électro / hip-hop instrumental / soul/R&B / techno

MUTEK | SLIBERIUM, entre chaos digital et humanité vibrante

par Marc-Antoine Bernier

La quatrième soirée Expérience à l’Esplanade Tranquille s’est ouverte vendredi avec une performance crue, digitale et intensément émotionnelle du duo montréalais SLIBERIUM. Formé de KUMA et Sendji, le projet a transporté les festivaliers dans une hallucination collective où se rencontraient sonorités industrielles, énergie techno et sensibilités R&B.

Leur set, situé à la croisée de la techno, du deconstructed club, du hip-hop expérimental et du witch house, s’est distingué par une texture sonore singulière : synthés saturés et granuleux, glitchs digitaux, atmosphères abrasives. Portée par des kicks étouffés et pulsés, leur musique avançait avec une force cinétique qui invitait aussi bien à bouger qu’à se laisser happer par la transe.

Derrière un set-up minimal — ordinateur, mixer, instruments autonomes — Sendji donnait une dimension charnelle à ce paysage numérique grâce à sa voix. Traité par l’autotune, son timbre oscillait entre chaleur humaine et froideur digitale. Ses inflexions proches de l’alternative R&B contrastaient avec les voix robotisées disséminées tout au long du concert, créant un jeu d’allers-retours entre intimité et altérité.

SLIBERIUM a ainsi déployé un univers transhumain, où le monde apparaît comme un territoire mouvant : rêves hallucinés et quotidien brut, chaos électronique et humanité vibrante, beats digitaux et sensibilité pop. Un premier « victory lap » pour KUMA et Sendji, qui ont terminé leur performance dans une extase jubilatoire, transformant leur intimité musicale en une expérience collective, festive et sans concession.

photo : Bruno Ailello Destombes

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électronique / expérimental / contemporain / immersif

MUTEK | Max Cooper, l’introspection en haute résolution

par Félicité Couëlle-Brunet

Jeudi soir,  rendez-vous pas comme les autres au Théâtre Maisonneuve: Lattice 3D/AV de Max Cooper, de surcroît à guichets fermés. Réputé pour ses expériences audiovisuelles immersives, l’artiste britannique est revenu à Montréal avec une proposition qui, loin du vecteur spectaculaire attendu, s’est révélée introspective, profondément contemplative.

Dès les premiers instants, la scénographie imposait sa clarté. Pas de mystère : Cooper était installé sur scène, face au public, avec son dispositif bien visible, encadré par deux écrans : l’un derrière lui, l’autre devant, semi-transparent, tantôt traversé par la lumière, tantôt masquant la figure de l’artiste. 

Cette transparence assumée donnait le ton : ici, rien à cacher, tout à dévoiler. Le spectacle allait moins jouer sur l’éblouissement que sur la porosité entre sons, images et conscience.

Lattice 3D/AV, conçu avec Architecture Social Club, est décrit comme son projet live le plus ambitieux, combinant projections, couches semi-transparentes, lasers et lumières sculptées dans l’espace. Mais plutôt qu’une déferlante sensorielle, l’expérience s’est déployée dans une lente montée. Les visuels, d’abord, vibraient en nappes de couleurs mouvantes, textures fluides et rythmes mesurés. La musique avançait avec retenue, presque en apesanteur, dessinant un continuum hypnotisant. On était loin de la frénésie festive de certains autres soirs de MUTEK, et c’était précisément là que résidait la force du spectacle.

Puis un moment de bascule : l’apparition du texte. Projections de phrases brutes,

surgissant au fil de la montée en intensité. Ce recours aux mots, rare dans les

performances de Cooper, devenait l’élément marquant du set. Plus le tempo s’accélérait,

plus les caractères défilaient, jusqu’à créer une impression paradoxale : celle de se

retrouver face à l’emballement de nos propres pensées, dans un miroir numérique de notre quotidien saturé. Le visuel prenait alors le dessus sur la musique, et la musique, en retour, se laissait guider par cette cadence mentale.

