grunge / indie pop / indie rock

Pop MTL 2026 I Ahren Strange se met à l’abri du soleil dans la grotte du P’tit Ours

par Stephan Boissonneault

Bien connu du public du P’tit Ours, Ahren Strange est descendu dans la cave de Pop Montréal pour y monter sur scène (…), il a fait résonner ses guitares chatoyantes et a ouvert le concert avec l’un de ses tout derniers singles, Fear of the Sun , un morceau indie hypnotique et endiablé qui, selon le groupe, parle de « prendre des champis pendant l’éclipse ».

« Ça ne fait pas bon ménage », a déclaré Ahren en riant. Sans blague. Ça a l’air terrifiant. À un moment donné dans la chanson, on l’entend : le ciel s’assombrit, le sol s’affaiblit, le cerveau s’éteint tranquillement.

J’ai tout de suite repéré que Julia Hill (Shunk, Maron Tate, Beer52s, etc.), la bassiste chouchou de Montréal, était en arrière-plan, assurant le rythme avec le style de batterie décontracté et relax d’Aaron Nadal. Ça fait quoi, ça ? Neuf groupes pour Julia Hill ? C’était peut-être juste pour le concert Pop, mais elle s’est rapidement mise au diapason de l’ambiance indie pop mélancolique d’Ahren Strange. La basse et la batterie évoluaient ensemble comme des marées lentes, imperturbables, tandis que tout le reste en faisait des tonnes.

Le nouvel album d’Ahren Strange, Heliophobia, sortira mi-octobre, et à en juger par certaines paroles de ces nouvelles chansons, beaucoup semblent traiter de l’anxiété et de la peur de la lumière (peut-être pas au sens littéral, mais au sens figuré ?). Quoi qu’il en soit, c’est un sacré titre et un thème qui convient parfaitement à une pièce sans fenêtres.

La voix d’Ahren est toujours douce comme du miel, mais je ne l’avais encore jamais entendu se lancer à corps perdu dans ce grognement grunge à la Cobain. On a eu droit à quelques moments de ce genre pendant le concert, et ça leur va bien. Le fait de doubler les accords de guitare bourdonnants a donné au son une ampleur énorme, à faire transpirer les murs et vibrer la poitrine, ce qui n’est pas ce à quoi je m’attendais vu l’ambiance indie pop à laquelle je suis habitué, mais ça ne m’a pas déplu.

« Je suis en train d’écrire un nouvel album, et tout sera en accordage standard », a indiqué Ahren en riant, alors qu’il accordait sa guitare avec le capodastre entre deux morceaux.

« Je ne peux pas continuer comme ça », a-t-il ajouté avant de se lancer dans un riff très sautillant, à la Keith Richards, sur Hot Women Smoking Vapes, un morceau teinté de rock alternatif des années 90. Pendant ce morceau en particulier, je me suis en quelque sorte déconnecté pendant quelques instants. La salle s’est alors rétrécie, et tout ce que je pouvais voir et entendre, c’étaient les mélodies mélodieuses d’Ahren Strange.

Qui n’aime pas les femmes sexy qui fument ? Personne, et une bonne musique live produit cet effet. Ben quoi ?!

Photos: Stephan Boissonneault

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indie rock

Pop MTL 2026 | Dans la lune et puis… Luna !

par Marc-Antoine Bernier

Je pensais être venu voir Dutch Interior. Convaincu que leur concert avait lieu au Théâtre Rialto, je me suis pourtant retrouvé devant Luna, sans même le savoir. Comme je m’étais laissé la surprise de découvrir les premières parties sur place, la confusion n’a pas immédiatement été évidente. Dès la première chanson, une impression familière s’est toutefois installée. Cette voix singulière, ces lignes de guitare aux accents de l’indie pop new-yorkaise… Je me demandais si je n’étais pas simplement en train de regarder Luna. J’avais vu juste.

Mené par Dean Wareham, figure incontournable de la scène indie américaine, le groupe a offert une prestation qui prend progressivement de l’ampleur. Les guitares inspirées du Velvet Underground gagnent en volume et en mordant, tandis que le jeu de basse de Britta Phillips apporte une assise plus imposante aux compositions. Plutôt que de reproduire fidèlement ses enregistrements, Luna laisse volontiers les morceaux respirer et s’étirer. 23 Minutes in Brussels devient ainsi une longue traversée hypnotique, portée par des improvisations de guitare qui semblent se déployer naturellement.

La scène reste pourtant étonnamment sobre. Wareham, désinvolte au chant et à la guitare, partage une complicité évidente avec le guitariste Sean Eden. Entre les morceaux, leurs échanges pince-sans-rire, parfois laissés volontairement inachevés, provoquent les rires du public et donnent au concert une légère absurdité.

Après 1h15 de musique, deux rappels viennent conclure la soirée en force. Je ressors surtout touché par la musique de ce quatuor new-yorkais et par l’énergie qui régnait dans la salle. Observer les visages de spectateurs manifestement émus de voir leurs musiciens favoris reprendre leurs classiques sur scène, avec la même assurance plus de trente ans après les débuts du groupe, avait quelque chose de particulièrement beau. Voir Luna faire vivre ces morceaux devant un public qui les porte en lui depuis des décennies était en soi un exploit, mais aussi un moment profondément émouvant.

