garage punk / punk hardcore / rock n' roll

La Noce 2026 | Enfants Sauvages éclairs chauds chauds

par Florence Cantin

Jeudi soir à la Noce, on s’est dirigés vers la scène Télé-Québec pour Enfants Sauvages. Rox Arcand débarque et se met à nous crinquer contre le matricule 728. Des danseuses montent sur scène pour faire des fingers au ciel, comme si la policière destituée était montée en enfer. Puis, comme un cheveu épais sur la soupe, un gars l’arrête dans son élan pour lui demander d’arrêter. Peu de protestations malgré la déception : si plusieurs en profitent pour se ravitailler en bière, beaucoup décident juste d’aller se coucher. Des éclairs silencieux et bien chauds forcent le groupe à se retirer.

Après ce qui m’a paru comme une trentaine de minutes, et un gars de la Baie qui me raconte son voyage en Italie, ça repart. Voir Enfants Sauvages en show, c’est une valeur sûre. Je me suis rappelée l’avoir vue à Casa Del Popolo avec Cornette et les petits trous de balle il y a quelques années. Un gars parlait un peu trop fort. Elle était descendue de la scène et l’avait chassé de la salle en lui criant ses chansons dans la face. Il avait eu peur pour de vrai. J’étais convaincue qu’elle lui cracherait dessus. Rox Arcand donne l’impression d’être dangereuse. C’est bien charmant lorsqu’on est de son bord.

Ils ont le temps de faire quelque chose comme trois tounes, en mode accéléré. Les stunts s’enchaînent : la chanteuse commande un mosh pit de filles. Certains qui essaient de s’y incruster se font violemment bardasser, pousser et kicker par les filles opportunistes qui en profitent pour se défouler. C’est sûr que c’est ben d’adon, comme dirait mon amie jonquiéroise Audrey. La foule et le band semblent s’être mis d’accord: le temps perdu sera racheté. 

Il se passe tellement de choses que je ne sais pas où regarder. Les deux basses ajoutent de la dimension au noise des guitares distordues. L’air est saturé de son. La voix est perçante ; on sent Rox Arcand amère d’avoir dû laisser passer quelques gouttes de pluie. Elle nous tend la main dans un geste que je croyais être une poignée de main. C’était plus un ancrage pour se lancer à l’avant en bodysurfing dans la foule clairsemée, les danseuses se frenchent éperdument, et c’est fini. Pas grand band peuvent faire un show de 45 minutes condensé en 15.

Photo: Samuel Snow (@photographie_samuel_snow)

jazz contemporain

FIJM 2026 | McBride / Lage, quelle façon de conclure le FIJM !

par Vitta Morales

Tout ce que je peux dire, c’est : quel duo ! Et quelle belle façon de clôturer le FIJM ! D’après ce que j’ai pu constater, Julian Lage et Christian McBride n’ont pas beaucoup joué ensemble dans un cadre officiel ; (un article que j’ai trouvé, datant de 2023, suggère qu’ils ont improvisé ensemble une fois sur un bateau de croisière), mais nous pouvons nous réjouir que les deux musiciens vivent apparemment désormais dans le même quartier du New Jersey, ce qui rend cette collaboration peut-être plus probable à l’avenir.

Jouer en duo représente forcément une plus grande exposition des interprètes, où le regard du public est plus intense, où l’interaction devient primordiale, où le répertoire est mis à l’épreuve et où l’endurance est essentielle. Mais les deux musiciens ont joué comme si de rien n’était, bien sûr. Lage et McBride possèdent une telle maîtrise technique et un tel sens musical qu’ils savaient intuitivement quand laisser respirer un moment, quand faire monter l’intensité, et quand faire jaillir des rafales de triolets ou harmoniser leurs mélodies avec des doubles cordes tout en glissant le long du manche de leurs instruments.

En vérité, c’était presque comme si nous observions deux copains jouant pour leur propre plaisir. Tout en désignant la setlist, l’un demandait souvent à l’autre : « Tu veux jouer celle-là, ou celle-ci ? » Les deux musiciens faisaient également preuve d’un excellent sens du comique lorsqu’ils s’adressaient l’un à l’autre ou au public, tout en enchaînant des compositions de Monk, Wayne Shorter, Ellington, Coltrane, et même des morceaux originaux de Lage. « D’accord, on va jouer celle-là, mais c’est toi qui fais l’intro », a répondu Lage à un moment donné du concert.

À la fin de la soirée, le Festival a remis à McBride le prix Miles Davis, destiné à honorer un artiste de jazz de renommée internationale et sa contribution à l’évolution du genre. Je n’ose imaginer la taille que doit avoir son armoire à trophées à présent (je pense notamment aux onze Grammys qu’il a remportés), mais je ne vois personne qui le mérite davantage. Je suis sûr qu’il trouvera de la place pour cette nouvelle statuette.

