chant lyrique / classique / période romantique

Festival de Lanaudière | Tristan et Isolde en clôture… transcendental !

par Alexis Desrosiers-Michaud

Il s’est passé quelque chose de transcendantal en cette journée de clôture du Festival de Lanaudière. Tristan und Isolde de Wagner y fut  présenté, cette véritable épopée musicale n’a laissé personne indifférent, et pour de très bonnes raisons. 

D’abord, cet accord de Tristan, qui ouvre l’œuvre et qui guidera l’essentiel des quatre heures de musique qui suivront. Un accord dissonant et très instable qui annonce un opéra où règnent tourment, tiraillement, pulsion, fusion. Un accord pour les gouverner tous, et dans les ténèbres, pour les lier. 

Dès la fin du célèbre prélude, l’action prend lieu et place sur le bateau menant les personnages à Cornouailles. 

La soprano Tamara Wilson affiche ses couleurs et se démarque en Isolde. Sa voix profonde et sa théâtralité épousent bien le texte et la musique. À ses côtés, Karen Cargill paraît un peu effacée, malgré une belle voix. Au premier acte, son rôle de Bragäne est parfois coquin, parfois hautain, mais la voix est posée et juste comme on l’avait entendue en ouverture de saison de l’OSM dans Les Gurre-Lieder.  Dans les deux cas, les mots sont parfois prononcés de manière mielleuse, mais ce n’est qu’un détail dans cette magnifique interprétation. 

Dès son entrée en scène, le ténor Stuart Skelton en Tristan est meilleur vocalement, mais stoïque dans son personnage. Accompagné de Christopher Maltman en Kurwenal, celui-ci paraît très bien. 

Tristan et Isolde se complètent bien à la fin du 1er acte, surtout au moment de boire le philtre d’amour au lieu de celui de mort. 

Cette inversion mène vers une fin acte spectaculairement triomphante, fanfare de cuivres à l’appui, car c’est l’arrivée à destination de l’embarcation. À ce moment précis, malgré l’apparence de joie, la musique est anormalement tonale pour du Wagner. En fait , c’est un renversement total de la hiérarchie musicale; si l’instabilité prône et devient la normalité, la stabilité de do majeur tranche et sous-entend que ça n’est pas synonyme de bonheur pour autant. En effet, nos deux protagonistes, viennent de comprendre qu’ils sont liés à la vie à la mort par l’amour, alors qu’Isolde est la prisonnière de Tristan, ne l’oublions pas. 

Le second acte contient le plus long duo d’amour de toute l’histoire de l’opéra. Pendant plus de 30 minutes, Wilson et Skelton ne font pas que chanter leur passion, ils la vivent.

Isolde embarque Tristan dans son jeu et on ne se rend pas compte que le temps file lorsque le roi Menke apparaît sur une effroyable dissonance qui vient casser l’envolée musicale. La basse Franz-Joseph Selig a une voix très sombre, caverneuse, mais avec une élocution claire et sans faille. Les interventions avec la clarinette basse étaient parfaites dans les timbres. 

Si Skelton était moins engagé dans le premier acte, c’était tout autre dans le troisième. Il était complètement absorbé dans son rôle de Tristan, agonisant et fou. Absorbé et absorbant, titubant d’un bout à l’autre de la scène, se tenant sur les lutrins et podium au passage, avant de mourir en apercevant Isolde pour la dernière fois. 

Enfin, lorsque Isolde ressurgit à la toute fin, soit à la mort de Tristan, on retrouve cette Isolde passionnée et amoureuse, pour un sublime Liebestod qui restera longtemps dans les mémoires des spectateurs présents.

Le tout a culminé à cet accord de si majeur venu résoudre non seulement l’envolée musicale reprise du 2e acte, mais encore les quatre heures de tension que nous venons de nous prendre dans la face, question de confirmer la seule manière de se libérer de cette pulsion salvatrice.

