Piknic Électronik x Igloofest: un dernier hourrah! avant janvier

par Julius Cesaratto

Piknic Electronik a clôturé sa longue saison en grande, sous le signe d’Igloofest. Un duo de mascottes « yétis » arpentait le site, posant pour des photos et distribuant des « high-fives » aux festivaliers, tandis que des canons à neige artificielle saupoudraient l’avant de la foule et que les bars servaient des boissons chaudes.

En l’absence de scène secondaire cette fois-ci, toute l’action s’est déroulée sur la scène FIZZ (principale), où le producteur et DJ britannique Eli Brown (pseudonyme house de Gavin Harris) était la tête d’affiche. Certains fêtards chanceux ont même été autorisés à monter sur scène derrière lui. Malgré l’air frais et vif de l’automne, la foule s’est déplacée pour profiter une dernière fois d’une soirée en plein air avant la fin de la saison estivale.

Eli Brown a ouvert le bal avec de la tech house et quelques touches d’acid, puis s’est immédiatement lancé dans les remixes : une réinterprétation de Enjoy the Silence de Depeche Mode et un remix du morceau gabber préféré de TikTok, The First Rebirth, de Jones & Stephenson. Cela a donné le ton d’une soirée plus commerciale que ce à quoi je suis habitué, avec de nombreux morceaux que j’ai surtout écoutés sur les réseaux sociaux plutôt qu’entendus en vrai.

Mon principal problème concernait l’organisation du set. Ce fut un déferlement incessant de montées en puissance qui se terminaient par des retombées décevantes, comme si notre hôte essayait de caser autant de moments dignes d’être filmés que possible en deux heures. C’est un problème plus général dans la musique dance en ce moment. La rapidité des enchaînements ne laissait aucun répit aux morceaux ni aux transitions. Entre Meet Her at the Love Parade de Da Hool et une multitude de morceaux EDM génériques, ponctués de temps à autre par un tube, les enchaînements effrénés de morceaux connus donnaient une impression de désordre à l’ensemble.

L’énergie a sensiblement monté d’un cran vers la première heure. Un interlude DnB, clin d’œil à son passé sous le nom de Xample, l’un des deux membres du duo de drum and bass Loadstar, a suscité les applaudissements du public, mais il a brisé cet élan en faisant chuter le BPM juste après.

Les remixes se sont enchaînés. Kernkraft 400 de Zombie Nation a fait chanter le public, tandis que Work d’A$AP Ferg a été revisité avec des kicks gabber, et Revolution de BK a bénéficié d’un mélange vocal de mauvais goût. Tout au long du set, il a eu du mal à tirer parti de l’énergie qu’il avait créée sur la piste de danse.

Il a toutefois réussi son final, terminant sur une note trance avec Insomnia de Faithless.

Dans l’ensemble, ce fut une bonne soirée, mais je suis reparti avec un petit sentiment d’insatisfaction face à la programmation de cette dernière soirée dominicale de l’année. À mon humble avis, cette clôture s’est avérée moins marquante que prévu, en tout cas moins que celles des saisons précédentes.

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Le Vivier | Albane Tamagna, autres modes de jeu de la flûte

par Jeremy Fortin

Une exploration sonore autour de l’identité et des déplacements de soi, c’est ce que la flûtiste Albane Tamagna et Le Vivier nous ont proposé à la salle bleue du Wilder mardi soir 13 octobre. Dans une période où l’immigration est souvent source de polémique, Albane Tamagna offre un autre regard sur l’immigration, un regard humain, et ce, en donnant la parole à celles et  ceux ayant choisi Montréal comme terre d’accueil.

Mêlant éclairage, électronique et flûte traversière, le concert se veut une exploration au travers des témoignages recueillis lors d’une semaine de résidence, où des personnes immigrantes ont partagé avec l’équipe du concert leur histoire personnelle.

Des extraits de ces témoignages ont alors été sélectionnés, puis retravaillés dans le but d’être inclus dans une trame sonore qui guide le concert, parallèlement  avec la flûte. Au cœur du programme, la flûte s’articule autour de la composition Itacà, voyage d’un flûtiste, du compositeur mexicain Wilfrido Terrazas, dans laquelle des extraits de témoignages sont intégrés avec l’électronique.

Avec ses quatre flûtes, Albane Tamagna nous offre une performance exécutée en chair et en os. Mais la beauté du projet, comme elle l’a mentionné après le concert, réside dans le fait qu’elle n’est pas réellement seule sur scène. Des voix  l’accompagnent et habitent la scène, et ce, tout au long de la performance.

Qui plus est, la pièce de Wilfrido Terrazas est interprétée avec une grande émotion. Le souffle humain et le chant fondus dans le jeu de la flûtiste sans compter d’autres modes de jeux, des mouvements de l’interprète dans l’espace lorsqu’elle change d’instrument, voilà autant de facteurs ayant conduit l’auditoire à  une expérience continue, agréable et nourrissante du début à la fin de cette prestation.

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haïtien / Piano

Mois du Créole 2026 | David Bontemps : des frissons du début à la fin

par Sandra Gasana

Il avait carte blanche pour cette soirée hommage à Jean Jacques Dessalines avec pour seule consigne : liberté. Et c’est avec cette liberté que David Bontemps nous a transportés durant cette heure de demie, grâce à son piano qui semblait être un prolongement de son corps. Avec des pièces qui mêlaient douceur et intensité, allant de l’un à l’autre de manière tout à fait fluide, nous ressentions en direct ces émotions contradictoires.

Ces morceaux avaient des allures d’histoires racontées à travers des notes de musique plutôt que des mots, avec un début, une intrigue souvent intense musicalement suivie d’une chute, parfois dramatique mais pas toujours. Lorsqu’il fermait les yeux, on pouvait ressentir cette connexion entre lui et son instrument, comme s’ils communiquaient entre eux, en plus de communiquer avec l’audience. Humblement, il saluait la salle toutes les deux ou trois chansons, avant de retourner à son piano.

