rap français

Francos 2026 | Orelsan, LA tête d’affiche de la francophonie cette année à MTL

par Alain Brunet

Affublé d’un jersey du CH au numéro 85 de l’estimé hockeyeur français Alexandre Texier (évidemment), prisonnier d’une armure débusquée du Japon ancestal à la nôtre ou encore vêtu en toute normalité, Orelsan a fait cette démonstration : être devenu la plus importante tête d’affiche venue de France en 2026. En ce jeudi de Francos 2026, dans un Centre Bell peuplé de 8000 fans montréalais, majoritairement d’origine française si on se fie à ses oreilles, Orelsan a assurément triomphé.

Huit années se sont écoulées depuis son passage remarqué dans un amphithéâtre moins fourni que celui de jeudi. Deux décennies de progression scénique l’ont mené à un show d’aréna en bonne et due forme, avec projections 3D, chroégraphies de ninjas, multiples évocations japonaises dans les décors de scène, on en passe. Le temps a passé avec Perdu d’avanceLe chant des sirènesLa fête est finie et Civilisation, dont il reprend quelques classiques mais surtout les titres de La fuite en avant, son plus récent sorti en 2025 – Plus rien, Ailleurs, Boss…

Le spectacle évoquait aussi plusieurs extraits de Yoroï , film dont il a participé à la coscénarisation. Réalisé par David Tomaszewski, ce film met en scène la migration d’Aurélien (Orelsan) et de sa femme enceinte. En pleine rénovation, le personnage principal débusque une armure ancestrale qui déclenche le retour des Yokaïs, étranges créatures qui hanteront la maison et leurs occupants. L’exploration du puits de la maison le mènera aussi à de sombres découvertes, à la lisère du fantastique ou de l’horreur. Il enchaînera alors Pour le pireJimmy PunchlineÀ l’heure où je me coucheLa pluieRêves bizarres.

Scènes de combat, scène de danse, scène de provocation sympathique lorsque le rappeur-auteur se met à dénigrer le Keb sans identité, ni Français ni Nord-Américain, dont il n’arrive pas à comprendre l’accent des huées. Excellent haha!! Parfait enchaînement pour Sama, qui incarne le côté sombre de l’auteur et se rit de tous les travers du mode de vie parisien.

Des bémols? Le flow d’Orelsan le rappeur est OK, sans plus, la voix d’Orelsan le chanteur est très moyenne, comme c’est le cas d’une majorité de rappeurs qui finissent immanquablement par faire de la soul-pop afin d’étendre leur rayonnement.

Les qualités de cet artiste ne sont pas là : Orelsan est d’abord un écrivain, communicateur, scénariste, parolier brillant et réaliste, plus proche en fait de la littérature que de la musique, observateur lucide de son époque, auteur en macro ou en micro, très drôle par moments, fin descripteur de son couple, de sa paternité et de son cercle immédiat, mais aussi peintre de l’universel et bâtisseur d’un refuge salvateur dans une séduisante fiction à saveur asiatique.

Orelsan n’hésite pas à incarner les travers masculins et aussi la vulnérabilité masculine de notre temps, il danse bellement sur la clôture qui sépare la réalité de la fiction. En conférant à sa pensée un cadre hip-hop avec attitude rock (4 musiciens sur scène avec lui), Orelsan devient une figure majeure de l’expression populaire et francophone sur cette petite planète.

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classique / klezmer / période romantique

Classica 2026 | Jorane et Oktopus: unir les couleurs

par Ariel Rutherford

Avec mon père, on arrive un peu fesses. Le concert débute à 09h30, nous prenons place sur les bancs de l’église Sainte-Famille à 09h25.  En attendant que débute le spectacle, nous admirons le plafond peint de la nef. C’est une merveilleuse petite église où s’apprête à prendre place Rêvance sans paroles, une collaboration inédite entre la compositrice-interprète Jorane et l’octuor Oktopus. 