Photo by Victor Diaz-Lamich

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néoclassique

FIJM 2026 | Se pâmer pour Pamart

par Alain Brunet

Vraisemblablement, Sofiane Pamart est un des pianistes les plus écoutés sur Terre, votre IA le circonscrit d’ores et déjà parmi les grands pianiste français. Parti de France, le musicien vit aujourd’hui à Los Angeles et mène une carrière palpitante, porté aux nues partout où il s’amène.

Encore récemment, j’ai entendu et visionné des ITVs où on le présente et on l’aborde comme un artiste d’exception, nouveau champion universel de l’intégration des genres – classique et hip-hop, pour ne nommer que ces styles dans lesquels il puise. Vous vous imaginez bien que son public montréalais avait acheté toutes les places de la Maison symphonique pour ainsi boire ses notes une à une, entre les ovations, les cris d’admiration et les rappels à répétition.

J’ai déjà témoigné du méga phénomène Sofiane Pamart à son passage précédent au FIJM. J’ai déjà commenté ses enregistrements, je vais m’exécuter une dernière fois avant de me taire définitivement.

Il compose de jolie choses. Côté classique, le romantisme pianistique l’emporte largement chez lui, à commencer par l’empreinte de Chopin. On sait que ce parti-pris pour le piano romantique est observable chez la plupart des vedettes néoclassiques, Sofiane Parmart n’y fait pas exception.

Qui plus est, le jeune homme est une nouvelle vedette de la diversité culturelle, ce qui lui confère une caution spéciale, s’étant démarqué pour ses liens esthétiques avec le monde du hip-hop/R&B français. Interprète et compositeur, il s’est ainsi forgé une carrière de soliste avec le succès de masse obtenu par ses enregistrements.

Ses fans proviennent généralement de sa génération, ils/elles vibrent à chacune de ses offrandes – beaucoup plus romantiques que groovy, en fait. Toustes communiquent en temps réel avec le pianiste: en criant ou en tapant des mains, ils répondent aux accords plaqués, trilles ou autres figures proposées par leur héros, entre deux exécutions.

Force est d’admettre que Sofiane Pamart communie avec son auditoire, rien n’indique que ça pourrait s’arrêter.

Ainsi donc, un pianiste de niveau correct, sans plus, compose une pop instrumentale aux contours classiques, une pop très mélodique, très tonale, plutôt simple, plutôt conformiste, musiques que des milliers de pianistes pourraient aussi bien exécuter que leur concepteur. Rien à voir avec la haute virtuosité, rien à voir avec la composition visionnaire, toute prise de tête est évidemment exclue. On combine joliment ces évidences adaptée aux goûts d’un public de masse prêt à essayer autre chose que le hip-hop, le R&B ou la pop et … on devient une star planétaire au terme d’un tempête parfaite dont il faut absolument bénéficier pour être propulsé si haut.

Et on présente alors un récital dans une Maison symphonique pleine à craquer de fans finis, à la manière des Yuja Wang, Bruce Liu, Marc-André Hamelin, Jean-Yves Thibaudet, Evgeny Kissin, Daniil Trifonov, Martha Argerich, Herbie Hancock, Hiromi Uehara, Brian Marsella, Eldar Djangirov, Hélène Grimaux, Alexander Malofeev, Lucas Debargue, Sergeï Babayan, Charles Richard Hamelin, Cameron Graves, Robert Glasper et autres authentiques supravirtuoses des ivoires.

Chaque fois qu’il se produit, le phénomène de l’acsension pop demeure fascinant… pour ce qu’il est et non pour l’oeuvre qui en ressort.

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jazz / jazz contemporain / jazz groove

FIJM 2026 | Chez Kassa Overall, pas de frontière entre jazz et hip-hop

par Harry Skinner

À l’heure actuelle, il n’est pas particulièrement controversé d’affirmer que le jazz et le hip-hop sont intrinsèquement liés ; beaucoup les considèrent comme deux dialectes distincts d’une même langue, dont les frontières sont floues. Des artistes comme Kassa Overall peuvent toutefois nous amener à nous demander s’il existe réellement une frontière entre ces genres. Jeudi soir, après que de fortes pluies se sont enfin calmées, lui et son groupe ont honoré de leur présence la scène du Pub Molson, heureusement abritée.

Le groove du morceau d’ouverture, Ready To Ball d’Overall, s’est progressivement dégagé d’un tapis de vagues sonores décalées jouées par le groupe, tandis que le leader élargissait le paysage sonore à l’aide d’effets électroniques. La manière dont le groupe a interprété ce morceau a clairement démontré l’homogénéité avec laquelle ses membres abordent le jazz et le hip-hop : d’un instant à l’autre, on entendait des sons électroniques et une section rythmique en direct ; un backbeat ferme et un accompagnement de piano épuré ; du rap et un swing au tempo soutenu, sans qu’aucun moment ne semble déplacé.

