Ce samedi soir, nous avions l’occasion de plonger dans une immersion culturelle maorie, par l’entremise de Chief Rei et de ses deux acolytes. Ce trio fait du haka-rap, selon la formulation de Rei lui-même, en entrevue. Une fusion de tradition et de contemporanéité qui fonctionnait à fond.
C’est d’abord la danse haka et ses chorégraphies qui nous fascinent. Ainsi que la présentation par Rei des instruments traditionnels et des objets variés de la culture maorie, un peuple autochtone qui constitue autour de 20% de la population de la Nouvelle-Zélande.
À cette couche s’ajoutent les sons synthétiques et le hip-hop, scandé tantôt en maori, tantôt en anglais. Très rapidement, le public a commencé à danser ou à onduler.
Le dernier album de Rei s’intitule Moisterize & Decolonise (2025). Hydrater et décoloniser. En entrevue, Rei m’a expliqué que l’idée derrière ce titre était de créer une synthèse entre revendication politique pour les autochtones et une sorte de crème hydratante, pour mettre de la douceur sur ces traumatismes.
Le dernier single s’intitule Never Ceded. Territoire jamais cédé.
Sur scène, le contenu politique est contenu aux textes rap. Les propos de Rei, entre les chansons, sont plutôt éducatifs et ludiques. Il est clair qu’on vise une ambiance positive plutôt que traumatique. Une façon différente de sensibiliser les non autochtones. Et pourquoi pas?
Il faut ajouter qu’à l’échelle des peuples aborigènes, les Maoris sont parmi ceux ayant fait le plus de progrès au cours des deux dernières décennies, tant culturellement qu’économiquement.
Rencontré par hasard sur le site, le « grand manitou » du Festival Présence Autochtone, André Dudemaine, était très satisfait de sa prise. « Ça faisait trois ans que j’essayais de le faire venir, mais il tourne beaucoup en Europe et en Asie ». Cette fois-ci était la bonne.
La foule, très diversifiée, a été gagnée rapidement par cette synthèse de danse et de musique. Malheureusement, elle était un peu éparse. Est-ce la chaleur accablante, la concurrence d’autres événements (Fierté, IleSONIQ) ?
Rei mériterait d’être écouté et observé par plus de monde. Au fait, il sera à Sherbrooke le 15 août, à la Fête des Traditions et le 22 à Rimouski au Festival Interculturel.
Invasion maorie à Rimouski? À suivre.
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Présence autochtone | Big Tones et DJ Shub, indigènes du présent et de l’avenir
par Alain Brunet
De la région de Saskatoon, Big Tones et sa compagne Zhe the Free ont été les premiers aimants magnétiques d’un vendredi torride. Le parterre clairsemé s’est progressivement peuplé de curieux, conquis un à un. Le pouvoir attractif de Présence Autochtone sur la Place des Festivals est clairement plus difficile à gérer en période caniculaire, on l’a vu vendredi soir.
Néanmoins, les étincelles produites par ce couple hip-hop ont allumé quelques lumières persistantes jusqu’au couvre-feu.
Est-il besoin de rappeler qu’on est loin du monolithisme country/folk/pow-wow des époques antérieures de la culture pop autochtone; le hip-hop et l’électro s’y sont infiltrés pour le mieux au fil des dernières décennies.
Ainsi, Big Tones et Zhe the Free ont opté pour un set alliant une esthétique old school des années 90, tant pour le flow que pour le beatmaking.
Les artistes sur scène forment un couple dans la vie, Big Tones étant l’artiste autochtone et Zhee the Free étant une non autochtone ayant grandi avec une mère très proche des Premières Nations en Colombie Britannique. Personne ici se sent obligé d’inclure des matériaux indigènes traditionnels, on s’exprime sur des grooves mis au point par des pionniers du rap new-yorkais et californien, les harmonies sont résolument soul/R&B.
Les origines sont différentes, le destin est commun, une vie autochtone est prioritairement mise en rime car Big Tones est ici mis en valeur, c’est d’abord son show. Une existence mise en rimes, de ses sombres aspects, inhérentes à l’oppression vécue, à une quête de rédemption à l’évidence plus optimiste malgré tout.
Allons je rejoindre après le set, alors qu’il s’adresse à ses nouveaux fans conquis.
PAN M 360 : On apprécie beaucoup ce mélange de rap première mouture et de ta trame narrative, résolument autochtone et moderne.
Big Tones : Merci man! Le hip-hop old school a toujours résonné en moi. Enfant, mon père m’en faisait jouer de toutes les façons, jusqu’aux vidéos de musique sur cassettes VHS. J’ai essayé le rap mélodique, ce n’était pas vraiment pour moi.
