électronique

MUTEK | Topdown Dialectic: anonyme dans le brouillard

par Marc-Antoine Bernier

Dans la dernière soirée de son édition 2025, MUTEK offrait au public montréalais un moment rare : la première canadienne de Topdown Dialectic, projet anonyme dont l’aura de mystère se reflète dans chaque détail : absence de titres, de visuels, d’identité. Dépouillée de tout récit personnel, la performance à la Société des arts technologiques ne laissait place qu’au son, brut et énigmatique, exhumé d’une autre dimension. 

Il m’a fallu quelques minutes pour m’ajuster justement à la fréquence. Soudain, la musique m’a happé dans un état second. Je découvrais une manière inédite de danser : des gestes brisés, fragmentés, sculptés par les échos et les accidents sonores. Une expérience hypnotique où chaque morceau semblait ouvrir un monde autonome dans lequel se perdre. Cette absence de biographie, de visage et de récit personnel renforçait la sensation de libération : tout convergeait vers l’expérience pure du son et du rythme. 

Dans ce brouillard sonore se mêlait nappes granuleuses, des voix lointaines semblaient émerger d’un passé numérique enfoui. Des nappes granulaires, souffles statiques, éclats de glitchs et de grondements abyssaux tissaient un univers de graphite et de poussière, à la fois rugueux et vaporeux. Aux frontières de la forme et de la perception, cette techno ambiante aux teintes dub et de samba avançait dans une tension subtile entre l’accidentel et l’intentionnel. On y percevait une précision méticuleuse derrière l’opaque, une clarté au sein même de l’obscurité. 

Pour plonger dans cette musique, il fallait accepter de se transformer. L’écoute devenait métamorphique, à l’image de l’œuvre en perpétuel déploiement de Topdown Dialectic. Peu à peu, l’espace sonore s’ouvrait comme un territoire intérieur, un lieu d’émancipation où se réinventer. Lorsque les dernières pulsations se sont éteintes, je me sentais changé, comme si le monde s’était fait plus intuitif, plus poreux aux impressions. 

Car MUTEK, bien au-delà de ses concerts, incarne cela. Ce n’est pas une simple célébration de la musique électronique, mais une communauté guidée par le désir d’expérimenter, de se libérer et de se réinventer. Dans ce dernier souffle du 26e MUTEK, la musique est devenue moteur de renaissance. 

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ambient / électronique / techno / techno expérimentale

MUTEK | Valesuchi : Diamant brut

par Loic Minty

Au fil de la nuit, à mesure que les gens affluaient dans le dôme, la chaleur et la pression des corps qui se pressaient les uns contre les autres prirent peu à peu la forme d’un diamant.

Derrière les platines, Valesuchi a proposé quelque chose d’unique qui a illuminé l’atmosphère du club. Son set avait une véritable essence live. Alors qu’elle tissait de riches polyrythmies, on pouvait, en y prêtant attention, suivre en temps réel le fil de ses pensées. Valesuchi nous a entraînés dans un voyage, des boucles de clave étirées aux séries de claps denses, évoquant les grooves accélérés de la Caixa brésilienne.

Au sommet de l’intensité, elle a réintroduit la basse dans le mix et tout s’est soudain mis en place : nous étions à la fois dans deux mondes, entre percussions giratoires et kicks enracinés. Les bras se balançaient en harmonie et les corps des danseurs et danseuses se répandaient dans l’espace tels un liquide. Le mix conservait toute son authenticité, comme si l’artiste vivait une connexion profonde avec ses instruments, indifférente à leurs imperfections. C’est ce qui donnait au son un naturel total, un caractère indéniablement live. Pendant que les drums faisaient danser la foule, des nappes crues et flottantes, accompagnées de sirènes hurlantes, ajoutaient subtilement une ambiance grunge et mélancolique qui résonnait tout au fond de la nuit. C’était revigorant. Du début à la fin, Valesuchi a habilement su captiver notre attention à travers un panorama de paysages sonores détaillés. Sa vision inventive me remplit d’enthousiasme quant aux possibles horizons de la musique électronique.