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Le grand retour de Lang Lang avec l’OSM : une performance impériale

par Alexandre Villemaire

Le début de la 93e saison de l’OSM se poursuivait en grand mercredi soir avec le retour d’un invité de marque en la personne du pianiste chinois Lang Lang. La popularité du pianiste n’est pas à démentir au vu de la présence qu’il y avait dans la Maison symphonique.

En effet, très peu de sièges vides étaient visibles dans l’enceinte de la salle de concert que ce soit du parterre au balcon, et surtout dans le chœur qui avait été ouvert pour l’occasion et qui était rempli en totalité!  Une vue plus qu’imprenable sur les mains de l’interprète.

Pour beaucoup, dont celui qui écrit ces lignes, Lang Lang leur a été présenté lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Beijing en 2008. Figure de proue de la musique et un de ses ambassadeurs les plus influents au monde, celui qui, à treize ans, remportait le Concours international Tchaïkovski des jeunes artistes, joue avec une dégaine désinvolte ainsi qu’avec une intensité et une fougue digne du caractère qui anime l’œuvre dont il était le soliste, le Concerto pour piano no 5 de Beethoven appelé « L’empereur ».

Dès l’ouverture qui place le piano à l’avant-plan avec de larges cadences ornementales, Lang Lang a martelé les touches avec vigueur dans une envolée spectaculaire, poussant l’instrument à son maximum, faisant pratiquement résonner l’ivoire du clavier. Le deuxième mouvement a amené un contraste frappant avec le premier par ce tapis de cordes absolument éthéré et mélancolique auquel se greffe le piano. Autant Lang Lang martelait avec intensité les touches dans le premier mouvement, autant dans le deuxième, son toucher était d’une des plus grandes délicatesses. Une des grandes qualités palpables dans la technique et le jeu de Lang Lang est son contrôle des nuances et des dynamiques qu’il arrive à se faire manifester dans un naturel et avec des couleurs absolument impeccables. Cet effet était bien présent dans le deuxième mouvement, mais très apparent dans le premier ou l’enchaînement des nuances fortes vers pianos entre l’orchestre et le soliste s’imbriquait parfaitement. La communion et la communication entre le soliste, le chef et l’orchestre étaient naturels, notamment dans ce duo avec les timbales qui va en decrescendo vers un des silences les plus absolus avant d’entamer, attacca le dernier mouvement flamboyant.

Dès la dernière note, il a reçu des applaudissements sonores et nourris du public, digne des plus grands rocks-stars. Après au moins 5 minutes d’applaudissement, il a gratifié le public de non pas un, mais de deux rappels, soit la Consolation no 2 en mi majeur de Liszt et la « Danse rituelle du feu » extrait du ballet El amor brujo de Manuel de Falla. Il aura fallu à la fin de cette pièce qu’il prenne amicalement par le bras Andrew Wan, premier violon de l’orchestre, pour signifier au public, qui en aurait demandé, qu’il fallait passer à l’entracte. 

Le concerto était précédé de l’Ouverture no 2 de la compositrice allemande Emilie Mayer, au style beethovénien consommé et a été succédé par une représentation sonore des paysages scandinaves de la Finlande de Jean Sibelius avec sa Deuxième symphonie.

L’OSM et Rafael Payare récidivent jeudi soir le 24 septembre avec un programme reprenant ces deux œuvres avec comme grande pièce soliste, le Concerto pour orgues, timbales et orchestre de Francis Poulenc avec Jean-Willy Kunz aux commandes du grand orgue Pierre-Béique.

crédits photo : Antoine Saito

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coldwave / post-punk

Nag, nag, nag, j’ai vu Cabaret Voltaire

par Florence Cantin

J’essaie le moins possible d’aller voir des bands pionniers. Tu achètes des billets hors de prix sous le prétexte de l’ultime chance : est-ce que j’aurai vraiment d’autres occasions de revoir ça ?  Puis, dès qu’ils montent sur scène, la pensée fuse : fuck, je suis venue ici pour me faire du mal…

Après avoir vu Martin Rev de Suicide au Ritz, je me suis dit : plus jamais. Je suis partie à la troisième track préprogrammée de son clavier, le cœur lourd, en m’excusant à profusion auprès de ma pauvre amie que j’avais traînée là. On aurait dit qu’il jouait là pour rembourser une dette de jeu, à la Frankie Valli. 

J’avoue une certaine appréhension avant de voir Cabaret Voltaire, un band m’a initié au post-punk électronique, et ce, même après avoir écouté une performance KEXP convaincante datant de la même année. Leur prestation aura balayé mes pires réminiscences.

Petite histoire courte, Cabaret Voltaire est une entité mythique de la fin des années 70. Originaire de Sheffield, ce berceau industriel du nord de l’Angleterre qui a aussi vu naître The Human League et Heaven 17, le groupe cherchait avant tout à échapper au destin tout tracé d’ouvrier à l’usine métallurgique en faisant de la musique industrielle (cool réorientation). Ce sont des musiciens qui ont commencé sans instruments et qui incarnent l’essence même du DIY farouchement anti-rock ‘n’ roll.

