baroque / folklore

Caprice au 9e | Telemann à la rencontre des musiques nomades

par Alain Brunet

Au cœur de la période baroque, l’Allemand Georg Philipp Telemann fut parmi les rares musiciens sérieux à faire fleurir son art sans le soutien direct d’une cour royale. Pour gagner sa vie, il entreprit notamment de se produire dans maintes contrées du continent européen, au-delà de l’espace germanique dont il était issu. Il croisa alors nombre d’artistes itinérants en Europe de l’Est, porteurs de traditions orales de qui il s’était ouvertement inspirés.

Voilà qui explique ce programme hybride présenté mardi dernier au 9e du Centre Eaton, par l’ensemble Caprice en version de chambre, c’est-à-dire en octuor incluant la soprano Janelle Lucyk. 

Fa mye mama, d’un compositeur inconnu, fut l’entrée joyeuse du concert, suivie de la Cantata Ertage nur das der Mängel, typique chant baroque entonné bellement par Janelle Lucyk.

Caprice enchaîna ensuite une série d’arias chéris jadis, tirés de la Collection Uhrovska 1730, manuscrit de pièces de danse d’inspiration tzigane pour violon composées anonymement en Hongrie et en Slovaquie au 18e siècle. Les arias Modéré, Pulcher, Anglicus, et Ballet Doctoris Fausti ad mensam, furent assortis d’un air aux paroles françaises, air interprété par le ténor (et guitariste) Kerry Bursey afin d’évoquer les résidences de Telemann en territoire français. Cette exécution sera ensuite  liée aux vocalises élégantes de sa collègue Janelle Lucyk, précédant un court moment festif et folklorique, ponctué par la percussion.

Le concert se poursuivra avec un aria de Telemann, Brecht meine müden Augenlider TWV4:17. Exécuté sur un rythme lent, le chant de la soprano est alors bercé par les flûtes et les cordes, à la manière de vagues qui concluent leurs ondulations sur le rivage. L’intensité dramatique de cette pièce atteint son sommet environ aux deux-tiers de l’exécution. vocalises à l’appui, et s’adoucit à la fin de l’œuvre. On y apprécie la polyphonie engendrée par les violons baroques (Lucie Ringuette et Tanya Laperrière), le violoncelle baroque (Jean-Christophe Lizotte), les flûtes (Matthias Maute et Sophie Larivière).

Entre deux pièces, le chef Matthias Maute évoque les voyages de Georg Philipp Telemann, polyglotte et voyageur insatiable, à la rencontre des musiciens nomades de qui il s’est profondément inspiré… et qui étaient associés au péché par les autorités cléricales de l’époque.

On goûte alors au très beau et typiquement baroque Concerto de Telemann en mi mineur pour flûtes (à bec et traversière), cordes et basso continuo. Voilà une belle plongée au 18e siècles en 5 courts mouvements, c’est-à-dire lorsque les flûtes de bois se liaient aux cordes des ensembles petits et grands.

Le reste du programme sera constitué de trois pièces tirées de la Collection Uhrovska 1730. On se souviendra du chant déambulatoire de Janelle Lucyk, qui arpentera les rangées, se mêlant ainsi au public attentif pendant l’exécution de Netrap zradna, suivie de Hungaricus 15, le tout coiffé d’une finale festive avec Iag Bari. Très jolie conclusion en trois temps, pendant laquelle Ziya Tabassian nous aura servi une démonstration de sa virtuosité au tambour sur cadre qu’il actionn avec les doigts de ses deux mains.

 « Écouter ces musiciens pendant une seule semaine fournit de l’inspiration pour le reste d’une vie », aurait affirmé le compositeur allemand à l’époque, cité par Matthias Maute. On se dit alors que ce mode de vie et cette ouverture aux musiques nomades avait assurément séduit les protagonistes du renouveau baroque dans les années 60-70, sensibles à la contre-culture hippie de l’époque.

électronique / Experimental

SAT | Between Dreams: quand écouter devient dormir

par Loic Minty

Je me suis réveillé à 20h, vingt minutes après la fin de la représentation. Dans n’importe quel autre contexte au S.A.T., le fait que je m’endorme à la fin d’une représentation aurait signifié un échec cuisant pour l’artiste, mais dans Between Dreams, c’était tout le contraire. Comme je m’étais entretenu avec l’artiste Claire Kenway plus tôt dans la semaine, elle m’avait expliqué que le projet avait justement pour but d’induire le sommeil.

