avant-pop / disco

POP MTL | Elle Barbara à l’heure de Word On The Street

par Marilyn Bouchard

C’est avec grâce et plaisir que la Montréalaise Elle Barbara était de passage au Rialto ce samedi 27 septembre, ouvrant pour les U.S Girls, afin de présenter un bouquet de compositions et de reprises inspirées.

L’artiste transgenre (autrefois Jeff Barbara) et ses musiciens ont ainsi rejoint leurs  fans pour une prestation décomplexée et remplie d’autodérision, frôlant parfois le burlesque. 

Vêtue d’une combinaison pastel moulante pairée à une longue chevelure brune, Elle a revu avec beaucoup d’humour son répertoire disco-pop, parfois psychédélique. Elle a insisté particulièrement sur les pièces de son plus récent album Word On The Street. Dans ce contexte, Elle a d’ailleurs créé une performance où Elle se marie à elle-même!

Également vidéaste, elle a aussi accompagné la pièce Hitler, Satan & Associates LLP par des images de son cru. Les chansons Justice Complice, Caramelized Onions, BBQ All-Dressed et Word on The Swing se sont elles aussi mariées à certaines relectures, dont l’une très sensuelle de Beat It qui n’a pas manqué de faire sourire  l’assistance. Enfin, elle a fait un clin d’œil à Délice Créole remixé, pour un début de soirée tout en rythmes et en couleurs où l’avant-garde était à l’honneur!

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Ambient Folk / électronique / folk expérimental

POP MTL | Jules Reidy, le fil d’une histoire mystérieuse

par Félicité Couëlle-Brunet

Vendredi soir à POP MTL, j’ai croisé par hasard l’univers de Jules Reidy, artiste de Berlin, originaire d’Australie.

Tout a commencé presque incognito. Après le concert de Una Rose, alors que la scène se vidait dans un va-et-vient de techniciens, une silhouette discrète déposait une guitare classique, puis une autre électrique, suivies d’un ordinateur et de quelques contrôleurs déposés sur une petite table centrale. Avec son allure modeste, on aurait juré qu’iel faisait partie de l’équipe technique.

Puis, les lumières s’éteignent. Silence. Jules revient, cette fois seul. Pas un technicien, mais bien l’artiste. Iel s’avance avec délicatesse, prend sa guitare électrique et se place devant le micro. Chaque geste est mesuré, tendre, presque timide. Peu à peu, une présence s’installe, subtile et magnétique.

La première note résonne. La voix se déploie, douce et narrative, comme un fil qui nous guide à travers une histoire mystérieuse. Derrière, des textures électroacoustiques se construisent graduellement : nappes étranges, enveloppantes, constantes, auxquelles la guitare répond avec une précision et une intention frappantes. Les deux univers s’emboîtent parfaitement, créant un équilibre hypnotique.

Des effets vocaux autotunés viennent se greffer, rappelant une pop dure et éthérée, dans la continuité de la soirée qui annonçait le set suivant, celui de Chanel Beads. Les boucles s’accumulent, ralentissant le temps, plongent la salle dans une transe douce. On n’écoute plus seulement de la musique : on flotte dans un espace suspendu.

Jules dépose sa guitare électrique, ajuste patiemment ses textures électroniques, avant de revenir avec l’acoustique. Plus brute, plus rugueuse, elle décale l’atmosphère, ajoutant une profondeur inattendue. Toujours avec grâce, toujours en prenant son temps, iel laisse chaque son respirer, chaque silence compter.

Et le public, captivé, se laisse happer par cette lente construction, comme si on assistait à une cérémonie intime où tout se déploie avec intention.

Un moment rare. Hypnotique. Touchant.

Jules Reily ne donne pas un concert : iel ouvre un passage, un espace où le temps devient émotion.

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latino / reggaeton

POP MTL | Nuit latine au Piccolo Rialto, presque torride

par Alain Brunet

On s’attendait à une nuit torride au Piccolo Rialto, jusqu’aux petites heures. Ce fut moins infernal que prévu. Le clou de cette nuit était Isabella Lovestory, dont on dit qu’elle vient de franchir le mur de New York où on s’apprête à la propulser encore plus haut.

Montréalaise originaire du Honduras, elle fait dans un reggaeton plus hardcore et souvent joué beaucoup plus rapidement, avec des effets sonores clairement atypiques malgré ses velléités pop. Isabella fait aussi dans la lourde évocation kitsch latino, vu ce look de midinette sexy se trémoussant aux quatre coins du rectangle scénique.