J’y suis allée samedi dernier à la SAT avec mon ami Félix, qui ne connaissait absolument pas le groupe. Il avait juste écouté quelques-unes de leurs tracks expérimentales, bricolées avant qu’ils n’aient accès à des synthés, à partir de loop de tape et de bruits captés dans la grisaille de leur ville.

Ce soir, on était bien loin de leurs premiers enregistrements austères, où Stephen Mallinder murmurait ses revendications écorchant le système capitaliste à coups de samples radio et de répliques de films. Sa voix déformée par la distorsion y égrenait  « More meat for the mincer, more fuel for the wheels / More water / More meat / More fuel / More Boss / Kneel to the Boss. » Un peu cliché à dire, mais c’est toujours vrai. Comme beaucoup de choses que les jeunes éveillés beuglaient en 70-80.

J’adore le collage dadaïste de Cabaret Voltaire en studio, mais je dois avouer ne pas être assez dégourdie dans l’industrielle pour l’apprécier quand ça ne groove pas. J’ai été complètement séduite par leur mélodies synthpop plus structurées. Une qualité sonore limpide. Je pense à ce son de zip gras qui venue directement gratter un «Itch» dans mon cerveau ou à la track Kino, que je n’avais jamais pris le temps de bien écouter. 

L’énergie 80’s m’a happée, difficile de ne pas embarquer. À plusieurs moments, la basse était si forte que Félix et moi nous sommes regardés, ébahis. De la musique qui doit s’écouter fort qui joue fort. C’est un luxe de ne pas pouvoir s’entendre pendant un concert.

Ce n’était pas un show réservé aux nostalgiques, on sentait complètement l’évolution expérientielle de Cabaret Voltaire, leur excitation errante et leur amour absolu pour leurs tounes. 

L’ajout de Tara Busch aux synthétiseurs apporte une vraie bouffée de vitalité. La musicienne s’intègre si naturellement qu’on la croirait là depuis toujours, avec des lignes de synthé qui tombent systématiquement à point nommé. Elle dégage une force adolescente du haut de ses 52 ans. Elle empoigne les knobs de son synthétiseur avec une telle intensité que j’imagine une résistance. 

Quelques bières plus tard au Quai des Brumes, je me prends à me justifier d’avoir autant aimé le show d’un vieux band. On me souligne tous mes « mais », comme si j’essayais de m’en défendre. 

classique indien / musique contemporaine

Opér’actuel : Akasha, opéra masala

par Frédéric Cardin

En ce moment a lieu la première édition d’Opér’actuel, dans sa mouture festival biennal. Fidèle à la vision portée par la directrice artistique Marie-Annick Béliveau (LIRE L’ENTREVUE AVEC ELLE À PROPOS DU FESTIVAL), le premier événement invitait le public à une rencontre interculturelle entre l’Inde spirituelle et l’Occident artistique. 

Akasha, le souffle de l’univers est une production de la soprano Kripa Nageshwar et de sa compagnie Hamsa Créations Lyriques, basées à Longueuil. Une formation de chambre composée d’un piano, d’une clarinette, d’un violon carnatique (tradition du Sud de l’Inde), d’un sarod et d’un santour accompagne la soprano qui chante et récite des poèmes indiens (de Tagore, entre autres) mis en musique par Colin Eatock, et des pièces lyriques inspirée de la culture indienne. Parmi celles-ci, un extrait des Pêcheurs de perles de Bizet (Ô Dieu Brahma), des Poèmes hindous et Ragamalika de Maurice Delage et un extrait d’un ‘’Messie’’ composé par le Canadien Amirthan Sothivannan. 

INFOS ET BILLETS POUR LE FESTIVAL OPÉR’ACTUEL 2026

La musique d’Eatock agit comme un liant entre toutes ces musiques qui, exception faite de Bizet, fusionnent assez bien dans le langage tonal moderne, teinté de reflets évoquant la musique classique indienne. Le résultat musical évoque quelque chose que Britten aurait pu pondre s’il avait eu la fibre sud-asiatique. C’est donc assez accessible et les arrangements pour le petit orchestre de chambre aux combinaisons inusitées fonctionnent bien. On réussit surtout à éviter l’impression d’exotisme New Age un peu gna-gna qui finit souvent par colorer les projets occidentaux, surtout grand public, qui souhaitent plonger dans la spiritualité indienne. 

Car Akasha est surtout un portrait de l’un des aspects fondamentaux de la religion hindoue. « Akasha » (en sanskrit) désigne l’élément éther ou espace qui, dans la culture sud-asiatique, est associé au cinquième chakra (la gorge), d’où jaillit la voix. C’est également le champ primordial d’où émerge toute la création et la force invisible qui relie tous les êtres. 

C’est un espace où transitent les âmes des défunts dans leur voyage vers l’ultime connexion avec le Tout universel. Dans le cycle des naissances-renaissances, l’âme qui n’a pas atteint le détachement suffisant des choses superficielles passe par cet espace avant de renaître dans le Monde terrestre, et recommencer le voyage. Celles, plus rares, qui ont atteint le niveau requis passeront par Akasha pour atteindre l’unité universelle et ne plus revenir.