Overall a décrit chaque membre de son groupe comme étant « peut-être » le meilleur au monde à son instrument, et au vu de la complicité musicale qui se dégageait sur scène, il est évident qu’il ne disait pas cela par simple politesse. Le pianiste Matt Wong adhère clairement à la philosophie d’Overall, comme l’illustre son excellent solo sur Check the Rhime de A Tribe Called Quest, qui développait avec brio le motif mélodique issu de l’échantillon d’Average White Band. La complicité rythmique qui lie Overall au percussionniste Bendji Allonce et au bassiste Giulio Xavier ne pourrait guère être plus serrée, même s’ils étaient quantifiés dans une station de travail audio numérique (DAW). En tant qu’ensemble, le groupe a joué avec une grande intensité, l’un des moments forts du concert étant un solo fulgurant du saxophoniste ténor Isaiah Collier.

Ce qui distingue Kassa Overall des autres artistes mêlant jazz et hip-hop, c’est le niveau d’authenticité avec lequel il aborde cette fusion. Lorsqu’il propose une interprétation jazz modale de Rebirth of Slick (Cool Like Dat) des Digable Planets et qu’il fait progressivement passer le groove d’un swing rapide à un backbeat sans que l’on remarque le changement, c’est parce qu’il ressent véritablement le lien entre ces deux grooves. Quand il interprète Check the Rhime, c’est avec la même aisance et le même respect que s’il jouait un standard de jazz comme Passion Dance de McCoy Tyner – ce qui, d’ailleurs, correspond exactement à la direction prise par le morceau des Tribe. Il a véritablement un pied fermement ancré dans chaque univers et ne laisse jamais complètement l’un ou l’autre de côté. Il finit ainsi par créer un troisième univers qui lui est entièrement propre.

Crédit photo: Productions Novak

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FIJM 2026 | Domi & JD Beck: vibratoire, énergique, virtuose

par Vitta Morales

On peut dire sans se tromper que nous avons été gâtés en matière de concerts gratuits au Jazz Fest de cette année. Alors que chez PAN M, nous étions encore en train d’organiser notre couverture, j’ai d’ailleurs été surpris de découvrir combien d’artistes que je souhaitais voir cette année se produisaient gratuitement, notamment le duo élégant et dynamique formé par Domi et JD Beck. Et comme j’avais manqué la première venue de ce duo dynamique il y a trois ans, je ne voulais surtout pas les rater cette fois-ci.

Jeudi soir à 22 h 30, la scène Rogers semblait vide, à l’exception de l’installation du duo composée de claviers empilés et d’une batterie (avec une chaise en métal suspendue à la place d’une cymbale ride) ; ces installations se faisaient face au milieu de la scène. Soudain, une bande-son orchestrale s’est mise à jouer, faisant presque office de musique d’entrée. Les deux musiciens sont finalement apparus et il semblait que cette bande-son allait constituer un pilier du set, les deux artistes jouant sur les mélodies préprogrammées, tantôt en solo par-dessus, tantôt en accompagnement, tantôt pour les accentuer, tantôt en contrepoint.

Le duo a fait la démonstration de son talent pendant une grande partie du concert (j’aurais été déçu s’ils ne l’avaient pas fait), Beck jouant des notes partielles en triolets de la main gauche sur sa batterie ou se lançant dans des improvisations de style drum and bass en doubles croches, tandis que Domi se lançait dans des solos avec des sons de clavier parfois très fantaisistes, notamment des sons rappelant une flûte MIDI, un piano jouet, des cordes pincées et bien d’autres encore.

À mi-parcours du concert, Beck a expliqué que ces interludes orchestraux et ces pistes d’accompagnement correspondaient à des morceaux tirés de leur nouvel album, qui n’était pas encore sorti au moment où j’écris ces lignes. Il a déclaré, mi-sérieux mi-plaisant, que ces interludes servaient à reprendre leur souffle, avant d’ajouter simplement : « On essaie des trucs. »

Et c’est ainsi que s’est déroulée la majeure partie du concert. Pour ma part, j’ai énormément apprécié leur talent musical, mais pas le son de la batterie de Beck, notamment sa caisse claire fine comme du papier, qui était noyée par le déclencheur MIDI de sa grosse caisse produisant, pour autant que je puisse en juger, des notes de basse profondes. Un autre de mes reproches concernait la variété compositionnelle des morceaux ; ne me demandez pas de vous chanter un passage précis de l’un d’entre eux, car au bout d’une heure, ils étaient devenus indiscernables dans ma tête. En d’autres termes, au risque de passer pour un profane en jazz, tout cela sonnait un peu pareil. Cela dit, leur prochain album s’intitule Who Asked ?, alors peut-être que cela leur importe peu.

