micro-house

MUTEK | Une Expérience A-1 avec Stephen Beaupré

par Julius Cesaratto

Le Montréalais Stephen Beaupré nous a fait vivre son Expérience 1, soit le premier soir de MUTEK en plein air avec Return, titre d’un set live finement ciselé de micro-house, samples sophistiqués et rythmes hypnotiques.

S’inspirant de nouveaux morceaux tirés de son dernier album Vanishing Night, ainsi que d’exclusivités inédites issues d’un projet à venir, il a interprété exclusivement des compositions originales pour la première édition de la série gratuite, présentée à L’Esplanade Tranquille.

Le pionnier local de la micro-house est monté sur scène avec un petit keffieh noué autour du cou en guise de cravate. Baigné dans une lumière rose et rouge, Beaupré a fait monter la température en posant des lignes de basse funky, qu’il a fusionnées de manière fluide avec des voix éthérées et rêveuses qui se sont intensifiées à mesure que la nuit tombait sur le Quartier des Spectacles. Dans un même ordre d’idée, la foule a pris du volume pendant que le soleil se couchait sur l’Esplanade Tranquille. Palpitant !

Bien que le son de Beaupré véhicule une certaine nostalgie, ce pilier de la scène underground a réuni les jeunes amateurs de musique dance et les vétérans de MUTEK. Les festivaliers de longue date ont embrassé leurs vieux amis, créant un sentiment d’intimité dans la foule. L’un des moments les plus marquants de la soirée a été lorsque la boucle vocale de « Free, Free Palestine » a retenti, superposée à un battement de tambour puissant. Le chant a résonné à travers la place, témoignant de l’unité de la piste de danse, tandis que les participants répondaient à cette puissante – bien que modeste – manifestation de solidarité avec la cause palestinienne.

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Amérique latine / breakbeat / électronique / house / techno

MUTEK | Nicola Cruz donne le ton à l’Esplanade tranquille

par Marc-Antoine Bernier

Nicola Cruz est monté sur scène à l’Esplanade Tranquille à 21 h pour clore la première soirée du 26e MUTEK, devant une foule importante venue vivre l’expérience en chair et en os de son DJ set. Vêtu d’un col roulé et d’une veste jean, arborant une attitude à la fois enjouée et décontractée, il a lancé la soirée avec une présence sobre mais magnétique.

Cette première performance DJ s’inscrivait dans une programmation déjà amorcée par l’intervention percussive et interactive de Valentina Magaletti, suivie du live immersif de Stephen Beaupré, qui manœuvrait avec synthétiseur, boîte à rythmes et Ableton Live.

L’attirail du producteur équatorien paraissait simple: devant lui, quatre platines à entraînement direct sur lesquelles il faisait tourner les vinyles de sa collection. Cette approche traditionnaliste du DJing a donné lieu à un set éclectique, mêlant techno, house et breakbeat, tout en y incorporant une large palette d’influences musicales, des Balkans à l’Amérique latine, en passant par les scènes électro underground nord-américaines et la house européenne.

Cette exécution de morceaux électro-futuristes témoignait de son profond attachement à une musique résolument corporelle, qui a su éveiller les festivaliers dans une communion rythmique, où l’effervescence kinétique n’a cessé de croître au fil du set.

Les rythmes techno et électro résonnaient dans la cage thoracique, provoquant une réaction viscérale : les têtes hochaient, les épaules se balançaient, les jambes frappaient le sol au rythme de la musique. Les passages les plus intenses se mêlaient à des moments de transe accentués par des distorsions, des bips expérimentaux et des percussions latines, le tout porté par des ornements rythmiques subtils et enveloppants. Dans cet espace saturé de basses et de percussions, la foule devenait un seul organisme vibrant, respirant au rythme d’un kick soutenu. D’autres moments nous plongeaient dans la dub techno, la minimal techno et la microhouse, offrant fluidité et relâchement, et installant les festivaliers dans un état quasi méditatif.