Akasha, l’opéra, permet donc au public de rencontrer l’un de ces âmes (incarnée par Kripa Nageshwar), qui raconte ses premières extases émotionnelles devant la beauté de la vie terrestre, ses attraits, ses joies, toutes les découvertes à faire. Puis viennent les déceptions, les aléas de la vie, les angoisses. L’un des textes cités disait, bellement : les joies sont des durées (trop courtes) entre les souffrances. Le parcours de cette âme dans le samsara (l’errance) est exprimé en sanskrit, anglais et français.

Il est à noter que ce qui a été donné hier soir à la salle Paul-Buissonneau du Centre Calixa-Lavallée (en plein cœur du Parc Lafontaine à Montréal) est une partie seulement de l’opéra final qui sera créé au complet en 2027 à Toronto. J’imagine qu’avec une mise en scène plus élaborée et des décors conçus pour la cause, l’œuvre prendra encore plus d’étoffe. 

S’il est vrai que j’aurais aimé que le matériel musical soit plus exigeant, il reste que Akasha, le souffle de l’univers est une création contemporaine pleine de bonnes intentions et franchement plaisante, qui sait étonner sans recourir strictement aux techniques expérimentales afin de justifier sa modernité. 

classique moderne / musique contemporaine / période romantique

Un lancement de saison tout étoiles pour Yannick et l’OM

par Frédéric Cardin

Le lancement de saison 26-27 de l’Orchestre métropolitain (OM) sous la direction de Yannick Nézet-Séguin avait lieu hier à la Maison symphonique devant une salle passablement comble. Le thème des astres était illustré par les fameuses Planètes de Gustav Holst, ainsi que par une création de la compositrice anishinaabekwe Barbara Assiginaak, Shpiming Nangokaa (Haut dans le ciel, il y a beaucoup d’étoiles). 

C’est cette dernière qui ouvrait l’après-midi (le concert était à 15h). Le public a eu droit à une œuvre resplendissante, scintillante de mille couleurs lumineuses, telle des milliers de joyaux sur un coussin de velours sombre. La partition oscille entre somptuosité ravellienne et miroitement contemporain, dans va-et-vient entre un atonalisme chaleureux et consonances cinématographiques. La foule a chaudement applaudi, à raison.

Un peu hors sujet, mais magistral dans son expression et surtout son interprétation, le Concerto pour alto de l’Anglais William Walton suivait avec énormément de panache. Une œuvre que l’on entend rarement sur nos scènes, et pourtant d’un impérial effet dramatique! Il faut dire que l’altiste Antoine Tamestit maîtrise cette musique sans anicroche. Un son ample et bourré de nuances, capable des plus délicats murmures sans nuire à une projection pleine et entière, comme des plus athlétiques fortes, sans perdre en qualité timbrale. Cet artiste joue, dans le sens holistique du terme : il regarde les musiciens de l’orchestre, les écoute, apprécie leur jeu, leur répond. Un vrai de vrai concertiste, pas un soliste ‘’avec accompagnement’’. Il est probablement là le lien avec le reste du programme : Tamestit est une étoile incandescente. L’homme, sympathique, a pris le micro pour remercier les musiciens (il avait raison, l’OM était dans une forme exceptionnelle) et annoncer un rappel : un arrangement de Flow My Teares de John Dowland. La mélodie poignante de la renaissance a donné quelques frissons, surtout dans son interprétation délicate en duo avec la harpiste de l’OM, Robin Best. On imagine agréablement un récital complet avec ces deux artistes. Pourquoi pas?

En finale, les Planètes de Holst ont pratiquement soulevé le plafond de la Maison symphonique. Yannick n’a pas hésité une seconde et a lancé la guerroyante Mars sur un rythme impitoyable. Avec un OM à son meilleur (chapeau aux solistes de tous les pupitres), le chef a ensuite dessiné une Vénus et une Mercure vibrantes de nuances avant de lancer la magistrale Jupiter à un tempo excitant. Merci de ne pas avoir ralenti son déroulement, ce qui arrive parfois avec quelques chef-fe-s. Ici, non, Yannick a choisi d’exprimer sans se gêner le sentiment de joie qui sous-tend le caractère octroyé par Holst à la géante. La portion centrale, et son thème imposant, avait toute la noblesse requise. 

Saturne et sa cadence appuyée, marquant le passage du temps, avait la puissance voulue et, surtout, exprimait efficacement la nature inéluctable de la marche vers la vieillesse. Uranus et son énergie allante (ainsi que le thème lancé au basson qui rappelle tellement L’Apprenti sorcier de Dukas) avait beaucoup de caractère, alors que l’ensemble se terminait sur l’impressionnisme, d’abord ombrageux puis évoluant vers la lumière, de Neptune. 

Le public était ravi. On ne peut qu’être d’accord avec lui. 

chant choral / chant lyrique / classique moderne / classique occidental / post-romantique

Un jeune Mahler en majesté pour l’ouverture de saison de l’OSM

par Alexandre Villemaire

L’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) rentre à la maison. Après une tournée triomphale cet été en Europe, qui l’a notamment conduit en Écosse, aux Pays-Bas ainsi qu’en Pologne, où l’orchestre a ouvert le festival “Chopin and His Europe”, la phalange montréalaise était de retour chez elle pour entamer sa 93e saison. Une saison qui s’annonce grandiose a proclamé avec enthousiasme et fierté Mélanie La Couture, présidente et chef de la direction de l’OSM.

