expérimental / contemporain / improvisation libre / jazz contemporain

FIMAV 2026 | Hammer, Roll and Leaf, équilbre idéal, satisfaction totale et intégrale

par Alain Brunet

Vendredi soir au FIMAV, satisfaction totale et intégrale pour le concert en trio de la saxophoniste (alto et ténor) Sakina Abdou (France), la pianiste Marta Warelis (Pologne) et le percussionniste Toma Goumand (France). Satisfaction totale pour l’équilibre entre les référents et leurs débordements contemporains, entre les traditions du jazz et de la musique improvisée modernes.

Ce trio européen Hammer, Roll and Leaf nous a fait traverser une heure bien tassée de musiques à la fois cohérentes et ouvertes à l’aléatoire.

Chacun de ces artistes s’y est démarqué par une démarche qui lui est propre, qu’il s’agisse des motifs virtuoses et l’articulation exemplaire de la pianiste (notamment ses grappes de notes déclenchées par des mains rapprochées sur les ivoires), des phrases imaginées par la saxophoniste ou encore du soutien absolument organique des percussions – avec ajouts de petites pierres et autres branches d’arbrisseau pour en étendre le vocabulaire.

On ne peut conclure à une proposition unique dans sa facture d’ensemble (ce qui n’est aucunement une obligation) mais à une communication exemplaire entre ces trois artistes, et ce à tous les niveaux d’intensité au programme. Voilà ce qu’on peut nommer symbiose sans exagération.

Crédit photo : Martin Morissettte

jazz / jazz contemporain / musique contemporaine

FIMAV 2026 | Darius Jones Fluxkit Vancouver: pleine félicité

par Michel Rondeau

On a eu la chance d’entendre d’abord séparément les deux formations ici réunies, le trio du saxo alto Darius Jones et l’ensemble Josh Zubot Strings, un quintette à cordes (seuls le contrebassiste du trio et l’altiste du quintette manquent), de les entendre séparément donc et de pouvoir les apprécier dans toute la vigueur de leurs visions respectives, pour bien mesurer le bon dosage de l’assemblage.

Darius Jones et son programme Fluxkit Vancouver (États-Unis, Colombie-Britannique) allient effectivement toutes les qualités de l’un et l’autre sont au rendez-vous, il y a juste la façon dont elles sont distribuées et s’illustrent successivement dans le cours du déroulement qui change. Les compositions sont encore solides, leur agencement en suite construit une trame solide, le jeu des cordes, du batteur et du souffleur sont à l’avenant.

Le festivalier nage en pleine félicité.

improvisation libre / jazz contemporain / jazz moderne

FIMAV 2026 | Darius Jones : trio d’exception, concert d’exception

par Michel Rondeau

Saxophoniste alto, Darius Jones est un musicien exceptionnel, mais comme il n’est pas du genre à faire de l’épate ou à chercher à impressionner par quelque prouesse acrobatique, il faut l’écouter attentivement pour s’en rendre compte. La matière de l’albun Legend of E’Boi (The Hypervigilant Eye) avait mis la puce à l’oreille, sa résultante en fut magnifiée.

En cette première soirée du 42e FIMAV, on réalisait rapidement la profondeur de son jeu – tant sur le plan de ses compositions, aux racines profondes, que sur celui de l’articulation – qui, juste à ses différentes façons de faire vibrer son instrument, porte en lui toute l’histoire du jazz, de Sidney Bechet à Albert Ayler. Mais le plus beau, c’est que cet héritage, il lui donne vie sans jamais se livrer à des débordements, à de l’exagération, de la caricature.

Darius n’a pas besoin de mettre ses tripes sur la table pour nous communiquer ce qu’il ressent, il garde toujours une retenue, une part d’intériorité. Il se présente sensible et vulnérable, mais conserve toute sa verticalité d’homme face aux tourments existentiels et affectifs. L’assentiment avec son univers a aussi quelque chose d’apaisant tant son jeu est droit, vrai et sa musique franche et sentie, dépouillée de tout trucage ou gimmick.

