classique moderne / classique occidental / guitare

Fête de la musique 2026 | Le lyrisme versatile de Cicchillitti et Cowan

par Alexandre Villemaire

Après la pluie, vient le beau et avec lui, le duo de guitaristes Adam Cicchiliiti et Steve Cowan. Sous un soleil radieux, les deux musiciens ont présenté sur la pittoresque scène de la Promenade Deslauriers une série de compositions originellement écrites pour piano qu’ils ont arrangé pour leur instrument.

Travaillant comme duo depuis un peu plus de 10 ans, ils en ont fait leur spécialité de même que de la création de pièces contemporaine.

Cowan et Cicchiliiti nous confiaient dans une discussion post-concert que c’est notamment la musique de Maurice Ravel qu’ils écoutaient sur la route durant leur tournée qui a été le déclencheur notamment du répertoire de ce programme, baptisé Lyrique et qui comporte un savant aréopage de musique des XIXe et XXe siècles. La musique française notamment a ceci de pratique que sa texture est plus subtile et intime et se prête naturellement bien au caractère intrinsèquement chaleureux de leur instrument. 

Le Duo CC a en ouverture Oriental d’Enrique Granados, dont les sonorités ibériques se prête déjà naturellement à la guitare. S’en ai suivi quatre miniatures pour piano d’Edvard Grieg et ces quatre miniatures pour piano. Il est fascinant de constater comment le traitement sonore d’un matériau musical aux sonorités norvégiennes prend soudainement des airs des folklorique presque andalous.

Ils ont également offert une belle découvre en le cycle Fleurs de France, de la compositrice Germaine Tailleferre, unique femme faisant partie du Groupe des Six auprès entre autres de Francis Poulenc, Georges Auric et Darius Milhaud. Son écriture moderniste se mélange à des mélodies aux contours folkloriques auxquelles se tracent en contrepoint une ligne musicale et une harmonie caractéristique truffée de chromatisme.

Pièces robustes, les premier et troisième mouvements de la Sonate pour harpe poursuivent dans cet élan. C’est finalement avec la Sonatine de Ravel qu’ils ont conclu leur concert ; une pièce qui a été parmi les premières qu’ils ont arrangées et qui, de leur propre aveu, a été une des plus difficiles à mettre en place. La structure de son harmonie et le chemin que prend la ligne mélodique doivent effectivement être traités avec doigté pour en faire ressortir toutes les subtilités. Le résultat en était un d’agilité et de grand lyrisme démontrant l’éventail des possibilités stylistique et la versatilité de l’instrument.

Le résultat de ce travail artistique peut d’ailleurs être entendu sur leur album Lyrique, dont le collègue Fred Cardin a fait la critique.

crédits photo : André Chevrier

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chanson / Chanson francophone

Fête de la musique 2026 | Pierre Lapointe charme les cœurs abîmés

par Alexandre Villemaire


Dans le cadre de la tournée de son plus récent album, Dix chansons démodées pour ceux qui ont le cœur abimé, l’insaisissable et prolifique auteur-compositeur-interprète Pierre Lapointe faisait arrêt à la Fête à la musique devant une foule nombreuse. D’entrée de jeu, l’artiste le dit, si vous êtes en peine d’amour ou que vous traversez une mauvaise passe, vous allez passer un mauvais quart d’heure, car mes chansons sont « crissement déprimante ». L’irrévérencieux interprète ponctuera d’ailleurs son spectacle de plusieurs de ces interventions savoureuses auprès de son public.

Il y a bien une chose que l’on ne peut enlever à Pierre Lapointe, c’est son authenticité et la franchise de sa poésie. Avec ces chansons, Pierre Lapointe ouvre une nouvelle fois un pan de sa vie personnelle, mais aussi des affects qui peuvent traverser le cœur de tout le monde, des situations de la vie que nous vivons tous différemment, mais avec les mêmes sentiments, pour au final en ressortir avec peut-être un peu de lumière. La poésie dont il est question ici s’inscrit dans un projet de l’artiste de renouer avec la tradition de la grande chanson française, celle qui a rythmé les années 1960 et 1970. Et cela transparaît musicalement. Pour cette tournée, Pierre Lapointe a choisi de s’entourer d’un duo de pianiste spécialisé dans le répertoire pour quatre mains – le Duo Fortin-Poirier, composé de Marie-Christine Poirier et d’Amélie Fortin, qui signe par ailleurs, tous les arrangements des chansons de Lapointe pour ce concert. L’enrobage qu’amène une paire de 20 doigts pouvant couvrir toute l’étendue du piano vient magnifier le caractère musical des chansons françaises dans une ambiance plus intimiste que les accompagnements originaux ne permettent pas avec la complexité et la densité instrumentale de certaines.