C’était effectivement la dynamique sous-jacente de la programmation de ce concert d’ouverture qui mettait à l’honneur un jeune Gustav Mahler et un Mahler plus expérimenté. 

En première partie, c’est le baryton allemand Matthias Goerne qui s’est exécuté dans la performance d’extraits du recueil Des Knaben Wunderhorn [Le cor merveilleux de l’enfant], composé alors que le compositeur était dans la trentaine.

Nous avions parlé de la dernière présence de Goerne plutôt cet été au Festival de Lanaudière où il a interprété Die Winterreise de Schubert (voir notre critique). Si l’on retrouvait ici « l’interprétation incarnée et investie émotionnellement et physiquement » qui le caractérisait dans un contexte intimiste, le rendu avec grand orchestre était à son désavantage. Malgré une interprétation scénique et une vision claire de la représentation des textes qu’il chantait, son timbre se voyait souvent être noyé par la masse orchestrale que Payare collait à sa prose. L’essentiel en était pétri d’une énergie très intime dans Wo die shönen Trompeten blasen [Où sonnent les belles trompettes] et presque trop sereine dans Urlicht [Lumière originelle]. Ce n’est que dans les derniers lieder Revelge [Appel d’éveil] et Der Tamboursg’sell [Le petit joueur de tambour] qu’une énergie nouvelle s’est manifestée, changeant ainsi la dynamique de cette première partie en demi-teinte.

Le cœur du concert résidait véritablement dans la deuxième partie avec la cantate profane Das klagende Lied [Le chant de la lamentation]. On entend déjà dans cette œuvre de jeunesse composée à que Mahler n’a que 20 ans, tous les éléments timbrales, les idées et l’orchestration qui caractérisera le maximalisme de ses symphonies ultérieures comme la Symphonie no2 ou la Symphonie no8 dites « des Milles ». Mahler puise pour ce chant de la lamentation dans deux contes, l’un éponyme de Ludwig Bechstein (1801-1860), et l’autre des frères Grimm, Der singende Knochen [L’Os chantant]. Dans ce récit, deux frères, l’aîné, dur et violent et le cadet, tendre et doux, se mettent en quête d’une certaine fleur rouge qui leur permettra d’épouser une jeune reine. Le plus jeune la trouve. S’endormant au pied d’un saule, il est assassiné par son frère qui s’en empare. Plus tard, un ménestrel passant au pied du saule où gît le squelette du cadet ramasse un os duquel il sculpte une flûte. Lorsqu’il la porte à sa bouche, la flûte se met d’elle-même à chanter et à raconter l’horrible histoire du fratricide. Alors que c’est jour de liesse au château pour les noces, le ménestrel fait irruption, fait entendre ce chant où la flûte accuse directement le nouveau roi de l’assassinat. La foule se disperse, prise d’effroi, les murs s’effondrent, le silence tombe.

Mahler découpe habilement chacun des trois tableaux musicaux au moyen de représentation musicale évocatrice, et de leitmotivs récurrents qui se baladent entre l’orchestre, les solistes et le chœur, qui était d’une grande tenue.

Les solistes n’incarnent pas forcément des personnages définis. Ils sont tour à tour des conteurs qui racontent l’histoire et y donnent la narration. C’est la contralto Rose-Naggar Tremblay et le ténor Clay Hilley qui hérite de la grande partie de cette narration, chacun faisant montre d’une présence et d’interprétation solide dans leur voix respective, Hilley avec son timbre claironnant et rond et Naggar-Tremblay, toujours impérieuse et noble avec son timbre chaleureux et imposant. La soprano suédoise Miah Persson a offert une belle présence avec voix claire, mais dont le teneur peinait à s’imposer. Goerne est venu compléter ce quatuor vocal avec une mention au début du premier tableau. L’OSM et son chef étaient en grande forme, Payare peignant chaque détail du récit avec précision et avec la gestique engagée et dynamique qu’on lui connaît. 

Mention spéciale également pour le second petit orchestre, composé des bois et cuivre qui jouait le « fernorchester » [l’orchestre lointain] dans le dernier tableau à même la fosse de la Maison symphonique. Et oui, il y a une fosse d’orchestre dans cette salle! Après quinze ans d’activité, son usage était tout à fait idéal.

crédits photo : Antoine Saito

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période classique

Sous le charme magique de La Flûte enchantée

par Alain Brunet

Les ensembles Caprice et ArtChoral ont amorcé leur saison 2026-2027 en toute éloquence, soit en remplissant la Maison symphonique de Montréal, au grand bonheur d’une majorité absolue de mélomanes présents, le jeudi 10 septembre dernier.

La Flûte enchantée , un opéra en deux actes, fut composé à la toute fin de la vie de Wolfgang Amadeus Mozart. Le musicien était au max de son expertise, sa prolificité et sa vision exceptionnelles tenaient du génie comme chacun le sait, sa disparition prématurée fut tragique en 1791. Inutile d’ajouter que son dernier opéra figure aujourd’hui parmi les chefs-d’œuvre de l’entier répertoire, il est encore joué partout à notre époque mais ses exécutions avec instruments d’époque sont moins fréquentes. 

