Musiques du Monde

Fête de la Musique 2025 | L’esperanto musical de l’ensemble Kuné

par Frédéric Cardin

Le collectif torontois Kuné (qui signifie ‘’ensemble’’ en esperanto) rassemble un groupe écuménique assez vaste d‘influences et de traditions musicales dans un même assemblage. L’Afrique de l’Ouest, la Grèce, l’Irak, le Brésil, la Turquie, le Pérou, le Mexique, etc. sont tous représentés par les musiciens qui en forment le cœur battant. La mayonnaise est délicieusement prise, de toute évidence, car les pièces s’enchaînent avec une rapidité qui ne laisse aucun spectateur sur sa faim. Rythmes accrocheurs, qui puisent autant dans les traditions du Brésil et de l’Asie de l’Ouest que de l’Afrique mandingue, de l’Europe trad et du monde latino; mélodies simples mais porteuses, voix séduisantes, arrangements et instrumentations interculturelles parfaitement imbriquées, bref, Kuné est une sorte de petit orchestre global emblématique du Canada contemporain. On se demande comment il se fait que ces artistes ne soient pas venus au Québec auparavant (à moins que je ne me trompe). En tout cas, il faudrait y voir, car ils savent faire lever le niveau d’énergie sur une scène. 

DJ set

Palomosa I ¥ØU$UK€ ¥UK1MAT$U aurait pu être plus intense

par Stephan Boissonneault

J’ai découvert le DJ et producteur japonais Yousuke Yukimatsu grâce à son set Tokyo Boiler Room, qui l’a propulsé vers la célébrité grâce à son style déjanté : torse nu, il a joué pendant une heure certains des morceaux techno les plus rapides et les plus puissants qu’on puisse imaginer.

Son set au Jardin Stage de Palomosa laissait entrevoir cette ambiance, mais semblait beaucoup plus discret et, oserais-je dire, « prudent ». La musique était entièrement dédiée à la danse, mais je m’attendais vraiment à quelque chose de plus intense, qui me laisserait épuisé et en sueur. Nous avons tout de même eu droit à une avalanche de techno rythmée par les percussions, mais seulement pendant de brefs instants. Il a fini par retirer sa chemise, ce qui a beaucoup plu au public.

L’ensemble m’a semblé un peu plus lisse que ce à quoi moi-même et une grande partie du public nous attendions. Peut-être était-ce dû au fait qu’il jouait en extérieur ? Peut-être était-il fatigué ? Ou bien cherchait-il à séduire le public, comme le suggère sa reprise de « Hollywood Baby » de 100 gecs. Je dois dire que Yukimatsu est un pro. Ses transitions entre les morceaux et l’ambiance générale sont très fluides, et la musique n’a jamais été interrompue (contrairement à beaucoup de DJs précédents au Palomosa), mais j’aurais aimé une ambiance plus Boiler Room.

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pop

Palomosa I Rebecca Black est une force avec laquelle il faut compter

par Stephan Boissonneault

Je n’avais pas pensé à Rebecca Black dans le monde de la musique depuis près de 15 ans. Je me souviens bien sûr du titre Friday, diffusé contre rémunération, qui dominait les pages YouTube en 2011, mais après avoir vu Rebecca Black en concert à Palomosa, je peux dire qu’elle a largement dépassé ce stade.

Rien ne pouvait me préparer au retour de Rebecca Black, qui est passée d’une chanteuse adolescente à une véritable puissance vocale pop. Le spectacle a commencé avec plusieurs pancartes sur la scène, sur lesquelles on pouvait lire « HOMO SEX IS LIFE » (le sexe homosexuel, c’est la vie) ou « STR8? SEEK REBECCA BLACK » (hétéro ? Cherche Rebecca Black), et deux hommes musclés et déchirés tenant une banderole sur laquelle était écrit « Rebecca Black ».

