jazz contemporain

QMP 2026 | De jazz poétique à jazz gastronomique

par Michel Rondeau

Après trois programmes doubles plutôt contrastés, la dernière des quatre soirées de Québec Musiques parallèles à La Chapelle Scènes contemporaines nous en proposait un complémentaire : deux quintettes de jazz semblablement constitués, mais qui abordaient chacun des thèmes bien différents.

En lever de rideau, le projet Somebody Special de Jean Derome consacré aux chansons de Steve Lacy, d’où la présence de la chanteuse Karen Young au sein du groupe, lequel se composait bien entendu de Derome au saxo alto et à la flûte basse, des fidèles Normand Guilbeault et Pierre Tanguay à la contrebasse et à la batterie, et d’Alexandre Grogg au piano.

Le tour de chant a commencé rondement avec la pièce Morning Joy, aux accents très monkiens (Lacy a beaucoup joué et enregistré des pièces de Thelonious et a été forcément influencé par lui), sur un texte du poète de la beat generation Bob Kaufman, particulièrement populaire en France où on l’a surnommé le Rimbaud noir américain.

Steve Lacy était semble-t-il, comme nous l’a rapporté Derome, un fervent lecteur, et comme il a vécu à Paris pendant 35 ans et que la Ville Lumière possède l’une des plus grandes concentrations de librairies au monde par habitant, il avait beau jeu pour y bouquiner à loisir. Aussi, les textes qu’il a choisis de mettre en chansons sont loin d’être des bluettes. 

Outre Kaufman, nous avons ainsi eu droit à des textes de Judith Malina, cofondatrice avec son mari Julian Beck du fameux Living Theatre de New York, d’Anna Akhmatova, l’une des plus importantes poètes russes du XXe siècle, de Samuel Beckett, célèbre dramaturge et écrivain irlandais ayant lui aussi longtemps vécu à Paris, et de Robert Creeley, poète intimiste et essayiste américain.

Les musiques qui servent d’écrin à ces textes ont toutes été composées sur mesure et le quintette s’est employé à les faire briller de tous leurs feux, tout en révélant leurs zones d’ombres, avec un mélange de verve et de retenue et quelques belles envolées solo de Derome et Grogg.

Derome en a profité pour évoquer sa découverte émue de Lacy à l’occasion du concert qu’il avait donné lors de son tout premier passage à Montréal, en mars 1976 à l’église Saint-Jean-l’Évangéliste (l’église au toit rouge derrière la PdA). C’était à l’époque où Derome faisait ses premières armes avec le groupe Nébu – Pour la petite histoire, le concert avait été produit et enregistré par Raymond Gervais, l’un des pionniers de la culture free jazz au Québec. Quatre extraits s’étaient d’abord retrouvés sur la face A d’un disque paru en 1979 sur une obscure étiquette américaine (Quark), avant que Martin Davidson n’en publie en 2000 l’intégrale sur son label Emanem, sous le titre de Steve Lacy : Hooky : Solo in Montreal 1976, disque hélas épuisé depuis belle lurette.)

Avant d’entamer la dernière chanson au programme, Heaven, Derome nous a également confié qu’il avait eu la chance de jouer avec Lacy à Montréal lors de sa dernière tournée, en 2004, quelques mois avant qu’il ne monte aux cieux.

Le contrebassiste Hugo Blouin s’est ensuite amené avec sa bande pour nous servir son truculent Buffet. Il était entouré pour ce faire d’Aurélien Tomasi aux saxos ténor et basse et à la flûte, d’Eugénie Jobin au chant, de Yannick Anctil en remplacement de Marianne Trudel au piano et du formidable – il faut bien le dire – John Hollenbeck à la batterie et aux percussions.

Pour ce projet, Blouin a eu l’idée facétieuse de mettre en musique des recettes de ses amis. Au menu, la soupe aux tomates de son cousin Jean, des patates au sucre, une collation décadente pain-beurre-chocolat, du pain maison et la salade César de son cousin Jean, fin gastronome s’il en est. S’y trouvait aussi une pièce opposant jazz sérieux à jazz fun et une autre portant sur le démantèlement du baril géant du PFK de Rimouski, qui était en fait le texte de l’article de journal rapportant la nouvelle.

Sur fond de jazz passablement groovy permettant notamment à la polyvalence du batteur de s’illustrer, les mélodies chantées rappelaient le genre de modulations qu’on retrouve sur Le trésor de la langue de René Lussier lorsque celui-ci souligne à la guitare le caractère chantant de la voix de sa mère quand elle parle.

Des musiques enlevantes interprétées avec brio, des textes poétiques et d’autres rigolos, le public et moi avons passé une bien belle soirée et nous sommes ressortis sourire aux lèvres.

Photo: Céline Côté

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expérimental / contemporain / Musique de création

FLUX 2026 | Quand la douceur est une arme à double tranchant

par Michel Rondeau

Au programme de cette soirée proposée par No Hay Banda, en première partie, une pièce du compositeur colombien Daniel Leguizamon intitulée Tallado en el aire (sculpté dans l’air), écrite à l’origine pour le duo Wapiti formé du pianiste Daniel Áñez et de la violoniste Geneviève Liboiron, mais où cette fois le pianiste est flanqué de la violoniste Adrienne Munden-Dixon.

Et en seconde, le trio Beatings are in the Body réunissant la chanteuse Erika Angell, Suédoise d’origine mais établie à Montréal depuis une douzaine d’années, connue comme la voix du groupe Thus:Owls et ses nombreuses collaborations et projets solo , la pianiste Róisín Adams du groupe Hildegard’s Ghost et la violoncelliste bien connue Peggy Lee, toutes deux de Vancouver.