Un mot sur l’Orchestre Métropolitain qui fut sublime. Dans Wagner, il n’y a pas d’aria à proprement parler, mais l’histoire est racontée par l’orchestre, qui guide les chanteurs, par la panoplie de leitmotivs. Mentions honorable aux joueuses de premier hautbois et de cor anglais pour les solos intrigants, mais aussi au chœur de voix d’hommes de l’OM, qui chante très peu, mais qui est aussi très précis et très punché. 

Avant de clore le Festival de Lanaudière, le président du conseil d’administration, Simon Brault, est venu remercier « un public qui se déplace, qui se détache des écrans et qui ne se souscrit pas aux algorithmes, l’instant de quelques heures ». Des mots justes qui dépassent largement les remerciements d’usage, fort bien accueillis.

Cependant, ces compliments ont été relégués aux oubliettes lors du premier entracte.  Avec un très court entracte, les spectateurs n’avaient le temps de s’attabler que déjà, la fanfare annonçait le retour en scène se faisait entendre. Le hic, c’est qu’il est interdit de manger son repas sous le toit, et que la solution était d’aller manger sur la pelouse, derrière ceux déjà installés. Le second hic, c’est qu’il était impossible de réintégrer son siège une fois l’acte 2 commencé. À cela, on peut oublier l’idée de passer au petit coin, faute de temps.

Lors de son entrée en scène, YNS s’est poliment assis sur son podium pour attendre, pour ensuite prendre la parole afin d’alléger l’atmosphère avec un parallèle comique avec le tennis, une de ses passions : « Je comprends que les pauses sont courtes, mais il reste 2h25 de musique et on aimerait avoir terminé avant demain matin. Alors, comme on le dit à l’Omnium Banque Nationale ces temps-ci, les joueurs sont prêts ! »

Photo: Noah Boucher pour le Festival de Lanaudière

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americana / country-folk / folk-pop

Osheaga 2025 | Oreille tendue vers Mark Ambor

par Marilyn Bouchard

Je ne connaissais pas Mark Ambor et c’est l’oreille tendue que j’ai été emmenée à le découvrir à la scène de la Rivière: il n’était pas dans mon programme de la journée, moi qui ne suis pas particulièrement versée dans le country-folk. Et pourtant, quelque chose dans ses mélodies accrocheuses, aussi dans la vulnérabilité de sa voix, m’a tout de suite happée.

Ça s’est passé dès les premiers accords de Good To Be , amorce magistrale d’une courte prestation d’une dizaine de chansons. La bonne ambiance a continué de se poser avec I Hope It All Works Out , qui allait très bien avec les rayons de soleil, puis avec Curls In The Wind qui rappelait un peu la vibe des premières heures de Justin Timberlake. Sur Hair Toss, Arms Crossed, les mains se sont inévitablement mises à taper la mesure et ça n’a pas été long avant que les jambes ne suivent. 

Sky is the Limit est venue apaiser la foule un moment, puis Don’t You Worry l’a relancée. Someone That’s Better est arrivée comme une tonne de brique lumineuse
pour paver la voie à l’entraînante Who Knows, une de ses plus connues pour laquelle toutes les mains se sont levées dans les airs. Elles y sont restées un moment puisque, tout de suite après, est arrivée Our Way.Mark Ambor a clôt son passage dans la métropole par son tube Belong Together, joué  dans le tapis.
Un passage remarquable et lumineux de l’Arméno-Américain à Montréal qui, on l’espère, y reviendra avant longtemps!

pop-rock

Osheaga 2025 | Royel et Otis, nouveaux chouchous d’Australie

par Marilyn Bouchard

À 18h35 sur la scène de la Rivière sont arrivés les nouveaux chouchous australiens, Royel Maddell et Otis Pavlovic. D’où le nom de groupe rock Royal Otis, tandem guitare-voix assorti d’un batteur. Sous les acclamations d’une foule modeste mais très enthousiaste, ils étaient immergés de projections colorées,  paroles manuscrites,  insertions jeunes et cool. Royal Otis  a offert une prestation entraînante et dégourdie.

