Alternative / folk-rock

FIJM 2026 I Nous étions toustes des frères Barr

par Stephan Boissonneault

En ce jeud soir du 25 juin, la Scène TD était bondée jusqu’aux confins de la Place des Festivals, avec cette foule qui se forme lorsqu’un groupe a été absent assez longtemps pour que ses retrouvailles ressemblent davantage à un événement céleste. Cela fait huit ans que The Barr Brothers n’ont pas sorti d’album complet — huit années au cours desquelles la vie les a entraînés vers de nouvelles directions, tant sur le plan personnel que professionnel. Puis, à la fin de l’année dernière, ils ont sorti Let It Hiss, un retour électrisant, un « merci » adressé à tout Montréal. On pouvait sentir tout ce poids dans l’air, puis Brad Barr a ouvert la bouche, et tout s’est évaporé comme de la fumée.

Je suis arrivé au moment où les Barr Brothers enchaînaient sur leur quatrième morceau, « Naturally », avec Leif Vollebekk qui faisait des merveilles à la guitare aux côtés de Brad Barr. Le groupe comptait une section de cordes, une harpe, une basse, une batterie, et Brad qui passait d’une guitare à l’autre. Une rangée d’ampoules à incandescence était suspendue au-dessus du groupe.

Vint ensuite Moonbeam, un autre titre issu de l’album de retour Let It Hiss, et ce n’est nulle autre que Klô Pelgag elle-même qui est montée sur scène pour l’interpréter en duo avec Brad, tandis que celui-ci jouait du clavier. Let It Hiss lui-même — le titre éponyme — a pris une toute autre dimension à plein volume, la guitare de Brad se transformant en un véritable rugissement garage, tandis que le groove de batterie d’Andrew faisait vibrer tout le corps. Le morceau-titre repose sur une base R&B brute, portée par un jeu de guitare sinueux et des grooves entraînants, propulsés par une section rythmique énergique.

C’est un morceau très contagieux en live. Vient ensuite Baseball, où Brad fait des prouesses à la guitare slide sur une vieille Gibson acoustique tandis qu’Andrew mène le shuffle rythmique. Un match de baseball en Technicolor est diffusé à l’écran, renforçant le côté surréaliste.

Les surprises s’enchaînent alors que les frères interprètent Burn Card, en utilisant une corde rouge drapée sur la guitare de Brad (pour lui donner un son de violon) et en mettant en valeur les douces voix en duo des Barr Brothers. J’ai toujours su qu’Andrew savait chanter, mais mon Dieu, sa voix est bien plus belle de près.

La dernière chanson de la soirée était un vieux titre, « Beggar in the Morning », tiré du premier album des Barr Brothers sorti en 2011. Le fils de Brad, qui ne doit pas avoir plus de huit ans, est venu chanter en chœur tout en jouant des maracas. C’était une affaire de famille, et pendant cette heure et demie, nous étions toustes des frères Barr.

Crédit photos: Victoria Diaz Lamich

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jazz / jazz contemporain / jazz-funk / jazz-fusion

FIJM 2026 | We Want Miles… et aussi l’auréole de mystère, le pouvoir hypnotique, le génie de la direction

par Alain Brunet

Composé par Josef Zawinul, le riff emblématique de In a Silent Way était l’amorce de ce programme dédié à Miles Davis(1926-1991), sous la signature de Marcus Miller. On se souvient que ce dernier fut le bassiste principal durant la dernière phase du trompettiste, qu’il fut au centre de l’album Tutu, le plus renommé de ce cycle, et aussi quelques prolongements tel Amandla. On devine pourquoi Marcus Miller a été choisi pour mener à bien ce concert commémoratif présenté en ouverture du FIJM, le jeudi 25 juin à la Maison symphonique.

Jeune adulte, j’avais adoré cette période du trompettiste (1981-1991) dont on célèbre le centenaire en 2026. Pour tous les festivaliers du jazz à MTL, Miles était un héros. Sa résurrection de 1980 après 5 ans de stupre le propulsait très haut dans la mythospère. Et il décéda en 1991.

Aujourd’hui, cependant, j’avoue que mon inclination pour ce cycle des années 80 a sérieusement décliné, soit 35 ans après la mort prématurée (et encore intrigante) de la célébrissime créature.

À l’époque, j’ai eu Miles plusieurs fois dans ma face, reconnaissant et galvanisé par cette proximité avec un mythe vivant. On s’extasiait devant son flair, son goût indiscutable et son pouvoir attractif auprès des plus cool jazzmen émergents de l’époque – Mike Stern, Bill Evans (le saxophoniste), Al Foster, John Scofield, Bob Berg, Mino Cinelu, Marilyn Mazur, Adam Holtzman, John Beasley,  Robert Irving III, tant d’autres.