PAN M 360 : Mais tu chantes parfois, n’est-ce pas?
Big Tones : Oui, je recommence à chanter un peu maintenant, question d’inclure un peu de pop dans mon rap tu vois. C’est un mélange de styles et d’époques, mais je m’en tiens d’abord à l’âge d’or du hip-hop, les années 80-90. J’en reste proche, ce qui ne signifie pas que je refuse ma propre émancipation. Ma cuisine évolue, j’y ajoute de nouveaux ingrédients.
PAN M 360 : Tu rappes depuis l’enfance?
Big Tones : Non, seulement depuis 7 ans environ. Un cousin faisait des beats et je me suis mis au rap, juste pour essayer. J’ai été content du résultat , et voilà.
PAN M 360 : Tu proviens de quelle Première Nation?
Big Tones : Je viens de la Nation Pasqua mais je vis sur le Treaty 6 Territory, soit à Saskatoon où vivent beaucoup d’Autochtones parmi les gens de toutes origines.
PAN M 360 : On aimerait en savoir sur ta partenaire sur scène!
Big Tones : Zhe the Free est aussi ma partenaire dans la vie, et elle mène sa propre carrière. Nous nous supportons mutuellement lorsque l’occasion se présente. Elle fait DJ pour moi et je le fais pour elle, et nous ajoutons nos voix à celle dont c’est le spectacle. Nous grandissons ensemble, artistiquement. Nous formons une bonne équipe. Tiens je lui demande de se joindre à nous!
PAN M 360 : Bonsoir Zhe the Free!
Zhe the Free : Enchantée!
PAN M 360 : Nous parlions de votre complicité mutuelle!
Zhe the Free : Oui, c’est une chance extraordinaire de pouvoir accorder toute sa confiance, et bien comprendre le jeu, la gestuelle, bref tous les réflexes de l’artiste. Nous partageons la même vision et nous pouvons alors modifier notre interprétation en temps réel car nous nous connaissons tellement! Nous valorisons aussi l’amour et le plaisir de divertir les gens, alors tout s’imbrique naturellement.
PAN M 360 : Tu n’es pas de la Nation Pasqua?
Zhe the Free : Je ne suis pas autochtone, mes grands-parents sont venus jadis de Pologne.J’ai grandi dans le Treaty 7 Land, je viens de la petite ville de Black Diamond, dans les Rocheuses. Ma mère a beaucoup travaillé dans les réserves autochtones, j’y suis allée régulièrement depuis l’enfance, j’y ai appris à en imiter les danses et musiques. Ça fait partie de moi. Nous, non autochtones, devrions tous connaître davantage les cultures autochtones. Aujourd’hui, il faut chercher à comprendre d’où proviennent les gens que l’on côtoie. Apprendre les traditions, partager la musique, voilà ce que nous devons faire maintenant. Il faut donc honorer le passé de chacun pour ensuite construire des ponts.
On se remercie mutuellement, puis on se redirige vers la grande scène où vient de démarrer le set d’un maître de la culture moderne autochtone du Canada : DJ Shub, Mohawk de la réserve des Six Nations / Six Nations of the Grand River, sud de l’Ontario, entre Mississauga et Buffalo), très connu pour sa participation au groupe A Tribe Called Red.
Atterré par la mort récente de son père, Shub a refusé les demandes d’interview, ce qui est tout à fait compréhensible. Cette tristesse profonde s’est néanmoins transformée en énergie positive car l’artiste nous a balancé une grande performance et a attiré plus de monde que le début de soirée ne le laissait présager.
As du scratch mix, redoutable mixer, Shub est parmi les architectes du son électronique autochtone. Ses référents sont innombrables, breakbeats, boom-bap, dub, jungle, footwork, reggaeton, musique pow-wow, soul/R&B, house, dubstep et plus encore. La performance était assortie de projections recherchées, à la fois très incarnées dans la symbolique autochtone et très contemporaine. On aura aussi observé la curiosité de Shub pour notre culture locale, entre un refrain de Boogat et un rigodon keb assorti de big beat.
Présence Autochtone I Anyma Ora envoûte la Place des Festivals
par Michel Labrecque
Il y’a un « buzz »en ce moment à propos d’Anyma Ora, de son vrai nom Danyka Sioui. La musicienne Wendat issue de Wendake, en banlieue de Québec, a remporté des prix ROSEQ, Stingray et LOJIQ, en 2025. Elle a beaucoup tourné au Québec ces derniers mois et poursuivra cet automne.
