Mutual Dreaming, prévu pour la mi-octobre. Certains de ces morceaux, qui verront bientôt le jour, ont trouvé leur place dans le set de samedi. Elle décrit sa musique comme de la techno immersive qui explore différents genres tout en conservant le même esprit : des ambiances sombres, palpitantes et sensuelles, teintées de mystère et d’émotion.

Ce set a une histoire. Halal l’a spécialement conçu pour être joué dans la forêt du festival Sustain-Release, composant chaque jour au cours des semaines précédant l’événement, y compris depuis sa chambre sur place, certains morceaux ayant même été finalisés le jour même où elle les a joués. Environ la moitié du set était inédite, et c’est cette interprétation en direct qu’elle a présentée à Montréal.

Son set, diffusé en pleine heure de pointe, a démarré en force. Le caractère sombre et mystérieux de sa musique s’accordait à merveille avec l’ambiance enfumée et brumeuse de la piste de danse. L’énergie dans la salle bondée montait en crescendo à mesure que la musique gagnait en intensité. Sous la douce lumière rouge, alors que la foule dansait avec débridement, on se serait davantage cru dans une rave en entrepôt, où l’on transpire à grosses gouttes, que dans une soirée en boîte. Un jeu de lumières vraiment cool, avec des poteaux à LED descendant du plafond et des gyrophares partout, venait renforcer l’ambiance.

Le set reposait sur un rythme techno régulier « four-to-the-floor », auquel s’ajoutaient au fur et à mesure de nouveaux sons. On y trouvait des samples vocaux transposés vers les aigus, des passages de cloches et des cymbales douces et sensuelles. Au fil de la prestation, elle a laissé les choses mijoter avec des pistes vocales planantes, avant d’y glisser des touches d’acid et des boucles de gémissements coquins. Tout au long du set, les basses n’ont jamais faibli, et les grosses caisses intenses faisaient bouger toute la salle.

L’ambiance dans le public était incomparable. Au fil du set, la salle s’est remplie, les spectateurs attirés par les coups de grosse caisse percutants et grondants ainsi que par les sons hypnotiques. Au bout de 30 minutes, elle mettait littéralement le feu à la salle, dansant sur ses compositions sous le regard attentif des danseurs entassés devant elle, autour de son installation. Ce fut une performance électrisante, accompagnée d’un jeu de lumières.

À la fin de son set, alors que la foule se précipitait hors de la salle pour prendre un peu d’air frais (bien nécessaire), son nom semblait être sur toutes les lèvres. Je suis convaincu qu’elle aurait facilement pu continuer pendant au moins deux ou trois heures de plus et animer la soirée toute la nuit. Hélas, cela n’a pas été le cas. À l’avenir, j’aimerais beaucoup la voir programmée pour un set prolongé, afin de découvrir jusqu’où elle peut repousser les limites, et j’attendrai avec impatience son prochain album.

Photo: Nina Gibelin Souchon

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électronique / techno

SAT X Making Time | Dopplereffekt, froideur machinique jusqu’à la sortie

par Marc-Antoine Bernier

De retour à Montréal pour la première fois depuis 2016, Dopplereffekt présentait hier soir à l’Espace SAT son univers électronique dans le cadre de Making Time XXVI, troisième édition montréalaise de l’événement piloté par Dave P et Alexandre Auché. Fondé par Gerald Donald, également figure centrale de Drexciya, le duo formé avec To-Nhan poursuit depuis les années 1990 une exploration de la science, de la technologie et des rapports entre humains et machines.

Sur scène, cette esthétique prend une forme littérale : masqués et immobiles derrière leurs machines, les deux artistes évoluent devant une succession de robots chromés, de schémas anatomiques et de paysages futuristes en noir et blanc. L’ensemble est cohérent, mais finit par devenir redondant. To-Nhan, qui joue exclusivement du synthétiseur, demeure d’ailleurs souvent immobile sans jouer, alors que Donald assure plusieurs des lignes arpégées du concert. Son rôle paraît ainsi étonnamment sous-utilisé, autant musicalement que scéniquement.

Musicalement, Dopplereffekt navigue entre électro, progressive electronic et Detroit techno, superposant textures atmosphériques, arpèges menaçants et profondes pulsations. Leur approche, marquée par la disparition des refrains accrocheurs et de la subversion pop au profit d’une abstraction de plus en plus dépouillée du rythme, crée parfois une certaine distance émotionnelle avec l’auditeur.

Cela pourrait expliquer l’énergie plutôt réservée du public durant le premier tiers du spectacle. Pourtant, les sonorités de synthétiseur de To-Nhan, toujours inscrites dans un même registre, évoquent par leur couleur harmonique une certaine tradition du Detroit techno et comptent parmi les moments qui m’ont le plus rejoint.