Ainsi, Matthias Maute a prévu une version concertante de l’opéra avec instruments anciens, une première à la Maison symphonique. Par voie de conséquence, cette exécution excluait décors, éclairages et aussi dialogues parlés – ce qui, de facto, faisait disparaître le personnage Monostatos. Cela étant dit, les solistes et le chœur (ArtChoral) n’excluaient aucunement la théâtralité dans leurs interprétations, le chœur se déplaçait des deux côtés de la scène en formations réduites, ajoutant ainsi une plus-value scénique à cette ambitieuse prestation.

Ainsi, les chanteurs et chanteuses jouent leur personnage sur scène au-delà du chant; l’oiseleur, par exemple, mime la flûte lorsque cette dernière s’exprime, ce qui fait illico réagir l’auditoire.

Le librettiste Emanuel Schikaneder avait imaginé un conte arthurien incluant magie, fantastique, royauté et héroïsme afin que Tamino et Tamina puissent être réunis avec l’aide d’une flûte enchantée pour vaincre les épreuves au scénario, idem pour Papageno et Papagena, pendant que la Reine de la nuit échoue et disparaît dans les ténèbres. C’est, vous vous en doutez bien, le triomphe du bien sur le mal, bref tous les ingrédients réunis dans un conte fantastique inspiré des époques antérieures. 

Fidèle à ses pratiques de médiation culturelle, le chef et directeur artistique montréalais avait prévu des interventions où il expliquait et commentait la trame narrative avec l’humour qu’on lui connaît. Matthias Maute choisit systématiquement de faire une mise en contexte des œuvres exécutées par ses deux ensembles réunis sur scène.

La sélection des solistes a été rigoureuse: Suzanne Rigden campait le rôle de la Reine de la nuit, le ténor Colin Ainsworth incarnait Tamino et la soprano Anna-Sophie Neher Pamina. La basse Matthew Li jouait Sarastro, le baryton Olivier Bergeron et la soprano  Catherine St-Arnaud devenaient respectivement Papageno et Papagena, et sans compter les trois dames et les trois garçons incarné.e.s alternativement par les sopranos Janelle Lucyk et Len Torrie ainsi que la mezzo-soprano Rosalie Lane-Lépine.

La duveté d’un orchestre baroque, adoucie par le bois des flûtes (à bec ou traversière), la conception des instruments à anche et celle des archets induit une relation différente avec les voix des solistes. Les cuivres, eux, restent robustes mais le son d’ensemble s’avère moins éclatant,  riche autrement, et ainsi  mène l’expression vocale à une autre expérience que celle des orchestres avec instruments modernisés à partir de la période classique. La taille de l’orchestre (une quarantaine d’instrumentistes), bien évidemment, concourt aussi à cette relative douceur.

Très agréable son d’ensemble, qui deviendrait certes plus précis au terme de quelques exécutions supplémentaires. Jeudi dernier, les solistes n’avaient pas toustes la même puissance (Suzanne Rigden un peu mince par moments, pour ne citer que cet exemple), ce qui est tout à fait normal, et l’orchestre avait encore quelques menus ajustements à apporter dans certaines séquences pour en maximiser l’intelligibilité vocale.

Bien évidemment, ces considérations mineures n’ont en rien désamorcé l’intérêt du public pour cette exécution très appréciée et  très applaudie.

classique moderne / classique occidental / musique contemporaine / période romantique

Fête de la musique 2026 | Les Étoiles du Conservatoire brillent à Tremblant

par Alexandre Villemaire

C’est une tradition qui revient à chaque édition de la Fête de la musique. Pendant un temps dans la programmation, des jeunes musiciens étudiants des conservatoires du Québec sont invités à se produire sur la grande scène de la Place Saint-Bernard. Une occasion de mettre de l’avant ces jeunes étoiles et leurs talents musicaux.

L’aréopage de musiciens qui s’est présenté était de haut niveau et chacun sur leurs instruments respectifs ont offert des performances qui ont captivé le public.

En premier, c’est Samuel Lauzon-Schnittke qui s’est exécuté. Déjà lauréat du Prix d’Europe 2025 et classé sur la liste de CBC des 30 musiciens de moins de 30 ans à surveiller de cette même année, il a interprété le deuxième mouvement de la Sonate pour piano de Rachmaninov. Lauzon-Schnittke s’est également illustré en accompagnant au piano chacun des 6 autres jeunes musiciens dans leur pièces respective. La prochaine était la jeune violoncelliste Adélaïde Leblanc qui a interprété la Rhapsodie hongroise de Popper. Elle a donné une performance marquée par un jeu assuré et une belle expression mélodie, malgré un petit passage accidenté menant vers la cadence finale.

La plus jeune étoile de ce concert était la jeune violoniste Iza Kamintzer. Âgée de seulement 11 ans, elle possède déjà un parcours impressionnant. Elle a participé à plusieurs concours de musique, notamment à l’édition 2025 du Concours de musique du Canada, où elle a gagné le premier prix dans la catégorie « Cordes » 7 à 10 ans, de même qu’au Concours musical OMNI 2022 de l’Orchestre Métropolitain, où elle a remporté le Grand Prix Yannick Nézet-Séguin et elle s’est produite dans une série de concert avec Angèle Dubeau et La Piéta. Son interprétation de Ziguernerweisen de Pablo Sarasate était d’une grande virtuosité et d’une agilité digne d’un jeu mature. En contraste, les Trois romances pour hautbois de Robert Schumann et le Nocturne en Fa pour cor de Chopin, respectivement interprétées par Flavie Lacoste et Guillaume d’Aragon, sont venues apporter un voile apaisé après le feu roulant de l’œuvre de Sarasate. Le bassoniste Haolin Liu est venu conclure cette section dédiée aux solistes.

