autochtone / classique / inuit / musique contemporaine

Virée classique | Mozart en traîneau vers le Grand Nord

par Alain Brunet

Dina Gilbert, cheffe d’orchestre liée de près à l’OSM depuis plusieurs années déjà (elle y fut cheffe adjointe de 2013 à 2016) , dirigeait cet ensemble réduit afin de faire voyager « de Vienne au Grand Nord ». Elle s’est présentée samedi sans une Cinquième Salle à peu près pleine.

L’idée était de séparer le programme en deux parties distinctes pour un même ensemble : violon, contrebasse, clarinette, basson, trompette, trombone et percussion. Cette instrumentation correspond à celle choisie en 2008 par maestro Kent Nagano afin de tourner dans le Nunavik avec l’OSM. Une commande à la compositrice inuite Alexina Louie avait alors été passée, puis exécutée dans différentes localités arctiques.

Dans un premier temps, donc, l’arrangement de Gilles Bellemare d’Une petite musique de nuit de Wolfgang Amadeus Mozart, plus précisément la Sérénade no 13 pour cordes en sol majeur), pièce archi-connue que tout être humain d’Occident a déjà entendu. L’effet est plutôt moyen en petite formation devant public et cela n’a rien à voir avec son exécution. On a l’impression d’être devant une mini fanfare militaire de l’époque pré-industrielle et que le choix de l’œuvre complémentaire à l’œuvre principale aurait pu être tout autre. On a beau vouloir faire de la vulgarisation auprès de ces mélomanes débutants qui applaudissent systématiquement entre les mouvements (personne ne leur a dit de faire le contraire, remarquez), lier musique de création contemporaine et un tel mégatube de Mozart, imaginé au 18e siècle, me semble discutable dans ce contexte précis.

Un meilleur complément aurait été préférable pour accompagner la pièce de résistance, soit une œuvre autochtone imaginée par une compositrice inuite. Alexina Louie est parmis ces compositeurs.trices éduqué.e.s dans les facultés de musique occidentale et soucieux.ses de relayer leur culture indigène. Dans le cas qui nous occupe, c’est l’évocation de la nature arctique, le traîneau à chien, les moustiques l’été et autres éléments du quotidien traditionnel inuit sont mis en sons par la compositrice, qui joint à cet ensemble classique deux chanteuses de gorge : Taqralik Partridge et Julie Larouche ont été appelées à la dernière minute car leur collègues n’ont pu faire le voyage en avion ce week-end pour les raisons qu’on imagine.

Il faut rappeler à quiconque que le chant de gorge des femmes inuites est d’abord un jeu que les ethnologues et compositeurs du XXe ont jugé très musical. Depuis, l’intérêt pour le jeu de gorge est resté grand puisqu’on voit régulièrement des projets les mettant en vedette – Oktoecho le faisait il y a quelques jours à peine à Présence autochtone.

Les chanteuses de gorge ne représentent plus cette curiosité exotique des années 70 et 80, elles ont fait évoluer leur jeu, la variété de leurs textures gutturales, des rythmes de leur exécution et des motifs de leurs phrasés a relativement évolué. Mais cela reste un matériau sonore assez sommaire, les potentialités musicales du jeu de gorge demeurent limitées. Enfin… il faudra encore bosser fort pour faire évoluer le langage. Côté instruments du « Sud », on était au service d’un œuvre plutôt consonante, empreinte de motifs répétés et laissant place aux expressions individuelles. Digne d’intérêt, certes…

ARTISTES

Taqralik Partridge, chant de gorge

Julie Larouche, chant de gorge

Marianne Dugal, violon

Ali Yazdanfar, contrebasse

Alain Desgagné, clarinette

Mathieu Harel, basson

Paul Merkelo, trompette

James Box, trombone

Serge Desgagnés, percussions

Œuvres

Wolfgang Amadeus Mozart (arr. G. Bellemare), Une petite musique de nuit (16 min)

Alexina LouieTake The Dog Sled (21 min)

classique occidental / post-romantique

Virée classique | Symphonie (participative) de la Virée, pour et par notre communauté

par Alexandre Villemaire

C’est une tradition qui perdure depuis les débuts de la Virée classique: à chaque édition, des musiciens et musiciennes amateurs se réunissent pour former un orchestre ad hoc et présenter des pages du répertoire symphonique au public rassemblé dans le Complexe Desjardins. Cette Symphonie de la Virée, qui s’est imposée comme un des évènements attendus et fort populaires de ce mini festival de l’OSM, attire le regard et les oreilles de nombreux passants attentifs et curieux.