La Chapelle musicale du Bon Pasteur était plutôt pleine en ce samedi soir d’automne avec des spectateurs de toutes les générations. Certains avaient l’air d’être des habitués du Mois du Créole puisque j’en ai reconnus plusieurs qui étaient au concert d’ouverture du 3 octobre avec Jocelyne Béroard et Tony Chasseur.

Une première partie était assurée par Kara Antoine qui nous a lu un magnifique poème de Félix Morisseau-Leroy, Mèsi Papa Desalin. Dans ce poème épique, ce poète et écrivain haïtien connu pour utiliser la langue créole dans ses œuvres rend un vibrant hommage à Jean Jacques Dessalines, figure emblématique de l’histoire d’Haïti. Dans ses vers teintés de reconnaissance, le poète a salué la bravoure, l’héroïsme et le courage de ce héros qui a œuvré en vue de bâtir une société haïtienne plus juste et plus égalitaire, une société basée sur la liberté, la fraternité, la dignité et le respect de la personne humaine.

Nous étions ainsi dans les meilleures conditions pour poursuivre avec le récital de David Bontemps. Et tel qu’il l’avait souhaité lors de notre entrevue quelques jours plus tôt, plusieurs dans la salle sont venus l’écouter, « les yeux fermés, et les oreilles ouvertes ».

Crédit photo: Valérie Gassien

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période classique

Arion : Cendrillon s’amuse et déploie sa magie

par Frédéric Cardin

Une vraie pépite que cette Cendrillon de Niccolo Isouard, créée en 1810 à l’Opéra-Comique. Après avoir savouré la présentation d’hier soir à la salle Bourgie, par un orchestre Arion dans une belle forme, dirigé vivement par Mathieu Lussier, et soutenant des performances souvent magistrales des solistes en présence, on comprend pourquoi cette oeuvre pleine de vie a séduit le public européen pendant une bonne partie du 19e siècle avant d’être malheureusement reléguée aux ombres de l’histoire par la version de Massenet (1899), et celle de Rossini (La Cenerentola), plus populaires de nos jours sur les scènes lyriques. Il faut dire que cette Cendrillon a une forme qui a elle-même passablement disparue, celle d’une alternance entre chant et dialogues parlés. N’empêche, quand on a entendu un aréopage aussi efficace que celui assemblés par les producteurs de cette itération en grande partie québécoise, on se plaît à imaginer un retour beaucoup plus assidu de ce genre de spectacles. Du moins de notre côté de l’Atlantique, car en Europe, c’est évidemment moins rare. M’enfin, comme dirait Gaston…

Si vous souhaitez en savoir beaucoup plus sur cette Cendrillon d’Isouard, et sur le compositeur lui-même, lisez l’entrevue que j’ai réalisée avec Alexandre Dratwicki, Directeur artistique du Palazzetto Bru Zane – Centre de musique française, qui a étroitement collaboré à cette production. 

ENTREVUE AVEC ALEXANDRE DRATWICKI

Cendrillon était présentée dans une mise en espace signée Julien Patenaude, qui jouait également le rôle du Baron Montefiascone, le méchant beau-père de Cendrillon, et père des deux exécrables demie soeurs. Des mouvements simples mais efficaces, et de menus détails scéniques pour camper les lieux : un foyer pour le château du Baron (ou vit Cendrillon) et des fleurs au sol pour l’épisode au Palais du Roi. Mais surtout, quelques projections sur le mur du fond franchement drôlatiques et adaptées au contexte local. Par exemple, à la fin du premier acte, quand le carrosse du Roi transporte les demie soeurs vers le Palais, et que cela mène à l’entracte, une image du centre-ville de Montréal avec un château digne de Walt Disney plus loin derrière, bordé par un bouchon de circulation, nous indique que le convoi aura une vingtaine de minutes de retard car il est pris sur Décarie. J’ai bien ri. 

Dès l’Ouverture, le ton était donné : Arion est en forme, en particulier Simon Poirier, le cor solo, qui lance une efficace mélodie qu’on ré-entendra plus tard, accompagné par la harpe en dentelle d’Antoine Malette-Chénier. Une partition redoutable pour un cuivre déjà difficile à contrôler, qui plus est ici dans son format ‘’naturel’’, c’est-à-dire sans valves. Tout se fait avec la bouche et la main dans le pavillon. Poirier s’en est sorti avec panache, même si quelques notes étaient trop ‘’bouchées’’ par ladite main dans le pavillon. N’empêche, respect. On savait donc, dès ce moment, que la qualité musicale (instrumentale) allait être au rendez-vous. On a également compris que l’attitude générale allait être bon enfant, avec les projections amusantes accompagnant ces initiales minutes occupées uniquement par l’orchestre. Une autre bonne idée de Julien Patenaude : les personnages sont présentés de façon ironique. Par exemple : Clorinde, occupation : détestable sœur. Alias : Florie Valiquette. Et ainsi de suite. Réussi. 

On est finalement convaincu pour de bon avec l’arrivée des solistes. Ils et elles sont tous bons, vocalement, en plus de jouer avec beaucoup de justesse. Les personnages sont certes caricaturaux, mais pas sur-écrits. Emma Fekete est une Cendrillon adéquatement authentique et bienveillante, Son soprano limpide, léger mais avec assez de chair, lui donne le timbre parfait pour le rôle, celui d’une jeune fille normale, simple et altruiste. Les deux méchantes sœurs sont délicieusement détestables. Elles ont les passages les plus stratosphériques, dans lesquels elles doivent virevolter comme des colibris énervés. Florie Valiquette (Clorinde) et Magali Simard-Galdès (Tisbé) semblent savourer pleinement leurs rôles, en leur imprimant une condescendance méprisable (envers Cendrillon et les ‘’inférieurs’’ en général) autant qu’une obséquiosité dégoulinante de mauvaise foi devant celui qu’elles pensent être le Roi (mais en réalité, un simple valet). Simard-Galdès s’est surpassée dans le Boléro de l’Acte II où elle tente de séduire le (faux) Roi, sur une musique et avec un bagout qui évoque, 65 ans d’avance, une certaine Carmen..

