électro-pop / Indigenous Soul Music

Présence Autochtone I Anyma Ora envoûte la Place des Festivals

par Michel Labrecque

Il y’a un « buzz »en ce moment à propos d’Anyma Ora, de son vrai nom Danyka Sioui. La musicienne Wendat issue de Wendake, en banlieue  de Québec, a remporté des prix ROSEQ, Stingray et LOJIQ, en 2025. Elle a beaucoup tourné au Québec ces derniers mois et poursuivra cet automne. 

« C’est sûr que de me retrouver sur la grande scène du festival Présence Autochtone est un grand honneur », me dit-elle en entrevue. « Avec ce genre d’événement, dans une grande ville, on sent aussi une ouverture des non-autochtones envers notre culture et c’est génial », ajoute Anyma-Danyka. 

Pourtant, sa discographie est minuscule: un EP, Humans, qui date de 2021 et un single de cette année, Fish. Sa musique est plutôt électro-pop, avec des paroles en anglais. Mais c’est quand on la voit sur scène, où elle mélange ces titres avec des chansons traditionnelles wendat, de la danse…et sa voix en direct, qui prend toutes sortes d’inflexions, qu’on réalise qu’Anyma Ora est dotée d’un potentiel fabuleux. 

« Pour moi, être autochtone ne signifie en rien qu’il faut faire de la musique traditionnelle », dit cette fille de musiciens qui a grandi en écoutant de la pop et a fait ses études primaire et secondaire en anglais. Son père, Gaétan Sioui, a produit et composé de la musique qui tentait de fusionner la tradition et la modernité, au début des années 2000. 

« Il m’a transmis la passion de la musique; quand j’avais 4 ou 5 ans, il me faisait écouter du Pink Floyd à plein volume », raconte Danyka avec une pointe de tristesse, car le paternel est décédé en 2014, à l’âge de 49 ans.

Sur la scène de la Place Des Festivals, on sent toutefois beaucoup de clins d’oeils à la culture autochtone. Et c’est quand elle chante une chanson en langue Wendat, cette langue presque disparue qu’Anyma est en train d’apprendre, sur un fond discret de clavier électro, que son âme et sa voix nous transpercent le plus. 

Il faut comprendre que la jeune artiste est toujours en train de définir sa trajectoire. Bien qu’elle chante en anglais, elle s’est adressée la foule uniquement en français, qu’elle parle comme une fille de Québec. 

« J’ai commencé à composer une pièce en français, mais c’est totalement différent de ce que je fais en anglais », m’a-t-elle confié. 

Anyka Ora entrevoit aussi un projet de disque en langue wendat. « Mais je veux y mettre tout le temps qu’il faut, approfondir ma connaissance de la langue et aller dans les communautés, avant de le faire ». 

Entretemps, paraîtra bientôt un deuxième EP, dont Anyma a chanté quelques pièces mercredi soir. De l’électro pop soignée, méditative, une suite logique, mais un brin plus sophistiquée, de Humans

Par les hasards de la vie, j’étais accompagné d’un jeune britannique, étudiant dans une université américaine, qui visitait Montréal pour la première fois. 

« Wow she is really fantastic », m’a-t-il répété à de nombreuses reprises, étant convaincu que c’était une étoile de la musique d’ici. 

Ça explique un peu le potentiel dont je vous parle. À suivre…

indie pop / indie rock

OSHEAGA 2026 I Mother Mother is Still Ghosting Our Dreams

par Charly Blais

While I was a big Mother Mother fan back in the day, I haven’t listened closely to a new Mother Mother album since Very Good Bad Thing came out in 2014. Yet, I still knew almost every song in their nostalgia-drenched, crowd-pleasing Osheaga set in the year of our lord 2026. Not only that, but I found myself singing all the words, somehow effortlessly pulling them from the depths of my dusty-ass teenage memories, a testament to how damn catchy they still are.

By the time they started in on their second song, « Verbatim, » I was compelled to drag my partner deeper into the pit. And I wasn’t the only one rocking out: people of all ages were having as much fun as the band seemed to be. 

After doing this for more than 20 years, it’s no surprise that Mother Mother’s set was as tight as my 30-something-year-old neck on the last day of a music festival weekend, with flawless vocals, magnetic chemistry between band members, and quick, seamless transitions.