Rebecca Black a surgi de la bannière et s’est lancée dans une chanson de son dernier album, Salvation, intitulée « American Doll », qui traitait clairement de l’image féminine des pop stars, et qui ressemblait immédiatement à une chanson pop à la Lady Gaga, avec une basse lourde et des paroles accrocheuses. Je ne savais pas que Rebecca Black allait revenir en tant qu’icône queer, mais contrairement à la plupart des pop stars qui s’appuient sur des playbacks, elle n’en utilise pas. Sa voix est incroyablement puissante, et elle adore le montrer pendant ses concerts.

Le son s’arrête juste au moment où elle pousse un cri aigu et passe à un grognement en cascade. Ses mouvements de danse synchronisés et vicieux, associés à ses danseurs flamboyants, étaient également très divertissants. « Montréal, si vous ne dansez pas sur cette chanson, je vous tue », crie-t-elle, allongée à plat ventre sur le dos de ses deux danseurs. Elle se donne à fond sur scène, réduite à une flaque de sueur dès la fin des deux premières chansons.

Pendant un très court entracte, le spectacle se transforme en une sorte de publicité bizarre. Les deux danseurs apparaissent avec des plateaux contenant un liquide étrange appelé « Sugar Water Cyanide » (eau sucrée au cyanure) et commencent à le « vendre » au public. Rebecca réapparaît et se lance dans son morceau Sugar Water Cyanide et, pendant 30 secondes, nous avons droit à une version accélérée de « Friday ». Alors qu’elle regardait le public perdre la tête et scander « partyin, partyin’ (Yeah) », le sourire maniaque de Rebecca Black aurait pu couper du verre. C’est peut-être la meilleure façon de se réapproprier une chanson qui vous a rendu célèbre et qui vous a valu d’être trollée dans votre jeunesse, et elle le sait. Chapeau bas, Mlle Black.

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house / soul/R&B

Palomosa | Lis Dalton & Lia Plutonic, Joy & Dedication

par Félicité Couëlle-Brunet

Saturday evening at Palomosa opened with a back-to-back set from Lis Dalton and Lia Plutonic, two DJs whose presence in Montreal’s underground scene radiates both joy and dedication. The crowd was small, mostly friends and familiar faces, but the intimacy only amplified the sense of connection in the space.

Dalton is known for sets that mix devilish drive with heartfelt hedonism, jumping effortlessly from house burners to rave rips and downtempo detours. Plutonic, meanwhile, has carved her own space in the community with a groove-first approach that leans into R&B textures and soulful rhythms, often channeled through her work with Homegrown Harvest and the Parquette venue, home of the FLIP raves. Together, they built a set that felt playful, wholesome, and refreshingly warm, less like a party and more like a gathering of friends.What stood out most was the atmosphere: safe, inclusive, and deeply communal. For women on the dance floor especially, it was a rare pocket of space where joy felt unguarded. That spirit was sealed in one unforgettable moment at the end, when the duo grabbed the mic and shouted in unison: “Lesbians!”, a gleeful declaration that summed up the night’s mix of music, community, and care.

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alt-pop / glitch / pop noire / pop-ambient / shoegaze

Palomosa I Yeule verse des larmes digitales et glitchées

par Stephan Boissonneault

Après avoir été déconcerté par le set court et perturbant de Loukeman (en raison des problèmes de son sur la scène principale), j’espérais que Yeule serait plus claire. Lorsqu’elle est montée sur scène en fumant un joint, vêtue d’une petite veste en cuir ajustée et décolletée et d’un short en jean orné d’un chapelet et d’une queue de renard, elle semblait porter des lentilles de contact blanches pour donner un look androïde.

Yeule est Nat Ćmeil, autrice-compositrice-interprète de 27 ans originaire de Singapour, mais basée à Londres, au Royaume-Uni. Son groupe était composé d’un guitariste et d’un batteur, et pour quelques morceaux plus shoegaze, Yeule a elle-même joué de la guitare, dont l’une ressemblait un peu à la guitare Power Symbol Axe de Prince, mais en blanc.