C’est d’ailleurs à ce moment-là que l’effet s’est révélé pleinement. Lorsque le texte a cessé d’être projeté, un autre basculement s’est produit dans la salle : comme libérés d’un poids, les spectateurs se sont mis à danser. Les quinze dernières minutes du show ont pris une tournure plus physique, plus incarnée, preuve que l’expérience avait fonctionné, que le texte avait capté l’attention au point de suspendre le corps, et son retrait avait ouvert l’espace à la libération du mouvement.

Ce choix faisait écho au nouveau projet de Cooper, On Being, qui est sorti en février 2025.

L’album, né de centaines de confessions anonymes recueillies en ligne, interroge

directement ce que signifie « être » aujourd’hui. Les réponses, allant de la douleur la plus intime à la déclaration d’amour la plus pure, ont servi de matière première à une œuvre qui traduit en sons et en images l’expérience humaine contemporaine. Ces fragments de

pensées se sont matérialisés dans l’espace visuel, rendant tangible le poids de la parole collective.

En deux heures, Cooper a offert bien plus qu’un concert. Il a orchestré une forme d’écoute élargie, où les spectateurs devenaient les témoins d’un paysage intérieur commun. Dans le contexte effervescent de MUTEK, où la tentation est de courir d’une salle à l’autre, cette parenthèse introspective suggérait  un contrepoint précieux. Une respiration lente dans un festival qui se vit souvent à grande vitesse. Cela nous rappelle que l’immersion n’est pas seulement affaire de technologie et de performance visuelle, mais aussi de vulnérabilité partagée. Derrière les lasers et les écrans semi-transparents, c’est notre humanité qui se montrait fragile, dense, multiple.

Photos: Bruno Aiello Destombes

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électronique / techno

MUTEK | dea ex machina !

par Julius Cesaratto

La productrice machìna, qui réside à Tokyo et aussi à Berlin, a fait littéralement sensation au Metropolis 1 de MUTEK. Elle a fait exposer la place avec une performance techno modulaire live aussi dépouillée que stupéfiante. Pour cette première nord-américaine d’Action, elle a réduit la techno à son essence même, improvisant avec rien de plus qu’une boîte à rythmes et sa voix tissée dans la trame de l’album éponyme. Envoûtante du début à la fin !

Vêtue d’une élégante robe en latex noir et baignée dans des flashs de lumière rouge, machìna a mis à contribution l’impressionnante sono de la salle avec des sons rave classiques et un beat minimaliste contagieux. Ce fut une expérience sensorielle totale, les subwoofers faisant vibrer le sol et les danseurs réagissant en conséquence, bougeant à l’unisson et s’adaptant aux changements de tempo. Son improvisation modulaire live s’est déployée avec une intensité mesurée – caisses claires aiguës, motifs de cymbales complexes, distorsion funky – électrisant les deux étages de la salle de concert.

Au fur et à mesure que le spectacle avançait, l’artiste sud-coréenne s’orientait vers quelque chose de plus sombre, inquiétant, violent. Un seul projecteur suspendu au-dessus de la scène perçait la brume, tandis que des barres verticales de lumière rouge enfermaient cette redoutable bête dans sa cage. Par moments, les faisceaux semblaient couler du plafond voûté comme du sang, un détail qui évoquait de manière frappante la célèbre scène Blood Rave du film Blade.  Le public, plongé dans les effets visuels, dansait sur un rythme quasi rituel tandis que les battements de tambour fendaient l’espace. 

À certains moments, machìna a réduit les mélodies à leurs éléments les plus bruts – le rugissement des grosses caisses, les charlestons rebondissants et les sons texturés – pour ainsi intensifier l’anticipation avant de replonger la piste dans une frénésie totale de rythmes et de lumières. L’alternance entre tension et détente, combinée à une installation lumineuse spectaculaire, a fait de ce set une expérience sensorielle totale : les basses résonnaient jusqu’au fond du MTelus, les lasers traversaient la foule en mouvements synchros, et chaque changement de son déclenchait une réaction auprès du public.

Au terme de son set, machìna avait placé la barre très haut pour le reste de la soirée : les fans applaudissaient et en redemandaient. Ce set techno incisif et rafraîchissant a définitivement établi l’artiste comme une véritable maître du genre, mélangeant avec fluidité des rythmes simples et des percussions superposées. Certes l’une des meilleures performances de Mutek jusqu’à présent.