Ils ont ouvert le set avec l’exécution énergique de Going Kokomo et nous ont également offert I Wanna Dance With You.  Kool Aid, la préférée des fans, a tout de suite fait bouger le parquet. Il en fut de même pour la chanson-titre de l’album Sofa Kings.
Du côté de PRATTS & PAIN, on a eu droit à Adored et à l’incontournable Heading for the Door, qui a confondu les sceptiques, sans compter  Fried Rice et Til the Morning.

Moody a été chaleureusement accueillie, plusieurs personnes en chantaient les paroles.  Car a hypnotisé l’assistance pendant un instant. Les reprises Murder on the Dancefloor (Sophie Ellis-Bextor) et Linger (The Cranberries) ont été de bonnes surprises alors que le single Say Something était espéré par plusieurs.

Le tube les ayant révélés avait été gardé pour la fin, Oysters in My Pocket fut le feu d’artifice final.

Une formation qui en cette chaude fin d’après-midi était rafraîchissante et valait le détour d’être découverte dans une programmation aussi chargée. Les gars de Royel Otis auront été l’un des coups de cœur de ma journée avec leurs mélodies instinctives et leur charisme déployé sans effort.

photo Tim Snow pour Osheaga

dream pop / rock

Osheaga 2025 | The Beaches, toustes sur la plage… au pied de la Montagne

par Marilyn Bouchard

C’est à 17h45 que l’attendue sensation rock torontoise au féminin The Beaches a pris le parc Jean-Drapeau d’assaut en transformant momentanément la scène de la Montagne en célébration de la féminité assumée.

Devant des milliers de fans, la leader de la formation Jordan Miller est apparue, rayonnante, aux côtés de sa sœur et de ses deux acolytes pour exécuter une douzaine de chansons d’un  répertoire captivant.

D’abord  en douceur avec Cigarette, elles ont continué avec Takes One To Know One, donnant le ton du voyage aux teintes parfois dream-pop et parfois plus punk-rock.
La leader de la formation, Jordan Miller, était en forme. Elle habitait la scène avec énergie en se libérant parfois de sa basse, notamment sur une exécution bien sentie de Touch Myself. Ensuite, Me & Me a haussé le niveau d’énergie, avec beaucoup de fans scandant les paroles des refrains et dansant sur le rythme. 

C’était une bonne préparation du terrain pour Last Girls At The Party, une des chansons les plus connues de la formation qui a mis le feu au plancher de gravier, voire de sable – on est devant Beaches ou on ne l’est pas ! Moment très attendu de chaque passage de la bande, la chanson Jocelyn est toujours l’occasion d’inviter un(e) fan à monter partager la scène, dont j’ai pu capter un petit aperçu.
Elles ont terminé leur passage foudroyant dans la métropole en gardant le meilleur pour la fin et en livrant une prestation électrisante de leur chanson la plus appréciée du public, Blame Brett.

Les filles étaient merveilleuses sur leurs instruments et Jordan était de la dynamite avec une voix encore plus libre et sentie en live : une prestation enlevante qu’on aurait souhaité plus longue! Coup de cœur.

folk-rock / pop de création / pop-rock

Osheaga 2025 | Cage the Elephant déchaîné!

par Marilyn Bouchard

À 19h35 est apparu Cage the Elephant sur une scène de la Montagne épurée, devant un public passionné qui attendait patiemment son arrivée en piquetant devant la scène depuis une bonne heure pour s’y tailler une place. Matt Schultz était visiblement content et rempli d’une énergie survoltée.