J’avais lu l’interview accordée par Daniel Áñez à mon collègue Frédéric Cardin et j’étais curieux de voir à quoi ressemblerait cette bande composée d’extraits d’archives du festival Suoni Per Il Popolo assemblée par Áñez et Munden-Dixon qui servirait de trame de fond conformément aux spécifications du compositeur. Celles-ci exigent en effet que cette trame soit constituée d’enregistrements effectués à l’endroit même où la pièce est jouée, et comme il s’agit de la Sala Rossa…

Dans cette interview, Áñez avait également dit que pour se préparer, le tandem avait joué toutes les pièces de Morton Feldman écrites pour violon et piano, et ça se comprend, la partition de Leguizamon possède en effet le même genre d’économie, avec des notes éparses, parfois répétitives, mais jouée avec délicatesse et une certaine lenteur. C’était à la fois abstrait et planant bien qu’un peu austère.

Quant à la trame de fond, elle se composait surtout de bribes de conversations inintelligibles et de bruits divers, mais à un volume si ténu qu’elle n’était qu’en filigrane. Elle réussissait cependant très bien à mettre la musique en relief, à lui donner une sorte de profondeur de champ et permettait étonnamment de mieux comprendre le sens du titre de la pièce.

L’ensemble a plongé l’auditeur que je suis dans une sorte de rêverie que j’aurais prolongée bien au-delà de la vingtaine de minutes que durait la pièce. Mais il est vrai que j’aime beaucoup la musique de Morton Feldman.

Je ne sais pas si c’est parce que la première partie était tout en douceur, mais il m’a semblé que l’amplification du trio qui suivait manquait un peu de tonus. Même si après la première pièce la chanteuse a demandé qu’on monte le volume de son micro, j’avais l’impression qu’elle manquait de « présence » (c’est le mot qui m’est venu), ce qui est assez ironique quand l’interprète est là, en chair et en os, devant soi. Ça s’est amélioré au fil du concert, mais tout du long les textes, livrés le plus souvent sur le ton de la confidence, n’étaient intelligibles que par bribes, et ce n’est pas parce que la pianiste et la violoncelliste enterraient la chanteuse.

Je comprends que cette musique de chambre intimiste ait besoin d’être un peu comme un éclairage tamisé et que ce genre de dosage est difficile à obtenir en concert quand on ne dispose pas des moyens nécessaires, mais… En fait, il a fallu que j’écoute le disque pour me rendre compte de ce qui manquait. Dommage, d’autant que Madame Angell a une fort jolie voix. 

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Antilles / Caraïbes / zouk

Mois du Créole 2026 | Jocelyne et Tony : deux voix, des générations et un Monument-National debout

par Sandra Gasana

Tout comme lors des Francos en juin dernier, Jocelyne Béroard a offert un spectacle mémorable pour son tout premier concert en solo à Montréal. Elle alternait entre chant, pas de danse, quelques chorégraphies tout en s’amusant sur scène devant une foule déjà conquise. La plupart connaissait les paroles de ses plus grands succès par cœur. Elle s’est même aventurée vers le raggamuffin, démontrant ainsi sa polyvalence artistique. Bien entendu, ses plus grands hits tels que « Pa Bizwen Palé », « Wèp » ou encore « Siwo » ont beaucoup plu à l’audience qui était debout pour une bonne partie de son spectacle. Elle passait d’une chanson triste qui parle d’enfants pas comme les autres à une chanson plus festive, presque sans transition. La surprise de la soirée est lorsque Rebecca Jean est venue se joindre à elle sur scène pour chanter sur « Siwo ». Et comme Jocelyne l’a mentionné durant son entrevue avec Alain Brunet, elle est dans l’esprit de transmission aux plus jeunes générations et c’est clairement ce qu’elle a fait avec Rebecca Jean.

Rapide changement de costume et elle réapparait resplendissante, vêtue d’une tunique jaune, et c’était parti pour une deuxième portion de son spectacle qui a embrasé le Monument national. La voix de Jocelyne, unique et reconnaissable dès les premières notes, n’a pas changé malgré l’âge. Elle parvient à pousser les notes tout en chantant juste. Mais c’est la chanson « Kay-Manman » qui a réellement levé la foule et qui a permis de clôturer ce spectacle d’ouverture en apothéose. Et pour couronner le tout, Jocelyne et Tony ont reçu une plaque d’honneur remise par Pierre-Roland Bain.

Et tout juste avant le show de Jocelyne Béroard, Tony Chasseur a partagé plusieurs de ses succès, notamment « La vie » ou encore « Dansé soleil », sur lequel le pianiste Ronald Tulle nous a offert des solos à couper le souffle. En effet, Tony Chasseur donne beaucoup de place à ses musiciens afin qu’ils brillent à leur tour, portant par moments son chapeau de chef d’orchestre. Il a même invité Jean-Christophe Germain sur scène pour un petit bout d’improvisation, malgré quelques soucis techniques. Ces deux artistes ont eu l’occasion de collaborer au sein du groupe Malavoi dans le passé et se retrouvent à Montréal plusieurs années plus tard. La gente féminine était particulièrement expressive durant la portion de Tony Chasseur, connaissant certaines de ses chansons par cœur. « Merci pour l’accueil. J’étais déjà venu à Montréal mais c’est la première fois que je me produis ici », nous apprend-il.

Mais avant la portion des deux têtes d’affiche, nous avons eu plusieurs artistes en première partie, à commencer par le compositeur, auteur et guitariste Harold Faustin et la chanteuse-auteure Samina, du groupe KoulKoulDuo. Ils ont ouvert le bal avec leur musique mélodieuse, teintée de solos de guitares époustouflants de Harold. La voix de Samina, tantôt apaisante, tantôt rythmée, vient bien s’intégrer au groove jazzy et afro des musiciens et ensemble, ils ont su nous transporter le temps de trois morceaux.

Après ce duo, j’ai découvert Jean-Christophe Germain, un violoniste et chanteur virtuose basé à Montréal. Même s’il était seul sur scène, on avait l’impression d’avoir un band complet devant nous. Avec sa petite machine qui envoyait des instrumentaux élaborés, avec des chœurs intégrés, il y rajoutait sa voix et son violon au son particulier. Un pur délice à l’oreille.

