expérimental / contemporain

Suoni 2026 | Jardin botanique, pont céleste

par Joséphine Campbell-Lashuk

Ce vendredi 19 juin aux Suoni Per Il Popolo, Jardin botanique a interprété son album Isthmus (qui signifie « pont terrestre ») de son introduction mélodique et légère jusqu’à sa conclusion rythmée par une basse profonde. L’intimité et la douceur du synthétiseur ont été explorées à maintes reprises, et ce duo montréalais de musique ambient synthétique sait maîtriser cette délicatesse fragile. Leur instrumentation, tout comme leur nom, rappelle le célèbre album qui fête cette année ses 50 ans, Mother Nature’s Phantasia, mais Isthmus adopte une perspective humaine.

La performance semble inviter à la célébration des petites choses de la vie. Le parcours est celui d’une attention minutieusement maîtrisée. Kate Bundy, l’une des deux membres du duo de synthétiseurs, entretient cette attention avec soin ; sa prestation place l’écoute avant l’action au centre de l’expérience et nous invite ainsi à faire de même. Principalement debout devant ses synthétiseurs, elle crée des nappes sonores ponctuées de mélodies intentionnelles ainsi qu’un long solo de cloches. Bundy s’éloigne de ses synthétiseurs pour nous présenter ces cloches dans une danse ondulante et vénérative qui nous fait comprendre qu’à cet instant, les cloches sont la chose la plus importante de l’univers.

Une vidéo composée de photographies découpées était projetée sur le mur du fond. Cette vidéo, réalisée par Jean-Guillaume Bastien, le deuxième membre du duo, est constituée de souvenirs partagés par les musiciens. On voit d’abord les objets qui définissent ces souvenirs : le grand tournesol, le bonhomme gonflable qui bat des bras, la haie parfaitement taillée. Puis on nous présente l’arrière-plan dont ces objets ont été découpés : le ciel, la chaîne de montagnes, le champ de maïs. Au fur et à mesure que le concert avance, nous entendons des pulsations émerger d’un fond sonore diffus qui gagnait lentement en complexité. Des synthés de basse plus profonds deviennent ce qui vous captive. Tout cela culmine dans le morceau final, où une mélodie arpégée, rythmée et lumineuse, rencontre une basse légèrement distordue. Cela attire notre attention sur le jeu précis entre le premier plan et l’arrière-plan.

Une vidéo composée de photographies découpées était projetée sur le mur du fond. Cette vidéo, réalisée par Jean-Guillaume Bastien, le deuxième membre du duo, est constituée de souvenirs partagés par les musiciens. On voit d’abord les objets qui définissent ces souvenirs : le grand tournesol, le bonhomme gonflable qui bat des bras, la haie parfaitement taillée. Puis on nous présente l’arrière-plan dont ces objets ont été découpés : le ciel, la chaîne de montagnes, le champ de maïs. Au fur et à mesure que le concert avançait, nous avons entendu des pulsations émerger d’un fond sonore diffus qui gagnait lentement en complexité. Des synthés de basse plus profonds deviennent ce qui vous captive. Tout cela culmine dans le morceau final, où une mélodie arpégée, rythmée et lumineuse, rencontre une basse légèrement distordue. Cela attire notre attention sur le jeu précis entre le premier plan et l’arrière-plan.

Le duo nous livre un récit de lieux inspirés de leur attachement à la fois à Athènes, en Géorgie, et à Montréal, ainsi qu’à l’isthme spirituel qui les relie. C’est précisément la spécificité de leur expérience qui fait de cette œuvre un moment si émouvant et une expérience si fédératrice. Un isthme se tisse également entre le public et Jardin Botanique.

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chanson française / chanson keb franco / pop symphonique

Francos 2026 | Deux (albums de Pierre Lapointe) par deux rassemblés… et magnifiés

par Alain Brunet

Pierre Lapointe n’en est pas à sa première aventure symphonique, celle-ci vient assurément magnifier son œuvre, c’est du moins ce qu’on a constaté jeudi 18 juin à la Maison symphonique, premier de deux concerts avec ce même programme. La forêt des cœurs abîmés, titre mashup de deux albums : Treize chansons démodées pour ceux qui ont le cœur abîmé et aussi (surtout) La Forêt des mal-aimés dont on célèbre deux décennies d’existence par une relecture symphonique. 