Pour diriger les différents instrumentistes, c’est Adam Johnson, nouvellement installé dans ses fonctions de directeur musical et artistique de l’Orchestre symphonique de Laval, qui a été mandaté cette année avec un programme flirtant à la fois avec du répertoire connu et des découvertes, dont plusieurs de compositeurs bien de chez nous.

L’orchestre a d’abord interprété l’Ouverture Les Hébrides de Felix Mendelssohn, une pièce énergique et dynamique aux lignes lyriques et aux passages de cordes percussifs. On a, par la suite, enchaîné avec une suite de trois danses signée Florence Price, une des plus importantes compositrices américaines du XXᵉ siècle, la première Afro-Américaine à voir une de ses symphonies jouées par un des principaux orchestres des États-Unis. Les Dances in the Canebreaks, une de ses dernières pièces, sont pétries d’inflexions folkloriques afro-américaines avec des mouvements énergiques, lyriques et sautillants, marqués par des échanges et des interactions entre les cordes et les cuivres et des passages accompagnés en pizzicato.

Du compositeur canadien d’origine russe Airat Ichmouratov, l’orchestre a joué son ouverture Le mythe du faucon, une œuvre à essence programmatique, basée sur l’oiseau mythique du peuple hongrois dont ils seraient les descendants. C’est une œuvre extrêmement colorée où le talent d’orchestrateur d’Ichmouratov s’exprime, notamment dans le passage qui amène le climax final de la pièce, qui en a surpris plus d’un par son brusque changement de dynamique.

Le concert s’est conclu par un extrait de la Symphonie de la tempête du verglas de Maxime Goulet. Le mouvement, intitulé Chaleur, représente, dans une énergie lumineuse, l’entraide qui a eu cours lors de l’événement météorologique extrême de 1998. Des rythmes de gigues et de rigodons traversent cette œuvre qui a été dirigée par Rafael Payare. Une conclusion endiablée qui est venue célébrer l’amour de la musique pour ces musiciennes et musiciens de tous horizons.

Crédits photo : Gabriel Fournier

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période romantique

Virée classique | Il danse avec les animaux

par Frédéric Cardin

L’ensemble Obiora, orchestre classique formé de musiciens de la diversité, se retrouvait sur la scène de la Maison symphonique hier après-midi, pour un programme attrayant, marqué ‘’pour toute la famille’’. Et toute la famille il y avait, surtout des petits qui grouillottent et chuchotent. Moi, ça me rend heureux ce genre d’évènement, et je recommande aux parents de ne pas trop les brimer quand ils bougent un peu sur leurs sièges. C’est prévu pour! Ne leur faites pas sentir trop forcément que le concert est une contrainte. Bref, il y avait du piaillement (un peu), mais c’était bien correct.

ÉCOUTEZ L’ENTREVUE AVEC ALLISON MIGEON DE L’ENSEMBLE OBIORA CONCERNANT CE CONCERT

Le programme, dirigé par Rafael Payare, a commencé avec une très jolie pièce pour cordes en quatre mouvements de l’Afro-Étatsunien Quinn Mason, Irish Dance Suite, illustrée par l’artiste kanyen’kehà:ka (Mohawk) Kaiatanoron Dumoulin Bush. Chacun des quatre mouvements était accompagné d’une illustration construite en direct sur grand écran par la jeune dame. On se demandait un peu où cela s’en allait, car les traits abstraits dessinés se ressemblaient tous, mais dans des configurations légèrement différentes. On aurait dit des tresses de cheveux entremêlées avec des feuilles. C’est à la toute fin que le design complet, réunissant toutes les parties, a permis de percevoir une sorte de symbole celtique (il me semble), construit avec des motifs végétaux. Très joli, mais un peu difficile à suivre pour les très jeunes enfants. La musique de Mason est de l’ordre du plaisir très grand public, avec des mélodies franches, des rythmes gracieux, heureusement pas trop stéréotypés, bien que facilement identifiables. Une pièce qui a certainement beaucoup de succès chez les orchestres de jeunes cordistes.