The blasts from the past were not limited to Mother Mother’s catalogue. They also performed two meticulously arranged medleys: “Hayloft” mashed up with Nirvana’s “In Bloom” and “The Matrix” combined with The Pixies’ “Where is My Mind?”

An unreleased song, “Rot,” led vocally by the incomparable Molly Guldemond, reminded us that they aren’t just welcome ghosts, but still very much alive and kicking. I, for one, was moved enough to add the next Mother Mother album to my mental watchlist.

country pop / country-rock / indie pop

OSHEAGA 2026 I CMAT Vs. The World

par Charly Blais

Irish country-pop sensation CMAT’s electrifying Osheaga set almost didn’t happen. As she strutted onto the stage, CMAT, aka Ciara Mary-Alice Thompson, proclaimed that she and her band had been up since 4 a.m., her keyboardist had been taken out by food poisoning, and the airline had mistakenly sent all of their gear to Washington, D.C.

But apparently nothing can stop this redheaded tour de force. If anything, the resulting rage fueled a grittier, more explosive performance. 

Kicking off with “The Jamie Oliver Petrol Station,” the so-called Dunboyne Diana channelled everything she had into guttural screams and operatic vocals that had the whole crowd on her side despite some imperfections in the sound due to the missing equipment.

Without their usual setup, the setlist was out the window. Instead, she took requests from the audience and paid tribute to Leonard Cohen the “only way [she] knew how”: by getting her guitarist, Jack Wolter, to do The Worm while violinist Holly Carpenter played “Hallelujah.”

Cheekily flashing her red bloomers, CMAT radiated playful confidence. The lack of in-ear monitors meant she could barely hear herself, but the flip side of that was that she could hear the audience singing along clearly for the first time. 

And sing they did, Irish and Pride flags waving. I heard multiple people exclaim, “She’s so fun!” and at one point a group of fans started chanting, “Diva! Diva! Diva!”

She ended the emotional set by parting the crowd like the Red Sea, running deep into the pit to shout the chorus of her last song, “Stay For Something,” among the people. 

chant lyrique / classique occidental / opéra

Lanaudière 2026 | Macbeth, une tragédie portée par des voix d’exception

par Chloé Rouffignac

Malgré une pluie persistante qui n’aura jamais vraiment quitté l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay, le public était au rendez-vous pour assister au concert de clôture de la 49e édition du Festival de Lanaudière.

Yannick Nézet-Séguin à la tête de l’Orchestre Métropolitain dans une version de concert de Macbeth de Verdi portait déjà une valeur symbolique. L’enthousiasme palpable du public avant même d’entendre la première note témoignait de l’attente entourant cette soirée. Ironiquement, la météo contribuait presque à installer l’atmosphère sombre et tragique de Shakespeare.

Si l’orchestre trouve progressivement son plein équilibre entre quelques flottements d’intonation et de synchronisation ici et là, essuyant certains déséquilibres couvrant momentanément les chanteurs. Ce sont avant tout les solistes qui portent la tragédie du début à la fin. Étienne Dupuis compose un Macbeth très humain contrairement aux figures héroïques ou très démonstratives que l’on retrouve souvent dans le rôle. Cette version-là est pleine de nuance, de retenue et incarne l’introspection et la torpeur sans pour autant sacrifier l’autorité vocale – et théâtrale – du personnage. Un choix crédible dont la sobriété nous a invités à tendre l’oreille à plusieurs reprises. Face à lui, la soprano Saioa Hernandez conjugue puissance vocale et engagement dramatique constant, sans tomber dans l’excès ou la caricature. Pour autant son magnétisme récolte des exclamations du public dès le premier acte. Ensemble, les deux artistes démontrent une alchimie singulière dans leur présence scénique et vocale.

Autour de ce couple central, Alexandros Stavrakakis prête à Banquo une présence grave et solide, tandis que Matthew Cairns offre un Macduff touchant, notamment dans son grand air empreint de douleur dont les dernières notes furent couvertes par les applaudissements impatients du public. Les interventions d’Elizabeth Polese, Vartan Gabrielian, Geoffroy Salvas et Owen McCausland complètent une distribution d’une remarquable homogénéité où chaque rôle, même plus bref, trouve pleinement sa place.