« C’est sûr que de me retrouver sur la grande scène du festival Présence Autochtone est un grand honneur », me dit-elle en entrevue. « Avec ce genre d’événement, dans une grande ville, on sent aussi une ouverture des non-autochtones envers notre culture et c’est génial », ajoute Anyma-Danyka.
Pourtant, sa discographie est minuscule: un EP, Humans, qui date de 2021 et un single de cette année, Fish. Sa musique est plutôt électro-pop, avec des paroles en anglais. Mais c’est quand on la voit sur scène, où elle mélange ces titres avec des chansons traditionnelles wendat, de la danse…et sa voix en direct, qui prend toutes sortes d’inflexions, qu’on réalise qu’Anyma Ora est dotée d’un potentiel fabuleux.
« Pour moi, être autochtone ne signifie en rien qu’il faut faire de la musique traditionnelle », dit cette fille de musiciens qui a grandi en écoutant de la pop et a fait ses études primaire et secondaire en anglais. Son père, Gaétan Sioui, a produit et composé de la musique qui tentait de fusionner la tradition et la modernité, au début des années 2000.
« Il m’a transmis la passion de la musique; quand j’avais 4 ou 5 ans, il me faisait écouter du Pink Floyd à plein volume », raconte Danyka avec une pointe de tristesse, car le paternel est décédé en 2014, à l’âge de 49 ans.
Sur la scène de la Place Des Festivals, on sent toutefois beaucoup de clins d’oeils à la culture autochtone. Et c’est quand elle chante une chanson en langue Wendat, cette langue presque disparue qu’Anyma est en train d’apprendre, sur un fond discret de clavier électro, que son âme et sa voix nous transpercent le plus.
Il faut comprendre que la jeune artiste est toujours en train de définir sa trajectoire. Bien qu’elle chante en anglais, elle s’est adressée la foule uniquement en français, qu’elle parle comme une fille de Québec.
« J’ai commencé à composer une pièce en français, mais c’est totalement différent de ce que je fais en anglais », m’a-t-elle confié.
Anyka Ora entrevoit aussi un projet de disque en langue wendat. « Mais je veux y mettre tout le temps qu’il faut, approfondir ma connaissance de la langue et aller dans les communautés, avant de le faire ».
Entretemps, paraîtra bientôt un deuxième EP, dont Anyma a chanté quelques pièces mercredi soir. De l’électro pop soignée, méditative, une suite logique, mais un brin plus sophistiquée, de Humans.
Par les hasards de la vie, j’étais accompagné d’un jeune britannique, étudiant dans une université américaine, qui visitait Montréal pour la première fois.
« Wow she is really fantastic », m’a-t-il répété à de nombreuses reprises, étant convaincu que c’était une étoile de la musique d’ici.
Ça explique un peu le potentiel dont je vous parle. À suivre…
Lanaudière 2026 | Macbeth, une tragédie portée par des voix d’exception
par Chloé Rouffignac
Malgré une pluie persistante qui n’aura jamais vraiment quitté l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay, le public était au rendez-vous pour assister au concert de clôture de la 49e édition du Festival de Lanaudière.
Yannick Nézet-Séguin à la tête de l’Orchestre Métropolitain dans une version de concert de Macbeth de Verdi portait déjà une valeur symbolique. L’enthousiasme palpable du public avant même d’entendre la première note témoignait de l’attente entourant cette soirée. Ironiquement, la météo contribuait presque à installer l’atmosphère sombre et tragique de Shakespeare.
Si l’orchestre trouve progressivement son plein équilibre entre quelques flottements d’intonation et de synchronisation ici et là, essuyant certains déséquilibres couvrant momentanément les chanteurs. Ce sont avant tout les solistes qui portent la tragédie du début à la fin. Étienne Dupuis compose un Macbeth très humain contrairement aux figures héroïques ou très démonstratives que l’on retrouve souvent dans le rôle. Cette version-là est pleine de nuance, de retenue et incarne l’introspection et la torpeur sans pour autant sacrifier l’autorité vocale – et théâtrale – du personnage. Un choix crédible dont la sobriété nous a invités à tendre l’oreille à plusieurs reprises. Face à lui, la soprano Saioa Hernandez conjugue puissance vocale et engagement dramatique constant, sans tomber dans l’excès ou la caricature. Pour autant son magnétisme récolte des exclamations du public dès le premier acte. Ensemble, les deux artistes démontrent une alchimie singulière dans leur présence scénique et vocale.