Je ne sais pas trop à quoi m’attendre : Oktopus se spécialise dans la tradition musicale de l’Europe de l’Est, fusionnant musiques folkloriques et compositions classiques, tandis que Jorane offre à découvrir un univers tout contemporain, planant, où le chant dénué de mots devient une pure texture sonore. Le mélange pouvait s’avérer risqué.

C’est jorane qui ouvre le bal, avec son violoncelle et son chant iconoclaste, pour interpréter une de ses compositions. Rien à redire sur la performance, mais notons cependant un problème technique qui perdurera sur la durée du spectacle : peut-être un problème de câble, mais par moment le micro du violoncelle laisse entendre des grésillements. Pas de quoi gâcher le concert, mais un bémol néanmoins regrettable. 

C’est ensuite le tour d’Oktopus de saisir la scène et de nous embarquer immédiatement dans un déluge klezmer jouissif, donnant envie de taper du pied. 

Après avoir ainsi établi leurs langages respectifs, c’est sur des morceaux communs, que la collaboration Oktopus/Jorane vient pleinement se révéler. Il me faut avouer que la formule chant abstrait/violoncelle de Jorane n’est pas tant ma tasse de thé. Je suis beaucoup plus sensible à la palette d’Oktopus. Par contre, sur des morceaux tels que Le rêve d’Anne Frank ou encore Pour Gabriel, accompagnée d’Oktopus et prenant le rôle de cantor, le chant théâtral de Jorane, émergeant du flux des trombones et dialoguant avec la clarinette, devient une évidence. Les univers musicaux respectifs entrent alors en harmonie et offrent à entendre une riche palette de couleurs et de sonorités, bénéficiant de la théâtralité aux accents mystiques de Jorane.   

En tout et pour tout ce fut un concert les plus agréables, tout en crescendo, Gardant les meilleurs moments pour la fin. L’apogée fut certainement la Rhapsodie Hongroise n.2 de Franz Liszt, arrangée par Francis Pigeon le trompettiste d’Oktopus en une version espiègle et humoristique. Des passages solos truculents, étirant des conclusions de manière intentionnellement superfétatoires, particulièrement celui du pianiste Guillaume Martineau, arrachèrent plusieurs rires et applaudissements à la salle, pour se conclure sur un tonnerre d’applaudissements.

On eut droit en rappel à un morceau traditionnel klezmer, une fois de plus avec Jorane au chant, pour un final en beauté, les musiciens prenant visiblement grand plaisir à être sur scène et à interpréter leur musique pour notre plus grand plaisir.

Le concert fini, mon père et moi flânons un moment sur le bord du fleuve, qui fait face à l’église. Puis on rentre chez nous, en écoutant du David Krakauer dans la voiture.

électronique / immersif

SAT – Futurs Antérieurs | « Lueurs quantiques », espace de perception suspendu

par Félicité Couëlle-Brunet

Présentée le samedi soir 6 juin comme sortie de résidence du dôme de la SAT dans le cadre de l’événement Futurs Antérieurs, Lueurs Quantiques de France Jobin et Markus Heckmann mettait en lumière un espace de perception suspendu, où le dôme devenait un champ d’expérimentation. Sous la Satosphère, l’écoute se déployait dans une spatialisation à plus de 90 haut-parleurs, fragmentant l’air en déplacements imperceptibles.

Le travail sonore de France Jobin, fondé sur une pratique minimaliste qu’elle conçoit comme une sculpture de l’écoute, s’y manifeste dans des micro-événements précis, presque effacés, qui circulent comme des poussières en apesanteur. La retenue devient matière, et le silence un vecteur de tension, structurant un espace où chaque variation d’intensité redéfinit la profondeur.

En réponse, les systèmes visuels de Markus Heckmann génèrent des flux lumineux en temps réel. Brume, faisceaux et ombres y émergent comme des phénomènes instables, immédiatement absorbés par l’obscurité. La lumière n’y dessine pas des formes fixes, mais des états transitoires.

Inspirée par les logiques de la physique quantique et les structures de l’espace architectural, l’œuvre explore des zones d’indétermination où perception et disparition cohabitent sans hiérarchie. Dans cette sortie de résidence, le processus reste perceptible, comme une matière encore en formation.