Cyrille Dubois est le grand nom de cette production, et il ne déçoit pas. Son ténor léger mais puissant lui permet d’incarner un Prince Ramir candide mais sincère et aimable. Laurent Deleuil est un efficient Alidor, Ministre et un peu Magicien du Roi, mais, à mon avis, c’est Dominique Côté qui vole la partie côté masculin, même s’il chante peu (et quand il le fait, on apprécie son baryton chaleureux). C’est surtout dans son jeu truculent de Dandini, le valet qui se fait passer pour le Roi, qu’il excelle et épate. Il est aussi le seul à (presque) jouer son rôle sans texte d’appui. Dès sa première apparition, on était attaché. Il se dandine, il fanfaronne, il fait de l’oeil au deux soeurs (qui le prennent pour le Roi) avec une délectation non feinte, et avec sa chemise déboutonnée, fait absolument penser à un mononc quétaine à qui on a donné 24 heures pour réaliser tous ses rêves. Fabuleux. 

Les épisodes choraux, de très belle teneur, sont assurés solidement par le Choeur Éphémère.

On notera un détail technique à améliorer : les surtitres, qui sont en vérité des ‘’arrières titres’’ (projetés sur le mur du fond) sont quasiment illisibles si on se trouve dans la moitié avant de la salle, car les chanteurs et leurs lutrins les cachent en bonne partie. On pourrait les monter plus haut…

Cela dit, cette production mérite d’être saluée pour son immense qualité. Les mêmes protagonistes feront d’ailleurs un enregistrement pour ATMA Classique, une initiative qui risque de devenir une version de référence, car il n’existe pas de compétition valable à l’heure actuelle. Un enregistrement de 1998 sous étiquette Olympia, dirigé par Richard Bonynge devant des forces moscovites, est devenu introuvable, en plus de souffrir d’une prise de son bas-de-gamme, typique de productions de l’ère soviétique (même si l’URSS était alors décédée). Une autre version, plus récente (2018), est disponible chez Albany, et menée par la Manhattan School of Music Opera Theater. Je l’ai écoutée, et si les solistes témoignent de belles aptitudes, l’orchestre n’est tout simplement pas à la même hauteur que Arion. 

Une autre représentation est donnée dimanche à 14h30. Si vous lisez ceci dimanche matin, il vous reste une chance de déguster ce trésor non seulement caché, mais déterré et ressuscité ici avec brio. 

Amenez-en d’autres comme ça. Longue vie à cette collaboration entre Arion et le Palazzetto Bru Zane. 

musique contemporaine

Prix Azrieli 2026 : les quatre piliers du Temple

par Frédéric Cardin

Le concert Gala des Prix Azrieli 2026 avait lieu hier soir à la Maison symphonique. L’un des plus importants ensembles de prix pour la composition contemporaine au monde, les Prix Azrieli récompensaient cette année quatre œuvres écrites pour orchestre symphonique, chœur et solistes (peu importe l’instrument ou le type de voix). 

Dans le Temple musical montréalais qu’est devenu la Maison symphonique, la parole créative de quatre compositions de haute tenue a eu droit à une cérémonie menée rondement par les artistes sur scène. Quatre œuvres portant un héritage sonore assez semblable, celui de l’avant-garde moderniste, teintée ici et là de spectralisme et d’expressionnisme atonal. Trois d’entre elles sont des créations, et deux sont spécifiquement focalisées sur la culture juive. 

Je résumerai succinctement mes impressions de chacune d’entre elles : De l’encra escafada (L’encre qui disparaît) de Adrian Mocanu est la plus aboutie; Letter From Across the River de Dalit Hadass Warshaw, la plus touchante; Height of Land de Nicholas Denton Protsack, la plus impressionniste; Riddle de Hana Ajiashvili, la plus viscérale. 

Captation du concert Gala des Prix Azrieli 2026 : 

Le Prix de la Commande Azrieli 2026 pour la musique internationale, De l’encra escafada de Adrian Mocanu, s’est avéré être une introduction judicieuse. Son univers de bruitisme moléculaire, initialement fourmillant de minuscules particules gravitant aléatoirement dans un espace sonore très délicat, révèle un discours progressif et intellectuellement brillant menant à une étoffe musicale qui gagne en amplitude et en coffre, mais avec quelques va-et-vient dynamiques. L’ensemble se conclut de façon très satisfaisante dans une plénitude finale rayonnante. Le sujet, la voix perdue des trobairitz (femmes troubadours médiévales) se manifeste tout du long de l’œuvre, à travers le frémissement de fragments motiviques fantomatiques, évoquant, on le devine, les spectres de ces artistes dont nous avons oublié les voix. Le chœur, plus souvent qu’autrement, utilise des techniques vocales étendues (murmures, glissandos), alors que l’orchestre est constamment atomisé en milliers de couleurs, de timbres, de textures. Devant, un consort de violes (Les Voix Humaines : Susie Napper, Elinor Frey, Felix Deak et Thomas Baeté) luttait parfois vainement pour se faire entendre. À noter pour une prochaine performance : il faudra retravailler l’équilibre entre ce quatuor et le reste de l’orchestre/chœur. C’est d’autant plus important que ces violes représentent l’esprit de Beatriz de Dia, dont la seule chanson qui nous soit parvenue constituait l’un des matériaux de la composition. Malgré tout, cette œuvre nous est apparue, à moi-même et mon collègue Alain Brunet, comme la plus savamment aboutie de la soirée.