Tout juste après lui, Rebecca Jean a pris d’assaut la scène avec son piano et ses trois musiciens, Jim Louis-Marie à la basse, le talentueux Amady Sidibè à la guitare et son percussionniste de longue date Moïse Yawo. Elle a débuté avec sa reprise d’« Hier encore », de Charles Aznavour, en créole. Cette Haïbecoise a participé au Spectacle de la Saint-Jean, ce qui l’a fait connaitre à un plus large public. Elle enchaine avec « Amour lumière », un autre de ses succès sur lequel elle a fait chanter toute la salle.

Pour le 25ème du Mois du Créole, les organisateurs ont mis le paquet, lançant ainsi un mois de programmation riche. Pour en savoir plus, cliquez ici.

Crédit photo: Valérie Gassien

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QMP 2026 | Explorations microtonales et puis hardcore expérimental, avant-rock, bruitisme…

par Michel Rondeau

Au programme pour cette deuxième soirée, deux concerts on ne peut plus dissemblables. Le premier regroupait deux guitaristes classiques, aux instruments à frettes asymétriques pour les rendre microtonaux, et deux chanteuses, alto et soprano. Le second présentait Érick d’Orion – habituellement seul avec ses machines bruitistes ou peut-être un acolyte rythmicien – au pupitre de direction entouré de cinq musiciens: batterie, basse et guitare électriques, trompette et synthétiseurs.

En lever de rideau, la compositrice et chanteuse Geneviève Ackerman nous a brièvement expliqué comment chanter et jouer en intonation juste (système selon lequel la gamme fait 22 notes au lieu de 12) incitait davantage les instrumentistes comme les vocalistes – plutôt que de travailler individuellement leur son – à rester plus ouverts et en léger déséquilibre, ce qui permet de mieux rejoindre les autres musiciens et d’arriver à cette complicité sans laquelle il est bien difficile de parvenir à l’ineffable magie recherchée.

La démonstration de la chose à laquelle le quatuor s’est ensuite livrée n’avait rien de rébarbatif. Bien au contraire. Même si la microtonalité n’est pas évidente au départ, on s’y fait rapidement tant les sonorités à la clé ont quelque chose de singulièrement charmeur, presque exotique, et, oui, d’ineffable.

La qualité des textes du poète Frédérik Dufour, à la fois simples et sentis, donne une dimension supplémentaire à cette musique. On adopte presque une attitude de recueillement en l’écoutant tant elle est délicate.

J’avais eu la chance d’entendre la formation l’hiver dernier à la chapelle Saint-Louis de l’église Saint-Jean-Baptiste, et c’est avec le même ravissement que j’ai renoué avec cette ambiance rêveuse et intimiste hier. Et j’en reprendrais bien encore.

C’est à l’occasion d’une résidence de création au Centre d’expérimentation musicale situé à Saguenay qu’Érick d’Orion a conçu le spectacle et le disque Mes fantômes. Aussi, les musiciens qui ont participé à l’enregistrement sont-ils tous – Marie-Pierre Brasset, elle-même compositrice, aux synthés, Émile Boucher Cloutier à la batterie, Stéphane Beaulieu à la basse électrique, Nicolas Gobeil à la trompette et Michel Potiron à la guitare électrique – des natifs du Saguenay. Au concert d’hier, c’est le Montréalais Bernard Falaise qui officiait à la guitare. 

Dans un long préambule, Érick nous a d’abord exposé de quel ordre étaient ses fameux fantômes. Grosso modo, il s’agit de toutes les influences, conscientes ou non, qui l’ont marquées et qui ressurgissent dans son travail. C’est le matériau de la première pièce, Spectres, laquelle dure une vingtaine de minutes. Celle-ci commence d’ailleurs sur les chapeaux de roues. C’est musclé en diable. Il y a même un solo de batterie à peine dix minutes après le début. Le magma sonore mêle rock, avant-rock, drones aux textures âpres et ambiances de cinéma, et comme il se doit, il est hanté.

Ses musiciens, comme il s’est plu à nous le dire, ne sont pas que de simples exécutants, ils ont eux aussi leurs propres fantômes qui peuvent se manifester lorsqu’ils jouent. Aussi, le second morceau, Ectoplasme, se composait-il de pièces « fondatrices » pour chacun d’eux. Ça allait de la passacaille de Johann Sebastian Bach interprétée par Carl Craig à une danse de Bartok en rythme bulgare, en passant par Jimi Hendrix. Le résultat ? Une courtepointe aussi vitaminée qu’imprévisible alternant joyeusement les rythmes et les ambiances.

La dernière pièce, Traces, faisait en quelque sorte le résumé de tout ce qui avait précédé. Et chose sûre, compte tenu de l’enthousiasme des spectateurs réunis au théâtre La Chapelle, le tout a été fort apprécié.

Photos de Liana Paré pour QMP

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musique contemporaine

FLUX x Vivier x QMP 2026 | Épatants quatuors de George Lewis par Bozzini

par Frédéric Cardin

Il y avait foule dans la petite salle de La Chapelle Scène contemporaine hier soir pour venir entendre deux quatuors à cordes de George Lewis, interprétés par le Quatuor Bozzini. Qui plus est, le compositeur de 74 ans était présent pour manifester son appréciation du jeu enlevant des musiciens montréalais. 

ENTREVUE AVEC ALISSA CHEUNG DU QUATUOR BOZZINI 

C’est le Quatuor 4.5 ‘’Partial Truth’’ qui a été le premier à être joué (pour comprendre la numérotation inusitée offerte par Lewis, réponse dans les entrevues). On est vite emballé : la musique de Lewis est hyperactive, fourmillant continuellement de textures saillantes (grincements, glissandos, sons filés, mitraillage de l’archet bondissant sur les cordes, etc.). Dans ce quatuor, aucun moment ne reste inhabité, même si la trame de la partition ne donne jamais l’impression d’être saturée. L’activité énergique, frétillante de pointillisme délicat et nerveux, est incessante. Mais, le plus remarquable, c’est le sentiment de pulsation qui en ressort, une pulsation qui n’est jamais vraiment suggérée de manière évidente. Celle-ci existe finit par nous habiter, en dépit de son ostentatoire… absence explicite. Lewis est un fan de philo, dit-il. Je dirai donc que le beat, le groove, si invisible dans l’étant de sa musique, existe pleinement en tant qu’être intersubjectif en chacun de nous, auditeur-ices. 