S’étant vu accorder une quinzaine de minutes supplémentaires, Nicola Cruz a conclu la soirée en force, mêlant l’ensemble des genres explorés au fil du set dans une finale énergique marquée par son edit du morceau aux influences Chicago house It’s Gonna Be… (A Lovely Day). On ne pouvait demander mieux pour lancer cette 26e édition du festival MUTEK.

Nicola Cruz sera produira de nouveau le samedi 23 août dans le cadre de Metropolis 2, à compter de 23 h.

photo: Vivien Gaumand

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électronique / expérimental / contemporain / Instrumental

MUTEK | Valentina Magaletti ouvre le bal

par Félicité Couëlle-Brunet

Dans une atmosphère à la fois sobre et intentionnée, MUTEK 26 a été lancé mardi soir à l’Esplanade Tranquille. Pas d’effervescence immédiate : l’accueil se voulait posé, presque rituel, comme une façon de préparer le terrain avant l’avalanche de performances éclatantes qui jalonneront le festival.

Dans ce moment de rassemblement, on pouvait sentir un ancrage collectif, un souffle partagé, comme si Montréal retenait sa respiration en attendant que la musique prenne le relais.

C’est à Valentina Magaletti que revenait la tâche d’inscrire ce premier geste. Percussionniste italienne basée à Londres, elle s’est présentée sur scène avec une assurance tranquille, prête à nous faire voyager dans son univers polyrythmique. Elle s’est déplacée avec fluidité entre les tambourins, le vibraphone et la batterie, tissant une conversation sonore où chaque instrument ouvrait la porte à une nouvelle

dimension. Sa pratique, nourrie par le jazz, l’expérimentation et l’improvisation, induit une écoute rare: on sent qu’elle ne cherche pas seulement à frapper, mais à dialoguer avec la matière même du son.

Le public, lui, oscillait entre fascination et abandon. On n’assistait pas à une démonstration, mais à une invitation au ressenti. À travers ses gestes précis, Valentina Magaletti a fait émerger cette excitation singulière qu’on reconnaît lorsque la musique nous traverse entièrement. Ses rythmes semblaient parfois s’échapper de la scène pour circuler dans les corps, installant un engouement progressif, presque insidieux, qui nous enveloppait plutôt qu’il ne nous saisissait de front.

Ainsi, l’ouverture de MUTEK 26 n’a pas choisi l’éclat ou la démesure, mais un état de présence. Ce fut un accueil enraciné, vibrant, qui nous a rappelé que la musique commence souvent par une écoute attentive avant de se déployer en intensité. Un prélude sensible et maîtrisé, promesse d’un festival où chaque vibration comptera.

Photo: Vivien Gaumand

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Brésil / forró / latino

La joie de vivre de JØY Brandt

par Sandra Gasana

Ce nom vous est peut-être familier puisque je l’avais mentionné dans ma critique du concert des Gilsons, dont elle assurait la première partie. Cette fois-ci, celle qui est basée à Toronto est revenue à Montréal en formule trio, accompagnée par Mari Palhares aux percussions et Samyle Carvalho à la guitare et aux chœurs. JØY, quant à elle, joue plusieurs instruments durant ses chansons, notamment le triangle et le kazoo, que j’ai découvert ce soir-là.

Elle débute a capella, déployant sa voix en mode crescendo. Elle débute avec ses propres compositions originales, comme A Calma Acalma ou encore Vem avant de faire quelques reprises de classiques brésiliens, telles que Morena Tropicana, qui a reçu un bel accueil. La salle se remplissait au fur et à mesure que la soirée avançait, principalement composée de Brésiliens et amateurs de musique brésilienne.

Certains passages du concert avaient des allures de cérémonies spirituelles, alors que JØY tentait par moments de s’exprimer en français avant de revenir au portugais.
« Je suis une chanteuse et compositrice brésilienne et canadienne, et je viens du Nord-Est du Brésil », nous apprend-elle.