Sous le dôme, Futurs Antérieurs prend alors une résonance littérale : un futur déjà advenu, encore en train de se déplier dans l’ombre de ce qui n’a pas encore eu lieu.

crédit photo: Nina Gibelin Souchon

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SAT – Futurs Antérieurs | Jacques Greene & Martyn Bootyspon, dans la filiation post-club

par Félicité Couëlle-Brunet

En parcourant récemment une page Instagram d’archives (lastcallmtl), qui documente la scène musicale montréalaise entre 2005 et 2015, une continuité s’impose entre ces fragments du passé et les formes actuelles du club. On y reconnaît les germes d’une esthétique post-club encore active aujourd’hui, où les trajectoires artistiques se sont croisées, déplacées, transformées sans jamais disparaître. Sous  le dôme de la SAT, le B2B entre Martyn Bootyspoon et Jacques Greene s’inscrit précisément dans cette filiation. Tous deux issus de cet écosystème montréalais en constante mutation, ils incarnent deux inflexions d’un même héritage.

Bootyspoon prolonge une énergie post-club faite de collision et d’excès contrôlé : sub-bass saturés, rythmiques fragmentées, edits vocaux absurdes. Le geste y est rapide, instable, traversé d’humour et de rupture, comme si le dancefloor devenait un espace de dérèglement joyeux. Jacques Greene explore à l’inverse une forme de densité émotionnelle plus contenue, où la texture prime sur la rupture. Sa musique construit des espaces immersifs, tendus entre mélodie, matière et résonance affective, où le club devient un lieu d’écoute autant que de mouvement. Ces deux approches se rejoignent sans s’annuler.

La spatialisation du dôme agit comme un tissu commun, les transitions deviennent des circulations, les contrastes des prolongements. Le son se déplace dans un espace qui ne sépare plus les esthétiques mais les relie. Ce B2B apparaît alors comme une mise en perspective de la scène dont ils sont issus. Une mémoire active du club montréalais, où les formes d’hier continuent de se reconfigurer dans le présent du corps en mouvement.

crédit photo: Nina Gibelin Souchon

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électronique

SAT – Futurs Antérieurs | Mozhgan, messe industrielle dans la Satosphère

par Marc-Antoine Bernier

Déjà passée à MTL en janvier 2025 (série Dômesicle), Mozhgan revenait le 6 juin à la Satosphère pour Futurs Antérieurs et les 30 ans de la SAT. Sa prestation s’est avérée un puissant moment de transition, au cœur d’une soirée marquée par la recherche d’expériences immersives et sensorielles.

Dès les premières minutes, Mozhgan installe un univers sonore sombre, dense, profondément psychédélique. Son approche repose sur des tempos moyens et  lourds, qui imposent une dynamique lente mais implacable, transformant progressivement la piste en un espace rituel. À travers cette pulsation régulière, elle construit une tension continue, presque incantatoire, qui absorbe le public.

Son langage musical puise dans les esthétiques de l’EBM, de la cold wave et du post-punk, avec des lignes de synthés acides et des basses métalliques directement héritées de l’industriel des années 1980. Ces éléments sont hybridés à des structures techno et house contemporaines, créant un dialogue constant entre nostalgie sombre et modernité souterraine. Le résultat est une matière sonore granuleuse, à la fois mécanique et énergique.

Tout au long du set, Mozhgan injecte une dose assumée de chaos contrôlé. Ses transitions abruptes, passant du techno leftfield à des détours disco ou post-punk, maintiennent le public dans un état d’instabilité volontaire. Cette approche renforce la dimension cinématique et dystopique de son univers, amplifiée par les visuels immersifs de la Satosphère, signés SULFATION et al11z, dont les projections prolongent la transe sonore en une véritable scénographie synesthésique au sein de laquelle le public se retrouve encapsulé.

En combinant intensité rythmique, références industrielles et chaos contrôlé, elle a transformé l’espace en véritable rituel sonore, marquant l’un des moments les plus singuliers de la soirée avant les performances de Jacques Greene et Martyn Bootyspoon.

