Afrique / cumbia électro / musique traditionnelle chinoise / musique traditionnelle d'Afrique centrale

Souk du Sud 2026 | Du erhu à la cumbia, un Souk Pro sous le signe des rencontres

par Sandra Gasana

Panels, vitrines, B2B, des repas, du réseautage, bref, tout y était lors du lancement de la 3ème édition du Souk du Sud, qui s’amorçait par un Souk Pro au Courtyard Marriott de Brossard. Cette journée avait pour objectifs de rassembler des professionnels du secteur de la culture avec des artistes et échanger sur les enjeux de l’heure tels que la mobilité, le marché musical actuel et la création de ponts entre les continents.

Entre les panels, nous avons eu droit à des vitrines riches en découvertes.

Nous avons d’abord été transportés en Chine grâce au duo mère-fille Qi Shen et leur erhu, cet instrument s’apparentant au violon venant de cette région du monde. Dès les premières notes, je me remémorais certains films chinois vus durant mon enfance et dans lesquels il y avait souvent des passages qui ressemblaient à ce que nous entendions. Par moments, les deux femmes jouaient leur erhu, en synchro ou en décalé, alors que sur d’autres morceaux, la fille accompagnait sa maman au piano. On passait donc de moments de douceur à des morceaux plus rythmés au fur et à mesure que le spectacle avançait avant de terminer avec une finale digne de ce nom, sous les applaudissements du public visiblement séduit.

S’en est suivi un autre duo, IKOUM, formé par Kamila Nasr et Just Wôan, deux artistes multi-instrumentistes. D’ailleurs, leur plus grand défi a été de choisir quel instrument ils allaient jouer pour leur projet et Kamila a opté pour la harpe alors que Just Wôan a préféré la basse. Ensemble, ils créent de la pure magie. On entend les influences celtiques chez Kamila, elle qui est née en Nouvelle-Écosse de parents afghans. Avec un père poète et issue d’une famille de virtuose de la musique, elle a formé un groupe avec ses deux soeurs et a même transformé certains poèmes de son père en chansons. De son côté, Just Wôan apporte sa touche particulière par l’entremise de sa voix qu’il parvient à manier, allant des notes graves aux aîgues sans difficulté. Ses deux micros ont permis de rajouter du relief par moments alors que la symbiose entre les instruments se faisait parfaitement.

Malgré tous les voyages qu’ils ont fait dans leur carrière, ce duo accorde une importance particulière à leurs racines et à leurs identités multiples et cela fait partie des thèmes qu’ils abordent dans leur musique.

Le Souk Pro s’est clôturé de manière plus festive avec la vitrine internationale de RIZOMAGIC, un duo colombien de musique électronique originaire de Bogotá, formé par Diego Manrique et Edgar Marún. Ensemble, ils réinventent les racines afro-colombiennes à travers la cumbia, les technologies et l’expérimentation sonore. Munis de tables avec plusieurs fils branchés et pleins de pitons sur lesquels les deux artistes semblaient concentrés, le spectacle a commencé plutôt en douceur avec des expérimentations sonores lentes et envoûtantes avant de rajouter des couches de plus en plus rythmées, avec des ambiances dub. Il n’en fallait pas plus pour les participants qui se sont mis à danser, transportés dans un tout autre univers que les deux précédentes vitrines. Ce Souk Pro était donc une belle manière de mettre la table pour les deux journées de festivités qui allaient suivre. Pan M 360 y sera le samedi 5 septembre.

Crédit photo: Fanmi Se Fanmi

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électro-rock / pop-rock

FME 2026 I Max Baby est un elfe indie quelque peu louche…

par Charly Blais

Je suppose que quand on naît avec un nom comme Max Baby, on est en quelque sorte destiné à devenir un showman. Avec ses oreilles pointues qui pointaient entre ses mèches sombres et hirsutes, Baby a livré son rock électronique explosif au Petit Théâtre de Rouyn-Noranda, tel un lutin de Noël indie un peu louche.

