Afrique / blues mandingue / musique traditionnelle ouest-africaine

Nuits d’Afrique 2026 | Ensemble griotique de MTL

par Alain Brunet

Grâce aux Nuits d’Afrique, on connaît la culture mandingue, dont les formes musicales ont traversé les siècles sans perdre de leur superbe. Les griots qui constituent une caste d’artistes maintenue depuis d’innombrables générations et agissent au-delà du territoire ancestral. En l’occurrence… à Montréal. On l’observe depuis les années 80, d’authentiques griots s’installent à Montréal et y font rayonner leur savoir ancestral, sorte de culture classique.

Plus précisément, la griotte Djely Tapa est installée à Montréal depuis plusieurs années et prodigue son savoir traditionnel lorsque l’occasion se présente. Vendredi soir au Balattou, l’occasion s’est présentée : Djely Tapa, chant, Aboulaye Koné, guitare,Fah Cissokho, kora, Adama Daou, balafon,sans compter le joueur djembé, ont constitué cet ensemble griotique, dont l’objet est de transmettre et perpétuer les airs, harmonies, rythmes, contes, faits historiques et autres enjeux de la société à son auditoire.

Les frappes de tambour traditionnel (djembé) sont franches, les lignes de balafons sont très bien exécutés, la kora est joué avec précision, la voix porte et s’impose. Comme le fait valoir la chanteuse griotte, cet art traditionnel (ou classique, c’est selon) doit être écouté avec attention, sa fonction n’est pas exclusivement festive, bien au contraire.

Cette intervention de « nos » griots s’inscrit parfaitement dans le quarantième anniversaire de l’événement, car son instigateur a toujours tenu le plus haut respect pour cette caste d’artiste et leur a toujours fait une place de choix dans ses programmations. On ne s’étonnera pas qu’Aboulaye Koné et ses collègues aient chanté le parcours de Touré, qui s’est amené au pied de l’orchestre et a exécuté une petite danse bien sentie, entouré de festivaliers très motivés.

chant lyrique / opéra

Concerts lyriques de l’ICAV | Gala d’opéra: la relève s’affirme sur scène

par Chloé Rouffignac

L’opéra ne naît pas uniquement sur les plus grandes scènes internationales. Il se construit dans ces lieux où de jeunes artistes apprennent à façonner leur identité musicale, à affiner leur présence scénique et à se mesurer aux exigences d’un répertoire complexe. Ce jeudi 9 juillet à la salle Claude-Champagne, c’est précisément ce que proposait le concert lyrique de l’Institut canadien d’art vocal (ICAV), une soirée consacrée entièrement aux artistes de sa cohorte de l’été 2026.

Réunissant exclusivement de jeunes chanteurs en formation, dont les deux metteuses en scène Sara Deambrosis-Larcher et Chloé Lagacé , accompagnés par des musiciens invités pour l’évènement sous la direction de Simon Charette, le programme parcourait près de deux siècles de répertoire, de Mozart à Offenbach, en passant par Rossini, Verdi et Puccini. L’exercice était ambitieux : passer d’un style à l’autre exige autant de maîtrise vocale que d’intelligence musicale.

Si la qualité demeurait au rendez-vous malgré un départ en demi-teinte, les conditions d’apprentissage de ce Gala d’opéra  impliquaient forcément les communications de l’équipe technique en temps réel, particulièrement audibles dans le fond de la salle. D’où ce côté chantier que le public doit accepter dans ce contexte d’apprentissage.

À la tête de l’ensemble, Simon Charette a proposé une direction souple, privilégiant l’écoute des chanteurs avec un geste favorisant la respiration. Bien que plusieurs décalages ponctuels et certains équilibres orchestraux auraient parfois gagné à être davantage stabilisés parallèlement à des soucis d’intonation du côté d’Alfredo en ouverture de soirée.

Les œuvres de Mozart comptaient parmi les moments les plus aboutis de la première partie. Les extraits des Noces de Figaro, de Don Giovanni et de La Flûte enchantée témoignaient d’un réel souci stylistique, porté par une diction soignée, une ligne vocale élégante et une belle homogénéité des ensembles. La Comtesse se distinguait notamment par la qualité de son legato et la maîtrise de ses grands intervalles.