Le Carnaval des animaux, que tous et toutes attendaient, a bénéficié lui aussi d’un accompagnement inédit. Et c’est ce dernier qui a carrément volé la vedette et emporté le public assez nombreux. Le chorégraphe Charles Brécard, véritable homme-fluide tellement ses mouvements sont onctueux, presque liquides, a illustré chaque mouvement du chef-d’œuvre de Camille Saint-Saëns avec autant d’humour que d’originalité. Il a surtout évité de ‘’mimer’’ les créatures de la partition. Oh, il y a bien eu une trompe d’éléphant suggérée avec un mouchoir, et des ailes de cygnes, mais Brécard a surtout caractérisé d’autres aspects de la musique. Les rythmes par exemple, sur lesquels (Fossiles et Finale) il a fait se croiser la danse contemporaine, le hip hop et le street dance. Certains morceaux pourraient d’ailleurs aisément se retrouver au festival de street dance JOAT, qui a lieu à Montréal à la fin août. Il a également fait participer toute la foule, sans un mot, dans le fameux Aquarium (poissons) avec des mouvements de mains ondoyants qu’on pourrait voir dans des concerts pop. Ailleurs l’artiste tombait comme un tissu, chutait avec grâce de la scène et tentait d’y remonter, ou s’amusait à rouler par terre. Les enfants ont adoré, les parents aussi, et même des personnes qui n’aiment que très peu la danse habituellement ont trouvé cela très réussi.

Charles Brécard devrait tourner avec ce concept. Je vois bien n’importe quel orchestre dans le monde attirer un public familial avec ça, offrant ainsi une alternative intéressante aux versions narrées, plus fréquentes. 

classique moderne / période romantique

Virée classique | Musique d‘une vie, marquée par la jeunesse

par Frédéric Cardin

Le pianiste Godwin Friesen est un talent complet. Le lauréat du Concours OSM 2022 fait flèche de tout bois tant en formation concertante que chambriste et prestation soliste. En plus il compose, et fort bien! Hier après-midi, à la Cinquième Salle de la Place des Arts, le jeune homme originaire des Prairies et installé maintenant à Montréal a impressionné tout le monde dans un concert centré, ironiquement, sur un quatuor à cordes! C’est que, le Quatuor no 1 en mi mineur « de ma vie » de Bedřich Smetana, focus du titre et de la promotion de ce concert, était précédé par le juvénile Trio no 1, pour piano, violon et violoncelle de Dmitri Chostakovitch (il l’a composé à l’âge de 16 ans) et, autre manifestation de talent précoce d’écriture, deux pièces de Friesen lui-même, dont une en création mondiale. Le Chostakovitch trahit encore des influences de Rachmaninov, mais laisse tout de même percer quelques aspérités qui deviendront la marque du compositeur. La musique a été portée avec vitalité par les trois artistes, et particulièrement Friesen au piano, créateur de couleurs scintillantes et de grappes sonores papillonnantes impeccables. Les deux pièces de la plume du jeune homme, Les cieux racontent et la toute nouvelle Une tente pour le soleil s’inspirent autant du texte biblique du Psaume 19 que de la nature, et sont exprimées dans un langage séduisant, néo-romantique. Friesen sait manier la complexité et la surprise tout en demeurant accessible et intéressant, voire séduisant. Franchement, j’ai très hâte d’en entendre plus de sa part! 

Le Quatuor de Smetana, finalement arrivé, a permis à trois très jeunes recrues de l’OSM de se mettre en valeur, dont l’exceptionnel Sebastian Gonzalez Mora à l’alto. Quelle présence sonore (et physique) il dégage! L’Orchestre aura intérêt à lui donner le plus d’espace possible dans l’avenir. J’ai aussi bien apprécié le jeu de la violon 1, Sydney Adedamola. Par contre, il m’a semblé que le son du deuxième violon, Justin Saulnier, était souvent trop âpre dans les élans plus vigoureux. Il faudra faire attention. 

Cela dit, ce fut un beau concert, en général très flatteur pour la relève musicale d’ici. 

classique moderne / période romantique

Virée classique | Helmchen/Hecker : Un audacieux voyage de la lumière aux ténèbres

par Frédéric Cardin

Une Cinquième Salle bondée, à 11h le matin, a accueilli le duo sur scène et dans la vie formé du pianiste Martin Helmchen et de la violoncelliste Marie-Elizabeth Hecker, samedi 16 août. La Virée semble bien fonctionner, et c’est tant mieux. Surtout que les deux artistes avaient concocté un programme assez solide et copieux, même pour une petite quarantaine de minutes.