Il semble que l’équipe technique du festival ait réussi à faire fonctionner les haut-parleurs, mais le son de la guitare et de la voix de Yeule étaient très faibles, et avec la multitude d’effets sur sa voix, il était difficile de l’entendre pendant les quatre ou cinq premières chansons. Une fois que le son est devenu plus clair, cela ressemblait un peu à Björk vue à travers un prisme flou et shoegaze de la fin des années 90. Je ne sais pas pourquoi ils ont utilisé une piste d’accompagnement pour la guitare basse, mais j’étais au moins content de voir un groupe.

Honnêtement, beaucoup de chansons se ressemblaient, et il était difficile de distinguer celles qui provenaient de son dernier album, Evangelic Girl is A Gun. Le spectacle ressemblait davantage à une performance scénarisée, mais il présentait certaines des vidéos de fond les plus artistiques du festival. Sur l’écran géant, on pouvait voir Yeule à califourchon sur une moto tout-terrain dans un entrepôt délabré, avec des métaux cybernétiques et des tuyaux suspendus aux murs. Associé au jeu de lumières et aux mouvements subtils du corps et à la danse de Yeule, ce spectacle semblait mettre davantage l’accent sur l’aspect visuel que sur le son.

hip-hop / hyperpop / rap

Palomosa | Shadow Wizard Money Gang, sortilèges hyperpop & rap

par Félicité Couëlle-Brunet

Nés d’un mème et portés par une esthétique flamboyante, Shadow Wizard Money Gang s’est taillé une place unique dans la culture pop. Leur slogan viral “we love casting spells” s’accompagne de visuels rétro et de silhouettes encapuchonnées, ornées de chaînes et bagues, à mi-chemin entre personnages de jeux vidéo et figures mystiques. Mais l’attrait du collectif dépasse l’humour internet : c’est un mélange de musique, de mode et d’attitude qui incarne une sensibilité générationnelle. Pour eux, leur identité passe autant par la présence médiatique et l’allure que par le son.

Samedi, c’est à Palomosa que la magie a pris forme. DJ Psycho a ouvert le bal, entouré de ses mystérieux compagnons dans le DJ booth. La salle a rapidement basculé dans un univers sonore hyperpop hardcore, entre expérimentations électroniques et éclats métalliques. Tout était pensé dans une logique maximaliste : les visuels saturés, les drops inattendus, l’intensité des rythmes.

Dans la foule, chaque détail devenait une extension de ce sortilège collectif : paillettes sous les néons, capuches colorées, lunettes futuristes et chaînes qui scintillaient au rythme des stroboscopes. Les beats martelaient les corps, faisant vibrer le plancher, et chaque drop déclenchait une vague de cris et de mouvements. Et quand le set a glissé vers du Tizzo, figure rap de Saint-Michel, l’esthétique montréalaise est venue s’entrelacer à un univers surréaliste et un clin d’œil local, ce qui a fait lever la foule d’un cran.

À mesure que la soirée avançait, la frontière entre scène et public semblait s’effacer : tous réunis dans une même intensité, comme membres d’un seul et même gang. Shadow Wizard Money Gang n’a pas seulement donné un concert à Palomosa: il a invité une communauté à festoyer dans l’excès où musique, mode et attitude se fondent dans une expérience totale.

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électronique / house / vaporwave

Palomosa | Cult Member, voyage hypnotique au cœur de la house

par Marc-Antoine Bernier

À 18h30, la scène du Jardin s’est laissée envahir par les pulsations envoûtantes de Cult Member. Dans la lumière douce d’un début de soirée, son set a transporté le public dans un voyage urbain et éthéré, porté par une house expansive aux racines vaporwave, avec ses textures lo-fi et sonorités inspirées de l’imaginaire internet.

Liam Hayden, alias Cult Member, n’est pas un DJ comme les autres. Figure discrète mais influente de la scène outsider house canadienne, il s’est fait connaître par son album culte Ethernet, avant de se réinventer dans des territoires plus techno et trance. Samedi soir à Palomosa, il a donné un aperçu de ce parcours singulier, ouvrant son set avec une réinterprétation planante de U Weren’t Here I Really Missed You.