Je suis arrivé avec un corps fatigué par le froid, prêt à céder enfin à mes précédentes luttes contre les poufs de la S.A.T.

Le film a commencé dans une teinte orange chaude qui a envahi la salle. Au cours des cinq premières minutes, ma lucidité a été balayée par des vagues imperceptibles de couleurs dégradées et de bruit ; au cours des quinze suivantes, mes yeux n’ont pas pu suivre, et la concentration s’est transformée en sensation. La chaleur s’est lentement glissée dans des violets et des bleus profonds, puis dans un décor de nuit étoilée sur lequel des systèmes de particules ont commencé à évoluer en une géométrie harmonieuse.

Si le dôme peut se révéler impitoyable lorsqu’on ne saisit pas son immense vide, Claire Kenway et Patrick Trudeau semblent avoir compris la tâche qui leur incombait. Les relations entre le son et l’image formaient une magnifique concomitance, une synchèse entre la lenteur et des gestes ondulatoires qui, très rarement, dépassaient les limites de notre propre imagination. Des échos spatialisés rebondissaient sur les murs, masquant les enregistrements sur le terrain aux aigus coupés et les fréquences sous-harmoniques lancinantes qui teintaient l’espace. L’expérience dans son ensemble semblait s’intégrer naturellement à l’environnement et était agréablement accueillante.

Suite à ma conversation précédente avec Kenway, je me posais des questions sur la manière dont les représentations abstraites de l’« architecture du sommeil » et les modèles statistiques se traduiraient dans le dôme. Bien que cela n’atteigne pas le degré de précision d’une partition de Xenakis, la musique offrait une plus grande liberté esthétique, ce qui nous a probablement épargné une descente atonale de 40 minutes vers la folie (voir Persepolis). Néanmoins, la musique conceptuelle se situe à un délicat croisement entre un contenu émotionnellement accessible et intellectuellement stimulant.

Between Dreams penche vers la première. Si certains éléments de hauteur et de temporalité créaient des liens importants avec les références scientifiques sous-jacentes, il manquait de détails sur la manière dont cela s’appliquait à la texture et à la composition. En même temps, cela pourrait être un biais lié à la tentative de déchiffrer les abstractions visuelles à l’échelle quantique de Patrick Trudeau. Je me demande donc : le son peut-il représenter ce type de complexité ?

L’expérience n’en resta pas moins profondément mémorable, et je m’en suis réveillé inspiré, et plutôt heureux de savoir que je devrais revivre tout cela pour écrire sur la dernière partie du film.

Between Dreams n’« explique » peut-être pas la science, mais il s’inscrit parfaitement dans son espace affectif. Ce film de 40 minutes constituait un prologue prometteur au concert de huit heures qui se tiendra le 10 avril, et confirme que leur formule du sommeil, bien qu’encore assez mystique, fonctionne à merveille.

expérimental / contemporain / improvisation libre

Semaine du Neuf | Suite et fin dans l’improvisation totale

par Alain Brunet

La Semaine du Neuf s’est conclue dimanche sur un concert d’improvisation libre, gracieuseté de Limules et No Hay Banda, voilà un signe des temps puisque ce qui fut longtemps associé aux musiques dites contemporaines était un prolongement de la culture occidentale de souche européenne,et donc de ladite musique classique radicalement transformé au fil des 100 dernières années. La pratique de l’improvisation avait été progressivement abandonnée en Europe au 19e siècle, la revoilà de plus en plus intégrée au corpus des musiques de création, bien au-delà du jazz (longtemps méprisé par le monde classique) et des formes plus simples que sont le blues ou le rock.

À mon sens, la meilleure partie de cette soirée dominicale du 15 mars fut la première, malgré les carences de la sonorisation dans un contexte de ténuité volontaire. Les sons émanant de la clarinette (Xavier Charles), de la basse électrique et objets sonores (Éric Normand), du piano  (Barbara Dang), de la batterie (Peter Orins), de l’électronique (Anne-F Jacques) se sont fondus dans un long continuum dont il fallait s’imprégner dans un contexte pas tout à fait idéal à l’entreprise. M’étant déplacé pour photographier l’exécution , j’ai constaté que le son était nettement plus intelligible à proximité de la formation installée sur le flanc droit de la Sala Rossa. Il eut donc fallu une amplification plus adéquate pour rendre justice à cette impro collective. Mais bon, on a pu quand même se laisser imprégner de cette proposition aux vertus hypnotiques.