ÉCOUTEZ L’ENTREVUE AVEC MARTIN HELMCHEN À PROPOS DU PROGRAMME DE CE CONCERT

Helmchen et Hecker ont lancé le tout avec un très beau Waldesruhe [Le calme de la forêt], op. 68, n°5 de Dvořák, dans de belles dentelles mélodiques, appuyées par un jeu d’une grande délicatesse. C’était suivi de Papillon, op. 77 de Fauré, une pièce redoutable pour le violoncelle, maîtrisée correctement par Mme Hecker, quoique sans toute l’aisance souhaitée dans l’agilité des lignes virevoltantes. Un début de programme installé dans la lumière, mais qui a laissé place à la sublime grisaille du Winterreise de Schubert, dont trois extraits étaient joués, Gute Nacht [Bonne nuit], Der Lindenbaum [Le tilleul] et Der Leiermann [Le joueur de vielle]. On a ici senti l’intime complicité entre les deux artistes, et surtout la profonde compréhension de l’univers de Schubert. C’était très beau. Le clou de la matinée restait à venir : la tortueuse, voire ténébreuse Sonate pour violoncelle et piano n° 1 d’Alfred Schnittke, compositeur russe d’origine germanique du 20e siècle. 

Un choix audacieux mais payant, car cette œuvre à l’énergie et l’intensité dramatique chostakovitchiennes est diablement impressionnante. Malgré l’exigence qu’elle impose aux oreilles des auditeurices, le public a salué une interprétation impeccable et passionnante, solidifiée par le fait que les deux artistes l’ont ‘’dans les doigts’’, car ils la jouent souvent ces temps-ci. Ils viennent en effet d’en publier un enregistrement sous étiquette Alpha Classics, avec d’autres sonates d’Europe de l’est. La matinée aurait pu être marquée du sceau de la quasi-perfection n’eut été de trois ou quatre tousseurs professionnels et ostentatoires, ainsi que, comble de l’horreur, une sonnerie de téléphone dans les tout derniers accords, à peine murmurés, du Schnittke. Gênant. 

classique / post-romantique

Virée classique | Les Planètes de Holst : séduisantes dans un espace intersidéral… pas tout à fait silencieux

par Sami Rixhon

Sans être transcendante, la performance des mythiques Planètes de Gustav Holst par l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), donnée hier soir à la Maison symphonique, était séduisante, et lançait les festivités en salle de cette 12e Virée classique sur une bonne note.

Le premier mouvement, Mars, celui qui apporte la guerre, est convaincant, et laisse entrevoir un orchestre en pleine maîtrise. Les attaques « star warsiennes » sont précises, impitoyables et lourdes à la fin du mouvement, et l’équilibre entre les sections est réussi. Le seul reproche, c’est qu’il me semble parfois manquer de subtilité dans les nuances entre les différentes planètes (même dans un seul mouvement) : dans un poème symphonique aussi profondément imagé que ce chef-d’œuvre de 1917 de Holst, ça enlève une partie de l’expérience.

Des tableaux comme Mars, celui qui apporte la guerre ou Jupiter, celui qui apporte la gaieté s’inscrivent parfaitement dans l’esprit de la Virée classique : les mélodies sont mémorables, accessibles, et quand l’OSM décide d’y aller au maximum, c’est d’un grandiose brillant. D’autres planètes sont pourtant plus difficiles d’accès, poussant les oreilles curieuses dans des recoins jusque-là insoupçonnés, comme Uranus, le magicien, à la superposition rythmique éclatée et audacieuse.

Toutefois, même si l’événement se veut accessible au grand public, il faudrait peut-être apprendre à certaines personnes dans la salle le b.a.-ba des codes de la musique classique. Ou le savoir-vivre, rien que ça. S’il est magnifique de voir des personnes de tous les horizons découvrir les joies de la musique classique pour la première fois, ce n’est pas pour autant qu’il faut excuser à ces débutants des comportements complètement irrespectueux pendant un spectacle.

Habituée à l’inévitable opéra de la toux, la Maison symphonique accueillait cette fois-ci, à son grand désarroi, une éreintante symphonie de chuchotements et de sonneries de téléphone peu discrètes. De tous les côtés.