Ses musiciens, le batteur Gerald Cleaver et le contrebassiste Chris Lightcap, font preuve de la même retenue, mais aussi d’une grande agilité qu’ils mettent au service des pièces selon ce dont elles ont exactement besoin, une charge propulsive ici, une ambiance feutrée là… pour leur donner tout leur sens et leur charge.

bruitiste / expérimental / contemporain / improvisation libre / jazz contemporain / musique contemporaine

FIMAV 2026 | Josh Zubot Strings: maximum pertinence, maximum ravissement

par Alain Brunet

Dans son programme, le FIMA qualifiait d’éblouissant quintette à cordes de la côte Ouest, au service de la musique du violoniste Joshua Zubot, dont la suite en création mondiale était une commande du FIMAV. Inutile d’ajouter que Josh Zubot avait pris la commande très au sérieux, car nous avons eu droit au concentré idéal de sa science.

Ex résidant et musicien très actif de MTL de retour en Colombie Britannique d’où il provient, Josh Zubot était entouré vendredi de son frangin Jesse, violoniste dont la réputation n’est plus à faire puisqu’il fut notamment un pilier de la propulsion internationale de la grande artiste inuite Tanya Tagaq, mais aussi de la renommée violoncelliste Peggy Lee, du contrebassiste James Meger et de l’altiste Meredith Bates.

Cette suite était si fraîche qu’elle n’avait pas encore de titre. Une première écoute nous permettait d’en contempler la cohésion, l’inspiration et la pertinence. Josh Zubot regardait le plancher en nous offrant une intro télégraphique de THAT , en attendant de lui trouver un titre.

Ce que j’admire personnellement chez Josh Zubot, c’est vraiment l’équilibre atteint entre haute virtuosité, maîtrise de plusieurs référents musicaux, jazz contemporain, classique contemporain, bruitisme, onomatopées, blues, rock et autres folklores, soit un lexique complet et dynamique mais distinct du vaste corpus des musiques actuelles. 

Le tout était servi sur différents tempos, différents axes de communication entre instruments, différents moments stylistiques, différents degrés de douceur ou de violence, bref un concentré probant de l’existence humaine exprimé par un compositeur ayant atteint la pleine maturité.

Je ne connaissais pas ces qualités de Josh Zubot, que j’ai vu jouer à maintes reprises lorsqu’il vivait à Montréal, je ne m’attendais pas à une telle qualité d’écriture et une telle exigence pour ses interprètes plus qu’aguerris. Sauf l’altiste, cet ensemble aura brillé le lendemain samedi aux côtés de Darius Jones dont il aura marqué la musique de chambre de par sa propre identité et la grande qualité de leur jeu individuel ou collectif. Vivement l’album de ce quintette à cordes et les concerts à suivre partout où les mélomanes sont enclins à de telles propositions.

crédit photo: Martin Morissette

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électro / house / techno

Palomosa 2026: Doss sait fédérer son monde 

par Helena Palmer

Même si Palomosa s’adresse indéniablement à ceux qui sont branchés en permanence sur le neuf, le set de Doss donnait vraiment l’impression qu’elle rassemblait les gens, qu’elle les ramenait à la vie réelle, à des émotions authentiques. Elle a joué plus tard dans la soirée, et à ce moment-là, l’alcool et tout le reste avaient fait leur effet : les gens se mêlaient dans la foule, dansaient avec des inconnus, se partageaient des cigarettes. C’était une nuit chaleureuse, rendue encore plus chaleureuse par tous ces corps en mouvement.

Son set était composé de musique de club et de fête, mêlée à ses propres chansons, dont ma préférée, « Look ».

Le moment fort du set a été lorsqu’elle a joué Music de Madonna. Des centaines de personnes dansaient au rythme de la voix de Madonna qui s’élevait au-dessus d’un beat 4/4 aux basses puissantes, chantant « music makes the people come together ». Et c’était littéralement le cas. Même si la musique de club est répétitive et simpliste, il y a quelque chose de si pur et sincère dans la façon dont on y réagit.

Si tu te sens fatigué ou triste, va danser sur du Doss, et tu es sûr d’oublier tout ça.

électronique / house

Palomosa 2026: MGMT n’apporte rien de neuf

par Helena Palmer

Quand on voit un groupe qu’on adore faire un set de DJ, c’est qu’on ne veut probablement pas le voir faire un set de DJ.

Je suis une fan de MGMT depuis plus de dix ans ; les avoir vus en concert il y a dix ans m’avait profondément émue, et je considère toujours ce concert comme l’un des meilleurs auxquels j’ai assisté. Je sais que les artistes ont le droit d’évoluer et de se lancer dans de nouvelles activités, mais je ne comprends pas pourquoi Palomosa ou les artistes eux-mêmes insistent pour que des artistes géniaux fassent des sets de DJ plutôt que des concerts.