Autour de ce couple central, Alexandros Stavrakakis prête à Banquo une présence grave et solide, tandis que Matthew Cairns offre un Macduff touchant, notamment dans son grand air empreint de douleur dont les dernières notes furent couvertes par les applaudissements impatients du public. Les interventions d’Elizabeth Polese, Vartan Gabrielian, Geoffroy Salvas et Owen McCausland complètent une distribution d’une remarquable homogénéité où chaque rôle, même plus bref, trouve pleinement sa place.
L’ensemble gagne en cohésion dans le deuxième Acte, résolument le plus réussi de la soirée. Les pupitres dialoguent avec précision; le drame se solidifie notamment dans la section des cuivres. Il (le drame) est habité autant par les chanteurs que les instrumentistes. Yannick Nézet-Séguin accompagne cette montée en puissance avec une direction extrêmement dynamique dans la montée en puissance du texte. Faisant émerger les contrastes de Verdi avec la grande fluidité qu’on lui connaît. Même privé de mise en scène, il a su conférer à cette version de concert la force narrative unique (et primordiale) de cet opéra.
L’enthousiasme du public, en revanche, aura parfois produit un effet paradoxal. Les applaudissements, fréquents entre plusieurs tableaux, interrompent régulièrement le déroulement dramatique et obligent le chef à reconstruire la tension musicale à de nombreuses reprises. Si ces réactions témoignent sans équivoque de l’admiration suscitée par les interprètes, elles brisent néanmoins le fil dramatique d’une œuvre qui tire précisément sa puissance de sa continuité.
Impossible, enfin, de passer sous silence le Chœur Métropolitain dont l’engagement pluri-dimensionnel – dans le rôle des sorcières notamment – contribue avec précision à l’ampleur du drame.
Au terme de cette soirée, Macbeth nous retient émerveillé, tant par la virtuosité des chanteurs que par la puissance de l’orchestre et la nature qui se mêle au théâtre. Une conclusion qui marquera durablement les esprits et plus largement cette belle édition du Festival.
OSHEAGA 2026 | Lorde clôture le festival Osheaga au rythme de son propre cœur
par Stephan Boissonneault
Son concert de clôture sur la scène principale d’Osheaga a débuté par un moniteur cardiaque — un enregistrement vidéo d’Ella Marija Lani Yelich-O’Connor (plus connue sous le nom de Lorde) —, puis elle est apparue sur la scène latérale et s’est mise à danser au rythme d’une ligne de basse jouée sur un Korg Kaoss Pad. Nous avons ensuite eu droit à une version d’une minute de « Royals », sorti (mon Dieu… il y a 13 ans) sur l’album Pure Heroine, qui a propulsé cette pop star atypique et introspective au sommet de la gloire.
J’ai tout de suite remarqué le mouvement de caméra pendant la prestation de Lorde : une prise de vue plongeante et cinématographique, oscillant entre des moments très intimes où l’on voit son visage et sa tenue en gros plan (un imperméable noir Arc’teryx et un pantalon de survêtement). Lorde était également équipée d’un moniteur cardiaque, et la toile de fond visuelle affichait ses mesures (des signes vitaux ésotériques et en lien avec le thème de l’album, comme « Melodrama », son rythme cardiaque réel et ses battements, ainsi que les résultats de son ECG). L’arrière-plan visuel diffusait également différentes vidéos du spectacle — davantage axées sur le décor, composé de deux danseurs flamboyants, d’un groupe d’accompagnement (ce qui était très surprenant étant donné qu’une grande partie du nouvel album est issue d’une production studio assistée par ordinateur) et d’une fontaine argentée à gauche de la scène, que Lorde et les danseurs ont beaucoup mise à profit pendant le concert.
Lorde a parcouru chaque recoin de la scène dans une frénésie synchronisée, tandis que les effets visuels se transformaient en images floues, post-technologiques et informatisées, en parfaite adéquation avec le titre « Shapeshifter » et la teinte industrielle et banlieusarde du dernier album.
OSHEAGA 2026 I Clipse Drip with Swag on the Mountain
par Stephan Boissonneault
As buckets of rain poured from the sky and flooded the VIP terrace floors, I was able to witness hip-hop royalty slay the Mountain stage. Clipse, the mad duo of brothers Gene « Malice » and Terrence « Pusha T » Thornton, burst onto the stage with « Chains & Whips, » the second track off their fantastic comeback album, Let God Sort Em Out, which came out of nowhere last year.
As the bassy beat thundered, Clipse looked as if they were trying to show each other up—both wearing expensive jackets (Louis Vuitton, of course) and then switching into T-shirts and each wearing three to four luxury, blinged-out diamond chains (easily costing over a million dollars). The luxury swag, rappers-living-in-paradise vibe was quickly conveyed by these legends.