Au fil de la soirée, le concert a pris véritablement son envol. À mesure que le programme avançait, les interprètes semblaient gagner en confiance et en liberté. Les entrées et sorties devenaient plus naturelles, les interactions entre partenaires plus spontanées et la présence scénique plus affirmée. Peu à peu, l’interprétation prenait le pas sur la prudence, donnant davantage de relief aux œuvres présentées.

Les extraits de La Bohème illustraient déjà cette évolution. La Mimi séduisait par la richesse de son timbre et la chaleur de son interprétation, tandis que Rodolfo abordait avec assurance une partition exigeante. Leur duo trouvait progressivement un équilibre convaincant, tant sur le plan musical que dramatique.

Chez Rossini, Rosina faisait valoir un sens du théâtre naturel et une présence scénique particulièrement efficace, alors que Figaro imposait une énergie communicative parfaitement adaptée à l’esprit de l’œuvre. Les pages de Verdi révélaient également de belles qualités vocales, malgré quelques passages où une mise en place plus précise entre les chanteurs et l’orchestre aurait renforcé l’ensemble.

C’est toutefois avec Offenbach que cette progression est apparue avec le plus d’évidence. Plus détendus, plus joueurs et manifestement plus confiants, les chanteurs semblaient pleinement investis dans leurs personnages. Les échanges gagnaient en fluidité, les intentions dramatiques devenaient plus naturelles et le plaisir de jouer ensemble transparaissait enfin. Cette montée en assurance constituait sans doute l’un des aspects les plus intéressants de la soirée, le public ayant le privilège d’assister, presque en temps réel, à l’évolution artistique des vingt stagiaires de cette nouvelle cohorte.

En proposant à ces jeunes chanteurs d’aborder un répertoire aussi exigeant dans des conditions rigoureuses, l’ICAV confirme une fois de plus son rôle essentiel dans le développement de la relève lyrique canadienne. Plus qu’un simple récital, cette soirée a permis d’observer des artistes en pleine construction, dont la confiance a grandi pendant un seul concert. Une évolution particulièrement encourageante, qui laisse entrevoir un avenir prometteur.

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Afrique / afro-électro / DJ set

Nuits d’Afrique 2026 | Soul of Zoo confirme ses « connexions » sur scène

par Sandra Gasana

Vendredi soir, le Ministère vibrait aux sons tirés de l’album Connections de Soul of Zoo dont on vous a parlé il y a quelques mois, lors de sa sortie sous le label Cosmovision Records.

Avec en première partie un DJ set de l’Argentin Nat Barrera qui a su animer la foule avec ses grooves électroniques avec des influences musicales du monde, la soirée s’est poursuivie avec la participation de la grande griotte malienne Djely Tapa, qui venait de terminer son spectacle quelques minutes plus tôt au Club Balattou pour la soirée spéciale Griots.

C’est donc elle qui a ouvert le bal avec une performance remarquable, mêlant sa puissante voix aux sonorités électroniques de Soul of Zoo, tout en rajoutant ses propres percussions. Pour l’occasion, elle était accompagnée par Adama Daou au djembe et un autre percussionniste ivoirien au conga. Ensemble, ils ont mis le feu à la salle qui semblait apprécier ce mélange inhabituel.

Sans transition, le chanteur et guitariste originaire du Niger Alradik a pris le relais, lui qui figure également dans l’album Connections sur le morceau « Je vis pour le moment ». Tout comment Djely Tapa, Alradik a démontré sa polyvalence en intégrant l’électro dans son univers musical, faisant ainsi tomber les barrières entre ces différents styles.

« C’était important pour moi de jouer que mes compositions originales ce soir », m’a confié Soul of Zoo avant le concert. « C’est une première, on va voir ce que ça donne ».

Pour terminer son set, il a fait revenir Djely Tapa sur scène pour le bouquet final et pour clôturer en force, avant de laisser la place au DJ set de Mixwell, un artiste que je découvrais, et l’artiste extravagant Papish qui a poursuivi la fête avec le même élan.