C’est peut-être juste moi et mes préférences personnelles, mais je maintiens que tout le monde n’a pas besoin d’être DJ.

Est-ce que j’ai dansé ? Bien sûr. Mais il n’y avait rien de particulièrement remarquable dans la musique qu’ils faisaient jouer. Je n’ai pas pu m’y perdre comme je l’avais fait lors des précédents concerts auxquels j’avais assisté.

Je sais que tout le concept de MGMT, c’est qu’ils ont en quelque sorte commencé comme une blague, en créant une musique incroyable voilée sous une ironie persistante. Ils ont connu le succès dans les années 2010 et la musique qu’ils ont jouée hier soir avait effectivement un petit côté LMFAO -je ne sais pas s’ils ont vraiment joué du LMFAO, mais vous voyez ce que je veux dire. Peut-être qu’ils faisaient quelque chose d’ironique ou qu’ils cherchaient à créer une ambiance que je n’ai tout simplement pas « comprise ». Quoi qu’il en soit, ça a été pour moi une fin de soirée un peu décevante.

Crédit photo: BIGLAUR Photographie

Palomosa 2026 | On s’échauffe avec Cirque Cosmic, Chippy Nonstop, X-Coast

par Z Neto Vinheiras

Jeudi dernier, le 14, marquait le coup d’envoi du festival Palomosa, qui se déroule au parc Jean-Drapeau jusqu’à samedi. La programmation réduite a attiré une foule fidèle de jeunes de la génération Z, pleins d’entrain, prêts à se laisser emporter par les rêveries des premières heures et de l’after. Cirque Cosmic ouvre le bal à la Banque Nationale – j’aurais juste aimé qu’il fasse plus sombre et qu’il soit plus tard ; un échauffement qui méritait un échauffement. Alliant continuité et élan grâce à des lignes de basse ancrées et aux charmes de l’EDM, c’est un véritable avant-goût pour démarrer la soirée.

La relève est assurée par Chippy Nonstop, un peu plus rapide, un peu plus intense et extrêmement éclectique, brouillant les frontières entre house, pop, ambient, dub et bass. La foule passe d’une ambiance dansante et souple à une énergie sautillante et rebondissante. Le seul bémol de cette première journée est qu’elle se déroule pratiquement tout le temps au même endroit. Pour ceux qui aiment se déplacer et vivre l’expérience de près comme de loin, Palomosa est un bon compromis en ce sens : au cœur du parc Jean-Drapeau et lors d’une première journée où l’entrée au festival se fait assez rapidement sans file d’attente, on peut facilement se promener à pied ou à vélo dans le parc tout en restant dans la rêverie ; les basses fréquences qui traversent les collines verdoyantes et humides rendent l’expérience mystique et digne d’histoires avec ce paysage sonore.

carnatique / électronique / expérimental / contemporain / free jazz / improvisation libre

FIMAV 2026 | Amirtha Kidambi: musiques séduisantes, prolixité militante

par Alain Brunet

À n’en point douter, Amirtha Kidambi est une chanteuse aguerrie et une authentique leader. Sa prestation de jeudi au FIMAV nous l’a confirmé, quoique… Sa voix de contralto fesse dans l’dash, se fond simultanément dans un maëlstrom contrôlé d’harmonium (vu la culture carnatique d’Amirtha, dont les parents sont tamouls, originaires de l’Inde méridionale), synthétiseurs et effets (le groupe au complet), saxophones (Alfredo Colon, soprano, Matt Nelson, ténor), contrebasse (Lester St.Louis) et batterie (Jazon Nazary).

Les ingrédients de cette musique sous la bannière Elder Ones, principal véhicule de Kidambi, constituent un mélange typique du jazz d’avant-garde, singularisé par l’usage du bourdon de l’harmonium comme on l’observe souvent dans la musique classique indienne, bourdon imbriqué dans le groove collectif.

Les ingrédients de la lasagne sont tous savoureux, chaque artiste ici concourt à une œuvre improvisée : la voix n’est pas que chantée, elle est aussi fournie d’onomatopées et de vraies trouvailles texturales, telle est aussi la démarche des collègues de la chanteuse. Ainsi on construit pour chaque pièce un groove sur un patron rythmique relativement linéaire, assortie de thèmes mélodiques et d’explorations typiques du free-jazz pour chacun des instrumentistes.