Le quatuor suivant était le no 2.5 ‘’Playing with Seeds’’ plus disparate dans sa construction, déployant une énergie moins soutenue, plus fracturée, mais lui aussi rempli de textures excitantes (dont cette boule de caoutchouc frottée sur le corps du violoncelle et de l’alto, et créant un ronronnement organique franchement amusant, que j’aurais pris encore plus!). 

Rarement, il me semble, musique rigoureusement abstraite et atonale n’aura été aussi excitante à écouter. Une ovation méritée a conclu la prestation exceptionnelle de précision et de maîtrise technique des quatre membres du quatuor Bozzini (nommons-les : Isabelle et Stéphanie Bozzini, Alissa Cheung et Clemens Merkel). 

En première partie de concert, et en total contraste avec la musique de Lewis (c’est un peu la recette des concerts de Québec Musiques Parallèles, et on aime ça), il y avait une longue composition de Patrick Giguère, Ce qui frémit, pour viole de gambe et synthétiseur. La composition fonctionne avec le système d’intonation juste, sorte de microtonalité bien tempérée de 22 notes par gamme. 

On a entendu une musique déployée comme des mouvements de marées, avec des épisodes ascendant, très lentement sur de longues notes soutenues, vers des moments plus actifs et puissants (mais très raisonnablement. Rien de tonitruant ici), puis décroissants. Un mélange de drone et d’ambient. C’est dans le premier tiers de la pièce que j’ai eu le plus de plaisir, particulièrement au premier maximum ‘’maréal’’, là ou le synthétiseur de Daniel Áñez semble émerger des profondeurs aquatiques pour clapoter subtilement en accompagnant la viole qui se fait elle aussi plus bouillonnante. Le dernier tiers de la pièce, par contre, m’est apparu trop long, malgré un crescendo final qui faisait bel effet. 

Marie-Loup Cottinet à la viole de gambe s’est particulièrement démarquée dans une partition en intonation juste qui doit être très difficile à bien exécuter, et surtout à accorder!

Photo: Pierre Langlois pour QMP/ FLUX

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BLAMM «Paroles en l’air» au Cabaret Lion D’or

par Varun Swarup

Hier, le Cabaret Lion d’Or se trouvait quelque part entre Montréal et La Nouvelle-Orléans. Grâce au lancement d’album brillamment orchestré par BLAMM — nom de scène de l’auteure-compositrice-interprète Blanche Moisan Méthé —, le public a vécu une soirée hors du temps et du lieu.

Accompagnée de sa joyeuse troupe vêtue de costumes d’époque, elle a proposé une musique parfaitement adaptée à l’ambiance. Blanche chante le quotidien et des sujets qui nous touchent tous, avec un tel charme que la virtuosité de ses prestations et de celles de ses musiciens est presque passée inaperçue. Prenons pour exemple la chanson Rebound, qui a fait rire et pleurer le public simultanément. Elle a été suivie de près par le morceau Des sapins et des épinettes, qui a entraîné toute la salle dans une danse carrée ou presque…Alternant entre banjo, trompette et chant, BLAMM — bien qu’il ne s’agisse que de son deuxième album — occupe la scène avec l’autorité et le charisme d’une artiste chevronnée. C’est, après tout, une sorte de troubadour moderne.

La foule s’est transformée en chorale pour l’interprétation de Souffle avec moi, qui a mené à un dénouement tout simplement époustouflant. Enfin, le rappel s’est achevé avec le groupe au milieu de la salle, échangeant des phrases de cuivres dans une ambiance joyeuse et exubérante. Nous avons hâte de découvrir la suite.

Photos par Edgar Delacroix

avant-rock / bruitiste / free jazz / free-rock / musique contemporaine

QMP 2026 | Ackermann et D’Orion : la complémentarité des extrêmes

par Frédéric Cardin

On aurait difficilement pu faire plus contrasté en termes de programmation de concert, hier soir à La Chapelle Scènes contemporaines. Québec Musiques Parallèles présentait un double programme consacré, en première partie, aux Rimes défaites par le Sphinx de Geneviève Ackermann, pour deux voix et deux guitares en intonation juste, puis, en deuxième portion au projet Mes fantômes d’Érick D’Orion, dont je vous ai parlé dans sa version discographique sortie récemment.

LIRE MA CRITIQUE DE L’ALBUM MES FANTÔMES D’ÉRICK D’ORION

Autant l’œuvre d’Ackermann est épurée, poétique et millimétrique dans ses détails, autant celle de D’Orion est maximaliste, éclatée, bruitiste et profondément jouissive. Rimes défaites par le Sphinx est un cycle de chansons, interprétées par Geneviève Ackermann elle-même et Florence Tremblay aux voix, accompagnées par les guitares classiques de Francis Brunet-Turcotte et Alexandre Éthier. Les chansons, je l’ai dit, sont construites selon le principe d’intonation juste, une gamme de 22 notes (la gamme normale en contient 12) qui comprend donc des tons intermédiaire entre les bémols/dièses habituels. Il s’agit donc d’une forme de microtonalité, mais qui, par sa rigueur structurelle, me permet de l’appeler ‘’microtonalité tempérée’’.  Le résultat est à la fois déroutant (au début), puis étrangement agréable. On a parfois l’impression d’entendre un mariage entre l’Ars nova médiéval et les créations de Meredith Monk. C’est beau et subtil, c’est d’une grande finesse et les interprètes sont excellents. Ackermann et Tremblay ont réussi à ajuster leurs harmonies, parfois fragiles, avec aplomb. À côté, Éthier et Brunet-Turcotte ont fait paraître aisée leurs partitions qui sont, en vérité, redoutablement complexes à interpréter, et ce sur des guitares spécialement conçues pour la cause de l’intonation juste. Oui, comme pour Angine de Poitrine, mais avec des résultats plus poussés et, curieusement pas toujours aussi ‘’weird’’. C’est que, la microtonalité utilisée ici ne l’est pas de façon cosmétique, comme chez le duo de Saguenay. Donc, pas le même besoin de la ‘’montrer’’. Elle est là, comme en écho, ou comme des fantômes distillés dans une fabrique générale qui finit par nous apparaître, au final, étrangement ‘’normale’’. 