Qu’est ce que nous réserve l’avenir ? Nous le découvrirons sûrement, alors que MUTEK continue d’offrir, année après année, des performances d’une incroyable profondeur. La programmation de cette année nous donne envie de plus, avec des artistes comme Valesuchi qui font réfléchir sur la manière dont la musique peut être jouée et vécue, tout en soulignant l’importance du lien humain.

Photo: Bruno Aïello-Destombes

afro-électro / drum & bass / expérimental / jungle / musique traditionnelle d'Afrique centrale / noise / techno

MUTEK | Slikback: frénésie numérique en Afrique noire

par Alain Brunet

Transplanté en Pologne après avoir transité en Angola, le Kenyan Slikback, Freddy Mwaura Njau  de son vrai nom, a généré samedi une déferlante de percussions synthétiques, chevauchées par des spectres visionnaires et des esprits guerriers. Qualifier cette approche de frénétique, assurément ma préférée au programme de  Nocturne 4 (nuit de samedi à dimanche), est un euphémisme.

Mitraillé à des tempos extrêmes, ce feu à volonté de beats n’avait d’autre effet que propulser dans une mer de feu l’auditoire déjà enfiévré par les virus du samedi soir. Tous aussi abrasifs les uns que les autres, les intermèdes électroacoustiques  de Slikback relient des envolées de séquences rythmiques distinctes, d’une extraordinaire densité. 

Les polyrythmes au programme n’ont rien d’exotique, toute évocation facile de l’Afrique y est exclue d’emblée: violence noise, évocations paramilitaires, tensions et déflagrations à la Ben Frost (ce dernier ayant créé de la musique documentaire au cœur des conflits en Afrique interlacustre), sons typiques du lexique électronique… On aura discerné des fragments de trap, footwork, jungle, drum&bass, techno et plus encore…  Les séquences au programme nous entraînent dans un irrésistible malstrom, nous bousculent aussitôt qu’on s’y sent à l’aise et nous poussent dans le prochain tableau. Méchante claque!

Le radicalisme émotionnel  et la recherche formelle de cette signature nous mènent à découvrir le continent noir tel qu’il est aujourd’hui dans ses zones urbaines, bien au-delà de sa pop culture. Le mec est là où les Occidentaux ne l’attendent pas, pas encore du moins. Nous ne sommes pas dans quelque extrapolation prévisible d’afrobeats et autres amapiano à la mode (tout ça est cool, néanmoins, qu’on ne s’y méprenne). Et pourtant, nous sommes ici en Afrique numérique, avec une authentique contribution de niveau international.

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ambient / bruitiste / drone / électronique / Experimental / expérimental / noise

MUTEK | Daniela Huerta, brujedos venues des profondeurs de la terre

par Z Neto Vinheiras

Avec un large, profond et grave Soplo, Daniela Huerta appelle le public à entrer dans le dôme et au cœur de la terre – ce qui suit est une histoire de la vie surgissant des profondeurs : de l’eau qui coule, du souffle qui éveille, du tonnerre qui réactive, de la terre qui tremble.

Sur scène, Daniela incarne les archétypes féminins qu’elle évoque tant dans son travail – audacieuse et puissante, profonde et perçante, elle donne vie au divin ancestral dans cette performance hypnotique de son album récemment paru, Soplo, qui ressemble davantage à un rituel, une cérémonie, et une grande ouverture pour la nuit à venir au SAT.

Pulsatile, envoûtant, sombre. Nous entrons dans ce monde sensible unique lié à la conscience collective – enveloppée de mystère, la recherche de Daniela sur la psyché humaine et la mémoire collective dépasse la performance – C’est un espace de communion, où l’on convoque les esprits de ce qui est resté tu, secret, enfoui.

Porté par une imagerie sonore déjà saisissante à l’écoute domestique, Soplo en concert déploie une dimension nouvelle – celle d’appartenir au corps même de ce tissu narratif, celle de percevoir ce souffle vibrer entre nos cellules. Le tout s’entrelace avec les visuels minimalistes, vaporeux et subtilement accordés, conçus par Bunbun et supermarket_sallad.