As the show continued, the visual backdrop featured moments in time for the Clipse brothers, like the time a few of their gangster friends were arrested for drug and weapons charges. We saw many of these images: legions of pistols, machine guns and bags of delicious cocaine on a quick slideshow that felt very early 2000s. It was real gangster shit, and hit harder than any hip-hop throwback act of the previous 10 years.
I was taken back to my boom bap discovery days during « Keys Open Doors, » from the 2006 album Hell Hath No Fury and grooved my heart out to « Popular Demand (Popeyes). » We heard a bunch of Let God Sort Em Out, including the closer « The Birds Don’t Sing, » but alas, John Legend did not appear. Clipse are legends, and I’m glad they’re back.
OSHEAGA 2026 I Not For Radio se réincarne sur la scène de la Forêt
par Stephan Boissonneault
Pour moi, qui assiste à ce festival depuis environ cinq ans, il y a toujours une découverte à faire à Osheaga, et cette année, c’était Not For Radio.
Il s’agit du projet solo de Maria Zardoya, du groupe The Marías, et mon Dieu, quelle ambiance atmosphérique et éthérée ! J’adore l’album Submarine (2024) de The Marías, alors si j’avais su qu’il s’agissait de la même artiste, je me serais précipitée vers la scène de la Forêt pour me laisser emporter par la musique.
Je n’ai pu assister qu’à la dernière moitié du concert, mais Zardoya m’a immédiatement captivé lorsqu’elle a interprété Comet, vêtue d’une robe en maille couleur albâtre, sur une scène décorée sur le thème de la nature moussue, avec un monticule d’herbe verte au centre. L’éclairage bleu sarcelle se reflétait sur les murs, imitant la pluie, ce qui renforçait le caractère mystique de l’ensemble.
Alors que la plupart des morceaux de The Marías s’appuient sur des riffs accrocheurs et des falsettos, le tout sous un mur de dream pop aux accents shoegaze, Not For Radio présente un rock trip-hop alternatif, avec une musique qui rappelle presque Portishead, dont les chansons vous bercent dans un sommeil brumeux avant d’exploser dans une fureur de répétitions vaporeuses.
La voix de Maria Zardoya a ce côté soyeux, avec ses puissantes lignes de voix de tête qui résonnent jusqu’au ciel. J’ai apprécié le fait que le groupe joue en live, car c’est le genre de son qui aurait très bien pu se contenter d’une bande-son, mais qui est tellement mieux mis en valeur par les instruments joués en direct. Après une chanson, Zardoya s’est allongée sur le monticule herbeux, comme pétrifiée, tout en chantant le refrain répétitif de Back To You.
Un homme vêtu de noir — qui ressemblait au Frankenstein de Guillermo del Toro — a soulevé Zardoya et l’a emportée hors de la scène. Après que son groupe eut improvisé sur un morceau d’orgue synthétique à la Castlevania, Zardoya est réapparue vêtue d’une robe noire gothique.
Je suppose que le groupe White Not For Radio est mort et s’est réincarné en cette version plus sombre, à l’image du cygne noir. Tout cela était très théâtral et calculé, et a eu un impact considérable en très peu de temps. Désormais, je vais suivre de près tout ce que Not For Radio a fait et fera à l’avenir, merci.
OSHEAGA 2026 I Viagra Boys au centre d’un gigantesque défouloir
par Marc-Antoine Bernier
Samedi à 18 h 55, sur la Scène de la Vallée d’Osheaga, les Viagra Boys n’ont pas perdu de temps avant de transformer le site en gigantesque défouloir.
Dès Man Made of Meat, le logo Infinite Anxiety Tour s’affiche derrière le groupe avant de céder progressivement la place à une succession de captations en noir et blanc fortement contrastées, de bains de lumière rouge et d’effets glitch ponctués d’images presque subliminales.
Au centre de cette déferlante visuelle, Sebastian Murphy débarque torse nu, tatouages bien en vue, avec l’assurance d’un provocateur aussi imprévisible que charismatique. Derrière lui, les six musiciens propulsent le tout à coups de lignes de basse massives, d’une batterie implacable et d’un saxophone déchaîné qui fait constamment basculer le post-punk vers quelque chose de beaucoup plus dansant.
Viagra Boys démontre rapidement que derrière son humour absurde se cache une mécanique redoutable. Chaque morceau repose sur un groove implacable qui transforme ce post-punk sale et nerveux en une irrésistible invitation à danser. Punk Rock Loser est repris à pleins poumons par la foule, Ain’t No Thieffait spontanément taper des mains, tandis que Uno II offre un moment plus relâché sans faire retomber l’énergie. Le solo de saxophone qui conclut Down in the Basement provoque même une scène improbable : une partie de la foule se met à en hurler les notes, comme si le musicien lançait un appel auquel son propre clan répondait.