L’ensemble gagne en cohésion dans le deuxième Acte, résolument le plus réussi de la soirée. Les pupitres dialoguent avec précision; le drame se solidifie notamment dans la section des cuivres. Il (le drame) est habité autant par les chanteurs que les instrumentistes. Yannick Nézet-Séguin accompagne cette montée en puissance avec une direction extrêmement dynamique dans la montée en puissance du texte. Faisant émerger les contrastes de Verdi avec la grande fluidité qu’on lui connaît. Même privé de mise en scène, il a su conférer à cette version de concert la force narrative unique (et primordiale) de cet opéra. 

L’enthousiasme du public, en revanche, aura parfois produit un effet paradoxal. Les applaudissements, fréquents entre plusieurs tableaux, interrompent régulièrement le déroulement dramatique et obligent le chef à reconstruire la tension musicale à de nombreuses reprises. Si ces réactions témoignent sans équivoque de l’admiration suscitée par les interprètes, elles brisent néanmoins le fil dramatique d’une œuvre qui tire précisément sa puissance de sa continuité.

Impossible, enfin, de passer sous silence le Chœur Métropolitain dont l’engagement pluri-dimensionnel – dans le rôle des sorcières notamment – contribue avec précision à l’ampleur du drame. 

Au terme de cette soirée, Macbeth nous retient émerveillé, tant par la virtuosité des chanteurs que par la puissance de l’orchestre et la nature qui se mêle au théâtre. Une conclusion qui marquera durablement les esprits et plus largement cette belle édition du Festival.

crédits photo : Gabriel Fournier  

électro-pop / indie pop / industriel / synth-pop

OSHEAGA 2026 | Lorde clôture le festival Osheaga au rythme de son propre cœur

par Stephan Boissonneault

Son concert de clôture sur la scène principale d’Osheaga a débuté par un moniteur cardiaque — un enregistrement vidéo d’Ella Marija Lani Yelich-O’Connor (plus connue sous le nom de Lorde) —, puis elle est apparue sur la scène latérale et s’est mise à danser au rythme d’une ligne de basse jouée sur un Korg Kaoss Pad. Nous avons ensuite eu droit à une version d’une minute de « Royals », sorti (mon Dieu… il y a 13 ans) sur l’album Pure Heroine, qui a propulsé cette pop star atypique et introspective au sommet de la gloire.

J’ai tout de suite remarqué le mouvement de caméra pendant la prestation de Lorde : une prise de vue plongeante et cinématographique, oscillant entre des moments très intimes où l’on voit son visage et sa tenue en gros plan (un imperméable noir Arc’teryx et un pantalon de survêtement). Lorde était également équipée d’un moniteur cardiaque, et la toile de fond visuelle affichait ses mesures (des signes vitaux ésotériques et en lien avec le thème de l’album, comme « Melodrama », son rythme cardiaque réel et ses battements, ainsi que les résultats de son ECG). L’arrière-plan visuel diffusait également différentes vidéos du spectacle — davantage axées sur le décor, composé de deux danseurs flamboyants, d’un groupe d’accompagnement (ce qui était très surprenant étant donné qu’une grande partie du nouvel album est issue d’une production studio assistée par ordinateur) et d’une fontaine argentée à gauche de la scène, que Lorde et les danseurs ont beaucoup mise à profit pendant le concert.

Lorde a parcouru chaque recoin de la scène dans une frénésie synchronisée, tandis que les effets visuels se transformaient en images floues, post-technologiques et informatisées, en parfaite adéquation avec le titre « Shapeshifter » et la teinte industrielle et banlieusarde du dernier album.

dance-pop / pop

OSHEAGA 2026 I Zara Larsson’s Lush, Yet Dull Symphony

par Stephan Boissonneault

Based on the attendance of her Osheaga (and Lollapalooza) headlining shows, I’m probably definitely in the minority when I say I find Zara Larsson’s music quite dull and manufactured. Still, as she appeared on stage with her host of dancers at her River stage show, the crowd—packed to the gills—went bonkers for this real-life Swedish Barbie. She also had a band, which I can appreciate in this modern pop backing track age, but much of their Midnight Sun instrumentation was blown out and overshadowed by the generic pop beats and Larsson’s vocals.

The big pop star shows at Osheaga always have an eye-catching set, but Zara Larsson’s, which featured (what looked like cardboard) cut-outs of rolling hills and tropical flowers, felt like window dressing that added nothing to the songs. If you want to actually make your set dressing thematically mean something, take inspiration from Not For Radio or even Lorde’s Osh art decor. Theirs had a pulse, and Zara Larsson’s felt like a Pinterest board.

