indie rock

Pop MTL 2026 | Plants and Animals and Divan Orange, a dive in the past

par Joséphine Campbell-Lashuk

On the second night of the Plants and Animals takeover of the recreated Divan Orange you can hear the older Montreal indie scene reaching towards us.

After a year of looking back at early 2000s indie music we can see a willingness for the former patrons of the space to appreciate its influence. From the release of Mile end kicks to the iconic and nostalgic patricwatson performance at this year’s jazz fest, everyone is thinking of the early hipsters and Montreal’s influence on that culture.

The crowd here to Plants and Animals were jubilant and chatty, running into old friends and singing to familiar songs. This seems like the platonic ideal of Montreal music, a chugging beat you’ve heard from half moon run and arcade fire with grunge inspired guitar. It sounds like this city.

Warren Spicer’s clear voice pierces through and is bolstered by the enthusiastic audience. The room is hot and bustling throughout the set, the band jumps and dances on stage playing out long transitions that lull us into a lovely state. The set shifts from their indie rock bangers that you can learn the words to after one listen and long melodic songs that draw us in.

Half way through the set they invite Adèle Trottier-Rivard to join them on stage. Known for being one half of the duo Bibi Club alongside Nicolas Basque the guitarist and bassist for plants and animals. Her gentle voice blends with the band and makes for a lovely transition with the end of the set.

The very last song of the set a second series of guests are invited on stage. Six young boys, the sons of the musicians, join and sing the chorus with the band as they pass the torch of the Montreal indie scene. While there was an undeniably special boom for the indie scene in their heyday it is still alive and well. The music of Montreal continues to be shaped by the city and be connected to it’s origins.

Publicité panam
Publicité panam
folk / jazz / pop / rétro-soul

Pop MTL 2026 | Tachie Menson, inconnue en voie d’être illustre

par Alain Brunet

Tachie Menson est une inconnue en voie d’être illustre. Songwriter émergente, ellle serait originaire de Londres, elle aurait grandi à New York,  elle vit désormais  à Montréal où elle poursuit des études de maîtrise en enregistrement audio. 

Tachie Menson est douée, elle respire l’intelligence. Observées vendredi à L’Esco, ses exécutions ne sont jamais laborieuses, ses goûts classiques en matière de création chansonnière.

Non sans rappelerJoan Armartrading, son superbe afro contraste avec sa petite cravate et sa tenue néo-hippie. Les apparences sont ici androgynes, peu sexuées, et c’est parfait comme ça.

On a tôt fait de reconnaître son talent:  très belle voix de mezzo/contralto, très jolies grattes folk à la guitare, jazzy folk, R&B,  sympathique trio derrière elle puisant dans les années 70, 80 et 90, et ne puisant à peu près rien dans les décennies subséquentes.

Guitariste autodidacte, Tachie Menson se contente de jouer (fort bien) les accords soigneusement construits  de ses chansons et d’en extirper quelques suaves effets de sa Gibson Les Paul.

Elle n’a à peu près rien enregistré jusqu’à  maintenant, mais il est aisé de constater sa facilité déconcertante à s’exprimer et à proposer un corpus à la fois classique (d’entrée de jeu) et singulier (de sortie de jeu).

Tachie Menson fera son chemin, je vous dis. Tiens, ça faisait un bail que je n’avais pas écrit « je vous dis ».

C’est sorti tout seul!

Publicité panam
dancehall / électronique / hip-hop / house / jungle / queercore

Pop MTL 2026 | Infinite Coles, mesdames, messieurs et bien plus encore

par Alain Brunet

Vous aurez tôt fait de le kiffer ou le réprouver, vous en entendrez assurément parler.  Infinite Coles, le fils queer de Ghostface Killah, est une arme nucléaire pour neutraliser toute homophobie, transphobie et autres intolérances planétaires. La demi-heure passée devant sa face valait la soirée entière à vadrouiller d’un bar à une salle à une boutique réaménagée en salle de concert. 

Le Bal Bizarre de Pop Montréal, prévu vendredi au Rialto Hall (à l’étage du théâtre), avait pour invité principal ce rapper, chanteur, danseur, meneur, bref une créature très spéciale que l’univers a engendré. 

SweetFaceKillah, comme l’indique le titre d’un album lancé l’an dernier en guise de boutade au paternel, assume tout.

La tornade est réelle, tangible, mémorable.

Cette très courte performance produit cet effet rare d’excitation lorsqu’on découvre une bombe de la pop culture. 