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Photo: Frédérique Ménard-Aubin

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afro-électro / électronique / hip-hop / house / jazz groove

MUTEK | Roaming, l’art de rassembler selon Gayance

par Marc-Antoine Bernier

Vendredi soir, Nocturne 3, l’Espace SAT s’est transformé en véritable fête grâce à Gayance, alias Aïsha Vertus. Avec Roaming, l’artiste montréalaise a offert une performance éclatante et collective, invitant le public à partager le goût de la danse, du changement et de la solidarité.

Entourée d’un groupe complice, Gayance a tissé un récit en plusieurs chapitres, où chaque morceau devient une émotion à vivre ensemble. À ses côtés, Funky Watt à la direction musicale et à la basse, Evan Shay au saxophone, Peggy Hogan aux claviers, Judith Little-D aux percussions et au chant. Trois invité·e·s de marque – Janet King, Yassin « Narcy » Asalman et Magi Merlin – sont également venu·e·s ponctuer le spectacle de moments uniques, donnant à la soirée des allures de récit collectif en plusieurs chapitres.

L’un des instants les plus marquants fut  l’entrée en scène de Narcy, figure pionnière du hip-hop arabe. Devant un drapeau palestinien projeté derrière lui, il fit répéter au public les mots « Don’t lose focus. Breathe. », rappelant que « It’s not about one, it’s about us. » Sur un rythme drum&bass teinté de jazz, ce chant de ralliement portait une profondeur politique et émotive inattendue, deuil et solidarité.

Entre house, drum&bass, grooves caribéens et accents jazzy, Roaming a pris la forme d’un voyage musical et émotionnel, éclectique et profondément humain. Une soirée où l’énergie contagieuse des artistes s’est transformée en véritable appel au vivre-ensemble.

Photo : Frédérique Ménard-Aubin

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électronique / immersif

SAT | REM d’un autre type… pour rêver ensemble

par Marc-Antoine Bernier

Dans le cadre de Nocturne2, la Satosphère a accueilli la première mondiale de Rapid Eye Movement (REM, acronyme bien connu pour les raisons qu’on sait), performance immersive conçue par les artistes britanniques Bertie Sampson et YeffYeff, alias Reeps One. Pensée comme une traversée sensorielle des cycles du sommeil, l’œuvre invitait le public à pénétrer un rêve collectif où voix et images se dissolvaient dans un même flux onirique.

La performance suit les cinq phases du sommeil, en s’attardant sur la dernière – le REM, stade du rêve intense juste avant le réveil. En amont, les artistes avaient collecté des fragments visuels, textuels et sonores auprès d’un public sur le web, transformés ensuite en matière sensible : nous étions littéralement plongés dans les rêves des gens.

Sur scène, YeffYeff expérimentait en direct avec sa voix, tantôt étirée, tantôt distordue, dialoguant avec les environnements génératifs de Sampson. Sa trame sonore, profondément ancrée dans l’héritage de la scène garage britannique, convoquait le UK Garage, le Future Garage et la UK Bass.

À sa droite, Bertie Sampson manipulait les visuels projetés à 360° : architectures mouvantes, jardins fleuris, silhouettes humaines, textures abstraites. De l’iris d’un œil à des paysages hybrides entre constructions humaines et nature, ses images composaient une cartographie mouvante de l’inconscient.

À l’échelle monumentale du dôme, Rapid Eye Movement brouille les perceptions et déstabilise les repères, immergeant le spectateur dans une cartographie vivante de l’inconsciente.

Ce compte-rendu a été rédigé dans le contexte de MUTEK en août dernier, l’expérience se poursuit à la SAT depuis le 26 août dernier, et ce jusqu’au 4 octobre.