Le Quintette Oaline, composé notamment de Liu, Lacoste et d’Aragon est venu conclure ce concert en interprétant un programme diversifié aux accents moderne et contemporain en interprétant Le Tombeau de Couperin de Ravel, Trois pièces de Jacques Ibert et un quintette de David Maslaka.

crédits photos : André Chevrier

classique occidental / Europe de l'Est / klezmer

Fête de la musique 2026 | Célébration balkanique

par Alexandre Villemaire

Depuis plusieurs années, le groupe Oktopus figure comme l’un des ensembles les plus importants de la scène canadienne des musiques métissées, ayant à son actif plus de 350 prestations au pays et à l’international. Ils étaient de retour à la Fête de la musique de Tremblant, eux qui font une apparition dans la programmation de manière sporadique depuis 2010.

L’octuor, avec à sa tête le clarinettiste Gabriel Paquin-Buki, qui signe les arrangements et certaines compositions, a mis de l’avant dans ce concert l’univers de leur plus récent disque Brahms, Balkans et Bagels, que le collègue Fred Cardin a recensé. Puisant dans le répertoire autant classique que folklorique de l’Europe de l’Est et de ses populations, Oktopus vient rendre hommage à la musique klezmer à sa vivacité. Même dans les moments musicaux les plus calmes ou introspectifs, la fanfare n’était jamais vraiment loin. On pense notamment à cette savante pièce Mahler Goes Meshuge qui reprend le matériel que le compositeur né en Bohème a utilisé dans sa Symphonie no 1 pour l’augmenter et le texturer avec leur effectif instrumental. Il y a de la batterie, des trombones, assuré par Simon Jolicoeur et Mathieu Bourget, le violon assuré par Zoé Dumais, la trompette de Francis Pigeon et le piano de Chantal Morin.

Dans la relecture des grands classiques, il y avait aussi la « vraie » version de la Danse hongroise no 3 de Brahms, bien énergique et encore plus dansante ainsi que deux compositions orignal de Paquin-Buki composé autour de toiles de Marc Chagall. Le Juif errant qui arborait des sonorités à la Erik Satie, notamment dans son balancement mélodique au piano avec son caractère mélancolique que la ligne de violon et la clarinette viennent complémenter. La chute l’Ange était quant à elle plus stravinskienne dans son esthétique avec des rythmes affirmés.

Oscillant entre métissage de musique classique et balkanique et mélodies traditionnelles, Oktopus a offert une performance enlevante et festive à l’image de ses identités multiples.

crédits photo : André Chevrier

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classic rock / classique / metal / rock

Fête de la musique 2026 | Le classique rock de Wooden Shapes

par Alexandre Villemaire

Wooden Shapes, c’est d’abord et avant tout un projet qui a démarré dans un programme de Musiques-Études à Trois-Rivières porté par Julien Chandonnet, William Boisvert et Étienne Demers. Ce qui a commencé comme un simple projet ludique d’après-midi en arrangeant des pièces rock pour leur formation de violons et deux altos, a évolué pour devenir un sextuor tournant un peu partout au Québec et même en France, en plus d’avoir réalisé un premier album, Turbulences en 2023.

Complété par Maddie Dudemaine au violoncelle, François Brunelle à la contrebasse et de David Beaudry au violon, Wooden Shapes se démarque depuis sa fondation en 2016 par sa démarche artistique mettant de l’avant les grands classiques du rock dans des arrangements pour instruments à corde classique.

Si la démarche en elle-même n’est pas nécessairement novatrice, la qualité des arrangements et l’interprétation de ces derniers sont les éléments faisant que Wooden Shpaes se démarque. Et ils ont été accueilli tel un véritable groupe rock par une foule de curieux, d’aficionados et de fins connaisseurs de ce répertoire, intrigué de voir et d’entendre comment ces jeunes musiciens et musiciennes, formés au Conservatoire de Trois-Rivières et au Conservatoire de Québec, allaient interpréter ce répertoire.

Le matériau de base en lui-même est déjà extrêmement riche et se prête bien aux instruments à cordes comme nous le disait Maggie Dudemaine. Dans ce concert, intitulé Du classique au rock 2, le sextuor enchaînement les arrangements, sous forme de pot-pourri, des grands succès de groupe comme Iron Maiden, Metallica, Queen, Guns N Roses et d’autre. Même Les Cowboys fringants ont eu droit au traitement. C’est avec Welcome to the Jungle que le groupe a ouvert le concert, tels de vrais rockstar, faisant participé la foule, bougeant sur scène, le tout dans une démonstration de virtuosité et de maîtrise technique digne des riffs les plus emblématiques.