Son look fusion femme-homme, drag sur les bords mais pas complètement, est majestueusement assumé. Son flow est hallucinant et il sait chanter. Il danse en toute aisance avec ses potes, toustes maîtrisent les patrons chorégraphiques du hip-hop, soul/R&B. Le mouvement des corps est aussi induit par les énergies house, dancehall (batty boy cité au passage), afrobeats, footwork, jungle, funk et plus encore. 

Srylistiquement, Infinite Coles aime se décrire comme un caméléon, il apparaît pot ma part simplement ouvert à tout et maîtrise déjà les dosages de ses nombreuses inclinations qui font sa marque. Il faut insister, les entertainers de ce calibre ne sont pas légion, forcément moins visibles chez les Blacks non binaires à l’échelle planétaire, on ne vous fera pas un dessin.

On ne peut donc que prendre la claque, et accueillir cette expression afro-descendante ou afro tout court. Il va sans dire, la culture afro-américaine n’échappe pas à cette dimension bien réelle de l’humanité en profonde mutation. Et dont Infinite Coles deviendra possiblement une figure emblématique.

Alors il y a  au fond de la salle un DJ avec des oreilles de minou. Il y a au centre un proscenium bas, ceinturé par le public. Il y a au centre des mecs qui dansent et galvanisent tous les humains présents. Il y a des pièces essentiellement construites sur le rythme et le verbe, desquelles des beatmakers ont créé des environnements propices à l’extase musicale. Il y a une formidable bête de scène, ruisselant de sueur dans ses fringues androgynes. 

À moins qu’il se tire lui-même dans le pied, ou qu’il soit victime d’un grave accident de parcours, Infinite Coles a toutes les chances de relayer son Wu-Tang Clan de père à travers un spectaculaire (et très divertissant) conflit de génération entre queers et mâles alphas. Fort probablement, c’était la première et la dernière fois qu’on le voyait au Rialto Hall.

Publicité panam

opéra contemporain

De girafes gaies à ovules volubiles, du surréalisme au transhumanisme queer, Opér’actuel 2026 est plus que jamais contemporain

par Frédéric Cardin

Le spectacle final du Festival Opér’Actuel 2026, présenté par Chants Libres, avait lieu hier (mais est également repris aujourd’hui 26 septembre à 15h et a 19h30). La formule du spectacle n’est pas nouvelle en soi : une sorte de showcase d’extraits de plusieurs opéras contemporains en cours d’écriture. Opér’Actuel, avant sa transformation en festival biennal d’une semaine, était un rendez-vous, lui aussi biennal, d’un seul grand événement comme celui d’hier, répété sur deux jours. En résumé, on a conservé la formule et on lui a ajouté d’autres événements sur toute une semaine. Voilà.

SITE D’OPÉR’ACTUEL

Hier, donc, on nous proposait de découvrir six works-in-progress d’opéra contemporain/expérimental/théâtre musical. Tous ces termes sont appropriés car la vastitude de genres et d’approches était impressionnante. La soirée a commencé à l’extérieur du Centre Calixa-Lavallée (dans le Parc Lafontaine), où l’audacieuse Sarah Albu (qui était également la curatrice, programmatrice et metteure en scène de la soirée) nous offrait une sorte d’expérience happening dans laquelle elle haranguait le public à qui elle demandait parfois de se frotter, de sauter, de crier à tour de rôle devant elle, cris qu’elle répétait exactement (j’ai tout de suite pensé à Marina Abramović), ou encore d’imiter des cris d’animaux, dont des girafes homosexuelles. Tout cela flanquée de deux musiciens largement impassibles de l’ensemble Paramirabo (Jeffrey Stonehouse et Krystina Marcoux),  accoutrés comme des Men in Black genre Glam-Goth. Les passants occasionnels n’en revenaient pas. Albu se donne sans compter dans ce genre d’aventure, et il faut lui lever notre chapeau. Mais, finalement, cette pièce signée de la Brésilo-Danoise Marcela Lucatelli et intitulée Songs of Survival : A Manual for Life relevait plutôt du théâtre dadaïste que de l’opéra (il n’y avait pratiquement pas de chant). 

Cela dit, la perfo ludique et bon enfant a eu l’avantage de mettre les spectateur-ices dans un état d’esprit accueillant et souriant pour le reste du programme, qui s’est déplacé dans la salle Paul-Buissonneau.