Malgré ces réserves, l’expérience demeure appréciable. Les moments forts se multiplient à mesure que le concert progresse, jusqu’à une conclusion aussi froide que le reste de la performance : sans salut ni finale spectaculaire, les deux artistes quittent simplement la scène, laissant la dernière pièce s’éteindre sous les visuels. Une proposition singulière, qui ne cherche manifestement pas à séduire par l’énergie, mais à prolonger avec rigueur l’évolution d’un univers électronique unique.

Photo: Nina Gibelin Souchon

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électronique

SAT X Making Time | Olof Dreijer, énergie solaire au cœur du dancefloor

par Marc-Antoine Bernier

Précédé de Dave P, Olof Dreijer monte sur la scène de l’Espace SAT vers 23 h 30, seul derrière son matériel, vêtu d’une chemise à manches courtes aux couleurs vives et aux motifs floraux. Quelques secondes après son entrée, le producteur suédois met le feu au dancefloor. Pour celui qui fut l’une des deux moitiés de The Knife aux côtés de sa sœur Karin Dreijer, cette performance constitue une entrée en matière particulièrement euphorique pour la soirée de Making Time.

La première moitié du spectacle prend des allures de déferlement de morceaux de club aux influences multiples, des titres qui semblent conçus pour résonner à plein volume. Le kuduro, la batida et le gqom se mêlent aux sonorités house et UK funky de Dreijer, insufflant à l’ensemble une chaleur rythmique et organique qui contraste avec les sonorités techno plus froides entendues ailleurs durant la soirée. Les synthétiseurs, fluides et élastiques, se déploient autour de ces pulsations, donnant à la musique une dimension constamment mouvante.

Cette organicité se retrouve également dans la performance elle-même. Plutôt que de rester immobile derrière son ordinateur portable, Dreijer intervient régulièrement sur des percussions, auxquelles il applique différents effets. Ces sonorités sont directement liées à sa démarche de production, lui qui transforme des enregistrements de percussionnistes en leur appliquant des traitements électroniques. Les voir prendre vie sur scène donne ainsi une dimension physique à des sons qui pourraient autrement sembler entièrement programmés.

Dreijer prend également le microphone pour rappeler simplement son intention : partager un moment de joie avec le public et danser ensemble. Il n’en faut pas davantage. Visiblement heureux derrière ses machines, l’artiste transmet une énergie solaire et hédoniste à une foule déjà conquise. Pour moi, l’un des moments forts de la soirée. Une véritable bouffée d’air frais avant que la programmation ne bascule vers une techno plus traditionnelle.

Photo : Nina Gibelin Souchon

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jazz contemporain / Musique de création

FLUX 2026 | Sax alto, violoncelle, électronique, deux concepts suggérés à La Zone

par Jeremy Fortin

Saxophone, violoncelle et électronique étaient mis de l’avant dans le cadre du Festival Flux, ce dimanche 4 octobre avec la saxophoniste Caroline Davis et la violoncelliste Helen Gillet. Les deux musiciennes ont offert deux plateaux musicaux distincts et contrastants, mais unis dans une certaine douceur, teintée par un désir sincère de partager la musique avec le public.

C’est en utilisant des techniques de looping, de la réverbération et des sons préenregistrés que la saxophoniste crée un tapis sonore sur lequel elle peut ensuite jouer plus librement. Après un début très ambiant, Caroline Davis dresse la table pour une section un peu plus rythmée où elle s’amuse sur son clavier à mélanger les sons enregistrés durant la première partie de la pièce. Les pièces qui suivent proviennent toutes de son album Fallows, sorti en mars 2026 et imaginé antérieurement, soit pendant une résidence de création au Wyoming. 

Les trois pièces jouées tirées de cet album, Springtails, She knows she is water  et Mars  tournent toutes autour de la nature et de la façon de l’observer de l’extérieur. Cette mise en contexte décrit réellement l’ambiance pendant la performance de Caroline Davis, une performance intime aux sonorités multiples et complexes.

Helen Gillet, quant à elle, apporte une toute autre dimension à la soirée. En mélangeant le chant au violoncelle et en utilisant des techniques de looping, la violoncelliste de la Nouvelle-Orléans devient vite son propre ensemble lorsqu’on l’écoute jouer. Durant sa performance, elle utilise le côté percussif de son instrument dans le but de créer une section rythmique. Elle ajoute ensuite des mélodies à ce grand amalgame de boucles, tout en chantant. Parmi le matériel au programme, nous retrouvons en autre des compositions provenant de son dernier album ReBelle, un hommage au poète belge Julos Beaucarne. La performance de Gillet, est sensible et honnête, une belle façon de clore cette soirée à La Zone, un lieu situé au coeur des migrations récentes des artistes underground de MTL.

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