En somme, la soirée était festive, les spectateurs ont dansé tout le long et un groupe de jeunes tout près de moi semblait être des professionnels puisqu’ils créaient des chorégraphies sur le champ, en s’inspirant des rythmes qu’ils entendaient. Un pari réussi pour une première collaboration entre le Festival international Nuits d’Afrique et les nombreuses « Connections » créées par Soul of Zoo.

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Afrique / afro-funk / afro-fusion / afro-rock / musique traditionnelle ouest-africaine

Nuits d’Afrique 2026 | L’effet BIM

par Alain Brunet

Bénin International Musical a réussi sa pris de contact avec ses premiers fans montréalais aux Nuits d’Afrique. On a pu apprécier la fougue de Brigitte Kiti et de ses collègues- guitare, basse, claviers, percussions. De prime abord, l’instrumentation occidentale nous laisse l’impression de culture instrumentale plutôt que numérique. Les riffs de guitare, les motifs de basse, les harmonies des claviers nous ramènent à des énergies instrumentale et vocale gavanisées par la scène et un public fervent malgré sa petitesse.

Les cycles harmoniques sont absolument béninois, on ressent les vibrations de Kotonou, les figures rythmiques sont travaillées avec rigueur et exécutées avec précision. Les ballades folkloriques sont aussi interprétées avec une grande authenticité, pas la moindre frime ou mauvais emprunt à l’horizon. On a même droit à des airs et rythmes vaudun, ancêtres des formes afro-animistes perpétuées dans les Amériques – vaudou en Haïti, santeria à Cuba, candomblé au Brésil, etc.

Mis sur pied à l’origine par une équipe française venue repérer de nouveaux talents à Kotonou, BIM témoigne de cette relation avec l’équipe française, car cette dernière a incité les artistes béninois à se mettre au rap, à écouter Massive Attack, à fraterniser avec Howie B et autres « classiques » trip-hop, hip-hop, électro, funk ou rock.

Au final, BIM n’hypothèque en rien son identité en acceptant  de collaborer pleinement à ces métissages avec la pop de création occidentale, on a ici un parcours très roots qu’on s’applique à électrifier et rendre alléchant à l’échelle planétaire. L’approche n’est certes pas neuve, mais nous en avons récolté une nouvelle saveur, ce mercredi au Théâtre Fairmount.

crédit photo: André Rivard

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Afrique / cirque / kora

Nuits d’Afrique 2026 | Senny Camara et Yamoussa Bangoura unissent leurs cordes

par Sandra Gasana

C’est devenu une tradition au fil des années, la Nuit de la Kora est un incontournable dans mon programme de l’été. Et cette année, c’était particulier puisque je savais que j’allais revoir Senny Camara, qui était de passage au Club Balattou en février en duo avec le grand maitre de la Kora, Zal Sissokho.

Avec une première partie mettant en lumière Yamoussa Bangoura, artiste pluridisciplinaire et fondateur des Productions Kalabanté, il a su mettre la table pour ce qui allait suivre. Commençant par un morceau entièrement instrumental, les suivants étaient accompagnés de chants, parfois très doux, parfois très rythmés, et un mélange des deux.

La plupart des morceaux étaient tirés de leurs deux spectacles « Afrique en cirque » et « Won’Ma Africa », qu’ils ont eu l’occasion de jouer aux États-Unis et ailleurs. Ils préparent d’ailleurs un spectacle dans le cadre de la 40ème édition du Festival international Nuits d’Afrique avec la troupe au complet le 14 juillet.

Yamoussa nous a également partagé sa toute première création à la kora, avant de nous faire voyager vers la Nouvelle-Zélande, un pays qu’il affectionne particulièrement.

Mais c’est lors de sa chanson pour Karim, l’un de ses frères acrobates qui est paralysé depuis deux ans suite à une piqure de moustique, que le public a eu des frissons.

Nous avons eu droits à une démonstration d’acrobatie de trois membres de la troupe Kalabanté, avant l’entracte annonçant Senny Camara en 2ème partie.

Cette dernière est entrée sur scène vêtue d’un boubou en basin coloré, telle une reine venant s’asseoir sur son trône. Alors qu’elle atterrissait à Montréal quelques heures avant le spectacle, elle nous a offert un show digne de ce nom, en nous jouant plusieurs morceaux de son album Yéné, paru en 2024, mais également Boolo, qui signifie Unité en wolof, sorti en 2020.