L’œuvre suivante m’a tout de suite plu. Je suis fan de science-fiction, et j’apprécie que ce genre littéraire trouve de plus en plus sa place dans la création savante contemporaine. Beneath, de Jean-François Daigneault, raconte les derniers instants de la dernière personne humaine sur une Terre dévastée, avant de transférer sa conscience dans un ordinateur quantique, et d’y retrouver sa partenaire, déjà ‘’intégrée’’. Avant de faire le saut virtuel, la protagoniste laisse des instructions à un robot qui aura pour tâche de reconstruire l’histoire humaine, en y effaçant toutes haines, les discriminations, etc. La musique de Daigneault est agréable, moderne mais chantante, picturale et expressive. Le texte est déployé dans un mélange de chant et de narration théâtralisée. 

L’opéra suivant était le plus conventionnel de la liste. GIANTESS, de la Canadienne (installée à Londres) Victoria Bernath, explore une partie de la vie de l’artiste surréaliste Leonora Carrington, longtemps internée dans un asile. Sur une musique prévisiblement moderniste, la compositrice et librettiste explore l’idée de folie et de création originale. À noter que Bernath joue également de l’alto dans la partition, et que parfois même, elle chante, en jouant. Le meilleur moment de l’opéra est survenu d’ailleurs quand Bernath interagissait et dialoguait avec le personnage de Leonora (très bien campé par Marie-Annick Béliveau), avec son instrument. 

Suivait ce qui s’est révélé être mon coup de cœur de la soirée : Opéra Laurentien de Gabo Champagne, sur un livret de JJ Houle. La langue québécoise est ici instrumentalisée de façon pleinement réussie, contrairement à quelques essais que j’ai déjà entendus ailleurs, où le résultat semblait artificiellement plaqué. Placés dans un contexte de parents qui se plaignent que leur enfant ne dort pas la nuit (la nuitte), les mots, authentiques (jama pour jamais, charcher pour chercher) sont fusionnés à des onomatopées et autres techniques vocales élargies pour créer une trame étonnante de vivacité et de cohérence. La musique de Gabo est une fusion brillante de couleurs trad et de modernisme expressionniste. Tous les opéras présentés, je l’ai dit, sont des œuvres en construction. Certaines ne seront peut-être jamais réalisées concrètement. En ce qui me concerne, Opéra Laurentien est l’un de ces travaux lyriques qui mérite le plus de se rendre au bout du processus. Bravo. 

Peste Bianca est une création de la Mexicaine Daniela Falcon. Une sévère critique à la fois de l’industrie du ‘’bien-être’’, poussée par le secteur pharmaceutique, et abrutissante de superficialité, tout en étant la source de la prolifération de drogues addictives (les opioïdes). La mise en scène comprenait la vidéo d’une jeune femme assez caricaturale des années 60, et la présence sur scène de Sarah Albu, déguisée en chimiste. Le caractère cynique de l’œuvre faisait rire, mais pas autant que la moustache d’Albu qui décollait sans cesse. 

La dernière présentation était celle de CARE d’Erin Gee (musique) et Laurence Dauphinais (livret). On y voyait deux ovules (interprétés par Gee et Dauphinais) qui se questionnent sur leur réel désir de sortir dans le monde. Le dispositif requis était le plus imposant de tous : l’ensemble Paramirabo au complet et un chœur rapatriant toustes les solistes de la soirée. La musique m’a semblé un peu anonyme, sauf pour les fortes impressions laissées par le traitement des voix chorales, qui créaient une sorte de bain sonore hallucinant, enveloppant  le texte récité avec puissance par Dauphinais (et parfois chanté par Gee).

Saluons bien haut l’excellence des artistes en présence. L’ensemble Paramirabo formé de Jeffrey Stonehouse aux flûtes, Gwénaëlle Ratouit aux clarinettes, Hubert Brizard au violon, Viviane Gosselin au violoncelle, Romain Pollet au piano et Krystina Marcoux aux percussions. Les solistes vocaux : Marie-Annick Béliveau, Sarah Albu, Émilie Versailles, Virginie Mongeau, Liz Lima et Clayton Kennedy. Stephen Mulligan, solide, était à la direction. 

Au-delà des ressentis de tout un chacun devant chaque oeuvre (mes préférences ne seront probablement pas les mêmes que vous ou d’autres, et c’est la beauté de la chose), Opér’Actuel, autant dans sa formule showcase traditionnelle que Festival, vient de démontrer sa pertinence, ne fut-ce que pour stimuler et soutenir de nouvelles créations archi branchées sur le monde contemporain et permettre au public d’y goûter, ne fut-ce que quelques minutes. 

Prochain rendez-vous (après les deux représentations supplémentaires d’aujourd’hui) en 2028. 