Ce n’est qu’à la toute fin, lors des deux dernières chansons du set en fait, que le duo a abandonné les pistes d’accompagnement pour commencer à jouer l’un avec l’autre, et l’un pour l’autre. La complicité entre eux était bien plus forte lorsqu’ils n’avaient pas à tenir compte d’un troisième membre du groupe, immuable et indifférent, sous la forme d’un enregistrement préenregistré. C’est là que j’ai pu entrevoir l’ambiance, l’énergie et le talent musical qui ont propulsé la carrière du duo en 2022 et leur ont valu des éloges bien mérités.

Crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin

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jazz

FIJM 2026 | Anamaria Oramas fait rayonner un jazz colombien authentique

par Michel Labrecque

En retrait de la foule imposante qui s’acheminait vers le concert de Patrick Watson, les spectateurs qui avaient choisi le Pub Molson ont eu droit, tout au long de la soirée, à des moments de musiques latines variées et généreux.

Suivez-moi et vous allez comprendre que « toutte est dans toutte », comme disait le poète Raoul Duguay. À 19 heures, la trompettiste québécoise Rachel Therrien nous présentait son spectacle de jazz latin; au beau milieu, elle nous présente sa « grande amie »de Colombie, Anamaria Oramas. Les deux femmes s’embarquent dans un dialogue flûte et flugelhorn plutôt inspirant.

Une fois le spectacle terminé, je me dirige vers la rue Ste-Catherine, où Hilario Duran s’apprête à livrer une performance de piano solo, en plein milieu de la rue. Cubain d’origine, Duran habite à Toronto depuis deux décennies. Est-il le meilleur pianiste vivant au Canada en ce moment? La question mérite d’être posée. Une performance en solo magnifique, un moment de grâce, seulement gâté par la présence trop omniprésente d’un haut parleur qui diffusait une musique totalement différente, trop proche.

De retour au Pub Molson à 21 heures, c’était au tour de la flûtiste colombienne, Anamaria Oramas, d’entrer en scène. C’était sa première présence au FIJM, nous a-t-elle dit dans un français teinté d’espagnol, mais au bout de cinq minutes, elle avait gagné un public, quand même assez nombreux.

La flûtiste, qui joue de la flûte traversière mais aussi de la gaita typiquement colombienne et de la gauta, une sorte de mélange des deux instruments, nous a rapidement fait comprendre que sa musique était un jazz percussion qui englobe toutes les influences musicales colombiennes. Et ça fonctionnait très bien.

Flanquée d’un excellent trio, batterie, contrebasse et guitare électrique, Anamaria nous a livré une musique originale, vivante, qu’elle a présenté comme une forme de résistance et de liberté.

Son pays, la Colombie a remporté son match de soccer contre le Ghana, en même temps qu’elle jouait à Montréal. Par contre, il vient d’élire un émule de Donald Trump comme nouveau président.

Ce qui me pose toujours le dilemme de l’Amérique latine et du sud: comment la musique et la culture peuvent être si audacieuses alors que ces pays sont si accablés par les problèmes d’inégalités et de corruption?

Au beau milieu de son concert, la colombienne a invité son amie québécoise, Rachel Therrien, à venir performer avec elle. Rebelotte. Elle nous a appris que les deux femmes ont fait leurs études universitaires musicales ensemble, à Cuba, il y a 20 ans.

Il ne manquait que la présence de Hilario Duran sur scène pour compléter le tour du chapeau latino.

C’était une soirée qui a semblé combler les amateurs de musiques innovantes. Incluant celui qui vous livre ce texte.

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jazz

FIJM 2026 | L’art du trio parfait chez Upstairs avec Billy Childs

par Frédéric Cardin

Le pianiste Billy Childs n’est peut-être pas une super vedette du piano jazz, comme Brad Mehldau, Robert Glasper ou Vijay Iyer, mais il trace un chemin personnel de très haute tenue depuis une quarantaine d’années et sait offrir aux mélomanes des soirées de jazz exceptionnelles. C’est exactement ce qui est arrivé vendredi soir au club Upstairs, qui a eu la main heureuse en l’accueillant pour la première de deux soirées (quatre sets, donc) qui resteront dans les mémoires. Si vous lisez ce texte en ce petit samedi matin, sachez qu’il vous reste peut-être quelques rares places pour ce soir. Peut-être. 