Plus rap que chant, sa dégaine vocale est certes enflammée, mais un tantinet brouillonne, échevelée, un peu perdue dans le maelström. Pas mal, on en convient, mais on attend les effets spéciaux! Avec un budget à la hauteur des prétentions de miss bombe, on remplacera les animaux gonflables, les ballons de Saint-Valentin et ce monde de toutous softcore ornant la scène, ceci incluant la principale intéressée. Mention spéciale à son excellente et très créative DJ, la New-Yorkaise ali rq, à suivre de près.

Une heure plus tôt, on s’était présenté au sous-sol du Rialto pour Jashim, qui brille dans l’underground montréalais pour ses déconstructions de reggaeton et sa posture non binaire afro-colombienne. Or, sa proposition sur scène a été plus convenue que ses enregistrements tout à fait rafraîchissants, pour leur originalité et leur aplomb. À peine une demi-heure passée sur scène, Jashim a quitté côté cour, après qu’une invitée sexy ait fait contrepoint avec son look beaucoup plus neutre, assurément non genré.

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art-rock / expérimental / contemporain / J-pop / noise / pop psychédélique

POP MTL | TEKE::TEKE encore et toujours inclassable

par Marilyn Bouchard

La formation montréalaise TEKE::TEKE a présenté un concert à la hauteur des attentes de son public déchaîné, ce vendredi 26 septembre au Théâtre Rialto dans le cadre de son passage à POP MTL. Présentant un assemblage de sa discographie inspirée, ils sont passés par leurs albums Hagata, Shirushi et même Jikaku (EP), sans oublier la favorite Ezio’s Family, se retrouvant sur le nouveau Assassin’s Creed. 

Costumes flamboyants, masques excentriques,  projections de figures géométriques ou nuageuse: on aura compris que les sept complices ont offert une prestation déjantée où l’énergie était au maximum, autant sur scène que dans l’assistance. 

On a eu droit à des solos originaux de Yuki Isami à la flûte traversière, à une partition complexe d’Étienne Lebel au trombone et à quelques moments de puissance brute de la part de Maya Kuroki au chant, qui était magnétique.  Inspiration japonaise… inclassable !

Habitant la scène comme sa maison, tantôt dansant de manière contemporaine et tantôt criant dans le mégaphone, elle nous a emmenés visiter les pièces Meikyu, Setagaya Koya et Ai No Kozuna avec passion. 

Devant un plus ou moins millier de personnes qui s’éclataient sur la piste, le Rialto s’est transformé en un lieu de transe festive, digne des plus gros festivals.

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punk / rock

POP MTL | Kasador met le feu au décor

par Marilyn Bouchard

Les quatre amis de Kingston n’ont pas attendu longtemps pour mettre le feu aux planches à l’Hémisphère Gauche ce jeudi 25 septembre dans le cadre de POP MTL. C’est devant un public d’une trentaine de personnes et un fond de scène noir à l’effigie de leur nom que les artilleurs de Kasador, porteurs du rock&roll ontarien, ont ouvert leur prestation de fin de soirée.

Ils ont d’emblée réchauffé l’atmosphère avec Youth, posant tout de suite le ton déjanté et l’énergie survoltée de leur passage. Ils ont enchaîné des extraits de Broad & Bloom, Youth et de leurs plus récents EP Kasador I et II avec intensité, passant par Could’ve Loved You, Talk About It et Skeleton Park.

Le plaisir et la complicité entre les membres était palpable et Cameron, visiblement amusé, nous a offert quelques coups de pied dans les airs bien sentis pour marquer les accents du jeu percussif à Stephen. À mi-chemin, la foule a commencé à se dégourdir avec eux juste à temps pour les plus dansantes, culminant avec R.I.P. Me Down pour une finale attendue. Un concert court mais électrisant, qui nous a fait oublier la pluie en nous offrant 45 minutes d’émotion brute et de rock gentil.

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americana / folk-rock

POP MTL | The Codas se font de nouveaux amis

par Marilyn Bouchard

Tout en douceur que The Codas, invités par POP Montreal dans le cadre de leur Counterfeit Cowboy Tour, se sont embarqués sur la scène de l’Hémisphère Gauche ce 25 septembre. De Kingston en Ontario, tout comme leurs amis de Kasador, leur apparition relativement nouvelle (2019) ne leur enlève en rien la place de choix qu’ils ont su se tailler sur la scène indépendante canadienne. 