CONSULTEZ L’ENTREVUE QUE J’AI RÉALISÉE AVEC LE COMPOSITEUR DE DE L’ENCRA ESCAFADA, ADRIAN MOCANU

Letter From Across the River de la New Yorkaise Dalit Hadass Warshaw, le Prix de la Commande Azrieli de musique juive, suivait avec une proposition éminemment touchante. Warshaw y raconte l’histoire de son arrière-grand-père, Juif polonais qui a traversé à la nage une rivière pour aller porter une lettre d’adieux à ses fils, réfugiés en territoire sécuritaire, avant de retourner partager le sort funeste de sa femme et du reste de sa famille, dans les Camps de la Mort. La construction de Letter s’articule sur un squelette discursif linéaire, facilement compréhensible, en grande partie à cause du texte chanté puissamment par le baryton Noam Heinz. Letter se déroule à la façon d’un drame cinématographique, ou encore d’un oratorio miniature. L’action est soulignée par une musique évocatrice, campée sur les activités racontées ou les émotions suggérées. Après un déversement torrentiel de l’orchestre, qui plonge le public dans la rivière tourbillonnante avec le protagoniste de l’histoire, qui manque aussi de s’y noyer à plusieurs reprises, une deuxième et dernière partie de la composition nous invite dans un moment de grâce lumineuse et spirituelle, portée par l’orchestre allégé et surtout l’apparition de la soprano Hila Plitmann. Sans être absolument sans faille, la performance de Baggio, sur une partition redoutable, exigeant des aigus aériens et lumineux, a offert l’expression angélique et l’illumination sacrée requise par la compositrice. Letter From Across the River est une pièce qui donne très envie de la réentendre.

CONSULTEZ L’ENTREVUE QUE J’AI RÉALISÉE AVEC LA COMPOSITRICE DE LETTER FROM ACROSS THE RIVER, DALIT HADASS WARSHAW

Troisième au programme (et première au retour d’entracte), Height of Land de Nicholas Denton Protsack représentait le Prix de la Commande Azrieli pour la musique canadienne. Le Canadien Protsack, basé en Nouvelle-Zélande, recherche la façon de créer une véritable réciprocité entre la Nature et la musique classique d’aujourd’hui. Protsack affirme vouloir faire en sorte que les sons de la nature soit de la musique, et vice-versa. Ça a déjà été tenté plusieurs fois, sous forme de musique concrète, d’électro ambient, ou encore d’imitation instrumentale de bruits d’animaux, du vent, etc. Protsack souhaite  proposer quelque chose de nouveau, une nouvelle façon de concevoir la relation entre les sons musicaux et l’esprit de la nature. Il affirme surtout ne pas offrir de véritable réponse, mais plutôt laisser les gens juger, et poursuivre ses propres recherches et questionnements. Y arrive-t-il, donc? Eh bien, Height of Land m’est apparue comme une construction contemporaine frétillante de textures qui évoquent souvent des sons d’oiseaux, des bruissements de feuilles, etc. Quelques idées esthétiquement stimulantes : la présence d’un chœur secondaire de huit chanteurs et d’un violoncelle parmi le public, ainsi qu’un épisode où les spectateurs sont appelés à frotter des mains. Rien dans tout ceci, cela dit, qui n’ait pas déjà été tenté (musiciens parmi le public, etc.), mais la réalisation de Protsack est belle et la partition brille de mille teintes et effets. La charpente générale est un peu difficile à saisir, et les idées semblent éparpillées, mais, en même temps, voilà probablement le principe à la base de l’oeuvre qui se manifeste : une musique qui souhaite être en relation symbiotique avec la Nature, ne peut pas non plus être construite avec un esprit trop cartésien. En fin de compte, Height of Land m’a grandement plu, esthétiquement, mais je sens que je devrai y retourner pour mieux en cerner les tenants et aboutissants. 

CONSULTEZ L’ENTREVUE QUE J’AI RÉALISÉE AVEC LE COMPOSITEUR DE HEIGHT OF LAND, NICHOLAS DENTON PROTSACK

La dernière œuvre au programme, le Prix Azrieli pour la musique juive (une musique déjà existante), était Riddle de Hana Ajiashvili. Au centre du propos, un texte du 12e siècle de Yehuda Halevi, en vérité une énigme qui mène à un commentaire politique : Qu’est-ce qui est fin, vide et lisse, mais dont le sang ‘coule de la bouche’ ? La réponse est puissante d’enseignement : la plume qui signe les ordres d’exécution. C’est sur cette réflexion aussi dramatique qui philosophique que Ajiashvili compose une trame puissante, viscérale, où l’orchestre éclate en tuttis saisissants, dans lesquels le choeur égrenne, graduellement, le texte de l’énigme en question, avant de terminer dans une décharge féroce. On en ressort un peu estomaqué. 

CONSULTEZ L’ENTREVUE QUE J’AI RÉALISÉE AVEC LA COMPOSITRICE DE RIDDLE, HANA AJIASHVILI

Chapeau à l’Orchestre symphonique de Montréal et au Chœur de l’OSM, resplendissants, ainsi que les divers solistes. À la direction, Asher Fisch semblait tout à fait adéquat, sans se démarquer particulièrement. 

Je disais plus haut que les quatre pièces procèdent d’une esthétique musicale contemporaine assez semblable. Même si chacune s’avère être un ajout significatif au répertoire de la musique savante, je me permettrai d’émettre le souhait que, lors des prochaines éditions, un soin particulier soit apporté à choisir des compositions qui représentent plus largement le monde de la nouvelle musique de concert. Parce que, en effet (et sans être exhaustif, de loin), quid du néotonalisme expressionniste (façon Anna Thorvaldsdottir), ou du post-minimalisme (façon Nico Muhly), ou du post-modernisme oecuménique fusionnant cultures pop et savantes (façon nicole Lizée)? En fait, des écoles de pensées nées et développées essentiellement dans les 25 dernières années, soit le 21e siècle. 

Une idée comme ça, qui n’enlève absolument rien à l’accomplissement que représente l’édition 2026 des Prix Azrieli. 

indie rock

Tout le monde est ami avec Broken Social Scene

par Stephan Boissonneault

Le week-end dernier, il s’est passé quelque chose d’amusant lors du concert de Stars + Broken Social Scene + Metric à la Place Bell. Nous sommes arrivés par une soirée pluvieuse et nous sommes allés directement à la billetterie pour récupérer mes pass « guest list ». D’habitude, du moins pour pratiquement tous les concerts où j’ai eu des pass « guest list », ça se passe sans problème. Mais quand nous sommes arrivés à la Place Bell, il y avait près de 40 personnes devant nous. Est-ce que tous ces gens achetaient des billets de dernière minute ? Le dernier concert de la tournée « All The Feelings » n’avait-il pas fait salle comble ?