Lui qui s’était ennuyé de la scène Montréalaise et qui a pris le temps d’échanger plusieurs anecdotes et blagues avec le public, en plus de se déhancher et d’habiter la scène comme à son habitude en utilisant tous les accessoires à sa portée pour en faire voir de toutes les couleurs à ses fans.
Ils nous ont offert deux chansons du nouvel album, soit la pièce titre Neon Pill  et Good Time, qui donnaient le champ libre aux envolées musicales des interprètes.
On a eu droit à plusieurs de leurs  classiques tel que  Ain’t No Rest For The Wicked, où les trois guitares ont mis tout leur poids, ou encore Back Against The Wall, Shake Me Down qui a fait trembler le parc Jean-Drapeau, ou bien Trouble, que le chœur du public a accompagné tout au long, Cold cold cold, Cigarette Daydream, pour laquelle la foule a fait onduler les lumières des téléphones portables et une version déchaînée de Come A Little Closer durant laquelle ils ont éclaté une guitare,  pour terminer cette prestation bien sentie de presque 90 minutes.
Un spectacle où le plaisir de jouer de la musique librement se ressentait  et où la forte affection que portait la formation à son public et à ses membres était contagieuse. Un concert mémorable, magnifiquement exécuté pendant un coucher de soleil  d’Osheaga 2025 tout aussi mémorable.

Photo: Tim Snow pour Osheaga

pop-rock

Osheaga 2025 | Olivia Rodrigo, paillettes et pop-rock en clôture

par Marilyn Bouchard

À 21h tapante sur une scène de la Rivière sobrement accessoirisée et munie d’un écran impressionnant , des dizaines de milliers de personnes s’étaient rassemblées pour accueillir le passage de l’autrice-compositrice-interprète californienne Olivia Rodrigo. Paillettes, pierres précieuses et dents de vampire étaient de mise pour le rendez-vous officiel!
Le concert a débuté sur une projection impressionnante d’Olivia, un numéro de funambulisme flippant de réalisme, préambule à l’apparition  de l’artiste en chair et en os. L’animation faisait place à la  chute libre ! 

Elle a débuté par une prestation endiablée de Obsessed, une de ses plus récentes que la foule connaissait déjà par cœur et chantait avec joie. Elle a enchaîné avec Ballad of a Homeschool Girl,  s’ensuivit  la  fameuse Vampire dont le début fut difficile à entendre tellement les cris du public étaient intenses. Les refrains n’ont pas manqué de faire sourire alors qu’Olivia y allait à fond dans son interprétation parfois comique. Drivers License, tout de suite après, a achevé quiconque n’était pas certain du talent pop-rock de la jeune femme qui a offert une exécution parfaite de son hit avec une chorégraphie bien sentie qui a ravi l’assistance.
Pretty Isn’t Pretty, All I Want, So American et Lacy ont été parmi la dizaine de chansons qui se sont ensuite succédées, alternant l’énergie entre chansons plus rythmées et plus tranquilles, entre prestation déchaînée et vulnérabilité. Elle a terminé son set régulier avec une interprétation  très émotionnelle de Déjà Vu.
Jusqu’au rappel, elle a gardé son hit Good 4 you bien caché dans sa manche,  la foule survoltée a accueilli avec soulagement cette chanson qu’elle espérait depuis le début. Avec un plaisir évident, Olivia s’est alors  amusée avec le public.

L’énergie, les costumes, le choix des chansons et leur livraison étaient du niveau de qualité attendu et digne de la popularité de la star. 

Montréal était là pour Olivia Rodrigo et elle a répondu présente. Une soirée de rêve pour les fans de cette jeune chanteuse à la voix de cristal.

house / pop / pop de création / soul/R&B / techno

Osheaga 2025 | Jamie xx fait des vagues

par Alain Brunet

Dimanche soir, le parterre de la scène de la Forêt s’est vraiment rempli pour conclure Osheaga 2025, pendant qu’Olivia Rodrigo attirait le plus vaste public. Pour faire faux bond à la jeune superstar et se retrouver à l’autre bout du site, il fallait une proposition solide et c’est ce que Jamie xx nous a soumis.

Le Londonien de 36 ans mène une carrière parallèle à son groupe (The xx) depuis ses débuts professionnels. Au fil du temps, il a atteint la pleine maîtrise en tant que compositeur/producteur électro, nous en avions dimanche une illustration probante.

Les pièces de Jamie xx ne sont pas conçues à la manière de chansons mais comportent souvent des chorus répétés au moment opportun. Les grooves sont variés et les citations intéressantes.