Pop MTL 2026 I Le sermon attachant de Nardwuar the Human Serviette, prononcé à la vitesse de la lumière

par Stephan Boissonneault

La tête d’affiche la plus marquante du 25e anniversaire de Pop Montréal n’était peut-être pas un groupe, mais un journaliste musical excentrique de 58 ans originaire de Vancouver, qui arbore généralement un bonnet écossais et un pantalon en tartan, et qui a interviewé tout le monde, de Snoop Dogg à Mikhaïl Gorbatchev.

Vêtu d’une chemise psychédélique à motif d’ananas, Nardwuar the Human Serviette, véritable icône canadienne, a évoqué sa carrière farfelue, ponctuée d’entretiens avec des célébrités du monde de la musique et de la politique, devant un Théâtre Rialto bondé. Avant qu’il ne monte sur scène, Bobby Beaton (guitare et chant) et John Davis (basse) du légendaire groupe de garage rock montréalais The Gruesomes ont assuré un set de DJ. C’était en quelque sorte un retour aux sources pour The Gruesomes et Nardwuar, puisque c’est « l’Human Serviette » qui avait organisé leur tout premier concert à Vancouver en 1986.

« Restez toujours fidèles à vous-mêmes ! J’interviewe n’importe qui et je pose des questions qui pourraient leur donner envie de me tabasser. » L’animateur canadien, qui ne joue pas vraiment un personnage mais incarne tout simplement son propre moi punk rock excentrique, a également diffusé des images des coulisses issues de ses archives vidéo « Nardwuar ».

On a de l’or : comme cette anecdote où, pendant son interview avec Snoop « Doggy Dogg », son caméraman a tiré une bouffée sur le gros joint de Snoop en plein milieu de l’interview. Une lettre de refus de « The Late Show with David Letterman ». Nardwuar qui arrive à faire parler Slipknot devant la caméra ; Nardwuar interviewant Kurt Cobain de Nirvana alors que Krist Novoselic est un véritable accro à la pizza. Nardwuar poursuivant Lil Uzi Vert jusque dans sa limousine après l’avoir terrifié par ses connaissances encyclopédiques. Si vous avez déjà assisté à une interview de Nardwuar, vous savez que ce journaliste excentrique déniche toujours une anecdote sur la vie de la personne interviewée et l’accompagne généralement d’un cadeau — un disque, un poster, une figurine ou tout autre objet ayant une grande valeur sentimentale pour l’artiste. La célébrité est toujours époustouflée, complètement incrédule face à l’érudition de Nardwuar.

Je pensais autrefois que Nardwuar disposait d’une équipe chargée de fouiller dans la vie de ses invités, comme l’école qu’ils ont fréquentée, le quartier où ils ont grandi, etc., mais l’animateur a complètement démoli mon raisonnement. « C’est moi tout seul. Tout le monde me demande comment j’obtiens ces informations, et vous pouvez le faire aussi ! Je lis les notes de pochette des albums, je fais mes recherches, et je me penche sur des choses que tout le monde est trop paresseux pour lire. » Je ne peux que supposer que Nardwuar observe ses sujets comme le ferait un anthropologue, en se penchant sur leurs origines et en dénichant la moindre information culturelle que personne n’évoquerait jamais.

Ces deux heures passées avec Nardwaur ont été incroyablement attachantes : qu’il s’agisse de lire son discours à partir de notes manuscrites, de répondre à une multitude de questions du public après le spectacle, ou simplement de déborder d’énergie comme personne d’autre. Il n’est pas près de ralentir, et le monde s’en porte mieux. « Doot doola doot doo. DOO DOO ! »

Photosde Charles-Antoine Marcotte pour Pop Montreal

art-pop

Pop MTL 2026 | Toujours Ensemble élargit le cercle

par Joséphine Campbell-Lashuk

Dans la salle de spectacle du deuxième étage du Rialto, un groupe de musiciens baignés d’une lumière chaleureuse entame un bourdonnement harmonique qui va crescendo. Ce petit ensemble composé d’instruments à cordes, d’un chœur d’accompagnement et d’une clarinette basse accompagne le premier des nombreux artistes qui se produiront ce soir sur le devant de la scène.

Emilie Khan ouvre le bal : sa voix aérienne se mêle à celle des autres musiciens, créant un bourdonnement constant et plein d’espoir, « toujours ensemble », en parfaite harmonie. Le lyrisme simple, typique de la pop de chambre, de chaque chanson se marie aux arrangements complexes élaborés par Thanya Iyer et Sarah Rossy.