Au bout d’une trentaine de minutes, alors que la file n’avançait toujours pas, le contrôleur s’est rendu au fond de la salle et a dit : « Tous ceux qui sont sur la liste des invités, venez par ici. » Et sans hésiter, tout le monde s’est déplacé à l’unisson ; en effet, nous étions tous sur la liste des invités. Plus j’y pense, plus ça me semble logique. Broken Social Scene compte environ 13 membres, mais ce chiffre dépasse les 25 si l’on tient compte de toutes les collaborations. Il est donc tout à fait normal qu’ils aient autant d’amis. Certaines de ces personnes auraient également pu figurer sur la liste d’invités de Metric ou de Stars, deux groupes qui font également partie de BSS.

Malheureusement, cela nous a fait manquer Stars et Amy Milan, qui ont en gros contribué à organiser cette méga-tournée indie canadienne. La salle n’était remplie qu’à moitié environ, avec une fosse qui aurait pu être plus bondée et les sections 200 et 300 vides. C’était de loin le concert dans un stade le plus intimiste auquel j’aie jamais assisté. Lorsque Broken Social Scene est monté sur scène, l’énergie était palpable. Kevin Drew a gratté sa guitare et le groupe s’est lancé dans « Cause=Time », un hymne du rock indie canadien de 2002.

Tout le groupe était au complet, à l’exception de Feist, même s’ils ont fait monter Amy Milan sur scène pour « Hug of Thunder ». Emily Haines, de Metric, est également apparue sur scène pour interpréter le fougueux « Anthems for a Seventeen-Year-Old Girl », avant de devoir se préparer à clôturer le concert avec Metric. Ce fut un moment marquant de l’histoire du rock indépendant canadien. Tout comme Torquil Campbell (Stars), qui s’est laissé emporter par le trio de guitaristes composé de Sam Jr., Andrew Whiteman et James Shaw (qui allait lui aussi faire son retour avec Metric). Broken Social Scene a clôturé le concert avec le tube instrumental « KC Accidental », et le reste appartient à l’histoire.

hyperpop / pop / power-pop

Slayyyter fait ressortir les « Wor$t Girls » à Montréal

par Jake Friesen

C’est un mercredi soir, et le Theatre Beanfield bouillonne d’une foule effervescente. La foule enthousiaste regorge d’un mélange éclectique de styles : des femmes tirées à quatre épingles, des minets portant des vêtements Slayyyter faits maison, mais pas une seule « clean girl » en vue.

Alors que la foule joyeuse se rassemble, Pearly Drops fait son apparition. Parés de leur style scandinave mystérieux caractéristique et de leurs lunettes de soleil « bug-core », on a droit à une performance étonnamment incarnée. L’aura énigmatique de ces créatures s’allie à leur présence scénique accueillante, une invitation à s’élever avec eux vers leur son éthéré plutôt que de se contenter d’en être le simple témoin. Leur son stratifié se laisse écouter facilement ; comme si l’on mangeait un pastel à l’huile, les sons s’estompent et se brouillent, amplifiés par la chaleur de leur présence sur scène. Ils reviennent à leur extrait sonore emblématique Pearly Drops pour rappeler au public de revenir sur terre entre chaque chanson.

Le public est éblouissant et en délire dans l’attente de Slayyyter. La scène est aménagée comme une arrière-cour inspirée d’un parc de mobil-homes, avec une corde à linge et de l’herbe artificielle bordant le bord de la scène. Elle fait son entrée en flânant par la porte de la façade, absolument radieuse. Elle enchaîne alors un set épique qui couvre l’intégralité de WOR$T GIRL IN AMERICA. Accompagnée d’un groupe live, l’énergie de chaque chanson est amplifiée, et sa voix resplendit avec une clarté parfaite,

Alliant une énergie rebelle, un chant aérien et l’urgence d’une batterie live, OLD FLING$ et WHATS IT LIKE, TO BE LIKED? se sont particulièrement démarqués dans le set. Sa voix raffinée en live sur CANNIBALISM! et UNKNOWN LOVERZ a apporté une nouvelle profondeur à ces morceaux. Même si je ne saurais dire exactement combien de fois j’ai pleuré pendant son concert, je peux affirmer sans hésiter que j’étais complètement bouleversée pendant BRITTANY MURPHY, qu’elle a dédiée au public. Véritable joyau de cet album, ce morceau synthétise avec brio l’esthétique de l’ensemble de l’album en un titre dévastateur et explosif. La prestation live n’a pas fait exception à la règle. Suivant une structure informelle en trois actes, le public a également eu droit à trois changements de costumes, renforçant encore davantage le sentiment que ce moment appartient entièrement à Slayyyter.

Le public, en extase, connaît l’album par cœur avec une conviction profonde, et les voix de la foule font écho aux paroles que Slayyyter lui adresse. La tournée WOR$T GIRL IN AMERICA sera sans aucun doute l’un des nombreux moments marquants de la carrière en pleine expansion de Slayyyter, alors que sa popularité ne cesse de croître.

Photos by Deirdre Kelly (@beatsbydeirdre)

punk / punk rock

Death vit !

par Lyle Hendriks

Voir Bobby Hackney Sr. et le groupe légendaire Death se produire sur la petite scène de l’Ausgang Plaza m’a rappelé une expression éculée : un gros poisson dans un petit étang. Formé en 1971 et dissous en 1977, ce trio proto-punk connaît depuis un regain de popularité près d’un demi-siècle plus tard, et les voir en chair et en os a prouvé que Death n’a pas besoin d’être ressuscité.

C’est le moment idéal pour avouer que je ne connaissais pas très bien l’univers de Death avant de les voir en concert, ce qui m’a particulièrement déconcerté lorsqu’ils ont ouvert leur set avec un extrait fluide et funk de leur première période, RockFire Funk Express. Ils ont enchaîné quelques mesures avec aisance, me transportant vers une époque plus simple, celle de la coke pure, des gilets à motif vache et des cigarettes fumées à profusion à l’intérieur.