Photo: Frédérique Ménard-Aubin

dub / électronique / post-punk / psychédélique

MUTEK | Vibe exploratoire chez Holy Tongue, trio dub

par Alain Brunet

Dans la nuit de jeudi à vendredi, la performance de Holy Tongue fut l’un des moments forts de la série Nocturne. Le trio londonien existe depuis la fin de la précédente décennie et peut compter sur une solide expérience, deux albums à l’appui et un troisième bientôt rendu public, sans compter la collaboration probante de Sam Shackleton (album The Tumbling Psychic Joy of Now ), c’est dire le respect que le maître accorde au trio.

Ainsi donc, la percussionniste Valentina Magaletti donnait la réplique au producteur Al Wootton (aussi connu jadis sous le pseudo Deadboy) et au bassiste et producteur japonais Zongamin, Susumu Mukai de son vrai nom. 

Ensemble dans ce halo de couleurs bleutées ou rougeoyantes, ils transmutent le dub jamaïcain en une plongée transculturelle et exploiratoire, typiquement britannique – on peut remonter aux années 80 et 90 à la grande époque de Jah Wobble et Transglobal Underground pour en identifier les racines et l’esprit. Plus précisément, la vibe générale est dub, mais ces couches épaisses de sons puisent dans le psychédélisme, le post-punk, l’ambient et jusque dans les musiques anciennes d’Europe.

La basse est électrique, les rythmes sont acoustiques ou électroniques et l’environnement harmonique et textural est généré par Wooton. C’est surtout pendant ce set qu’on a pu évaluer le niveau de la percussionniste Valentina Magaletti, reçue comme une star du 26e MUTEK puisqu’elle s’y produisait à trois reprises. Ses frappes sont précises, le son de ses tambours et cymbales a été rigoureusement mis au point, cette femme queer est une excellente percussionniste, en tout cas pour le corpus stylistique auquel elle se consacre avec ses collègues. 

Idéal pour planer dans la nuit en se remuant à peine le popotin.

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Club / Électro / Électronique / IDM / IDM / jungle / jungle

MUTEK | RICO X PARIA Ensemble, héritage et futurisme radical 

par Félicité Couëlle-Brunet

Hier soir, à l’Esplanade Tranquille, j’ai assisté à la première de RICO X PARIA Ensemble et ça m’a marquée par ses contrastes et son intensité! Le set s’est ouvert dans une atmosphère sombre, presque punk, où la voix habitée de RICO RICA portait une énergie brute, traversée de tension et de caractère. Les textures électroniques de Bclip  accentuaient ce sentiment d’urgence, comme si on assistait à un cri libérateur depuis les marges. 

Puis, tout a basculé. Quand l’accordéoniste Jose Daniel Rico Nieves et le percussionniste Elias Musiak ont rejoint la scène, une toute autre dimension s’est déployée. Les sonorités traditionnelles colombiennes ont apporté une douceur vibrante qui a suspendu le temps.  C’était comme si la mémoire d’un carnaval ou d’une fête de village avait soudain envahi  l’espace, nous rappelant la force d’un héritage musical toujours vivant. La rencontre entre ces instruments et les manipulations électroniques de Bclip donnait l’impression d’un dialogue fragile, mais puissant, où chaque note résonnait avec profondeur. 

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La dernière partie a tout emporté. Les rythmes se sont accélérés, les basses se sont épaissies, et RICO RICA a projeté sa voix dans un déchaînement électro-latin irrésistible. Guaracha, champeta, reggaetón mutant : tout s’est fondu dans une énergie  collective qui a fait exploser la foule. Ce final percutant, vibrant et dansant, n’était pas seulement une célébration musicale, mais une libération, moment où tradition et futurisme queer se sont rencontrés dans un même souffle incandescent.

Photo: Bruno Aïello-Destombes

ambient / art visuel / électro / Experimental

MUTEK | Quayola, Luce: mémoire, cognition, interprétation technologique

par Z Neto Vinheiras

On voit un être humain, mais Quayola n’est pas seul : la machine s’exprime aussi, comme une entité autonome, dans une co-création entre l’artiste italien et ce qu’il fait naître.