La synergie était palpable avec ses musiciennes, particulièrement avec la guitariste Samyle, qui avait le sourire aux lèvres tout au long du concert. D’ailleurs, elle fait les chœurs sur plusieurs chansons, en plus d’avoir un jeu de guitare impressionnant.

« La prochaine chanson parle de notre réflexion sur notre vision du monde, et comment nous utilisons notre temps », raconte-t-elle entre deux chansons. Le party a réellement pogné lorsqu’elle a chanté Vumbora Amar et que toute la salle s’est mise à danser et à taper des mains. JØY semble apprécier le forró, un style de musique brésilienne venant justement de sa région, le Nordeste, tout en rajoutant des rythmes latins et folk.

Curieusement, le concert n’avait pas de prix d’entrée, l’artiste optant pour des contributions volontaires et c’est ce que le public a fait généreusement. Son gérant, Ulysses de Paula des Productions Showzaço, était présent pour recueillir les contributions, celui qui est à l’origine de plusieurs concerts d’artistes brésiliens au Canada.

Elle a terminé le concert avec un bain de foule, pendant que la guitariste prenait le relais à la voix. Elle faisait des pas qui semblaient venir de sa région, en allant au centre du cercle entourée des spectateurs heureux.
« Je rentre avec le cœur rempli de joie », confie-t-elle en guise de conclusion, avant de laisser la place au groupe suivant. Mon coup de cœur était sans aucun doute sa reprise de Tô Sem Você, un morceau que j’ai découvert cette année et qui figure dans mon top 3 de chansons brésiliennes du moment.

Ce concert a permis aux Montréalais de la découvrir, à d’autres de la revoir, mais cela ne semble pas être la dernière fois que nous la verrons dans la métropole. Elle possède un large réseau d’artistes brésiliens basés à Montréal et c’est d’ailleurs avec eux qu’elle a poursuivi la soirée en mode « roda de samba » plus intime, en attendant de la revoir sur une scène encore plus grande que la Marche à côté.

chant lyrique / classique occidental / période romantique / post-romantique

Virée classique | Une heure exquise au coeur de la nature humaine avec Beth Taylor

par Alexandre Villemaire

Après une performance remarquée la veille avec l’Orchestre symphonique de Montréal et Rafael Payare dans une interprétation des Sea Pictures d’Edward Elgar, la mezzo-soprano écossaise Beth Taylor concluait sa présence à Montréal dans le cadre de la Virée classique par un récital de chant intimiste à la Cinquième salle de la Place des Arts dimanche en début d’après-midi.

Cette intimité permettait une proximité avec la jeune artiste qui, dès son entrée en scène, a captivé l’attention du public par une présentation engagée – dans un très bon français – des thèmes des différents airs qui traversaient ce programme d’une heure. La nature offrant de grandes possibilités au niveau du répertoire, c’est sous l’angle de notre rapport à celle-ci que Beth Taylor a conçu son programme où elle était accompagnée par Esther Gonthier au piano. Il est question de la mer, mais de manière plus personnelle, il est aussi question de la nature humaine, de ses émotions et de son caractère éphémère.

Alors que le cadre de la Maison symphonique a donné lieu à un condensé de sa palette de couleurs dans un registre précis, la variété des différents airs sélectionnés dans ce récital a permis de découvrir et d’apprécier l’étendue de son jeu vocal, mais aussi particulièrement le jeu et le sens de l’interprétation du texte qui est donné par Beth Taylor. À chacune de ses interventions, elle se présente avec une aisance foudroyante, maîtrisant les poèmes tant au niveau de la diction que dans leur compréhension intrinsèque. À chacun des airs, elle incarne et vit le texte de la musique avec assurance et nous happe dans cet univers qu’elle voit et qu’elle communique sous nos yeux et à nos oreilles.