Son mix, profondément atmosphérique, vibrait de textures lo-fi et d’échos futuristes, comme un patchwork entre mélancolie et pulsation urbaine. Si certains passages rappelaient les ambiances brumeuses d’Ethernet, d’autres basculaient vers l’efficacité frontale de Club Tools Vol. 1, où les basses lourdes et les rythmiques rapides galvanisaient la foule. Alors que la clarté du soleil déclinait lentement, la musique montait en puissance, transformant le Jardin en une piste de danse hypnotique.

Peu expressif derrière ses machines, Hayden esquissait de temps à autre un sourire discret, répondant aux acclamations. Mais tout dans son set invitait plutôt à l’introspection : ses nappes ambient et ses lignes mélodiques semblaient issues d’une jam nocturne dans l’intimité de son studio. Pourtant, dès que les beats s’accéléraient, la foule entière se synchronisait à son tempo, respirant et bougeant d’un même élan.

Entre rêverie solitaire et communion collective, Cult Member a offert un moment suspendu, à la fois froid et incandescent, qui résumait bien l’alchimie de son univers sonore.

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électronique / pop

Palomosa | Cecile Believe lance le samedi sous un ciel apaisé

par Marc-Antoine Bernier

La pluie venait tout juste de se taire quand Cecile Believe a fait résonner sa voix sur la scène Fizz du Parc-Jean-Drapeau. Première artiste à se produire samedi après-midi, elle a transformé l’humidité encore flottante en un moment de communion pop et électro.

À 16h15, alors que les nuages se dissipaient à peine, Cecile Believe a inauguré la programmation de la scène Fizz au festival Palomosa. Révélée au grand public par son travail auprès de SOPHIE sur Oil Of Every Pearl’s Uninsides, l’artiste montréalaise a offert un moment où se déployait toute l’amplitude de sa voix, capable de naviguer entre puissance et fragilité, avec des éclats de vulnérabilité qui touchaient droit au cœur.

Les premiers morceaux, dont une récente collaboration avec Daniel Avery et Andy Bell (Ride, Oasis), ont plongé le public dans une atmosphère éthérée, soutenue par des nappes dream pop et un chant habité. Rapidement, la foule s’est laissée emporter: sur Ponytail, les fans chantaient en chœur, les visages illuminés d’émotion.

Le point culminant est venu avec Blink Twice, titre phare de son dernier EP Tender The Spark paru en 2024. Entre basses midtempo et pulsations nocturnes, le morceau a électrisé le parterre, où les corps bougeaient avec ferveur. Plus tard, Bitch Bites Dog, extrait de Plucking A Cherry From The Void, a ramené une intensité viscérale, avant que la conclusion ne vienne avec Show Me What, production signée A. G. Cook, laissant les spectateurs légers et transportés.

Dans un décor minimaliste baigné de rouge, Cecile Believe n’avait besoin de rien d’autre que de sa voix et de sa générosité scénique pour envoûter. Une performance qui a rappelé pourquoi elle occupe déjà une place singulière dans la scène pop électronique actuelle, même si elle reste encore à découvrir d’un plus large public.

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électronique

Palomosa | After à la SAT, closing de FCUCKERS en dj set sous le dôme.

par Léa Dieghi

Vendredi  soir, la Satosphère a vibré sous les pulsations de FCUCKERS, venus livrer un DJ set de deux heures après s’être produits au parc Jean-Drapeau en formule band. La house s’y est déployée dans une myriade de couleurs sonores. Entre projections abstraites de la part des VJ de la SAT et les montées sonores imprévisibles du duo, l’after Palomosa nous a offert une expérience digne d’un grand club house new-yorkais.  

Dès les premières minutes, les quatre mains activées sur les C’DJ, le ton est posé: Ce soir, ce sera de la house, dansante et joyeuse. Accompagné des projections qui se métamorphosent tantôt en nuées mauves et tantôt en textures abstraites, le DJ set glissait du housy le plus moite à des éclats plus tech house, jusqu’à frôler la frénésie de la drum’n’bass.