Pour les francophones sur place, il a balancé Dans la tête (Pura Pura, Kaba, Brodinsky) et pour tous les fans d’Osheaga, il a joué la matière récente de sa création solo, soit celle de l’excellent album In Waves, un carnet rempli d’invitations et de citations – The xx, Honey Dijon, Erikah Badu, Robyn, Panda Bear, etc. Bien entendu, les prestigieux invités spéciaux ne se sont pas pointés pas sur la scène d’un festival mais leurs échos de studio s’y sont rendus.

Différentes façons de faire chez Jamie xx se déclinent sur 17 chansons (dans la version Deluxe parue en 2025), nous en avions devant nous maintes versions conçues pour la scène.

Disco, house, soul/R&B, techno, ambient, pop et recherches texturales sont parmi les matériaux de construction.

Ainsi, les festivaliers se sont remué le popotin pendant l’heure et quart réservée à Jamie xx. Les écrans ont mis en scène la foule qui dansait et autres références à la club culture. L’artiste n’a pas misé sur sa propre mise de l’avant, préférant se fondre dans l’expérience collective et faire profiter à ce vaste public de ce voyage In Waves. Loin du statu quo, fédérateur pour les meilleures raisons, Jamie xx aura fait des vagues pour notre plus grand plaisir, ce conte sonore aura atteint ses objectifs: élever et divertir.

dance-punk / électro-rock / rock

Osheaga 2025 | Complet-cravate, dance-punk, rock anglais… The Dare

par Alain Brunet

The Dare, c’est un mec cravaté, chemise blanche, complet noir, verres fumés à monture noire, attriqué comme les Beatles pré-psychédéliques ou encore The Jam ou encore Robert Palmer ou même Devo. Le complet-cravate assumé revient sporadiquement sur la scène rock et voici The Dare, tout droit sorti du Royaume-Uni. Euh… non, apparences trompeuses. Harrison Patrick Smith est New-Yorkais, natif de LA. Sa nationalité est américaine, son accent est américain, ses références dance-punk le sont aussi. Si on était en 2010, il aurait signé chez DFA avec la bénédiction de James Murphy.

Le mec de 29 ans a style givré de rockeurs à la Happy Mondays, Primal Scream ou Jesus & Mary Chain. Charismatique, il donne franchement un très bon show d’esprit rock, avec l’ardeur et les postures obliques des frontmen compétents.Non, ça ne se prend pas vraiment au sérieux : on sourit, on essaie de deviner les références, on kiffe l’attitude, on entre dans le beat rock. On s’éclate devant la scène de La Vallée !

Et pourtant, il n’y a aucun band.

Le jeune mec à cravate se trémousse en soliloque, seuls deux claviers vintage sont manipulés à de rares occasions. Préenregistrées, des guitares très fuzzées se fondent dans des motifs électroniques, électro-pop, krautrock, synth-punk. Plus on avance, plus la dimension électronique domine cette esthétique néanmoins rock à l’ère numérique.

On se demande même si le mur d’amplis Mashall empilés derrière le frontman est vraiment utilisé ou bien s’agit-il d’un simple élément de décor.

Quoi qu’en soit la réponse, on est diverti à souhait par cette formule qui s’annonçait vachement rétro au départ et qui, au fil des riffs, strophes et hurlements, s’est révélée plus singulière. Si ça vous intrigue, écoutez What’s Wrong With New York, album sorti l’an dernier.

Afrique / afrobeats / afropop / hip-hop instrumental / jazz groove / soul/R&B

Osheaga 2025 | Amaarae, Ghana/USA universel

par Alain Brunet

Amaarae, Ama Serwah Genfi si vous préférez son nom réel, est ma révélation d’Osheaga dominical. Cette artiste ghanéenne-américaine réunit deux continents, s’avère plus nord-américaine qu’africaine sans négliger pour autant le second volet de son identité.

Elle débarque sur scène avec un look hybride, différent.. Sa combinaison noire est reliée au centre du torse par une fermeture éclair bouclée jusqu’au gorgoton. Elle porte un casquette noire qui lui donne parfois des airs sévères. Et, question de brouiller les pistes, elle chausse une paire de bottes argentées à talons aiguilles. 