Parlant de fantômes, ceux d’Érick D’Orion en deuxième partie avaient de quoi nous hanter longtemps après avoir été invoqués sur scène. Le principe de la musique du Montréalais accompagné de musiciens du Saguenay (et de Bernard Falaise en remplacement de Michel Potiron à la guitare) est de laisser les artistes interpréter ses idées en n’ignorant pas leurs ‘’fantômes’’ personnels, ou leurs influences stylistiques, si vous préférez. L’esthétique de D’Orion est bien plantée dans le rock extrême et le bruitisme. Mais ce qu’on a entendu (et qui n’est pas une simple redite de l’album) était bourré de références multiples, à la fois instillées par le compositeur (et chef d’orchestre pour l’occasion) et exprimées avec individualité par les artistes, tous très bons (je leur lève mon chapeau : Stéphane Beaulieu à la basse, Marie-Pierre Brasset aux synthétiseurs Moog Grandmother, Émile Boucher Cloutier aux percussions, Réal Gagnon à la batterie et Nicolas Gobeil à la trompette). Quel plaisir de hocher du crâne sur des rythmes bien bétonnés, lourds et expressifs, d’être submergés par le délirium cacophonique de tutti totalement free et d’entendre des références à Pendulum, à Philippe Brach et même à Bach (rare moment d’accalmie, ici magnifique dans son onirisme contemplatif, et inspiré d’une Passacaille du génie baroque). Des trois longues pièces au programme de D’Orion, la deuxième seulement semblait moins convaincante sur le plan structurel, même si elle était plaisante. Comme un patchwork où chaque musicien présentait son « influence » (sous la forme d’un morceau musical personnel et déterminant), comme une suite de mouvements disjoints. Pas beaucoup d’intégration des différents matériaux ensemble. Mais, tel que mentionné, de nombreux moments agréables néanmoins (c’est là que nous avons entendu l’épisode transcendant de Bach). 

Pour des puristes, cette juxtaposition iconoclaste est une hérésie. Pour les authentiques musicophiles ouverts d’esprit, c’était un bonheur réaliste, car quand on aime vraiment la musique créative, on n’est pas collés à des principes structurels pour apprécier un concert. On peut passer d’une extrême à l’autre sans broncher, car c’est pas mal comme ça que ça se passe dans nos têtes (comme l’a dit une spectatrice lors de la discussion après-concert).  

Une formule à rééditer sans hésitation.

expérimental / contemporain / improvisation libre / musique contemporaine

QMP 2026 | De l’imaginaire du Tarot à la transcendance d’une plante, la matière sonore s’offre une soirée d’improvisation

par Alexandre Villemaire

Québec musiques parallèles (QMP), cet évènement musical ambulant initié par le Quatuor Bozzini (Montréal) Tour de bras (Rimouski) avec la complice E27 musiques nouvelles (Québec) s’ouvrait mercredi soir à La Chapelle Scènes Contemporaines. Pendant 4 jours, des artistes se réuniront dans des performances aux dimensions variées et livreront un aréopage de musiques éclaté regroupant performances, art audio et musique expérimentale aux pratiques variées dans un esprit de partage et de circulation de ces musiques en dehors des festivals spécialisés. 

Dans la boîte noire qu’est le Théâtre La Chapelle, pour commencer ce marathon de concert, nous avons eu droit à deux productions qui amenaient le public à entendre la matière sonore sous deux approches stylistiques différences avec Mélanie Bourassa, Nicolas Bernier, Jim Denley et Éric Normand.

En première partie de ce double plateau, c’est le nouveau duo Super scintillant formé de Mélanie Bourassa et Nicolas Bernier qui a présenté son projet Tarot. Les deux complices mixent dans leur duo le son de la clarinette basse, joué par Bourassa, aux sons du synthétiseur modulaire de Bernier. La performance qu’ils ont donnée est dans la ligne directe de la création de leur premier album éponyme, sorti sous étiquette Ambiance magnétique. C’est avec ce jeu de cartes, associé fortement à l’art divinatoire pour prédire son avenir, qu’ils créent leur musique. Ce n’est pas non plus le traditionnel tarot de Marseille qui est employé, mais un jeu de cartes bien spécifiques avec des images et des associations bien particulières d’affects et de symboles, dessinés par Caroline Séguin, flûtiste de l’Orchestre Métropolitain. En faisant pigé aux membres du public des cartes, ils comprovisent ensemble autour de ce que le hasard des cartes leur donne. Des associations comme soleil/lune, tortue et licorne magique, donnent lieu à un jeu allant de sonorité sobre et plaintive. Une autre série de carte mettant l’image de la montagne et des météorites superpose des sonores éclaté et suraigus maintenu par un ostinato rythmique percussif créé par Bernier alors que le rappel, inspiré par un champignon, peignait littéralement sous nos yeux un tableau sonore où le matériau sonore, au timbre anxieux se propage tel un cordyceps, ce champignon parasitaire qui infecte les insectes. Voir et entendre les deux musiciens dans cet échange télépathique, évolué avec les idées lancées par l’un et l’autre, s’influencer et modifier leur jeu et leurs sons.