La salle entière semblait se mouler dans leur progression : corps en sueur, rythmes qui nous collent littéralement à la peau, respiration qui s’accélère au gré des breaks. Par moments, la moiteur devenait presque -trop- tangible, notamment quand ce spectateur/danseur frôla mon corps par accident, et que sa sueur atterrit sur mon bras: un détail inconfortable mais révélateur de l’intensité d’un espace où les frontières personnelles s’effacent.

« Le son à la SAT, c’est autre chose », glissait dans le creux de mon oreille mon ami, pas mal conquis par la performance. Effectivement, une des grandes qualités du Dôme, avec les bons artistes, c’est de nous offrir une spatialité unique avec des basses enveloppantes, des aigus limpides, et un environnement visuel qui amplifie chaque sonorités. 

Remixant des classiques de la House musique pendant deux heures, tels que Basement Jaxx, Fatima Yamaha (What’s a girl to do), pour finir par le célèbre morceau de Orbital “Halcyon and on and on”, la fin eut un goût doux-amer: Un sentiment partagée entre l’appréciation du DJ set qu’ils nous ont offert, et la déception que ce n’est duré -que- deux heures. On aurait continué toute la nuit, jusqu’à ce que l’aube du matin pointe le bout de son nez. 

Entre leurs quatre mains, ils semblent avoir transformé la house en matière vivante:  À l’image d’une onde moite et violette qui continue de vibrer longtemps après la dernière note. C’était FCUCKERS en dj set, et c’était une nuit remplie de danse, de sourires et de beaux souvenirs. 

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hardcore / power-electronics

Palomosa | La jeunesse paranoïaque de Nettspend

par Loic Minty

Early Life Crisis s’afficha à l’écran. Un mélange frénétique de désordre et d’admiration s’empara de la foule. Des dizaines de personnes avaient déjà pratiquement quitté la salle en courant. Les fans inconditionnels, guidés par une « équipe technique », avaient déjà formé un cercle de pogotage. À ce stade, à peine une minute après le début du concert, la soirée appartenait à Nettspend.

Il s’est précipité sur une plateforme surélevée, animé par la rage et l’euphorie, tandis que la foule perdait la tête. La fosse s’est refermée, Nettspend a crié dans le micro, la longue attente était terminée.

« Je viens de vomir. »

Personne n’entendait rien, c’était le chaos total à cause du rap déformé de Cloud. Après un moment, il s’est repris et sa présence scénique erratique est devenue plus grande que nature au fur et à mesure que la soirée avançait. Ses mouvements étaient imprévisibles, comme s’il était dans un état second et que sa vie défilait devant ses yeux. Un instant, il pliait calmement l’air avec sa main, l’instant d’après, il courait à travers la scène en criant. La performance physique primait sur toute musicalité et personne ne s’en souciait, il ne s’agissait plus de suivre la chanson, mais plutôt de nourrir une aura. 

À seulement 18 ans, sa personnalité suffit à capter l’attention du public. En tant que célébrité Internet à la pointe de la mode, Nettspend a rassemblé un public intéressant. Certains étaient venus pour les mêmes raisons qu’ils iraient à un concert de Travis Scott, l’expression cathartique de la violence, tandis que d’autres, à l’arrière, semblaient apprécier le personnage plus grand que nature qu’il s’est créé, similaire au charisme magnétique de Yung Lean.

Les chansons se sont enchaînées à un rythme effréné, comme un gros nuage d’orage qui laisse place à un ciel bleu après son passage. Si sa musique avait des sonorités agressives similaires à celles de l’album Red de Carti, il y avait tout de même une certaine euphorie dans cet excès sonore presque humoristique. Lorsque la foule s’est dispersée, tout le monde souriait. C’était un set énergisant.