Larsson’s one addition was the pink sports car (with the license plate Puss Puss 97), which was funny, but fleeting as it disappeared into the « lush » landscape. Zara Larsson herself has an amazing voice, but the songwriting is very paint-by-numbers Top 40 pop — a little cumbia beat here, a 4/4 dance shimmer there, with some sexual innuendos there —there’s no real grit to it, and I couldn’t pick it out from the other pop tracks. You could put these plain-jane lyrics under any beat, and the result would be the same. Great voice, boring songwriting.

Again, these songs are not for me. They’re for Olivia, the young girl who was at the front of the barricade and was picked by Zara Larsson to dance with her on stage and received a signed t-shirt in front of 50,000 people. I’m sure that will be a memory many hold dear. Not me.

Photo by Tim Snow

Hip Hop

OSHEAGA 2026 I Clipse Drip with Swag on the Mountain

par Stephan Boissonneault

As buckets of rain poured from the sky and flooded the VIP terrace floors, I was able to witness hip-hop royalty slay the Mountain stage. Clipse, the mad duo of brothers Gene « Malice » and Terrence « Pusha T » Thornton, burst onto the stage with « Chains & Whips, » the second track off their fantastic comeback album, Let God Sort Em Out, which came out of nowhere last year.

As the bassy beat thundered, Clipse looked as if they were trying to show each other up—both wearing expensive jackets (Louis Vuitton, of course) and then switching into T-shirts and each wearing three to four luxury, blinged-out diamond chains (easily costing over a million dollars). The luxury swag, rappers-living-in-paradise vibe was quickly conveyed by these legends.

As the show continued, the visual backdrop featured moments in time for the Clipse brothers, like the time a few of their gangster friends were arrested for drug and weapons charges. We saw many of these images: legions of pistols, machine guns and bags of delicious cocaine on a quick slideshow that felt very early 2000s. It was real gangster shit, and hit harder than any hip-hop throwback act of the previous 10 years.

I was taken back to my boom bap discovery days during « Keys Open Doors, » from the 2006 album Hell Hath No Fury and grooved my heart out to « Popular Demand (Popeyes). » We heard a bunch of Let God Sort Em Out, including the closer « The Birds Don’t Sing, » but alas, John Legend did not appear. Clipse are legends, and I’m glad they’re back.

Photos by Tim Snow

rock alternatif / shoegaze / trip-hop

OSHEAGA 2026 I Not For Radio se réincarne sur la scène de la Forêt

par Stephan Boissonneault

Pour moi, qui assiste à ce festival depuis environ cinq ans, il y a toujours une découverte à faire à Osheaga, et cette année, c’était Not For Radio.

Il s’agit du projet solo de Maria Zardoya, du groupe The Marías, et mon Dieu, quelle ambiance atmosphérique et éthérée ! J’adore l’album Submarine (2024) de The Marías, alors si j’avais su qu’il s’agissait de la même artiste, je me serais précipitée vers la scène de la Forêt pour me laisser emporter par la musique.

Je n’ai pu assister qu’à la dernière moitié du concert, mais Zardoya m’a immédiatement captivé lorsqu’elle a interprété Comet, vêtue d’une robe en maille couleur albâtre, sur une scène décorée sur le thème de la nature moussue, avec un monticule d’herbe verte au centre. L’éclairage bleu sarcelle se reflétait sur les murs, imitant la pluie, ce qui renforçait le caractère mystique de l’ensemble.

Alors que la plupart des morceaux de The Marías s’appuient sur des riffs accrocheurs et des falsettos, le tout sous un mur de dream pop aux accents shoegaze, Not For Radio présente un rock trip-hop alternatif, avec une musique qui rappelle presque Portishead, dont les chansons vous bercent dans un sommeil brumeux avant d’exploser dans une fureur de répétitions vaporeuses.

La voix de Maria Zardoya a ce côté soyeux, avec ses puissantes lignes de voix de tête qui résonnent jusqu’au ciel. J’ai apprécié le fait que le groupe joue en live, car c’est le genre de son qui aurait très bien pu se contenter d’une bande-son, mais qui est tellement mieux mis en valeur par les instruments joués en direct. Après une chanson, Zardoya s’est allongée sur le monticule herbeux, comme pétrifiée, tout en chantant le refrain répétitif de Back To You.

Un homme vêtu de noir — qui ressemblait au Frankenstein de Guillermo del Toro — a soulevé Zardoya et l’a emportée hors de la scène. Après que son groupe eut improvisé sur un morceau d’orgue synthétique à la Castlevania, Zardoya est réapparue vêtue d’une robe noire gothique.