Le secret, avec laquelle il a ouvert la soirée, récit quasi autodescriptif, qui nous a quelque peu évoquer par moment Je m’voyais déjà de Charles Aznavour, ou encore Toutes tes idoles sont de bons exemples de pièces dont le style musical change avec un avec une esthétique plus feutrée à laquelle vient se compléter parfaitement la voix si singulière de Pierre Lapointe. Notons également comme moment fort apprécié du public, l’interprétation d’une pièce solo par le Duo Fortin-Poirier, soit « The Serpent’s Kiss », tiré de cycle Garden of Eden de William Bolcom – une pièce avec « beaucoup de notes » et multi stylistique aux accents de jazz et de ragtime. 

Si les chansons s’adressaient peut-être aux âmes abimées, il n’y a certainement aucun dépressif n’est reparti avec le cœur lourd à la fin de ce concert.

crédits photo : André Chevrier

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emo / shoegaze

FME 2026 I Party à l’éther avec Worry

par Lyle Hendriks

Se matérialisant sur scène tels des fantômes de l’ère Tumblr des années 2010, les membres du groupe d’emogaze Worry, basé à Québec, ont assurément l’allure qu’il faut. T-shirts de groupe noirs, corsets, bas résille et raies au milieu à perte de vue : chaque membre scrute la salle qui se remplit rapidement, le visage empreint d’une pointe de mélancolie. Au centre, l’auteur-compositeur et chanteur Kerry Samuels, penché sur son micro, la frange tombant sur les yeux.

Alliant les textures vastes du shoegaze à la spécificité intime de l’emo rock, Worry s’est taillé une petite place bien à lui dans le diagramme de Venn. Leur son grunge, légèrement mélodramatique, comporte une touche nostalgique et complice, juste ce qu’il faut pour rappeler l’époque des premières cigarettes et des chaussettes hautes American Apparel. La musique reste toutefois accessible et sincère, sans jamais s’attarder trop longtemps sur une influence particulière.

La voix de Samuel est claire, maîtrisée et puissante ; elle semble encore plus prête pour le studio lorsqu’il est rejoint par la co-chanteuse l i l a (alias Marianne Poirier). Ensemble, ils incarnent l’idéal platonicien du chant shoegaze, ce mélange parfait entre une touche de pleurnicherie et une expression sincère auquel on s’accroche tandis que l’instrumentale expansive tourbillonne autour de nous.

Le groupe est exceptionnellement bien rodé, veillant à ce que le déluge constant de guitares jangly et de batterie incarnée ne se transforme pas en bouillie. Les pauses d’un demi-temps et les bégaiements semblent naturels et inévitables. Grâce à des structures de morceaux proches de la pop, on sait toujours quand arrive le prochain break intense ou le moment vocal culminant. Chaque morceau est un grand huit : on voit ce qui nous attend, mais on ne peut nier le plaisir du voyage.

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alt country / country-blues / country-rock

FME 2026 I The Sadies et le cheval qu’ils nous ont fait monter

par Charly Blais

Le FME, c’est un marathon, pas un sprint, et on approchait du dernier kilomètre. J’ai traîné mon corps fatigué depuis le concert secret des SUUNS jusqu’à la scène principale pour le concert au coucher du soleil des Sadies. Malgré ma fatigue, dès que la guitare enjouée et la contrebasse au son guttural se sont mises à jouer, j’ai été attirée comme par un aimant vers l’avant de la scène.

Très vite, je me suis retourné et j’ai vu que je n’étais pas seul : derrière moi, la foule s’était multipliée au point de sembler rassembler toute la population de Rouyn-Noranda. Cela tombait à pic, puisque ce concert s’inscrivait dans le cadre des festivités gratuites organisées pour célébrer le centenaire de la ville.