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Asie du Sud / Électronique

Palomosa | M.I.A., autorité sur scène et… confusion dans le propos

par Loic Minty

30 minutes avant même le début du spectacle, les gens se pressaient déjà devant la scène, et je me demandais comment une personnalité aussi controversée allait pouvoir être à la hauteur du battage médiatique. Soudain, tout est devenu noir et M.I.A. est apparue, audacieuse et naturelle, le regard sévère, comme si elle s’apprêtait à déclencher une révolution. Ma question avait trouvé sa réponse.

Les machines à fumée ont explosé au rythme de Boyz et elle s’est mise à rapper avec son ton classique, un léger sourire aux lèvres. Sa performance était comme si vous l’aviez sortie tout droit de ses vidéo clips de 2005. Elle dansait avec assurance, une sensualité sans complexe et une présence provocante qui nous ont fait réaliser à quel point elle croyait en ce qu’elle disait.

Il n’y a pas eu un seul moment d’ennui. En interprétant ses premiers classiques, elle a fait chanter toute la foule sur ses paroles, telle une superstar. De ses albums Arular et Kala à la chanson plus audacieuse Born Free , samplée à partir de Suicide’s Ghost Rider.

Elle a repris chronologiquement l’intégralité de sa discographie initiale, *jouant même une version alternative de Galang tirée de la cassette Piracy Funds Terrorism. Cela a rafraîchi le public et démontré l’actualité de son travail, alors qu’elle interprétait avec passion des chansons d’un album datant d’il y a 20 ans.

Entre cela, les chorégraphes, la fumée et les tenues argentées, c’était le « pop » à son meilleur, à mille lieues de tout ce que nous venions de voir. Alors que les numéros précédents, comme The Hellp et Mgna Crrrta , faisaient référence à la musique pop américaine des années 2000 dans un style hyperpop, M.I.A. était la vraie référence. C’était comme un retour aux sources, qui confirmait l’idée que sa carrière avait en fait été un cataclysme nous menant tous à ce point.

En tant que fille de réfugiés sri-lankais au franc-parler, son identité remettait intrinsèquement en question les stéréotypes et les conventions qui prévalaient aux États-Unis après le 11 septembre. Elle était une outsider, une rebelle et une source d’inspiration pour les jeunes comme moi qui aspiraient à un changement culturel. C’est pourquoi son intervention en fin de programme a résonné fortement et suscité des discussions animées… mais pas de la manière dont nous l’aurions imaginé.

Alors que la plupart des autres artistes gardaient le silence sur les questions mondiales, les controverses entourant M.I.A. sont trop flagrantes pour être ignorées et la foule l’a pressée de questions sur le génocide qui se déroule en Palestine. Si quelqu’un devait aborder cette crise actuelle, c’était bien elle.

Lorsque la musique s’est brièvement arrêtée, elle s’est immiscée dans la conversation et a demandé au DJ de faire une pause : « J’ai été annulée 5 fois », a-t-elle répondu. Nous étions sur le bord de nos sièges.

« L’année dernière, ils m’ont annulée parce que je soutenais Trump ».

Quoi ?

Cela a déclenché un débat confus avec la foule, et après des slogans scandant « Fuck Donald Trump », elle est revenue sur ses propos en affirmant qu’elle n’avait jamais soutenu aucun politicien. Bizarre…

Perplexes, nous l’avons écoutée et elle a interprété la chanson suivante en portant un keffieh en signe de solidarité avec la cause palestinienne.

Au final, son message était positif, expliquant qu’imaginer un avenir libéré était la première étape pour y parvenir. Mais dans les conversations qui ont suivi l’émission, une confusion générale régnait encore quant à sa position, et son discours vague sur des questions sérieuses n’a fait qu’alimenter les soupçons et les débats, ce qui était peut-être justement son objectif. Qui sait ?

Mais la vraie question est : qu’est-il arrivé à M.I.A. ?

Tout au long du spectacle, elle a elle-même fait allusion à ce changement. « Je ne suis plus la même M.I.A. que vous connaissiez » et « Il est plus difficile pour une mauvaise fille d’être bonne que pour une bonne fille d’être mauvaise ». 