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dark wave / drum & bass / hardcore

MUTEK | Anti-Music : Gadi Sassoon & Portrait XO

par Loic Minty

Every year Mutek somehow reinvents itself by managing to find artists at the center of a changing world. It reminds us that the only certainty is that there is none, even when considering the very definitions of music. Last night, in a barrage of sounds hardly close to anything I’ve ever heard, Gadi Sassoon and Portrait XO turned into Espace S.A.T. into Plato’s cave, reflecting back to the audience their very act of listening.

Closer to sound art than music, the majority of the crowd stood fixed in perplexity at the boldness of every new scenery, each as creatively unique as the last. Rhythms grew only to quickly be stormed by what sounded like the noise of a million machines; the loudness and speed breathed through the room like a steam engine. Finally, when all expectations of a normal set were dropped, form folded under meaning and unveiled the origami of meta-narratives. Something screamed in Italian—the message was immediately understood in all languages.

If the post-human aesthetic didn’t already make it clear enough, the AI videos of children dancing to music while tanks roamed the streets solidified the urgency of their statement. And while it may seem conceptually driven at first, the sounds and performance themselves were truly heartfelt. The expression was raw, untethered, channeling violence into a stream of clearly articulated gestures that looked at the issue from all material, aesthetic, and emotional dimensions. While the sounds verged into noise and were characterized by a powerful orchestration of metallic sounds, their set still held a close tie to breakbeats, creating a stark contrast to their long stretches of formless, ethereal soundscapes. In the end, they let loose and finished their set with densely populated drum loops, which they let play while dancing, greeting the crowd’s final cheers. The sounds settled along with a thick fog that had been following us up to this point. This set was a breath of fresh air and a reminder of what unruly experimentation stands for.

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MUTEK | Set de fer dans un gand DELAVELOUR

par Loic Minty

Alors que le ciel passait du bleu au noir et que les gens affluaient vers l’Esplanade Tranquille depuis tous les coins de la ville, la présence et l’intensité du producteur montréalais DELAVELOUR se sont amplifiées, lui conférant une aura lumineuse sous les acclamations de la foule. Musicien chevronné, son set a procuré une extase prolongée grâce à un équilibre parfait entre montées et descentes. 

On savait ce qui allait se passer, non pas parce que c’était prévisible, mais simplement parce que cela suivait un rythme naturel. Il était là, avec nous, s’amusant lui-même et donnant l’impression que tout était facile alors qu’il se déplaçait sur scène, un micro dans une main et un verre dans l’autre.

Pendant ce temps, la présence vivante de cette expérience était alimentée par une dance music incroyablement précise et bien mixée. Chaque couche avait sa place, émergeant et s’estompant dans des poches qui nous montraient la musique sous mille perspectives, nous rappelant que si la musique était profondément enracinée dans l’histoire des dancefloors, les sons finement travaillés et la manière dont ils étaient joués étaient totalement exploratoires.

Les genres musicaux identifiés étaient alors innombrables. Le seul élément vraiment constant était l’âme vibrante de chaque morceau. On pouvait entendre des mélodies rappelant les tubes disco des années 80, avec une texture qui brouillait la frontière entre la voix et le synthétiseur. Le rythme changeait sans cesse, se transformant en un beat chaud et endiablé de Baltimore avant de remonter en un groove techno funky. 

À travers tout cela, DELAVELOUR a canalisé le génie des producteurs ayant  façonné le son d’aujourd’hui, tout en y apportant une touche authentique, en y intégrant sa propre voix grave et rêveuse.

Tout le monde pouvait y trouver quelque chose qui lui parlait, mais d’une certaine manière, c’était nouveau.

Au fur et à mesure, un beau sentiment de compréhension et de gratitude s’est installé. Certains se sont déchaînés sur la piste de danse, d’autres ont regardé avec admiration. Des personnes de tous âges étaient présentes, leurs yeux reflétant le jeu des couleurs, à l’intérieur d’eux une lumière inondante qui pulsait dans le ciel. La soirée s’est terminée par une constellation de visages souriants, que DELAVELOUR a fait résonner une dernière fois avant de partir, ajoutant ainsi à la collection de souvenirs mémorables de Mutek.

