chant lyrique / musique contemporaine

La voix en extase ouvre la saison de la SMCQ

par Alexandre Villemaire

Après l’événement Opera’Actuel la semaine dernière dans la programmation du Vivier, c’était de nouveau la voix qui était à l’honneur dans la programmation d’un organisme en musique nouvelle alors que la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) ouvrait sa 61ème saison avec Sotto Voce, un concert qui mettait de l’avant la création lyrique contemporaine. 

La voix est un matériau stylistique et une source d’inspiration qui occupe depuis plusieurs décennies selon les dires de Simon Bertrand, directeur artistique de la SMCQ, une place toute particulière et prisée des compositeurs et compositrices. Cette richesse que l’on retrouve dans ce programme trace en filigrane l’héritage qu’a laissé notamment Claude Vivier avec des œuvres iconiques tels Lonely Child, une de ces pièces les plus connues, mais aussi avec Bouchara, ce chant d’extase à l’amour qui était le pénultième moment de ce concert. Sans être un fil stylistique apparent, c’est une célébration de la voix sous ces différentes facettes qui a été proposée à l’assistance de la Salle Pierre-Mercure.

En introduction, la soprano Marianne Lambert a interprété des extraits du cycle Laudes du compositeur Marc Hyland, accompagné au piano par Pamela Reimer. Hyland a voulu célébrer et exprimer dans ces louanges « son éblouissement devant le principe créateur à l’origine de tout, en libérant le chant de sa fonction poétique ou sémantique rationnelle ». Pour ce faire, il a extrait pour chaque pièce des phonèmes de trois textes traduits en plusieurs langues. À un accompagnement au piano tantôt épuré et intime, tantôt actif, Lambert appose à ce flot vocal une voix brillante et claire, usant de différentes techniques, notamment le bocca chiusa (bouche fermée) pour créer un effet timbrale distinctif.

Madrigal VI de Bruce Mather est la pièce qui a demandé et qui a été la plus méditative. Écrite pour soprano, flûte, piano et bande magnétique, la pièce fait interagir le matériel musical sur support, soit la flûte et la voix de soprano pré-enregistré, avec ces mêmes interprètes dans un jeu de dialogues. Le timbre vocal perçant de Magali Simard-Galdès se mélangeait aux hautes fréquences de la flûte de Marie-Hélène Brault alors que Pamela Reimer ponctuait cette action musicale d’interventions utilisant le piano dans son corps complet, de jouer en étouffant les cordes à faire frotter le crin d’un archet entre celles-ci. 

C’était une excellente idée de la part de Simon Bertrand que de faire intervenir la soprano Marie-Danielle Parent, celle qui a été une muse et une interprète des œuvres de Claude Vivier. Son allocation sagace après la pièce de Mather, en plus d’offrir une fenêtre sur la personne profondément humaine qu’était son ami Claude, elle a permis de donner du contexte au style de Vivier à la création de Bouchara. C’est une œuvre complexe où Vivier invente un langage de mots qui privilégie les consonnes percussives et les syllabes construites avec la voyelle « Y » et dont l’évolution dans la chanson d’amour installe progressivement une dynamique incantatoire. La soprano Elisabeth Boudreault a offert une performance incarnée et digne.  L’extase de la chanson d’amour, elle le vivait dans son corps, dans son esprit et dans ces gestes. C’était un spectacle autant de la voir vivre cette œuvre que de regarder Cristian Gort, chef de l’Ensemble de la SMCQ, vivre avec tout autant d’énergie et de plaisir. Que ce soit dans son introduction épurée où le violoncelle interagit avec le son du cor; les envolées lyriques ratissant une large tessiture vocale et les imposants coups de gongs, l’extase était palpable du début à la fin.

La conclusion de la soirée appartenait à Sébastien Goulet à qui la SMCQ avait passé une commande d’œuvre : Ophiolite. Faire suite en concert à une pièce de Vivier peut être intimidant pour un jeune compositeur, mais Goulet s’en est tiré avec élégance, présentant une composition pour deux sopranos, accompagné d’un instrumentarium conséquent, composé entre autres de deux clarinettes, d’une harpe, d’un hautbois, d’une trompette, d’un cor et de cordes.  L’inspiration de Bouchara est apparente, notamment dans la texture orchestrale et avec ces grands temps fort marqués fortissimo qui viennent accentuer des changements d’actions dans le texte.  Le traitement de la poésie est, lui, plutôt conventionnel et très tonal avec des élans très imagés, presque cinématographique. À ces textures orchestrales, Goulet compose des lignes vocales d’une grande finesse, faisant un usage judicieux des timbres de Magali Simard-Galdès et Elisabeth Boudreault.

