bass-music / breakbeat / électronique / IDM / techno

MUTEK 2026 | Le live set de Polygonia richement garni

par Julius Cesaratto

La productrice munichoise Polygonia a présenté son set live au Metropolis 1 du Mutek. Les festivaliers, visiblement enthousiastes, faisaient la queue autour de cette salle mythique, impatients de découvrir le programme richement garni de la soirée, et Polygonia n’a certainement pas déçu.

Résidente du vénéré club BLITZ, qui fermera bientôt ses portes, elle s’est forgé une réputation grâce à un son iconoclaste qui navigue librement entre la techno, la bass music, le breakbeat et la house.

Elle adopte une approche intéressante et audacieuse de l’IDM, sans jamais se cantonner à un style musical précis. Sa formation aux instruments acoustiques transparaît dans une musique qui échappe aux étiquettes strictes, mêlant des influences issues de différentes cultures et de divers genres pour créer quelque chose qui lui est propre. La nature façonne discrètement l’ambiance sous son son méditatif.

Elle a ouvert le bal par une sérénade de voix filtrées, tandis que des lueurs d’un violet profond inondaient la piste et le balcon, avant d’enchaîner en douceur vers des sons et des rythmes pulsés. Le tempo est resté soutenu pour la foule compacte, porté par des patterns de batterie groovy aux accents industriels.

Elle a captivé le public avec un groove contagieux et hypnotique. Une montée en puissance atmosphérique a suscité une salve d’applaudissements, avant de laisser place à une basse percutante et endiablée. Tout au long de son set, Polygonia a fait bouger une piste de danse frémissante et absolument bondée.

Elle a conclu sur des notes résonnantes et dramatiques avant de quitter la scène sous une pluie d’applaudissements. Un moment fort précoce d’une soirée qui réservait encore bien d’autres surprises.

Crédite photo: Vivienn Gaumand

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électronique

MUTEK 2026 | Art Saves, ou la survie urbaine entre tradition et décharge industrielle

par Léa Dieghi

Changement radical d’atmosphère pour la deuxième prestation de la soirée Expérience 4, Esplanade Tranquille, avec l’arrivée sur scène d’Art Saves. Partageant sa vie entre Vancouver et Téhéran (dont il est originaire), cet artiste actif depuis près de quinze ans a évolué au sein de la scène underground iranienne, bravant les restrictions strictes imposées aux rassemblements festifs. De ce parcours autant politique que sensoriel découle une œuvre tiraillée entre l’urgence de créer et la quête d’une identité authentique, nourrie par un héritage culturel en constante évolution.

Pour MUTEK, l’artiste offrait en première mondiale la version live de son nouvel album, Survival of the Weakest, une création complexe bâtie à partir d’échantillonnages et de synthétiseurs.

Si le concert s’amorce calmement dans un vrombissement de drone, le paysage sonore se charge très vite de textures métalliques et hautement industrielles. Le travail électroacoustique d’Art Saves joue habilement entre le sacré et le moderne : des timbres d’orgues et de cloches se mêlent à des modulations synthétiques incisives. À l’inverse de la poésie radiophonique de Vivian Li, les field recordings d’Art Saves prennent la forme de narrations brutes enregistrées au dictaphone, offrant une perspective beaucoup plus rugueuse et urbaine de l’ambient.

Au fil des minutes, la composition se déconstruite, portée par des lignes de basse profondes, du glitch et des synthétiseurs étirés. Le morceau quitte progressivement l’ambient pour frôler les territoires de la dub techno et du minimalisme. La dynamique gagne en percussion, adoptant même des motifs rythmiques empruntés à l’afrobeat. Le tempo ralentit, s’interrompt, puis repart de plus belle sous le choc de hi-hats frénétiques et de sous-basses profondes.

En vivant cette performance, le choix du titre Survival of the Weakest prend tout son sens : c’est l’illustration du calme avant la tempête, le récit d’un individu devant évoluer au cœur d’un environnement urbain et industriel en constante mutation. Un être parfois dépassé par le fracas du monde et le rythme des autres, mais qui choisit, malgré tout, d’avancer.