Ils ont puisé dans le matériel de leurs EPs Chasing Sun et Is This Us en ne laissant de côté aucune des plus appréciées du public : Habit, One Foot out the Door et Eyes Closed étaient sur la liste. 

À travers les singulières chansons folk-rock teintées d’americana, le public de prime abord timide s’est rapproché, devenant captivé et attentif à leurs riches harmonies vocales et à la sensibilité charismatique de Braden. 

Les musiciens nous ont également surpris avec deux récents extraits, soit Last Call et Poison, rendant ce passage unique pour les fans des premières heures. On a eu droit à un solo inspiré, à des arrangements-surprise de violon électrique, ainsi qu’à plusieurs beaux moments à trois voix qui valaient le détour.Avec cette prestation empreinte d’émotion et de mélodies hypnotiques,  The Codas n’ont  pas manqué de séduire de nouvelles oreilles et de bercer Montréal.

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folk-rock / indie pop / pop-rock

POP MTL | Erika Hagen incante les fantômes au Rialto

par Florence Cantin

En première partie de Michel Pagliaro, j’ai découvert Erika Hagen et son premier album solo, Pouvoirs magiques, sorti en avril dernier. Une jolie succession de premières fois pour un mercredi soir — c’est un peu ça, au fond, Pop Montréal.

Au yiable ceux qui boudent les premières parties.

Dans ce nouveau projet, l’ardeur du punk croise la rugosité du folk-garage, le tout porté par une base rock et indie-pop. La poésie de Hagen se dessine plus particulièrement dans le relief entre résistance et tendresse nostalgique. C’est un monde où les fantômes sont des amis, qui se glissent gentiment entre les murs de nos appartements. Les pouvoirs magiques n’existent pas, malgré toutes nos superstitions et bonnes intentions. Les femmes sont libres de crier, cracher, casser, courir et bien plus encore.

Les riffs oniriques sont complètement magnifiés par la basse de Louis-Solem Pérot. Il sert les chansons avec une agilité pop rare, exploitant la simplicité des notes pour ajouter une texture qui ajoute une richesse à l’ensemble. Puis il y a une espièglerie éclatante dans le jeu de Hagen. Elle nous surprend au détour de ruptures de rythme inattendues. Sa manière singulière de s’adresser au public nous tient en haleine.

Je pense notamment à Anita, une chanson dédiée à sa grand-mère disparue : « Anita, tu ne reviendras pas, tu traînes ta jupe de laine dans toutes les villes européennes. » Au-delà de la musique, la gorge nouée par l’émotion, elle nous présente des portraits et des histoires qui entrent par l’oreille, et bientôt, on se surprend à les voir se dessiner devant nos yeux. La virtuosité de sa plume y est pour beaucoup. Elle est superbe à voir en concert.

Photo: Louis Longpré

darkwave / EDM / électro-punk

POP MTL: Slash Need: Pas de scène, pas de chaises, pas de frontières..

par Loic Minty

La foule s’est formée en un large demi-cercle autour de Slash Need, maintenue à distance par la présence volcanique du chanteur Dusty Lee. Ils marchaient sur des charbons ardents à la périphérie, soutenant de leurs yeux écarquillés le regard médusé du public. Derrière eux, ce qui ressemblait à un savant fou (Alex Low) avec des lunettes d’aviateur tournait les boutons de filtres stridents, transformant les basses acides en grognements animaliers. C’était un ensemble primordial, mêlant sensualité et colère non seulement à travers leur musique, mais aussi dans leurs tenues et leurs performances audacieuses. L’un des membres a traversé la foule avec des lampes de poche et un bas sur la tête, aveuglant les appareils photo des téléphones et nous captivant dans l’instant. Il était clair qu’il n’y avait pas d’échappatoire. Un extrait a retenti après leur premier morceau : « Vous êtes venus ici pour vous amuser, pour danser ? Eh bien, c’étaient les derniers. »

C’était un rappel bienvenu que la musique ne sert pas seulement à divertir ou à vendre. Slash Need est tout sauf un anesthésiant ; ils sont ce qu’ils disent. Et dans un monde où l’identité est affichée avec trivialité, ils portent le flambeau de groupes comme Suicide ou Pussy Riot, qui ont tourné le dos à la sympathie pour créer quelque chose de réel. Juste parce que, pourquoi pas ?