La voix de la musique contemporaine est bien vivante et fertile et elle continuera de s’exprimer sous ces différentes facettes, alors la SMCQ se prépare pour l’édition 2027 du festival Montréal/Nouvelles Musiques qui aura pour thème : les Amériques.

crédits photos : Luc Desjardins

Électronique / gabber

Pop MTL 2026 | SUUNCAAT, anges et démons

par Julius Cesaratto

Samedi à la Casa, la prestation Pop MTL de SUUNCAAT s’est déroulée dans une ambiance intimiste. Après avoir fait ses armes sur les scènes punk et électroniques underground de la ville, elle est montée sur scène dans la petite salle du fond de La Casa del Popolo, bondée d’un public éclectique venu pour le festival.

Sa voix était accompagnée par BELANIMA, avec qui elle collabore régulièrement, et ensemble, elles ont construit un set qui tenait à la fois de la performance artistique d’avant-garde et du concert hyperpop. Le spectacle s’est révélé immersif et expérimental dès les premières instants, les deux artistes arborant des costumes aux contrastes saisissants : SUUNCAAT toute de blanc vêtue et BELANIMA dans un body entièrement rouge orné de cornes pendantes, jouant ainsi sur l’imagerie de l’ange et du démon. La salle s’est plongée dans l’obscurité et le silence, et des voix éthérées ont émergé avant même que les lumières ne s’allument, accompagnées d’un spectacle visuel macabre qui contrebalançait le son angélique par une ambiance inquiétante.

Cette tension entre les extrêmes imprègne l’œuvre de SUUNCAAT, et cela s’est manifesté dans le déroulement du concert. Après une ouverture solennelle, la performance a laissé place à une séquence rythmée par la drum and bass, enrichie d’effets live ludiques et inattendus : à un moment donné, BELANIMA a aspergé le public de bulles, pour le plus grand plaisir de l’assistance. Tambourin, maracas et carillons s’entremêlaient aux textures électroniques, et les deux musiciens se relayaient à la guitare tout au long du concert. À un moment donné, une bouteille en verre à moitié pleine a été utilisée pour créer des sons déformés et texturés, ce que j’ai trouvé assez amusant et innovant.

Sur le plan stylistique, le set puisait dans l’esthétique baroque, la drum and bass et l’hyperpop, mais se révélait en live comme quelque chose de plus électro-punk dans son interprétation. Des vidéos personnelles étaient diffusées derrière eux à certains moments, notamment des images d’une jeune SUUNCAAT jouant du violon, un clin d’œil à son parcours de musicienne de formation classique. À d’autres moments, le set s’aventurait dans des rythmes footwork, le duo maniant les pédales d’effets et les synthétiseurs en direct, déformant et texturant leurs voix en temps réel.

Ils ont mis fin à leur set de manière abrupte, démontant leur matériel avant même que le public n’ait réalisé que le concert était terminé. Une fois que le message est passé, la salle a réclamé un rappel, mais les deux artistes ont poliment décliné l’invitation, à mon grand désarroi.

Ce fut une prestation qui a su être à la fois dansante, émouvante et véritablement divertissante, portée par son caractère théâtral. La musique était riche en variations au niveau du traitement vocal et des effets sonores, et les deux artistes ont su capter l’attention grâce à leur présence scénique. L’acoustique de la salle rendait parfois les paroles difficiles à comprendre, mais ce compromis semblait fidèle à l’esprit DIY du festival.