Elle a mentionné que parler de certaines choses était « dangereux », faisant allusion à une forme de censure à laquelle elle a été largement confrontée dans le passé, ayant été accusée de soutenir des terroristes lorsqu’elle parlait de la lutte du peuple tamoul au Sri Lanka.

En raison de cette controverse et d’autres, ses comptes sur les réseaux sociaux ont été bloqués, ses albums n’ont pas été commercialisés pendant des années et elle s’est vue refuser l’accès aux États-Unis pour voir son enfant, ce qu’elle attribue à son appel à un cessez-le-feu en 2024.

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Palomosa | Double dose de MCR-T

par Julius Cesaratto

Les Ultras, comme MCR-T appelle affectueusement ses fans, étaient prêts pour une double dose de débauche : un concert exceptionnel au Parc Jean-Drapeau suivi d’une soirée tardive à la Société des Arts Technologiques. Serrés les uns contre les autres autour de la scène à 360 degrés du Jardin, à deux pas de la célèbre statue de Calder, Place de l’Homme, vêtus de leurs plus beaux costumes de rave, dans un style Y2K et indie-sleaze, les jeunes étaient impatients que la soirée commence. Derrière les CDJ, c’était une véritable réunion de famille Live From Earth, avec la présence des autres membres du collectif venus apporter leur soutien.

Né et élevé à Berlin-Ouest, MCR-T s’est forgé une réputation de rappeur, chanteur, producteur et DJ hors pair. Son approche peu orthodoxe de la techno lui a permis de se démarquer, car il est devenu assez connu pour chanter et rapper en direct pendant ses sets. Du début à la fin, il a enchaîné sans interruption des tubes de club, avec son son ghetto tech caractéristique : des samples caricaturaux, des voix effrontées et un rythme entraînant qui a mis le feu à la piste.

Des hymnes tels que My Boo , My Bae, My Baddie et My Barn, My Rules, très appréciés des fans, ont été repris en chœur par le public, tandis que sa reprise du célèbre morceau dance Better Off Alone a enflammé la piste de danse. Jouant lui-même le rôle de son propre animateur, il a manié le micro avec charisme, animant la foule et plaisantant entre deux verres d’alcool, qu’il a partagés avec la famille LFE et les ultras.

À un moment donné, il a sauté sur les enceintes pour chanter Up and Down, déchaînant la foule. Des nuages de fumée se sont échappés de la cabine, le faisant disparaître juste avant qu’il n’entame les interprétations vocales en direct de ses titres phares Careless Whisper et de son dernier album Not The Same. Il a ensuite conclu son concert en plein air en se lançant littéralement dans la folie gabber de son single collaboratif Buurman uit Berlin, sautant dans une fosse qu’il avait lui-même provoquée.

Si la scène Jardin était un carnaval aux couleurs acidulées, la salle principale du SAT nous plongeait dans une ambiance totalement différente : sombre, moite et implacable. Avec le soutien de ses collègues de Live From Earth Avec le soutien de ses collègues artistes de Live From Earth, MRD et TDJ, MCR-T a enchaîné avec MRD, faisant monter le BPM jusqu’à atteindre un niveau de trance hard et des lignes de basse industrielles, ponctuées par moments d’interludes jungle. MRD a pris le micro pour chanter en live, proposant des mashups impertinents comme Meet Her at the Love Parade mélangé à My Humps de Fergie. TDJ a ajouté sa touche à la performance avec sa voix angélique. Entre les kicks percutants et les sélections ludiques (We Like to Party des Vengaboys & MCR-T rappant sur Scatman), la soirée est devenue un mélange ludique de nostalgie, de collaboration improvisée et de pur plaisir à l’ancienne.

Lorsque la foule en sueur a envahi les lieux, il n’y avait plus aucun doute : MCR-T était l’homme de la soirée. Soutenu par MRD et TDJ, il a transformé la cabine en une affaire de famille, canalisant l’énergie rave de Berlin vers un public montréalais plus jeune qui lui a rendu la pareille — un set à la fois effronté, chaotique et euphorique.

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