Malgré leur côté combatif, leur performance était accueillante et ouverte à la physicalité du corps. Tout le monde dansait, au moins dans une certaine mesure, sur les lignes de basse séquencées et les rythmes contagieux de la boîte à rythmes. Entre cela et les paroles qui criaient littéralement « ressentez votre corps », l’expérience tout entière constituait une prise de conscience profonde. Au final, le message était plutôt positif. Derrière une interprétation violente se cachait une tendre attention pour le public, le désir de le sortir de sa cage mentale.

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dance / électro-indie / funk psychédélique / jazz-fusion

POP MTL: Un bar clandestin à mille kilomètres sous terre en Europe avec TUKAN

par Léa Dieghi

Hier soir au Bar Le Ritz PDB, TUKAN a pris son envole sur la scène québécoise, déployant un assemblage de plumes-sonorités multicolores. Et c’’est dans le cadre de POP Montréal 2025 que le groupe bruxellois, composé de ses quatre membres, est venu agiter le dancefloor montréalais. 

Le concert, ouvert en première partie par le groupe canadien Poets’ Workout Soundsystem, a commencé en fureur. Ce groupe, très mystérieux sur les réseaux sociaux, est un secret bien gardé de la scène musicale Montréalaise. Performant le minimalisme dans la mise en scène (deux personnes, un projecteur, un micro, une boîte à rythmes, un tracksuit), c’est dans l’énergie d’une poésie contestataire que le Bar le RitZ PDB s’est plongé. Les beats sont aussi simples que la scénographie, mais ce qui compte, c’est le message. La résistance, l’anticapitalisme, la communion. Qu’on apprécie ou pas le format, le message semble, de nos jours, provenir d’un sentiment que beaucoup partagent. Un message nécessaire: Nous ne sommes pas seules, même dans le chaos de cette société qui semble tous nous diviser. Ce slam crié, sur fond électronique, a été une sorte de début de catharsis avant le show de TUKAN, qui, rapidement, a pris le relais. 

Batterie, synthétiseurs, guitare, piano, machines analogues… TUKAN, c’est le point de rencontre entre quatre individus, entre différentes sonorités, instruments, genres, mais aussi entre eux, et nous. Au fur et à mesure de la performance, le public ne peut rester stoïque face à la complicité  des membres, qui se traduit en musique. Ils semblent communiquer par le son, l’un parle, l’autre répond. Les sons s’enchaînent avec une certaine simplicité, et bientôt, c’est comme si on était projeté loin du continent nord-américain. Cette performance a l’hybridation entre le jazz, le post-rock, le psychédélique, et la musique électronique, nous projette dans un speakeasy à mille lieux sous terre en Europe. 

Lumière tamisée, corps dansant, quatre artistes passionnés, sublimés. C’est groovy, dansant, parfois transcendantal et planant.  On sent définitivement la touche européenne au sein de ce croisement des genres. Jouant plusieurs de leurs titres de leurs derniers albums Human Drift, sorti en 2025, ainsi que des plus anciens, ils nous ont baladés dans leur univers le temps d’une soirée. Et pendant un instant, l’Europe m’a manqué. Heureusement que la musique s’exporte, et que ces artistes ont la possibilité de venir jouer, dans le cadre d’un festival, ou non, ici, chez nous, à Montréal. C’était TUKAN live pour POP MTL, et c’était bon, vraiment bon!

rock / rock n' roll

POP MTL | Pag au Rialto, coolitude éternelle

par Florence Cantin

Mercredi soir, on entre au Rialto comme on descend dans un sous-sol d’église. L’ambiance ressemble à celle d’une assemblée clandestine. À peine une poignée de spectateurs s’était déplacée pour la première partie d’Erika Hagen, puis est restée pour Michel Pagliaro… Le public bigarré, allant de la vingtaine à l’octogénaire, est cordé sur deux rangées de chaises disposées en demi-lune. Pris d’une nervosité parasociale, tous attendent avec fébrilité de voir si leur souvenir de Pag correspondra à la prestation qui allait imminemment commencer.

« Voyons, j’ai l’impression d’être dans le Grand Canyon », lâche Pag, contrarié par le son, avant de passer complètement à autre chose. « C’est ça le rock and roll ! », ajoute-t-il, présentant son groupe avant même la première note.