Alors on ne s’étonnera pas que Stern, Cinelu et  Beasley aient accepté l’offre de Marcus Miller : jouer les années 80, un soupçon des années 60-70.

Fat Time, Jean-Pierre et tant d’autres ayant fait notre bonheur jadis, quatre décennies plus tôt. Jeudi soir, il n’y avait plus ce contexte. Russell Gunn, qui jouait la trompette pour l’occasion, a un style beaucoup plus robuste que le mythe évoqué. On ne demandait pas une imitation de Miles mais un esprit  plus proche.  Quant au batteur Anwar Marshall, qui n’était pas né lorsque ces pièces furent conçues et exécutées, il offrait un jeu plus lourd que celui d’Al Foster à l’époque; excellent musicien jazz-funk, pas sûr que je l’aurais choisi.

En bref, Marcus Miller a été capable de réunir de proches témoins du cat des cats sans pour autant mener cette réunion à la transcendance. Voilà un concert sans  auréole de mystère. Sans le pouvoir hypnotique de Miles, sans sa direction géniale en temps réel, ces structures fort simples perdent une part de leur substance.

Bien sûr, Mike Stern et Bill Evans jouent encore bien, mais ce concept de groove jadis auréolé de Miles, structures fort simples avec peu de changements harmoniques, charpentes jazz-funk assorties de thèmes mélodiques souvent minimalistes, me semble la moins intéressante de sa trajectoire. Oui, on peut en faire des gammes dans un tel contexte, mais ça vire rapidement à l’exhibition. Le mashup de In a Silent Way et Bitches Brew aurait pu nous ensorceler, il n’en fut rien.

Assister ensuite à une quarantaine de minutes des Headhunters n’avait rien pour se réconcilier avec les années 70 et 80 et ses cycles d’illumination pour les ados que nous étions alors. Le batteur Mike Clark, superbe musicien au demeurant, et son complice percussionniste Bill Summers, surfent encore aujourd’hui sur leur très lointaine collaboration avec Herbie Hancock. Avec claviers, saxos et basse, ils ramènent les sexagénaires à leur adolescence, échafaudent des grooves solides, sans imagination… et c’est tout.

Crédit photo: Victor Diaz Lamich

Amérique latine

FIJM 2026 | Lila Downs enflamme un MTELUS devenu mexicain 

par Michel Labrecque

Le spectacle n’avait pas encore commencé qu’on entendait des « Viva Mexico » partout dans la grande salle, alors que des spectateurs installaient des drapeaux au bord du balcon. Suivis de « Lila, Lila, Lila! ». L’ambiance était installée et ce n’était qu’un début…

Puis, Lila Downs est arrivée sur scène avec un aréopage de musiciens et danseurs multiples. C’était un « grand débarquement » mexicain et autochtone, autant au niveau visuel qu’auditif. Lila, telle une grande prêtresse, officiait cette grand-messe profane avec une grande assurance. La Mexicaine-Américaine nous a souvent adressé la parole dans un français très correct, bien que la salle était, au moins au deux tiers, mexicaine et latina. Ceci illustre les volontés de la dame d’être inclusive. C’est noble.

Dire que Lila a enflammé le MTELUS n’est pas qu’une métaphore. Lors de la troisième pièce, une vidéo montrait une grande flamme, alors que la douzaine de personnes sur scène célébraient autant en musique qu’en danse. Avec des costumes flamboyants, largement inspirés de l’artisanat autochtone indigène. 

La chanteuse, également anthropologue et artisane, était accompagnée d’un solide groupe qui conjuguait les sonorités mexicaines. Accordéon, cuivres, percussions et guitares. Cumbia, musiques autochtones, norteña et musiques plus contemporaines ont été malaxées, mélangées, métissées, avec comme ancre, la voix profonde et plurielle de Lila Downs.

En plus des morceaux de son récent album, Cambias Mi Mundo, nous avons eu droit à une ode dédiée aux piments mexicains, à une vieille chanson révolutionnaire et à une réflexion sur la relation compliquée entre le Mexique et les déchets.

Il était tout aussi fascinant d’observer les spectateurs et spectatrices que Lila Downs et son ensemble. Ça souriait, ça dansait, ça écoutait. « Ce que fait Lila Downs est vraiment important », m’a confié Adriana, une “Mexicoise”, originaire de Mexico et heureuse de vivre à Montréal depuis six ans. « Elle défend les femmes et les Autochtones, qui sont les plus défavorisés du Mexique », ajoute-t-elle tout en spécifiant que Lila Downs est privilégiée dans ce pays si inégal.