Je suppose que le groupe White Not For Radio est mort et s’est réincarné en cette version plus sombre, à l’image du cygne noir. Tout cela était très théâtral et calculé, et a eu un impact considérable en très peu de temps. Désormais, je vais suivre de près tout ce que Not For Radio a fait et fera à l’avenir, merci.

Crédit photo: Benoit Rousseau

dance-punk / post-punk

OSHEAGA 2026 I Viagra Boys au centre d’un gigantesque défouloir

par Marc-Antoine Bernier

Samedi à 18 h 55, sur la Scène de la Vallée d’Osheaga, les Viagra Boys n’ont pas perdu de temps avant de transformer le site en gigantesque défouloir.

Dès Man Made of Meat, le logo Infinite Anxiety Tour s’affiche derrière le groupe avant de céder progressivement la place à une succession de captations en noir et blanc fortement contrastées, de bains de lumière rouge et d’effets glitch ponctués d’images presque subliminales.

Au centre de cette déferlante visuelle, Sebastian Murphy débarque torse nu, tatouages bien en vue, avec l’assurance d’un provocateur aussi imprévisible que charismatique. Derrière lui, les six musiciens propulsent le tout à coups de lignes de basse massives, d’une batterie implacable et d’un saxophone déchaîné qui fait constamment basculer le post-punk vers quelque chose de beaucoup plus dansant.

Viagra Boys démontre rapidement que derrière son humour absurde se cache une mécanique redoutable. Chaque morceau repose sur un groove implacable qui transforme ce post-punk sale et nerveux en une irrésistible invitation à danser. Punk Rock Loser est repris à pleins poumons par la foule, Ain’t No Thieffait spontanément taper des mains, tandis que Uno II offre un moment plus relâché sans faire retomber l’énergie. Le solo de saxophone qui conclut Down in the Basement provoque même une scène improbable : une partie de la foule se met à en hurler les notes, comme si le musicien lançait un appel auquel son propre clan répondait.

Murphy ponctue le concert de quelques sorties irrévérencieuses, lançant notamment un « Free Palestine » avant Troglodyte, puis laisse les chansons parler d’elles-mêmes. L’absurde atteint son sommet avec Sports, dont la litanie de mots lancée d’une voix détachée est reprise avec un enthousiasme contagieux par un public qui sait exactement ce qui s’en vient et explose au premier « SPORTS! ».

Le finale, Research Chemicals,résume parfaitement l’esprit du groupe. Murphy descend surfer sur la foule avant de tenter quelques pompes avec une détermination inversement proportionnelle à ses talents d’athlète, pendant que le saxophone se déchaîne au-dessus d’une basse hypnotique. Les Viagra Boys donnent l’impression qu’un groupe de marginaux a accidentellement trouvé le moyen de devenir une excellente machine à faire danser, et personne n’a envie de corriger l’erreur.

Alt-punk / punk hardcore

OSHEAGA 2026 I Turnstile, fièvre technicolore

par Marc-Antoine Bernier

Il y a quelque chose de singulier chez Turnstile. Héritier du hardcore, le quintette de Baltimore en repousse pourtant les frontières en privilégiant le groove, les mélodies et un esprit de rassemblement rarement associé au genre. Samedi soir, sur la Scène de la Vallée d’Osheaga, cette vision s’est incarnée devant une foule fébrile, confirmant pourquoi Turnstile compte aujourd’hui parmi les groupes rock les plus en vue.

Alors qu’une simple mire de barres colorées occupe l’écran géant, les musiciens rejoignent calmement leurs instruments dans une scène presque minimaliste. En apparence anodine, ce choix visuel tranche avec les codes traditionnellement sombres du punk et du post-hardcore. Le tout est accompagné des nappes de synthétiseurs de Never Enough, pièce inaugurale de leur plus récent album. Dès les premiers accords, cette identité lumineuse et moderne s’impose, tout comme l’impatience de la foule qui attend les premières paroles de Brendan Yates. Lorsque celui-ci entonne les premières paroles, immédiatement reprises par des milliers de spectateurs, l’énergie accumulée éclate enfin.