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expérimental / contemporain

MUTEK 2026 | Vivian Li, nostalgie des souvenirs et du temps suspendu

par Léa Dieghi

Après les envolées hypnotiques des soirées précédentes, le volet gratuit du festival MUTEK proposait ce jeudi 27 août une traversée sonore aux accents plus personnels et narratifs. Entre la poésie contemplative de Vivian Li et la première mondiale percutante d’Art Saves, le public de l’Esplanade Tranquille a assisté à deux visions fascinantes – et parfaitement complémentaires – de ce que peut être la musique ambient aujourd’hui.
Il y a un an, j’avais eu le privilège de m’entretenir avec Vivian Li lors d’une entrevue téléphonique alors qu’elle voyageait en Chine, son pays d’origine. Au cours de cet échange d’une rare générosité, elle m’avait confié concevoir la musique comme une forme pure de poésie : une tentative de livrer un récit intime, ancré dans le filtre de ses propres souvenirs. Entre Montréal et la Chine, son travail gravite constamment entre différentes temporalités et spatialités, au croisement de ses racines et de son présent.
C’est donc avec un plaisir renouvelé que je l’ai retrouvée en ouverture de soirée. Installée derrière un bureau garni de fleurs et d’un ensemble de synthétiseurs, l’artiste a pris le temps d’adresser quelques mots chaleureux et empreints de gratitude au public avant de lancer une scénographie mise au point à la toute dernière minute.
Sa prestation a débuté tout en douceur, enveloppant l’Esplanade de nappes synthétiques atmosphériques qui n’étaient pas sans rappeler la sensibilité de pionniers comme Vangelis. Rapidement, une boîte à rythmes est venue marquer le temps à la manière d’un métronome réconfortant, évoquant des bribes de souvenirs d’enfance, des bandes sonores de jeux vidéo mythiques tels que Zelda aux compositions féeriques des films du Studio Ghibli.
Jouant lentement du piano par-dessus cette architecture sonore, Vivian Li a plongé la foule dans un temps suspendu contemplatif. Vers le milieu de sa performance, elle a déployé l’élément central de sa démarche : l’usage de field recordings. Modifiés et montés avec soin, ces enregistrements environnementaux grésillent comme une fréquence radio ou une télévision ancienne cherchant son signal, tissant un récit auditif captivant qui se déroule directement dans nos oreilles plutôt que sous nos yeux.
Au bout d’une cinquantaine de minutes d’une grande délicatesse, son œuvre s’est éteinte un peu comme elle avait commencé, s’évaporant dans le souffle long et atmosphérique de son synthétiseur. Vivian Li a ensuite repris le micro une dernière fois pour remercier chaleureusement le public, avant de s’effacer discrètement, laissant derrière elle un groupe de spectateurs conquis.

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ambient / expérimental / contemporain / minimaliste

MUTEK 2026 | Kali Malone, minimalisme extrême… élévation

par Alain Brunet

Très peu d’accords au menu de chaque oeuvre, environ 3 à  5. Certaines harmonies s’étirent même pendant de très longues secondes. Que ressent-on de la musique de Kali Malone ? L’effet d’une méditation, d’une prière païenne, d’un bourdon qui apaise l’esprit. Une élévation.

Le choix des accords est excellent, des harmoniques graves s’en dégagent, des ondes intrinsèques à l’harmonie génèrent de minuscules variations qui en enrichissent la texture. Les harmonies consonantes ne peuvent agresser personne lorsque jouées si paisiblement. 

En ce jeudi soir à la Maison symphonique, série X/Visions 1, le public mutékien approfondit  sa connaissance de l’orgue, cet ancêtre à tuyaux du synthétiseur dont l’objet initial était d’évoquer toutes les machines issues des époques précédentes:  les instruments acoustiques. Conçu pour la Maison symphonique, le Grand Orgue Pierre-Béique est l’instrument idéal pour s’y plonger, on parle ici de quasi perfection dans la facture.

Kali Malone, musicienne de Denver ayant fait à Stockholm ses études électroacoustiques au Collège Royal de Musique, a sûrement beaucoup réfléchi pour oser un minimalisme aussi extrême: ne presque rien à jouer avec les doigts, quelques accords plaqués, répétition du cycle de ces accords, fin. Pour ce programme, en fait, tout se passe dans les réglages de l’orgue. 

On peut alors se poser la question:  pourquoi faire si peu ? Ou encore se poser celle-ci: que peut-on faire avec si peu ?

Kali Malone répond brillamment à la deuxième. La réverbération, les subtilités incluses dans les harmonies, l’acoustique inhérente de la salle, l’ambiance propice au recueillement, l’atteinte de l’effet ambient, tous ces facteurs concourent au ressenti d’une élévation.