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pop de création

Pop MTL 2026 | Lucrecia Dalt, la grande classe au Ministère

par Léa Dieghi

Pour clore cette soirée Pop MTL de samedi au Ministère, le public a eu le privilège d’assister à la prestation de Lucrecia Dalt, qui succédait sur scène aux ensembles de Marc-Antoine Barbier et de Masahiro Takahashi.
Figure de la musique contemporaine et expérimentale, l’artiste d’origine colombienne établie depuis plusieurs années à Berlin possède un parcours qu’on pourrait qualifier d’assez singulier.
Ancienne ingénieure civile travaillant dans la géotechnique à Medellín, c’est en découvrant la création musicale assistée par ordinateur que sa trajectoire bascule.
Délaissant ainsi l’ingénierie pour la musique, elle a construit au fil des années une œuvre captivante où se croisent rock expérimental, musique électroacoustique, jazz berlinois, contemporain et sonorités traditionnelles d’Amérique latine. Entre production musicale parut notamment chez RVNG Intl. (Anticlines, No era sólida et ¡Ay! et compositions pour le cinéma et la télévision (The Baby, On Becoming a Guinea Fowl), Lucrecia Delt est une prodige.
Son plus récent projet A Danger to Ourselves (coproduit notamment avec David Sylvian) semble d’ailleurs être une exploration résolument plus intime, où la voix et les instruments surgissent avec une clarté nouvelle. Cette maîtrise et cette sensibilité uniques ont ainsi pu illuminer la scène du Ministère en cette belle soirée de fin de septembre.
Habillée d’une élégante chemise blanche et d’un pantalon noir, Lucrecia Dalt occupait le centre de la scène, encadrée de deux musiciens vêtus de noir, l’un aux percussions et l’autre à la basse/contre-basse. Alors que la machine à fumée enrobait la salle, l’atmosphère évoquait une ambiance feutrée, aux allures de speakeasy ou d’un club de jazz un peu secret. Sur scène, le trio a fait preuve d’une belle virtuosité et de cohérence.
Tout au long d’un ensemble parfaitement maîtrisé, les enchaînements se sont succédé avec naturel, faisant naviguer la foule à travers des ruptures et des glissements de genres.

Alternant entre compositions récentes et titres plus anciens, chantant tantôt en espagnol, tantôt en anglais, Lucrecia Dalt tenait parfois sa guitare acoustique contre elle à la manière des grands interprètes de boléro traditionnel, avant de se tourner vers ses machines et synthétiseurs pour sculpter des textures électroniques au sein de sa musique.
Portée ainsi par un timbre vocal d’une beauté saisissante, Lucrecia Dalt a ainsi déployé ce soir-là une touche musicale à la fois pointue et sensible. Une prestation d’une originalité rare qui, le temps d’une heure hors du monde, aura offert au public montréalais un véritable voyage auditif.

Tiré de sa page Instagram, crédit photo: Lee

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hyperpop

Pop MTL 2026 | Et voici l’hyperpop keb

par Joséphine Campbell-Lashuk

Tu es à l’arrière de la voiture d’une fille que tu as rencontrée en colonie de vacances ; elle te tend son téléphone et te demande de choisir la prochaine chanson. Jusqu’à présent, la playlist comprend Ke$ha, Carly Rae Jepsen et Marie-Mai. Vous êtes en route pour un concert privé à Montréal et passez par Saint-Jérôme. C’est la scène que j’imagine en écoutant l’électro-pop de La Monarque.

Sa musique, c’est le genre de morceaux sympas que l’on a envie d’écouter avant une soirée, quand on ne sait pas trop qui on va croiser à une fête chez des particuliers et qu’on veut se sentir en confiance.

Ses rythmes oscillent entre la techno expérimentale, à la manière de Sexy Sushi, et les divas de la pop du début des années 2000.

Elle se tient sur scène, vêtue d’un long t-shirt blanc, ses longs cheveux noirs virevoltant d’un côté et de l’autre.

Son look volontairement dépouillé n’enlève rien à son énergie sur scène.

Le MC et DJ qui l’accompagne sur scène porte un t-shirt oversize similaire et une grosse fausse moustache, ce qui lui vaut le surnom de « Mario » lorsqu’il est présenté et remercié à la fin du set.

Son énergie est à la fois rageuse, drôle et sincère.

Elle n’hésite pas à dénoncer la misogynie dont elle a été victime et tient bon.

Sa rage féministe légitime est soutenue par des paroles parfois ironiques qui humanisent sa confiance en elle.

Entre ses chansons, son honnêteté et sa résilience transparaissent ; elle raconte une histoire profondément sincère sur le décès de son père, survenu cet été. Elle annonce la dernière chanson en évoquant la complexité de leur relation.

Sa voix puissante et cristalline, dans un style pop, s’accompagne d’une utilisation artistique de l’autotune qui crée un flux hypnotisant.

Voici l’hyperpop québécoise : elle s’appelle La Monarque.

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musique actuelle

Pop MTL 2026 | 4 décennies plus tard… à l’Outremont

par Alain Brunet

Ma toute première interview de La Presse, réalisée en mars 1985, fut accordée par René Lussier, que je suivais depuis un moment via le groupe Conventum et ce qui s’ensuivit. Mon premier concert de René Lussier et Fred Frith, réunis sur scène, remonte à une quarantaine d’années, il y eut d’autres concerts en tandem depuis. Je ne pouvais donc manquer le rendez-vous fixé par le tandem, samedi soir 26 septembre 2026 au Théâtre Outremont, bien qu’il en ait eu quelques-uns au fil du temps au Festival International de Musique Actuelle de Victoriaville (FIMAV).