Mais elle utilise ses privilèges pour défendre les pauvres. Ce qui n’est pas mal.

Nous avons aussi eu droit à une avalanche de costumes, incluant aztèques  et indigènes, qui nous faisaient plonger dans la formidable culture métissée de ce grand pays, en particulier de Oaxaca, d’où Lila est originaire. Un magnifique party mexicain surréaliste!

En première partie, la “Mexicoise” Gabriella Olivo, de mère mexicaine et de père québécois, élevée à Québec, nous a donné un avant goût de son album à venir, Reflexiones, qui paraîtra en octobre.

Gabriela poursuit sa démarche d’auteure compositrice qui alterne entre le français et l’espagnol. Une pop synthétique à raffiner. Curieusement, c’est quand elle a chanté des chansons traditionnelles mexicaines qu’elle a été le plus applaudie. C’était le public de Lila Downs.

Un petit impair : alors que Lila Downs, une Mexicaine-Américaine, a très peu utilisé l’anglais dans ses présentations, Gabriella Olivo a opté principalement pour la langue de Trump. Sans doute qu’elle visait le contact avec le public ou la presse anglo-saxonne.

Mais c’était mal avisé. Des gens lui ont crié de parler français. 

Dans sa seule intervention en anglais, Lila Downs a rappelé que l’Amérique n’était pas le nom d’un pays, mais plutôt d’un continent. Plurilingue, ajouterais-je.

Photo: Frédérique Ménard-Aubin

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hardcore / Métal / rock / rock prog

Francos 2026 | Lancement de Fuudge : le feu prend

par Florence Cantin

Soir du 18 juin, je débarque aux Foufs sur les chapeaux de roues, pile au moment où je commande une pinte j’entends que ça grouille en haut. Arrivée à l’étage, on sent que le coup d’envoi est fait sous la prudence, porté par une justesse vocale irréprochable de David Bujold qui livre les premières notes des pièces tirées de leur tout nouvel opus, Les horribles.

 Fuudge ce soir-là c’est la voix et la guitare de David Bujold, Vincent LaBoissonnière aux claviers, Pierre Alexandre à la basse, Olivier Laroche aux drums et un homme mop qui lui, ne joue pas d’instrument.

Je m’attendais à ce que Bujold muni de sa flying V dégaine dès les premières mesures avec ferveur. Moi qui hésitais à me prendre une canette au lieu d’une pinte, je me dis : OK c’est pas ce show là qui me fera renverser ma bière. Puis une fille grimpe comme une guenuche (dans sa définition de femme primate, pas de petite femme très moche) au balcon. Je me dis : ah bin coudon. L’immersion est quand même laborieuse pour moi. La magie opère drôlement aux premiers abord. Ça déborde de la fébrilité d’un soir de lancement.

Si la pièce Le Mentor perd un peu de sa superbe et ne m’accroche pas autant que lors de mes innombrables écoutes, je suis vraiment séduite par ses arrangements. Les harmonies à la twist and shout de David et ses musiciens sont géniales. Ce sont des prouesses que j’anticipais simplement parce que l’enregistrement de Mentor sonne à la perfection dans mes oreilles. 

 

C’est quoi, ou qui, Les horribles ? David prend un moment pour nous lire un court manifeste, tout en légèreté. Il y souligne que, sans qu’il l’ait prémédité, cet opus s’avère le plus engagé de sa carrière. Les horribles — de ce que ma mémoire se souvient —, c’est l’Autre lorsqu’il sombre dans la déraison, la monotonie, la méchanceté, la cruauté. C’est cette entité dépourvue d’humanité qui nous guette et finit par en corrompre certains. C’est un monstre. C’est un système. C’est un virus. C’est nous quand on agit de manière horrible.

Cet affront a rendu l’énergie punk nécessaire pour donner un souffle nouveau à la soirée. 

Dès lors, je sens que le mellotron s’imbrique beaucoup mieux dans les textures stoner et grunge de la formation.  Vincent LaBoissonnière aux claviers donne l’impression de courir partout, mais il arrive toujours à destination au moment voulu. Rendu à Mourir j’aime trop ça, le band a trouvé ses repères et se pose exactement là où il voulait être. 