Une (dés)honorable mention au couple juste derrière-moi, incapable de ne pas placer plus de dix secondes un commentaire dont on se serait bien passé tout le long du spectacle. Si c’est pour casser les pieds de la rangée en entier, autant rester à la maison, à écouter Les planètes sur votre bête enceinte. Parce que, clairement, nous n’avions pas affaire ni à des mélomanes, ni à des audiophile… Plutôt à des parasites sonores.

Neptune, le mystique, avec son chœur de femmes judicieusement dissimulé pour la surprise derrière la scène, conclut d’une jolie manière cette soirée en demi-teinte. Demi-teinte, dis-je, et ce ne sera pas la faute de l’OSM.

Crédits photo : Antoine Saito

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classique

Virée classique | Orchestre de cuivres Griffon : de l’Écosse à l’Italie

par Sami Rixhon

Agréable performance de la part de l’Orchestre de cuivres Griffon, dirigé par Vincent Brossard, qui prenait d’assaut le Complexe Desjardins vendredi à 17h. Le programme, très globe-trotteur, s’éloignait des clichés habituels des ensembles du même genre, pour le mieux.

Belle entrée en matière avec Shine as the Light, de Peter Graham, aux accents rappelant la musique jazz ou même des airs d’Aram Khatchatourian. Les attaques sont précises, ce qui est à souligner quand on sait à quel point les cuivres possèdent des embouchures particulièrement compliquées. L’ensemble est composé d’une trentaine de musiciens, certains plus âgés et expérimentés que d’autres, dont un trio de percussionnistes qui aide l’orchestre à aller chercher des couleurs manquantes aux cuivres.

Les sons feutrés, moins éclatants que les airs aiguës des trompettes, comme ceux des cors ou des trombones, ressortent difficilement dans l’acoustique étrange d’un endroit comme le Complexe Desjardins. Et ça, l’ensemble n’y peut rien. 

Certaines notes manquent parfois de justesse, mais il faut rappeler que l’Orchestre de cuivres Griffon n’est pas composé de professionnels, et que, pour un ensemble amateur, le niveau est déjà bien respectable.

Saluons d’abord l’immense technique du tubiste Samuel Hannan sur les Thème et variations sur le Carnaval de Venise, dont les doigts auraient pu prendre feu dans les dernières secondes de la pièce!

Le programme proposé par l’Orchestre de cuivres Griffon évoque aux travers de ses airs les paysages naturels de la Norvège, de Venise, ainsi que des Highlands écossais. L’ensemble décide de ne pas jouer dans le connu, de ne pas interpréter un Star Wars ou un Rocky, aux hymnes de cuivres sous testostérone, qui leur auraient pourtant permis de mettre le public dans sa poche avec un thème qu’il a déjà entendu 1000 fois.

C’est audacieux et honorable de leur part.

L’orchestre clôture sa première de deux apparitions à la Virée classique avec une très belle performance du Resurgam d’Eric Ball, un classique dans le monde des brass bands, détaille M. Brossard.

Sympathique et original!

Programme

Peter GrahamShine as the Light

Bert AppermontThe Green Hill

Edvard GriegThe Last Spring

Philip SparkeAlladale

Paul Lovatt-Cooper, Where Eagles Sing

Jean-Baptiste Arban, Thème et variations sur le Carnaval de Venise

Eric BallResurgam

Crédits photo : Vincent Lagueux

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classique / classique moderne / période romantique

Virée classique | Le coup d’envoi au Stade olympique, plus qu’un buffet populaire

par Alain Brunet

Difficile d’imaginer meilleur dosage pour ce coup d’envoi au pied du Stade olympique, soit le plus important concert donné annuellement par l’OSM à l’amorce de sa 12e Virée classique, la quatrième sous Rafael Payare. 

Pour le très grand public, soit ces milliers de personnes qui se déplacent aux concerts classiques sans avoir à payer un rond, c’est l’occasion de se familiariser avec les évidences du répertoire et, de surcroît, se tremper les oreilles dans quelques musiques  symphoniques de facture plus moderne et (forcément) moins connue. On en déduit que les “déclarations” plus audacieuses des programmes antérieurs sous Payare ont fait place cette année à une approche plus conviviale, forcément plus sobre.

D’abord repassons les évidences heureuses.