Parmi les moments forts de ce concert qui nous ont particulièrement touchés, nommons les trois mélodies de Reynaldo Hahn, Néère, Quand je fus pris au pavillon et L’heure exquise, d’une grande délicatesse, La belle dame sans merci de Charles Villiers Stanford, un récit musical à travers la poésie de John Keats, Von Ewiger Liebe de Johannes Brahms, à la profonde intériorité ainsi que Sea Wrack du compositeur irlandais Hamilton Harty qui a conclu le récital avec théâtralité. Par sa présence, son énergie, sa voix solide aux graves élégants et l’intelligence de ses interprétations, Beth Taylor n’a laissé personne indifférent et a ostensiblement touché la nature humaine de l’assistance durant cette heure qui nous est apparue à la fois sans fin et bien trop courte.

Crédits photo : Antoine Saito

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classique / country / jazz / pop

Virée classique | Virée d’impro

par Alain Brunet


Fort heureusement, la pluie n’a eu aucun impact sur ce jeu d’improvisation prévu dimanche par la Virée, puisque l’exercice fut mené à l’Espace culturel Georges-Émile-Lapalme sur le coup de midi. Acteurs, actrices, musiciens et musicienne ont mis toutes leurs compétences au service de l’improvisation sur une série de thèmes dont l’objet est de captiver, faire rire ou même émouvoir. Martin Racine en fut l’arbitre et animateur de ce jeu d’improvisation opposant deux équipes d’acteurs (Emmanuelle Fadin, Julien Normand, Marie-Lune Falardeau-Drolet, William Bernaquez ) dont les impros théâtrales s’accompagnent cette fois de musiques imaginées en temps réel. André Moisan aux clarinettes, Hélène Lemay au trombone et percusssions, Jimmy Lahaie aux guitares et gugusses électroniques. En toute cohérence et en toute cohésion avec les thèmes imposés (les saisons, La belle au bois dormant, etc.) , ce power trio aura suggéré plusieurs impros inspirées souvent d’airs connus, du Vol du bourdon de Rimski-Korsakov à Moon Dance de Van Morrison en passant par Les feuilles mortes de Joseph Kosma, Le clavier bien tempéré de JS Bach et autres When the saints go marching in. Nous n’étions pas exactement dans le strict corpus classique de l’OSM, avez-vous saisi!

photo : Gabriel Fournier

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classique moderne / classique occidental

Virée classique | Parcours découverte : des cloches de carillon à la Résilience de l’octobasse

par Alexandre Villemaire

Le parcours découverte de la Maison symphonique est une activité récurrente de la Virée classique. Présente à chaque édition, elle permet au public montréalais de découvrir et de s’approprier d’une manière différente et privilégiée cette grande salle de concert. Hormis la visite intérieure parsemée de stations informatives, c’est la démonstration et l’exposition des cloches de carillon et de l’octobasse qui servait de cœur à cette activité.

Disposant d’une demi-heure chacun – et ils en auraient certainement pris plus avec plaisir – Serge Desgagnés, percussionniste solo de l’OSM, et Eric Chappel, contrebassiste et octobassiste, ont présenté leurs instruments hors normes et répondus aux questions du public composé d’adultes, de jeunes et d’enfants. C’était beau et passionnant d’entendre Serge Desgagnés partagé son enthousiasme pour ces nouveaux instruments de l’orchestre, fruit du travail de artisans de la Fonderie Royal Eijsbouts des Pays-Bas qui ont réalisé les dix cloches dont la plus grande (fa# grave) pèse 384 kg et la plus petite (si moyen) un maigre 20 kg. Pour les couleurs et la richesse qu’elles apportent, et dont il a fait la démonstration, Serge Desgagnés caresse le rêve de voir sa famille de cloches s’agrandir. Pour atteindre l’entièreté de l’échelle chromatique? Pourquoi pas!