Mais tout s’arrête brusquement lorsque Bobby s’empare du micro pour une brève leçon d’histoire, expliquant les origines du groupe en tant que formation funk, puis se présentant à nouveau comme, je cite, DEEEEEEEEEATH ! avant d’enchaîner avec leur tube intemporel, Keep On Knocking.

Death a toujours été une affaire de famille, le groupe étant à l’origine composé des frères Bobby, Dannis et David Hackney. Aujourd’hui, Bobby continue de tenir le coup avec intrépidité au chant et à la basse ; sa voix a certes perdu un peu de sa finesse, mais elle n’en reste pas moins énergique, captivante et libre comme sur les enregistrements de 1975. De même, Dannis continue de faire exploser sa batterie sur le fond de la scène, et même si je n’ai pas pu bien l’observer tout au long du concert, soyez assurés que toute la salle l’a senti et entendu haut et fort. Reprenant le flambeau familial aux deux guitares (qui se livrent parfois à un véritable duel), les fils de Bobby, Julian et Urian, dont la redoutable maîtrise et l’énergie débordante, aux côtés de leur père, ont contribué à insuffler une nouvelle intensité au répertoire classique de Death.

On a beaucoup parlé et débattu de l’influence de Death, tant en termes de contribution que d’inspiration reçue, alors qu’ils ont émergé à une époque marquée par le rock et la révolution. Si l’on peut certainement entendre les comparaisons souvent faites avec Alice Cooper, les MC5, Iggy & The Stooges, les Stones et bien d’autres, ce groupe a aussi quelque chose de différent. En tant que personne qui les a découverts rétrospectivement, en connaissance du contexte musical qu’ils ont été les premiers à créer et qu’ils ont sans doute contribué à façonner pendant des décennies, il est impossible d’ignorer leur présence et leur influence sur de vastes pans de la mosaïque punk rock depuis lors.

Mais peu importe les discussions métamusicales. En fin de compte, Death est bien vivant, et le groupe possède bien assez d’entropie et de rage déchaînée pour se démarquer nettement de toute comparaison.

Flux 2026 | Musique spatialisée et harmonies microtonales

par Michel Rondeau

Nous étions loin, mais alors là très loin des sentiers battus en ce vendredi 9 octobre frisquet à la chapelle des Hospitalières.

D’abord avec le Mubone Collective, un groupe de performance multidisciplinaire qui partage son temps entre Montréal et Copenhague et dont le travail sonore se situe dans la mouvance des arts technologiques. 

Le mubone, est le nom donné à d’un système de capteurs portables (comme ceux des téléphones intelligents) mis au point par le tromboniste et compositeur Kalun Leung et le luthier numérique Travis West, qui permet de transformer un geste, un mouvement physique en son spatialisé.

Outre Leung et West, ce collectif réunit la danseuse Bettina Szabó, la chanteuse et productrice artistique Kirsten Voss et la percussionniste-compositrice Sara Nigard Rosendal. Et ils étaient tous là, bien sapés, avec leurs instruments de percussion variés de part et d’autre de l’autel, West assis bien droit derrière son ordinateur portable.

Dominée par des voix tantôt psalmodiantes, tantôt haletantes, la musique minimaliste et énigmatique produite avait quelque chose de cérémoniel et un brin inquiétant, et parfois même un peu oppressant, comme pour une messe noire, qui aurait bien convenu à la scène du manoir dans le Eyes Wide Shut de Kubrick, impression amplifiée par la réverbération de la chapelle des Hospitalières.

Puis, notre attention s’est portée sur la danseuse qui, armée d’un des capteurs portables dans chaque main, s’est mise à exécuter une chorégraphie où elle pointait différents points dans l’espace, illustrant ainsi les propriétés spatialisatrices du système mubone. L’ennui, c’est que ce genre de démonstration distrait considérablement de la musique, pour ne pas dire qu’elle l’éclipse complètement. Mais ça demeure fascinant. Jusqu’à ce que ce genre de gadget devienne monnaie courante.

Suivait le quintette de saxophones microtonal montréalais FROTAE,

acronyme de « For Reasons of Tone and Economy » (pour des raisons de tonalité et d’économie). Il est composé de Geneviève Gauthier à l’alto, René Zeledon au ténor, Allison Burik au baryton, Philippe Lauzier à l’alto et au soprano, et de Naomi McCarroll Butler au ténor et au Glissotar. 

Inventé par le musicien hongrois Dániel Váczi, le Glissotar est un instrument hybride qui s’inspire du tárogató (qu’affectionnait Peter Brötzmann) et du violon. À la place des clés traditionnelles, il est doté d’une fente longitudinale recouverte d’une bande magnétique qui contrôle la hauteur des sons et est capable de produire des sons microtonaux tout en offrant la possibilité d’effets comme le glissando, la trille, le vibrato, le tremolo et les demi-tons.

Pour la compositrice et directrice musicale du groupe, Liberté-Anne Lymberiou, qui se situe à cheval entre le jazz expérimental et musique contemporaine et musique actuelle, la volonté d’approfondir le timbre et l’intonation n’est pas simplement d’ordre esthétique. Elle voit d’ailleurs dans « la microtonalité et l’orchestration axée sur le timbre comme un moyen de s’affranchir de la rigidité métaphysique imposée par les notions de ce qui est “correct” (masculin) et de ce qui est “chaotique/incorrect” (féminin). » C’est donc dans une certaine mesure une musique transgressive qui vise à renverser l’ordre établi.

L’ensemble des œuvres présentées  – que l’on retrouve dans le disque Volume 2  – s’est déployé avec lenteur, profitant ainsi de la réverbération de la chapelle (laquelle est d‘une durée de huit secondes, m’a-t-on rapporté). C’est une musique méditative et introspective, aux harmonies songées, tour à tour solennelle et ethérée, parfois même ludique dans sa façon de faire se chevaucher des éléments, qui donne à l’auditeur tout le loisir de s’abîmer dans la contemplation des timbres qui résonnent et de leur texture.

La poète et slammeuse Stella Adjokê est brièvement venue rompre la quiétude du déroulement de ces pièces introspectives au beau milieu par la déclamation tonique de l’un de ses textes.