Elle peut adopter une voix mince, caline, haut perchée et elle peut aussi changer de ton (et de tonalité) pour ainsi asseoir son respect. Encore une fois, cette façon de s’exprimer exploite le contraste de la féminité et de la masculinité réunies en une personne. Et c’est impressionnant car nous avons encore peu de modèles pop afro-descendants pour exprimer ces identités multiples.

Son double EP lancé en 2024, roses are red, tears are blue / A Fountain Baby, est une authentique révélation. Puisqu’elle vient du Ghana et donc de l’Afrique de l’Ouest de culture coloniale anglo, on aurait pu lui coller l’étiquette afrobeats, on aurait pu lui réclamer un peu de highlife ghanéen, ce qui ne fut pas exactement le cas. Plusieurs de ses chansons peuvent y être associées mais le concert présenté sur la scène de la Forêt y donne peu de place. Amaarae porte une culture composite, androgyne, mondiale. Les influx d’électro, de hip-hop instrumental, de soul nouvelle mouture, de pop-rock musclée ou même de jazz-groove sont parmi les couleurs d’Amaarae. Et lorsque les afrobeats se déploient, ils n’ont pas ce relâché des productions nigerianes, ils sont plus fermes. Qui plus est, les arrangements ne ménagent pas les éclats  et les montées dramatiques. Franchement puissant! 

Évitons donc de comparer cette artiste à  ses collègues africains Yemi Alade, Ayra Starr, Burna Boy ou autres Tiwa Savage.

Ça se danse du début à la fin, certes, les grooves sont irrésistibles, certes, et c’est différent de tout ce que j’ai entendu en pop africaine jusqu’à ce jour. Amaarae fera école, j’ose l’affirmer.

classique occidental

Festival de Lanaudière | Une magie lanaudoise nommée Nagano

par Frédéric Cardin

Vendredi 1er août dernier, l’Amphithéâtre de Lanaudière recevait l’OSM et surtout Kent Nagano à sa direction, dans un retour que l’on pourrait presque qualifier de triomphant. Le public l’attendait et était probablement prêt à ovationner n’importe quelle performance, du chef. Heureusement, Kent Nagano a offert une très belle lecture musicale de trois œuvres charnues, question coloris et langage polyphonique. 

Pour les couleurs, la Rhapsodie pour clarinette et orchestre en si bémol majeur, L. 116 de Debussy avec Todd Cope, clarinette solo de l’OSM, a rempli les belles promesses d’une écriture foisonnante et merveilleusement bigarrée. Les chausses-trappes interprétatives nombreuses de la partition ont été bien maîtrisés et même rehaussée d’une notable aisance du soliste, à qui le chef invité a su apporter un soutien habile et nuancé de l’orchestre. 

En entrée de programme, l’ op. 1 de Webern, la Passacaille en ré mineur a reçu le traitement qu’elle méritait, soit une très belle ampleur des cordes, encore teintée de romantisme, doublées de voix contrapuntiques plus modernistes/impressionnistes chez les bois. Webern n’avait pas encore traversé le pont vers l’atonalisme, ce qui rend cette Passacaille toujours éminemment accessible pour le grand public, tout en permettant à ce dernier de prendre connaissance avec une prémonition de la complexité raffinée du langage de ce compositeur. 

En finale de ce concert donné d’un seul trait (sans entracte), la Symphonie n° 3 en fa majeur, op. 90, sa grande richesse polyphonique et ses magnifiques thèmes et mélodies. Je me demandais si Kent Nagano allait nous présenter la vision de Brahms, historiquement informée, telle que ce que l’on entend dans son enregistrement de la même œuvre sous étiquette BIS, et paru il y a quelques semaines. Je vous parlais alors, dans la critique de l’album (À LIRE ICI) de la grande liberté de mouvement, de l’aisance rythmique, du souffle aéré des voix, que le chef a apporté à la lecture de cette musique. Bien que sorti récemment, l’enregistrement en question date de 2019. Depuis tout ce temps, Nagano a eu tout le temps d’affiner sa vision. Qu’en était-il, donc? Eh bien oui, ce que l’on entend sur l’album est bien là, avec encore plus de conviction et d’oxygène. Le très fameux troisième mouvement, Poco allegretto, nous a collectivement élevés grâce à sa mélodie poignante et la tendresse naturelle avec laquelle le chef lui a donné vie. Une belle magie que tout le monde réuni a su capter et ressentir. 