La musique du duo Plant formé d’Éric Normand et de l’Australien Jim Henley s’inscrivait dans une même démarche artistique de création, mais avec un matériel sonore différent. Alors que Super scintillant travaille avec des sons réels et des sons traités sur support, Plant utilise la gamme de sons bruts qui composent leur instrument, et ce dans leur ensemble. Avec une flûte, un saxophone et une basse électrique, tour à tour amanchée de différents objets pour venir en altérer le timbre. C’est cette manipulation d’objets qui s’insèrent de manière organique soit dans le pavillon du saxophone, entre les cordes de la guitare, qui crée un matériau musical qui est en évolution constante. La maîtrise instrumentale de Denley est captivante et inventive tout comme l’est la communication qui unit les deux interprètes dans ce qui a été une œuvre-fleuve improvisée d’au moins 40 min transcendantales. Pas de répétition, pas de partition ni d’idée préconçue. Seulement que l’écoute de son environnement…et une plante pour guider sa musique. Que ce soit dans sa démarche ou dans son produit, la musique nouvelle et expérimentale a toujours de quoi surprendre.

crédits photos: Pierre Langlois

musique contemporaine / trad

MÁM de Teaċ Daṁsa : l’Irlande de tous les fantasmes

par Frédéric Cardin

L’Irlande est un objet qui stimule l’imaginaire. Une île qui baigne dans la mer, mais surtout une culture et un peuple qui baignent dans une mémoire de brouillard et d’écume. C’est cette Irlande mâtinée de symboles et de tendres impressions, ainsi que de fougue et d’empoignes, que le chorégraphe Michael Keegan-Dolan a voulu présenter au public montréalais hier avec ce Mám (qui a plusieurs significations en gaélique, allant de col de montagne à obligation à ‘’en avoir plein les mains’’) , créé en 2019. Une vingtaine de danseurs et de musiciens occupaient pleinement la scène du Théâtre Maisonneuve.

Parlant de visions fantasmagoriques, c’est d’ailleurs sur une scène initialement inquiétante qu’est lancée la pièce. Un personnage à tête de bouc, tenant un concertina (un petit accordéon hexagonal) se tient derrière une fillette couchée en robe blanche. Apparaissent une dizaine d’autres personnages, masqués. Mais que se passe-t-il? Rassurez-vous : l’honneur est sauf, les masques se lèvent, l’homme-bouc est un musicien qui commence à interpréter une mélodie de style traditionnel alors que les autres commencent à s’agiter, en semblant vouloir sortir de leurs esprits des souvenirs camouflés. 

Le concertina poursuit sa lancée, les danseurs tournoient et s’organisent. Métaphore, peut-être, de la naissance d’un peuple dans le mystère et la magie. Car, dans la mythologie celtique d’Irlande, l’homme-bouc (Púca) est un personnage important, redouté car farceur, mais pas forcément méchant. Puis, Puck Fair (Aonach an Phoic) est une fête traditionnelle, l’une des plus anciennes d’Irlande, qui se déroule chaque année du 10 au 12 août à Killorglin, dans le comté de Kerry. Incidemment, c’est à Kerry que le chorégraphe a puisé son inspiration pour sa chorégraphie. 

La fête prend son envol, toujours au son du concertina qui n’arrête pas une seconde pendant la première partie du spectacle, environ 35 minutes! Les mouvements de la troupe s’entrecroisent, les élans s’envolent puis se distillent les uns dans les autres, quelques pas de deux interrompent les célébrités, qui tournent parfois au vinaigre et au tangage d’ivresse (on le sait, les Irlandais se battent et se saoulent. Les Gaulois n’avaient rien inventé. Ils étaient en partie celtes eux aussi, d’ailleurs). Parfois deux groupes crient viscéralement les uns vers les autres. Parfois aussi, deux individus tournoient sur eux-même comme des derviches, mais avec des chaises dans les mains! Je me suis dit que si l’un ou l’autre en échappait une, ça pourrait être catastrophique. Mais bon, j’ose imaginer qu’elles étaient attachées, d’une manière ou d’une autre. 

La deuxième partie apporte un contraste assez frappant, avec l’arrivée soudaine de tout un orchestre en support au concertina solo, qui commençait, je serai honnête, à étirer la sauce, malgré sa remarquable virtuosité. 

Un violon, donc, s’ajoute, ainsi qu’un piano et un synthétiseur, une contrebasse, une batterie, un hautbois/cor anglais, une guitare. Cette partie s’amorce sur un solo de violon (une fantaisie de Telemann). 

C’est un raffinement euro-continental qui évoque, peut-être, une certaine européanisation de l’Irlande, et la confrontation entre ses racines et celles du continent. Les danseurs commencent par assister, comme on le ferait devant un film, au spectacle musical. Puis, à l’instar de l’orchestre qui ajoute du muscle et de la modernité, les danseurs interviennent, dans des échanges parfois symbiotiques, parfois conflictuels. On devine le combat entre l’adaptation et la résistance, entre le cosmopolitisme et le nationalisme, entre le monde et les racines du terroir. Ces échanges occupent la deuxième partie, dont la musique se fait groovy, parfois menaçante d’une façon contemporaine dissonante. 

Un passage empreint de sensualité évoque un retour au bercail, ou aux sources : l’un des danseurs (James Southward) embrasse explicitement les autres, hommes et femmes, danseurs et musiciens (sauf un, rejeté pour on ne sait quelle raison, mais ça fait bien rire le public). À partir de là, on perçoit une synthèse se construire, très efficacement illustrée par la musique, sans laquelle rien de tout cela ne serait aussi bien compréhensible. C’est la plume de Cormac Beagley, entre autres, qui en est responsable. Le mélange de rock, de trad, de groove et d’atonalisme roule très efficacement. 