Le feu prend dans la broussaille qui m’entoure. Tout le monde est content,

Des soucis rythmés de sons ponctuent le set d’une manière curieusement mélodique. David accorde sa guitare à répétition pendant les chansons. Le pionnier, Vincent Peake (Groovy Aardvark / Grimskunk ) débarque armé d’un tambourine, pour venir scander quelques refrains directement dans le micro de David Bujold. Grand moment de communion. Par moment je me perds dans mes pensées lorsque Fuudge sonne un peu beaucoup tantôt comme du  King Crimson ou tantôt comme du Black Sabbath. Je ne suis pas la seule: mon amie Gabby se met à chanter l’air de Iron Man.

Mais le comble survient lorsque le band replonge dans ses premiers amours en rejouant les morceaux de son tout premier EP, qui fête ses 10 ans cette année.


Lisez cette entrevue de David Bujold donnée à PANM juste avant le lancement de Fuudge

hip-hop / rap keb

Francos 2026 | Lost, la rue en catharsis au MTELUS

par Samuel Lemieux

Le 20 juin dernier, dans le cadre des Francos de Montréal, Lost a investi la scène du MTELUS avec une intensité brute, viscérale. Devant une salle comble et fébrile, le rappeur montréalais n’est pas venu simplement offrir une performance. Il est venu se livrer.

Dès les premières notes, l’atmosphère est dense. Pas de mise en scène surchargée ni d’artifices inutiles, Lost mise sur l’essentiel. Sa présence. Sa voix. Et surtout, ses mots. Fidèle à sa réputation, il transforme chaque morceau en confession publique, oscillant entre rage contenue et lucidité désarmante.

Figure incontournable du rap montréalais, Lost s’est imposé avec une plume introspective où se croisent mémoire, rédemption et réalité sociale. Sur scène, cette écriture prend une autre dimension. Les textes, déjà lourds de sens sur disque, deviennent physiques, presque palpables,  portés par une interprétation tendue, habitée.

Le public, lui, suit. Et participe. Chaque refrain est repris en chœur, chaque punchline déclenche une réaction immédiate. Il y a quelque chose de profondément collectif dans ce show : une communion entre l’artiste et une foule qui semble connaître chaque ligne, chaque silence.

Accompagné notamment de Zayo et Fléau DiCaprio, Lost construit une montée en puissance efficace, alternant entre morceaux introspectifs et bangers plus directs . Cette dynamique permet au spectacle de respirer et d’éviter l’uniformité, tout en maintenant une tension constante.

Mais ce qui frappe surtout, c’est l’authenticité. Là où plusieurs performances rap tombent dans le spectaculaire ou le calculé, Lost reste ancré dans quelque chose de vrai, de rugueux. Il ne cherche pas à séduire,  il impose. Et c’est précisément ce qui capte.

Dans un festival comme les Francos, où cohabitent tous les styles de musique francophone , ce type de prestation rappelle à quel point le rap québécois peut être à la fois populaire et profondément artistique.

Quelques faiblesses subsistent : une balance sonore parfois inégale et une présence scénique qui, par moments, pourrait gagner en variation. Mais ces détails restent marginaux face à la puissance globale du spectacle.

Au final, Lost livre une performance à son image : intense, honnête et sans compromis. Un moment de vérité plus qu’un simple concert — et sans doute l’un des passages les plus marquants de cette édition des Francos.

Verdict : un show qui ne cherche pas à plaire à tout le monde  et qui y parvient justement pour cette raison.

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Suoni 2026 | A nice and busy evening

par Michel Rondeau

Monday, June 22. Four bands, each with a very different style, took the stage one after another at the Sala Rossa. A wonderful variety.

Karen NG is a young alto saxophonist from Toronto who has visited us a few times in recent years. She was part of the 2023 edition of Suoni and, more recently, opened for Ida Toninato and Jennifer Thiesen’s album release concert for Dream of Heat last February.

What struck me right away was that, since her early days, she has gained depth, and her playing is more confident and incisive. After an opening segment in which she engaged with electroacoustic sounds, she delivered a compelling performance in a series of Coltrane-esque solos of excellent quality. This was followed by other segments drawing on varied inspirations that kept us captivated.

The duo of Vancouver-based guitarists Alvaro Rojas and Cole Schmidt, each armed with a Gibson SG, then transported us into a thoroughly convoluted world of math rock before exploring psychedelic and progressive jazz territories, where they joyfully let loose. It’s clear that the musicians have been playing together for a while, that they complement each other well, and that they’re in perfect sync.

Next up were five Montreal jazz musicians: James Goddard and Cabral Jacobs on alto sax, Markus Floats on bass, Jahsun Promesse on drums, and Engone Endong on electronics, who treated us to two long, evocative pieces with incantatory undertones and enhanced by Engone Endong’s soundscapes, which were as complementary as they were jarring. A fitting conclusion.