Prises individuellement, ces pièces au programme ne passeront peut-être pas à l’histoire mais, chose certaine, Kali Malone a trouvé un filon qu’elle n’a certes pas fini d’exploiter.

crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin

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MUTEK 2026 | Kara-Lis Coverdale pour piano, pour cordes… et pas pour orgue

par Ariel Rutherford

Ce soir, la première sélection de la série X/VISION, présentée à la Maison Symphonique, fait la part belle à l’acoustique avec des prestations de Kara-Lis Coverdale et Kali Malone, deux figures majeures de la composition actuelle.

Je dis acoustique, on pas simplement parce que les instruments le sont : piano, ensemble à corde, orgue, mais parce que les propriétés du son en soi, jeux de timbre et de tonalité, sont au cœur de l’approche des compositrices respectives. Je m’attarderai ici sur l’offrande de Kara-Lis Coverdale.

Il me faut malheureusement commencer par une déception : si la performance annoncée devait combiner piano, orgue et ensemble à cordes, point d’orgue. Problème technique, problème de communication, autre chose? No sé. 

C’est bien dommage. L’occasion de faire se rencontrer l’œuvre à l’orgue de deux compositrices aux approches résolument minimalistes, et pourtant clairement distinctes, était pour moi l’un des attraits majeurs de la soirée promise.

La performance de Coverdale s’est donc découpée en une première partie au piano, et une deuxième avec un octuor à corde dirigé par elle-même.

La première partie fût un ensemble de nocturnes tirées de l’album A Series of Actions in a Sphere of Forever . Résolument minimalistes, celles-ci m’évoquent certaines des compositions impressionnistes de John Cage, telles que « Dream » ou « In a Landscape ». Assise au piano, Coverdale nous a présenté de belles pièces, situées à la frontière de l’ambient, construites autour de motifs mélodiques simples et des contrastes marqués de tonalité, laissant longuement s’étirer les notes pour mettre en exergue la facture sonore inhérente au piano. J’aime assez ces compositions, qui font la part belle au presque silence. Il me faut cependant avouer que, sur scène, en l’absence des effets de captation et des effets numériques propres à l’album dont elles sont tirées, subtiles mais cruciaux, il me manquait quelque chose. 

Mon ressenti est similaire pour la seconde section consacrée aux cordes, présentant ce que je crois être des pièces inédites de Kara-Lis Coverdale, qui n’ont pas été nommées. La compositrice à ici présenté une maîtrise certaine de la superposition des voies instrumentales, tirant des 8 instruments des drones riches harmoniquement, offrant un contre-pied plaisant au minimalisme dénudé du piano. 

Malgré tout, je suis resté sur ma faim.

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électronique / power-electronics / rock turc / trance

MUTEK 2026 | Un duo masqué sur l’Esplanade Tranquille, tiens, tiens …

par Julius Cesaratto




Le collectif berlinois Istanbul Ghetto Club est monté sur la scène de l’Esplanade Tranquille, identités dissimulées derrière des masques (tiens, tiens…) , pour offrir une prestation éclectique et rafraîchissante très attendue lors de la troisième soirée de la série « Expérience » du festival MUTEK. C’était leur première au Canada, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’ont pas déçu !

Le mélange de leurs influences « DIY » brutes et d’instruments anatoliens traditionnels a donné lieu à une performance d’une fraîcheur saisissante : de la musique de club improvisée alliée à une instrumentation en direct. La soirée a débuté par un délicieux échantillon de flûte *ney* turque posé sur un rythme percutant. La basse est entrée en jeu, très funky, accompagnée de lignes acides fluides qui s’entremêlaient en arrière-plan.

 De chaque côté de la scène, des écrans LED affichant des chats les encadraient — un clin d’œil charmant aux créatures emblématiques d’Istanbul. Ils ont gardé leurs masques carnavalesques tout au long du spectacle, préservant ainsi l’anonymat des deux musiciens qui se produisent sous une identité collective.

Des rythmes entraînants et sensuels laissaient la part belle aux échantillons de percussions manuelles. C’était comme s’ils traduisaient l’énergie de leur présence scénique pour l’injecter directement dans la musique, créant un groove contagieux à mesure que l’intensité montait. Les deux artistes dansaient sur scène tandis que des lignes acid hypnotiques et des échantillons de flûte tenaient le public en haleine.