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électronique

SAT- Futurs Antérieurs | Kaitlyn Aurelia Smith amène ses breakbeats cathartiques

par Marc-Antoine Bernier

Présentée le samedi 6 juin dans le cadre de Futurs Antérieurs, la performance de Kaitlyn Aurelia Smith se voulait un premier aperçu de son prochain album, attendu le 2 octobre 2026.

Dans une salle enveloppée de fumée, l’artiste américaine a déployé un live hardware set où synthétiseurs, séquenceurs et traitements sonores se répondaient dans une expérience à la fois physique et émotionnelle.

L’ouverture du concert frappe d’emblée par la richesse de son design sonore : des textures organiques et des sonorités de cordes émergent d’une synthèse dense et puissante, traversée de timbres graves, rugueux et presque gutturaux qui semblent pousser le système dans ses retranchements.

Smith enchaîne ensuite avec Ruin, son plus récent simple paru à la fin mai. Portée par des breakbeats drum and bass qui se fracassent à travers une matière sonore foisonnante, la pièce marque un virage important dans son parcours créatif. Délaissant les paysages ambient qui occupaient une place centrale dans ses deux derniers albums, elle embrasse ici des rythmiques de breakbeats plus affirmées, teintées de glitch pop.

Le reste de la performance joue avec cette tension entre intensité et apaisement. Les nouvelles compositions inédites semblent prolonger cette exploration, où des nappes spatiales accueillent des rythmes toujours plus complexes. Certains passages s’ancrent davantage dans le future garage avec des motifs 2-step plus lents et mélancoliques, tandis que d’autres rappellent l’énergie des jungle rollers, ces morceaux propulsés par des breakbeats rapides et des lignes de basse hypnotiques.
À l’occasion de l’annonce de ce nouvel album, Ruin: It’s Not Just Music, Smith expliquait vouloir créer une œuvre confrontante, presque un « combat sonore », conçue comme un « choc et un après-choc » dans un monde en perpétuelle rupture. Cette intention traverse l’ensemble de la prestation : parfois de manière éclatante, parfois plus subtilement, mais toujours avec une sincérité qui donne à cette nouvelle direction artistique toute sa force.

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électronique

SAT – Futurs antérieurs | Mattias Aguayo, danses et incantations organiques

par Ariel Rutherford

Après avoir passé un moment fantastique avec Johnny Jewel,  je me dirigeais vers le 3e étage de la SAT, continuant d’explorer l’événement Futurs Antérieurs, cette fois à la rencontre de Matias Aguayo, musicien et DJ d’origine chilienne dont les performances joueuses mélangent live et DJing.

Sans pour autant être absolument ma tasse de thé, ce fut une expérience des plus plaisantes. Arrivé en début de set, je pénétrai dans la Satosphère pour y découvrir un paysage sonore organique, rhizomatique. Sonorité plutôt minimales, mais traversées d’une multitude d’extraits sonores comme des animalcules venant peupler l’espace acoustique avec espièglerie, des pulsations liquides, comme des bulles remontant à la surface d’un bain pétri. Quelque chose me rappelant le groupe Bloto, mais plus adapté à la danse.

Dans une apparente simplicité, se révélait une scénographie acoustique constamment changeante, qui parvenait à nous entraîner dans son rythme sans s’avérer lassante. Quittant ces platines, micro à la main, Matias Aguayo est maintes fois descendu dans la fosse, psalmodiant un champ incantatoire, principalement en espagnol, parfois en anglais. Cela, mâtiné d’une réverbération comme venue du fond d’un long couloir de pierre, pour un effet un brin post-punk mais espiègle également. 

Si je passais un bon moment, je ne pouvais m’empêcher d’espérer un petit oumpf supplémentaire. Je me laissais entraîner dans la musique sans pour autant m’y perdre complètement.  Je pris une pause pour aller découvrir d’autres performances occurrentes aux différents étages du bâtiment, avant de revenir à Mathias avec une oreille renouvelée. 