Pas de mauvaise surprise. Fier derrière ses lunettes de soleil, Pag est fidèle à lui même, légendaire et tout en voix. Après la troisième chanson, Dangereux, l’ambiance se réchauffe. Le Rialto se remplit. Les sédentaires abandonnent leur siège pour rejoindre l’avant-scène. Ça sonne comme une tonne de brique, setlist de béton, juste des hits, évidemment. Tant mieux pour nous puisque dans le style, toute forme de demi-mesure est prohibée.

Le guitariste Corey Diabo connaît toutes les notes. Les messieurs font de l’air guitare, espérant accrocher le regard de Diabo au détour de ses nombreux solos. Le plus fringant d’entre eux sourit : « Il faut se détendre et se laisser aller, la jeunesse ! ». L’invitation à la danse est sans équivoque. Je les joins.

Loin des émeutes de Jonquière, l’armée ne s’est pas invitée cette fois-ci. Cinquante ans plus tard, moins de bière vendue, mais des chansons qui, comme la face à Pag et sa voix, portent joliment les marques du temps.

Photo: Charles-Antoine Marcotte

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Afrique / haïtien / kora

Jean Jean Roosevelt et Ballaké Sissoko : une connexion Haïti-Mali

par Sandra Gasana

Ce n’est pas souvent que les communautés africaines, aussi diverses soient-elles, et la communauté haïtienne se retrouvent dans le même espace pour un spectacle. Eh bien, c’était le cas hier soir, lors du concert au Balattou mettant à l’honneur l’artiste haïtien Jean Jean Roosevelt et son invité spécial Ballaké Sissoko, un virtuose de la kora originaire du Mali.

La soirée a d’abord débuté avec un volet solo de Jean Jean Roosevelt en mode guitare-voix, durant lequel il a joué « Dessine ta destinée ». Clairement, son fan club était bel et bien présent au Balattou puisqu’on les entendait chanter sur les morceaux les plus populaires de l’artiste comme « Agoye » ou encore « Acclimatisation ».

« Ce soir, je ne suis pas seul, j’ai l’honneur d’accueillir Ballaké Sissoko », annonce-t-il devant une salle en ovation, avant d’entonner « L’Île de Gorée ». Très humblement, le maitre de la kora s’est installé devant son instrument, avant de le mélanger à la guitare de Jean Jean. Le temps était suspendu, le silence régnait dans la salle de spectacles, mis à part quelques spectateurs bruyants qui dérangeaient leurs voisins à proximité.

À plusieurs reprises, Jean Jean faisait participer le public qui se prêtait plutôt bien au jeu. Il est l’un des rares artistes qui a contribué au rapprochement entre les peuples africains et le peuple haïtien. Cette initiative en est un exemple concret. On sentait la complicité entre les deux artistes et par moments, Ballaké émettait des sons comme « yeah », lorsque Jean Jean chantait, semblant approuver ce qu’il entendait.

Puis, est venu le tour de Jean Jean de nous laisser avec Ballaké afin qu’il ait également son moment solo. Et c’était reparti pour une session de planage. Son doigté sur les cordes de la kora était tout à fait éblouissant et berçant à la fois, ses mouvements de corps allant aux rythmes des sonorités émises par son instrument.

Mon moment préféré restera la chanson dans laquelle il rend hommage à sa fille de 13 ans, Maimouna, née prématurément. On ne voulait pas que le morceau s’arrête et lorsque c’était le cas, la salle s’est mise debout pour une deuxième ovation.

« Derrière ce concert, il y a une femme qui a rendu tout cela possible. Elle connaissait Ballaké, elle nous a mis en contact, et aujourd’hui nous sommes là ! », nous a raconté Jean Jean entre deux chansons, avant de nous présenter une certaine Nadine.

Le concert a terminé avec un retour en formule duo des deux artistes, entre guitare et kora, et cette fois-ci Jean Jean avait deux micros à sa disposition passant de l’un à l’autre selon les effets souhaités. Dans la chanson « Libres ensemble », il insère d’ailleurs le lingala, la langue parlée en République démocratique du Congo, autre indicateur de la curiosité et de l’ouverture artistique de l’artiste. Il semblait d’ailleurs très ému après la chanson qui lance un appel aux Africains afin qu’ils visient Haïti. Il a terminé en force avec « Pinga » qui a fait bouger le Balattou avant de clôturer la soirée. Tous les amateurs de kora et de musique ouest-africaine en général étaient présents et se sont rués vers Ballaké Sissoko pour des photos alors que le fan club de Jean Jean se pressait pour aller saluer leur artiste préféré. On devrait avoir plus de ces espaces de communion entre l’Afrique et Haïti, plutôt que de les percevoir comme des silos. Une chose est sûre: Jean Jean Roosevelt sera un des précurseurs.