Murphy ponctue le concert de quelques sorties irrévérencieuses, lançant notamment un « Free Palestine » avant Troglodyte, puis laisse les chansons parler d’elles-mêmes. L’absurde atteint son sommet avec Sports, dont la litanie de mots lancée d’une voix détachée est reprise avec un enthousiasme contagieux par un public qui sait exactement ce qui s’en vient et explose au premier « SPORTS! ».
Le finale, Research Chemicals,résume parfaitement l’esprit du groupe. Murphy descend surfer sur la foule avant de tenter quelques pompes avec une détermination inversement proportionnelle à ses talents d’athlète, pendant que le saxophone se déchaîne au-dessus d’une basse hypnotique. Les Viagra Boys donnent l’impression qu’un groupe de marginaux a accidentellement trouvé le moyen de devenir une excellente machine à faire danser, et personne n’a envie de corriger l’erreur.
Il y a quelque chose de singulier chez Turnstile. Héritier du hardcore, le quintette de Baltimore en repousse pourtant les frontières en privilégiant le groove, les mélodies et un esprit de rassemblement rarement associé au genre. Samedi soir, sur la Scène de la Vallée d’Osheaga, cette vision s’est incarnée devant une foule fébrile, confirmant pourquoi Turnstile compte aujourd’hui parmi les groupes rock les plus en vue.
Alors qu’une simple mire de barres colorées occupe l’écran géant, les musiciens rejoignent calmement leurs instruments dans une scène presque minimaliste. En apparence anodine, ce choix visuel tranche avec les codes traditionnellement sombres du punk et du post-hardcore. Le tout est accompagné des nappes de synthétiseurs de Never Enough, pièce inaugurale de leur plus récent album. Dès les premiers accords, cette identité lumineuse et moderne s’impose, tout comme l’impatience de la foule qui attend les premières paroles de Brendan Yates. Lorsque celui-ci entonne les premières paroles, immédiatement reprises par des milliers de spectateurs, l’énergie accumulée éclate enfin.
La transition vers T.L.C. (Turnstile Love Connection) fait instantanément grimper l’intensité. Courte, rapide et sans retenue, la chanson rappelle l’urgence de groupes comme Bad Brains ou Black Flag. Les cris de Yates et l’engagement physique de tout les membres de l’audience donnent le ton à une prestation où chaque morceau semble propulser la foule un peu plus loin dans l’euphorie.
L’un des aspects les plus marquants du concert demeure toutefois sa mise en scène. Plutôt que de privilégier des animations élaborées, Turnstile choisit de placer son public au centre de l’expérience. Les écrans diffusent constamment des images captées au cœur des mosh pits et des circle pits, ainsi que des plans tournés à la caméra portée directement dans la foule. Éclairées par une lumière blanche crue, ces images évoquent l’esthétique d’une vieille caméra vidéo et renforcent l’impression d’assister à un moment spontané plutôt qu’à un spectacle parfaitement chorégraphié. Plus encore, elles mettent en valeur la diversité du public : jeunes adolescents, parents, sexagénaires, tous semblent partager le même enthousiasme.
La setlist, principalement composée de morceaux tirés de Glow On et Never Enough, entretient constamment cet équilibre entre décharge d’adrénaline et moments plus contemplatifs. Des pièces comme Holiday ou Birds déclenchent les plus violents mouvements de foule, tandis que I Care, Mystery ou encore la longue Look Out for Me ouvrent des respirations où les textures plus alternatives, les synthétiseurs et les rythmes dansants prennent le relais sans jamais casser l’élan du spectacle.
Le point culminant survient justement avec Birds, interprétée en clôture. Au moment où Brendan Yates invite la foule à sauter et que des milliers de personnes reprennent en chœur « Finally I can see it / These birds not meant to fly alone », le concert dépasse la simple démonstration d’énergie. Il devient un moment de communion où chacun semble porté par les autres.
En quittant la scène de la Vallée, il restait surtout cette impression d’avoir participé à une immense libération collective. Turnstile ne cherche plus seulement à faire exploser les codes du hardcore : le groupe les transforme en un espace où la rage, la vulnérabilité et la joie coexistent, faisant de cette prestation l’un des moments les plus fédérateurs de la journée.