Après avoir traversé des paysages sonores plus rétro, rappelant un brin Kraftwerk (mes amours <3) le set était imprégné de sonorités technos, tout en se dirigeant vers des contrées résolument latines, d’où émergeait des mélodies à la flûte de pan et des rythmes caractéristiques de la guaracha électronique. Continuant d’osciller entre les diverses sonorités ayant marqué son set de Futurs Antérieurs dans un juste équilibre, Aguayo est venu conclure sa performance sur un déchaînement de rythmes latins percussifs et enlevants. Ce fut un bon set. J’y tombais même par hasard sur des amis, et nous y dansâmes ensemble un bon moment.

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DJ set / musique de film

SAT – Futurs Antérieurs | Johnny Jewel, comme au ciné

par Ariel Rutherford

Hier, à l’heure exacte où j’écris ces lignes, j’arrivais à la SAT pour me joindre à la première soirée de l’événement Futurs Antérieurs, une célébration du trentenaire de la Société des Arts Technologiques. Parmi les 10 artistes invités à performer au cours de ce premier soir, Johnny Jewel étaient de ceux qui m’intriguaient le plus. J’arrivais justement pile pour le début de son set. Avec plus de 30 ans d’expérience et plusieurs albums instrumentaux sous la ceinture issus de divers projets, Jewel a rencontré le succès avec la création de bandes sonores pour le cinéma. Réalisant, entre autres, celle du film Lost River de Ryan Gosling, ou encore collaborant au paysage musical de la 3e saison de l’iconique série Twin Peaks aux côtés de sa femme Megan Louise, avec qui il forme le duo Desire.

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en pénétrant sur le dancefloor enfumé, éclairé par des écrans projetant des extraits tirés de multitudes de films, de Clockwork Orange à Mulholland Drive. Ce que j’avais écouté de Jewel étant des plus atmosphériques, je n’étais pas certain de comment cela se traduirait dans le contexte d’un set de DJ. J’eu ma réponse immédiatement : merveilleusement bien.

Épaulé par la projection continue d’extraits filmiques sur 3 larges écrans, instaurant une ambiance déstabilisante, tout en jump cut, s’offrit à moi un voyage dans des contrées sonores immersives, continuellement changeantes, où des boucles de synthés entêtantes et hypnotiques surnageaient dans un océan de drones inquiétants et industriels. Il y avait quelque chose de profondément lynchéen, dans les cassures abruptes, les changements d’ambiance soudains, le passage de synthés rétro, entrainants, aguicheurs et reluisants, à de lourdes de nappes sonores suintant l’angoisse, le mystère, et rappelant la bande son d’Eraserhead.

Ce n’est pas un hasard si, à mi-chemin de sa performance, Johnny Jewel nous a offert un hommage à David Lynch, où l’on a, entre autres, entendu la célébrissime chanson-thème de Twin Peaks à la sauce Jewel. Une main d’applaudissements, initiée par Jewel, fut même dédiée à cet icône du 7e art récemment décédé. L’empreinte de Lynch, son sens de l’ambiance, usant de candeur pour ensuite mieux déstabiliser, a été présente tout au long de la performance de Jewel. Un des grands succès étant de nous avoir fait danser sans pour autant compromettre un sentiment de narration, de tension cinématographique. J’avais l’impression de me trouver au sein d’un thriller policier fantastique, filmé en 35 mm, où les néons vibrants de la ville n’assurent aux protagonistes aucune certitude d’en sortir en vie de la jungle de béton.

Concluant la performance de Jewel, Megan Louise, sa partenaire dans la vie et au sein du duo Desire, est venue le rejoindre pour interpréter certains de leurs morceaux communs, entre autres Under Your Spell, de la bande sonore du film Drive. En tout et pour tout, c’était excellent, un Midnight Movie avec une bande son de fou, et je vous passe sous silence bien des détails par souci de brièveté. La prochaine fois, il faudra y être.

baroque / classique / musique contemporaine / période classique

Caprice & Art Choral | Trois époques se chevauchent et culminent avec le Magnificat

par Alain Brunet

Sous la direction de Matthias Maute, l’Ensemble Caprice et l’Ensemble Art Choral  ont coiffé leur saison 2025-2026 par une aventure consentie, soit l’accueil du violoniste de concert Mark Fewer, iconoclaste du monde classique. Avec sa chemise et ses baskets turquoises, il intervient d’abord  avec l’interprétation de Bellatrix, introduite par une alternance de cris et de lignes aléatoires au violon, discours chromatique apparenté au free jazz ou autres formes d’improvisation libre, mais pourtant écrit par Jeffrey Ryan.