La finale est surprenante. Car suite à un crescendo d’intensité porté par la trame musicale, et dont la conclusion aurait pu être satisfaisante, Keegan-Dolan choisit plutôt de présenter une coda visuellement et musicalement teintée de mysticisme vaguement religieux, planant et angélique. Les artistes chantent la Passion selon Saint-Matthieu de Bach. Quel est le message, exactement? Je ne peux dire. La dernière image est puissante : un spot lumineux dont on reçoit l’éclat en plein yeux s’éteint graduellement, en me faisant penser à un phare de la côte irlandaise, disparaissant lentement dans la nuit profonde. 

Malgré quelques longueurs ici et là (je pense que la première partie aurait pu être rationnalisée d’une dizaine de minutes, et la deuxième, peut-être autant), Mám est une création inspirante et poétique sur l’Irlande et les visions qu’elle évoque dans notre inconscient collectif. 

Il faut souligner la contribution remarquable des musiciens, dont le joueur de concertina (Cormac Beagley) et la violoniste (Agnieszka Opiola), excellente dans ses interventions de style baroque au début de la deuxième partie. 

Bien, bien au-delà de Riverdance et des lieux communs du genre, Mám divertit et nourrit avec force et invention. 

MÁM se poursuit jusqu’au 4 octobre et est présenté par Danse Danse

INFOS ET BILLETS

électronique

Piknic Electronik | Egyptian Lover a le répertoire et les références, cependant…

par Julius Cesaratto

C’était la première fois que je voyais Egyptian Lover en concert, et j’étais très impatient de découvrir ce qu’il nous avait concocté pour l’édition de cette semaine du Piknic Electronik, le dimanche 27 septembre. L’air du soir était frais, l’automne commençait à s’installer et la foule estivale habituelle s’était clairsemée. Cela créait une ambiance différente : la piste de danse offrait plus d’espace pour bouger, et le coucher de soleil plus précoce contribuait à une atmosphère plus intimiste.

Le natif de Los Angeles a commencé en restant fidèle à ses racines electro-funk de la côte ouest, avec des voix groovy et un battement régulier de 808 en fond. Il a ensuite puisé plus profondément dans la section Miami bass de sa collection de disques, enchaînant des lignes de basse lourdes qui ont fait bouger la foule.

La sélection était éclectique. On y trouvait des morceaux latins, un remix d’Addison Rae et « Walk on By » de Miss Kittin & The Hacker. Puis vint un remix Miami bass de « Sunglasses at Night » de Tiga, un enchaînement de deux de mes morceaux préférés auquel je ne m’attendais pas, même si cela n’a pas semblé enthousiasmer le reste du public autant que moi. Il a enchaîné avec des morceaux funk groovy, suivis de remixes de tubes bien connus qui font toujours le bonheur du public, comme « My Boo » des Ghost Town DJs et « Planet Rock » d’Afrika Bambaataa. C’était une démonstration impressionnante de sa vaste collection de vinyles, mais j’ai malheureusement trouvé le set un peu banal.

Au bout d’environ 40 minutes, il a ralenti le tempo, et honnêtement, ça ne m’a pas convaincu. Il semblait avoir un peu perdu le contact avec le public, et j’étais un peu déçu.

Il a toutefois réussi à relancer l’ambiance vers la fin. Il a pris le micro pour chanter en direct, demandant où étaient passés les « freaks ». Puis il s’est adressé directement au public, mettant en avant son installation analogique : « Je ne joue pas sur Serato. Je joue sur ma 808. » En montrant son matériel, il s’est exclamé : « C’est ma 808 d’origine… la toute première, datant d’il y a 40 ans », faisant référence à la boîte à rythmes qui a tant marqué la musique contemporaine, ce qui a suscité quelques acclamations.

Il a ensuite interprété une version vocale très sensuelle de son classique « I Need a Freak », ce qui a relancé l’ambiance et fait rugir la foule pour son final.

Verdict : Egyptian Lover possède le répertoire et les références, mais son set s’est appuyé sur des valeurs sûres pour plaire au public et a perdu de son élan à mi-parcours. Le chant en direct et les moments avec la 808 ont été les véritables moments forts, et j’aurais aimé qu’il y en ait eu davantage. Il n’en reste pas moins louable de jouer un set entièrement sur vinyle à notre époque.

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baroque / classique / classique occidental

Le contre-ténor Iestyn Davies, un art d’exception magnifié par les Violons du Roy

par Alain Brunet

Peut-être à cause du trafic intense côté classique ces derniers jours à Montréal, et peut-être parce que le rendez-vous avait été fixé exceptionnellement un lundi justement pour éviter ce trafic, les Violons du Roy n’ont pas fait salle comble pour le premier concert de leur saison à la Maison symphonique.  

Plusieurs mélomanes se mordront les doigts d’avoir raté ce programme fabuleux, constitué d’extraits d’opéras de Handel, soit Rinaldo, Alcina, Giulio Cesare, Rodrigo et Rodelinda, ainsi que de l’oratorio Theodora et de l’ode L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato. Et surtout de la participation du contre-ténor Iestyn Davies.En ce début de semaine, l’ensemble de Québec a effectivement mis en relief le talent que d’aucuns considèrent comme le plus aguerri contre-ténor sur cette planète classique.

Quiconque connaît un tant soit peu le chant lyrique tombe de sa chaise à sa rencontre, aucune place n’est laissée à la spéculation, le meilleur de la période actuelle est devant nous.Le Britannique Iestyn Davies a les atouts des plus grands : une voix d’exception, puissante et texturée, une diction et un phrasé parfaits, une technique baroque assortie de superbes vocalises en fin de programme, une prestance sur scène sans affects inutiles, une immense personnalité qui s’impose dans une apparente modestie. Ni dans son approche vocale sans affects, ni dans sa sobre tenue vestimentaire, essentiellement dans la pureté musicale, cet homme distille un art d’exception.