L’Orchestre Métropolitain et son chef invité, Thomas Le Duc-Moreau, ont ainsi mené à bien cette relecture symphonique arrangée et orchestrée par l’auteur-compositeur Antoine Gratton, réputé spécialiste des arrangements pour cordes dans la pop culture. Ce que Gratton a imaginé pour Lapointe tient du classicisme dans sa démarche. 

Prenons l’exemple du post-romantisme pour l’illustrer:  jusqu’au milieu du siècle précédent, par exemple,  il s’est trouvé des compositeurs post-romantiques pour la musique symphonique comme pour la musique de film, c’est-à-dire que leur esthétique orchestrale restaient  fidèles aux acquis des Wagner,  Brahms, Bruckner, Tchaïkovski et autres Chopin, réalisés plusieurs décennies avant leur ère. Le son hollywoodien repose en bonne partie sur ce socle. 

Le phénomène du classicisme existe certes depuis que la culture existe, on décide d’assumer sa préférence pour une esthétique et on s’applique à la reproduire tout en souhaitant y apporter sa touche. La musique populaire n’y fait pas exception.

Et si on embrasse ce concept, on adore se perdre dans La forêt des cœurs abîmés. On ferme les yeux, on redécouvre tous les procédés orchestraux de la chanson française, de l’Après-Guerre au tournant des années 70. On ferme les yeux, on entend les sons de Francis Lai, Paul Mauriat, Raymond Lefèvre, Jean-Michel Defaye, Michel Legrand, Michel Colombier bref ces grands arrangeurs et leaders d’orchestres  ayant étoffé les mélodies et harmonies des chanteurs français les plus accomplis de cette époque, Aznavour, Ferré, Brel, Vian, Gainsbourg première mouture, Dalida, Barbara, on en passe.

Post-romantisme, impressionnisme, modernité, chanson française « classique », ce comfort food raffiné était la rampe de lancement des albums de Pierre Lapointe ici réinventés en mode symphonique.

La première partie du programme a été particulièrement classique, les « chansons démodées » et « accords défraîchis » de cet album récent, ses mélodies, ses texte ou son français normatif s’y prêtaient parfaitement. On aura noté que les réharmonisations étaient rares, que l’on respectait les accords des chansons en y ajoutant des ornements et rythmes variés comme certains emprunts afro-caribéens très en vogue dans les années 50.

À l’instar de La Forêt des mal-aimés, la seconde partie était plus moderne, plus audacieuse, néanmoins sobre et plutôt conventionnelle. Et nous montrait un Pierre Lapointe vraiment pas conventionnel, tout à fait spectaculaire dans une tunique aux couleurs pastels assortie de leggings et crocs stylisés, seul décor (onirique?) sur scène comme le chanteur l’a lui-même constaté de vive voix devant une foule hilare.

Sauf une petite erreur en première partie, Pierre Lapointe s’en est fort bien tiré. Sa voix a porté comme il se devait, ses excellents textes n’ont pas été occultés par l’orchestre dont le maestro a maintenu l’équilibre avec circonspection, l’élégance et le panache de la proposition ont propulsé encore plus loin la matière de ses deux albums au programme, dont le second réalisé par Jean Massicotte demeure l’opus clé de son œuvre.

Crédit photo: Benoît Rousseau

R&B / soul/R&B

Francos 2026 | Quand le hasard mène à Myra

par Sandra Gasana

À la base, je n’avais pas l’intention de couvrir le spectacle de Myra aux Francos. Mais entre le concert de Luiza et celui de Juste Shani, eh bien, il y avait 1 heure de battement, et c’est là que je me retrouve en face de Myra.

Je pensais découvrir cette artiste venue de France, accompagnée d’un guitariste/choriste/DJ, mais c’est au bout de quelques chansons que je me suis rendue compte que je la connaissais. En fait, j’étais tombée sur le morceau « des bisous » sur lequel elle a collaboré avec Aupinard (qui est également dans la programmation cette année), et j’avais eu un coup de cœur. Rien n’est par hasard.

Pour une première au Canada, elle avait déjà un petit fan club qui connaissait très bien ses morceaux et d’autres la découvraient. Parmi les instrumentaux qui sortaient des platines, nous avions un peu de tout, allant de la bossa nova au zouk/kompa.

« J’ai sorti un album en début d’année qui s’appelle YAPI » nous apprend-elle avant de nous jouer « Rebetiko » en mode voix-guitare et dont le clip a été tourné en Grèce, son pays natal. Sa voix me fait penser à celle d’Emma Peters, comme s’il y avait un filtre dessus.

Elle s’adresse à la foule à plusieurs reprises, en français et dans un anglais impeccable aussi, tout en mentionnant qu’elle produit et qu’elle monte ses propres clips. Une femme aux multiples talents.

Elle a aussi chanté des morceaux de son microalbum Après la pluie paru en 2025, comme « Des fleurs ». Elle a offert une surprise à son public en invitant Mauvaise Bouche sur scène, une artiste française que je ne connaissais pas du tout. Les deux ont collaboré sur « C’est bien » et leur complicité était palpable sur scène.

Elle a terminé son concert sur une note plus festive avec quelques effets sur sa voix et des rythmes dansants. Je ne regrette pas d’avoir atterri au Pub des Brasseurs par hasard, cela m’a permis de mieux découvrir Myra.

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bluegrass / folk-punk

Francos 2026 | Quebec Redneck Bluegrass Project et Alice Bro fusionnent au MTelus

par Michel Labrecque

Quoiqu’on pense du folk punk ou du bluegrass festif du Quebec Redneck Bluegrass project, assister à un de leur spectacle rend toute critique désuète ou inutile. Le groupe saguenéen, créé en Chine en 2006, a enflammé la salle MTelus, a sécrété des endorphines musicales dans un amphithéâtre quasi rempli.

En moins de deux chansons, le public, largement composé de vingtenaires et de trentenaires, dansait, claquait des mains et chantait à tue-tête. Le party allait durer près de 90 minutes, non stop.

Il y a quelque chose dans l’énergie du groupe, composé du compositeur JP Le Pad, de la violoniste Madeleine Bouchard, du mandoliniste Nicolas Laflamme et du contrebassiste François Gaudreault – en caleçon et bedaine à l’air- qui rappelle les Cowboys fringants. Mais en mode plus « alcoolisé », si je peux utiliser cette métaphore. Cela dit, point besoin de consommer quoique ce soit pour être emporté dans ce tourbillon, bien que leur avant dernier album s’intitule J’ai Bu.

Le QRBP est un phénomène populaire fascinant: ce groupe s’auto produit de façon indépendante, invite son public à fêter, à célébrer la vie, malgré ses aspects parfois difficiles. Le public semble se rassasier de cette authenticité. Et le mélange de bluegrass et de folk, avec des touches de punk, fonctionne à plein régime.

Beaucoup de pièces du récent Qu’acoustis-j Qu’ouïs-je Qu’entends-je ont été livrées, dont P’us d’planète, une chanson grivoise qui évoque la disparition de notre planète. Car c’est ça aussi le QRBP: une description du quotidien ou le ludique et le lucidité se côtoient. Avec des refrains comme : « Essaie d’élever des enfants par icitte » ou « On vend tu tout pis on crisse notre camp ? », qui posent des questions sur le sens de la vie, avant de relancer le party.

En première partie, Alice Bro a, elle aussi, enflammé la salle. La banjoïste, avec une grosse caisse sur son dos, était un complément parfait au QRBP. La jeune femme de Terrebonne décrit sa musique comme du « folk sale ». Dès le début de sa prestation elle a demandé au public: « Êtes-vous prêt à virer chaudaille avec nous? ».

Son premier album complet s’intitule 100 Filtres, en hommage à la cigarette, qui inclut des titres comme Lequel tu liches et Mange moi donc.

Alice Bro, qui compte parmi ses influences Bernard Adamus, Plume Latraverse et Mike Ward, aime provoquer. Tout en faisant parfois réfléchir.

Alice Bro est un OVNI étrange, qui semble avoir trouvé son public. Accompagnée d’un violoniste étonnant, d’une section de cuivres et d’un accordéoniste, en plus de la contrebasse, le « folk sale » d’Alice Bro s’est transformé en musique de cirque, avec des couleurs balkaniques, qui apportaient une touche de complexité musicale dans cette ambiance résolument festive et pas politiquement correcte pantoutte!

De tout évidence, le public a apprécié sa soirée. En cette époque incertaine, pourquoi pas « virer chaudaille » en attendant qu’il n’y aie « P’us d’planète » ?

Crédit photo: Productions Novak

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chanson keb franco / folk de chambre

Francos 2026 | Marie-Pierre Arthur en douceur, superbe bivouac

par Alain Brunet

Quelques semaines après la sortie d’Ensemble doux, superbe bivouac avec un ensemble doux, un 17 juin aux Francos. Installés au centre de salle de concert des Foufounes Électriques, les artistes étaient emmitouflés, l’étoffe étant le public qui les entourait à 360 degrés. Où qu’on fusse , l’effet de proximité était immédiat lorsque s’amorçait ce nouveau concert de Marie-Pierre Arthur.

Les ressources de l’artiste sont immenses, elle a su ajouter une pierre à son édifice avec ce très beau concept. Nous assistions ainsi à la réussite incontestable de ce rendez-vous choral, folk americana enrichi d’harmonies plus fouillées côté prog ou côté soul-jazz, gracieuseté du complice François Lafontaine aux claviers et de l’excellent Joe Grass aux guitares, proche collègue de la chanteuse et de son conjoint avec qui il forme le groupe Klaus.

Pas sûr que les conditions aux Foufounes Électriques en ce jeudi soir, fussent idéales, ça jasait trop fort au bar, à gauche de l’action et on ressentait les basses fréquences des voisins sur le côté droit. Mais bon, ces irritants n’étaient pas assez prononcés pour en amoindrir le grand plaisir ressenti ici et maintenant: quatre voix magnifiques incluant la soliste principale, quatre voix harmonisées ou à l’unisson, solide accompagnement des instruments harmoniques, toujours au service de la mélodie et de la voix humaine.

Les airs d’Ensemble doux se sont enchaînés en toute grâce, avec le soutien vocal d’Émilie Pompa (Bellflower), Naomie DeLorimier (N Nao) et Raphaël Pépin-Tanguay (Velours Velours), toustes des artistes innovant.e.s, enclin.e.s à une pop de création tout à fait distincte des formes éculées et diffusées ad nauseam, sans exclure pour autant les référents musicaux qui font du bien depuis des temps immémoriaux : harmonies consonantes, mélodies finement ciselées, voix et instruments à la hauteur de cette proposition subtile qui fera son chemin sur scène comme sur disque.

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folk

Francos 2026 | Gab Bouchard garde une trace de ses spectacles intimes

par Samuel Lemieux

Gab Bouchard a transformé les Francos en véritable défouloir collectif — une foule compacte, remplie à rebord, déjà conquise avant même la première vraie montée. Dès les premières minutes, petit moment de flottement : il semble chercher ses mots, il marmonne et puis se lance à fond dans la performance. Loin de casser l’élan, ça humanise le moment. Puis, rapidement, tout se place. La voix devient claire, solide, portée par une foule en extase qui chante comme si chaque refrain lui appartenait.

Sur scène, ça respire le plaisir. Pas de discours prémâché, pas de posture calculée : Gab Bouchard est terre à terre, présent, sincère. Il joue, il s’amuse, et ça se sent. Chandail fleur de lys sur le dos, il incarne une forme de fierté simple, jamais lourde. Et autour de lui, le band suit avec une cohésion impressionnante — un groupe “cool” au sens pur, capable de passer du tight au presque free jam sans perdre le fil.

Musicalement, le spectacle navigue dans un territoire riche et éclaté. Il y a du Cowboys Fringants dans l’ancrage folk et rassembleur, mais aussi quelque chose de plus éclaté, presque expérimental. Un harmonica qui rappelle Dylan avec son contrôle des notes impeccable. Des touches de synthé qui rappellent Genesis, des moments où ça décolle dans une énergie “Dylan goes electric”, croisée avec un côté plus théâtral, crié, expressif — quelque part entre Bowie dans sa période Spider from Mars et un rock bien sentie.

Et le public, justement. Des moustaches partout dans la foule, clin d’œil affectueux devenu symbole de ralliement. Ça tape des mains, ça hurle, ça porte chaque montée. Il y a une reconnaissance palpable dans l’air — comme si l’artiste lui-même était encore un peu surpris, presque ému, de se retrouver sur cette grande scène, devant cette marée humaine.

Le final arrive avec une énergie digne de Tom Petty and the Heartbreakers : direct, fédérateur, imparable. La foule en redemande. Un rappel s’impose. Et quand “Pleure baby pleure” retentit, c’est l’explosion finale — un moment suspendu, collectif, chargé d’émotion.

Un show imparfait, vivant, profondément humain. Et surtout, un show qui appartient autant à Gab Bouchard qu’à la foule qui l’a porté toute la soirée.

Crédit photo: Productions Novak

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rap / rap français

Francos 2026 | Juste Shani, la voix qui réécrit les codes du rap

par Sandra Gasana

Je l’ai découverte sur les réseaux sociaux à travers quelques « reels » qui sont devenus viraux tellement son talent de rapeuse était impressionnant.

Elle faisait donc partie des artistes qu’il fallait absolument que je découvre plus en profondeur.

Accompagnée par un DJ et un musicien au clavier et à la guitare, Juste Shani est apparue sur scène toute vêtue de rouge : une jupe en latex courte assortie à ses bottes également rouges et un top rouge et noir. Fidèle à elle-même, sa prestance sur scène est aussi impressionnante que sur les réseaux sociaux. Elle dégage une force de caractère qui inspire le respect et démontre la détermination de l’artiste.

Elle débute avec le morceau « Schengen » qui soulève la foule, certains semblent la connaitre, d’autres la découvrent. Ce morceau figure dans son microalbum Diamant Noir, paru en janvier 2025. D’ailleurs, elle a inclut plusieurs morceaux tels que « Princess », « Got U », « Liyana » sur laquelle elle a fait chanter le public et « Brillance ».

Le thème du rêve, surtout de suivre nos rêves, est revenu à plusieurs reprises. Elle partage son vécu, son parcours et comment elle en est arrivée à venir jouer aux Francos de Montréal. Non seulement son rap est intelligent, mais elle chante très bien aussi. Son fan club à Montréal connaissait toutes ses chansons

« Dans cette partie du spectacle, je vais recréer les ambiances des soirées open-mic, c’est là que j’ai commencé », annonce-t-elle, en invitant des festivaliers à monter sur scène et partager leur talent.

Elle a même chanté « La Vraie Vie », un freestyle qu’elle a partagé lors de la cérémonie des Flammes et qui est devenu viral. En fait, tout ce qu’elle fait devient viral. Elle réécrit les codes du rap, se démarque grâce à sa plume originale, sa confiance en elle et son côté militant.

Elle a terminé le concert avec une portion plus festive et dansante, avec « Tout Schuss », « I Got U », avec son DJ qui a animé la foule, avant de terminer avec « Epilogue », qui parle de son choix de suivre son rêve.

Crédit photo: Production Novak

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dub reggae / reggae

Francos 2026 | Un voyage entre Rio et Paris signé Luiza

par Sandra Gasana

Je ne connaissais pas Luiza avant mon entrevue avec David Cairol il y a quelques mois. Nous parlions de reggae et de sa place en 2026, et il a mentionné cette artiste franco-brésilienne qui avait du succès en France.

Lorsque j’ai vu qu’elle était dans la programmation des Francos cette année et en tant que fan de reggae moi-même, je ne pouvais pas manquer son spectacle. Coup de bol : la pluie s’est arrêtée juste à temps pour son spectacle sur la scène de Loto-Québec de la Place des Arts. Une petite foule attendait sur le gazon, des familles avec enfants, des groupes d’amis et cette foule grandissait au fur et à mesure que le spectacle avançait.

Luiza était accompagnée par deux musiciens : un saxophoniste et un trompettiste, ainsi qu’un laptop d’où sortaient des sons que contrôlait un des musiciens. Il faut faire preuve d’imagination lorsqu’on va en tournée et qu’on ne peut pas apporter tous nos musiciens.

Mais à trois, ils ont tout de même réussi à mettre le feu aux Francos. Certains morceaux étaient du pur reggae dub comme je les aime, mais d’autres étaient plutôt du reggae mélangé à de la pop. Luiza insère du portugais, sa deuxième langue maternelle sur plusieurs morceaux, même du créole sur un morceau, si je ne m’abuse. Bref, elle aime les langues, elle aime danser aussi, elle fait souvent des pas de danse aux allures maghrébines, ce qui démontre son ouverture à plusieurs cultures.

Vêtue d’une jupe parfaite pour du tennis et un top mauve, elle joue de la flûte, ce qui s’agence bien avec les deux instruments de cuivres. D’ailleurs, la complicité des musiciens est apparente, ils font plusieurs mises en scène, ce qui rajoute à l’ambiance festive du spectacle, tout en faisant les chœurs par moments. D’ailleurs, l’un d’eux avoue qu’il est très heureux de jouer avec Luiza puisqu’ils sont potes à la base.

« Moi c’est Luiza, c’est ma première fois à Montréal », annonce-t-elle avant de jouer un morceau de son EP Soleil bleu, en faisant chanter la foule. En effet, la chanson qui l’a fait connaitre est justement « Soleil bleu » que toute la foule, majoritairement composée de Français, connaissait par cœur.

Et c’était parti pour une section carnavalesque avec des morceaux qui nous rappelaient son Brésil natal.

« Je vois qu’il y a des Brésiliens, j’ai la chance d’avoir cette double culture française et brésilienne », affirme-t-elle avant d’enchaîner avec « Oxàla ».

Elle a invité les femmes à monter sur la scène avec elle, et ce sont toutes les générations qui ont joué le jeu, de la petite fille de 3 ans à la grand-maman de 70 ans. Mon moment coup de cœur était la reprise de « Manha De Carnaval », un classique de la musique brésilienne qu’elle a repris en dub. Une pépite pour les oreilles.

Et elle a terminé avec un bain de foule, accompagnée par un de ses musiciens qui l’a porte sur ses épaules, et c’est ainsi que le spectacle s’est clôturé, sous un vrai « soleil bleu » montréalais.

ambient / microtonal / musique contemporaine

Suoni 2026 | L’un charme, l’autre pas.

par Michel Rondeau

Mercredi 17 juin. Deuxième concert à l’Église du Sacré-Cœur-de-Jésus en autant de jours, après le coup d’envoi du festival donné la veille par Florence Delphine-Roux, Anju Singh et FUJI||||||||||TA. 

Coprésenté par Les Vespérales de l’orgue du Sacré-Cœur, Codes d’accès et le Concours international d’orgue du Canada et mettant bien entendu à profit l’orgue de l’église, le programme proposait en lever de rideau la pièce Swing Bridge du compositeur américain Alvin Lucier, décédé au début de la présente décennie. Pour l’occasion, les rangs de l’ensemble No Hay Banda avaient été augmentés et comportaient un organiste, une chanteuse, deux trombonistes et des « agitateurs de tuyaux d’orgue ».

D’une durée de 35 minutes, la pièce, microtonale, se déploie lentement. Idéalement appuyée par un bourdon soutenu dont les graves mettent en relief la partition. Malheureusement, la réverbération naturelle de l’église n’est pas assez importante pour remplir cette fonction pleinement, le volume des graves demeurant insuffisant. Peut-être les premières rangées profitaient-elles d’un niveau plus satisfaisant, mais où j’étais au centre de l’église, j’ai eu à quelques reprises l’envie de monter le volume.

Sans amplification adéquate, on se retrouvait avec une sorte de Lucier allégé. Le tout était fort agréable au demeurant, charmant même par moments, mais ça manquait d’éclat et de poids dans les basses. Dommage ! D’autant que la partition a de fort jolies couleurs.

Suivait à l’orgue la compositrice d’origine suédoise Ellen Arkbro. La pièce proposée avait beau s’inscrire dans la mouvance ambient, elle m’a semblé autant se chercher que se perdre. Oh ! Il y avait bien quelques passages planants pour nous plonger dans une apesanteur méditative, mais l’ensemble m’a semblé assez peu substantiel et sans suite, pour ne pas dire inabouti. Sans parler de quelques maladresses sur le plan de l’exécution. Tant pis.

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DJ set / Électro

Francos 2026 | Une foule en transe pour Trinix

par Sandra Gasana

J’ai découvert ce duo de DJ français lorsqu’ils ont repris la chanson de Corneille « Avec classe » et qu’ils ont rajouté Aya Nakamura au mix. Résultat : un succès planétaire. Originaires de Lyon et des amateurs de musique depuis leur plus jeune âge, Josh Chergui et de Lois Serre se sont fait connaitre principalement à travers les réseaux sociaux en reprenant des chansons connues mondialement et en rajoutant leur touche électronique pour redonner une autre vie à la chanson.

Dès leur entrée sur la scène du Club Soda, ils débutent avec un des leurs nombreux succès, la reprise de « Baianà » qui a tout de suite mis le ton à la soirée. Ils connaissent les paroles de la plupart des chansons qu’ils jouent dans de nombreuses langues. J’ai noté leur penchant pour la musique brésilienne, entre autres sur leur plus récent hit « Vaitimbora » de la chanteuse Mari Froes, qui sera dans la métropole le 24 septembre.

Avec un écran derrière eux sur lequel défilaient des images s’alliant parfaitement à la musique, ils ont réussi à illustrer leur univers musical éclectique. Nous avons eu droit à des sons venant de l’Inde, du Moyen-Orient, d’Afrique du Sud, et le tout sans que ça ne choque nos oreilles.

On avait l’impression d’être dans une discothèque tellement ça dansait. Par moments, ils se mettaient debout sur leur table de mixage, attisant la foule qui le leur rendait bien. On a vraiment l’impression de faire un tour du monde musical puisqu’ils prennent le temps de choisir des pépites qu’on n’aurait jamais découvert autrement.

Le morceau « Quedate Luna » a soulevé la foule alors que tout de suite après, ils nous emmenaient vers une reprise d’un morceau de Bonga, ce monstre de la musique angolaise. Des remix improbables qu’ils mettent au goût du jour avec leur touche unique, qui leur a valu plusieurs prix au fil des années. En effet, ce duo remplit des salles en Europe et en Amérique du Nord. L’un des moments forts de la soirée était sans aucun doute durant « Emorio », que toute la foule connaissait.

« Etes-vous prêts à voyager avec nous ? » demandent-ils au public avant d’enchainer avec des morceaux aussi exotiques les uns que les autres, notamment le morceau « Awilo », un remix en collaboration avec Patomat, dont les images apparaissaient à l’écran. Une visibilité qu’ils offrent à tous ces artistes à travers leurs remix.

Ils ne pouvaient pas clôturer la soirée sans LA chanson qui m’a fait découvrir le groupe, « Avec classe ».

« La prochaine chanson, il s’agit d’un artiste de chez vous, Corneille, avec une artiste de chez nous Aya Nakamura » annonce l’un d’eux avant de lancer « Avec classe » au grand plaisir des spectateurs.

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chanson keb franco / punk

Francos 2026 | Béton armé, tendu jusqu’à la fin

par Samuel Lemieux

Aux Francos de Montréal, Béton Armé n’est pas venu faire dans la nuance. Le 13 juin 2026, sur la Scène Spotify au Petit Parterre, le groupe punk/oi! montréalais a livré un set sans respiration, tendu du début à la fin, comme une ligne droite qui refuse de plier.

Dès les premières minutes, le ton est clair : vitesse, impact, et zéro temps mort. Le public — déjà acquis à la cause — ne met pas longtemps à entrer dans la spirale. Ça pousse, ça frappe, ça répond.

Le groupe ouvre avec ses morceaux les plus identifiables, dont Au bord du gouffre et Hypocrite, deux titres qui donnent immédiatement la couleur : riffs tranchants, chœurs massifs, et une urgence qui ne cherche jamais à être polie. Rien n’est lisse ici, et c’est précisément le point.

Très vite, L’union fait la force et Victoire prennent le relais, transformant la foule en bloc compact. Ce n’est plus un concert au sens classique, mais une masse en mouvement constant. Le chanteur, Danick Joseph-Dicaire, harangue le public sans détour, oscillant entre fierté brute et discours plus réfléchi.

À plusieurs reprises entre les morceaux, il prend la parole pour rappeler l’importance de chanter en français dans une scène punk souvent dominée par l’anglais, tout en abordant frontalement les enjeux de dépendance et de solidarité. Ces moments ne cassent pas l’énergie : ils la recentrent.

Musicalement, le set ne laisse aucun répit. Béton Armé, morceau éponyme, vient refermer le cercle avec une intensité presque mécanique, comme si le groupe jouait contre le temps lui-même.

Visuellement, tout est saturé : lumières rouges, silhouettes en mouvement, et une scène qui ressemble davantage à un point de collision qu’à un espace de performance. Le public répond à chaque accélération comme un réflexe.

Évidemment, ce type de show ne joue pas sur la subtilité. Certains pourraient reprocher un manque de variation, une certaine uniformité dans la construction des morceaux. Mais dans le cadre des Francos, ce choix devient une posture assumée : Béton Armé ne cherche pas à surprendre, mais à maintenir une pression constante.

Et ça fonctionne.

Ce soir-là, au Petit Parterre, le groupe n’a pas simplement joué ses chansons.

Il a transformé la foule en prolongement direct de son propre son.

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hip-hop / rap keb / soul pop / soul-jazz

Francos 2026 | Kamilou illustre un mouvement en cours

par Samuel Lemieux

Aux Francos de Montréal, certaines performances ne cherchent pas à impressionner par la démesure, mais par la cohérence d’un parcours. Le 14 juin 2026, sur la scène Desjardins, Kamilou s’inscrit exactement dans cette catégorie : une artiste en construction, mais déjà solidement ancrée dans une vision.

Originaire de Rosemont, Kamilou arrive avec un bagage artistique marqué par un mélange de rap, trap, pop, jazz et soul — une hybridation qui définit autant son son que son identité scénique. Ses textes, souvent introspectifs, tournent autour de la résilience, des trajectoires urbaines et des fractures personnelles transformées en matière créative.

Et sur scène, cette base biographique n’est jamais décorative. Elle structure tout.

Dès les premières pièces, dont Paranormal, Wazo et Femme fatale, on comprend que Kamilou ne joue pas simplement ses chansons : elle les habite comme les fragments d’un récit plus vaste. Chaque morceau ressemble à une tentative de recomposition, comme si l’écriture servait autant à comprendre qu’à raconter.

Ce qui frappe d’abord, c’est la maturité du propos. Malgré une esthétique encore en évolution, il y a une direction claire : une volonté de fusionner la vulnérabilité et la résistance dans une même ligne sonore. Le résultat est parfois brut, parfois encore instable, rarement superficiel.

Sur scène, accompagnée d’un groupe complet, elle explore une version plus organique de son univers. Les textures sont plus larges que sur ses enregistrements récents, avec une énergie qui bascule parfois vers un rock discret, confirmant une ouverture stylistique déjà perceptible dans ses sorties récentes.

Le public, lui, répond rapidement. Malgré une météo capricieuse qui aurait pu fragiliser l’attention, la connexion se crée. Les refrains sont repris, les corps suivent, et une forme de solidarité silencieuse s’installe entre la scène et la foule.

Mais tout n’est pas encore totalement stabilisé. Certaines transitions entre morceaux manquent de fluidité, et le spectacle donne parfois l’impression d’un univers encore en expansion plutôt que pleinement structuré. Ce n’est pas un défaut majeur — plutôt le signe d’un projet en évolution rapide.

Et c’est peut-être là l’essentiel.

Dans un festival où plusieurs artistes se présentent déjà avec des propositions très polies, Kamilou se distingue par quelque chose de plus rare : une impression de devenir. Une énergie qui ne cherche pas encore la perfection, mais la direction.

Son background — une écriture nourrie par les tensions sociales, les trajectoires personnelles et la transformation des expériences difficiles en création — donne au concert une densité particulière. Même dans ses moments plus fragiles, il y a une intention claire : faire de la musique un espace de reconstruction.

Aux Francos, Kamilou ne livre pas un produit fini.

Elle illusttre un mouvement en cours.

Crédit photo: Productions Novak

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