Pour les mélomanes enclins à cette pratique, rien de neuf dans sous le soleil de ce vocabulaire contemporain mais pour le public de Caprice / Art Choral, c’était possiblement une plongée vivifiante dans des eaux inconnues. Plusieurs ont ri d’étonnement, plusieurs ont été divertis, aucune réprobation exprimée, on a plutôt senti l’ouverture pour cette dose de musique nouvelle, preuve du chemin parcouru par ce genre d’esthétique musicale.

Mark Fewer était aussi le soliste pour le Concerto pour violon no 2 en mi mineur, op. 64 MWV O 14 de Felix Mendelssohn, créé en 1845, et qui comporte 3 mouvements – Allegro molto appassionato en mi mineur, Andante en do majeur, Allegretto non troppo – Allegro molto vivace en mi majeur. Le style flamboyant du violoniste invité cadrait bien avec la configuration orchestrale (une quarantaine d’interprètes), car son discours fut intelligible du début à la fin. L’orchestre dirigé par Matthias Maute était clairement au service du soliste et de l’œuvre ici mise de l’avant, une œuvre archi-connue et exécutée cette fois par un orchestre dont l’instrumentation d’époque génère forcément une sonorité différente, plus duveteuse, avec des instruments différents des suivant la période baroque. Encore là, c’est une particularité aventurière de Maute et ses deux orchestres : transgresser les répertoire, superposer les époques et ainsi produire des sons singuliers, qui sortent de l’ordinaire classique et font ainsi vivre des choses différentes aux mélomanes.

Après l’entracte, le Magnificat (BWV 243) de Johann Sebastian Bach, créée en 1723 à Leipzig, est l’œuvre maîtresse au programme, précédée d’une version chorale du célébrissime Jésus, que ma joie demeure (BWV 147), un air gravé dans l’imaginaire collectif occidental et plus encore. L’ œuvre évoque la visite de la Vierge Marie enceinte à sa cousine Elizabeth, aussi enceinte. Le Magnificat est réparti en 12 mouvements, l’œuvre était cette fois exécutée par Caprice et le choeur Art Choral disposé sur scène  avec les instrumentistes (et non derrière l’orchestre), avec pour solistes la soprano Janelle Lucyk, le ténor Angelo Moretti, le contre-ténor Ian Sabourin, le baryton/basse Dion Mazerolle.

Voilà la version plus que bonne d’une œuvre fondamentale du répertoire baroque, exécutée par des musicien.ne.s baroques. Respectueux de l’esthétique baroque et ses vocalises distinctives, les solistes se seront illustrés au 2e mouvement(soprano), au 5e (basse), au 6e (contre-ténor et ténor), au 8e (ténor), au 9e (contre-ténor), au 10e (soprano), au 11 (tous les solistes et choeur), les autres mouvement étant réservés au chant collectif, en apothéose aux 11e et 12e mouvement avec le concert des instrumentistes et leur chef attentionné, doublé d’un animateur hors pair devant son public montréalais.

La combinaison des deux parties au programme nous a donc sortis de l’orthodoxie ou du purisme baroque, nous avons eu droit à l’amalgame étonnant de trois époques, preuve que l’on peut voyager dans le temps, le temps d’un concert.

classique / classique moderne / période romantique

CMIM 2026 | Le Japon triomphe avec la musique russe et hongroise! 

par Julie Thériault

En finale de concours, ce jeudi 4 juin à la Maison symphonique, il ne fallait pas être surpris d’être surpris par les résultats! Chose certaine, nos trois finalistes sont tous des gagnants, et nous ont offert une belle soirée musicale. C’est le Japonais Koshiro Takeuchi qui remporte le grand prix, suivi de sa compatriote  Sara Watanabe et de l’Américaine Laurel Gagnon. 