Alternant entre des moments où il arpentait la scène d’un pas traînant et d’autres où il trébuchait, ponctués de solos aériens à la limite du précipice, ce spectacle était un régal du début à la fin. Le son rappelait un Phoenix plus sombre, et le talentueux bassiste de tournée Félix Ramaën assurait la cohésion et le rythme, tandis que le son de guitare saturé de Baby ressemblait presque à celui d’un clavier.

Par moments, Baby semblait un peu déçu par ce qu’il percevait comme un manque d’enthousiasme verbal de la part du public, mais cela ne l’a pas empêché de laisser sa guitare de côté pour se jeter dans la foule et exiger une réaction, chantant avec passion tout en se frayant un chemin à travers les corps pour se propulser depuis une table au fond de la salle. Comme il le répète dans une chanson entraînante, Max Baby a clairement fait savoir qu’il croyait pouvoir « tout faire » et qu’il allait sacrément bien essayer.

garage-punk / grunge

FME 2026 I Birds of Prrrey’s , chant des sirènes d’un autre type

par Saleh Balfaqih

« Je sais que tu penses à moi quand tu arrives en deuxième base », a lancé avec humour Clarence Tremblay, chanteuse du trio montréalais de soft grunge Birds of Prrrey, alors que le groupe ouvrait le bal sur la scène principale du FME cette année.

Ce n’est pas une mauvaise façon de se présenter, et ça a assurément attiré mon attention. Basé à Montréal, Birds of Prrrey est un pilier de la scène locale depuis quelques années, mais je n’avais pour une raison ou une autre jamais pris le temps d’aller les voir en concert. Le groupe a récemment sorti son premier album, Peace Love Homicide. C’est un album de soft grunge envoûtant et percutant, mêlant des éléments punk et Riot Grrrl (deux genres et sonorités qui ont été fondamentaux dans la construction de leur identité). Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai raté quelque chose.


Je l’avoue, j’ai toujours eu un faible pour les groupes de trois musiciens. Il y a quelque chose qui me plaît beaucoup dans le fait qu’un trio puisse tirer autant de tout si peu. Et ils ont vraiment assuré. Ils ont produit un mur de son qui a envahi la scène principale. Noelle Inniss, penchée sur sa batterie, a apporté une intensité et une énergie qui ont porté l’ensemble. Grace Spitzley, à la basse, avait ce côté hypnotique dans ses riffs. Mais pour moi, c’est Tremblay qui a vraiment élevé la prestation du groupe à un autre niveau. Sa voix était d’une beauté envoûtante. Ses gémissements ont fait naître en moi un sentiment de nostalgie et de mélancolie qui m’a fait repenser à tous mes échecs amoureux passés. C’est une tâche difficile et ingrate que d’ouvrir la scène principale d’un festival. Le public est clairsemé, l’ambiance n’est pas encore vraiment au rendez-vous, et la pression est forte pour donner le ton. C’est exactement ce qu’ont fait Birds of Prrrey : leur set a agi comme le chant d’une sirène, attirant lentement les gens vers la scène.

disco funk / italo-disco / jazz-funk / post-punk

FME 2026 I Choses Sauvages, où se trouve l’indomptable

par Lyle Hendriks

Alliant le glam italien des années 80 à un machisme primitif et assumé venu du futur, Choses Sauvages ne manque jamais d’électriser le public. Mené par le toujours très animal Félix Bélisle (qui arborait son plus beau look à la Freddy Mercury pour la soirée du jeudi organisée par FME), ce supergroupe funk-punk de Saint-Eustache et Montréal prend un malin plaisir à mettre le feu à la piste de danse, exigeant mouvement et chaos à chaque morceau long et aux multiples facettes.

Chaque morceau de Choses Sauvages est une trappe discrète menant à un nouveau royaume souterrain merveilleux de sensations pures. Ce qui commence par un rythme funky « four-on-the-floor » se transforme sous nos yeux, zigzaguant entre des moments de screamo, de hard rock, d’hymnes de séduction à la Prince, pour revenir à ce son funk irrésistible qui en est le cœur. Impossible de suivre le fil : on a moins l’impression d’assister à une setlist qu’à un mur de téléviseurs réglés sur des fréquences discordantes mais étrangement en résonance.