Comme le soulignait mercredi le très sympathique animateur et comédien André Robitaille, l’ouverture Guillaume Tell rappelle aux profanes les dessins animés des Looney Tunes (Bugs Bunny, etc.)  ou encore quelques bons vieux films western où le même extrait accompagne les chevauchées épiques des conquérants de l’Ouest. Je me souviens d’ailleurs du même exercice offert par l’OSM à la fin des années 60, à l’occasion de mon tout premier concert inscrit dans le calendrier de mes activités parascolaires. Maestro Franz Paul Decker, alors chef principal de l’OSM, avait choisi le même extrait que tous les enfants connaissaient déjà par le truchement des cartoons dont ils étaient fans.

Les grands airs archi-connus ont été bien servis par l’excellent ténor polynésien Pene Pati, originaire des îles Samoa et éduqué musicalement en Nouvelle-Zélande. Puissance, justesse, ferveur, bonheur évident de chanter, ce ténor a tout d’une mégastar du chant lyrique. Alors vu ce programme très grand public, le soliste a repris des grands airs connus de quiconque :  « L’amour!… Ah lève-toi, soleil! » de Roméo et Juliette (Charles Gounod) « Che gelida manina » de La Bohème (Giacomo Puccini) ou même un magistral « Nessun Dorma » de Turandot (Puccini) avec quelques aspérités non désiréesdans la conclusion paroxystique de cet air fameux – fatigue physique, fort probablement.

Modernes ou romantiques, les autres évidences classiques au programme ont pour la plupart été fort bien exécutées : III. « Dialogue du vent et de la mer » de La Mer (Claude Debussy) ou la « Marche hongroise » extraite de La Damnation de Faust (Hector Berlioz).

Ajoutons à cela des œuvres moins connues du grand public, également inspirées par le thème de la nature qu’a choisi l’OSM pour la Virée classique.

De Kauyumari de la compositrice mexicaine Gabriela Ortiz, on ressent une authentique modernité latine dans la structure répétitive des motifs mélodico-harmoniques dont on assiste à la progression sur 7 minutes, le parti-pris d’un solide charpente rythmique sur lequel s’échafaude la polyphonie. Nous n’étions peut-être pas dans les meilleures conditions acoustiques pour en percevoir les subtilités mais on imagine que l’OSM pourrait rivaliser sans problème avec l’exécution du Los Angeles Philharmonic, alors dirigé par Gustavo Dudamel, compatriote vénézuélien de Rafael Payare.

De Chaleur, extrait de La symphonie du verglas du jeune compositeur québécois Maxime Goulet, on a vu que le rythme était fondé sur des motifs directement inspirés de la musique traditionnelle québécoise, marquée comme on le sait par les folklores celtes (irlandais et écossais). Ce n’est pas la première fois qu’un compositeur « sérieux » utilise ce matériau, l’exercice m’a néanmoins semblé rigoureux et fervent.

Du 4e mouvement de la Symphonie no 2, Le chant de la terre, du compositeur et activiste grec Míkis Theodorákis que l’on connaît surtout pour sa musique de film, on a retenu la colère du militant politique, son indignation pour les sévices de l’humain moderne sur son environnement naturel. L’œuvre est un champ de bataille, œuvre construite sur une trame violente et saccadée où s’exprime un soliste au piano (le jeune Godwin Friesen)  très imbriqué dans le discours orchestral.  

En somme, ce qui aurait pu être perçu sur papier comme une pizza toute garnie s’est avéré plus fluide et intégré, Au-delà des attentes, dites-vous?

crédit photo : Antoine Saito

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autochtone / musique contemporaine

Présence autochtone | Forestare : la force tranquille de la musique et des valeurs

par Frédéric Cardin

La Place des Festivals était somme toute calme et tranquille dimanche soir pour le spectacle Passeurs de l’ensemble Forestare (en format réduit), accompagné de Pierre-Alexandre Maranda à la contrebasse et de Jacques Newashish et Andrée Levesque Sioui aux chants et contes. Tranquille, oui, mais d’une bonne manière, c’est-à-dire celle d’un public attentif et respectueux du message véhiculé, et de l’ambiance sereine qui se dégageait de la musique exécutée.