One of the most striking aspects of the concert, however, is its staging. Rather than relying on elaborate visuals, Turnstile chooses to place its audience at the center of the experience. The screens constantly display footage captured from within the mosh pits and circle pits, as well as shots filmed with a camera held directly in the crowd. Bathed in harsh white light, these images evoke the aesthetic of an old video camera and reinforce the impression of witnessing a spontaneous moment rather than a perfectly choreographed show. Moreover, they highlight the diversity of the audience: young teenagers, parents, and people in their sixties—all seem to share the same enthusiasm.
The setlist, consisting mainly of songs from Glow On and Never Enough, constantly maintains this balance between adrenaline-fueled bursts and more contemplative moments. Songs like “Holiday” and “Birds” spark the wildest crowd reactions, while “I Care,” “Mystery,” and the extended “Look Out for Me” provide breathing room where more alternative textures, synthesizers, and danceable rhythms take over without ever breaking the show’s momentum.
The climax comes precisely with “Birds,” performed as the finale. The moment Brendan Yates invites the crowd to jump and thousands of people sing along in unison to “Finally I can see it / These birds not meant to fly alone,” the concert transcends a mere display of energy. It becomes a moment of communion where everyone seems carried along by the others.
Leaving the La Vallée stage, what remained most of all was the impression of having participated in an immense collective liberation. Turnstile no longer seeks merely to shatter the conventions of hardcore: the band transforms them into a space where rage, vulnerability, and joy coexist, making this performance one of the most unifying moments of the day.
Pour Museums, la prestation de samedi après-midi à Osheaga représentait bien plus qu’un simple concert : il s’agissait d’une étape charnière dans leur jeune carrière. Installé sous le demi-dôme de la scène SiriusXM, face à l’une des nombreuses zones de détente du festival, le quatuor montréalais a su transformer un créneau souvent difficile en véritable démonstration de son potentiel.
Dès les premières notes de In Waves, Ali Kouri capte immédiatement l’attention grâce à une présence chaleureuse et naturelle. Ce qui impressionne surtout, c’est la confiance avec laquelle Museums occupe une scène de cette envergure malgré son jeune parcours.
Souriante, guitare en bandoulière, la chanteuse mène le groupe dont la cohésion saute immédiatement aux yeux. Dès les premières minutes, le public oscille, danse et accompagne le groupe avec un enthousiasme grandissant. Porté par une énergie légèrement euphorique, le morceau déploie des mélodies accrocheuses, tandis que le refrain « It comes, it comes / in waves » continue de résonner bien après sa conclusion.
Ur Best met ensuite en valeur la dimension plus émotive du groupe, alors que This Can Be It, tirée de l’EP du même nom paru en juin dernier, démontre leur talent pour les riffs puissants et les refrains fédérateurs.
Sur scène, la complicité entre les musiciens est évidente. Il est impossible de dire si le bassiste joue de sa basse ou si c’est elle qui joue de lui, chacun de ses mouvements épousant naturellement le rythme des morceaux. Quant au guitariste principal, il enrichit constamment les pièces par ses harmonies..
Au fil du concert, de plus en plus de festivaliers se laissent attirer vers la scène, emportés par ce mélange d’indie rock, de dream pop et de rock alternatif. Le groupe en profite pour dévoiler une nouvelle composition, plus sombre et contemplative que les précédentes, dont la finale explosive constitue l’un des moments forts de la prestation. Le batteur y abandonne enfin la retenue qui caractérisait son jeu jusque-là, laissant exploser toute la fougue de la pièce.
En 30 minutes, Museums a réussi son baptême osheaguien avec assurance et a laissé l’impression d’un groupe déjà prêt à viser des scènes encore plus importantes.
Lanaudière 2026 | Un festin symphonique en quatre services, signé Liu et Payare
par Julie Thériault
Ce samedi 1er août, l’humidité presque tropicale n’a pas empêché une soirée électrique à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay (le commanditaire sera content!), soirée d’énergie, de finesse et de découvertes… Le public estival de Lanaudière semblait ravi par ce programme audacieux, de Penderecki à Prokofiev en passant par un Tchaïkovski plus léger et méconnu, en culminant vers la totale mise en valeur de l’orchestre dans la Suite sylphe de Prokofiev… On se serait cru dans une navette spatiale prête à décoller!!!