Childs a lancé son programme avec 34 Skidoo de Bill Evans. Le message passe : il y aura un bonne énergie, sans esbroufe mais avec beaucoup de classe. Childs est un marathonien du clavier : il maintient le rythme sans se presser, il ose parfois quelques déviations, mais le focus général est inébranlable, assuré, logique, et surtout inspiré. Il est avec deux pointures, géantes, de la section rythmique : Matt penman à la contrebasse et Ari Hoenig à la batterie. Ces deux garçons encadrent finement le discours du leader, mais pas que. Ils font intrinsèquement partie de la discussion, sortent souvent du squelette pulsatif pour jaser plus librement. Cela dit, jamais on ne perd le fil. Une symbiose étroite et intime. 

Childs introduit ensuite une de ses compos, Tight Rope, puis une autre, Like Father, Like Son, hommage au paternel. L’une des premières pièces de Childs, sortie sur l’album Twilight Is Upon Us en 1989. Excitantes envolées hard bop sur coussin rythmique solide mais subtilement ondoyant. Suit un classique de Dexter Gordon, autre géant du Hard Bop. 

Entre les pièces, Childs nous présente succinctement les pièces, sans fla fla, mais parfois avec une anecdote, une réflexion. Surtout, avec classe, réserve et authenticité. Dans l’atmosphère feutrée, bondée d’oreilles attentives, de Upstairs, c’est une expérience de jazz d’un grand niveau de classicisme, et d’intelligence, que nous vivons ensemble. Upstairs est l’un des meilleurs clubs en Amérique du Nord, peut-être dans le monde. En voici la preuve.

Le set se termine (officiellement) sur New World Disorder, un commentaire engagé remontant à l’époque du président étatsunien Bush père, mais qui s’applique avec encore plus d’acuité en 2026. Les accords piquants, la pulsation disjointe apportent une dose de modernité peu entendue jusque là. Une curieuse façon de terminer un concert. Ce que le ‘’rappel’’ (Whisper Not de Benny Golson, un standard bienfaisant) a corrigé rapidement. 

Les musicophiles et autres curieux-curieuses présents chez Upstairs ont eu de la chance : on a peu entendu Childs en format trio ces dernières années. La sortie récente de l’album Triumvirate d’ailleurs est un retour à la forme après une trentaine d’années d’éloignement! Encore une fois, les trois maîtres seront encore sur place ce soir, samedi 4 juillet. 

Dépêchez-vous d’appeler Joel (Giberovitch, le proprio de Upstairs) pour espérer avoir une place (s’il en reste, franchement je ne suis pas certain). 

INFOS ET BILLETS

FIJM 2026 | Un moment Kind of Blue

par Michel Labrecque

En cette veille du 250e anniversaire des États-Unis, ou, si vous préférez, États-Divisés, le Gésu célébrait le centième anniversaire de la naissance du mythique trompettiste Miles Davis, en reprenant son album de 1959, le tout aussi mythique Kind Of Blue, qui a transformé en profondeur le jazz de cette époque. 

Le trompettiste montréalais Ron Di Lauro a conçu ce projet en 2010 et le ressuscite à l’occasion depuis. Puisqu’on parle de jazz et d’improvisation, ce projet n’est jamais exactement semblable quand il renaît. 

Pas évident pour ce sextet de musiciens montréalais d’incarner Miles, John Coltrane et Cannonball Adderley au saxo, Bill Evans au piano, Paul Chambers à la basse, Mike de Masi à la contrebasse et Jimmy Cobb à la batterie. Et pourtant c’est possible, comme il l’a démontré avec conviction. 

Le Gésu était largement rempli, de têtes à majorité blanches ou poivre et sel, en pleine forme pour un concert qui commençait 22 heures 30. Beaucoup de fans inconditionnels du Miles Davis de cette époque et parfois, quelques plus jeunes, bien éduqués par leurs parents ou profs de musique. 

La recette Di Laurienne de cette réincarnation: certes, on joue un classique, on respecte sa forme, mais quand vient le temps des solos, de la magique improvisation, on reste soi-même et, en cela, on donne un nouveau souffle à la musique. 

Yannick Rieu et Jean-Pierre Zanella assuraient les saxos ténor et alto, un plus voluptueux l’autre plus nerveux et virtuose. On les reconnaissait. Taurey Butler, l’américain devenu montréalais, s’est passablement distancé de Bill Evans dans des solos beaucoup plus longs. And why not? 

Martin Auguste à la batterie assurait la rythmique avec subtilité et le contrebassiste, dont j’oublie le nom, y est allé de solos plus innovants que son prédécesseur sur Kind of Blue. Nous sommes quand même 63 ans plus tard et il faut que nous le sentions. 

Et Ron Di Lauro était Ron Di Lauro. L’ancien professeur d’université connaît sa trompette et sait utiliser la sourdine pour résonner comme Miles.  Tout en s’assumant dans les solos. Un mélange de respect et de renouvellement. 