Le duo a enchaîné les moments forts, mêlant habilement composition électro en direct et envolées virtuoses au saz, le tout salué par les acclamations constantes d’une foule composée aussi bien d’habitués de MUTEK que de festivaliers plus jeunes. Des sonorités oscillantes et hypnotiques perçaient à travers les motifs de batterie, se mêlant à des échantillons vocaux hachés et saturés. La pulsation constante et percutante de la boîte à rythmes 909 ne faiblissait jamais, assurant un set d’une énergie ininterrompue.

Après avoir tout donné, ils ont offert un bref moment de répit en ralentissant le tempo, démontrant une maîtrise totale d’une foule de danseurs qui ne cessait de grossir. Alors que le calme semblait revenir, le public a eu droit à une nouvelle séquence de *saz* en direct, montant crescendo sous les rugissements et les applaudissements de la foule alors que les musiciens saluaient une dernière fois.

C’est, de loin, mon spectacle préféré de la programmation de MUTEK jusqu’à présent ; j’aurais même aimé qu’ils puissent jouer un deuxième set. Il ne fait aucun doute qu’ils ont conquis de nouveaux fans ce soir-là, moi y compris.

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MUTEK 2026 | Barker déchaîné à Nocturne 1

par Julius Cesaratto

Réputé pour avoir éloigné la musique dance de ses fondements « four-on-the-floor », Barker a clôturé la soirée du Nocturne 1 à la SAT avec un set live qui s’est pleinement appuyé sur la complexité rythmique et les mélanges transcendant les genres qui caractérisent sa production musicale.

Le set s’est ouvert sur une ambiance aérienne, avec un paysage sonore onirique, proche de la trance. D’épaisses lignes de basse ont lentement émergé, sous des caisses claires saccadées qui apportaient une touche psychédélique, proche de l’acid. Barker a prolongé cette montée en puissance de plus en plus longtemps, augmentant progressivement le BPM et superposant des cloches distordues à mesure que les graves s’approfondissaient, tandis qu’un rythme de batterie profond montait régulièrement en crescendo en arrière-plan. À mesure que la batterie s’imposait davantage dans le mix, il a joué avec l’anticipation du public, faisant retomber l’énergie juste au moment où l’on aurait pu penser qu’elle atteignait son apogée, avant de faire remonter l’intensité d’un cran. À mesure que les percussions prenaient de l’ampleur, le set a commencé à s’orienter vers un son club plus dur, typique des heures de pointe.

C’est alors que tout s’est déchaîné. Barker a lancé une vague soudaine de kicks déferlants, qui résonnaient à travers le système Meyer Sound du SAT, réglé avec précision par HQ Audio, une entreprise montréalaise, et dont la puissance était telle qu’elle faisait vibrer la poitrine. La foule a explosé de joie, en extase, tandis que les acclamations résonnaient dans toute la salle. Cette libération de tension a marqué un tournant décisif dans l’énergie qui régnait sur la piste de danse. Revenant progressivement à un tempo plus lent, la basse tonitruante a cédé la place à des breaks de batterie plus décontractés. Tout au long de la prestation, le musicien d’origine britannique est resté rivé à ses platines, entièrement absorbé par sa propre composition, le visage dans l’ombre et presque dissimulé pendant toute la durée de la performance.

Alors que le set touchait à sa fin, il a encore ralenti pour enchaîner sur des accords plus doux, laissant la place à des samples de claviers et de percussions à main qui contrastaient fortement avec les textures de trance brumeuses qui avaient porté la soirée. Les motifs rythmiques ont changé une dernière fois, clôturant le set sur une note de trance progressive qui s’est estompée avant de laisser le public partir dans une ambiance joyeuse, impatient de découvrir le troisième jour du festival.

Known for pulling dance music away from its four-on-the-floor foundations Barker closed out the night of Nocturne 1 with a live set that leaned fully into the rhythmic complexity & genre-defying blends that have defined his musical output.

The set opened airy, with a dreamy, trance-like soundscape. Thick basslines slowly emerged, under choppy snares that carried a trippy, acid-adjacent edge. Barker stretched this buildup out further and further, progressively raising the BPM and layering in distorted bells as the low end deepened, while a deep drum rhythm steadily crescendoed beneath. As drums crept further into the mix, he played with the crowd’s anticipation, pulling the energy back just as one might have thought it might peak, before pushing the intensity up a notch again. As more percussion started stacking in, the set started veering toward a harder, peak-time club sound.