On en oublie presque le personnage, sa seule musique prend son envol dès la première mesure de Presti omai l’Egizia (Giulio Cesare, HWV 17) de George Frideric Handel (1685-1759), enchaîné de la lente et passionnée Pompe vane di morte… Dove sei, amato bene? (Rodelinda HWV 19), le tout enrobé de superbes interventions instrumentales sous l’impeccable direction de Bernard Labadie – dont une superbe suite instrumentale en deuxième partie

L’instrumentation de 19 interprètes est idéale pour ce programme Handel, toustes ont joué admirablement – 8 violons dont le premier de l’excellente Pascale Giguère, magnifique dans la passacaille Matelotte tirée de l’opéraRodrigo, puis 3 altos, 2 violoncelles, une contrebasse, 2 hautbois, un basson, un archiluth et des claviers (clavecin/orgue).

Iestyn Davis aura 10 apparitions aussi remarquables les unes que les autres, pendant ce programme Handel, ceci incluant le rappel. Quelle soirée!

pop

Pop MTL 2026 | En clôture, discussion en musique sur la télésérie atypique Heated Rivalry

par Michel Labrecque

Au départ, la série télévisée Heated Rivalry (en français Rivalité Passionnée) avait peu d’atouts en main pour cartonner à l’international: un petit budget, une thématique controversée, des comédiens inconnus. Mais voilà: l’improbable est survenu! Cette histoire d’amour homosexuel dans la Ligue Nationale de Hockey, réalisée par le montréalais Jacob Tierney, basée sur un roman de la Néo-Écossaise Rachel Reid, a connu un succès mondial. Et la bande sonore y joua un rôle non négligeable.  

Dans un Théâtre Rialto plein à craquer, la célébration en musique de cet OVNI télévisuel s’est déroulée. De toute évidence, Heated Rivalry compte beaucoup de fans à Montréal. Et, à écouter les conversations autour de moi, on y trouve autant de francophones que d’anglophones, peut-être même davantage. Une foule métissée, queer, mais pas uniquement. 

Le montréalais Peter Peter est le centre de cette bande sonore. C’est lui qui a construit les ponts instrumentaux, qui forment le squelette musical de la série. « Personne ne s’attendait à un tel succès, nous pensions que nous produisions une série nichée », déclare-t-il en entrevue devant la salle. Il a beaucoup apprécié la confiance « absolue » du réalisateur Jacob Tierney, qui lui a laissé une carte quasi-blanche. 

Il avoue également avoir senti une connexion particulière avec cette histoire d’amour sur glace hors-norme. Maintenant que la série a été diffusée aux États-Unis, en Grande Bretagne et ailleurs et a connu du succès, il reconnaît le grand impact sur sa vie de musicien: voilà que, tout à coup, la planète anglo-saxonne s’intéresse à son travail. Lui qui visait davantage la France et le marché francophone. 

« J’ai passé sept semaines à travailler sur cette bande son et, tout-à-coup, tout devient plus gros, c’est un peu inquiétant », dit Peter Peter, avec un brin d’humour. La deuxième saison de Heated Rivalry est actuellement en tournage, avec probablement beaucoup plus de moyens que la première. Notre québécois dit que «  c’est un peu plus stressant » , de composer. Les attentes sont là….

Au-delà de Peter Peter, la musique est constituée d’extraits de chansons, majoritairement canadiennes, avec une importante partie francophone. Puisque la télésérie met en vedette un joueur fictif du Canadien de Montréal, Jacob Tierney et le superviseur musical, Scotty Taylor, souhaitaient que le caractère bilingue de la ville se ressente, à travers la musique. « Nous avons tous eu accès à une audience plus large », s’est exclamé Peter Peter, en faisant particulièrement allusion à Dumas, Alfa Rococo, La Bronze et Philippe B.

« Je ne jouais plus cette chanson, je l’avais presque oubliée », rigole Philippe B, armé de sa guitare acoustique, en parlant de Chelsea mon amour, qu’il a joué hier soir au Rialto. «  Quand Jacob Tierney m’a contacté pour me dire qu’il voulait l’inclure dans Heated Rivalry, j’ai accepté en sachant qu’il avait une excellente réputation », dit-il au public. « Et bien, maintenant , je la joue à chaque concert, croyez-moi! ». La foule éclate de rire. 

C’est ça l’effet Heated Rivalry. Le deuxième OVNI musical canado-québécois planétaire après Angine de Poitrine. En entrevue devant public, l’auteure de la série de romans Game Changers, a dit qu’elle ne s’attendait pas à ce que la musique ait un tel impact sur la version télévisuelle de son œuvre, mais qu’elle en est très satisfaite. Nous avons appris que l’autrice a déjà été musicienne. Elle s’est même produite à POP Mtl en 2006, avec un quatuor punk féminin de Halifax appelé Stolen Bases. « C’était cool, mais franchement, je suis plus douée comme écrivaine que musicienne », a-t-elle confié. 

Il y aurait tellement de choses à dire sur cette série, sur son succès aux États-Unis au moment où l’administration de Donald Trump veut serrer l’étau sur la communauté LGBTQ, sur son impact dans la communauté sportive, bien qu’aucun joueur de la LNH n’ait encore fait son « coming out ».

La conversation se poursuivra quand la deuxième saison débarquera sur CRAVE. Au fait, ici, il faut saluer l’audace de cette plateforme qui appartient à Bell, d’avoir accepté de prendre un risque avec cette série. Aujourd’hui, bien sûr elle en récolte les dividendes. 

Après les entrevues, nous avons eu droit a de courtes performances de La Bronze, du groupe anglo-montréalais Night Lunch, de Philippe B et de Dumas. La salle comble s’est un peu éclaircie, signe que, peut-être, certains anglos éprouvaient moins d’intérêt pour cette partie. Mais la grande majorité est restée et a semblé apprécier. 

Pour moi, qui, en toute transparence, ai très peu écouté la série, tout en étant conscient du phénomène, cette soirée m’a appris plein de choses. Par contre, j’ai écouté toute la bande sonore et elle est franchement intéressante. 

Cette histoire n’est pas terminée. Quels artistes seront de la saison 2? Mystère. 

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