Next up were bassist Luke Stewart—well known for his role in the band Irreversible Entanglements—and drummer Warren Crudup Trae for the duo Blacks’ Myths.

After opening with a recited text—which, unfortunately, was rather unintelligible—Stewart began working his electric bass and the array of effects pedals snaking at his feet, generating all sorts of sounds and atmospheres, sometimes dark and menacing—and to create a highly cinematic soundscape, rich with all kinds of textures and bursts of sound, propelled by a drummer who didn’t hold back on his drums and cymbals.

It was as captivating as it was surprising. The duo transported us to another world—one we’d love to return to.

Without a doubt, it was a truly wonderful and very fulfilling evening.

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rock

Francos 2026 | Disiz impose son univers rock devant une foule immense

par Sandra Gasana

Contrairement à plusieurs concerts aux Francos avec des groupes en format réduit, Disiz était de ceux qui sont arrivés en mode full band.

Présenté comme l’un des artistes les plus importants de la Francophonie, Disiz était un bon pari pour clôturer les Francos puisqu’il a attiré une foule immense, comparable à celle de Kassav’ en ouverture.

Il arrive sur scène avec une veste en cuir sur laquelle on pouvait voir des oiseaux, et ses lunettes fumées. Vous avez peut-être connu cet artiste lorsqu’il se faisait appeler Disiz la Peste, mais depuis quelques années, il a décidé d’utiliser uniquement Disiz, pour marquer un tournant important dans sa carrière.

« La prochaine chanson est pour tous ceux qui ont le cœur brisé », annonce-t-il d’emblée avant de remercier la foule à plusieurs reprises pour son accueil.

L’univers de Disiz est empreint de rock, même s’il y incorpore encore un peu de rap par-ci, par-là. D’un point de vue stratégique, il acquiert un nouveau public qui ne l’aurait pas connu sans cette transformation, tout en conservant son fan club durant l’époque « Disiz la Peste ». Résultat : il attire une foule monstre aux Francos de Montréal, composée de ses deux publics.

Il joue plusieurs morceaux de son plus récent album on s’en rappellera pas, paru en 2025, comme « surfeur », sur laquelle il a collaboré avec Laurent Voulzy, qui figurait aussi dans la programmation de cette année.

Plus la soirée avance, plus l’énergie sur scène est explosive.

« Le concert est gratuit, le minimum que vous pouvez faire c’est de vous lâcher », déclare-t-il à la foule avant de jouer un de ses succès « Amsterdam ».

Le moment fort de la soirée restera durant la chanson « Qu’ils ont de la chance », qui figure dans l’album Pacifique paru en 2017. Adressé à tous ceux qui ont perdu quelqu’un, nous avons vécu un moment suspendu dans le temps, et autour de moi, tout le monde avait la larme à l’œil, incluant moi et mes fils. Et comme pour nous consoler d’une certaine manière, il poursuit tout de suite avec « Rire de pleurer », avant d’enchainer avec un de ses plus gros hits « try try try » sur lequel il a fait un featuring avec Kid Cudi.

Malheureusement, la pluie s’est invitée durant la deuxième partie du concert mais les festivaliers étaient arrivés préparés. Ils ont sorti leur parapluie ou imperméables et ont continué à « se lâcher » complètement.

Pour ma part, je suis de ceux qui apprécient l’univers de Disiz la Peste mais j’avoue que son concert plus rock m’a sortie de ma zone de confort et m’a fait découvrir une nouvelle facette de l’artiste. Disiz ou Disiz la Peste, nous avons eu droit à un concert digne de celui d’une rock-star.

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Francos 2026 | Aupinard, du spleen à la fête

par Sandra Gasana

Le nom peut sembler intriguant mais il provient d’une contraction entre le nom de famille de l’artiste Opina et le pinard (jargon pour vin), lui qui vient de Bordeaux, la ville du vin par excellence.

Il n’en est pas à sa première visite à Montréal puisqu’il avait déjà accompagné un artiste français dans le passé. Mais c’était la première fois qu’il s’illustrait devant une foule sur LA plus grande scène extérieure des Francos.

Accompagné d’un guitariste et d’un batteur talentueux, il a débuté en douceur, à son habitude, avec nonchalance avant de mettre le feu, plus le concert avançait.

Il a été très chanceux puisque la pluie s’est arrêtée juste avant son spectacle et malgré un petit mal de gorge, cela n’a aucunement affecté la qualité du spectacle.

Ses rythmes empruntent à la bossa nova, on remarque d’emblée que cet artiste a un lien particulier avec le Brésil. Il mentionne ce pays ou fait des allusions à plusieurs reprises et c’est un peu sa signature musicale : rythmes dansants, thèmes autour de l’amour, de la séduction et des soirées mondaines parisiennes.