J’ai passé un très bon moment. À en juger par la force des applaudissements, un moment au rappel, je n’étais pas le seul. 

Salut Miles et salut à ces musiciens montréalais qui nous l’ont réincarné!

Photo Frédérique Ménard-Aubin

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jazz

FIJM 2026 | Musique pour un ascenseur bondé

par Frédéric Cardin

Jeudi soir au Gesù était donné un ciné-concert comme aucun autre. Ascenseur pour l’échafaud, film de Louis Malle sorti en 1958 et dont la trame sonore presque entièrement improvisée de Miles Davis a autant contribué au succès et à la renommée du film que la qualité de la réalisation de Malle lui-même. Il fallait donc se poser la question suivante : doit-on rejouer note pour note une partition originellement créée spontanément, trahissant ainsi son esprit premier, ou droit-on plutôt rendre hommage à cet esprit en improvisant de nouveau, quitte à briser les repères solidement enracinés dans la tête des cinéphiles?

À ce dilemme, le trompettiste Rémi Cormier a clairement choisi son camp en favorisant la deuxième solution. Le Montréalais, déjà à l’aise dans le style groove nocturne et urbain de la musique d’origine (écoutez sa musique sur Bandcamp), y est allé d’ambiances parfois feutrées, parfois plus dynamiques, propulsives (pour les scènes en voiture, par exemple). Musicalement parlant, Cormier tisse une toile assez veloutée, avec d’occasionnelles saillies dissonantes ou grinçantes. Un tableau de couleurs chaudes, tamisées. Ses collègues Théo Abellard au piano, Levi Dover à la basse, Louis-Vincent Hamel à la batterie et Nick Di Giovanni à la guitare jouent le jeu et insèrent leurs propres interventions dans le cadre assez droit des émotions et atmosphères suggérées. En termes d’hommage à la musique de Miles, c’est efficace et très séduisant. On notera des passages déséquilibrés au niveau du volume de la musique face à celui du film et des dialogues. Le genre de chose qui se peaufine avec le temps.

Voilà pour l’aspect purement musical et technique de la relation de la musique avec le film. C’est au niveau de son lien dramatique et émotionnel avec les images que l’on se demande parfois ce qui aurait dû être fait différemment. Plusieurs scènes silencieuses à l’origine (il y en a pas mal, étant donné qu’il n’y avait qu’environ 20 minutes de musique, sur 1h30 de film, dans le montage final, je vous le rappelle!) semblent ici surchargées, comme tapissées un peu trop abondamment de ‘’mood’’ et d’ambiance. Nonobstant la qualité de la partition improvisée par le quintette de Rémi Cormier, on ne peut faire abstraction de la relation symbiotique avec les images. 

Dans le film de 1958, Malle avait délibérément choisi de restreindre les interventions musicales à quelques moments choisis. Il y avait une raison à cela. L’effet dramatique, l’expression communicative et émotionnelle de la psyché des personnages, tout cela était distillé parcimonieusement, et surtout équilibré entre la vitalité ‘’naturelle’’ du jeu d’acteurs et la prestation ‘’commentée’’ par la trame sonore. Dans le film, tel qu’on le verra sur n’importe quel site de streaming, l’arrivée de la musique marque chaque fois un moment important, une sortie de l’espace cru de l’histoire, un mouvement de recul pour mieux embrasser une perspective plus large des émotions et de l’intériorité des protagonistes. 

Dans la version présentée au Gesù, cet équilibre est brisé par la présence, presque mur à mur, paroi à paroi, de la musique qui couvre tout. On est un peu inondés, dans un ascenseur clos, et les repères s’effritent. Même si la compo de Rémi Cormier est très bonne, elle est largement surutilisée. Je me suis fait la remarque, plusieurs fois, que j’aimerais que ce fut un simple concert plutôt qu’un ciné-concert.

Un exemple probant : la scène où Florence (Jeanne Moreau) sort du café, après avoir demandé au barman s’il avait vu Julien (coincé dans l’ascenseur). Le sentiment de solitude de celle-ci, baigné dans l’urbanité nocturne, est magnifié par l’apparition de la trompette et de sa mélodie lancinante, doucement coussinée par le reste du quintette. Après presque trente minutes sans musique, la force tranquille de ce moment est marquante. Hier soir, elle était entièrement effacée par la présence incessante, depuis les premiers instants du film, de la trame sonore. Une apparition à l’origine significative désormais délestée de tout intérêt particulier.

Je ne dis pas qu’il aurait fallu rejouer la musique note pour note non plus. L’argument de Cormier me semble très juste : Miles n’aurait jamais fait cela. Mais il me semble que l’esprit de cette musique ne réside pas uniquement dans son style et ses sonorités, mais aussi dans sa place dans le déroulement narratif et dramatique. Autrement dit, moins de notes et plus de silences auraient également dû faire partie de l’analyse du caractère de cette musique. 