Then, all hell broke loose. Barker cut in a sudden wave of rolling kicks, pulsating through SAT’s Meyer Sound system, fine-tuned courtesy of Montreal’s own HQ Audio, which hit with a thud heavy enough to rattle your chest. The crowd erupted, ecstatic, as cheers echoed across the room. This release of tension marked a definitive breaking point in the energy on the dancefloor. Easing back into a slower tempo, the booming bass gave way to looser drum breaks. Throughout, the British-born musician remained fixed over the decks, fully absorbed in his own composition, his face shaded and nearly hidden for the entirety of the performance.

As the set wound down, he slowed further into softer chords, giving way to keys and hand percussion samples that sat in stark contrast to the hazy trance textures that had carried the night. The rhythm patterns shifted one last time, closing the set on a progressive trance note that faded before sending the crowd off in a cheerful mood, excited for day 3 of the festival. 

Crédit photo: Nina Gibelin Souchon

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cumbia / électronique / expérimental / contemporain / musique traditionnelle mexicaine

MUTEK 2026 | Debit: Monterrey X Colombie X électro

par Julius Cesaratto

Debit, nom de scène de l’artiste mexicaine Delia Beatriz, installée à New York, s’est produite sur la scène principale du SAT pour présenter en première canadienne son spectacle audiovisuel ambient Desaceleradas, en ouverture de la première soirée de la série Nocturne du festival. La prestation, empreinte d’une dimension conceptuelle avant-gardiste très marquée, superposait des performances d’accordéon en direct, des magnétophones et de la synthèse modulaire afin de recréer les harmonies de son album éponyme, salué par la critique.

En prolongeant les notes d’accordéon jouées en direct tandis que des images granuleuses d’archives défilent à l’écran, elle a lentement fait monter la tension, ajoutant progressivement des aigus denses et texturés qui résonnaient dans toute la salle. Le public se balançait doucement, émerveillé et captivé, tandis qu’elle alternait entre les harmonies de l’accordéon et la table de mixage, dominant la foule alors que sa silhouette était encadrée par un jeu de lumières technicolor.

Le set est passé de sommets mélodiques et oniriques à des profondeurs mystérieuses. Après avoir posé son accordéon, elle s’est enfoncée davantage dans l’atmosphère onirique de la performance, dans cette salle sombre et bondée, avant de replonger le public dans un paysage sonore plus sombre, fait d’échantillons vocaux étranges et éthérés superposés à des basses rugueuses et stridentes qui faisaient remonter la tension.

Reprenant son accordéon diatonique, elle a superposé des harmonies étirées à des boucles de cumbia déformées et transposées vers le grave, puisant dans ses racines musicales de Monterrey et rendant hommage à la culture de la danse de rue colombienne, tandis que des images VHS numérisées et granuleuses clignotaient derrière la scène, avant que le morceau ne s’évanouisse lentement dans son passage final solennel, suscitant une chaleureuse salve d’applaudissements de la part du public.

Photo: Nina Gibelin Souchon

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électronique / Océan Indien

MUTEK 2026 | NGL Flounce, Polyrythmie hybride aux mille visages

par Léa Dieghi

Basée à Montréal, l’artiste franco-malgache NGL Flounce présentaiti en première mondiale son projet Embers in Blue, mercredi soir à l’Esplanade Tranquille, dans le contexte d’Expérience 2.  Une proposition fascinante par sa richesse matérielle et la pluralité des influences qu’elle convoque sur scène.

Le voyage débute par une immersion sonore d’une grande poésie : bâtons de pluie, percussions traditionnelles, tambours et lignes de kora s’entrelacent dans des rythmiques panafricaines, venant s’entrechoquer avec des structures empruntées à la musique classique.

Des chœurs enregistrés résonnent en écho en arrière-plan, tandis que la voix de l’artiste vient se poser délicatement sur cette architecture complexe. La polyrythmie du début de performance crée un univers profondément onirique et méditatif. En premier face à son ordinateur, NGL Flounce le délaisse pour prendre son micro, puis pour saisir son violoncelle, jouant en direct par-dessus les boucles sonores qu’elle vient de superposer. Ces quinzaines premières minutes se passent ainsi dans cet univers, nous laissant nous bercer sur la polyrythmie hybride de sa musique. 