L’énergie est contagieuse, mais la proposition devient un tantinet linéaire une fois qu’on en a identifié les tenants et aboutissants.

Cette énergie aurait été plus contagieuse si la chanteuse américaine, authentique militante de gauche dont l’art est intimement lié à son engagement politique, ne nous avait pas servi d’aussi longs discours politiques sur des enjeux qui faisaient déjà consensus dans la salle. Non pas qu’il faille réprouver cette posture anti-colonialiste, anti-suprémaciste, ainsi-ICE, anti-ultrariches, anti-Trump et plus encore, mais un tel concert n’a pas besoin d’aussi longues diatribes pour que passe le message. Malheureusement, c’était visiblement too much pour plusieurs festivaliers parce que ça freinait l’élan musical de cette rencontre avec le public. Mais bon, on ne peut conclure à un mauvais concert pour autant, vu la qualité des protagonistes et la justesse du propos.

Crédit photo: Martin Morissette

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bass house / DJ set / future bass / house / hyperpop

Palomosa 2026: Hannah Diamond nous offre le DJ set le plus rose qui soit 

par Helena Palmer

Palomosa a eu la bonne idée de déplacer le festival de la fin de l’été à son petit matin. Tout le monde attendait depuis des mois de pouvoir enfiler ses tenues les plus osées et de sortir. Au lieu d’arriver épuisés et fauchés, les festivaliers arrivent désormais pleins d’enthousiasme et d’énergie. Le parc Jean-Drapeau a été envahi par une marée de micro-shorts, de bottes de motard et par un chœur de « on en avait besoin ».

La performance DJ d’Hannah Diamond au coucher du soleil a parfaitement capturé l’extase du moment. Ses cheveux roses s’accordaient avec le ciel rose. Son mix était composé de morceaux hyperpop euphoriques en majeur. Les rythmes rapides et les voix mignonnes ont laissé place à une ambiance de pur bonheur.

Hannah a détendu la foule et a vraiment donné le ton pour la suite de la soirée. Toute la foule s’était lâchée dans un abandon total.

Derrière elle, une cinquantaine de personnes dansaient dans la cabine. Je pense que n’importe qui pouvait monter là-haut, mais ça la rendait encore plus cool de voir tous ses fans danser en cercle autour d’elle. C’était le début parfait pour la soirée, et je ne plaisante pas quand je dis qu’on en avait besoin.

Merci, Hannah Diamond.

Photo par Felix Bonnevie

électro

SAT / EAF | I Can Still Love: Corporation et Andy Stott

par Loic Minty

Il est 21 h 30, et une file d’attente s’étire jusqu’au coin de la rue. La foule est dense, mais on reconnaît les habitués de l’EAF à cette odeur persistante de parfum de la galerie Foil mêlée à celle de puces électroniques grillées. Cette fois-ci, aucun rideau ne divise la salle en deux ; celle-ci est pleine à craquer, et l’effervescence est palpable autour d’Andy Stott. Mais avant tout, place à Corporation.

Dans un vaisseau de silence, des sons aigus et fins fendent l’espace comme des éruptions solaires. Derrière eux, une éclipse. Dès le départ, on sentait que ce n’était pas un concert comme les autres.

Corporation est composé de Keru Not Never et Julien Racine, tous deux auteurs de projets solo à succès, et collaborateurs de longue date sous différents pseudonymes. Leur talent ne m’a pas surpris. Je leur avais parlé quelques mois auparavant, juste un jour avant qu’Andy Stott ne reporte le concert au mois de mai, et ils m’avaient décrit leurs efforts courageux pour composer du matériel entièrement nouveau pour le spectacle.

Le travail n’est pas passé inaperçu. Du début à la fin, Corporation a construit son univers à travers diverses techniques de composition, sur une trame narrative qui ne cessait de s’étoffer. Il y avait là un mélange de drame, de mystère et de suspense qui tenait le public en haleine. Chaque section était différente, tout en gardant un lien avec l’ensemble, que ce soit par la répétition d’une texture ou par une variation rythmique qui inversait le tempo et faisait vibrer la foule. L’introduction a été légèrement brouillée par une montée d’énergie soudaine et soutenue, et a épuisé une idée initialement excellente de revisiter le dubstep britannique, mais ce n’était qu’un petit accroc, car le reste du set s’est déroulé à merveille. Accompagnée des visuels de William Hayes Dulude, l’expérience était plus cinématographique que purement musicale, et m’a laissé un sentiment d’émerveillement et une profonde admiration pour nos talents et notre scène locale.