Quayola nous présente Luce, une œuvre audiovisuelle qui émerge de l’espace entre la mémoire, la cognition et l’interprétation technologique.

C’est un espace de réflexion : les images de l’Archivio Luce deviennent des glitchs impressionnistes, brouillant la perception du passé avec la fragilité du futur. L’ interaction entre les dichotomies est évidente dans l’approche soignée de Quayola – tradition et technologie, humain et machine, passé et futur, ancien et nouveau, figuratif et abstrait, opposition et équilibre.

Pourtant, se limiter au son et à l’image serait réducteur. L’œuvre fusionne des mondes distincts et propose une réflexion critique sur une réalité gérée par des algorithmes, remettant en question ce qui reste réel et humain à une époque où les machines et l’intelligence artificielle dominent, tout en explorant les nouvelles formes de perception, d’expérience et d’interprétation nées entre fascination et prudence face à la technologie.

Luce nous rappelle ce que nous avons en commun avec les machines : l’inévitabilité de l’erreur.

Photo: Vivien Gaumand

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électronique / Électronique

MUTEK | K-Phi-A – brises numériques organiques et mécanofluidité 

par Z Neto Vinheiras

Voilà un exemple très juste de la synergie entre l’humain et la machine, le trio K-Phi-A plie, tord, réinvente les limites entre l’organique et le virtuel et nous emmène dans ce portail – un voyage extatique d’exaltation sensorielle pure… et un festin pour le corps-machine.

Revival envahit non seulement la scène, mais aussi toute la pièce et l’intérieur de notre corps dans un mouvement et une collision perpétuel, se multipliant, s’étendant, mutant. Cette expérience en est une de renouvellement continu, qui pourrait faire référence à son titre. On y transmet une réalité dans laquelle nous vivons aujourd’hui, où l’information et même le temps voyagent à des vitesses qui dépassent notre compréhension rationnelle, tandis que nous en avons le souffle coupé – ce qui pourrait, là encore, faire référence à son titre ?

K-Phi-A explore et dissèque le potentiel de la relation créative entre l’intelligence humaine et l’intelligence artificielle dans un espace d’une spontanéité ultime. Ainsi, Revival est le résultat d’une composition audiovisuelle en temps réel et d’un dialogue dynamique avec des systèmes d’IA conçus pour que l’image réponde au son, pour que la machine réponde à l’humain et l’humain à la machine. Il s’agit là d’un écosystème très vivant, qui traverse les deux dimensions, à l’intérieur et à l’extérieur, et franchit les barrières – un mur devient alors une membrane extrêmement élastique.

K-Phi-A est composé de Keon Ju Maverick Lee, batteur électronique qui conçoit et improvise avec des systèmes d’IA ; Philippe Pasquier alias Monobor, chercheur et compositeur, se produit en live-électronique ; VJ Amagi conçoit et exploite des systèmes audio-réactifs et l’agent IA Autolume.

Photo : Vivien Gaumand

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électronique

MUTEK | Forêts imaginaires de RAMZi

par Marc-Antoine Bernier

Dans une atmosphère déjà fébrile, la compositrice montréalaise Phoebé Guillemot, alias RAMZi, a  ouvert la deuxième soirée de la série Métropolis au MTELUS . En première partie du légendaire DJ japonais Satoshi Tomiie, l’artiste a plongé le public dans un univers luxuriant où se sont entremêlés rythmes hybrides et paysages sonores surréels.

Depuis plus d’une décennie, RAMZi développe une mythologie musicale singulière, portée par son alter ego forestier, un esprit-animal qui veille sur un écosystème imaginaire à la fois passéiste et futuriste. Son dernier album, balmini, paru sous son label FATi, servait de matrice à cette performance : une mosaïque foisonnante où se croisent dub élastique, ambient quatrième monde et grooves post-tropicaux. 