Pour l’occasion, il a joué plusieurs chansons de son plus récent album spleen.social club, paru cette année, notamment « peau ébène », « un thé? » ou encore « penelope, pt.2 ».

Dès les premières chansons, il fait participer le public : « Je vais vous laisser chanter pour celle-là », avant de chanter « texto », un de ses plus grands succès.

La deuxième partie du spectacle est beaucoup plus rythmée, il fait sauter le public devenu de plus en plus nombreux en face de la scène Rogers. D’ailleurs, il s’offre même un bain de foule mais avant, il demande à la foule de se diviser en deux. Mais le morceau qui soulève la foule est bien entendu « P&P » qu’il a gardé pour la fin et sur laquelle il a collaboré avec Ino Casablanca, lui aussi dans la programmation cette année.

Il en profite pour mentionner le spectacle qui allait suivre, celui de Yvnnis qui jouait après lui sur la scène juste à côté, mais a fait une mention particulière à un producteur de chez nous, High Klassified, qui a collaboré avec l’artiste.

On pouvait l’apercevoir dans le quartier des spectacles en soirée, et il a pris le temps de prendre des photos avec des festivaliers, incluant mes fils qui le découvraient ce soir-là.

Crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin

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Francos 2026 | Dead Obies, un show réparateur au-delà de la nostalgie

par Simon Gervais

La prestation de Dead Obies aux Francos, vendredi soir au Parterre, avait quelque chose de réparateur, au-delà de la simple nostalgie.

Devant une foule compacte malgré la pluie, les quatre membres actifs du groupe sont venus rappeler pourquoi Dead Obies demeure l’un des projets les plus marquants de la musique québécoise des quinze dernières années. Avec Montréal $ud en 2013 puis Gesamtkunstwerk en 2016, le collectif avait redéfini les contours du rap d’ici, imposant un langage, une esthétique et une attitude qui ont largement dépassé le cadre du hip-hop.

La suite a toutefois été plus cahoteuse. Le départ de Yes McCan en 2018 et la sortie de DEAD. l’année suivante avaient laissé l’impression d’un groupe en perte d’élan, loin de la cohésion et de l’ambition artistique de ses premières œuvres.

C’est donc avec une certaine prudence que plusieurs anciens admirateurs se sont présentés aux Francos. L’ouverture sur Tony Hawk a immédiatement réveillé les souvenirs, même si quelques morceaux moins marquants ont ensuite fait craindre le pire.

Puis la magie a opéré.

Do or Die ,  Running , Montréal $ud et Where They @  ont transformé le site en véritable célébration collective. Ce qui frappait surtout, c’était la présence d’un nouveau public. Une génération trop jeune pour avoir vécu l’ascension initiale du groupe connaissait pourtant chaque parole par cœur, particulièrement celles de Joe Rocca, visiblement touché de constater que ces chansons avaient trouvé une seconde vie. Avec ce sang neuf vient un enthousiasme frais, débarrassé du cynisme et des déceptions qui avaient fini par marquer une partie des anciens admirateurs.

Au fil du spectacle, Greg compare la foule aux guerriers du Gouffre de Helm, rassemblés dans la pluie et la boue pour défendre la Terre du Milieu contre les Uruk-hai. Les gars enchaînent aussi les blagues absurdes en se présentant tour à tour comme Kaïn, Deux Frères ou Jean-Pierre Ferland. Cela a pour effet de renforcer le sentiment que les Dead Obies aient retrouvé ce qui a toujours fait leur force : un mélange de chaos absurde, de performance puissante et d’énergie contagieuse.

L’apothéose est venue avec  Explosif!  puis  Johnny , où les membres se sont partagé avec brio l’imposant couplet de Yes. Les moshpits étaient au rendez-vous, comme au sommet de leur popularité.

Pendant une heure, Dead Obies ont cessé d’être un groupe zombifié, survivant tant bien que mal à un héritage monumental. Le temps d’une soirée, ils ont retrouvé ce qui avait fait d’eux le boys band numéro un du Québec et sont redevenus, à notre plus grande bonheur, tout simplement Dead Obies.

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expérimental / contemporain

Suoni 2026 | Jardin botanique, pont céleste

par Joséphine Campbell-Lashuk

Ce vendredi 19 juin aux Suoni Per Il Popolo, Jardin botanique a interprété son album Isthmus (qui signifie « pont terrestre ») de son introduction mélodique et légère jusqu’à sa conclusion rythmée par une basse profonde. L’intimité et la douceur du synthétiseur ont été explorées à maintes reprises, et ce duo montréalais de musique ambient synthétique sait maîtriser cette délicatesse fragile. Leur instrumentation, tout comme leur nom, rappelle le célèbre album qui fête cette année ses 50 ans, Mother Nature’s Phantasia, mais Isthmus adopte une perspective humaine.