Même si on devra revoir le dosage, le concept, audacieux, et la belle partition, sont menés avec une implication authentique et pleinement réussie.

Quelle sera votre intention première en allant à ce concert : écouter de la bonne musique inspirée par Miles Davis, ou faire l’expérience d’une relation très spéciale entre images et sons? La réponse influencera certainement votre degré de satisfaction.

jazz

FIJM 2026 | Le chant nocturne du trombone de Kalia Vandever

par Frédéric Cardin

Au Pub Molson sur l’Esplanade Tranquille, nous étions assez nombreux mercredi soir pour goûter la musique de Kalia Vandever, nouvelle voix du trombone, dont vous pouvez par ailleurs explorer les réflexions plus conséquemment en lisant l’entrevue que j’ai réalisée avec iel.

LISEZ L’ENTREVUE AVEC KALIA VANDEVER

L’artiste basée à New York (Brooklyn) manipule sont instrument d’une manière différente de ses collègues du jazz habituel. Ne pensez pas à Trombone Shorty, Steve Turre, Wycliffe Gordon, etc. Vandever ne prend pas tellement de plaisir à distribuer des bouquets de notes en feux d’artifice virtuoses. Ce sont les longues et patientes lignes mélodiques, autant de coussins pour des impros élégantes, qui l’inspirent. 

Vandever crée des atmosphères, qui oscillent entre l’ambient et le groove rock-chambriste hérité de la précédente génération (E.S.T.), adoubé par l’actuelle (Bad Plus). Iel est appuyé solidement par ses collègues sur scène dans le déploiement de structures horizontales bien charpentées. Le squelette rythmique est bien tenu par Kayvon Gordon (batterie) et Kanoa Mendenhall (contrebasse), les mêmes que sur l’album Another View (sorti en 2025) et qui constitue l’essentiel de la prestation. À la guitare, seule incartade au line up du disque, Gregory Uhlmann sait y faire. Bien que Mary Halvorsen soit inimitable dans ses créations timbrales inusitées, Uhlmann tire tout de même son épingle du jeu. Il sait colorer le discours et même générer des espaces sonores étonnants. Il nous surprend à imiter un saxophone dans un passage bluffant. 

Une prestation qui laisse un agréable souvenir, comme un moment moelleux de mood nocturne et groovy dans une fin de soirée moite et légèrement pluvieuse. 

On a beaucoup aimé. 

americana / jazz

FIJM 2026 | BEATrio: un déluge de notes bienveillantes

par Michel Labrecque

« Nous sommes le groupe de jazz le plus bizarre de la planète », a déclaré le batteur Antonio Sanchez, sur la scène d’un Théâtre Maisonneuve très plein un 1er juillet, pour parler de lui et de ses deux complices, Edmar Castañeda et Bela Fleck. Un banjo, une harpe colombienne et une batterie, c’est effectivement un peu weird.

J’ai déjà énoncé tout le bien que je pense de ce groupe, choisissant leur album unique dans mes cinq coups de cœur de 2025 pour PAN M 360. Après un concert de près de deux heures, je suis sorti ébloui, comme la majorité des spectateurs. 

D’autant plus que le Mexicain Antonio Sanchez nous a dit: « s’il vous plaît, ne devenez pas le cinquante et unième état des Etats-Unis, vous méritez mieux », sous un tonnerre d’applaudissements. 

Ce trio improbable illustre l’ouverture musicale et la musique américaine à son meilleur. Entendez ici Amérique comme territoire qui va de la terre de Baffin au sud de l’Argentine. Un Colombien, un Mexicain et un New-yorkais qui se sont rencontrés à New-York, où ils ont tous vécu.

Nous avons affaire à trois virtuoses de leur instrument, ouverts à des tas de styles. Bela Fleck a joué du Bach au banjo, a improvisé avec le grand pianiste de jazz Chick Corea, a joué avec des musiciens indiens et africains, en plus de faire des albums de bluegrass avec son épouse, Abigail Washington. 

Antonio Sanchez a joué plusieurs années avec le guitariste Pat Metheny et vient de participer au Trio Elipsis, en compagnie du Cubain Pedrito Sanchez et du multi-instrumentiste Michael League, qui dirige plusieurs groupes, dont Snarky Puppy. 

Et Edmar Castañeda a joué sa harpe latino américaine avec des tas d’artistes, de la mexicaine Lila Downs à la piniaste japonaise Hiromi. 