Fred Frith, guitariste anglais, improvisateur, multi-instrumentiste, chanteur, chercheur et pédagogue, fut l’une des grandes  vedettes de ce qu’on nommait autrefois la musique actuelle, une expression encore utilisée par les vétérans mais  discutable puisque son corpus représente aujourd’hui une portion infinitésimale de la nouvelle musique, et aussi une portion minoritaire des musiques de création plus complexes du specter musical. Cela dit, ce travail de grande qualité mérite toujours d’être observé et ressenti de près, et c’est ce qu’on a pu observer samedi.

Le guitariste, multi-instrumentiste (dont son fidèle daxophone à une corde), compositeur, improvisateur, René Lussier était à l’époque une de nos plus acclamés représentants québécois de cette approche ouverte,  tributaire du mouvement britannique rock in opposition: expression au départ d’esprit rock, mais aussi encline à tous les courants d’avant-garde en musique instrumentale, ceci incluant le bruitisme et improvisation libre. Les structures du rock prog et du jazz-fusion de l’époque étaient ainsi démantelées et reconstruites aux aléas de l’improvisation ici et maintenant, mais aussi à travers un langage bruitiste et textural, beaucoup moins aléatoire qu’il n’y paraît encore maintenant.

Or, les assortiment de pédales d’effet et autres bidules servant à transformer le son originel d’une guitare, ne sont plus les mêmes. La connaissance et la réflexion des musiciens sont plus profondes, et certaines de leurs découvertes sont devenues des classiques de la musique de création. Bref, c’est encore meilleur.

Le lexique de la musique improvisée n’est donc pas ce que les néophytes pourraient qualifier de n’importe quoi… par ignorance. Plusieurs sons, phrases, motifs, textures, constructions rythmiques en enrichissent le langage, et cette soirée de samedi en fut une éloquente démonstration.

D’entrée de jeu, Erika Angell, Suédoise devenue Québécoise depuis plusieurs années, poursuivait son travail qu’elle a amorcé seule: un gear électroacoustique au service d’une voix splendide et d’une immense curiosité. Erika est une grande artiste, à l’origine issue de la culture indie mais qui n’a cessé d’étoffer ses propositions et de s’ouvrir à des langages plus complexes sans pour autant laisser de côté le viscéral de son expression, Robbie Kuster était à ses côtés pour que les sons des tambours et cymbales puissent muscler la proposition de son employeure. Qui plus est, Erika Angell a évolué dans son interaction avec le public en lui suggérant de réagir.

Puis ce fut la pause et puis environ une heure et demie de musique à trois. Robbie Kuster est aussi  un collaborateur régulier de René Lussier et le “fit” était parfait pour compléter le duo Frith-Lussier. Les paysages se succèdent et se distinguent les uns des autres, les percussions légères peuvent devenir violentes , le rythme peut être inexistant et soudain devenir structuré et parfaitement exécuté. Les guitares peuvent émettre des harmonies consonantes et référentielles, comme le fut le rappel à saveur americana. Elles peuvent aussi émettre des concepts harmoniques purement contemporains, se transformer en claviers, en kanouns ou en instruments de percussions. Émanant d’un véritable orchestre de pédales d’effets, les textures sonores sont multiples. Bref, un dialogue de sages et d’érudits, quatre décennies de réflexion, de ressenti, de maîtrise, de liberté.

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électro / new wave / pop / post-punk

Pop MTL 2026 | Think About Life, la trêve du samedi soir

par Alain Brunet

Think About Life a vécu sa trêve du samedi soir, trêve de son retrait de la vie publique depuis des lustres. Je me souviens avoir acclamé maintes fois le band montréalais de 2005 à 2011, d’aucuns prédisaient alors que le cet excellent groupe avait le potentiel de s’inscrire au prochain chapitre international du Montreal Sound des ann.es 2000, initié par The Dears, Arcade Fire, Patrick Watson, Stars, Unicorns et autres Wolf Parade.

Il n’en fut rien.

Le groupe implosa, seul le claviériste Graham Van Pelt put acquérir une réputation enviable avec son projet Miracle Fortress… il y a une mèche.