La grande finale a commencé par le concerto de Tchaïkovski interprété par le Japonais Koshiro Takeuchi, qui ne semblait pas être le même musicien que la veille dans le Mozart… 

Interprétation virtuose et fougueuse certes, mais comme dans le Mozart, les points d’ancrage rythmiques si importants dans ces envolées chargées de notes n’étaient pas toujours claires, ce qui rendait la cohésion avec l’orchestre un peu moins intelligible. La musique romantique insuffle une instabilité du tempo pour exprimer le contenu émotif, mais cette rythmique aurait peut- être eu besoin d’un peu plus d’espace, d’oxygène comme dirait Diane Dufresne. Le mouvement lent méritait une meilleure présence dans un début très timide aux côtés de ce grand orchestre…Le public a tout de même bien apprécié cette prestation!

Crédit: Tam Photography

Sara Watanabe nous a ensuite offert une solide prestation du 2e concerto de Bartok, peut-être moins vendeur que Tchaïkovski dans le contexte… Comme dans la chaconne de Bach en première ronde, elle a démontré un sens aigu de la structure et de la direction, pour le bénéfice de  la trame narrative. Elle incarne de façon magistrale les épisodes rythmiques démoniaques, mais aussi les ambiances mystérieuses et abstraites du deuxième mouvement. Elle occupe parfaitement la place qu’elle doit prendre par rapport à l’orchestre,  comme si elle était elle-même aux commandes du mixage!

Malheureusement, l’Américaine Laurel Gagnon (dont certains ancêtres  viennent de Sherbrooke! ) semblait affectée par la fatigue ou la nervosité… et n’a pu offrir l’interprétation attendue. Néanmoins, elle nous a émus avec son expressivité , particulièrement dans le suraigu!! Si l’épreuve Mozart a pour objet de démontrer la polyvalence de style, elle devrait remporter le grand prix… Son Mozart de la veille, raffiné et espiègle, contrastait complètement avec son Brahms hyper romantique et expressif. Elle offrait un cadeau à chaque note !

Les concours font vivre beaucoup d’émotions à tout le monde qui en est témoin, les candidats, les juges, le public. C’est peut-être la seule chose avec laquelle il y a unanimité.

Il sera intéressant de suivre la carrière de ces jeunes si talentueux (et pas juste les 3 finalistes) qui se lancent dans la jungle !

Crédit photo: Tam Photography

Crédit: Tam Photograpy

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classique

CMIM 2026 | Une première épreuve de finale tout en Mozart, très révélatrice!

par Julie Thériault

Trois candidats du Concours musical international de Montréal  ont été sélectionnés parmi les 5 finalistes  de la première épreuve, ayant chacun.e interprété hier soir un concerto de Mozart : Koshiro Takeuchi (Japon), Sara Watanabe (Japon) et Laurel Gagnon (États-Unis) sont donc les grands finalistes du Concours 2026. Le jeune Chinois de 17 ans Aozhe Zhang, qui avait suscité beaucoup d’enthousiasme auprès du public, n’a pas été retenu. 

Jeudi soir (4 juin), les trois finalistes présentent un concerto de leur choix.

La première performance de la soirée de mercredi (3 juin) à la Maison symphonique fut celle du Japonais Koshiro Takeuchi. Son exécution s’inscrivait bien dans le thème de la soirée mozartienne… Tout était bien placé, mais on ne le sentait pas tout à fait à l’aise avec l’orchestre, un peu seul dans son monde. On aurait aimé entendre un Mozart espiègle, et plus de vie dans les courbes de phrasés.