En ce 1er juillet, Edmar Castañeda semblait particulièrement en forme. Je vous avoue: parfois, je m’inquiétais pour sa harpe Llanera, plus petite que la harpe occidentale et au son très particulier. Il la triturait, la frappait, l’étirait pour faire sonner les cordes différemment, mais toujours avec un immense sourire. Cet instrument est parfois réverbéré par des pédales d’effets. C’était particulièrement la cas sur Whisper of Resilience, un morceau qu’il a composé à un moment où sa vie allait mal, une composition qui nous fait pénétrer des des états d’âmes différents, du malheur à l’espoir. Un grand moment. 

Bela Fleck nous a démontré tout ce qu’on peut arriver à faire avec un banjo, en reprenant la pièce orchestrale de George Gershwin, Rhapsody In Blue, à laquelle il a consacré un album en 2024, pour souligner son centième anniversaire. On entend une complexité d’harmonies et d’accords étonnants. 

Sur sa batterie, Antonio Sanchez peut taper très fort, pour ensuite gratter sa cymbale pour en faire sortir des sons étranges. Ou jouer en subtilité.

Toutefois, au-delà des énormes capacités musicales de chacun, ce qui émerge avant tout est la connivence et la synergie entre les trois. Le banjo et la harpe se fondent, les percussions également. 

« Nous sommes un groupe démocratique et nous n’aimons pas les discours autoritaires », a dit Antonio Sanchez. Il n’a pas nommé le président américain, mais nous avons tous compris. 

Le BEATrio-ce nom vient des initiales des prénoms de chacun, incarne les États-Unis de l’ouverture à l’immigration, à la diversité, à l’imagination. Tout le contraire de ce que prône l’homme dont nous nous abstiendrons de prononcer le nom.

Photo: Victor Diaz Lamich

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jazz contemporain / jazz groove / jazz modal / jazz moderne

FIJM 2026 | Kind of Blue et A Love Supreme au même programme… A Supreme Blue… Quel est le rapport ?

par Alain Brunet

Parmi les programmes commémoratifs des centenaires de Miles Davis et de John Coltrane,  il y avait le mashup Supreme Blue présenté en fin de soirée le lundi 29 juin, soit la relecture combinée des albums cultes Kind of Blue (Miles) et A Love Supreme (Trane) par le trompettiste Nicholas Payton et la formation groove jazz  Butcher Brown, originaire de Virginie – Marcus Tenney (saxophone), Morgan Burrs (guitare), Corey Fonville (percussion), Andrew Randazzo (basse).

Butcher Brown ne nous a pas habitués à ce type de répertoire, il était aisé de croire que le groove funk ou même afrobeats serait de la partie pour ces adaptations imaginées de concert avec le trompettiste louisianais Nicholas Payton qui, lui, investit régulièrement ce répertoire.

On  entrelarde ainsi les titres de Kind of Blue (So What, Freddie Freeloader, Blue in Green, All Blues, Flamenco Sketches) et ceux de A Love Supreme ( Acknowledgement, Pursuance, Psalm). Par exemple,  Freddie Freeloader peut se fondre dans Acknowledgement et exprimer deux états d’esprit, somme toute fort différents.

Kind of Blue fut un des premiers albums de musiques modales en jazz moderne , exécuté par l’un des meilleurs ensembles de Miles (Trane, Cannonball, Bill Evans, Wynton Kelly, Paul Chambers, Jimmy Cobb) et  qui devint un des plus grands succès commerciaux du jazz moderne à la fin des années 50 (1959).  Pas grand-chose à voir avec le succès fort important de A Love Supreme, paru en janvier 1965, était une véritable incantation mystique, profession de foi en l’amour divin proférée par le fameux quartette de Coltrane (avec Elvin Jones, McCoy Tyner, Jimmy Garrison).

Installé sur le flanc gauche de  la Scène Rogers, Nicholas Payton joue régulièrement les harmonies au programme en complément du guitariste Morgan Burrs, en plus de pousser quelques solos de grande qualité et de grande puissance.  Le saxo ténor de Marcus Tenney sera aussi mis à contribution, des solos substantiels seront extirpés du colosse.  

La fusion des deux albums dans un même programme est avant justifiée ici par le centenaire des deux monuments, et on veut ici adapter ce répertoire presque sacré au jazz sudiste et afro-descendant, très ancré dans la soul, le R&B et le blues. Payton vient de Louisiane, Butcher Brown vient de Virginie, cette culture black a ses caractéristiques propres et on le constate ici dans l’adaptation des œuvres ici magnifiée dans une approche plus proche des musiques populaires afro-américaines de la période actuelle. Je reste néanmoins perplexe sur les liens esthétiques entre Kind of Blue et A Love Supreme, dont les intentions et les climats sont extrêmement différents… et passés cette fois dans le tamis du jazz sudiste.

crédit photo: Benoît Rousseau

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