« Avant de monter sur scène, j’ai cassé une corde de ma kora. Elle est capricieuse aujourd’hui alors on va être patients avec elle », nous annonce-t-elle, tout en accordant son instrument entre deux chansons.

Tout comme lors de son concert en février, l’humain est une source d’inspiration pour l’artiste qui se demande pourquoi on se fait du mal si l’homme est le remède de l’homme. C’est cela qu’elle aborde dans la chanson « Niit », avant d’inviter Zal Sissokho sur scène le temps d’une chanson, la surprise de la soirée.

« C’est grâce à lui que je suis là ce soir », nous apprend-elle, lui qu’elle considère comme son maitre et pour qui elle a beaucoup de respect.

Le concert s’est clôturé avec Yamoussa et Senny sur scène, qui nous ont fait voyager entre le Sénégal et la Guinée, avec des passages d’improvisation et de communion comme on les aime.

Malgré un décalage horaire dans le corps, Senny Camara a relevé le défi avec brio : nous offrir une Nuit de la Kora où sensibilité et humilité étaient au rendez-vous.

Crédit Photo: Peter Graham

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Nuits d’Afrique 2026 | Une voix de référence en ouverture du 40e anniversaire

par Alain Brunet

Pour commémorer 40 ans d’existence au coeur de l’été montréalais, le Festival International Nuits d’Afrique a choisi Oumou Sangaré pour son concert d’ouverture, présenté le mardi 7 juillet au MTELUS. 

Dix artistes sur scène, incluant cette diva malienne très aimée à l’évidence, qui se produit à Montréal depuis des décennies.

Une fois de plus avec l’altière Oumou Sangaré on a eu droit à un vrai groove subsaharien chapeauté par cette grande voix  aux inclinations wassouloues, zone méridionale du Mali, un carrefour des pays limitrophes (Côte d’Ivoire et Guinée), propice aux échanges et hybridations dont elle fait usage aujourd’hui.

Artiste d’une grande et longue expérience, elle évoluait au centre d’un véritable ensemble de culture mandingue, maîtres des grooves via ngoni et percussions traditionnelles auxquels se greffent  claviers, guitares, basse, batterie, et tout et tout.

Les appels et réponses de la soliste avec ses instrumentistes et choristes constituent un irrésistible chapelet de groove dont les Africains de l’Ouest ont le secret. Bref cette patte qu’on connaît et qui revient bon an mal an flatter le public « classique » des Nuits d’Afrique.

Puisant entre autres dans ses deux plus récents opus, Acoustic et Timbuktu,Oumou Sangaré est en elle-même un gage de grande qualité, elle est une chanteuse de référence, qui plus est une féministe africaine assumée doublée d’une humaniste et d’une panafricaniste convaincue. 

Elle nous a souhaité une bonne étoile , nous a enclins à l’amour, elle a exprimé sa réprobation de l’extrémisme violent qui fait rage au nord du pays, elle a défendu la femme africaine et qualifié de braves les hommes de l’assistance venus célébrer une femme aux Nuits d’Afrique.

Omou Sangaré est une dame.  Femme forte dont la voix porte. Dont l’autorité s’impose encore et toujours.

Crédit photo : Yassine Sanou

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alt-rock / électro-rock / math rock / microtonal

La Noce 2026 | Le jour où j’ai découvert Angine de Poitrine

par Fabio Pregnolato

J’ai découvert Angine de Poitrine pour la première fois dans ma cuisine à Belfast, lorsqu’une Québécoise me les a fait découvrir la semaine où ils ont fait sensation sur KEXP.

À la première écoute, j’ai eu du mal à entrer dans leur univers — et en voyant leurs costumes, je les ai tout de suite considérés comme un peu tape-à-l’œil. Et pourtant, me voilà à Chicoutimi, en train de les voir en concert.