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électronique / tech-house / techno

MUTEK | Kevin Saunderson: le set fabuleux d’un père fondateur de la techno

par Julius Cesaratto

Kevin Saunderson, originaire de Detroit et membre du fameux trio Belleville Three (avec Juan Atkins et Derrick May) à qui l’on attribue la paternité de la techno, a honoré l’Esplanade Tranquille de sa présence lors de la troisième soirée de la série Expérience, pour le plus grand plaisir des puristes de la techno qui en ont aussi observé l’évolution stylistique. Caché derrière ses  proverbiaux verres fumés, il a démarré le concert en force avec des voix house profondes et distordues.

Les fans se sont serrés les uns contre les autres, impatients de voir à l’œuvre un père fondateur de la techno. Dès le début, Saunderson a privilégié des transitions délicieusement longues et étirées, évoluant avec une patience délibérée, laissant le public s’immerger dans la profondeur et la complexité de ses superpositions sonores. Son ouverture s’appuyait fortement sur des basses épaisses et des kicks de batterie puissants, ponctués de voix soul, de riffs funky et même de quelques touches disco. La basse Reese vacillante – dont Kevin Saunderson est l’inventeur – a été magistralement modifiée avec un filtre, ajoutant du poids et du mouvement, tandis que des percussions inspirées du reggaeton se sont brièvement glissées dans le mix avant de céder la place au tonnerre d’un rythme 4/4 régulier. 

La foule a rugi lorsque Saunderson a remixé le titre emblématique de Stardust Music Sounds Better With You, puis à nouveau lorsque les notes de clavier, le funk et les voix soul ont transpercé les battements de la 909, plongeant l’Esplanade dans un mur de son. Passant rapidement d’un CDJ à l’autre, il a superposé les boucles avec précision, permettant des transitions longues et des montées hypnotiques. Rayonnant, il a salué la foule tout en déformant les caisses claires et en ajoutant des accords au mix pour créer une ambiance dramatique, visiblement nourri par l’énergie extatique des danseurs. 

L’atmosphère était effervescente, captivante et ludique. Le célèbre musicien et producteur a offert de brefs moments de répit avec des notes de piano jazzy et des cordes avant de replonger dans des morceaux club percutants, notamment Emotions, le titre phare de son récent projet E-Dancer, une collaboration avec son fils Dantiez, qui a enflammé la salle et qui, prédisons-le, aura le même impact en salle à MUTEK. Une fois de plus, il a salué la foule avant de livrer davantage de son son warehouse caractéristique.

Alors que ce set magistral touchait à sa fin, Saunderson a rendu hommage à ses racines de Motor City avec le titre légendaire The Bells de Jeff Mills, qui a déchaîné la foule dès les premières notes de piano. Il a clôturé la soirée avec une version jubilatoire de son classique Good Life, fusionnant funk, soul et techno percutante, rappelant à tous pourquoi son influence reste incontestée.

photo: Frédérique Ménard-Aubin

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électronique / Instrumental

MUTEK | Conditions optimales au Théâtre de Verdure

par Félicité Couëlle-Brunet

En cette soirée parfaite de mercredi au Théâtre de Verdure, trois univers audiovisuels se sont succédés au bord de l’eau dans des conditions optimales, mais c’est sans doute la rencontre entre Ouri et Charline Dally qui a cristallisé l’intensité de l’événement.

Dès les premières notes, Ouri semblait pleinement dans son élément. Entourée de sa harpe, de son violoncelle et de sa voix, elle incarnait une musique à la fois intime et expansive, où la fragilité devenait force. Deux musiciens l’accompagnaient avec justesse : l’un passant du piano au saxophone (Félix Petit), l’autre à la guitare, chacun ajoutant des textures complémentaires à son univers sonore.

En parallèle, Charline Dally déployait ses visuels analogiques, tissés de feedbacks et de matières vivantes. Ses images apparaissaient, se désagrégeaient, renaissaient sans cesse, comme des spectres traversant le temps. La rencontre entre ces deux artistes n’était pas fortuite : leurs langages respectifs semblaient se répondre instinctivement. Là où Ouri construisait des paysages sonores pluriels, Dally en révélait les fantômes visuels, donnant chair à cette musique. Le résultat fut une performance à la fois rosée et anti-oppression, comme l’a formulé Ouri elle-même. On y sentait une volonté d’ouverture, de résistance douce et de communion. Plus qu’un simple concert, ce fut une proposition sensible et politique, une utopie éphémère partagée avec le public.