Les dix auteurs-compositeurs-interprètes qui composent ce groupe récemment formé sont amis et collaborent ensemble depuis une dizaine d’années. Cette ambiance familiale a imprégné tout le spectacle, tandis que chacun se levait de sa place au sein de l’ensemble, réglait son micro, essuyait quelques larmes et remerciait ses amis.

À mi-parcours du spectacle, Thanya révèle que le projet a vu le jour lors de son anniversaire, il y a quatre mois, lorsque ses amis ont mis à profit leurs incroyables talents pour simplement partager entre eux, loin des pressions liées aux prestations en solo.

Cette disposition en demi-cercle rappelle un feu de camp ou un cercle de compositeurs, mais cette fois-ci, elle était renforcée par les autres participants qui s’accordaient en harmonie. Outre les chansons douces et engagées qui parlent de la recherche de son équilibre intérieur et de la paix, deux des artistes ont apporté une touche différente à l’ensemble.

Jeremy Dutcher est monté sur scène et a entamé sa prestation par un chant de guérison, sa voix puissante emplissant la salle. Puis, Mina Iyer, le frère de Thanya, a pris la parole pour lire un texte sur leur père et son décès, que l’ensemble a mis en valeur par un voile harmonieux. Après les prestations émouvantes de Common Holly, Cédric Noel, Tashiina Buswa et un numéro de comédie musicale plein d’esprit d’Eve Parker Finley, Pompey est monté sur scène. Il a entamé cette dernière chanson de la soirée en précisant qu’il n’aimait généralement pas les chansons en « call and response », mais qu’il s’apprêtait à nous en faire chanter une.

Le public rit et se met à écouter une mélodie complexe que chacun apprend peu à peu. La salle résonne de voix répétant : « Je suis plein d’espoir et pas grand-chose d’autre ». La salle s’illumine de ce sentiment après avoir été initiée à une soirée aussi douce.

Publicité panam

électronique / vaporwave

Pop MTL 2026 | ESPRIT: expérience collective en .wav

par Marc-Antoine Bernier

Dans la Satosphère, le 24 septembre dernier, la performance audiovisuelle de George Clanton sous son pseudonyme ESPRIT a pris la forme d’une expérience contemplative, nostalgique et hypnotique. Assis devant ses instruments, notamment sa fidèle Roland SP-404SX, l’artiste contrôle à la fois la musique et les images, dans un dispositif qui rappelle les débuts de son projet, alors qu’il façonnait ses morceaux dans l’intimité de sa chambre.

Plutôt que de chercher le contact direct avec le public, Clanton demeure concentré et presque immobile, laissant une vague sonore investir l’espace en continu. De lourdes nappes de synthétiseurs éthérés, des textures évoquant la distorsion des cassettes VHS et des samples manipulés au ralenti composent un univers vaporeux, fidèle à l’esthétique vaporwave. Le set revisite notamment des classiques comme « Wormpop » et « Secret Esprit.wav », tout en intégrant des samples reconnaissables, dont celui de « Crazy » de Seal, utilisé dans « Seal », pièce parue sur 200% Electronica, aujourd’hui considéré comme un album marquant de la vaporwave.

Autour des spectateurs, une succession de téléviseurs analogiques devient le cadre de visuels inspirés de la culture web et vidéoludique des années 1990. Glitchs, textures pixélisées et couleurs pastel, dominées par le rose, le cyan et le violet, composent un espace artificiel où flotte une mélancolie familière, celle des mondes numériques oubliés.

À la fin du concert, sous les applaudissements, George Clanton joint les mains face au public dans un geste de namasté, avant de reprendre, avec un sourire, la célèbre pose de la pochette de Seal. Mais son salut ne s’arrête pas là : il descend ensuite dans la foule pour serrer les mains de ses fans et prendre quelques instants avec chacun d’eux. Après une performance où il était demeuré concentré et presque impassible derrière ses instruments, ce moment révèle une tout autre facette de l’artiste. Une façon particulièrement généreuse de clore la soirée, en prenant le temps de remercier individuellement ceux venus faire vivre son univers.

Publicité panam

indie rock

Pop MTL 2026 | Au Divan Orange ressuscité, il y a des mines réjouies, des plantes et des animaux

par Alain Brunet

À 8h jeudi matin, la friperie qui occupe l’espace du Divan Orange, fermé au printemps 2018. Gérée par une coopérative regroupant une dizaine de membres salariés et d’autres professionnels employés sur une base permanente, le Divan orange avait duré 13 ans,  plus de 325 programmes y avaient été présentés annuellement,  plus de 10 000 shows au compteur lorsque les lieux furent cédés. 