À l’ambiance frénétique aux accents québécois qui fait la renommée de Choses Sauvages s’ajoute la participation exceptionnelle d’Alix Fernz, guitariste post-punk montréalais. Son style habituel, anguleux et contrasté, s’adoucit légèrement ici, s’orientant vers la soul et l’émotion dans un jeu symbiotique de va-et-vient avec Marc-Antoine Barbier, membre permanent du groupe. Charles Primeau assure le rythme à la basse tout au long du morceau, chaque petit riff mordant poussant un peu plus, encore et toujours, la foule en pleine effervescence.

Bélisle lui-même ne déçoit jamais au chant, faisant preuve d’une puissance brute et d’une endurance à toute épreuve, tant dans ses aigus à vous donner la chair de poule que dans ses passages féroces et gutturaux. À l’instar du reste des morceaux, sa cadence et son interprétation peuvent changer en un clin d’œil, s’étirant et se tendant jusqu’à ce qu’elles cèdent comme un élastique fragile, propulsant l’ensemble du groupe vers un autre break instrumental qui donne envie de danser pour nous ramener à la maison. Au FME 2026, Choses Sauvages nous a montré la puissance et la grâce de célébrer la musique, et pas seulement de la jouer.

bruitiste / expérimental / noise-pop

FME 2026 I Camilla Sparksss nous apporte le bruit sur un plateau d’argent

par Stephan Boissonneault

En général, l’artiste de musique expérimentale est programmé un peu plus tard dans la programmation du FME, ce qui nous laisse à tous un moment de répit pour vraiment s’imprégner de l’énergie magique et abstraite qui se dégage d’un endroit comme Rouyn-Noranda. Mais les programmateurs du FME et Mothland ont vraiment mis le paquet dès le début avec Camilla Sparksss.

En entrant dans le Petit Théâtre, je me suis senti légèrement ivre, non pas à cause des quatre ou cinq bières que j’avais bues auparavant, mais à cause de la boucle électronique aux accents de M.C. Escher que Camilla Sparksss faisait résonner à plein volume. Le riff synthétisé semblait se cannibaliser en temps réel et me faire perdre mes repères. J’ai entendu quelqu’un dire : « Je déteste ça », tandis qu’un autre s’exclamait : « C’est tout à fait mon truc. » Quoi qu’il en soit, c’était un peu déconcertant et difficile à assimiler, et j’avais l’impression de monter un escalier déroutant à l’envers.

Camilla Sparksss est une artiste noise suisse-canadienne qui balance des beats puissants, des lignes de synthé perçantes et des voix acérées sur l’amour ivre, la haine et l’apathie. Par moments, son set avait un air très « club berlinois », tandis qu’à d’autres, il ressemblait davantage à un concert de shoegaze. Elle ne cessait de bouger, comme si quatre bras jaillissaient de sa robe noire, sautillant entre les deux platines, les deux échantillonneurs et une tonne d’effets. À un moment donné, la toile de fond de Camilla s’est mise à bouger comme en rotoscopie tandis qu’elle hurlait « I Like the Noise ». Son univers m’a également rappelé les punks noise torontois SLASH/NEED — eux aussi vétérans du FME.

Ce sont ce genre de concerts bruyants qui à la fois rassemblent et divisent le public d’un festival. Je suis sûr que la plupart des gens n’ont aucune idée de qui est Camilla Sparksss ni de ce qu’elle représente, mais ceux qui ont eu la chance de la voir s’en souviendront tous.

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jazz / jazz modal / jazz moderne

UdeM | Rentrée jazz réussie et intrigante

par Michel Labrecque

Tout le gratin de la direction de l’Université de Montréal était présent à la Salle Claude-Champagne pour ce concert jazz de la rentrée, gracieuseté de l’Orchestre de chambre jazz des diplômé(e)s de l’UdeM .