Photo : compte Instagram de Liberteanne , prise à l’espace Oroboro

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électronique

Flux 2026 | En Orient électro avec 3Phaz et Liliane Chlela

par Jeremy Fortin

C’est au rythme venu d’Égypte, que la SAT  a vibré vendredi soir dans le cadre du festival Flux, alors que la productrice originaire de Beyrouth, Liliane Chlela, et le producteur égyptien 3phaz se sont enchaînés dans une soirée fort intéressante.

La performance de Liliane Chlela démontre du talent de la DJ et productrice d’origine libanaise. Derrière son équipement, elle dicte les rythmes munis de ses baguettes, frappant sur un pad de percussion. Devant cet alliage de sons de synthétiseur, cette déstructuration des rythmes et cette énergie débordante, le public a rapidement été captivé par les morceaux enchaînés sur scène. Visuellement, le tout était très épuré, mais efficace. Liliane Chlela était sur scène avec un éclairage parfois stroboscopique, parfois stagnant, voyageant entre la scène et le public. 

C’est un mix continu d’environ une heure que 3Phaz, le producteur basé au Caire, a offert pour clore la soirée. Une heure où le temps fut suspendu pendant que les rythmes égyptiens se fondaient dans ceux de la club culture à laquelle il souscrit également. Dans la pénombre, il entame sa performance. Les gens s’approchent de la scène au fur et à mesure qu’ils comprennent que la prestation commence, celle-ci prend de l’ampleur alors que les lumières de la salle se ferment progressivement.

Au cours de la performance, nous pouvons observer les gens se laisser aller par la musique transmise. 

La performance se termine en apogée, une masse sonore qui ne fait que prendre de l’ampleur jusqu’à une chute soudaine, chaudement applaudie.

Photos: Stacy Lee

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drone / expérimental / contemporain

FLUX 2026 | Explorations trans et non-binaires

par Jeremy Fortin

Avec un drag king comme maître de cérémonie, tout menait vers une soirée haut en couleur à la Chapelle des hospitalières, en ce jeudi 8 octobre. Exploration sonore, chant d’opéra, musique d’ensemble, voilà un événement rendu possible grâce au fond Museond qui encourage la créativité des artistes trans et non-binaires, soit en leur octroyant un financement adéquat et en leur donnant l’accès à une plateforme leur permettant de créer des projets à la hauteur de leur créativité.

Le drag king Valentino se décrit lui-même comme étant le prince de la séduction, préambule aux performances qui suivront. Derrière son clavier et sa console, Valentino installe une ambiance sombre, il va ensuite y poser sa voix avec un style évoquant le chant grégorien. 

L’artiste multidisciplinaire Z enchaîne avec une prestation, je dirais à la fois sereine et forte. Ça se déroule autour d’un drone développé en continu. Et ce, à un rythme extrêmement lent. Le petit son de drone devient tranquillement une masse sonore qui occupe l’entièreté de la Chapelle. Le public est alors invité à circuler librement dans la chapelle pour mieux absorber la musique dans son entièreté. Le tout était introspectif et permettait même pour certains un repos mental nécessaire dans ce monde hyperstimulé.

Valentino nous revient pour clore cette première partie avec l’air d’opéra Cold Genius de Purcell, où, accompagné deux danseurs et d’une tenue digne de Jack Frost, il interprète la pièce en arpentant le public.

La deuxième partie du concert est réservée au groupe Mer Agatha, composé de Naomi McCarroll-Butlerux,  Lucas Huang , Christelle Saint-Julien, Sam Shalabi et Hélios Paradis. Ce projet freak-folk nous transporte dans un univers hors du temps, où le mélange des instruments acoustiques à l’électronique fait nous questionner sur ce que nous entendons vraiment en temps réel. Les sonorités presque féériques du groupe installent une certaine légèreté dans l’air et clôturent cette soirée magnifique à la Chapelle historique.

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Apashe x OSM, triomphe du poème électro-symphonique

par Alain Brunet

L’ascension d’Apashe n’est pas terminée, on le verra assurément triompher dans les arénas et les stades. Mais, jusqu’à ce jour, l’altitude atteinte cette semaine à la Maison symphonique le positionne parmi les fleurons de notre pop culture. Oui, le mec est d’origine belge et oui il est un vrai Montréalais depuis 14 ans y ayant précisé sa démarche en tant que créateur.

Pouvant compter sur une sonorisation optimale, en symbiose avec l’Orchestre symphonique de Montréal sous la direction de Dana Gilbert, ainsi que les Choeurs des ptits chanteurs de Laval dirigés par Philippe Ostiguy, Apashe a ravi la presque totalité des humains présents  pour ce conte électro-symphonique.

Le rappeur Wasiu et les voix d’Ymir, Geoffroy, Kroy, Lia Kuri, Cherry Lena et Alina Pash ont été mis à contribution pour interpréter les versions modifiées d’un répertoire pop différemment enregistré à l’origine.

Ces artistes ont chacun.e une personnalité vocale qui leur est propre, je retiens personnellement les solides prestations de du Montréalais Ymir, chanteur masqué et enclin à la dark pop, la Montréalaise Cherry Lena dont le superbe grain de voix et la dégaine sur scène la démarquent clairement des autres, ou encore l’Ukrainienne Alina Pash, de Kiev, venue sur scène avec un cortège de chanteuses rompues au chant choral d’Europe de l’Est et exprimant la posture sensible d’un peuple survivant sous les bombardements russes.

Plus précisément, le programme s’est amorcé par une ouverture inspirée des musiques classiques fin 19e début 20e, musique dont le commun des mortels connaît les codes mis de l’avant par Hollywood depuis près d’un siècle.

Devil May Cry était aussi une autre pièce instrumentale dramatique au sens cinématographique, assortie d’une voix préenregistrée (?!) , d’effets choraux aussi simples que spectaculaires, de salves de cuivres et de bois, de motifs harmoniques élémentaires côté cordes et d’un piano romantique joué à l’origine par le pianiste néoclassique Sofiane Pamart.