La musique passait du rockabilly au surf rock, pour finir par une ambiance de saloon du désert. Le chanteur Travis Good était notre chef intrépide, ressemblant à un Kramer plus âgé et plus triste, vêtu de ses plus beaux habits du dimanche. Constatant que l’été touchait désormais à sa fin, il s’est lancé dans Another Season Again, dédiée à son frère et membre fondateur du groupe, Dallas Good, décédé en 2022, qui avait écrit cette chanson pour exprimer à quel point il détestait l’été.

Vers la fin, le groupe de Toronto a joué Ridge Runner Reel, un morceau country instrumental, endiablé, qui donne irrésistiblement envie de taper du pied et dont le rythme s’accélère de plus en plus jusqu’à ce que le public ait du mal à suivre.

Conclusion parfaite de mon week-end de festival, The Sadies m’ont fait quitter l’Abitibi-Témiscamingue à dos de cheval, avec une seule cellule cérébrale, deux pieds gauches et trois noms.

post-rock / shoegaze / slowcore

FME 2026 I Moiré, c’est du « slowcore » pour les esprits fatigués

par Stephan Boissonneault

Réseaux sociaux

Ne nous voilons pas la face. J’étais complètement à bout dimanche en début de soirée, le dernier jour du FME. J’avais juste besoin de dormir, mais il y avait bien sûr encore des groupes à chroniquer. Je suis entré dans la salle plongée dans l’obscurité du 55, rue Dallaire, et je suis tombé par hasard sur un concert de Moiré, un groupe de grunge-gaze de six musiciens originaire de Malartic. Les riffs étaient lourds, mais discrets, pleins de bends de guitare d’un demi-ton ou d’un ton entier qui vous déstabilisent, et de fills de basse et de batterie assez nébuleux.

C’était un peu trop pour mon esprit fatigué, et dans d’autres circonstances, j’aurais peut-être apprécié. Cela rappelait Duster ou même Have A Nice Life, mais avec des paroles en français. Mais dès la quatrième chanson, avec ses sons lancinants, mes paupières sont devenues ridiculement lourdes, et j’ai commencé à me balancer, plongé dans un coma induit par la demi-sommeil. Le chant, composé de divers gémissements ou hurlements en français, semblait lui aussi très lancinant et ne faisait rien pour me sortir de ma sieste debout.

La scène baignait dans une lueur violette, et par moments, j’avais vraiment l’impression de rêver. Les voix étaient également assez en retrait dans le mixage, ce qui rendait difficile de comprendre ce qui était réellement chanté. L’accompagnement musical était toujours aussi lourd, comme une dalle de béton, et j’étais content de pouvoir enfin m’affranchir de son emprise. Peut-être que si j’avais vu Moiré, et que ça n’avait pas été le dernier jour de ce festival endiablé, j’aurais un peu plus apprécié le concert.

Afrique / Moyen-Orient / Levant / Maghreb

Fête de la musique | Lumineux Moneka Arabic Jazz

par Alexandre Villemaire

Malgré la pluie et la froideur qui balayaient le village piétonnier de Tremblant, il y a avait du soleil sur la scène de la place Saint-Bernard grâce à Ahmed Monkeka et son Moneka Arabic Jazz.

Il est né en Irak et maintenant basé au Canada, dont il est citoyen, son enfance en Irak lui a permis de découvrir une riche culture dans les domaines du théâtre, du cinéma et de la télévision. Cela lui a entre autres donné l’occasion de plonger dans un milieu musical qui mettait à l’honneur et préservait les traditions soufies afro-irakiennes, traditions qui l’habitent et qui l’animent sur scène et qu’il communique dans sa musique avec un enthousiasme et une énergie contagieuse.

Puisant dans les racines musicales des peuples africains et arabes, il mélange allègrement les genres musicaux allant du reggae, au funk en passant par le soul. Moneka et ses musiciens proposent un voyage humain à travers un mélange des genres et des esthétiques. Cela passe entre autres par des textes évocateurs et des représentations musicales évocatrices. Nommé aux prix Juno pour son album Kanzafula, il en reprend plusieurs des grands titres.

Il a ouvert le concert avec sa pièce The Sea, un air serein et lumineux qui, telle la mer, peut se déchaîner, comme l’illustrent ses musiciens dans le postlude instrumental. Nous avons eu droit également à une participation du public dans la très belle pièce Aman, qui peut se traduire par « sécurité» et qui se veut un hymne à la protection des êtres vivants. Le contour mélodique est soyeux et la répétition du motif transcendental est ressentie comme un mantra.