La transition vers T.L.C. (Turnstile Love Connection) fait instantanément grimper l’intensité. Courte, rapide et sans retenue, la chanson rappelle l’urgence de groupes comme Bad Brains ou Black Flag. Les cris de Yates et l’engagement physique de tout les membres de l’audience donnent le ton à une prestation où chaque morceau semble propulser la foule un peu plus loin dans l’euphorie.

L’un des aspects les plus marquants du concert demeure toutefois sa mise en scène. Plutôt que de privilégier des animations élaborées, Turnstile choisit de placer son public au centre de l’expérience. Les écrans diffusent constamment des images captées au cœur des mosh pits et des circle pits, ainsi que des plans tournés à la caméra portée directement dans la foule. Éclairées par une lumière blanche crue, ces images évoquent l’esthétique d’une vieille caméra vidéo et renforcent l’impression d’assister à un moment spontané plutôt qu’à un spectacle parfaitement chorégraphié. Plus encore, elles mettent en valeur la diversité du public : jeunes adolescents, parents, sexagénaires, tous semblent partager le même enthousiasme.

La setlist, principalement composée de morceaux tirés de Glow On et Never Enough, entretient constamment cet équilibre entre décharge d’adrénaline et moments plus contemplatifs. Des pièces comme Holiday ou Birds déclenchent les plus violents mouvements de foule, tandis que I Care, Mystery ou encore la longue Look Out for Me ouvrent des respirations où les textures plus alternatives, les synthétiseurs et les rythmes dansants prennent le relais sans jamais casser l’élan du spectacle.

Le point culminant survient justement avec Birds, interprétée en clôture. Au moment où Brendan Yates invite la foule à sauter et que des milliers de personnes reprennent en chœur « Finally I can see it / These birds not meant to fly alone », le concert dépasse la simple démonstration d’énergie. Il devient un moment de communion où chacun semble porté par les autres.

En quittant la scène de la Vallée, il restait surtout cette impression d’avoir participé à une immense libération collective. Turnstile ne cherche plus seulement à faire exploser les codes du hardcore : le groupe les transforme en un espace où la rage, la vulnérabilité et la joie coexistent, faisant de cette prestation l’un des moments les plus fédérateurs de la journée.

One of the most striking aspects of the concert, however, is its staging. Rather than relying on elaborate visuals, Turnstile chooses to place its audience at the center of the experience. The screens constantly display footage captured from within the mosh pits and circle pits, as well as shots filmed with a camera held directly in the crowd. Bathed in harsh white light, these images evoke the aesthetic of an old video camera and reinforce the impression of witnessing a spontaneous moment rather than a perfectly choreographed show. Moreover, they highlight the diversity of the audience: young teenagers, parents, and people in their sixties—all seem to share the same enthusiasm.

The setlist, consisting mainly of songs from Glow On and Never Enough, constantly maintains this balance between adrenaline-fueled bursts and more contemplative moments. Songs like “Holiday” and “Birds” spark the wildest crowd reactions, while “I Care,” “Mystery,” and the extended “Look Out for Me” provide breathing room where more alternative textures, synthesizers, and danceable rhythms take over without ever breaking the show’s momentum.

The climax comes precisely with “Birds,” performed as the finale. The moment Brendan Yates invites the crowd to jump and thousands of people sing along in unison to “Finally I can see it / These birds not meant to fly alone,” the concert transcends a mere display of energy. It becomes a moment of communion where everyone seems carried along by the others.

Leaving the La Vallée stage, what remained most of all was the impression of having participated in an immense collective liberation. Turnstile no longer seeks merely to shatter the conventions of hardcore: the band transforms them into a space where rage, vulnerability, and joy coexist, making this performance one of the most unifying moments of the day.

Photos by Benoit Rousseau

dream-pop / indie rock / rock alternatif

OSHEAGA 2026 I Filles hot au musée

par Marc-Antoine Bernier

Pour Museums, la prestation de samedi après-midi à Osheaga représentait bien plus qu’un simple concert : il s’agissait d’une étape charnière dans leur jeune carrière. Installé sous le demi-dôme de la scène SiriusXM, face à l’une des nombreuses zones de détente du festival, le quatuor montréalais a su transformer un créneau souvent difficile en véritable démonstration de son potentiel.

Dès les premières notes de In Waves, Ali Kouri capte immédiatement l’attention grâce à une présence chaleureuse et naturelle. Ce qui impressionne surtout, c’est la confiance avec laquelle Museums occupe une scène de cette envergure malgré son jeune parcours.