Honnêtement, je n’arrivais pas à croire qu’un groupe d’une telle envergure – sans doute l’un des plus grands du moment – soit programmé un jeudi, le tout premier jour du festival, à 19 h 15. Mais apparemment, leur passage avait été prévu à cette heure-là avant qu’ils ne deviennent viraux. Peu importe le jour et l’heure, la foule était plus que prête à les accueillir sous un soleil de plomb à Chicoutimi. Un grand gaillard roux à côté de nous transpirait à grosses gouttes sous la chaleur, essayant de lutter contre celle-ci à l’aide d’un minuscule ventilateur électrique à main. Entre la chaleur et les champignons magiques que nous avions pris, nous ne pouvions pas nous empêcher de glousser en regardant ce géant en sueur avec son ventilateur miniature — et c’est exactement à ce moment-là qu’Angine est monté sur scène.

Impeccablement vêtus de leurs costumes extraterrestres uniques, ils ont commencé à faire résonner et à mettre en boucle leurs microtons. Chaque boucle nous entraînait plus profondément, et c’est là que j’ai pleinement compris l’impact visuel et musical intense qu’ils ont sur un public. Même le caméraman qui courait autour de la scène portait un costume à pois orné de longues mèches blondes — rien sur cette scène n’avait le droit d’être humain.

Dès la première chanson, mes amis m’ont entraînée directement dans un pogo qui m’a donné l’impression que ça pourrait bien être mon dernier. Agrippée à mon sac comme si ma vie en dépendait, je n’avais jamais vu autant de gens tournoyer et courir en rond. Mais l’esprit de communauté était bien réel : chaque fois que quelqu’un tombait, tout le monde l’aidait immédiatement à se relever. C’est toujours magnifique de voir ce genre d’esprit rock’n’roll à l’œuvre.

La foule était complètement en transe, levant les mains en forme de triangle pour soutenir le groupe à la fin de chaque chanson. L’énergie avec laquelle ils jouaient était imparable, et sous ce soleil de plomb, leurs costumes se sont inévitablement salis, laissant apparaître de la peau et révélant qu’il y a bel et bien un peu d’humanité qui se cache là-dessous.

J’étais épuisé et trempé à la fin du concert, mais je me suis senti incroyablement chanceux d’avoir pu voir Angine à La Noce : pas trop de monde, entouré de gens sympas, et dans leur ville natale de Chicoutimi, ce qui a rendu ce moment encore plus spécial.

Photo: Fabio Pregnolato

blues saharien / blues-rock

La Noce 2026 | Etran de L’Aïr illumine La Noce

par Fabio Pregnolato

Apportant une immense vague d’énergie positive à La Noce, Etran de L’Aïr a totalement captivé la foule. Avec un son incisif et des voix puissantes, le groupe de blues du désert touareg originaire d’Agadez, au Niger, a laissé le public hypnotisé par ses mouvements rebondissants et ses rythmes répétitifs de rock saharien à la guitare.

Plus nous bougions, plus leurs sourires s’élargissaient ; ils prenaient visiblement autant de plaisir que le public, ce qui donnait à tout le spectacle un sentiment d’authenticité et de communauté ! La foule n’a pourtant pas toujours su lire l’ambiance de la pièce. À un certain moment, des mosh pits ont éclaté, accompagnés de quelques crowdsurfings, ce qui a provoqué une déception manifeste sur le visage de certains fans qui voulaient simplement danser et s’imprégner des rythmes.

Le solo de guitare final a semblé interminable, et pas dans le bon sens. Ma partenaire et moi avons échangé un regard qui en disait long: quelque chose clochait visiblement. Le guitariste a perdu le fil, enchaînant quelques notes assez approximatives en tentant de plaquer un riff complexe. Heureusement, il s’est rapidement repris, et ils ont réussi à terminer le concert en beauté. Ils sont partis avec leurs plus grands sourires, les mains jointes en signe de gratitude. J’espère que je les reverrai — globalement, l’une des meilleures performances de La Noce.

Photo: Sam Snow

alt-rock / rock n' roll

La Noce 2026 | Groovy Aardvark : puissance légendaire

par Fabio Pregnolato

Cela fait dix jours que je suis au Québec, moi qui suis Italien et qui vis désormais à Belfast, et les habitants m’ont déjà bien fait comprendre une vérité incontestable : Groovy Aardvark est une véritable institution ici.