Au-dessus de la salle, il y avait des entreprises culturelles, dont le défunt MEG Montréal. Et puis les choses ont progressivement mal tourné. Les espaces bureau ont été remplacés par des logements, le voisinage immédiat a migré de l’activité commerciale à la location résidentielle. Forcément,  la tolérance au bruit a chuté, tout comme celle des propriétaires.

La fermeture du Divan Orange fut suivie par cette histoire débile du Théâtre Latulippe, neutralisé pour des motifs relativements comparables. Sur la Plaza Saint-Hubert, les gestionnaires d’Ausgang ont vu un voisin construire un immeuble locatif peuplé de locataires qui n’ont rien à voir avec le nightlife, les choses semblent s’arranger aujourd’hui  mais le vent peut toujours tourner… 

Tout ça pour dire que les salles indépendantes des quartiers centraux de MTL  font face à leur déclin, même sur les artères commerciales. Les propriétaires d’immeubles consentent de plus en plus rarement à louer ces espaces, et c’est leur plein droit puisque la Ville de Montréal n’a pas ciselé des règlements assez clairs pour protéger les salles indépendantes.

Depuis la mort annoncée du Divan Orange il y a 8 ans, trois commerces auraient occupé consécutivement  les lieux. Et…

Pour les 25 ans de Pop Montréal, Dan Seligman a eu l’excellent flash de faire revivre les lieux pendant trois soirs consécutifs, après quoi le Divan Orange retournerait dans la boîte aux souvenirs. Rébarbatif d’entrée de jeu, le propriétaire des lieux s’est laissé convaincre par Dan Seligman. Il serait étonnant que cela se reproduise.

Au menu principal de jeudi : Plants and Animals, qui ont réduit considérablement leurs activités depuis 2020, cadraient parfaitement dans les plans de Pop Montréal: retour d’un band emblématique de la décennie précédente, renaissance d’un lieu emblématique de cette période, idéal pour les 25 ans de Pop MTL.  Et puisque que ce fut un authentique hang out pour Warren Spicer et ses potes, le chanteur ayant aussi été barman en ces lieux, le “fit” était parfait. Alors le fameux trio a repris du service jeudi soir et remet ça vendredi.

Ce n’était pas qu’un show rarissime de Plants and Animals, c’était un rassemblement de la génération indie, tant de faces connues et reconnues. Ça remontait dans nos têtes jusqu’à Park Avenue, le premier album de 2008 signé Plants and Animals.

Le show était cool, on put entendre quelques classiques indie pur jus du power trio montréalais et des chansons moins célèbres de Jungle, le dernier opus paru il y a six ans. Les trois mecs sont expérimentés, ils savent exceller dans les tranchées. Plus précisément, leur prestation ne m’a semblé ni ardue ni mémorable, un peu molle parfois, généralement bonne ou très bonne. Le tout assorti d’une apparition d’Adèle Trottier-Rivard qui fait équipe avec Nicolas Basque dans le duo Bibi Club, comme on le sait.

En première partie, j’ai été vraiment mobilisé par la dégaine de Sasha Cay, sa voix susurrée dans les fréquences moyennes ou graves, son regard futé, le sérieux et la cohésion de son art rock et autres constructions chansonnières, me conduisent à découvrir son travail, hautement recommandable après une heure d’écoute.

Avis aux nostalgiques, le Divan Orange n’a pas été reconstitué, on avait l’impression de pénétrer dans une galerie d’art aux murs immaculés, blanc idéal pour une performance multidisciplinaire d’avant-garde. Des tables servaient de bar au sépulcre blanchi, seul le plancher de bois pouvait vaguement rappeler les lieux.

Mais on y était quand même pour de vrai, les souvenirs y ont poussé en septembre comme des pissenlits en mai.

Photo Pop Montréal

Publicité panam

indie rock / noise-rock / shoegaze / slowcore

Pop MTL 2026 I Living Hour débusque la magie cachée de la Casa

par Stephan Boissonneault

Living Hour, ce groupe de cinq musiciens originaire de Winnipeg, dégage un charisme indéniable ; leur univers sonore oscille entre indie pop, slowcore, shoegaze et noise rock onirique (un genre qu’ils qualifient eux-mêmes de « yearn-core »). Leurs sonorités semblaient exercer une véritable force d’attraction, en tout cas c’est ce que j’ai ressenti lors de leur concert à Pop Montréal. Je me suis surpris à me frayer lentement un chemin vers la scène, à travers la foule. Il est donc tout à fait approprié que leur dernier opus, sorti le jour même, s’intitule « Magnet EP ».