Les quatre guitares sur place (Alexandre Éthier, Olivier Labossière, Simon Auger, Francis Brunet-Turcotte) ont soutenu, accompagné et commenté les interventions narratives et parfois chantées des deux artistes autochtones, l’Atikamekw Newashish et la Wendat Lévesque Sioui. Le concept de Passeurs, le titre de cette création, est un hommage aux transmetteurs de savoir, de sagesse et de valeurs. Kondiaronk, celui qui a laissé son nom au belvédère sur le Mont-Royal et artisan de la Grande Paix de Montréal de 1701 entre 39 Nations et les nouveaux colons européens, a été remercié et hommagé.

Puis, les deux artistes autochtones québécois ont offert des impressions de sagesse, inspirée des valeurs de respect de la Nature et du Monde qui nous entoure, à travers des commentaires, des poèmes, des chants (celui au ‘’frère loup’’ de Newashish était particulièrement touchant, ainsi que la dernière intervention d’Andrée Lévesque Sioui. Cette dernière a une voix superbe, porteuse, limpide et très juste). Je tiens à souligner l’intégrité artistique du Festival Présence autochtone qui ose offrir ce genre de création contemporaine, accessible mais plus exigeante en attention que la moyenne des gros shows donnés par les autres festivals sur la même place.

Pour ma part, j’apprécie les premiers, mais les deuxièmes font beaucoup de bien et donnent l’occasion au public de profiter de cet espace d’une manière beaucoup plus apaisée. Cela dit, j’aimerais pouvoir entendre cette musique, souvent ambiante et atmosphérique, dans un contexte acoustique plus intime, et surtout sans super amplification, qui sature les sons acoustiques délicats offerts par les guitares, la contrebasse et les voix. Je pense qu’on apprécierait alors de façon plus authentique les liens symboliques entre la partition et les valeurs naturalistes et humanistes qui y sont véhiculées. N’empêche, c’était un très beau concert. 

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folk-pop / latino

Sara Curruchich en concert au Balattou : porteuse de modernité maya et féministe

par Frédéric Cardin

On vous avait parlé d’elle l’automne dernier alors qu’elle était programmée à Mundial Montréal, dans un entretien réalisé par le collègue Michel Labrecque (LISEZ L’ENTREVUE ICI). Descendante maya, spécifiquement du groupe Kaqchikel, et située au Guatemala, Curruchich défend non seulement les droits de son peuple, mais en bonne militante intersectionnelle contemporaine elle porte aussi la voix des femmes de son pays. Militante autochtone et féministe, donc, qui s’exprime à travers une musique folk-pop teintée de rock, mais surtout d’engagement et d’intensité. 

La dame était de passage hier soir au club Balattou. La même présence forte sur scène, celle qu’on avait remarquée au Mundial, est là, immanente et communicative. Il y a quelque chose de Llasa de Sela chez Sara, mais bien moins pudique, plus extravagant. Les mélodies sonnent justes, authentiques (et parfois elles le sont, pigées dans le folklore local ou plus largement latinoaméricain), mais sont pour la plupart sorties de la plume alerte de l’artiste. Elle est accompagnée d’une batterie, d’une basse et, surtout, d’un marimba qui apporte toute la couleur spécifique à cette musique. Curruchich chante et joue de la guitare, mais se joint parfois à sa collègue au dit marimba dans des élans vivifiants à quatre mains. 

La voix, parfois fragile mais généralement très juste, a ce petit côté éraillé trempé dans la nature et le terroir. Elle n’est cependant pas dénuée de puissance lyrique et, lorsque ces moments arrivent, la rondeur est belle, équilibrée. 

Voici une artiste qui titille autant les émotions que la conscience, d’une façon originale et personnelle. Souhaitons qu’elle soit de retour souvent. 

autochtone / Maori Traditional Music / musique contemporaine

Présence autochtone 2025 | Baleines sans frontière

par Frédéric Cardin

La création mondiale du Chant de la baleine, un projet australo-canadien mettant en scène l’ensemble Oktoecho, de Montréal, et des artistes autochtones d’Australie et de Nouvelle-Zélande, avait lieu hier soir sur la Place des Festivals. Dans l’entrevue accordée à mon collègue Alain Brunet, la co-compositrice de l’œuvre, l’Australienne Corrina Bonshek révèle ne pas avoir écrit de notes pour les musiciens et musiciennes solistes et avoir plutôt proposé des paysages à habiter. C’est exactement l’effet que la musique de près de 90 minutes a offert aux spectateurs : un vaste panorama à l’atmosphère généralement contemplative et spirituelle. Au gré des instruments et des voix traditionnelles (chants de gorge inuits, didgeridoo australien, kemancheh persan, flûte traditionnelle et conque océane aborigène, etc.) lentements déployés, le paysage s’épanouit en successions de passages calmes (majoritaires) et animés (occasionnels). Le duo de chanteuses inuites nous a renseigné, avec exemple à l’appui, sur le caractère ludique et compétitif du chant de gorge, un moment très sympathique. 