En guise de dessert de ce concert, on a pu pleinement savourer la palette de couleurs de cet orchestre fabuleux, et l’énergie contagieuse de son chef chéri si fougueux, à la tombée de la nuit humide dans la suite scythe de Prokofiev. Cette œuvre, à l’origine commandée comme musique de ballet par Diaghilev, mais finalement refusée par celui-ci nous plonge efficacement dans un cinéma intérieur très inspiré. Extrêmement puissant et presque sauvage au début (on se souvient d’un sacre du printemps de Payare absolument électrisant à la Maison symphonique), on passe éventuellement au 3e mouvement complètement contrasté et magique (la nuit). Complètement transportés du début à la fin! Il ne faut jamais oublier que ces musiques ont inspiré les compositeurs des grandes musiques épiques, hollywoodiennes…
Le soliste tant attendu, gagnant du grand concours Chopin en avait beaucoup dans son assiette… Son interprétation du 3e concerto de Tchaïkovski démontrait toute sa finesse, sa brillance, sa virtuosité. Cette œuvre moins connue, venait nous donner un peu de fraîcheur dans ce programme intense… bel entremets!!
Les qualités de Bruce Liu dans le Tchaïkovski étaient moins évidentes dans le Prokofiev —qui nécessite une puissance extrême— une personnalité presque décadente qui peut mener l’auditeur au nirvana… Un piano de concert neuf pieds n’aurait pas été un luxe pour se mesurer à un tel orchestre… En rappel, le pianiste de concert nous a offert une interprétation délicieuse, toute en finesse, de l’étude op.25 no1 de Chopin… La maîtrise est telle qu’on oublie que c’est une étude : on penserait entendre un nocturne… quel cadeau!!
Et comme magnifique hors-d’œuvre à ce concert, véritable prélude à tout ce qui nous attendait, la Sinfonietta no 1 de Penderecki. Pour cordes seulement, l’œuvre nous a fait apprécier les solii des premières chaises, ainsi que le contraste entre le grand orchestre à cordes (quel délice) et la musique de chambre.
Bref, une soirée réussie; un public excité de découvrir à la fois une star internationale du piano (et formée à Montréal!!), et des œuvres moins connues si bien rendues par Rafael Payare et sa brigade !
OSHEAGA 2026 I Little Simz: classe décontractée, énergie phénoménale
par Marc-Antoine Bernier
Little Simz avait tout pour surprendre lors de la journée la plus rock de cette édition d’Osheaga, ceinturée de groupes comme Angine de Poitrine, Viagra Boys, Franz Ferdinand et Turnstile. Accompagnée par ses musiciens de tournée à la basse, à la guitare et à la batterie, elle a offert l’une des prestations les plus marquantes du festival en débutant avec l’énergie explosive de Thief, pièce d’ouverture de son album Lotus.
Vêtue d’un chandail à l’effigie d’Aang, le personnage principal de la série animée Avatar: The Last Airbender, elle affichait dès son entrée cette attitude à la fois cool, décontractée et singulière qui allait caractériser toute sa prestation.
Dès les premières envolées lyriques, son magnétisme s’impose sans artifice. Les percussion dynamique aux influences garage, les lignes de guitare abrasives et les lourdes basses de la chanson créent une tension presque punk, amplifiée par un immense lotus noir et blanc parcouru d’électricité derrière le groupe. Avec Flood etYoung, elle poursuit dans cette direction plus brute avant de replonger dans l’univers introspectif de Sometimes I Might Be Introvert avec I Love You, I Hate You.
Le moment fort arrive avec Venom. Seule sur scène, Little Simz a une présence royale : son flow précis et son intensité donnent l’impression que chaque mot porte un poids physique. Puis, sans perdre son élan, elle transforme la scène en club en passant derrière les platines pour revisiter l’univers électronique de ses EP Drop 7 et Sugar Girl. Casque sur une oreille, elle transforme instantanément l’espace en club nocturne. Sur Mood Swings, Game On et SOS, elle explore une nouvelle facette de son identité sonore, entre rythmes percussifs, house tribale et influences brésiliennes, invitant la foule à danser.
De retour avec son groupe, elle enchaîne les moments forts : Lion, morceau célébratoire où elle revendique fièrement ses accomplissements, accompagné d’un visuel aux couleurs chaudes affichant en arrière-plan « We don’t care for what they say, that’s my superpower », alors que la silhouette d’un homme prenant une pose de force apparaît à l’écran. Elle poursuit ensuite avec Point and Kill, porté par une ligne de basse sinueuse et des cuivres rappelant l’afrobeat de Fela Kuti, un moment rassembleur où la foule reprend les paroles avec elle. Enfin, Woman apporte une touche plus soul et élégante, avant que Gorilla ne conclue sa performance avec son assurance triomphante, l’ombre de Little Simz apparaissant en contre-jour dans une esthétique monochrome.
Cette prestation aura rappelé l’étendue de la palette sonore de Little Simz, toujours prête à repousser ses propres frontières en explorant de nouveaux territoires musicaux. Entre puissance, vulnérabilité et plaisir communicatif, elle confirme qu’elle possède la stature des grandes figures du hip-hop contemporain.