Le même intérêt et la même passion animaient Eric Chappell, dont l’origine de l’instrument remonte à 1850 et dont la fonction était d’amplifier le registre grave de l’orchestre pour des œuvres d’envergure. En plus d’expliquer l’histoire de son instrument ainsi que d’exposer les défis que son entretien et sa mobilité peuvent engendrer, ce dernier à la conclusion de la séance a été mis à l’honneur alors que le public a pu entendre une composition faite pour un quatuor d’instrumentistes comprenant l’octobasse, deux violoncelles et un hautbois. Intitulée Résilience, cette œuvre du jeune compositeur québécois Thierry Côté utilise un langage imagé, inspiré par la nature, sa beauté, et sa force qui domine l’être humain et l’amène a affronter les intempéries, tant philosophique et naturelle. L’œuvre d’une durée d’environ huit minutes ne cantonne pas l’octobasse dans un rôle de pédale. Les notes graves de l’instrument grondent, mais bougent, sont actives, et nourrissent en retour les lignes de violoncelles et du hautbois qui tissent différentes mélopées instrumentales autour de ce constant soutien harmonique. Chaque ligne instrumentale alimente mutuellement dans une sorte de mouvement perpétuel. Sur le défi de composer une pièce de musique de chambre pour l’octobasse, nous pouvons dire que Thierry Côté ajoute une contribution intéressante au catalogue de l’instrument.

Crédits photo : Gabriel Fournier

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Virée classique | En chœur, avec cœur

par Alexis Desrosiers-Michaud

Pour terminer cette Virée classique 2025, l’OSM organisait un grand rassemblement choral pour deux prestations gratuites. Ce spectacle réunissant 135 choristes issus de 84 chorales était mené par les bons soins du chef réputé Simon Rivard. 

Le concert a débuté avec une création mondiale, Par-dessus le vacarme composée spécialement pour le 50e anniversaire de l’Alliance chorale du Québec, par Jeanne Laforest. C’est une pièce magnifique, sur un beau texte qui résume bien les valeurs de chez nous, aux harmonies juste assez dissonantes pour la rendre accessible à tous, et qui, je pense, se répandra comme une traînée de poudre dans le répertoire des chorales de la province. 

Ensuite vint la seule pièce non-québécoise du programme, le Cantique de Jean Racine de Fauré. Ce fut une des plus belles exécutions du Cantique qu’il m’ait été donné d’entendre, pour la simple raison que chaque détail de la partition était respecté à la lettre, faisant toute la différence entre un chef d’œuvre et un sing-along

L’œuvre la plus difficile au programme était sans contredit les ludiques Figures de danse de Lionel Daunais. Ce classique du chant choral a fait décrocher quelques rires dans l’assistance de par ses textes humoristiques. Mis à part quelques accrocs dans le dernier mouvement, le défi est relevé avec brio. 

À quelques moments dans le concert, le public était invité à chanter les chansons populaires du concert avec le chœur. S’il était plutôt discret pour les chansons traditionnelles, celui-ci s’en ai donné à chœur joie dans Hallelujah de Leonard Cohen et Aimons-nous d’Yvon Deschamps, avant de se taire pour la seule pièce a capella du concert, un touchant arrangement de Quand les hommes vivront d’amour du regretté Raymond Lévesque. 

Le concert s’est terminé par une célébration pour les 50 ans de l’Alliance chorale, et pour les 50 ans de la chanson Gens du pays, de Gilles Vigneault.

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classique

Virée classique | Harmonie de la Virée, la tradition se poursuit !

par Alexis Desrosiers-Michaud

Comme c’est la tradition chaque année, il y avait (deux fois) présentation au Complexe Desjardins de l’Harmonie de la Virée, un orchestre à vents de jeunes du secondaire provenant des écoles Joseph-François-Perrault, des Collèges Notre-Dame, Laval et Jean-Eudes, du Pensionnat Saint-Nom-de-Marie ainsi que de FACE. Cette année, l’Harmonie était dirigée par Stéphane Forgues, professeur d’expérience à JFP. 