Sur scène, Guillemot déployait une musique tantôt vaporeuse, tantôt entraînante, enrichie par les sonorités intrigantes de son Electronic Wind Instrument, sorte de saxophone numérique rappelant les expériences du trompettiste Jon Hassell. Ces souffles électroniques donnaient à l’ensemble une aura mystérieuse et tribale, renforcée par une voix transformée en petites incantations aiguës, presque enfantines, qui semblaient tout droit sorties d’un anime.

Le dispositif visuel accompagnait parfaitement ce monde parallèle : lasers et jeux de lumières baignaient la salle de palettes contrastées, passant de la chaleur des rouges et orangés aux atmosphères froides des bleus et magentas. 

En offrant ce set en constante mutation en guise d’ouverture, RAMZi a su instaurer une intensité poétique et immersive qui préparait idéalement le terrain pour la suite de la soirée. Une performance qui nous confirme son rôle incontournable dans le paysage électronique montréalais.

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techno

MUTEK | Aurora Halal : techno brute, un disque dur plein de motivation!

par Julius Cesaratto

Aurora Halal, originaire de Brooklyn, s’est produite sur scène lors de la soirée Métropolis 1, un programme dédié aux formes les plus physiques et hypnotiques de la musique électronique.

Connue pour être DJ résidente au Nowadays de New York, habituée des clubs emblématiques tels que Berghain et De School, Aurora Halal a balancé des fréquences sombres et mystérieuses à un public extrêmement réceptif.

Elle a commencé par une ouverture sobre, avec des textures ambient, remplissant progressivement la salle caverneuse du battement régulier des 808. Laissant la tension monter, elle a peu à peu fait bouger la foule avant de s’élever dans un flux fiévreux.

Alors que la piste de danse ondulait d’un côté à l’autre, totalement immergée dans les visuels puissants, Halal nous a plongés dans son fluide proverbial de techno brute, axé sur le disque dur et autres compléments technologiques, ce qui n’excluait en rien les touches sensuelles et oniriques. Les basses grondaient sous les couches de charlestons, les filtres et les motifs déformés ont fait grimper sa performance pour atteindre une frénésie que l’on peut qualifier de psychédélique. La foule explosait lorsque chaque couche se mariait aux kicks contagieux dans un barrage de sons électrisants et continus.

Des faisceaux lumineux traversaient l’espace du MTELUS, des effets visuels se métamorphosaient au-dessus de nos têtes, pendant que la musique d’Aurora Halal résonnait avec une force hypnotique. Chaque nouveau sédiment entraînait les danseurs vers la transe collective. Au pinacle du set, la piste était en pleine effervescence, emportée par une performance réaffirmant la présence de cette artiste puissante, désormais reconnue mondialement, après des années passées à faire ses preuves dans l’underground.

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classique indien / drone / électronique / hindoustani / jazz contemporain

MUTEK | Shackleton-Belmannu-Zimpel: élévation

par Alain Brunet

A/Visions se consacre généralement à des immersions interdisciplinaires où la musique, l’image vidéo, la scénographie et l’éclairage se fondent dans un tout. Cette fois, soit la dernière des six performances exécutées au Théâtre Maisonneuve au 26e MUTEK fut largement dominée par une musique d’exception menée par le Britannique Sam Shackleton, l’Indien Siddhartha Belmannu et le Polonais Waclaw Zimpel. Pur délice!

On ose croire qu’une majorité absolue de mutékiens.ne.s présent.e.s n’avaient pas fait l’expérience en direct de la musique classique indienne, encore moins de sa fusion avec l’électronique de pointe et le jazz contemporain. Trois mondes en un au service de l’élévation, avait-on observé à l’écoute délicieuse de l’album enregistré en 2023 par ces mêmes trois musiciens, In The Cell of Dreams.

La trame mélodique de cette heure et quart de très haute tenue se fonde sur la voix extraordinaire de ce chanteur basé à Bangalore, ville de science, de haute technologie et de  culture carnatique (partie méridionale de l’Inde). Or le discours mélodique de Belmannu s’inspire de ragas hindoustanis (partie septentrionale) que lui enseignent son gourou hindoustani. 