La guitare, la basse et le chant sont assurés par Sam Sarty, dont les paroles ont une forte connotation « Slow Pulp » : elles capturent la nostalgie des souvenirs, ainsi que la douleur et la beauté d’une vie désordonnée ; vous savez, ces choses que tout le monde vit au quotidien ? Les lignes de guitare solo de Gilad Carroll et Adam Soloway, ainsi que celles d’Issac Tate (car oui, tous les membres de Living Hour sont des multi-instrumentistes — j’ai dû y regarder à deux fois quand j’ai réalisé que le guitariste était passé à la batterie à un moment donné), dégagent une personnalité envoûtante, faisant naître de la magie des moments sombres et improvisés entre les autres membres du groupe. L’alchimie est bien là et on a l’impression que ce groupe joue ensemble depuis près d’une décennie — et c’est le cas. Pour un son aux multiples facettes, Living Hour les maîtrise toutes avec une précision sombre.

La plupart des morceaux joués lors du concert Pop live provenaient de l’album Internal Drone Infinity de Living Hour ; mon Dieu, quel album ! Parfait pour se déconnecter l’esprit pendant une demi-heure. « Wheel », « Waiter » et « Best I Did It », en particulier, comblent parfaitement ce besoin. Si vous aimez un groupe comme Wednesday, je vous recommande de vous procurer l’album dans son intégralité sans tarder. Fixez le vide, et il se pourrait bien qu’il vous sourie en retour.

bedroom pop / indie rock / post-grunge / shoegaze

Pop MTL 2026 I Sasha Cay envoûte le Divan Orange

par Stephan Boissonneault

« La dernière fois que je suis venue ici, je ne pense pas que j’en avais l’âge légal. J’avais genre 17 ans », raconte en riant Sasha Khalimonova (chanteuse et guitariste rythmique du groupe Sasha Cay) devant une salle comble au Divan Orange. Cette salle, qui avait dû fermer ses portes en 2018, marquant le début d’une vague de problèmes liés à la gentrification sur la rue Saint-Laurent et dans le Plateau à Montréal, a rouvert ses portes à l’occasion du 25e anniversaire de Pop Montréal. « C’est un rêve qui se réalise de jouer ici et de partager la scène avec Plants and Animals. »

Avant que les héros indie locaux, Plants and Animals, ne montent sur scène, Sasha Cay (composé de Khalimonova, Rhys Climenhage à la batterie, Clay Middleton à la guitare solo et Owen Saar à la basse) a entraîné le public dans une pop intimiste aux accents mélancoliques des années 80, agrémentée d’une bonne dose de shoegaze. Par moments, cela rappelait beaucoup Metric, avec une influence plus marquée de Kate Bush, mais la voix de Sasha Cay oscillait également entre un delay grunge et un léger effet d’auto-tune. Il y a eu beaucoup de larsens tout au long du concert, provenant du micro de Sasha, mais cela a en quelque sorte renforcé le charme de certaines vagues de guitare bourdonnantes et des paroles obscures. Je crois qu’ils ont joué « Barrel », un morceau atmosphérique et flou aux accents de doom rock, le dernier single que le groupe a sorti en début d’année.

Je ne peux pas vraiment vous citer d’autres titres, car la majeure partie du set provenait d’un album surprise qui sera annoncé prochainement. « C’est une surprise parce que nous sommes “I’m you now” », a déclaré Khalimonova en riant. Un moment qui restera gravé dans ma mémoire est ce passage où un mur de son retentissait, et où tous les guitaristes se sont rassemblés autour de la batterie, leurs instruments suspendus près de la grosse caisse, presque comme s’ils absorbaient l’énergie d’un rituel ésotérique. J’attendrai ce nouvel album avec impatience, oh oui.

indie rock / rock alternatif / shoegaze

Pop MTL 2026 I Ribbon Skirt en ouverture du Festival au Marché Des Possibles

par Stephan Boissonneault

Des centaines de personnes se sont rassemblées sous le pont du Mario Park pour fêter les 25 ans de Pop Montréal. Ribbon Skirt, le groupe local de rock post-indie, se trouvait juste sous le pont (la voie surélevée qui relie la rue Van Horne et le Boulevard Rosemont), sur une scène improvisée, et encourageait la foule à se rapprocher entre chaque morceau. L’ambiance rappelait beaucoup celle du Marché des Possibles – qui se tenait autrefois près des voies ferrées –, mais l’événement avait un peu plus d’envergure puisqu’il s’agissait d’un showcase officiel de Pop Montréal et du coup d’envoi de l’ensemble du festival.