Pour mener ce concert, Ahmed Moneka était entouré d’une impressionnante brochette de musiciens, d’origines variées, et qui brillent chacun dans leur expertise instrumentale. Citons  le batteur canadien Max Senitt, le bassiste soudanais Waleed Abdulhamid, à qui l’on doit également des lignes d’accompagnement vocal mélismatique, le violoniste Fathi Najem d’Algérie, le saxophoniste  turc Selcuk Suna ou encore le claviériste grec Demetrios Petsalakis, qui joue également de l’oud et de la guitare.

La cohésion d’ensemble est maximale et le plaisir tout autant!

Pour découvrir Ahmed Moneka, son groupe, son histoire et sa musique de manière plus complète, vous pouvez consulter cette entrevue réalisée par Alain Brunet dans le cadre de l’édition 2025 du Festival du Monde arabe.

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classique moderne / classique occidental / musique contemporaine / musique de chambre

Fête de la musique | Le saxophone en voyage avec le Duo Aster

par Alexandre Villemaire

Les voyages musicaux sont un thème en filigrane, volontaire ou non, qui se dégage dans plusieurs concerts de musique de chambre à la Fête de la musique. Après le duo CordaVox de la soprano Lucie St-Martin et du guitariste Bruno Gauthier-Bellerose, c’était au tour du Duo Aster de Clio Theodoridis, saxophoniste et Jonathan Nemtanu, pianiste, d’emmener le public en voyage avec son programme Cartes postales. 

Par l’entremise d’arrangements de pièces connues et de pièces originales, le Duo Aster amène le public à découvrir la richesse et la créativité dont le saxophone est capable, le tout dans une démarche artistique qui fait une incursion dans les musiques issues de diverses traditions culturelles, du klezmer à la musique d’Orient, en dialoguant avec la musique classique contemporaine. Et pour parler de son instrument et du programme, le couple de musiciens que forment Clio Theodoridis et Jonathan Nemtanu n’a pas son pareil. Pétillant, pédagogue et allumé, ils ont charmé par leur jeu musical, mais également par leur communication avec le public.

Comme première carte postale, nous nous sommes arrêtés en Crète, île d’origine de Clio avec la Suite hellénique de Pedro Iturralde, avec son rythme dansant irrégulier et ses inflexions presque jazzées. D’un morceau moins connu, on passe à une œuvre incontournable, avec la Czardas du compositeur italien Vittorio Monti. La couleur plaintive et langoureuse du saxophone alto sied parfaitement à cette danse traditionnelle hongroise au caractère sensuel et énergique.

Les deux pièces suivantes étaient ancrées sur le continent nord-américain avec extrait de la trame sonore du film Catch me if You Can, composé par John Williams, et une une pièce en deux mouvements Récit et Lied, de Mathieu Lussier, qui rend hommage à la métropole enneigée de Montréal.

La pièce de résistance du duo est cependant assurément Asturias d’Albéniz, qui rivalise d’agilité rythmique ou les lignes musicales véloces du piano et du saxophone se confondent et se marient avec précision.

crédits photo : Tremblant

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baroque / classique moderne / classique occidental / musique de film

Fête de la musique 2026 | Timothy Chooi et son violon envoûtent Tremblant

par Alexandre Villemaire

« Si Angèle Dubeau invite un violoniste, c’est qu’il doit être pas mal bon ». C’est ainsi que la directrice artistique a introduit un des nombreux musiciens classiques qui composent le florilège d’artistes présents pour cette 26e édition de la Fête de la musique de Tremblant. La corde sensible d’Angèle Dubeau est bien tendue et fort résonnante, car le violoniste de 32 ans Timothy Chooi a offert au public de Tremblant une performance sur scène extérieure digne des plus importantes et grandes scènes de concert.

Reconnu pour sa virtuosité et la profondeur expressive de son jeu, lauréat du Premier Prix du Concours international de violon Joseph Joachim et du prestigieux Yves Paternot Prize du Festival de Verbier, Chooi jouit d’une florissante carrière internationale, avec des collaborations incluant le Royal Philharmonic Orchestra et le Toronto Symphony Orchestra, ainsi que plusieurs débuts avec des orchestres et festivals européens majeurs.

Professeur de violon à l’Université d’Ottawa, cet excellent musicien aux origines multiples (Chine, Indonésie, Malaisie) est également reconnu pour ses enregistrements et son rayonnement international, depuis ses débuts remarqués avec l’Orchestre symphonique de Montréal.