Une ovation soutenue a forcé Kent Nagano a revenir sur scène six fois. Le public l’adore, et si vous avez envie d’en savoir plus sur sa perception de l’amour entre lui et le Québec, en plus de sa vision de Brahms, ÉCOUTEZ L’ENTREVUE QUE J’AI RÉALISÉE AVEC KENT NAGANO ICI (en anglais). 

Amérique latine / classique moderne

Concerts du Mont Saint-Grégoire | Rencontre de plusieurs types

par Alain Brunet

Internationalement réputé, l’ensemble mexicain de percussions Tambuco passait un week-end agriculturel au Québec, à la rencontre du Parcival Project, ensemble à cordes mené par le violiniste montréalais Emmanuel Vukovich. Ce dernier vibre très fort sur le projet holisistique de lier agricutlure et musique de pointe. La ferme Cadet Roussel lui permet de réaliser ce rêve, une série de concerts l’incarnent cet été au Mont Saint-Grégoire, des échanges interculturels latino-américains en sont le point culminant ce premier week-end d’août.

Le projet Parcival a pour objet d’actualiser ce mythe arthurien écrit au 13e siècle par le poète et authentique chevalier allemand Wolfram von Eschenbach. Parcival. Il s’agit ici de la quête du Saint Graal, quête adaptée à la recherche musicale de Vukovich au 21e siècle. Cette quête humanitaire et spirituelle consiste non seulement à lier la pratique musicale à l’environnement terrestre et ses pratiques agricoles, mais aussi aux rencontres interculturelles desquelles jaillissent l’inspiration métisse dans un contexte où les repères sont difficiles à identifier et la réprobation de l’étranger l’emporte sur la collaboration et la fusion.

Vous vous doutez bien qu’Emmanuel Vukovich, ses musiciens et ses invités ont choisi la deuxième avenue pour le deuxième programme du week-end – samedi. Dans le mythe, deux chevaliers d’égale valeur croisent le fer, puis cessent les hostilités pour ainsi reconnaître leurs qualités respectives et envisager chevaucher ensemble dans la quête du Graal.

Ainsi, cordes, percussions et ondes électroniques ont incarné cette rencontre mythique. Ç’aurait pu être gnangnan, trame narrative néoclassique avec fin heureuse. Si la fin fut heureuse et porteuse d’espoir, cette rencontre interculturelle et interstylistique ne s’est pas déclinée dans la facitlité.

Une longue introduction de sons aélatoires, coups d’archets, percussions , cloches, fréquences de synthèse ont d’abord illustré le chaos du désemparement pour choisir progressivement des formes préliminaires d’organisation commune. Le rythme devient constant et soutenu, les cordes s’attachent et puis les choses se calment. Nous voilà dans une phase ambient, le violon de Vukovich trace une ligne mélodique qui tient de la complainte à l’époque barique, les autres cordes se mettent de la partie, les mélodies sont ensuites pincées avant que tous les archets ne concourent à un tout plus musclé pour ensuite retrouver le calme de la mélodie originelle et qu’on y tricote autour.

Des cloches déclenchent alors un autre « mouvement » de cette trame imaginée en ateliers précédant ce concert où des musiciens classiques s’ouvrent à l’improvisation et aux rythmes afro-latins. La dynamique change, les sons se musclent, s’entrechoquent, une sorte de marche s’installe et tous les interprètes sont mis à contribution quoique les percussions dominent d’abord la séquence avant d’être joints par les cordes qui construisent des motifs mélodico-harmoniques plus complexes et plus robustes. Les choses se calment de nouveau, le violon dessine de nouvelles lignes mélodiques, cette fois traversées par des sons électroniques, des percussions et des techniques étendues des instruments à cordes. Un crescendo se déploie, encore plus puissant, et les cordes s’échangent les réparties parfois même folkloriques.