Un numéro difficile à suivre, même pour Andy Stott, semblait-il. Après l’approche narrative éclectique du jeune duo, le set prolongé de type club du vétéran a été difficile à digérer pour l’auditeur. Ou peut-être y avait-il une réticence due aux attentes.

Comme c’est souvent le cas pour les artistes aux albums aussi raffinés, Andy Stott avait une réputation à défendre, et tandis que certains dansaient avec une insouciance joyeuse sur les premières vagues de trip hop downtempo, je me surprenais à regretter cette sensation caractéristique d’espace et de nuance que l’on retrouve dans ses albums comme Luxury Problems ou Faith in Strangers. En revanche, son set live a inondé la salle de rythmes mécaniques, dominant le mix d’une manière à la fois agréablement transparente, mais aussi parfois un peu trop puissante. Le début était un peu raide, mais heureusement, ce n’était que passager.

Au fil du temps, l’ambiance s’est un peu détendue et j’ai pu distinguer l’esthétique emblématique du « click and cut », les rythmes brisés et les mélodies à la limite de la pop. Ce son qui est totalement sans prétention et qui attire des gens de tous horizons. Dans l’Espace S.A.T. bondé et humide, Stott a commencé à découper des samples vocaux et le nom a retrouvé une place spéciale dans mon cœur. Les paroles résonnaient à point nommé : « I can still love ».

Dehors, la pluie s’est mise à tomber à verse, mais la petite foule devant le S.A.T. refusait de se disperser, profondément absorbée par des conversations sur les deux sets qui semblaient diviser l’assistance. Une chose est sûre, tout le monde en a eu pour son argent.

jazz / jazz moderne

On se souviendra d’avril… au 9e

par Alain Brunet

Fin PM, un 28 avril de l’année 2026, I’ll Remember April (Gene de Paul) fut le standard d’introduction servi par le pianiste montréalais Chad Linsley, d’abord en trio acoustique (Devon Gillingham, contrebasse, Rich Irwin, batterie) avant de procéder à l’exécution du programme officiel piloté par le musicien et ses collègues chanteuses, la soprano Kerry-Anne Kutz et la mezzo Kristin Hoff. Rappelons que ces deux femmes sont à la fois des chanteuses accomplies et de ferventes promotrice de l’art vocal, respectivement pour le Festival de la voix (mieux connu dans l’ouest de l’île) et Opéra M3F, organisme coprésentateur de la saison de concerts au 9e du Centre Eaton. Ce dont il est ici question.

Au bout de quelques mesures, on a vu de quelles ivoires le musicien montréalais se chauffait ! Digne héritier des pianistes au confluent du jazz moderne et du swing l’ayant précédé, bref le piano jazz triomphant entre 1945 et 1965, Chad Linsley maîtrise ce style qu’adoraient mes propres parents et leurs contemporains et avec lequel j’ai moi-même grandi tout en aimant le blues, le hard rock, puis le rock progressif , le jazz-rock et beaucoup plus par la suite.

Le classicisme assumé de ce jeu pianistique signé Chad Linsley s’inspire directement des plus grands pianistes afro-américain du swing moderne, on pense ici à notre Oscar Peterson, mais aussi à Teddy Wilson, Jaki Byard, Phineas Newborn Jr et autres Bud Powell, virtuoses éclatants mais aussi capables de ralentir le jeu pour les ballades introspectives, pour la plupart des jazzifications du Great American Songbook.

Le trio devient ensuite quartette avec l’arrivée du trompettiste Michael Cartile, question d’accueillir Kerry-Anne Kutz pour une jolie reprise du standard Windmills of Your Mind (Les moulins de mon cœur) de Michel Legrand. On constate immédiatement la culture  hybride de la chanteuse, notamment lorsqu’elle tient des notes longues et soyeuses, mais tout aussi capable de scatter et de bien saisir les enjeux rythmiques du jazz moderne.

Angel Eyes (Matt Dennis/Earl K Brent), le standard suivant, fut ensuite interprété par Kristin Hoff, une interprétation très différente de la précédente, plus musclée, plus robuste et conclue par un belle démonstration d’énergie.