Le premier set au programme résonnait déjà d’une poésie singulière. The Bionic Harpist et Techno Para Dos avaient présenté un dialogue inattendu entre la harpe et la voix féminine d’un côté, et les textures électroniques de l’autre. Leur performance, délicate mais déterminée, proposait une harmonie où l’organique et le numérique coexistaient. On sentait dans leur progression une volonté d’exploration, une évolution du set qui captait l’attention en douceur, préparant l’audience à la suite de la soirée.

Enfin, la soirée s’est conclue avec l’expérience la plus sombre et futuriste : Guillaume Coutu-Dumont et Line Katcho. Percussionniste de formation devenu DJ et compositeur électro, il proposait une structure sonore dense, ancrée dans une pulsation constante, pendant que Katcho déployait une véritable narration visuelle. Ses images dystopiques, portées par une réactivité audio d’une précision remarquable, plongeaient le spectateur dans un avenir incertain, inquiétant mais fascinant. Sa constance et sa maîtrise donnaient une cohérence rare à ce voyage.

Trois propositions, trois manières d’habiter le monde par la musique et l’image. Mais au cœur de cette soirée, c’est bien la rencontre d’Ouri et de Charline Dally qui a su transformer le Théâtre de Verdure en un lieu de communion sensible, là où la poésie et la résistance s’entrelacent.

photos: Frédérique Ménard-Aubin

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électronique

MUTEK | Al Wooton tient son public en haleine pendant 2 heures

par Julius Cesaratto

Pour clôturer l’Expérience 2 du Mutek, le DJ et producteur londonien Al Wooton s’est inspiré de la riche tradition musicale de sa ville, qui mêle les genres, pour offrir un set percussif et changeant. 

Il a amorcé sa performance de deux heures avec des textures industrielles.Nous avons traversé une atmosphère sombre avant de passer progressivement vers un boisé de marimbas,  percussions à main samplées et voix d’inspiration africaine. Dès lors, le rythme a pris le dessus, les percussions étant le moteur du spectacle. 

Le set de Wooton a évolué avec fluidité entre la bass music britannique décontractée et l’afrobeat, avec des touches d’acid et de baile funk. Il a progressivement évolué vers des rythmes plus lourds et des variations complexes de patterns de batterie, ponctués de breakdowns bien placés. Des cris d’oiseaux et de chauves-souris, ainsi que des samples de flûte de pan, ont insufflé des éclats de vie organique à son paysage sonore immersif. Les voix distordues et percutantes qui se sont entremêlées vers la fin étaient particulièrement frappantes. Une énergie brute, presque rituelle. 

Derrière les platines, Wooton était totalement absorbé par son art, levant rarement les yeux, mais visiblement concentré sur le groove. Son contrôle des changements de tempo, des breaks et de l’escalade rythmique a maintenu la piste de danse en mouvement, les corps bougeant au rythme des flux et reflux qui faisaient écho au voyage tribal qu’il traçait.

Cette approche en montagnes russes a maintenu le public en haleine jusqu’à la toute fin. Les derniers instants – une avalanche percussive de bongos, de sifflets de samba, de flûtes de pan et de chants latins endiablés – ont fait hurler et applaudir la foule alors que le set touchait à sa fin triomphale.

photo: Frédérique Ménard-Aubin

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électronique / expérimental / contemporain / micro-house

MUTEK | Yu Su & Myriam Boucher, voyage sans rivage

par Marc-Antoine Bernier

Mardi soir à la SAT, le premier volet des Nocturnes de MUTEK s’est ouvert sur une performance envoûtante où la musique de Yu Su et les visuels de Myriam Boucher se sont rejoints dans un dialogue concluant, entre fluidité sonore et vortex lumineux. Dès les premiers instants, on plongeait dans un univers à la fois intime et expansif, où chaque geste semblait résonner avec le précédent.