Cependant,cette fresque classique et traditionnelle dérive rapidement à la moitié de sa présentation, L’artiste abandonne la contemplation pour plonger dans des sonorités beaucoup plus modernes et urbaines : hip-hop, UK electronic, puis montées techno et accélérations gabber. Sa voix, désormais modulée et portée par un débit proche du rap, vient trancher avec la douceur des premiers instants.

Cette transition brutale fait passer le spectacle d’une méditation ancrée dans les traditions mixtes de l’artiste à un son club agressif et contemporain. Si cette prise de risque est rafraîchissante, la performance gagnerait à consolider son fil conducteur : les ruptures de ton d’un genre à l’autre manquent parfois de liant, et une présence scénique plus affirmée permettrait de mieux lier ces univers si distants. Il n’en demeure pas moins que « Embers in Blue » est un projet hautement prometteur, courageux et d’une rare originalité. 

crédit photo: Frérédique Ménard-Aubin

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glitch / immersif / industriel / UK bass music

MUTEK 2026 | dustbunny, élégance, désir, violence

par Léa Dieghi

Pour la première mondiale de son tout nouveau projet intitulé Sweet, l’artiste montréalais.e dustbunny (originaire de Toronto) a offert mercredi au public de l’Esplanade Tranquille une expérience immersive totale, aussi percutante sur le plan musical que visuel, dans le contexte de la série gratuite Expérience.

En premier, la scénographie : l’artiste est dissimulé.e derrière un bureau recouvert d’un empilement de draps et de couettes aux teintes blanches et colorées, avec pour seul centre de contrôle son ordinateur portable. La musique émerge doucement, progressant par vagues successives tandis qu’une narration enregistrée au dictaphone vient se superposer au son. Si le rythme s’avère plutôt calme au départ, les basses deviennent rapidement plus lourdes, accompagnées de hi-hats ciselés et de drops profonds. 

Progressivement, l’atmosphère se tend pour basculer dans un break industriel et déstructuré, dont la complexité de composition évoque immédiatement l’approche de l’artiste colombien Nick León sur son album Tropical Entropy. Entre la bass et la musique club déconstruite, on sort progressivement des vagues ambiantes des premières minutes. 

Abandonnant son ordinateur, dustbunny s’avance au devant de la scène, micro en main et foulard à pois noué autour du manche. Sa voix modifiée résonne dans l’espace, démultipliée par des jeux d’échos spectraux. Alors qu’une harpe synthétique s’installe en arrière-plan, l’atmosphère devient subitement éthérée. La bass music industrielle cède la place à une glitch-pop céleste, qui se métamorphose à son tour en une hyperpop expressive rappelant les univers d’artistes emblématiques comme Björk ou FKA Twigs.

Son live, il se balance tantôt dans l’éther, tantôt dans le désir brut. La fin du spectacle accélère le rythme en piochant sans complexe dans la culture club, oscillant entre techno, jungle et gabbers, le tout porté par un jeu de scène habité et une esthétique cyberpunk assumée. 

crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin

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ambient / électronique / expérimental / contemporain

MUTEK 2026 | 16:9 Ratio, paysages et textures ambient

par Léa Dieghi

Sous un ciel indulgent s’est déroulée Expérience2, soit  la deuxième soirée du volet gratuit du festival MUTEK. Au cœur du Quartier des Spectacles, soit sur la scène de l’Esplanade Tranquille encadrée par les gratte-ciels du centre-ville, six artistes aux horizons sonores et aux démarches contrastées se sont succédé. Retour détaillé sur des prestations incarnant toute la vitalité et l’éclectisme de la scène électronique émergente. 

Si le nom 16:9 Ratio ne vous dit rien, peut-être connaissez-vous cet artiste sous le pseudonyme de DJ Gneuf, ou sous son véritable nom, Noah Eliott Perkins, membre à part entière du groupe L3ser. Producteur, chanteur et DJ basé à Ottawa, il navigue habituellement entre hardgroove et hyperpop. Mais lorsqu’il revêt la casquette de 16:9 Ratio, c’est un univers parallèle, avec de l’ambient au centre, qui se déploie.

Chargé d’ouvrir le bal de cette Expérience 2 , il a façonné un set entièrement live, armé de son armada de synthétiseurs et de modules électroniques. Sa performance d’une heure s’est construite comme une véritable traversée narrative, guidant l’auditeur à travers une succession de paysages sonores en constante mutation, naviguant entre ambient, textures glitch et dreamy pop déconstruite. 