C’était particulièrement intéressant d’entendre des membres du public, pas nécessairement habitué aux formations classiques, tendre l’oreille et essayé de reconnaître les pièces ou s’emballer lorsque le prochain groupe était annoncé, intrigué de voir comment le rendu. À en juger par leur réaction engagée, et leur applaudissement nourri, ceux-ci étaient ostensiblement ravis.

crédits photo : André Chevrier

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Afrique / Antilles / Caraïbes / country / hip-hop / jazz / rock

Souk du Sud 2026 | Une mosaïque musicale haute en couleur

par Sandra Gasana

Après la journée Souk Pro, PAN M 360 était de retour au Solar Uniquartier de Brossard pour assister à la 2ème journée de spectacles et divertissements du Souk du Sud.

Après un accueil signé Arashi Daiko, qui signifie « tambours de tempête » en japonais durant lequel le public pouvait ressentir l’énergie véhiculée par les 4 membres du groupe, direction le chapiteau tout près de là pour écouter Sensei H au micro de Mehdi Cayenne suivie d’une courte prestation au grand plaisir des festivaliers.

Tout de suite après, place au duo formé par le pianiste virtuose Simon Denizart et le batteur Michel Medrano Brindis qui était au cajon pour l’occasion. On a tout de suite était emportés par la douceur et la vigueur de ses chansons, son jeu mélodique s’alliant parfaitement bien aux percussions de Michel. Un pur moment délice que nous avons savouré.

L’autre belle découverte de la journée fut Borduas, autrice-compositrice-interprète, et entrepreneure culturelle basée à Granby. Son spectacle était à la fois tenté de douceur mais également de moments plus festifs comme dans la dernière chanson du set « Et là ». Celle qui souhaite s’exprimer davantage à travers sa musique a choisi de le faire par l’entremise de l’électro-pop, un style qui l’a inspiré durant son adolescence. Elle chante comme elle parle, ce qui représente bien sa personnalité, à la fois très douce mais avec du caractère. Elle aime parler d’émotions humaines, de rencontres, mais toujours dans la lumière, en mettant l’accent sur la résilience.

Tout de suite après, on retrouve Kelly Bado et ses musiciens : une bassiste, pianiste et choriste venue de Winnipeg avec elle et un percussionniste de Montréal qui jouait avec elle pour la première fois. Ensemble, le trio nous a offert un spectacle intimiste en plusieurs langues. Originaire de Côte d’Ivoire, cette artiste chante en anglais et en français, tout en insérant des chansons dans sa langue natale, ce qui vient enrichir son répertoire. Le public était complètement séduit et ressentait les émotions qu’elle véhiculait, surtout sur le morceau « Belles âmes ».

Après la Côte d’Ivoire, direction le Québec avec le new country québécois aux accents pop. Le nom vous est peut-être familier puisqu’Emmanuelle Boucher s’est fait connaitre après son passage à la Voix, ce qui a propulsé sa carrière. Elle a d’ailleurs joué une chanson de son plus récent opus Ma route, paru en 2025, « Soleil rosé » qui passe sur plusieurs ondes de radio. Mais en plus de son répertoire, elle nous a offert un medley de reprises de chansons québécoises qui ont bercé son enfance, mais en y rajoutant sa propre touche. Elle s’inspire d’expériences vécues, surtout des histoires d’amour mais le tout avec une énergie débordante. Une vraie entertainer qui sait comment mettre l’ambiance et partager le bonheur avec ses spectateurs.

Après les bottes et le chapeau de Cow-boy, direction la Martinique avec Nicolas Lossen, accomagné de trois musiciens québécois. Guitariste hors pair et compositeur, il est porteur d’un projet artistique passionnant et original, racontant l’histoire des communautés autochtones, afrodescendantes et européennes à travers un album consacré à chacune d’elles. Dans le cadre du Souk du Sud, il nous a présenté Native, un projet de jazz moderne mélangé avec des influences des Premières nations, né de ses recherches anthropologiques et historiques et les combinant avec des recherches musicales. Native a été enregistré à New York, on y retrouve peu de paroles mais plutôt des chansons racontant des histoires, avec un début, un milieu et une fin.

Le dernier spectacle que j’ai pu voir est nul autre que celui de Paul Cargnello, un vétéran de la scène musicale montréalaise avec plus de vingt ans d’expérience. En formule quatuor, il était accompagné par son bassiste, un batteur et une choriste qui est également chanteuse. A quatre, ils ont enflammé la scène du Souk du Sud avec leur rock, punk rock et funk endiablé mais j’étais surtout surprise de l’entendre chanter dans un français impeccable. Avec son look reconnaissable à des kilomètres, chapeau noir, lunettes fumées et veste en cuir, il a toutes les caractéristiques du rocker mais il reste engagé, surtout avec le morceau « Fascists In Our Midst », qui est la chanson qui m’est restée dans la tête après le concert. Il veut faire danser son public tout en le faisant réfléchir aux enjeux de société. Pour Paul, l’un n’exclut pas l’autre et c’est ce qu’il a pu faire au Souk du Sud en offrant de la fête et de la réflexion.

C’est aussi cela la beauté du Souk du Sud, il permet de découvrir des styles qu’on n’aurait pas nécessairement découvert autrement, tout en sélectionnant des artistes de renommée internationale et des artistes émergents sur la même scène. Un vrai souk quoi.

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