Titré à partir du nom de  l’emblématique film de François Girard Le Violon Rouge, ce concert présenté à la fête de la musique, appelle au souvenir et à la nostalgie. À l’image du film qui traverse plusieurs époques, Chooi, à qui nous avons pu échanger quelques instants avant qu’il monte sur scène, a conçu ce programme en suivant cette idée de connexion avec le temps et de ce violon qui traverse les générations.

Il a ouvert le concert avec la Chaconne de Vitali, suivi du Caprice du Violon rouge composé par John Corigliano pour terminer avec la fameuse Sonate pour violon de César Franck.  Signe que le destin fait bien les choses, son pianiste collaborateur Eden Chen, nous confiait également que lorsqu’il était jeune, la mère d’un des élèves du studio où il étudiait était celle qui incarnait la petite fille dans le film! 

Dès les premières notes, Timothy Chooi, soutenu de manière éloquente et feutrée au piano par Eden Chen, a séduit le public par une interprétation sensible et raffinée. Les différents caractères traversant le caprice étaient habités par un jeu tantôt intempestif, tantôt calme. La conclusion qu’il a offert avec la sonate de Franck avec ses trois mouvements typiques du lyrisme français du XIXe siècle a été envoûtante.

crédits photo : Tremblant

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hardcore / sludge

FME 2026 I Double Truck, double violence

par Saleh Balfaqih
Par un après-midi de samedi ensoleillé, alors que je manquais cruellement de sommeil et que je luttais contre une migraine carabinée, j’ai eu l’occasion de voir Truck Violence sur scène.
Le groupe est une figure de proue de la scène hardcore montréalaise depuis quelques années et, ce jour-là, il devait se produire à deux reprises. Le premier concert a eu lieu en salle ; c’était une prestation plus calme, avec des enfants dans le public. Plus tard dans la soirée, ils ont donné un concert secret en plein air, devant une poutine ouverte 24 heures sur 24, et ils ont tout donné. Étrangement, après avoir enchaîné ces deux prestations de Truck Violence, je me suis senti revigoré.

Le chanteur Karsyn Henderson impose une présence saisissante ; il arpente la scène avec assurance, telle une figure de prédicateur baptiste du Sud en plein sermon. Il est à la fois intense et féroce, tout en laissant transparaître une certaine tendresse. Le meilleur exemple en est sans doute la rare accalmie des deux concerts — une sombre ballade folk au banjo — où il chante I like it here right now (J’aime être ici, en ce moment) sur le titre Guns Buried in the Front Yard, sa voix se brisant dans une inflexion empreinte de douleur.
Le guitariste Paul Lecours et le bassiste Chris Clegg forment un duo soudé, propulsant les morceaux avec une telle puissance qu’on a envie de démolir un mur à coups de masse. À d’autres moments, leurs riffs lourds et poisseux donnent l’impression de patauger dans du goudron épais. Le nouveau venu du groupe, le batteur Thomas Hart, a martelé ses fûts avec une force et une férocité explosives.
Ensemble, les mecs de Truck Violence constituent une force impossible à ignorer. La qualité reste constante d'un set à l'autre. Truck Violence est aussi une véritable forge : intense, percutante, avec de brefs répit. Quand ils sont lancés, rien ne les arrête. Qu'on le veuille ou non, on est emporté par le tourbillon.
Impossible de résister à l'envie de bouger.

Experimental / percussions / post-punk

FME 2026 I Mek’Dr’Dr apporte des pelles et du post-punk décalé à Rouyn-Noranda

par Stephan Boissonneault

Mek’Dr’Dr, le duo post-punk minimaliste bruxellois composé de Mien Heyvaert (chant, basse) et Sara De Wit (chant, percussions), remporte haut la main le titre du groupe le plus inventif du FME cette année.

Sans oublier que leur nom est tout simplement hilarant à essayer de prononcer : mik der der, MEK DUR DUR, Mek Dr. ? Alors que nous nous approchions du concert secret par une douce fin d’après-midi, les yeux encore embrumés par la gueule de bois et la perception voilée par le soleil, la musique de Mek’Dr’Dr, fantaisiste et pleine de vie, résonnait sur les remparts de la ville. Le duo flamand interprétait des morceaux tirés de son premier album, No Safer Place Than a Toilet Seat.