Puis Lia Kuri (Kurihara de son vrai nom), Américaine transplantée à Montréal, fut la première chanteuse invitée à s’exprimer devant ce public gonflé à bloc par le dialogue entre la soliste et les chœurs sur un rythme housy. Jolie voix, élégance pop. C’était la chanson Kryptonite, précédée d’une exécution instrumentale de King, dans le même esprit que l’ouverture.

Le quatrième tableau était constitué d’un fondu enchaîné de Oratores. interprétée par Ymir, excellent contre-ténor pop YMIR, suivi d’une intervention encore très simple au grand orgue et d’un élan orchestral  conclue sur un rythme dubstep et des voix chorales exaltées pour Requiem soudée à Catch Me et Work dans un mashup imaginé par Apashe et orchestré de concert avec Hugo Bégin.

Le cinquième tableau met en en lumière le rappeur et chanteur montréalais Wasiu et les voix chorales au féminin, dans autre mélange intégré des pièces Human, More More More et Legend. Encore là, on observe la fusion des rythmes synthétiques et des percussions jouées par les musiciens de l’OSM.  On se dit alors que TOUS les beats synthétiques au programme pourraient être reproduits pas des humains, comme on l’observe dans le jazz.

Le sixième segment inclut Revenge of the Orchestra, Contraband et Never Change, amalgame on ne peut plus synth pop symphonique, conçu pour l’occasion et chapeauté de nouveau par le doué Ymir.

La septième partie est précédé d’une intervention parlée d’Apashe qui, du centre de l’orchestre où il opère, nous confie que ce spectacle est son plus calme et son plus intelligible, avant de nous révéler avoir un faible pour la quatrième symphonie de Tchaïkovski… dont nous aurons droit à un extrait du finale, portant une mélodie traditionnelle des pays de l’Est.  Pas sûr que ce soit une bonne idée, car on devine ici que le compositeur électro use essentiellement des effets connus des œuvres qu’il a étudiées. 

Le huitième tableau est court, post-romantique, ponctué par le grand orange, peu imaginatif, c’est  Rise at Nightfall.

La neuvième séquence, enchaînement de Dead et Rain, joliment mené par  Kroy (Camille Poliquin de Milk & Bone).

La dixième étape est encore et toujours néo-romantique/ pré-moderne, échafaudée sur un beat jungle/ drum’n’bass qui lui confère son actualité.

La dixième et la onzième sont des créations pour orchestre symphonique: Sunday Night, orchestration easy listening posée sur un beat jungle et ponctuée par les timbales, puis Protagonist, dont les voix sont préenregistrées et dont les cordes génèrent un effet disco.

Précédés de salves des trombones et des tubas, Geoffroy, un autre chanteur d’ici comme on le sait, fait son apparition pour l’interprétation de Distance. Typique pop d’aujourd’hui avec prolongements orchestraux avec une finale aux cordes proéminentes.

La suite est encore plus poignante, le moment le plus touchant de la soirée. Des chœurs féminins déambulent dans les allées et montent sur scène pour entourer la soliste Alina Pash, proche collaboratrice d’Apashe (AlinApash?!), excellente chanteuse, engagée pour sa patrie, nous révélant que son employeur est bravement venu à Kiev pour en ressentir la guerre. Le chant choral conserve ici son exotisme pour les Occidentaux que nous sommes, l’effet est massif lorsque les chants sont soutenus par un breakbeat de tempo moyen.

Le quatorzième segnent s’amorce par Lord & Master , encore post-romantique de facture, musclée à souhait dans un passage carminaburanesque assez réussi, et I’m Fine met en relief ma chanteuse préférée de la soirée, Cherry Lena, la plus spéciale de toutes en ce jeudi soir d’octobre. Le timbre, la dégaine, la posture, tout y est.

La quinzième étape est instrumentale, très hip-hop pour le rythme et les machines, très romantique pour les harmonies, avec des vagues de chant choral en fin de parcours, on y réunit Lacrimosa et Dies Irae.

Le poème électro-symphonique se conclut dans une seizième partie classico hip-hop,  soir  Majesty que Wasiu a enregistré avec Apashe, venu le retrouver  au devant de la scène pour nous y faire la révérence.

Les rappels seront nombreux, les applaudissements auront fusé tout autant que les lasers auxquels les usagers de la Maison symphonique sont peu habitués.

Apashe m’a impressionné au tournant de la décennie, on m’avait branché sur l’album Renaissance, sorti en 2020 et usant d’effets orchestraux à travers une pratique de composition/production électronique. Je n’ai cessé de m’y intéresser depuis. 

Pourquoi donc ? 

Dans la très grande majorité des cas, les mondes de l’électronique et de l’orchestral  fusionnent peu ou mal, alors qu’Apashe propose une signature où les deux mondes peuvent dialoguer jusqu’à la fusion.

Depuis la fin de la précédente décennie, il a progressé avec des orchestres d’une soixantaine de musiciens. Il s’est produit sur scène avec de petits ensembles, puis avec un orchestre plus considérable dans le contexte d’événements spéciaux. Son premier triomphe de masse devant le public montréalais fut observé au Festival International de Jazz de Montréal à l’été 2024. Tout un effet WOW.

Deux ans plus tard, Apashe se produit avec le meilleur orchestre symphonique au pays, avec des légions de choristes. Dans ce contexte, ce qui reste de la facture électronique est plutôt mince, sauf pour le rythme. Personnellement, j’en aurais pris davantage en textures électroniques pour ainsi étoffer le dialogue avec l’orchestre.

 Et je souhaite qu’Apashe mette éventuellement un peu moins de sucre dans son café. Qu’il écoute les arrangeurs plus modernes, Jules Buckley et autres Blair Thomson dont les concepts orchestraux vont beaucoup plus loin que les siens… sauf bien sûr cette dimension électro-symphonique dont il est actuellement LE protagoniste.

Au-delà de toutes considérations, Apashe s’impose à Montréal, en Occident, sur Terre. Pas moins de trois soirs à guichets à peu près fermés aux côtés de l’OSM à la Maison symphonique, voilà un argument massue.

PHOTOS par Antoine Saito pour l’OSM

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