Le public était un mélange intéressant, allant de quelques vétérans aux cheveux gris à des jeunes d’une vingtaine d’années. À un moment donné, j’ai demandé un papier à rouler à un type qui avait l’air d’un motard, entièrement vêtu de cuir épais. Il m’a répondu du tac au tac, en plaisantant sur le fait qu’il était surpris et que je le jugeais sur son apparence — avant d’éclater de rire et de m’en tendre gentiment un.

Pour clôturer l’after-party sur la scène Télé-Québec, Groovy a pris un moment pour saluer quelques visages familiers dans le public avant d’offrir une dernière prestation explosive. Chaque instrument ressortait du mix avec une clarté cristalline et puissante. La voix brute et rauque du chanteur, Vincent Peake, exprimait une rage cathartique.

Il a captivé le public sans effort, prenant même un moment émouvant pour remercier un fan de longue date pour ses 40 ans de soutien fidèle. Peake a déclaré qu’il s’agissait de son deuxième concert de la soirée, donnant ainsi une excuse espiègle à sa voix fatiguée — et peut-être aussi à l’homme au bandana qui chantait en chœur, à demi caché dans l’ombre.

Mention spéciale à la reprise de « Le p’tit bonheur », qui a complètement envoûté un public déjà hypnotisé.

Photo: Max Beaulieu

drum & bass / électronique / hyperpop

La Noce 2026 | Le Belladone salvateurice

par Florence Cantin

« Tous les hommes détestent les femmes ». La première fois que j’ai entendu le titre Bitch de Belladone sur les ondes de CISM, je me souviens avoir ressenti une peine viscérale que j’avais du mal à extérioriser.

Je me dirige à la pulperie vendredi pour Belladone, un artiste qui fait dans l’hyperpop féministe et effrayante. Un genre qui me plaît énormément et qui joue dans les codes de l’hypersexualité, de la pureté, de l’infantilisation et de l’horreur. La pop me parle plus ou moins, mais j’ai trouvé dans le maximalisme de l’hyper — toute — une attitude punk ésotérique carrément galvanisante.

Le Belladone arrive complice avec ses acolytes, tous vêtus de blanc. Iel nous livre son texte à la fois troublant et libérateur aux côtés d’une autre grande artiste, ici sa choriste et meilleure amie Fyore. Il n’y a rien d’expérimental là selon moi. Le Belladone est claire dans sa visée. Son chaos est formaté dans un message clair et efficace. Je me retrouve une seconde séduite par sa beauté, ensorcelée par son costume que le ventilateur fait joliment danser, puis répulsée par la violence des thèmes que j’avais soudainement oubliés en ce beau vendredi ensoleillé que j’ai passé, naïve, à manger du jerky de saumon de la boucanerie d’Henri et à boire une Voie maltée sur une licorne gonflable à la piscine de l’hôtel Le Parasol.

Je réalise que mon eudémonisme est fragile, mais ici, maintenant, avec Le Belladone, entourée de gens que j’aime, avec la foule qui me sourit dès que je croise leur regard dans un moshpit infiniment poli, je suis bien ! Magnifique prestation de Belladone la veille de sa percée hors de l’émergence que je lui souhaite. J’aurais voulu mieux entendre sa voix qui semblait étouffée par l’ensemble des arrangements. Iel bouffe un cœur que je me résous à imaginer être une très grosse betterave.

Photo : Simon Thibodeau 

jazz

FIJM 2026 | Solarium : plein soleil sur du bon jazz Keb

par Frédéric Cardin

Je suis allé voir le show gratuit du quatuor québécois Solarium, samedi dernier au Pub Molson du Festival international de Jazz de Montréal. Je ne les avais jamais yeutés  et entendus live, et je vous garantis que ce ne sera pas la dernière fois que je le ferai. 