Ce programme de musique écrite exclusivement pour orchestre à vents représentait un bel alliage entre la nature (thème de cette Virée), les saisons et les quatres éléments (feu, terre, eau et air). 

La première pièce Hounds of Spring ressemble à une danse villageoise sur rythme de pastorale. Elle met en valeur les qualités d’ensemble de l’orchestre. 

Ensuite vint Come down rain, qui représente une tempête de pluie dans une région aride. D’inspiration arabe, l’œuvre de Jack Wild permet à plusieurs jeunes solistes de se démarquer. 

La pièce médiane est October d’Eric Whitacre, que l’on connaît également pour ses pièces chorales. Comme son nom l’indique, October reflète bien le calme de l’automne. 

L’avant-dernière œuvre est la bouillonnante Vésuvius de Frank Tichelli. C’est une pièce très énergique qui rappelle inévitablement la tragédie de Pompéi. Rythmiquement très complexe, Vésuvius tire le maximum des musiciens ados et Frogues, grand technicien, ne lâche pas le morceau et fait preuve d’une extrême précision. 
Le concert se termine par The Wilderness de Rossano Galante. Pièce très entraînante, surtout grâce aux percussions, on s’y sent à plusieurs reprises comme à bord d’un train qui dévale les montagnes enneigées et les forêts qui couvrent le territoire nord-américain.

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Virée classique | Helmchen et Taylor : à travers une tempête d’émotions

par Alexandre Villemaire

C’est une Maison symphonique au parterre bien garni qui a découvert le jeu sensible du pianiste Martin Helmchen et la voix profonde de la mezzo-soprano Beth Taylor. Ces deux interprètes de calibre international ont conquis une assistance diversifiée, allant d’amateurs habitués aux codes des concerts classiques à ceux qui découvraient l’ambiance de la Maison symphonique pour la première fois.

En termes de répertoire, ils ont été servis avec deux œuvres de grand contraste. En première partie de concert, Martin Helmchen a interprété le Concerto pour piano nº 24 en do mineur, K. 491 de Mozart. Comptant parmi les dernières œuvres du compositeur, cet avant-dernier concerto de sa série de douze est rempli d’envolées théâtrales et de nuances dans le jeu entre le piano et l’orchestre ; un jeu que Payare et Helmchen ont fait ressortir avec finesse. La manière de jouer de Martin Helmchen est délicate et agile même dans les moments plus animés. Une des qualités de l’interprétation d’Helmchen est également son sens du phrasé musical ainsi que son utilisation des silences dans la musique. Il fait respirer de manière naturelle les temps d’arrêt dans la musique, notamment dans la cadence finale du concerto, avec une grande théâtralité.

Le contraste stylistique était marqué avec l’interprétation du cycle Sea Pictures du Britannique Edward Elgar par la mezzo-soprano Beth Taylor. L’œuvre, à travers cinq poèmes de différents poètes, évoque la mer, dépeinte sous toutes ses formes, de son immensité et de son calme à sa nature imprévisible. Bath Taylor a rendu les différents affects véhiculés dans le texte et la musique avec une interprétation incarnée. Dès la première note de « Sea-Slumber Song », le timbre rond, à la fois sombre et lumineux de la mezzo-soprano écossaise nous frappe et nous transporte dans un monde sonore et poétique. On a senti un petit égarement dans le deuxième couplet du quatrième poème Where Corals – dont le rythme en contretemps perpétuel peut être traître – mais qui n’a pas amené à un déraillement majeur de la ligne vocale. Elle a conclu le concert avec une performance d’un aplomb interprétatif.

Une soirée de concert tout en finesse qui a tout de même été émaillée de bruitages du public. Il y a des choses que l’on peut passer outre dans le cadre de l’expérience de la Virée classique, mais amenée. un jeune bébé pour entendre ce type de répertoire ne rend service à personne.