Tandis que les spectateurs dégustaient des brochettes de viande et buvaient quelques bières sous un vrai soleil d’automne, Ribbon Skirt a interprété des morceaux tirés de son album Bite Down, sélectionné l’année dernière pour le prix Polaris. Le groupe a également proposé quelques titres plus punk issus de l’EP brut Pensacola.

J’aurais vraiment aimé qu’il y ait une enceinte supplémentaire placée à l’écart de la scène, car le post-punk éthéré de Ribbon Skirt était en quelque sorte étouffé par la structure brutaliste en béton sous laquelle ils jouaient.

Ils semblaient d’ailleurs un peu déstabilisés — j’ai eu l’impression que la chanteuse et guitariste rythmique, Tashiina Buswa, n’entendait pas sa voix sur certains morceaux comme Off Rez. Le guitariste soliste, Billy Riley, vêtu de touches sporadiques de violet et d’une jupe, semblait lui aussi moins remuant que lors d’autres concerts auxquels j’ai assisté, mais peut-être que le groupe était simplement hyper concentré sur son set.

Plus on s’éloignait de la scène, plus le son s’atténuait, d’autant plus que la foule ne cessait de grossir, rassemblant le gratin des anciens de la scène musicale montréalaise.

Les problèmes de son lors des concerts DIY en extérieur sont bien connus, mais je sais de source sûre que d’autres concerts DIY ont pris le risque et atteint des niveaux sonores plus élevés dans ce même lieu. Et on parle ici de Pop Montréal. Le groupe, surtout celui-là, aurait dû être entendu où que l’on se trouve.

Photos by Stephan Boissonneault

indie rock / jangle pop / SLACKER

Pop MTL 2026 I Bracelet, un groupe dont d’autres groupes parlent à d’autres groupes

par Stephan Boissonneault

Bracelet figure depuis un bon moment sur ma liste des groupes que je dois absolument voir en concert. Ça fait environ deux ans qu’ils existent, mais je n’ai jamais eu ce plaisir à cause d’une avalanche de concerts à ne pas manquer auxquels je devais assister en tant que journaliste musical à Montréal. J’ai aussi vu plusieurs groupes locaux sympas porter leurs produits dérivés, je savais donc que leur première partie au P’tit Ours pour Pop Montréal était un rendez-vous incontournable.

Dans une salle bondée (même si elle aurait pu l’être encore plus, j’y reviendrai plus tard), le trio a livré un indie rock passionné, cliquetant mais mélodique, sans vraiment faire face au public, ce qui a en quelque sorte renforcé l’ambiance mystérieuse qui règne dans cette cave qu’est le P’tit Ours. Le son de The Bracelet est dépouillé, avec seulement quelques moments vraiment éclatants (ce qui est une bonne chose pour le son de The Bracelet), mais bon sang, quel jeu précis et présent !

Le chant du guitariste Caleb McKend donne vraiment l’impression d’un flux de conscience, improvisé à la volée — on dirait parfois qu’il est tiré d’une liste personnelle de préoccupations liées à la santé mentale, tandis que ses riffs de guitare flottent et s’attardent dans l’air lourd. La guitare laisse beaucoup d’espace à la basse de Silas Jordan pour vraiment se déchaîner et s’exprimer pleinement. Je dois aussi saluer le jeu de batterie de William Sinclair. Ce type arrive à faire beaucoup avec un kit aussi réduit. J’ai beaucoup apprécié la cloche à vache et le jeu d’enfer sur les toms pendant le morceau inédit « Waterbed ». En fait, après quelques recherches, j’ai découvert que la majeure partie de cette setlist au Pop était composée de titres inédits. Ils n’ont joué que deux morceaux tirés de l’EP de cinq titres de I Hear Bracelet. D’après ce que j’ai entendu, je peux affirmer que ces gars-là doivent sortir un album complet très bientôt.

Mon seul reproche concernant ce concert, et c’est un détail, c’est que les videurs refusaient l’entrée à des gens alors que la salle n’était pas pleine. J’ai déjà donné des concerts à guichets fermés au P’tit Ours, et on peut y faire entrer 75 personnes. Bien sûr, c’est bondé, et on sent l’odeur de tout le monde et de leur bière, mais c’est ça, le rock “n” roll. Il y avait probablement une cinquantaine de personnes au total, et beaucoup de place au fond. Malgré tout, Bracelet a su faire en sorte que ça marche.

Bracelet est peut-être le groupe dont les autres groupes parlent entre eux, mais tout le monde devrait le connaître.

Photos by Stephan Boissonneault

Publicité panam
Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné