classique occidental

Festival de Lanaudière | Une magie lanaudoise nommée Nagano

par Frédéric Cardin

Vendredi 1er août dernier, l’Amphithéâtre de Lanaudière recevait l’OSM et surtout Kent Nagano à sa direction, dans un retour que l’on pourrait presque qualifier de triomphant. Le public l’attendait et était probablement prêt à ovationner n’importe quelle performance, du chef. Heureusement, Kent Nagano a offert une très belle lecture musicale de trois œuvres charnues, question coloris et langage polyphonique. 

Pour les couleurs, la Rhapsodie pour clarinette et orchestre en si bémol majeur, L. 116 de Debussy avec Todd Cope, clarinette solo de l’OSM, a rempli les belles promesses d’une écriture foisonnante et merveilleusement bigarrée. Les chausses-trappes interprétatives nombreuses de la partition ont été bien maîtrisés et même rehaussée d’une notable aisance du soliste, à qui le chef invité a su apporter un soutien habile et nuancé de l’orchestre. 

En entrée de programme, l’ op. 1 de Webern, la Passacaille en ré mineur a reçu le traitement qu’elle méritait, soit une très belle ampleur des cordes, encore teintée de romantisme, doublées de voix contrapuntiques plus modernistes/impressionnistes chez les bois. Webern n’avait pas encore traversé le pont vers l’atonalisme, ce qui rend cette Passacaille toujours éminemment accessible pour le grand public, tout en permettant à ce dernier de prendre connaissance avec une prémonition de la complexité raffinée du langage de ce compositeur. 

En finale de ce concert donné d’un seul trait (sans entracte), la Symphonie n° 3 en fa majeur, op. 90, sa grande richesse polyphonique et ses magnifiques thèmes et mélodies. Je me demandais si Kent Nagano allait nous présenter la vision de Brahms, historiquement informée, telle que ce que l’on entend dans son enregistrement de la même œuvre sous étiquette BIS, et paru il y a quelques semaines. Je vous parlais alors, dans la critique de l’album (À LIRE ICI) de la grande liberté de mouvement, de l’aisance rythmique, du souffle aéré des voix, que le chef a apporté à la lecture de cette musique. Bien que sorti récemment, l’enregistrement en question date de 2019. Depuis tout ce temps, Nagano a eu tout le temps d’affiner sa vision. Qu’en était-il, donc? Eh bien oui, ce que l’on entend sur l’album est bien là, avec encore plus de conviction et d’oxygène. Le très fameux troisième mouvement, Poco allegretto, nous a collectivement élevés grâce à sa mélodie poignante et la tendresse naturelle avec laquelle le chef lui a donné vie. Une belle magie que tout le monde réuni a su capter et ressentir. 

Une ovation soutenue a forcé Kent Nagano a revenir sur scène six fois. Le public l’adore, et si vous avez envie d’en savoir plus sur sa perception de l’amour entre lui et le Québec, en plus de sa vision de Brahms, ÉCOUTEZ L’ENTREVUE QUE J’AI RÉALISÉE AVEC KENT NAGANO ICI (en anglais). 

Amérique latine / classique moderne

Concerts du Mont Saint-Grégoire | Rencontre de plusieurs types

par Alain Brunet

Internationalement réputé, l’ensemble mexicain de percussions Tambuco passait un week-end agriculturel au Québec, à la rencontre du Parcival Project, ensemble à cordes mené par le violiniste montréalais Emmanuel Vukovich. Ce dernier vibre très fort sur le projet holisistique de lier agricutlure et musique de pointe. La ferme Cadet Roussel lui permet de réaliser ce rêve, une série de concerts l’incarnent cet été au Mont Saint-Grégoire, des échanges interculturels latino-américains en sont le point culminant ce premier week-end d’août.

Le projet Parcival a pour objet d’actualiser ce mythe arthurien écrit au 13e siècle par le poète et authentique chevalier allemand Wolfram von Eschenbach. Parcival. Il s’agit ici de la quête du Saint Graal, quête adaptée à la recherche musicale de Vukovich au 21e siècle. Cette quête humanitaire et spirituelle consiste non seulement à lier la pratique musicale à l’environnement terrestre et ses pratiques agricoles, mais aussi aux rencontres interculturelles desquelles jaillissent l’inspiration métisse dans un contexte où les repères sont difficiles à identifier et la réprobation de l’étranger l’emporte sur la collaboration et la fusion.

Vous vous doutez bien qu’Emmanuel Vukovich, ses musiciens et ses invités ont choisi la deuxième avenue pour le deuxième programme du week-end – samedi. Dans le mythe, deux chevaliers d’égale valeur croisent le fer, puis cessent les hostilités pour ainsi reconnaître leurs qualités respectives et envisager chevaucher ensemble dans la quête du Graal.

Ainsi, cordes, percussions et ondes électroniques ont incarné cette rencontre mythique. Ç’aurait pu être gnangnan, trame narrative néoclassique avec fin heureuse. Si la fin fut heureuse et porteuse d’espoir, cette rencontre interculturelle et interstylistique ne s’est pas déclinée dans la facitlité.

Une longue introduction de sons aélatoires, coups d’archets, percussions , cloches, fréquences de synthèse ont d’abord illustré le chaos du désemparement pour choisir progressivement des formes préliminaires d’organisation commune. Le rythme devient constant et soutenu, les cordes s’attachent et puis les choses se calment. Nous voilà dans une phase ambient, le violon de Vukovich trace une ligne mélodique qui tient de la complainte à l’époque barique, les autres cordes se mettent de la partie, les mélodies sont ensuites pincées avant que tous les archets ne concourent à un tout plus musclé pour ensuite retrouver le calme de la mélodie originelle et qu’on y tricote autour.

Des cloches déclenchent alors un autre « mouvement » de cette trame imaginée en ateliers précédant ce concert où des musiciens classiques s’ouvrent à l’improvisation et aux rythmes afro-latins. La dynamique change, les sons se musclent, s’entrechoquent, une sorte de marche s’installe et tous les interprètes sont mis à contribution quoique les percussions dominent d’abord la séquence avant d’être joints par les cordes qui construisent des motifs mélodico-harmoniques plus complexes et plus robustes. Les choses se calment de nouveau, le violon dessine de nouvelles lignes mélodiques, cette fois traversées par des sons électroniques, des percussions et des techniques étendues des instruments à cordes. Un crescendo se déploie, encore plus puissant, et les cordes s’échangent les réparties parfois même folkloriques.

Imaginée par Emmanel Vukovich, cette trame se veut la semence d’une démarche continue de collaborations créatives, et ce dans le décor bucolique du Mont-Saint-Grégoire. Cette trame prometteuse pourra être retravaillée, resserrée et prête à être enregistrée. On pourra alors parler d’une oeuvre.

Processus en continu à la ferme Cadet-Roussel et ses adeptes musiciens férus de culture et d’agriculture. Les Concerts Saint-Grégoire se poursuivent ce dimanche et plus tard cet été, expérience hautement recommandable.

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hip-hop / hip-hop alternatif / rap

Osheaga 2025 I Tyler, The Creator, impérial malgré la pluie et la fatigue

par Jacob Langlois-Pelletier

S’il y a bien quelque chose que Tyler, The Creator a prouvé — ou plutôt réaffirmé — avec la sortie récente de son projet dance DON’T TAP THE GLASS, c’est qu’il se moque bien des conventions et ne cherche qu’à créer la musique qui lui plaît. Et c’est dans ce même état d’esprit qu’il est monté sur scène à Osheaga, avec une seule intention : s’éclater avec la foule, malgré la pluie qui a écourté son passage et une fatigue bien palpable.

À peine une semaine après son concert au Centre Bell, Tyler retrouvait sans doute des visages familiers parmi les milliers de spectateurs du parc Jean-Drapeau. Il a fait son entrée sur les notes lourdes et dramatiques de « Big Poe », suivie de l’entraînante « Sugar on My Tongue », perché sur une structure arborant le titre de son dernier album. Il n’en fallait pas plus pour que le public commence à se déhancher, quelques minutes à peine après le coup d’envoi.

Devant et derrière lui, les effets pyrotechniques éclatent au rythme des morceaux, accompagnés d’un éclairage précis, toujours en phase avec les différentes atmosphères de son répertoire. Tyler Gregory Okonma, de son vrai nom, est une véritable bête de scène. Seul sur le vaste plateau, il bondit, se déhanche et incarne chaque pulsation avec intensité.

Après un bref passage dans DON’T TAP THE GLASS, il a enchaîné avec plusieurs titres tirés de CHROMAKOPIA, paru en octobre 2024. L’ambiance s’est assombrie, alors que des faisceaux verts, couleur emblématique du projet, envahissaient la scène. « Sticky » a été l’un des temps forts, la foule scandant à pleins poumons les couplets des rappeuses GloRilla et Sexyy Red. Rarement voit-on un auditoire aussi connecté à son artiste.

À mi-parcours, Tyler a confié qu’il allait puiser dans certains morceaux plus anciens, « cela me permettra de souffler pendant que vous chantez », a-t-il lancé. En reprenant des titres comme « EARFQUAKE » (IGOR) ou « WUSYANAME » (CALL ME IF YOU GET LOST), l’icône du rap alternatif a visé juste. Il n’avait plus qu’à savourer les chants du public.

Plusieurs fois, l’artiste a évoqué son état d’épuisement, admettant être « vidé » vers la fin de son set d’une heure. En tournée depuis février, Tyler approche la fin d’un marathon de plus de soixante concerts. On lui pardonne volontiers cette fatigue, surtout au vu de l’énergie déployée et de la grande majorité de ses textes livrés dans leur intégralité.

Après avoir exploré tous les coins de sa discographie, Tyler a conclu avec la sublime « See You Again », collaboration avec Kali Uchis tirée de Flower Boy (2017). Porté par les voix du public, il a quitté la scène en remerciant chaleureusement ses fans.

Sur « Rah Tah Tah », Tyler, The Creator affirme être le plus grand rappeur de Los Angeles après Kendrick Lamar. Après une prestation aussi solide et une carrière aboutie, on ne peut que lui donner raison. Ce n’est pas de l’arrogance, mais de la lucidité.

Crédit photo: Sophie Mediavilla-Rivard

blues-rock / indie folk / rock alternatif

Osheaga 2025 I La puissance nordique de Kaleo

par Jacob Langlois-Pelletier

En termes d’aura, de charisme et de prestance, Jökull Júlíusson, figure centrale de Kaleo, joue dans une classe à part. En début de soirée samedi, la formation folk-rock islandaise a transporté l’auditoire montréalais au cœur des paysages nordiques, quelque part entre terre et mer.

Chemise entrouverte, chapeau de cowboy et lunettes fumées bien apposées sur le museau, le chanteur incarne le style à lui seul, manifestement inspiré par la vague country qui déferle actuellement sur l’industrie musicale. Dès son entrée, l’ensemble entame les premières notes de « Break My Baby », titre de blues-rock aux accents modernes tiré de Surface Sounds. Les spectateurs comprennent immédiatement qu’ils s’apprêtent à vivre un moment spécial.

La puissance vocale du ténor de 35 ans est difficile à rendre à l’écrit : Júlíusson allie avec maîtrise rugosité et fragilité. L’Islandais peut aussi bien bercer la foule avec une balade comme « All the Pretty Girls » — véritable coup de cœur de la soirée — que la secouer avec le rock de « No Good ».

Entouré de ses quatre musiciens et acolytes, Júlíusson livre une interprétation vibrante et fidèle aux arrangements des compositions studio. Þorleifur Gaukur Davíðsson brille avec ses solos d’harmonica disséminés ici et là, insufflant une touche de nostalgie bienvenue. Ajoutez à cela la soul profonde du chanteur, et le tout forme un mariage musical parfaitement équilibré.

Dix ans après sa sortie, « Way Down We Go » demeure la pièce emblématique du groupe. Il n’y avait pas meilleur choix pour conclure que ce morceau, accueilli avec ferveur par les amateurs massés devant la scène.

Le passage d’un peu plus de 50 minutes de Kaleo a filé comme un coup de vent. L’ensemble a su offrir un moment suspendu, poétique et apaisant. Un baume tout en douceur entre les prestations survoltées des rappeurs Tommy Richman et Smino sur le plateau avoisinant.

Crédit photo: Tim Snow

no wave / post-punk / rock / synth-punk / synth-rock

Osheaga 2025 I PyPy, c’est du synth punk pour aller à la guerre

par Lyle Hendriks

C’est toujours un plaisir d’assister à un spectacle de PyPy, le quatuor freakout le plus éclectique et le plus intrépide de Montréal. Je lLai vu jouer dans de minuscules bars du Québec rural et profond et dans de grandes salles du Plateau de Montréal, et je peux affirmer avec confiance que rien n’empêche ce groupe synth-punk-rock-etcetera de se déchaîner à la première occasion.

Alors que je m’approche de la scène d’Osheaga pour assister à la conquête violente de PyPy, il n’est pas surprenant que le premier geste soit de mettre tous les atouts de son côté.

Annie-Claude Deschênes, la chanteuse frénétique de PyPy, est un magnat de l’énergie vocale et de la performance. Peu importe l’endroit, on peut compter sur elle pour trouver un bar sur lequel se tenir, un verre à s’approprier et, dans ce cas-ci, un chapeau de cowboy imprimé zébré à emprunter pour un enterrement de vie de garçon.

Au milieu du premier morceau, elle est descendue de la scène et s’est pliée en deux au milieu d’une foule peu nombreuse mais grandissante. Elle désigne des membres du public et leur ordonne de danser, nous obligeant à écarquiller les yeux et à faire des mouvements saccadés, se transformant en un animal nerveux qui peut sursauter ou mordre à tout moment.

Elle est soutenue par un groupe exceptionnel. Simon Besré est un dieu du tonnerre à la batterie, explosant les toms, martelant la caisse claire et menaçant de nous liquéfier, tandis que la basse entraînante et anxieuse de Philippe Clément nous ballotte de bâbord à tribord à chaque mesure. Roy Vucino, quant à lui, est comme un guitariste possédé, rejoignant souvent Deschênes dans la foule, s’agenouillant au-dessus de son instrument qu’il déchiquette avec la force et l’énergie de quatre musiciens de moindre importance.

Une fois de plus, PyPy a prouvé qu’il était le groupe de rock le plus vertueux de Montréal, et cette dernière incursion sur la scène aseptisée d’Osheaga montre que sa guerre sainte est bien entamée.

Photos courtesy of Oshega / Julio Alejandro

hip-hop

Osheaga 2025 I Doechii, la reine du marais

par Lyle Hendriks

En tant qu’homme blanc, cis et assez hétérosexuel, j’ai tout de suite l’impression que la sensation rap Doechii, née à Tampa, n’est pas vraiment « pour » moi, ce que prouve immédiatement l’éruption d’applaudissements lorsqu’elle crie Where my lesbians at ? au micro. Mais après avoir vu pour la première fois cette rappeuse plus grande que nature et à l’articulation mortelle, je peux aussi dire que, public cible ou non, tout le monde peut se rallier à la puissance brute que Doechii a à offrir.

La hype commence bien avant son concert, alors qu’une équipe de 20 personnes met en place une scène naturelle massive et luxuriante sur la scène. Et lorsqu’elle arrive enfin sur la plateforme surélevée et herbeuse de la scène centrale, c’est comme si la reine des marais elle-même était apparue pour nous évaluer. Il est presque impossible d’entendre la première chanson par-dessus les milliers de cris qui nous entourent, mais son énergie est indéniable. Elle se déplace avec poids et autorité, imposant le respect et ne faisant pas de prisonniers alors qu’elle lance des paroles à toute allure et des crochets percutants.

Malgré sa bravade redoutable, Doechii ne semble pas déconnectée. En fait, elle a pris une pause pour nous expliquer que c’était la première fois qu’elle venait au Canada et qu’elle ne savait vraiment pas qu’il y avait autant d’amour pour elle dans le Grand Nord Blanc – une déclaration qui a reçu un autre rugissement assourdissant de la part de la foule. Après ce moment de gratitude authentique, elle a repris le micro, sa voix étant mille fois plus énergique et puissante que sur ses enregistrements, comme si elle avait un point à prouver à chaque ligne.

Doechii était également soutenu par DJ Miss Milan, qui s’est avérée être bien au-dessus de son rôle lorsqu’il s’est agi d’apporter de l’énergie, de la hype, et même des paroles à une grande partie du set. Entre ce duo incroyablement synchronisé, l’habillage d’un autre monde et l’allure sans compromis de Doechii elle-même, c’est un mystère que ce spectacle sensationnel ne se soit pas retrouvé sur la scène principale.

Photos courtesy of Osheaga/ Benoit Rousseau

Art Folk / indie folk / indie rock / pop / pop baroque

Osheaga 2025 I Une invitation de Lucy Dacus

par Lyle Hendriks

En regardant le festival Osheaga, hyper-corporatif et enrobé de sucre, où le merchandising Coors Light vibrant, les pantalons de bonnets transparents et les employés de bureau gaspillés se déchaînent, il est difficile d’imaginer trouver une place pour une artiste sérieuse et solennelle comme Lucy Dacus. Pourtant, la voici à 6 heures du soir, arrachant des morceaux de son âme sous nos yeux.

Lucy Dacus et le grand univers cinématographique de Boygenius occupent une place importante dans le monde de la musique. Nous avons tous besoin de chansons après une rupture, besoin de quelque chose qui accompagne votre prochain regard dissociatif à travers la fenêtre d’un bus trempé par la pluie. Et Dacus y répond.

Il y a quelque chose de dissonant à la voir s’exprimer par une agréable veille d’été, en regardant par-dessus les épaules d’une foule vibrante mais… Dacus réussit quand même à nous tenir en place. Avec grâce, assurance et une certaine conscience de soi des plus attachantes, elle parcourt les morceaux de son nouvel album, Forever Is a Feeling (2025, Geffen Records), offrant de l’americana mélancolique et des ballades folk aux masses pop agglutinées devant la scène principale.

D’une certaine manière, c’est comme entrer dans une cave fraîche après une journée caniculaire passée dans le jardin. Là où il y avait du soleil et des papillons, il y a maintenant des pavés humides et d’anciennes toiles d’araignée, illuminés par la lumière tendre et fragile des chansons immaculées de Dacus et par son attitude mortellement sérieuse.

Bien que son folk baroque ne soit pas exactement à mon goût, il a été un soulagement bienvenu et bien accueilli au cours d’une journée dominée par la pop joyeuse et l’appât de la nostalgie. Lucy Dacus fait preuve d’une force tranquille, honnête et vulnérable, et nous invite à nous pencher sur elle, sollicitant notre attention au lieu de l’exiger.

folk-pop / indie / rock

Osheaga 2025 I Le phénomène Alex Warren débarque en ville

par Jacob Langlois-Pelletier

À l’image de Chappell Roan l’an dernier, Alex Warren fait partie de ces artistes ayant explosé entre leur ajout à la programmation d’Osheaga et leur passage sur scène. Résultat : le parc Jean-Drapeau était déjà plein à craquer vers 15 h pour accueillir le phénomène californien — l’une des foules d’après-midi les plus massives des dernières années.

Trônant au sommet du Billboard depuis huit semaines, « Ordinary » a bouleversé la trajectoire de l’auteur-compositeur-interprète de 24 ans. Bien que Warren publie des morceaux de manière sporadique depuis 2021, c’est véritablement avec la sortie de ce titre, en février, qu’il s’impose comme l’une des nouvelles sensations de la pop américaine.

Dès les premières notes, sa voix puissante frappe de plein fouet. Warren transmet avec finesse les émotions d’un parcours émaillé d’épreuves, notamment la perte de ses deux parents et les soubresauts de sa vie sentimentale.

« Je vais prendre de l’eau et ma guitare, puis jouer une chanson que j’ai écrite pour ma femme », confie-t-il avant d’interpréter la touchante « Catch My Breath ». C’est précisément cette sincérité et cette humilité qui charment son public et expliquent l’ampleur de son succès. Tout au long de sa prestation, l’artiste multiplie les remerciements et les échanges chaleureux avec les spectateurs.

Malgré un répertoire encore limité, il a livré un spectacle généreux, évidemment couronné par « Ordinary », chantée à pleine voix par une foule conquise. Mention spéciale à « Bloodline », sans doute l’un des moments les plus intenses et réussis de son passage.

Alex Warren ne révolutionne peut-être pas le genre, mais il propose une folk-pop soignée, rassembleuse et, surtout, efficace. Et à voir l’engouement qu’il suscite, son ascension ne fait que commencer.

Crédit photo: Tim Snow

indie pop / indie rock / rock alternatif

Osheaga 2025 I Good Neighbours, ces voisins idéaux

par Jacob Langlois-Pelletier

Vous connaissez ces voisins toujours souriants, infatigables fêtards et porteurs d’une énergie contagieuse? C’est exactement ce que représente le duo anglais Good Neighbours, comme ils l’ont brillamment démontré aux festivaliers d’Osheaga, samedi.

Le nom Good Neighbours ne vous dit peut-être rien, mais prêt à parier que vous connaissez leur morceau « Home » – immense succès paru l’an dernier, qui les a propulsés au sommet des palmarès britanniques. Grâce à ce titre, Oli Fox et Scott Verrill parcourent désormais le globe, et ce, sans même avoir encore lancé un album complet. Leur tout premier opus Blue Sky Mentality paraîtra d’ailleurs en septembre.

En compagnie de leur band et guitare à la main, les deux musiciens se déchaînent sur scène. Chemisette orange, cheveux blonds et casquette de chasse vissée sur la tête, Oli Fox, chanteur du groupe, brille par sa désinvolture. Inspirée du son indie des années 2000 et étroitement teintés par des groupes comme Bleachers ou Empire Of The Sun, la musique fougueuse de Good Neighbours a tout pour réveiller l’ado déjanté en vous.

Profitant de la venue imminente du phénomène Alex Warren, le duo a pu s’éclater devant une foule plus qu’impressionnante pour un début d’après-midi. Ils en ont d’ailleurs profité pour tester de nouveaux morceaux, entremêlés à leurs excellentes « Ripple », « Daisies » et « Starry Eyed ». Pleinement engagée, la foule ne cessait de les applaudir, ce qui est plus que prometteur pour la sortie de leur première offrande.

Aucun doute : Good Neighbours pourra rentrer à Londres la tête haute, avec le sentiment d’avoir conquis le public montréalais. Assurément l’une des prestations les plus abouties de cette deuxième journée des festivités.

Crédit photo: Tim Snow

bedroom pop / folk-pop / indie pop

Osheaga 2025 I La magie de Gracie Abrams

par Sophie Mediavilla-Rivard

Gracie Abrams a brillé lors de la deuxième soirée d’Osheaga devant un public conquis d’avance, malgré une fin de concert écourtée par les conditions météorologiques. « C’est irréel », a-t-elle lancé sur scène, visiblement émue par la réception chaleureuse des festivaliers.

Elle fait son entrée avec sa guitare à la main, vêtue d’une longue robe blanche lui donnant des allures d’ange. L’artiste de 25 ans a d’ailleurs immédiatement créé une ambiance féérique en entamant son set avec la chanson « Risk », issue de son dernier album The Secret of Us, sorti en juin 2024.

C’est ce dernier qui l’a propulsée vers le succès populaire qu’elle connaît aujourd’hui et qui a rassemblé une foule passionnée samedi soir au parc Jean-Drapeau. Gracie Abrams s’était d’abord fait connaître avec « 21 », titre figurant sur l’album Minor, lancé en 2020. Elle l’a interprétée devant de scintillantes étincelles projetées derrière la scène.

Un orage a malheureusement forcé l’arrêt du spectacle une dizaine de minutes avant la fin, empêchant Gracie Abrams de jouer ses deux chansons les plus populaires, « Close To You » et « That’s So True », à la grande déception de son fidèle public.

On gardera toutefois une très forte impression de l’artiste, elle qui a offert l’une des performances les plus solides de cette deuxième journée de festival. Elle a su prouver qu’elle maîtrisait aussi bien la guitare, le piano (auquel elle a joué « Cool » et « I miss you, I’m sorry ») que sa voix.Toujours authentique à souhait, la chanteuse s’est mise en scène avec autant de douceur que de fougue.

« Osheaga, je suis trop triste que nous ayons dû couper le dernier set en raison de la température, mais vous étiez incroyables ce soir. C’était fou et formidable d’être de retour après trois années », a écrit sur Instagram celle qui était venue pour la première fois à Osheaga en 2022, partageant visiblement la déception, mais aussi la joie de ses fans.

Crédit photo: Osheaga

americana / country / hip-hop

Osheaga 2025 I Shaboozey, cowboy du festival

par Sophie Mediavilla-Rivard

Dès les premières notes, Shaboozey a donné le ton du spectacle qu’il allait offrir à Osheaga samedi en fin d’après-midi. Sur des airs de banjo et devant un décor rappelant un Far West plutôt cliché, le nouveau phénomène du country a commencé son titre « I’m the Last of My Kind » avec la foule.

Malgré une certaine monotonie, le chanteur a fait vibrer le public très varié qui s’était réuni pour lui. Il a répondu aux attentes, avec ses refrains entraînants et sa voix profonde rappelant un Zach Bryan ou même un Dylan Gossett. Le moment semblait sorti tout droit du générique d’un film, alors que ses airs populaires planaient devant le coucher du soleil sublime surplombant la scène et la grande roue.

Shaboozey a lancé son premier album en 2018, mais sa carrière musicale a véritablement décollé en 2024 grâce à son titre « A Bar Song (Tipsy) », qui a connu et connaît toujours un succès retentissant. Le morceau a battu le record du plus grand nombre de semaines passées au sommet du Billboard Canadian Hot 100, en plus d’être nommée pour chanson de l’année, meilleure chanson country et meilleure performance solo country aux Grammy Awards.

Disposant de quelques minutes supplémentaires à la fin de son spectacle, celui qu’on surnomme The Boot Cut Kid en a d’ailleurs profité pour interpréter ce fameux titre deux fois de suite. N’avait-il pas autre chose à proposer? On ne lui en veut pas trop, puisque la foule a bien évidemment dansé et entonné les paroles de nouveau avec grand enthousiasme.

« Merci à vous tous d’avoir changé ma vie, chaque jour de ma vie est une bénédiction », a-t-il partagé avant la chanson « Good News ». Les Québécois semblent l’adorer – et ils n’ont pas fini de le voir performer. Après être passé au Festival d’été de Québec le mois dernier, il sera également de retour à Lasso le 15 août prochain.

Crédit photo: Tim Snow

hip-hop / R&B / rap

Osheaga 2025 I Smino, rappeur de l’heure

par Sophie Mediavilla-Rivard

Le très apprécié des critiques Smino a offert une performance convaincante samedi soir à Osheaga, passant d’un style à l’autre avec une énergie toujours aussi déchaînée.

Le rappeur de 33 ans, qui collectionne les projets musicaux, est débarqué sur la scène avec intensité, donnant le ton du spectacle à venir. Il a ouvert avec le titre « KLINK », de son deuxième album Noir paru en 2018, pour enchaîner par la suite avec « 90 Proof ». Cette dernière est produite en collaboration avec J. Cole, un détail que n’a pas oublié de mentionner Smino, en soulignant à quel point ce son avait changé sa vie de par sa popularité.

Il a rapidement su charmer le public – qui rassemblait autant des fans de longue date que de nouveaux visages – en interagissant fréquemment avec lui. Durant près d’une heure, Smino a partagé le micro avec son DJ et acolyte NOS : le dynamisme du duo, notamment lors de « I Deserve », était frappant. L’implication des musiciens, avec une forte présence de la guitare électrique et de la batterie, a aussi ajouté de la dimension au set du rappeur.

De son vrai nom Christopher Smith Jr., l’Américain est reconnu pour les influences R&B dans sa musique. Sa performance de la chanson « Wild Irish Rose », entre autres, prouve à quel point sa maîtrise de sa voix, qui passe sans faute des graves aux aigus, en plus d’être très contrôlée lors des couplets de rap, est impeccable.

Mention spéciale pour l’exécution de « Pro Freaks », morceau réalisé avec Fatman Scoop et Doechii – grande vedette de la première journée du festival –, qui a fait crier et sauter la foule jusqu’au bout du site. Chose certaine, il a mis la table plus que convenablement pour les adeptes de hip-hop qui attendaient la tête d’affiche Tyler, the Creator en fin de soirée.

Crédit photo: Tim Snow

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