LISEZ L’ENTREVUE AVEC LES CO-COMPOSITRICES DU CHANT DE LA BALEINE

Comme mentionnés, les rares moments accélérés ont donné un peu de pep au spectacle, dont la valeur artistique et esthétique me semble plus agréable à expérimenter en salle qu’à l’extérieur, à moins d’une mise en espace visuelle plus holistique. Quelques longueurs ont parsemé le déroulement. C’est une première, il reste donc du temps pour affiner des détails et accélérer le pacing entre les pièces, qui semblait parfois indécis. 

Je noterai aussi que la structure narrative de l’ensemble du concert pourra échapper à plusieurs, car le lien avec les baleines devient parfois indicible. Cela dit, l’œuvre est aussi une grande fresque teintée de symbolisme, et non un théâtre musical qui raconte une histoire précise. 

Malgré ces bémols bien intentionnés, je reste imprégné des ambiances prenantes et envoûtantes créées par les co-compositrices Katia Makdissi-Warren et Corrina Bonshek, ainsi que tous les artistes sur scène, dans ce crossover étoffé habité des meilleures intuitions spiritualo-environnementalistes. 

Une deuxième perfo a lieu ce soir sur la Place des festivals

Co-dirigé et composé par Corrina Bonshek (Australie) et Katia Makdissi-Warren (Canada), en étroite collaboration avec des artistes de renom :

  • Whaia Sonic Weaver – chanteuse maorie
  • Oncle Bunna Lawrie – chanteur, conteur et activiste aborigène
  • Nina Segalowitz & Lydia Etok – chanteuses de gorge inuites et codirectrices artistiques d’Oktoecho
  • Et les musiciens : Greta Kelly, Étienne Lafrance, Bertil Schulrabe, Michael Askill et Jason Lee Scott

bass-music / disco / house / mutant-disco / pop

Osheaga 2025 | Inji ? Une bombe !

par Alain Brunet

D’Istanbul, Inji était venue aux USA il y a quelques années, « afin d’y devenir banquière ». Le destin en a voulu autrement… Inji est plutôt devenue chanteuse et productrice électro, les taux d’intérêt à son endroit ne cessent de grimper depuis.

Grande et longiligne, cette jeune femme est pour moi l’une des belles surprises d’Osheaga 2025, dose massive de vitamines et autres substances pas exactement vitaminées.

Basses synthétiques très dance à la Disclosure, motifs de claviers housy/ bass music/disco à souhait, batterie et beatbox dans le tapis.

Le concept d’Inji est super : les tempos sont rapides ou très rapides, les riffs de claviers et bidules numériques sont rigoureusement conçus, un batteur en chair et en os a été recruté pour muscler chacune des pulsations au programme, pendant que son employeure survole la scène et ne cesse de nous balancer des accroches.

Elle chante, elle récite, elle rappe, le phrasé est invariablement impeccable. Généralement au micro sans instruments, Inji chante et se démène pour notre plus grand plaisir. Elle revient parfois à ses machines sans démobiliser qui que ce soit. Longs cheveux, taille à peu près parfaite, bottes blanches, de sept lieues, tenue vestimentaire disons minimaliste, idéale pour le 400 mètres haies.

Authentique lapin Energizer qu’on vient de munir de piles flambant neuves ! Sautillements, bonds, étirements, gambades, poses coquines, déhanchements, harangues de la foule et plus encore… Pas arrêtable. Seule la fin chronométrée de cette prestation d’enfer a pu stopper cette chanteuse, autrice, compositrice, productrice électro.Il fallait être extrêmement coincé pour rester immobile devant un telle injection de carburant. Indice d’octane très élevé!

En résumé? Méchant pétard ? Nenni. Une bombe!

photo : Emmanuel Novak-Bélanger

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