En deuxième partie, No Hay Banda: nadie nos quita lo bailado, un concept de la Colombienne Ana María Romano Gómez , compositrice, artiste sonore et artiste interdisciplinaire. Ainsi, la musicienne a lié son expertise aux improvisateurs.trice réunis par No Hai Banda : Pablo Jiménez, contrebasse, Lori Freedman, clarinette basse, Noam Bierstone, percussions + électronique, Daniel Áñez, ondes Martenot. Les trames de la compositrices devaient alors fusionner avec l’improvisation. Puissants effets de réverbération au programme, enregistrements de manifestations anti-impérialistes passés dans plusieurs « tamis » électroniques et autres fréquences diverses mises de l’avant par la compositrice et improvisatrice. L’équilibre entre sons électronique et exécution instrumentale a fait l’objet d’une d’une spatialisation suscitant cette question : comment sonoriser idéalement une proposition non instrumentale et ainsi fusionner idéalement avec les humains qui actionnent  en temps réel des machines à sons mises au point avant (ou bien avant) l’époque actuelle? Quelle était la balance recherchée dimanche ? Ce fut une question difficile à répondre en ce qui me concerne, car je m’intéresse aux propositions de fusion électronique-instrumentale depuis belle lurette, et il m’apparaît encore complexe d’aboutir à un alliage concluant.

Nous aurons d’innombrables occasions d’en débattre au fil des prochaines Semaines du Neuf, dont le Vivier peut se targuer d’avoir réussi sa 3e édition. 

Publicité panam
baroque / folklore

Caprice au 9e | Telemann à la rencontre de la musique nomade

par Alain Brunet

Au cœur de la période baroque, l’Allemand Georg Philipp Telemann fut parmi les rares musiciens sérieux à faire fleurir son art sans le soutien direct d’une cour royale. Pour gagner sa vie, il entreprit notamment de se produire dans maintes contrées du continent européen, au-delà de l’espace germanique dont il était issu. Il croisa alors nombre d’artistes itinérants en Europe de l’Est, porteurs de traditions orales de qui il s’était ouvertement inspirés.

Voilà qui explique ce programme hybride présenté mardi dernier au 9e du Centre Eaton, par l’ensemble Caprice en version de chambre, c’est-à-dire en octuor incluant la soprano Janelle Lucyk. 

Fa mye mama, d’un compositeur inconnu, fut l’entrée joyeuse du concert, suivie de la Cantata Ertage nur das der Mängel, typique chant baroque entonné bellement par Janelle Lucyk.

Caprice enchaîna ensuite une série d’arias chéris jadis, tirés de la Collection Uhrovska 1730, manuscrit de pièces de danse d’inspiration tzigane pour violon composées anonymement en Hongrie et en Slovaquie au 18e siècle. Les arias Modéré, Pulcher, Anglicus, et Ballet Doctoris Fausti ad mensam, furent assortis d’un air aux paroles françaises, air interprété par le ténor (et guitariste) Kerry Bursey afin d’évoquer les résidences de Telemann en territoire français. Cette exécution sera ensuite  liée aux vocalises élégantes de sa collègue Janelle Lucyk, précédant un court moment festif et folklorique, ponctué par la percussion.

Le concert se poursuivra avec un aria de Telemann, Brecht meine müden Augenlider TWV4:17. Exécuté sur un rythme lent, le chant de la soprano est alors bercé par les flûtes et les cordes, à la manière de vagues qui concluent leurs ondulations sur le rivage. L’intensité dramatique de cette pièce atteint son sommet environ aux deux-tiers de l’exécution. vocalises à l’appui, et s’adoucit à la fin de l’œuvre. On y apprécie la polyphonie engendrée par les violons baroques (Lucie Ringuette et Tanya Laperrière), le violoncelle baroque (Jean-Christophe Lizotte), les flûtes (Matthias Maute et Sophie Larivière).