L’Américaine Lauren Gagnon a su nous insuffler, dès ses premières notes en solo, toute la complexité et la beauté de la musique de Mozart. En osmose parfaite avec l’orchestre, elle nous a offert de la pure musique, du début à la fin, même pendant ses silences…

Très habitée pendant le tutti en introduction, Sara Watanabe (Japon) laissait présager une interprétation bien vivante. Son jeu dynamique avec l’orchestre attrape le thème au vol, lancé par le tutti tel un bel échange des Canadiens en série !  Voilà qui nous a démontré  ses grandes qualités, malgré un archet parfois un peu lourd pour du Mozart.

Aozhe Zhang (Chine), le plus jeune candidat de la soirée (17 ans), a joué Mozart avec une telle facilité, comme si c’était un jeu d’enfant ! Ce qui ne l’a pas empêché de nous offrir un mouvement lent d’une intériorité sublime, avec la maturité d’un musicien de 4 fois son âge.

Le jeu de la dernière candidate de la soirée, la Turco-Belge Bade Dastan, était plein de vie et très chantant. Son exécution débordait peut-être un peu stylistiquement Mozart, mais elle nous a offert des moments hors du temps dans le mouvement lent.

C’est un classique, en concours ou en institution d’enseignement, que d’imposer Bach, et c’est moins courant d’imposer Mozart, ce qui ne fait certainement pas l’affaire de tous les candidats. Mais, ce choix révèle certainement pour le public des facettes plus secrètes des candidat.e.s!

Une prédiction ? L’interprétation du Brahms de l’Américaine Laurel Gagnon sera certainement un moment fort de la grande finale de jeudi !!

crédit photo: Tam Photography

Afrique

Avec Yatou, Noubi rassemble les voix du monde

par Sandra Gasana

Le Lion d’Or était plein à craquer pour un mardi soir lors du lancement de l’album afro-folk de Noubi, Yatou, qui signifie largesse, ouverture mais surtout accueil en wolof, une des langues parlées au Sénégal. Avec le Chœur d’Afrique et d’Ailleurs en première partie, nous étions dans les meilleures conditions pour vivre ce lancement.

Le Chœur d’Afrique et d’Ailleurs est une chorale multilingue, multigénérationnelle et multiculturelle et a accompagné Noubi durant les deux années de production de l’album. Co-fondée par Noubi et Charline Marion, une cheffe de chœur pleine d’énergie et de talents, cette chorale a réussi à nous faire voyager musicalement, que ce soit en wolof ou en arabe entre autres langues. Noubi, sur son cajón, Gabriel Evangelista au piano, le tout avec une excellente mise en scène signée Catherine Béliveau et quelques chorégraphies pour agrémenter le tout.

Place au lancement

Dès les coulisses, on entend le cajón. Puis apparait sur scène Caroline Planté avec sa guitare, puis Charline Marion au piano et finalement entrent Hector Alvarado et sa basse et Dominique Soulard et ses deux guitares. Que des musiciens talentueux venant de France, Venezuela, Sénégal et Québec (et un peu d’Espagne puisque Caroline y a vécu quelques années). Chaque chanson est présentée de manière unique. Aucune ne ressemble à l’autre. La Chorale Yatou, beaucoup plus petite que la première, accompagnait sur certaines chansons alors que pour d’autres, seuls les musiciens étaient sur scène.

L’environnement, l’intelligence artificielle ou encore la décolonisation de l’esprit font partie des thèmes abordés par Noubi, lui qui aime raconter des bouts d’histoires entre ses chansons. Conteur dans ses temps, il travaille beaucoup avec les jeunes enfants notamment dans la composition musicale.

En plus du cajón, Noubi joue aussi de la guitare sur quelques morceaux avant de reprendre le cajón de nouveau, son instrument de prédilection. Pendant ce temps, Charline quitte le piano pour rejoindre le chœur, avant que tous les artistes ne reviennent sur scène pour la grande finale. Un vrai gros party, incluant un segment de djembé joué par le slameur et percussionniste JSM l’Officiel, lui aussi membre de la chorale, au grand plaisir du public qui s’est mis à danser dans tous les sens.

Il était difficile de quitter les lieux après ce plein d’énergie en pleine semaine mais une chose est sûre, tout le monde avait le sourire aux lèvres en quittant les lieux.

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