La performance semble inviter à la célébration des petites choses de la vie. Le parcours est celui d’une attention minutieusement maîtrisée. Kate Bundy, l’une des deux membres du duo de synthétiseurs, entretient cette attention avec soin ; sa prestation place l’écoute avant l’action au centre de l’expérience et nous invite ainsi à faire de même. Principalement debout devant ses synthétiseurs, elle crée des nappes sonores ponctuées de mélodies intentionnelles ainsi qu’un long solo de cloches. Bundy s’éloigne de ses synthétiseurs pour nous présenter ces cloches dans une danse ondulante et vénérative qui nous fait comprendre qu’à cet instant, les cloches sont la chose la plus importante de l’univers.

Une vidéo composée de photographies découpées était projetée sur le mur du fond. Cette vidéo, réalisée par Jean-Guillaume Bastien, le deuxième membre du duo, est constituée de souvenirs partagés par les musiciens. On voit d’abord les objets qui définissent ces souvenirs : le grand tournesol, le bonhomme gonflable qui bat des bras, la haie parfaitement taillée. Puis on nous présente l’arrière-plan dont ces objets ont été découpés : le ciel, la chaîne de montagnes, le champ de maïs. Au fur et à mesure que le concert avance, nous entendons des pulsations émerger d’un fond sonore diffus qui gagnait lentement en complexité. Des synthés de basse plus profonds deviennent ce qui vous captive. Tout cela culmine dans le morceau final, où une mélodie arpégée, rythmée et lumineuse, rencontre une basse légèrement distordue. Cela attire notre attention sur le jeu précis entre le premier plan et l’arrière-plan.

Une vidéo composée de photographies découpées était projetée sur le mur du fond. Cette vidéo, réalisée par Jean-Guillaume Bastien, le deuxième membre du duo, est constituée de souvenirs partagés par les musiciens. On voit d’abord les objets qui définissent ces souvenirs : le grand tournesol, le bonhomme gonflable qui bat des bras, la haie parfaitement taillée. Puis on nous présente l’arrière-plan dont ces objets ont été découpés : le ciel, la chaîne de montagnes, le champ de maïs. Au fur et à mesure que le concert avançait, nous avons entendu des pulsations émerger d’un fond sonore diffus qui gagnait lentement en complexité. Des synthés de basse plus profonds deviennent ce qui vous captive. Tout cela culmine dans le morceau final, où une mélodie arpégée, rythmée et lumineuse, rencontre une basse légèrement distordue. Cela attire notre attention sur le jeu précis entre le premier plan et l’arrière-plan.

Le duo nous livre un récit de lieux inspirés de leur attachement à la fois à Athènes, en Géorgie, et à Montréal, ainsi qu’à l’isthme spirituel qui les relie. C’est précisément la spécificité de leur expérience qui fait de cette œuvre un moment si émouvant et une expérience si fédératrice. Un isthme se tisse également entre le public et Jardin Botanique.

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chanson française / chanson keb franco / pop symphonique

Francos 2026 | Deux (albums de Pierre Lapointe) par deux rassemblés… et magnifiés

par Alain Brunet

Pierre Lapointe n’en est pas à sa première aventure symphonique, celle-ci vient assurément magnifier son œuvre, c’est du moins ce qu’on a constaté jeudi 18 juin à la Maison symphonique, premier de deux concerts avec ce même programme. La forêt des cœurs abîmés, titre mashup de deux albums : Treize chansons démodées pour ceux qui ont le cœur abîmé et aussi (surtout) La Forêt des mal-aimés dont on célèbre deux décennies d’existence par une relecture symphonique. 

L’Orchestre Métropolitain et son chef invité, Thomas Le Duc-Moreau, ont ainsi mené à bien cette relecture symphonique arrangée et orchestrée par l’auteur-compositeur Antoine Gratton, réputé spécialiste des arrangements pour cordes dans la pop culture. Ce que Gratton a imaginé pour Lapointe tient du classicisme dans sa démarche. 

Prenons l’exemple du post-romantisme pour l’illustrer:  jusqu’au milieu du siècle précédent, par exemple,  il s’est trouvé des compositeurs post-romantiques pour la musique symphonique comme pour la musique de film, c’est-à-dire que leur esthétique orchestrale restaient  fidèles aux acquis des Wagner,  Brahms, Bruckner, Tchaïkovski et autres Chopin, réalisés plusieurs décennies avant leur ère. Le son hollywoodien repose en bonne partie sur ce socle. 