Souriante, guitare en bandoulière, la chanteuse mène le groupe dont la cohésion saute immédiatement aux yeux. Dès les premières minutes, le public oscille, danse et accompagne le groupe avec un enthousiasme grandissant. Porté par une énergie légèrement euphorique, le morceau déploie des mélodies accrocheuses, tandis que le refrain « It comes, it comes / in waves » continue de résonner bien après sa conclusion.

Ur Best met ensuite en valeur la dimension plus émotive du groupe, alors que This Can Be It, tirée de l’EP du même nom paru en juin dernier, démontre leur talent pour les riffs puissants et les refrains fédérateurs.

Sur scène, la complicité entre les musiciens est évidente. Il est impossible de dire si le bassiste joue de sa basse ou si c’est elle qui joue de lui, chacun de ses mouvements épousant naturellement le rythme des morceaux. Quant au guitariste principal, il enrichit constamment les pièces par ses harmonies..

Au fil du concert, de plus en plus de festivaliers se laissent attirer vers la scène, emportés par ce mélange d’indie rock, de dream pop et de rock alternatif. Le groupe en profite pour dévoiler une nouvelle composition, plus sombre et contemplative que les précédentes, dont la finale explosive constitue l’un des moments forts de la prestation. Le batteur y abandonne enfin la retenue qui caractérisait son jeu jusque-là, laissant exploser toute la fougue de la pièce.

En 30 minutes, Museums a réussi son baptême osheaguien avec assurance et a laissé l’impression d’un groupe déjà prêt à viser des scènes encore plus importantes.

Lanaudière 2026 | Un festin symphonique en quatre services, signé Liu et Payare

par Julie Thériault

Ce samedi 1er août, l’humidité presque tropicale n’a pas empêché une soirée électrique à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay (le commanditaire sera content!), soirée d’énergie, de finesse et de découvertes… Le public estival de Lanaudière semblait ravi par ce programme audacieux, de Penderecki à Prokofiev en passant par un Tchaïkovski plus léger et méconnu, en culminant vers la totale mise en valeur  de l’orchestre dans la Suite sylphe de Prokofiev… On se serait cru dans une navette spatiale prête à décoller!!! 

En guise de dessert de ce concert, on a pu pleinement savourer la palette de couleurs de cet orchestre fabuleux, et l’énergie contagieuse de son chef chéri si fougueux, à la tombée de la nuit humide dans la suite scythe de Prokofiev. Cette œuvre, à l’origine commandée comme musique de ballet par Diaghilev, mais finalement refusée par celui-ci nous plonge efficacement dans un cinéma intérieur très inspiré. Extrêmement puissant et presque sauvage au début (on se souvient d’un sacre du printemps de Payare absolument électrisant à la Maison symphonique), on passe éventuellement au 3e mouvement complètement contrasté et magique (la nuit). Complètement transportés du début à la fin! Il ne faut jamais oublier que ces musiques ont inspiré les compositeurs des grandes musiques épiques, hollywoodiennes…

Le soliste tant attendu, gagnant du grand concours Chopin en avait beaucoup dans son assiette… Son interprétation  du 3e concerto de Tchaïkovski démontrait toute sa finesse, sa brillance, sa virtuosité. Cette œuvre moins connue, venait nous donner un peu de fraîcheur dans ce programme intense… bel entremets!!

Les qualités de Bruce Liu dans le Tchaïkovski étaient moins évidentes dans le Prokofiev —qui nécessite une puissance extrême— une personnalité presque décadente qui peut mener l’auditeur au nirvana… Un piano de concert neuf pieds n’aurait pas été un luxe pour se mesurer à un tel orchestre… En rappel, le pianiste de concert nous a offert une interprétation délicieuse, toute en finesse, de l’étude op.25 no1 de Chopin… La maîtrise est telle qu’on oublie que c’est une étude : on penserait entendre un nocturne… quel cadeau!!

Et comme magnifique hors-d’œuvre à ce concert, véritable prélude à tout ce qui nous attendait, la Sinfonietta no 1 de Penderecki. Pour cordes seulement, l’œuvre nous a fait apprécier les solii des premières chaises, ainsi que le contraste entre le grand orchestre à cordes (quel délice) et la musique de chambre.

Bref, une soirée réussie; un public excité de découvrir  à la fois une star internationale du piano (et formée à Montréal!!), et des œuvres moins connues si bien rendues par Rafael Payare et sa brigade ! 

Crédit photo: Gabriel Fournier

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