Crédits photo : Antoine Saito

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classique / classique moderne / période classique

Virée classique | Deux solistes excellents au service d’une œuvre de seconde division

par Alain Brunet

À la Sinfonietta de Míkis Theodorakis, pour flûte, piano et orchestre à cordes, exécutée samedi soir à la Maison symphonique, j’ai préféré mercredi dernier au Stade olympique l’extrait, plus violent, plus rythmique, plus virtuose et plus singulier, soit le 4e mouvement de sa Symphonie no 2, Le chant de la terre.

Dans les deux cas, Godwin Friesen en était le soliste. Dans un premier temps, son instrument avait été disposé au centre de l’orchestre un peu à la manière de son rôle atypique : un solo vraiment imbriqué dans le discours orchestral et dont l’exécution individuelle se fondait davantage que dans un concerto « normal » pour piano et orchestre.

Dans un deuxième temps, on avait affaire à une œuvre plus proche des orchestrations modernes ou post-romantiques échafaudées au début du siècle précédent et reprises au milieu de ce même siècle par le compositeur grec, soit en 1947. On y observe cette fois une inclination plus mélodique, plus conformiste aussi, sauf peut-être cette particularité de présenter deux solistes dans le contexte d’une composition plus facile à jouer. Soit le pianiste de concert Godwin Friesen et la flûte solo de l’OSM, Timothy Hutchins.

Les exigences techniques du défunt compositeur, très prolifique au demeurant, étaient donc un peu moins élevées pour cette deuxième exécution de ses œuvres en une même Virée. L’exécution fut à mon sens été impeccable d’une œuvre correcte dont on comprend le l’objectif : permettre à deux excellents musiciens, un soliste émergent et un autre vétéran, de s’exprimer.

On a ensuite eu droit à une chouette Pastorale servie en plat de résistance par l’OSM et Rafael Payare, soit la symphonie la plus rassurante de Beethoven. Elle fut conçue entre 1805 et 1808 par le fameux compositeur alors déçu de l’urbanisation de Vienne, qu’il trouvait néfaste pour sa nature environnante. Deux siècles et quart on suivi avec les résultats que l’on sait…

PROGRAMME

Artistes

Rafael Payare, chef d’orchestre

Timothy Hutchins, flûte

Godwin Friesen, piano

Œuvres

Míkis Theodorakis, Sinfonietta pour flûte, piano et orchestre à cordes (22 min)

Ludwig van Beethoven, Symphonie Symphonie no 2, Le chant de la terre, « Pastorale » (38 min)

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classique / classique moderne / tango nuevo

Virée classique | Quatre Saisons de Buenos Aires… Étudiantes? Étudiants? Le public n’y voit que du feu!

par Alain Brunet

Les Quatre Saisons de Buenos Aires ou Las Cuatro Estaciones Porteñas, quatre œuvres de tango moderne signée Astor Piazzolla et réunies en évocation des Quatre saisons de Vivaldi, fait l’objet de tant de programmes classiques depuis trois décennies.

Comme le soulignait Andrew Wan à qui on avait confié la tâche de diriger la transcription de l’œuvre pour 12 cordes, cette œuvre fait partie du langage à maîtriser désormais. Et c’est pourquoi les meilleurs étudiants recrutés pour mener à bien cette mission se devaient de maîtriser ce tango nuevo avant de se présenter sur scène, et personne n’a été déçu au parterre de l’Esplanade tranquille, par ce samedi magnifiquement ensoleillé.

Ainsi donc, on a privilégié l’arrangement du violoniste Leonid Desyatnikov, popularisé naguère par le grand Gidon Kremer. Sauf le chef violoniste, 12 instrumentistes sont recrutés, ce qui produit un effet d’ensemble très différent de l’instrumentation originelle : bandonéon, violon, contrebasse, piano et guitare électrique.