Alors ce samedi soir 26 septembre était un rendez-vous de choix fixé au Rialto Hall, si ce n’est que pour revoir notre perception du groupe dans le contexte du quart de siècle célébré par Pop MTL. Et oui , on a eu droit à de jolies reprises des albums parus en 2006 (homonyme) et 2009 (Family). 

Think About Life fut mené et est toujours mené par Martin Cesar, très doué chanteur afro-descendant enclin à un métissage vivifiant d’électro, de post-punk, de new wave, de funk, de pop. Oui absolument pop car ces chansons portent des accroches pour la plupart. Mais la pop culture étant ce qu’elle est, peu de prétendants tiennent le coup après un certain temps, à la manière de cette majorité de startups de l’industrie techno qui s’éteignent malgré leurs bonnes idées. 

Au moment d’écrire ces lignes, on ne savait pas si les mecs avaient repris goût à la composition, à l’enregistrement et au spectacle vivant, mais on peut garantir ici qu’ils ont assuré en cette trêve du samedi soir.

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dancehall / reggae

Pop MTL 2026 | Sister Nancy, (O) Riginal !

par Sandra Gasana

Le concert tant attendu de Sister Nancy était prévu pour la conclusion du programme de 23 h au Piccolo Rialto, mais c’est peu après 1 heure du matin que la grande prêtresse du dancehall est apparue sur la scène du Picolo Rialto. Et quelle apparition !

Sister Nancy, Ophlin Russell de son vrai nom, est une pionnière en matière de dancehall made in Jamaïca, univers majoritairement masculin à son époque. Les fans de cuture jamaïcaine savent qu’elle a ouvert la porte à plusieurs femmes qui ont suivi ses traces.

Du haut de ses 64 ans, elle était plutôt en forme lors de sa prestation pour la 25ème édition de Pop Montréal et faisait même quelques sauts sur scène durant sa performance. Accompagnée d’un DJ qui balançait des riddims endiablés, elle a débuté avec une session d’improvisation rendant hommage à Montréal.

Connue mondialement grâce à son mégatube Bam Bam, sa voix reste identifiable dès les premières notes, cette grande performer n’a certes pas perdu de sa vigueur avec les années. Quelle énergie !

Sister Nancy a joué plusieurs de ses succès mais j’ai découvert également des morceaux moins connus. De temps en temps, elle partageait des messages avec son audience, que ce soit pour parler de l’importance de s’aimer les uns et les autres dans les temps actuels ou encore de profiter de la vie au max. Lors de sa dernière visite à Montréal, elle avait rencontré Carrie Brown dans les coulisses, une artiste canadienne du reggae, décédée en janvier 2026. « Aujourd’hui, je suis ici et elle n’est plus là. La vie est courte, profitez de chaque moment », prêche-t-elle entre deux sons.

Elle a même partagé la toute première chanson de sa carrière datant de 1979, annonçant d’emblée qu’elle ne se souvient pas toujours des paroles et a sollicité l’aide du public qui était ravi de chanter avec elle. Elle aura aussi repris à son avantage des rimes de Hal David, « What the world needs now is love sweet love », tirée d’une grande chanson composée par Burt Bacharach.

Son énergie débordante sur scène était contagieuse, la salle dansait tout le long, certains adeptes du reggae étaient ravis de voir leur idole alors que d’autres découvraient l’artiste pour la première fois. En sortant du Rialto, je me suis promise de visionner le documentaire réalisé à son sujet pour découvrir encore plus le parcours de cette grande dame.

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ambient / électronique / minimaliste / néoclassique / new age

Pop MTL 2026 | A Winged Victory For The Sullen… et ce que les cordes laissent derrière

par Marc-Antoine Bernier

À 21 h, le 26 septembre au Théâtre Rialto, A Winged Victory for the Sullen a plongé le public dans un vaste paysage sonore où sérénité, mélancolie et lumière se côtoient. Formé d’Adam Wiltzie et de Dustin O’Halloran, le duo était accompagné sur scène de deux violoncellistes et d’une contrebassiste, formant un ensemble qui donnait une dimension orchestrale à leur musique néoclassique ambient.

À l’extrémité gauche de la scène, O’Halloran alternait entre piano, synthétiseur et bande sonore, tandis que Wiltzie, à droite, faisait naître ses nappes de guitare et de synthétiseur. Au centre, les trois instrumentistes à cordes se faisaient face, comme réunis au cœur de la composition. Pendant près d’une heure, la musique s’est déployée presque sans interruption ni applaudissements, laissant la salle suspendue dans une écoute attentive. Ce silence collectif a finalement éclaté en une ovation debout, avant que le groupe ne reprenne pour quelques pièces supplémentaires.