Les ragas ici évoqués sont des phrases mélodiques construites sur une charpente rythmique et un bourdon que produit normalement le tempura, sorte de petit harmonium utilisé dans la musique classique indienne. La puissance, le timbre, les échelles mélodiques, l’étendue du registre, la créativité improvisatrice, bref une grande virtuosité anime Siddhartha Belmannu, autour duquel ses comparses occidentaux honorent l’esthétique.

Car il s’agit bien d’une musique classique indienne modifiée, extrapolée, transgressée par ses contours qui viennent de l’Ouest; on n’y joue pas que des ragas mais aussi des compositions originales incluant des textes exprimés en anglais. Connu pour une grande diversité de référents et un souci compositionnel très au-dessus de la moyenne internationale, Shackleton fait ici preuve d’humilité en magnifiant le bourdon classique de la musique hindoustanie, car ses ornements polyphoniques se montrent discrets et sortent rarement de la linéarité intrinsèque du drone. L’épaisseur et la consistance de ce  bourdon inédit, force est de conclure, sont celles d’un maître. 

De son côté, Waclaw Zimpel ajoute des sons de synthèse au drone magnifique et aussi étoffe cette musique d’un contrepoint mélodique d’une clarinette d’inspiration jazz.  Voilà un équilibre exemplaire entre classicisme, tradition, vision contemporaine des musiques instrumentales et électroniques. Franchement top!

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électronique / expérimental / contemporain / improvisation libre / minimaliste

MUTEK | James Holden + Waclaw Zimpel, métamorphose permanente

par Alain Brunet

Waclaw Zimpel aura été l’une des plus cool invitations de ce 26e MUTEK. Clarinettiste de formation, usant surtout de la clarinette basse, il s’inscrit  deux fois dans mon top 10 des meilleurs sets présentés. Commençons par le set de mercredi dans le contexte du programme Nocturne 1 à la SAT.Le lien que le musicien polonais nourrit avec le producteur anglais James Holden est riche, j’ai eu de la chance de tenir le coup dans la nuit de mercredi à jeudi pour cette superbe prestation.

Ces mecs sont dans la quarantaine, ils ont acquis une belle maturité, leur parcours ayant été marqué par l’ouverture et la sophistication.

Solide technicien de la clarinette basse, particulièrement dans les techniques multiphoniques et à travers u=n vocabulaire inspiré du jazz contemporain, Zimpel n’axe pas son discours sur l’articulation mélodique de son instrument de prédilection (on ne peut donc en évaluer la virtuosité è ce titre) mais plutôt sur un discours mélodiquement minimaliste, linéaire et davantage axé sur une approche texturale de la musique. 

Sur ces valeurs partagées avec James Hoden, avec Holden, lui aussi capable de réinventer son style connu depuis ses débuts sur la place publique (IDM, trance, minimal techno) Waclaw Zimpel alimente un dialogue singulier. Enregistré en tandem, l’excellent opus The Universe Will Take Care of You nous donnait un avant-goût à ce set nocturne pour irréductibles, étonnamment nombreux en ce milieu de semaine. 

Sur place, on observe que Zimpel a installé des filtres pour son instrument acoustique, ce qui en modifie la sonorité naturelle. De plus, il actionne plusieurs autres éléments de ses dispositifs électroniques pendant que James Holden génère la trame rythmique de la conversation et en énonce les motifs mélodico-harmoniques répétés et décalés à la manière du minimalisme américain, et dont les notes de synthèse sont souvent étoffées par l’unisson ou le contrepoint de la clarinette. À la différence de l’album paru en juin dernier, le set live Holden/Zimpel révèle des improvisations forcément inédites qui en étoffent des structures compositionnelles plus costaudes, assorties d’aspérités, bref un relief différent que ce qu’offre l’enregistrement récent de leur tandem. On peut ici parler d’extrapolations variées du travail initial , puisque ce concert de nuit ne se voulait aucunement la reproduction fidèle de l’enregistrement qui le précède. Très apprécié au demeurant.

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