Chad Linsley proposa ensuite une offrande instrumentale avec une ballade typique d’Oscar Peterson, Wheatland, enchaînée de Polka Dots and Moonbeams (Jimmy Van Heusen/Johnny Burke), un standard que Chet Baker a maintes fois transcendé. Encore une fois, on a savouré les chops de Chad Linsley avant que Kerry-Anne Kutz n’interprète sa propre composition, une ballade intitulée We Are One Again.

L’interprétation suivante était une autre occasion d’observer l’approche hybride des chanteuses, cette fois réunies pour la reprise française du fameux tube italien Oasis , composé par Pasquale Losito et Toto Cutugno, et popularisé en français par Joe Dassin en 1975 selon une adaptation des grands paroliers Pierre Delanoë et Claude Lemesle. On comprendra ensuite le choix de Nigerian Marketplace d’Oscar Peterson, dont la progression harmonique s’inscrit dans un esprit comparable au classique de Joe Dassin.

Le concert se conclura dans la célébration, avec une version bien sentie de On the Sunny Side of the Street (Jimmy McHugh/Dorothy Fields), un autre standard issu de la chanson américaine, musique presque centenaire (1930), entonnée par deux chanteuses clairement motivées, assortie de jolis solos (trompette et piano), le tout conclu par une jolie ballade improvisée dans l’esprit des bars new-yorkais d’une époque de plus en plus lointaine.

On en conclut que ce jazz d’une autre époque, interprété par de valeureux musiciens de la scène locale, est devenu aussi … classique.

électroacoustique / électronique / expérimental / contemporain

UdeM – Ultrasons | Florence Dubé, Allison Chidiac, Alexandre Hamel, Alexandre Vaillant, Florence Lafontaine, Olivier Martin-Fréchette, Charles Anthony Raymond-Plante Jacob Boucher, Rafaël Bouthillette, Félix Gervais-Richard

par Jeremy Fortin

La Sala Rossa ouvrait ses portes  jeudi dernier à la série Ultrasons de l’Université de Montréal, pour présenter six performances uniques conçues par des étudiants au baccalauréat en musique numérique. 

La performance intitulée Mukput de Florence Dubé et Allison Chidiac entame le concert. Imaginés comme une diffusion en direct sur une plateforme genre Twitch, les deux interprètes nous présentent une table de plats provenant du Liban et du Québec. Tout au long de la performance, ils dégustent les plats accompagnés d’une musique qui évolue parfois selon leur mouvement, créant un groove constant tout au long de la pièce.

Alexandre Hamel présente Dante, un instrument construit par Brui sur mesure, sa compagnie d’instruments électroniques. L’instrument est un double oscillateur, double format, contrôlé par un ruban avec contrôle de détection de hauteur. La performance se veut donc une exploration des possibilités avec ce tout nouvel instrument. 

Conversation saxophonique par Alexandre Vaillant, clôture cette première partie de concert. Seul sur scène, armé de son saxophone et de son ordinateur, la pièce mélange le saxophone et l’électronique, brouillant ce qui est réellement joué par l’interprète et ce qui est repris électroniquement, que ce soit la réverbération ajoutée ou certains motifs joués en boucle.

Après un court entracte, Florence Lafontaine présente Mon pays. Avec l’aide d’Olivier Martin-Fréchette, ils interprètent le texte classique de Gille Vigneault sur une piste sonore qui, au fil de la performance, prend de l’expansion avant de se dissoudre graduellement.

Charles Anthony Raymond-Plante présente sa création intitulée Sirens. C’est dans une atmosphère remplie de tension où la basse est reine que nous entendons les sons éclater aux mouvements de ses mains qui actionnent les bruits, que l’on entend se succéder tout au long de la pièce.

Le concert se conclut sur Sonata industrielle en? mineur, une performance de Jacob Boucher, Rafaël Bouthillette et Félix Gervais-Richard. La composition est certainement celle qui a le plus fait réagir dans la salle. Aux allures parfois de death metal, l’amalgame de sonorités que l’on retrouve (souvent avec un caractère industriel) nous laisse percevoir des motifs mélodico-rythmiques qui, à leur tour, nous donnent l’impression d’entendre une mélodie tout au long de la performance.

Voilà un programme diversifié,  aperçu concluant des prochaines figures de la musique numérique au Québec.

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