La musique de A Winged Victory for the Sullen absorbe autant qu’elle invite au voyage intérieur. Des harmonies majestueuses et des mélodies orchestrées surgissent peu à peu d’une trame hypnotique faite de cordes traitées, de synthétiseurs et de piano. Leurs compositions créent de vastes paysages sonores, mélancoliques, lumineux et suspendus dans le temps. L’éclairage, particulièrement soigné, renforçait cette impression en plongeant les musiciens dans des contre-jours qui accompagnaient habilement le drame de leur musique.

Puisant dans une discographie allant de leur album éponyme à The Undivided Five et Invisible City, le groupe a offert une traversée méditative et luxuriante. Quinze ans après leur premier passage à la Casa Del Popolo, leur retour s’est conclu par une troisième ovation debout, comme un écho collectif à cette expérience hors du temps.

photo LLongpré pour Pop MTL

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Pop MTL 2026 | Au vingtième anni de Secret City

par Michel Labrecque

Secret City Records est un label montréalais qui incarne en bonne partie  les succès et les ambitions de la scène indépendante. Elle a démarré en 2006, avec nul autre que Patrick Watson, en produisant son album Close to Paradise. Vingt ans plus tard, son catalogue inclut trente-cinq artistes, qui vont de Daniel Bélanger à The Barr Brothers, en passant par Alexandra Streliski.

Il était dans l’ordre des choses que, à l’occasion de son 25e anniversaire, Pop Mtl souligne le 20e anniversaire de cette pépite indie montréalaise. 

Cela s’est déroulé deux soirs d’affilée à l’emblématique Sala Rossa: le vendredi 25 septembre, avec Antoine Corriveau, Basia Bulat, Brad Barr et Klo Pelgag; suivi du samedi 26 septembre avec Fernie, Bye Parula, Shad, La Force et Unessential Oils. J’ai assisté à la seconde soirée, plutôt réussie et qui offrait très certainement un excellent rapport qualité prix, avec trois heures de musique pour 35 dollars. 

La Sala Rossa s’est rapidement remplie et s’est transformée en étuve. En ouverture, Fernie, brésilien-canadien installé Montréal, a fait monter la température, avec sa voix de contre-ténor, presque féminine, et son registre vocal hors normes. Cet artiste qui s’identifie comme queer, que Patrick Watson a pris sous son aile, fait parfois penser à Frank Ocean ou Moses Sumney, mais trace son propre chemin dans un R&B plutôt doux, bien que sa voix puisse vous transpercer. 

Fernie a rapidement gagné le public. Par contre, il ne s’est adressé à lui qu’en anglais, une chose que je trouve incompréhensible à Montréal, en 2026. Des grandes stars internationales nous disent quelques mots en français, pourquoi pas un artiste installé ici? Pour poursuivre sur la langue, je serais curieux de l’entendre chanter dans sa langue maternelle, le portugais brésilien. N’empêche: Fernie a un bel avenir devant lui. Il nous a interprété deux nouvelles pièces, prometteuses.

Par la suite, est arrivé sur scène Bye Parula, une étrange poutine musicale montréalaise rock. Je dois avouer: avant le 26 septembre, j’ignorais l’existence de ce groupe, qui m’a très rapidement conquis. Ce trio est composé du catalan Loïc Calatayud (basse), du chilien Sebastian Riquelme (guitare)et de l’italien Sergio D’Isanto (batterie), tous devenus québécois et montréalais. 

Ce groupe nous a fait vivre une tornade funk–rock-indie, très incarnée, moins subtile que leur récent opus, Something Out Of Nothing, sur lequel on entend des éléments plus acoustiques et des influences latines. Un groupe définitivement à suivre, qui est encore en train de définir son identité multiple.

Pour revenir sur la langue, Bye Parula chante principalement en anglais, avec un peu d’espagnol et de français. Par contre, ils se sont adressés au public presque entièrement en français. Et la partie importante de la salle qui était anglophone n’y a rien vu de mal…

En troisième partie, Shad, le vétéran rappeur qui a grandi à London en Ontario, nous a inondé de sa prose versatile et il a trouvé le moyen de collaborer avec Bye Parula, pour une pièce. Ces artistes de Secret City semblent tous s’estimer, malgré la pluralité des genres. Et c’est plutôt sympathique à observer. 