Ils sont quatre jeunots, entrecroisés lors de leur passage au cégep de Saint-Laurent (on bouillon de culture musicale, le ‘’St-Lo’’) : Karl-André Rozankovic (Compositions, Pianos, Claviers), Léo Minville (Compositions, Batterie, Guitare), Louis Plouffe (Saxophones) et Vincent Dessureault (Contrebasse, Basse). Leur marque est celle d’un post-bop vigoureux, agrémenté de touches modernes rock et, occasionnellement, de références trad. Ça lève, ça groove, ça déchire un peu, parfois, et on aime ce qu’on entend d’une toune à l’autre. Les gars s’amusent, de toute évidence, et nous laissent postuler un bel avenir autant pour eux que pour nous, musicophiles attentifs et attentives. 

En attendant d’avoir l’immense plaisir de le retrouver sur une scène quelque part, je vais me retremper dans leur discographie (dispo sur Bandcamp). Leur plus récent album (sorti il y a quelques semaines à peine) s’appelle Live à Montréal. Mettez-vous ça dans les oreilles, ça vous donnera une bonne idée.

Lanaudière 2026 | Immersion dans la nature au Gala de la Terre

par Chloé Rouffignac

Dès les premières minutes du Gala de la Terre, présenté samedi 4 juillet en ouverture du Festival de Lanaudière, une évidence nous frappe : ce concert n’a pas pour unique but d’illustrer la nature, mais à y replonger le public. Dans le décor exceptionnel de l’amphithéâtre Fernand-Lindsay, où la forêt prolonge naturellement la scène, Nicolas Ellis et l’Orchestre de l’Agora proposent un parcours musical où chaque œuvre conduit un dialogue entre l’humain et son environnement. Le programme réunit des œuvres inspirées par différents paysages et traditions, de la Gaspésie au Nunavik jusqu’à Paris où est né le Sacre du Printemps.

C’est la Symphonie gaspésienne de Claude Champagne qui ouvre la soirée avec une élégance tout en nuances. La respiration est privilégiée dans le phrasé plutôt que les effets démonstratifs, laissant émerger les couleurs de l’orchestre. Les interventions du hautbois et du violon solo se distinguent particulièrement, tandis que les trompettes s’intègrent au tissu orchestral sans jamais rompre la délicatesse du discours. Les oiseaux se sont joints aux cordes avant le point culminant de la pièce pour finir en velour dans le tableau final devant le coucher de soleil.

Dans Shéhérazade, Julie Fuchs séduit d’abord par une diction française d’une clarté singulière et par une maîtrise vocale impressionnante dans les sauts de tessitures. Sa voix est portée par un contrôle des lignes musicales, seulement interrompu par des tournures de pages. Si certains passages orchestraux couvrent momentanément la voix, on observe tout de même une complicité décontractée entre la soprano et les musiciens dans la poésie de Ravel.

Avec Chorus Nunavik de Katia Makdissi-Warren, l’atmosphère change complètement. Les chanteuses de gorge Lydia Etok et Nina Segalowitz se démarquent autant par leur maîtrise technique que par leur capacité à faire naître un univers sonore, supportée par les violoncelles et leur imitation de faune et de flore immersive. Les intensités se superposent et l’œuvre conduit vers une ovation pleinement méritée.

Si l’enchaînement vers Le Sacre du printemps s’inscrit logiquement dans le fil conducteur du programme, on aurait toutefois apprécié quelques instants supplémentaires de silence après Chorus Nunavik. L’émotion suscitée par les chanteuses de gorge a laissé le public dans un état de contemplation, qu’un temps de respiration aurait peut-être permis de prolonger cet engouement avant le monument attendu de Stravinsky.

La tension du Sacre s’installe dès l’entrée du basson, et ne sera lâchée qu’après être achevée. L’Orchestre répond avec précision à toutes les intentions du texte. Les cordes, d’une cohésion impressionnante, dialoguent avec les vents avec lisibilité, jamais dans la confusion. Les attaques des cuivres frappent par leur netteté, tandis que la progression dramatique conserve jusqu’au dernier accord une intensité physique.

Ce concert d’ouverture aura incarné avec on ne peut plus de cohérence sa volonté artistique. Plus qu’une succession d’œuvres consacrées à la nature, ce Gala de la Terre aura rappelé que la musique peut encore créer un espace où l’on écoute autrement le territoire qui nous entoure. Une entrée en matière inspirante pour cette nouvelle édition du Festival de Lanaudière.

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