Les voix résonnaient, avec des harmonies vocales entre De Wit et Heyvaert qui rappelaient presque le style de Björk, accompagnées d’une ligne de basse entraînante, d’instruments et d’objets percussifs (littéralement n’importe quoi, comme une pelle, des morceaux de bois, des carillons ou un xylophone Fisher-Price) et d’une vieille boîte à rythmes qui décidait parfois de s’arrêter net.

L’ambiance générale de Mek’Dr’Dr est assez expérimentale, notamment en raison de la grande variété d’objets percussifs entre lesquels De Wit alterne. Par moments, le duo faisait penser à des dauphins, me rappelant les B-52’s, et à d’autres, il transcendait les genres, mais là encore, c’était toujours plein de vie et, faute d’un meilleur mot, de bonne humeur. Pour la dernière chanson, De Wit a soufflé dans une bouteille de bière et de vodka en rythme avec la boîte à rythmes et la basse. C’était la conclusion parfaite de ce set ingénieux.

FME 2026 I Hologramme transforme le Petit Théâtre en discothèque torride

par Stephan Boissonneault

D’habitude, je ne suis pas vraiment fan des concerts électro du FME, car je fais le plein à MUTEK une semaine avant, mais cette année, je n’ai pas pu y aller.

Le mélange hétéroclite de substances dans mon organisme, associé à de très nombreuses bières, me donnait aussi envie de bouger ; un concert électro me semblait donc être le choix idéal. Alors que nous nous faufilions dans la salle obscure du Petit Théâtre, Clément Leduc, connu sur la scène électronique sous le nom d’Hologramme, déchaînait des synthés véritablement cinématographiques, aux accents d’Interstellar, pleins de bips et de blips.

La toile de fond ressemblait à une sorte d’hyperespace, une grille émeraude qui bougeait et pulsait au rythme des samples bruyants. Hologramme n’est pas un DJ électro comme les autres : ses drops house n’arrivent jamais quand on s’y attend, et juste au moment où l’on commence à ressentir le rythme brumeux, il change complètement de registre, jouant aux échecs 3D intergalactiques avec notre esprit. L’ambiance « Interstellar » s’est poursuivie, surtout après que la grille s’est transformée en images 2D de l’atmosphère terrestre, et qu’Hologramme nous a enfin libérés de sa basse implacable et mutante. Par moments, le spectacle était trop intense pour mon esprit fragile, tandis qu’à d’autres, j’ai perçu une affinité proche de celle de Bonobo ou de Com Truise.

Le Petit Théâtre s’est rapidement transformé en discothèque en sueur, et pendant les 20 minutes que j’y ai passées, tout semblait aller pour le mieux et un peu moins pesant à Rouyn-Noranda.

FME 2026 I Lou-Adriane Cassidy transforme la scène principale en son propre couronnement disco-funk

par Stephan Boissonneault

Même si je sais qu’elle est présente et très populaire au Québec depuis plusieurs années, c’est lors du FME de 2022 que j’ai découvert pour la première fois cette sensation de l’art-pop francophone qu’est Lou-Adriane Cassidy. Son concert sur la scène principale a donc été pour moi une sorte de retour aux sources.

Depuis son concert au FME de 2022, Lou-Adriane Cassidy a sorti trois albums, dont les plus récents sont Triste Animal et Journal d’un Loup-Garou, et elle est passée du statut de rockeuse indie jouant parfois de la guitare (comme lors de son concert au FME 2022) à celui de leader charismatique d’un formidable groupe de disco-funk.

Son interprétation de « Jamais tout à fait » était envoûtante : sa voix s’est ralentie jusqu’à devenir un murmure, dans un style jazz et adult contemporary, avant de donner le signal à son groupe de lancer la ligne de synthé aux accents italo-disco. Elle a également transformé tout le public en chœurs pendant « Valse frustrée » — des milliers de voix englouties dans l’air nocturne de l’Abitibi.

Je préfère le rythme plus improvisé de Triste Animal, le groupe de Lou-Adriane Cassidy, surtout en concert : c’est comme regarder quelqu’un passer d’une séance de spiritisme à une veillée autour d’un feu de joie. Sa voix maîtrisait les deux registres sans effort, descendant vers un grognement presque rauque à un moment, puis flottant vers des hauteurs angéliques et s’accrochant à l’air nocturne l’instant d’après.

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