En quatrième partie, La Force, alias Ariel Engle, s’est imposée. Cette chanteuse et compositrice très polyvalente a fait taire toute la salle rapidement. Cette montréalaise qui a joué autant avec Patrick Watson qu’avec le groupe alternatif torontois Broken Social Scene, nous a livré quelques pièces de ses deux albums solos, tout en nous laissant entrevoir qu’un nouvel opus est prêt. Pour notre plus grand bonheur.

Puisque « toutte est dans toutte », comme disait le poète Raoul Duguay, Warren Spicer, qui a réalisé XO Skeleton (2023), la dernière offrande de La Force, est apparu sur la scène avec sa guitare électrique pour prendre part à la célébration. Nous avions déjà un avant goût de la dernière partie de la soirée, qui était constituée d’une prestation de Unessential Oils, le projet solo de Warren Spicer, également membre du groupe indie Plants And Animals. J’ai beaucoup aimé le seul disque, paru en 2024, un mélange de grooves langoureux à la Sade et de folk rock fluide. 

Sur scène, pour la célébration des 29 ans de Secret City, Warren Spicer et ses musiciens, dont un saxophoniste, qui ne figurait pas dans l’album, Unessential Oils a joué plus fort que sur disque. Et Ariel Engle assurait les chœurs, que voulez-vous… Après tout, ces deux complices viennent d’enregistrer une version de Wicked Games, la chanson emblématique de Chris Isaak, qui vient juste de sortir en juin. 

Le vieux monsieur que je suis a tiré sa révérence à 23:35, saoulé de notes et de bonnes vibrations. Longue vie à Secret City Records. Qui incarne non seulement le meilleur de la scène créative montréalaise, mais aussi les multiples connivences entre musicien-ne-s de cet écosystème précieux. En français comme en anglais et d’autres langues montréalaises. 

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art rock

POP MTL 2026 : Kali Horse, ça rue dans les brancards à la Casa 

par Léa Dieghi

Parmi cette programmation dense, un de mes coups de cœur de la soirée revient sans conteste à Kali Horse, le duo torontois formé par Sam Maloney et Desiree Das Gupta. Deuxièmes à fouler les planches juste avant Miro Chino, iels ont immédiatement capté l’attention de la foule rassemblée dans la petite salle arrière du lieu. 

21h, vendredi soir. À peine franchi le seuil de l’arrière salle de la Casa del Popolo, un son assourdissant m’oblige à m’extirper en urgence à la recherche de bouchons d’oreilles.

Petit problème technique ? Mal gestion du son ? Ou… Son poussé à plein volume de façon complètement délibérée ? En tout cas, la soirée commence “fort” en musique, à Casa – cette véritable institution du boulevard Saint-Laurent reconnue pour propulser la scène émergente locale et internationale. Dans le cadre de la vingt-cinquième édition de POP Montréal, ce sont quatre artistes aux univers bien différents qui ont occupé la scène en ce 25 septembre 2026.  

Accompagné.es sur scène par un batteur et un bassiste, Sam et Desiree ont investi l’avant-scène, avec confiance et assurance scénique. Actif depuis quelques années sur la scène ontarienne, le projet navigue avec aisance entre rock psychédélique, art-rock expérimental et alt-rock. Leurs compositions font constamment dialoguer l’acoustique et l’électronique : des percussions numériques et acoustiques qui s’imbriquent sous des harmonies vocales, elles-mêmes portées par des lignes de guitare électrique enveloppées d’échantillons sonores, le tout imprégné d’une énergie un peu “crasseuse” (ou grunge…) très années 90. 

En les voyant performer, plusieurs figures féminines emblématiques sont venues se manifester dans mon esprit. Que ce soit de l’expérimentation de Björk aux visions futuristes de Grimes, en passant par les célèbres The Cranberries. Kali Horse déploie une énergie à la fois grunge et dystopique, créant une atmosphère enveloppante où les instruments traditionnels se fondent dans la synthèse numérique. 

Si le concert a offert de beaux moments un peu éthérés, le duo n’a pas hésité à casser le rythme: la guitare se met à hurler, la tension monte, et on a presque envie de déclencher un mosh pit. 

Pour clore leur prestation, le groupe a opéré un virage vers la musique club et hard-techno. Une conclusion révélatrice d’un projet qui, bien que ancré dans l’esthétique alternative des années 90, s’inscrit pleinement dans les convergences sonores des années 2000 et d’aujourd’hui. Personnellement, je suis conquise, et je vais suivre leur avancée de très près !