Le phénomène du classicisme existe certes depuis que la culture existe, on décide d’assumer sa préférence pour une esthétique et on s’applique à la reproduire tout en souhaitant y apporter sa touche. La musique populaire n’y fait pas exception.

Et si on embrasse ce concept, on adore se perdre dans La forêt des cœurs abîmés. On ferme les yeux, on redécouvre tous les procédés orchestraux de la chanson française, de l’Après-Guerre au tournant des années 70. On ferme les yeux, on entend les sons de Francis Lai, Paul Mauriat, Raymond Lefèvre, Jean-Michel Defaye, Michel Legrand, Michel Colombier bref ces grands arrangeurs et leaders d’orchestres  ayant étoffé les mélodies et harmonies des chanteurs français les plus accomplis de cette époque, Aznavour, Ferré, Brel, Vian, Gainsbourg première mouture, Dalida, Barbara, on en passe.

Post-romantisme, impressionnisme, modernité, chanson française « classique », ce comfort food raffiné était la rampe de lancement des albums de Pierre Lapointe ici réinventés en mode symphonique.

La première partie du programme a été particulièrement classique, les « chansons démodées » et « accords défraîchis » de cet album récent, ses mélodies, ses texte ou son français normatif s’y prêtaient parfaitement. On aura noté que les réharmonisations étaient rares, que l’on respectait les accords des chansons en y ajoutant des ornements et rythmes variés comme certains emprunts afro-caribéens très en vogue dans les années 50.

À l’instar de La Forêt des mal-aimés, la seconde partie était plus moderne, plus audacieuse, néanmoins sobre et plutôt conventionnelle. Et nous montrait un Pierre Lapointe vraiment pas conventionnel, tout à fait spectaculaire dans une tunique aux couleurs pastels assortie de leggings et crocs stylisés, seul décor (onirique?) sur scène comme le chanteur l’a lui-même constaté de vive voix devant une foule hilare.

Sauf une petite erreur en première partie, Pierre Lapointe s’en est fort bien tiré. Sa voix a porté comme il se devait, ses excellents textes n’ont pas été occultés par l’orchestre dont le maestro a maintenu l’équilibre avec circonspection, l’élégance et le panache de la proposition ont propulsé encore plus loin la matière de ses deux albums au programme, dont le second réalisé par Jean Massicotte demeure l’opus clé de son œuvre.

Crédit photo: Benoît Rousseau

R&B / soul/R&B

Francos 2026 | Quand le hasard mène à Myra

par Sandra Gasana

À la base, je n’avais pas l’intention de couvrir le spectacle de Myra aux Francos. Mais entre le concert de Luiza et celui de Juste Shani, eh bien, il y avait 1 heure de battement, et c’est là que je me retrouve en face de Myra.

Je pensais découvrir cette artiste venue de France, accompagnée d’un guitariste/choriste/DJ, mais c’est au bout de quelques chansons que je me suis rendue compte que je la connaissais. En fait, j’étais tombée sur le morceau « des bisous » sur lequel elle a collaboré avec Aupinard (qui est également dans la programmation cette année), et j’avais eu un coup de cœur. Rien n’est par hasard.

Pour une première au Canada, elle avait déjà un petit fan club qui connaissait très bien ses morceaux et d’autres la découvraient. Parmi les instrumentaux qui sortaient des platines, nous avions un peu de tout, allant de la bossa nova au zouk/kompa.

« J’ai sorti un album en début d’année qui s’appelle YAPI » nous apprend-elle avant de nous jouer « Rebetiko » en mode voix-guitare et dont le clip a été tourné en Grèce, son pays natal. Sa voix me fait penser à celle d’Emma Peters, comme s’il y avait un filtre dessus.

Elle s’adresse à la foule à plusieurs reprises, en français et dans un anglais impeccable aussi, tout en mentionnant qu’elle produit et qu’elle monte ses propres clips. Une femme aux multiples talents.

Elle a aussi chanté des morceaux de son microalbum Après la pluie paru en 2025, comme « Des fleurs ». Elle a offert une surprise à son public en invitant Mauvaise Bouche sur scène, une artiste française que je ne connaissais pas du tout. Les deux ont collaboré sur « C’est bien » et leur complicité était palpable sur scène.

Elle a terminé son concert sur une note plus festive avec quelques effets sur sa voix et des rythmes dansants. Je ne regrette pas d’avoir atterri au Pub des Brasseurs par hasard, cela m’a permis de mieux découvrir Myra.

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