L’un des éléments les plus frappants de sa prestation réside dans le traitement de la voix. Altérée par des filtres aux effets aquatiques, étouffés et légèrement sous-marins, elle injecte une profonde mélancolie à l’ensemble. Les paroles, délibérément rendues inaudibles par un travail d’auto-tune poussé, rappellent la sensibilité hyperpop de ses autres projets. 

En arrière-plan, des nappes envoûtantes de drones et des enregistrements sur le terrain (field recordings) tournent en boucle, créant un espace audio extrêmement texturé. Ce mixage minutieux nous plonge dans une sorte d’hyper-méta-réalité où l’on passe d’un environnement ambient glitché à une pop lumineuse, pour glisser doucement vers des tonalités beaucoup plus sombres et introspectives. Une création électroacoustique hautement innovante qui place 16:9 Ratio parmi les noms à suivre de très près de la scène ambient.

crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin

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électroacoustique / électronique / expérimental / contemporain / industriel / techno minimale

MUTEK 2026 | Herbert à Nocturne 1: banques alimentaires, banques de son… indignation

par Alain Brunet

Dans les pays occidentaux, le traitement réservé aux plus pauvres citoyens, en règle ou sans papiers, est devenu une véritable honte. Le Royaume-Uni et le Canada ne font pas exception à ce déclin tragique de l’empathie, du partage, de la décence sociale. Comptez sur Matthew Herbert pour vous le mettre sur le nez… et vous l’enfoncer dans les pavillons auditifs.

L’activisme du musicien anglais est connu, son nouveau projet ne l’était pas de ce côté de l’Atlantique jusqu’au dévoilement de la programmation de MUTEK 2026 : The UK Has More Food Banks Than Branches of McDonald’s, dont la première nord-américaine était prévue à la SAT, soit au premier soir de la série Nocturne qui s’échelonne jusqu’à dimanche.

D’une durée d’environ une heure, les thèmes abordés se sont succédé au gré d’une charpente construite sur un martèlement tout simple, sorte de kick drum filtré, évocation post-industrielle de tempo lent ou moyen.

Le recyclage sonore des pires existences humaines dans nos sociétés riches est au centre du concept. En temps réel, Matthew Herbert use ainsi de ses nombreuses astuces pour illustrer son propos à l’aide d’un équipement relativement simple – échantillonneur Akai 612, échantillonneur fait sur mesure pour lui  par la firme Fieldtone, synthé à bandoulière, Ableton, objets sonores utilisés en temps réel, on en passe.

La grosse caisse électronique est progressivement infiltrée d’autres éléments percussifs,mais surtout d’une multitude de fragments sonores dont on tire parfois des éléments mélodiques  Ce florilège de sons est enregistré à partir des éléments répertoriés dans les banques alimentaires destinés à celles et ceux qui ont faim.

Entre la marche militaire, la fête tribale ou  le rituel païen, cette trame percussive est le socle d’une montée dramatique de plus en plus chargée de sons inédits. Bruits de pâtes alimentaires, fruits, légumes, viandes ou poisson en conserve, serviettes sanitaires, tampons et autres rouleaux de papier de toilette produisent tour à tour des sons filtrés, plus ou moins identifiables dans ce  parcours fascinant.

Le rythme ralentit ou s’accélère, la marche devient danse, peu à peu l’austérité rythmique fait place à une plénitude musicale, sorte de techno organique, chargée d’ornements brillamment ciselés. On s’approche alors d’un concert de percussions impliquant des superpositions rythmiques et aussi une grande diversité électroacoustique, à la mesure de l’imagination débordante de notre protagoniste anglais.

La posture critique de Matthew Herbert s’exprime ici par une succession de thèmes parmi lesquels on peut lire notamment « pasta is not a luxury », « tinned vegetables shouldn’t be unaffordable in rich countries », « tinned meat and fish are urgently needed », « there are people in the UK who can’t afford toilet roll » , « tampons and pads should be free », le tout se concluant par un finale  : « Canada has more food banks than branches of McDonald’s ».

Tenez-vous le pour dit.

Achetez l’album de Herbert à venir (en octobre) dont une part des profits sera versée aux banques alimentaire. Combattez du même élan  la pauvreté, l’itinérance, les carences alimentaires de nos concitoyens les plus démunis. Retrouvez l’empathie!

Photo ci-dessous: Nina Gibelin Souchon

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