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Photo de mgmphotoco / page FB du groupe

Pop MTL 2026 | Montréal au cœur du cœur de Miro Chino

par Léa Dieghi

Après la super percutante prestation de Kali Horse, c’était au tour de l’artiste montréalais Miro Chino de performer vendredi dans l’arrière salle de la Casa del Popolo. De son vrai nom Miro Nguyen, le musicien autodidacte a grandi dans les rues de Montréal, une métropole qui habite le cœur de son œuvre. Dans ses morceaux, il dépeint avec authenticité ce que signifie vivre et vieillir dans cette ville : y grandir, travailler, aimer, pleurer et traverser les petits et grands moments du quotidien. 

Nommé Révélation Radio-Canada 2024-2025 (aux côtés d’artistes comme Rau_Ze), Miro Chino se produisait ici pour la première fois, mais pour une deuxième fois devant moi. En l’espace de ces deux années, l’évolution de son univers saute aux yeux. Lors d’une listening party pour son prochain album encore inédit à laquelle j’avais pu assister, l’artiste m’avait partagé son désir de s’éloigner, mais aussi d’innover par rapport aux sonorités de son précédent projet, Good Times Bad Times. 

Véritable baroudeur musical, Miro Chino navigue avec aisance entre les genres. Nourri d’influences variées, entre Jean Leloup et Hubert Lenoir jusqu’à des figures internationales comme Mac Miller, il surprend constamment, comme en témoigne sa récente collaboration avec la talentueuse Virginie B. 

C’est devant une salle comble et chaleureuse, entouré de ses proches au premier rang et d’un public varié à l’arrière, que l’artiste est monté sur scène avec une pointe de fébrilité après plusieurs mois d’absence. Fidèle à son excentricité visuelle, il a fait son entrée affublé d’une imposante tête de marionnette en forme de poisson, guitare à la main et, comme à son habitude, pieds nus (ou plutôt en chaussettes…) 

Pendant près d’une heure, le musicien a alterné entre ses classiques et l’interprétation en exclusivité de nouveaux morceaux encore non parus. Délaissant son masque à mi-parcours pour dévoiler son visage, Miro a pris le temps d’échanger avec la foule, insistant sur son désir de « spread love in Montreal » (qu’il a d’ailleurs appelé “petites pustules d’amour… cute, non?) 

Musicalement inclassable, passant entre le ska, le rock et le hip-hop, son répertoire s’enrichit désormais de textures nettement plus électroniques, teintées d’influences house et inspirées de la scène club locale et internationale. 

Après la décharge grunge et percutante de Kali Horse, Miro Chino a su apaiser l’atmosphère avec un univers musical chaleureux, préparant le public en douceur et en amour pour la toute dernière prestation de la soirée. Une performance lumineuse qui confirme, une fois de plus, toute la richesse et l’imprévisibilité de son talent.

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dancehall / dub reggae / électronique / reggae

Pop MTL 2026 | Honeydrip, une DJ pas comme les autres

par Sandra Gasana

En attendant que Sister Nancy monte sur scène, je me suis retrouvée dans le sous-sol du Rialto pour aller voir Honeydrip, un nom marquant de la scène électronique underground montréalaise. En arrivant, cette DJ, qui compte une dizaine d’années dans le métier, mixait sur du dub et du reggae avec les basses qui explosaient nos tympans. Et plus ça allait, plus le rythme s’accélérait pour donner de plus en plus de place à de l’électro, tout en gardant l’aspect planant et atmosphérique du reggae. Très concentrée sur ses pitons, elle n’interagissait pas beaucoup avec son public qui semblait séduit et qui dansait tout le long du set.

Honeydrip est également productrice de bass music et bâtisseuse de haut-parleurs respectée, en plus de poursuivre sa carrière de DJ au niveau national et international. Elle a parcouru l’Europe, l’Amérique du Sud et le Canada et fait parler d’elle de plus en plus.

Elle a terminé son set avec du dancehall et elle a choisi le morceau Nobody moves, Nobody gets hurt au grand plaisir des spectateurs qui se sont mis à applaudir.

Lorsque Honeydrip n’est pas derrière des platines, elle anime des ateliers adressés aux femmes et à la communité LGBTQ+ afin de les outiller et les inclure dans la culture sound system. Elle est avant-gardiste dans ses choix de labels et a déjà publié sur des labels tels que Banofee Pies Records entre autres et continue de contribuer au développement de la culture du sound-system à Montréal. Un nom à retenir !

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