« Une preuve de l’importance de ce programme pour notre université », a affirmé Nathalie Fernando, doyenne de la Faculté de musique, dans son discours d’introduction. 

Il revenait à l’Orchestre de chambre jazz des diplômé.e.s de l’UdeM de lancer la saison musicale, sous la direction du professeur émérite Ron Di Lauro, qui a fondé cet orchestre.

Disons-le d’emblée: toustes les musicien.ne.s sont de haut calibre. Juste après 30 secondes de jeu de la très solide section rythmique, nous avons commencé à flotter. Et ça ne s’est jamais vraiment arrêté. Le son, excellent, de cette salle y a certainement contribué. 

Encore une fois, Ron Di Lauro entendait célébrer le centième anniversaire de la naissance de Miles Davis, avec une relecture du mythique album, Kind of Blue (1959), comme il l’a fait au Festival International de Jazz de Montréal cet été. Mais nous avons dégusté un cocktail musical totalement différent. 

Le musicien et arrangeur britanno-colombien, Fred Stride, a réarrangé Kind Of Blue en 2022, pour un orchestre jazz de chambre, à la demande de Ron Di Lauro. Ça a donné un album, dont le titre était Intemporel

Cette version de Kind of Blue se veut plus contemporaine, plus rapide et plus nerveuse, dirais-je. Mon bémol personnel: on n’entend pratiquement aucun solo de trompette. Avant d’écrire ces lignes, j’ai ré-écouté l’original de Miles, pour m’assurer de la différence. Elle est frappante. Manque également, mais peut-être à dessein, la volupté et la suavité de l’original. Mais c’est aussi ça le jazz: faire évoluer une musique différemment. Le public a semblé apprécier. Et les solistes, guitare. saxophones, trombone, piano, trompette (pour un solo),  ont assuré!

Il faut ici mentionner que cette version de Kind of Blue incluait une chanteuse. Et Lelia Tomesco possède vraiment une voix spéciale,  un de mes coups de cœur personnels de cette soirée. 

En plus de Miles, nous avons eu droit à Walkin’, de Richard Carpenter, ainsi que Vera Cruz, de Milton Nascimento, arrangé par João Lenhari, qui faisait partie de cet orchestre, à titre de diplômé d’un doctorat, mais qui est professeur et directeur du big band universitaire. Excellent trompettiste, ajoutons. 

Ce concert s’est terminé par un menu musical copieux et étonnant: deux compositions de Salomé Perli, diplômée, violoniste, chanteuse, tournée résolument vers l’avenir. Elle est Dissonante, à l’instar du titre de son premier album de 2021. C’est comme si Meredith Monk rencontrait Frank Zappa, Bjork et Maria Schneider. Très prometteur!   

Ron Di Lauro ne tarissait pas d’éloges à l’endroit de cette Française d’origine devenue Montréalaise, bien qu’elle sorte le jazz de ses zones de confort. Et c’est tout à l’honneur de cette formation de s’aventurer sur des sentiers plus expérimentaux. 

L’orchestre de chambre a ainsi joué Kindness et The Golden Teacher. Dans ces moments où le chaos alternait avec la volupté, quand Salomé Perli et Lelia Tomesco ont commencé à chanter ensemble, j’ai atteint un état second. 

Un vrai dialogue vocal. Percutant. Transperçant. 

Bref, un concert de rentrée réussi et polyvalent! Le prochain spectacle de cette formation aura lieu le 27 mars 2027. D’ici là, vous pourrez assister à de multiples rendez-vous musicaux, en classique comme en jazz comme musique « du monde » et autres. 

Musicien(ne)s

Saxophones

Geneviève Gauthier, saxophone alto

Cedric Lefort, saxophone ténor

Dr. Geneviève D’Ortun, saxophone baryton

Trompettes

João Lenhari

Remi Cormier

Trombone

Laurent Cauchy

Guitare

James Bland

Basse

Benjamin Lavoie-Doyon

Piano

Samuel Therrien

Batterie

Clarence Corbeil

Violon, chant

Salomé Perli

Chant

Lelia Tomesco

MUTEK 2026 | Expérience 6 se conclut dans la jungle d’un gars nommé Gerald

par Julius Cesaratto
Figure emblématique de la scène jungle, A Guy Called Gerald est un producteur et DJ chevronné, originaire de Manchester et désormais installé à Berlin. Il avait déjà marqué les esprits à Mutek 2026, soit pour la première nord-américaine de la réinterprétation en direct de Black Secret Technology, album jungle incontournable de 1995, durant la soirée Nocturne 3 - que rapporte notre collègue Marc-Antoine Bernier.
Pour sa seconde apparition au festival, il a poursuivi sur cette lancée avec un set entièrement inédit.
La prestation a débuté sur des sonorités house ensoleillées, portées par un piano et un artiste motivé. Gerald s'avançait sur le devant de la scène pour danser et galvaniser la foule, pour ensuite glisser vers un groove tout en douceur, soutenu par un beat minimal et rebondissant, superposé de nappes de claviers riches ainsi que d'une ligne de basse envoûtante. Des bongos et des percussions acoustques ont insufflé une pulsation incarnée, au rythme, avant qu'une ligne de basse galopante et une rythmique percutante ne propulsent le set.
De longs passages aux beats minimalistes et épurés ont suivi, flirtant avec l'électro et la tech-house, tout en adoucissant les ruptures rythmiques par rapport à leurs versions originales plus incisives. Ce fut une soirée house tout en détente, jouée en direct, sans aucune précipitation.
Le set a repris sur des sonorités douces et oniriques, mêlant cymbales légères et charleys précis, avant de basculer vers un interlude rythmique complexe et une cassure marquée.
Alors qu'il clôturait la programmation de la scène de l'Esplanade Tranquille, la chaleur de son son a percé l'air frais de la soirée. Une conclusion tout en douceur et bienvenue pour cette sixième et dernière soirée du volet Expérience.

Photo: Vivienn Gaumand
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house / house progressive / tech-house

Danny Tenaglia au Piknic Electronik

par Julius Cesaratto

Mon enthousiasme a été immédiat lorsque que Danny Tenaglia serait de ce programme de Piknic Electronik.

Au cours de sa carrière longue de plusieurs décennies, Tenaglia a exploré presque tout le spectre de la house, depuis ses racines dans la house de Chicago jusqu’à la progressive et la tech-house. Connu pour ses grooves sombres, portés par les percussions, et ses sets pouvant durer des heures sans perdre de leur élan, il a souvent été tête d’affiche au célèbre Stereo Nightclub. Ses sets marathon lui ont valu une base de fans dévoués à Montréal depuis plus de deux décennies au sein de cette institution légendaire de la musique dance.

Le Piknic hebdomadaire a accueilli la programmation de Mutek pour cette édition spéciale, et malgré de fortes averses en début de journée, la pluie a cessé et une foule nombreuse s’est tout de même présentée.

Il a ouvert sa prestation en remerciant le public d’être venu malgré la pluie, s’installant en douceur dans son set avec des samples de piano, avant d’enchaîner avec un remix de son célèbre morceau « Music Is the Answer », sur lequel flottaient des samples vocaux. Il a salué la foule, accordant une attention particulière aux danseurs passionnés massés le long de la barrière de sécurité.

La montée en puissance était fluide et persistante, à l’image d’un artiste qui a toujours privilégié les morceaux prolongés et les sets très longs. Le saxophone s’est frayé un chemin à travers le mix, accompagnant des rythmes sensuels et réguliers. Des voix graves chevauchaient un rythme house régulier, onctueux et chaleureux.

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afro-électro / électronique / kuduro

MUTEK 2026 | Le « rough kuduro » de Nazar

par Léa Dieghi

De retour sous la voûte de la Satosphère en cette ultime soirée de Mutek 2026, l’ambiance a changé du tout au tout avec l’arrivée du producteur bruxellois-angolais Nazar pour une autre première nord-américaine. Façonné par ses souvenirs d’enfance dans l’Angola d’après-guerre civile, l’artiste est venu livrer sa relecture abrasive du kuduro traditionnel, qu’il baptise lui-même « rough kuduro ».

Rappelant par moments la hargne et la présence physique de duos comme CUERPOS, Nazar a déployé un set hautement énergique et percutant. Ce qui impressionne immédiatement, c’est le traitement de sa propre voix : modulée, grave, dure et caverneuse, elle vient traverser le mix de façon saisissante. 

L’artiste façonne ainsi une fusion rythmique particulière où le kuduro se mélange au UK drill, à la UK bass, à l’électro et à des motifs percussifs d’inspiration brésilienne ou afro. Portée par des infrabasses  et des ruptures  rythmiques impulsives, la prestation est restée très linéaire dans son intensité, maintenant la foule sous tension du début à la fin. Une décharge d’adrénaline remplie de force qui a conquis le public de la SAT.

Photo: Bruno Aïello-Destombes

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ambient / downtempo / électro-minimal

MUTEK 2026 | Poirier… Il n’y a (toujours) pas de Sud, 25 ans plus tard

par Léa Dieghi

Sous le dôme de la Satosphère en ce dimanche 30 août, une figure emblématique de la métropole célébrait un quart de siècle de carrière. Vingt-cinq ans après la sortie de l’album charnière Il n’y a pas de Sud… (2001), Poirier présentait la toute première ré-interprétation live de son œuvre fondatrice. 

Le dispositif scénique installait d’emblée une atmosphère d’une grande convivialité : aux côtés d’un guitariste placé à sa droite, Poirier occupait le centre de la scène, jouant avec ses modules électroniques et ses kits de percussions. Avec une lampe de sel diffusant une lumière douce à sa gauche, le plateau prenait des airs de salon chaleureux et cosy, comme si l’artiste nous recevait chez lui. Entre deux morceaux, Poirier prenait le temps de s’adresser au public pour expliquer la genèse des titres et remercier la foule, renforçant ce sentiment de proximité presque familiale.

Sur le plan sonore, le concert était ponctué par le dialogue captivant entre la guitare – dont la modulation m’a rappelé certains morceaux nord-africains inspirés du gnawa – et des lignes de basse profondes. Guidées par un battement régulier un peu plus aigu, la performance semblait presque être calée sur un métronome. Le travail visuel sous le dôme épousait fidèlement le rythme des percussions et le frétillement des hi-hats en boucle. De la fumée, des couleurs oscillant entre le bleu, le rouge, et le orange. Parfois, des lignes de lumières traversaient même l’espace. 

Progressant vers une structure plus minimale et polyrythmique, la fin du set a fait monter le tempo. L’artiste a fini par inviter la foule à se délier les jambes : « Pour la dernière, c’est le temps de danser ! », incitant le public à abandonner la contemplation pour célébrer ce classique dans de beaux derniers pas de danse. 

Photo: Bruno Aïello-Destombes

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ambient / bass-music / downtempo / dub-techno

MUTEK 2026 | Purelink et Mika Oki, toile d’une grande richesse

par Léa Dieghi

Après six jours intenses à sillonner la Place des Arts et les salles de la métropole pour vivre des dizaines de performances, cette 27e édition de MUTEK s’est achevée là où tout a commencé : à la Société des arts technologiques (SAT), sur le boulevard Saint-Laurent. Pour l’ultime chapitre de la série Nocturne, l’institution montréalaise a déployé ses deux étages pour offrir un condensé brillant de la création électronique contemporaine, oscillant avec maîtrise entre écoute contemplative, intimité chaleureuse et dancefloor déchaîné. 

Dans l’Espace SAT s’est déroulée l’une des performances les plus attendues de ce dimanche soir, au programme de Nocturne 5 : la première nord-américaine du spectacle audiovisuel réunissant le trio américain Purelink et l’artiste visuelle Mika Oki. Un rendez-vous très attendu sur mon itinéraire, tant le son du groupe de Brooklyn nourrit mes écoutes depuis longtemps.

Installés au centre de la scène, entourés de leurs ordinateurs, synthétiseurs, pédales d’effets et kits de percussions, les musiciens baignaient dans une scénographie lumineuse hypnotique. Les jeux d’éclairage conçus par Mika Oki créaient de magnifiques halos célestes autour des artistes, leur donnant presque l’allure d’anges ou de figures divines émergeant de la brume.

Ça faisait longtemps que je n’avais pas autant apprécié un visuel dans un concert. J’ai trouvé que la synergie entre la musique et l’esthétique de scène ajoutait quelque chose de particulièrement spécial au sein de cette performance. Et aux vues des réactions des autres spectateurs et spectatrices autour de moi, je n’étais pas la seule à le penser. 

Musicalement, la prestation a brillé par sa consistance et la douceur de sa progression, sans la moindre rupture agressive. Le trio a tissé une toile hybride d’une grande richesse : nappes ambient, voix féminine éthérée et dispersée dans le mix, motifs répétés à la sensibilité emm, percussions discrètes et incursions new wave/indie.

 Les moments forts étaient sans doute au sein  de toutes les sublimes notes de guitare jouées en direct, venant apporter une chaleur organique au milieu des textures électroniques. Vers la fin, le set s’est accéléré vers un genre un peu plus  downtempo et une dub techno rappelant beaucoup la conception musicale d’un autre artiste que j’apprécie particulièrement,  Four Tet. Le public se balançait doucement de gauche à droite, bercé par les micro-modulations constantes de ce live apaisant, d’une rare élégance pour un dimanche soir.

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immersif

MUTEK 2026 | COCKPIT, habiter l’interface

par Félicité Couëlle-Brunet

Avec COCKPIT, présenté dimanche au programme de Play 2 à l’Atrium des Grands Ballets, la question de l’habitation de l’espace revient d’une autre manière.

Une structure s’impose au centre de l’Atrium, plaçant le public face à elle plutôt qu’autour d’elle. Sa forme m’a immédiatement évoqué une araignée. Lorsque Jenn Mong apparaît derrière celle-ci et commence à l’activer, ses gestes répétitifs, précis, parfois presque dansants, me font d’abord me demander : joue-t-elle avec l’araignée? La frontalité rend cette relation difficile à saisir; j’aurais aimé pouvoir circuler autour de la structure pour mieux comprendre ce qui se joue entre le corps et la machine.

C’est en comprenant que Mong manipule cette interface comme elle jouerait du piano que la pièce a véritablement pris son sens pour moi. Trevor Van de Velde assure la composition sonore et les différents set-ups de la structure, tandis que Mong l’interprète avec les codes d’une pianiste classique : précision, répétition, écoute et maîtrise du geste.

I am the machine. Human machine, machine human. Une prothèse.

Il y a quelque chose de très mécanique dans les mouvements de Mong, qui évoque à la fois l’ère industrielle et une forme de danse. C’est peut-être là que COCKPIT ouvre son potentiel le plus intéressant, dans la possibilité de penser cette structure non seulement comme un instrument à jouer, mais comme un objet à habiter physiquement. Le corps devient lui-même une interface entre l’humain et la machine, dans une relation où il devient progressivement difficile de savoir qui active qui.

Cette logique de réciprocité aurait, à mon sens, pu se prolonger davantage dans l’espace. La circularité qui existe dans le dialogue entre Mong, la structure et la composition sonore reste principalement contenue dans une relation frontale avec le public, malgré la spatialisation stéréo de la salle. Une disposition permettant de circuler autour de la structure aurait pu rendre cette relation plus tangible, tout en accentuant le potentiel chorégraphique de l’instrument. 

Cette dimension m’a donné envie d’imaginer ce que pourrait devenir cet instrument dans un contexte encore plus chorégraphique. Que se passerait-il si l’interface était pensée non seulement comme un piano augmenté, mais comme un partenaire de mouvement? J’aurais aimé voir cette « araignée » devenir moins un objet à regarder qu’un espace autour duquel le corps, le son et la machine peuvent continuellement se réorganiser.

Photo: Bruno Aïello-Destombes

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