Pour rester dans l’esprit, les solistes doivent user des effets typiques du tango, notamment ces coups d’archets dans les aiguës à la fin de certaines phrases.

Chacune des quatre solistes invités : on a observé beaucoup de lyrisme et de fermeté dans le jeu très fluide d’Éva Lesage dans Verano Porteño (été), magnifique saison assortie de citations directes d’une saison imaginée par Antonio Vivaldi à l’époque baroque. Otoño Porteño (automne) met en valeur le talent d’Anaïs Saucier-Lafond dont le jeu porte une puissante gravité voire une très belle sonorité assortie d’une articulation très solide malgré de minuscules détails à corriger dans le cas qui nous occupe. La partie soliloque à la fin était particulièrement prometteuse.

Le jeu le plus délicat était à mon sens celui d’Olena Kapersky, révélée dans Invierno Porteño  (hiver), qui s’amorce dans une quiétude glaciale et qui dévoile un discours anguleux chez le soliste qui s’exprime avant d’avoir une vigoureuse répartie de sa douzaine de collègues et qui se conclut par une relecture évidente de Vivaldi.

Enfin, Charlotte van Barr bouclera bellement la boucle avec la tr;s dynamique Primavera Porteña (printemps) et se distinguera pour son impeccable articulation dans les phrases virtuoses qu’exige la partition.

Connaisseurs et profanes étaient ravis!

Seul autre membre de l’OSM présent à ce programme, le violoniste et altiste Victor Fournelle-Blain a dirigé pour sa part la première exécution estudiantine au programme, côté romantique : la Suite Holberg d’Edvard Grieg, suite instrumentale en cinq mouvements, composée en 1884 à la manière d’œuvres baroques et anciennes – prélude, sarabande, gavotte, air, rigaudon. Cette manière baroque avait permis au compositeur norvégien des évocations directes à JS Bach, auxquelles il avait teinté certains mouvements d’éléments de folklore norvégien. Très beau très lyrique, très proche de la nature nordique, comme le suggère le thème général de la Virée 2025.

Comme l’expliquait Victor Fournelle-Blain d’entrée de jeu,l’œuvre ait été écrite à l’origine pour piano avant qu’il en fasse lui-même l’adaptation pour orchestre de cordes. On ne peut conclure à une exécution académique de ces étudiants modèles, mais bien d’une virtuosité émergente et déjà chevauchée par les esprits de la musique.

Artistes

Andrew Wan, violon et direction

Solistes :

Eva Lesage, soliste violon, 1ere saison, Québécoise, vient du Conservatoire de Montréal, étudie actuellement à Vienne

Anaïs Saucier-Lafond, soliste violon 2e saison, Québécoise, étudie actuellement au Conservatoire

Olena Kaspersky, soliste violon, 3e saison, Américaine de Los Angeles, étudie actuellement à McGill

Charlotte van Barr, soliste violon, 4e saison , Ontarienne originaire d’Ottawa, étudie acutellement à McGill

Julien Haynes, alto

Victor Fournelle-Blain, alto

Sophia Tseng, alto

Sophia Battel, violoncelle

Ellamay Mantie, violoncelle

Evelyne Méthot, violoncelle

Étienne Beaulieu-Gaule, contrebasse

William Deslauries-Allain, contrebasse

Œuvres

Edvard GriegSuite Holberg

I. Praeludium. Allegro vivace (4 min)
II. Sarabande. Andante espressivo (4 min)
III. Gavotte. Allegretto – Musette. Un poco più mosso (4 min)
IV. Air. Andante religioso (5 min)
V. Rigaudon. Allegro con brio (4 min)

Astor Piazzolla, Les quatre saisons de Buenos Aires

  • Otoño Porteño (6 min)
  • Invierno Porteño  (7 min)
  • Primavera Porteña (5 min)
  • Verano Porteño (7 min)
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