Imaginée par Emmanel Vukovich, cette trame se veut la semence d’une démarche continue de collaborations créatives, et ce dans le décor bucolique du Mont-Saint-Grégoire. Cette trame prometteuse pourra être retravaillée, resserrée et prête à être enregistrée. On pourra alors parler d’une oeuvre.

Processus en continu à la ferme Cadet-Roussel et ses adeptes musiciens férus de culture et d’agriculture. Les Concerts Saint-Grégoire se poursuivent ce dimanche et plus tard cet été, expérience hautement recommandable.

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hip-hop / hip-hop alternatif / rap

Osheaga 2025 I Tyler, The Creator, impérial malgré la pluie et la fatigue

par Jacob Langlois-Pelletier

S’il y a bien quelque chose que Tyler, The Creator a prouvé — ou plutôt réaffirmé — avec la sortie récente de son projet dance DON’T TAP THE GLASS, c’est qu’il se moque bien des conventions et ne cherche qu’à créer la musique qui lui plaît. Et c’est dans ce même état d’esprit qu’il est monté sur scène à Osheaga, avec une seule intention : s’éclater avec la foule, malgré la pluie qui a écourté son passage et une fatigue bien palpable.

À peine une semaine après son concert au Centre Bell, Tyler retrouvait sans doute des visages familiers parmi les milliers de spectateurs du parc Jean-Drapeau. Il a fait son entrée sur les notes lourdes et dramatiques de « Big Poe », suivie de l’entraînante « Sugar on My Tongue », perché sur une structure arborant le titre de son dernier album. Il n’en fallait pas plus pour que le public commence à se déhancher, quelques minutes à peine après le coup d’envoi.

Devant et derrière lui, les effets pyrotechniques éclatent au rythme des morceaux, accompagnés d’un éclairage précis, toujours en phase avec les différentes atmosphères de son répertoire. Tyler Gregory Okonma, de son vrai nom, est une véritable bête de scène. Seul sur le vaste plateau, il bondit, se déhanche et incarne chaque pulsation avec intensité.

Après un bref passage dans DON’T TAP THE GLASS, il a enchaîné avec plusieurs titres tirés de CHROMAKOPIA, paru en octobre 2024. L’ambiance s’est assombrie, alors que des faisceaux verts, couleur emblématique du projet, envahissaient la scène. « Sticky » a été l’un des temps forts, la foule scandant à pleins poumons les couplets des rappeuses GloRilla et Sexyy Red. Rarement voit-on un auditoire aussi connecté à son artiste.

À mi-parcours, Tyler a confié qu’il allait puiser dans certains morceaux plus anciens, « cela me permettra de souffler pendant que vous chantez », a-t-il lancé. En reprenant des titres comme « EARFQUAKE » (IGOR) ou « WUSYANAME » (CALL ME IF YOU GET LOST), l’icône du rap alternatif a visé juste. Il n’avait plus qu’à savourer les chants du public.

Plusieurs fois, l’artiste a évoqué son état d’épuisement, admettant être « vidé » vers la fin de son set d’une heure. En tournée depuis février, Tyler approche la fin d’un marathon de plus de soixante concerts. On lui pardonne volontiers cette fatigue, surtout au vu de l’énergie déployée et de la grande majorité de ses textes livrés dans leur intégralité.

Après avoir exploré tous les coins de sa discographie, Tyler a conclu avec la sublime « See You Again », collaboration avec Kali Uchis tirée de Flower Boy (2017). Porté par les voix du public, il a quitté la scène en remerciant chaleureusement ses fans.

Sur « Rah Tah Tah », Tyler, The Creator affirme être le plus grand rappeur de Los Angeles après Kendrick Lamar. Après une prestation aussi solide et une carrière aboutie, on ne peut que lui donner raison. Ce n’est pas de l’arrogance, mais de la lucidité.

Crédit photo: Sophie Mediavilla-Rivard

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