Crédit Photo: Peter Graham

danse / musique contemporaine

Sororité bienveillante des Veilleuses à la salle Bourgie

par Frédéric Cardin

Neuf femmes sur scène, dans une sorte de grande geste théâtrale où sont évoquées toutes les facettes d’une sororité riche et complexe. De la bienveillance (surtout) à l’abandon, de l’exclusion à la réconciliation. 

Les Veilleuses, de Simon Renaud (chorégraphie et conception) et Romain Camiolo (musique) se sont donc levées mercredi soir à la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal. Une rare incursion de la salle de musique classique dans l’univers de la danse (la première? Je ne peux le confirmer…), mais une bien belle réussite. Il faut dire que le spectacle des Veilleuses est autant chorégraphique que musical. Six des neuf interprètes sont des chanteuses dans la vie : Marie-Annick Béliveau, Salomé Karam, Kathy Kennedy, Elizabeth Lima, Hélène Picard et Ellen Wieser. Celles-ci ont fait équipe avec les danseuses professionnelles Marie-Hélène Bellavance, Nasim Lootij et Ingrid Vallus. 

On n’a bien sûr pas demandé aux danseuses de chanter pleinement, ni au chanteuses de faire des contorsions trop acrobatiques, mais la mise en espace avait manifestement pour but d’intégrer toutes les participantes à une seule communauté, celle de ces femmes de plusieurs tailles et gabarits, quoique pas trop hétérogènes. De manière assez abstraitement suggestive, ces femmes ont parcouru l’heure et quelques du spectacle pour exprimer différents états d’âme et surtout les moyens de les affronter ensemble, parfois désunies, ou de les partager entre toutes. 

La pièce est déclinée dans un rythme lent et mesuré. Ces femmes évoluent dans un monde de ressenti mutuel qui prend le temps de s’exprimer et d’être accueilli. C’est la musique qui sert de puissant liant de l’ensemble psycho-émotionnel du spectacle, en appui à la cohérence visuelle des costumes, soit des robes de différentes teintes chromatiques liées au jaune-orangé-brun-ocre. La dite musique, toute vocale (sinon un drone électro préenregistré agissant comme coussin harmonique) et essentiellement tonale, est bien entendu interprétée par les chanteuses du groupe, qui agissent à la fois comme l’incarnation émotionnelle de chaque unité individuelle mais aussi comme coalescence de la relation de groupe. La partition de Camiolo est belle et semble progresser, du moins c’est l’impression que j’ai eue, selon une évolution chronologique historique. 

Au tout début, les voix prennent une apparence collective de chœur grec, dans une expression de type modal qui évoque subtilement quelque chose de très ancien, peut-être archaïque. Plus loin, on entend quelque chose comme un air médiéval. Plus loin encore, ça se rapproche de la chanson folk ou populaire. Mais ce sont là des moments brefs, émergeant d’une trame plus ample et soutenue de longues lignes mélodiques qui ne déplairaient pas à plusieurs compositeurs ou compositrices actuels faisant dans le choral néo-mystique. À quelques reprises, les harmonies se resserrent, jusqu’à saturation et grincement rugueux. C’est dans ces moments, comme le soulignait le compositeur dans l’entrevue que j’ai réalisée avec lui et le chorégraphe à propos du spectacle (ENTREVUE À ÉCOUTER ICI) que les femmes de cette sororité symboliste semble s’éloigner les unes des autres et dissoudre leurs liens. La tactique est simple, mais efficace. 

En fin de compte, Les Veilleuses est un regard assez juste et poétique sur la force, mais aussi sur les périls, d’une communauté féminine qui a, depuis des millénaires maintenant, dû se serrer les coudes devant l’adversité et se donner la main dans les épisodes lumineux. 

Les Veilleuses est un spectacle beau et complet, complexe mais pas hermétique, et surtout parfaitement adapté à une large possibilité d’engagements : dans des festivals de danse comme de musique ou de propositions transdisciplinaires. Un lancement parfaitement adéquat pour la série Arts croisés de la salle Bourgie.

Les Veilleuses est une coproduction de Amour Amour, la Salle Bourgie, Chants Libres et Corpuscule Danse.

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