Le live set de Yu Su commença délicatement, lançant le ton avec une trame ambient mouvante, où un effet de push and pull obtenu par l’interaction du kick et du synthé aérien évoquait le ressac sur la berge. Il est clair dès les premières secondes que Yu Su nous invitait à partager un rêve collectif, guidé par des mélodies délicates et une exploration onirique.

Rapidement, cet état de micro-gravité basculait vers la piste de danse, propulsé par des percussions pulsées aux saveurs house. Ces changements d’état, caractérisés par des contrastes inattendus, allaient marquer la soirée entière. Yu Su joue avec le principe de fluidité, démontrant une sensibilité singulière pour la narration musicale : un état de flux où les motifs se déploient à l’infini, jusqu’à nous téléporter vers un nouveau monde sonore.

Que ce soit l’ambient techno, la progressive electronic, la microhouse, l’expérimental ou le balearic beat, Yu Su y infuse une atmosphère tangible, hypnotique et luxuriante.

Au visuel, l’artiste montréalaise Myriam Boucher proposait un environnement en parfaite résonance avec la musique, traduisant l’intuition et les émotions de Yu Su dans une trame colorée. La méta narration, portée par une palette dominée de magenta, de violet et de rose, enveloppait la dimension émotionnelle et intuitive de la performance : douceur, innocence, romantisme, intimité, créativité et transformation pour n’en citer que quelques-unes.

Illustrant l’idée d’un voyage sans destination précise, à la fois expansif et ludique, le flow visuel se déployait en mouvements cycliques et hypnotiques, créant un va-et-vient rythmique d’une grande puissance magnétique. Ces flux adoptaient parfois la forme d’un vortex abstrait aux allures minérales, rappelant les motifs des cavernes ou une pluie d’étoiles, mais aussi l’élan fluide de coups de pinceau glissant sur une toile.

Cette rencontre entre deux univers a offert un moment suspendu, où musique et image s’entrelacent pour ouvrir un espace de voyage intérieur, sans destination précise mais riche en sensations partagées.

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électronique / expérimental / contemporain / percussions

MUTEK | Valentina et upsammy, tactile et atmosphérique

par Marc-Antoine Bernier

Pour sa seconde apparition à MUTEK 2025, la percussionniste italienne Valentina Magaletti retrouvait hier la scène de la Société des Arts Technologiques, cette fois en duo avec la productrice néerlandaise Thessa Thorsing, alias upsammy. Ensemble, elles ont offert une musique tactile et atmosphérique, oscillant entre densité rythmique et clarté mélodique.

Leur histoire débute en 2023, lorsqu’une commande du Rijksmuseum d’Amsterdam les mène à explorer les espaces acoustiques du musée. De cette immersion naît une matière sonore foisonnante, nourrie par les résonances, l’écoute de l’architecture et la rencontre de deux sensibilités. Cette complicité trouve aujourd’hui son prolongement dans une performance qui fait office de prélude à leur premier album commun.

Sur scène, upsammy recompose en direct les enregistrements par boucles et synthèse granulaire, tandis que Magaletti tisse ses frappes sur batterie, vibraphone et objets divers. Leurs textures se confondent jusqu’à rendre difficile la distinction entre geste percussif et traitement électronique. De plus, la sensibilité de Thorsing ressortait particulièrement dans son travail minutieux de transformation et de recomposition, donnant naissance à des paysages sonores en mouvement constant. En parallèle, le jeu de batterie aux accents jungle et drum and bass de Magaletti brouillait les repères, faisant surgir une matière toujours changeante.

Le public s’est laissé porter par cette trame mouvante durant les 40 minutes de leur performance, entre élan improvisé et structures esquissées, où affleurent des échos de drum and bass, de techno et d’électroacoustique. Leur dialogue sonore s’imposait comme une invitation à explorer, comme si le son lui-même guidait l’auditeur dans un tissage de résonances architecturales et d’émotions palpables

Cette rencontre à MUTEK a révélé un duo en pleine efflorescence créative, capable de transformer la scène en véritable laboratoire vivant. Une promesse qui annonce un album à venir aussi audacieux que leur rencontre scénique à MUTEK.

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