Entre deux pièces, le chef Matthias Maute évoque les voyages de Georg Philipp Telemann, polyglotte et voyageur insatiable, à la rencontre des musiciens nomades de qui il s’est profondément inspiré… et qui étaient associés au péché par les autorités cléricales de l’époque.

On goûte alors au très beau et typiquement baroque Concerto de Telemann en mi mineur pour flûtes (à bec et traversière), cordes et basso continuo. Voilà une belle plongée au 18e siècles en 5 courts mouvements, c’est-à-dire lorsque les flûtes de bois se liaient aux cordes des ensembles petits et grands.

Le reste du programme sera constitué de trois pièces tirées de la Collection Uhrovska 1730. On se souviendra du chant déambulatoire de Janelle Lucyk, qui arpentera les rangées, se mêlant ainsi au public attentif pendant l’exécution de Netrap zradna, suivie de Hungaricus 15, le tout coiffé d’une finale festive avec Iag Bari. Très jolie conclusion en trois temps, pendant laquelle Ziya Tabassian nous aura servi une démonstration de sa virtuosité au tambour sur cadre qu’il actionn avec les doigts de ses deux mains.

 « Écouter ces musiciens pendant une seule semaine fournit de l’inspiration pour le reste d’une vie », aurait affirmé le compositeur allemand à l’époque, cité par Matthias Maute. On se dit alors que ce mode de vie et cette ouverture aux musiques nomades avait assurément séduit les protagonistes du renouveau baroque dans les années 60-70, sensibles à la contre-culture hippie de l’époque.

expérimental / contemporain / Multidisciplinaire / Musique de création

Semaine du Neuf | (MTL X Monterrey) + (saxes + danse) = Le souffle des corps

par Jeremy Fortin

Une collaboration entre compositeur et chorégraphe où la musique et la danse ne font qu’un, voilà ce qu’ont suggéré deux quartettes, un constitué de saxophonistes et un autre de danseurs.euses. Quasar présentait mercredi le fruit de sa collaboration avec l’École supérieure de musique et de danse de Monterrey.  Dans une salle comble, les dix artistes (4 musiciens et 6 danseurs) ont su immerger le public dans leur univers pour la première canadienne de ce concert Le souffle des corps.

Du compositeur mexicain Alejandro Padilla et de la chorégraphe québécoise Danièle Desnoyers, Ouverture  marque le début du programme. Dans le noir, on entend des coulisses  le souffle des saxophonistes. Se faisant parallèlement aux danseurs, leur arrivée sur scène se produit dans ce souffle saccadé des instrumentistes. Alors que les danseurs effectuent leurs mouvements en réaction aux attaques à l’air des saxophonistes, la pièce s’intensifie avec l’arrivée des slaps, ce qui génère des mouvements encore plus soudains du côté des danseurs. La pièce se poursuit en crescendo, complexifiant le langage de la pièce et libérant les mouvements des danseurs.
Parsemé d’interludes musicaux imaginés par Chantale Laplante, le programme s’enchaîne de manière continue afin de maintenir l’attention du public face aux mouvements qui produisent sur scène. 

Suit Antichambre, du compositeur Eduardo Caballero et la chorégraphe Lila Geneix. À chaque coin de la scène, les quatre saxophonistes exécutent une série de sons filés qui, au fil de la pièce, s’intensifient autant sur le plan du volume que de la dissonance des accords effectués par le quatuor illustré par une certaine tension chez les danseurs.

Tres espacios, du compositeur Olivier St-Pierre et du chorégraphe mexicain Jaime Sierra, explore le mouvement caractérisé par des sons filés chez les instrumentistes.  Cette pièce acquiert progressivement du relief avec l’utilisation de slap et de polyrythmie. 

Cette progression musicale se reflète donc aussi chez les danseurs qui concluent la pièce librement occupant l’entièreté de la scène dansant au son du saxophone. 

Strange Attractor est composée par le seul binôme entièrement mexicain, soit le compositeur Miguel Vélez et la chorégraphe Brisa Escobedo. Amorcés en face à face, les mouvements des danseurs sont dictés par le bruit des clés actionnées par les saxophonistes. Construite en crescendo, cette pièce est ponctuée d’une brève chute avant une relance à toute allure dans une chorégraphie où les danseurs sont déchirés entre deux mouvements opposés qui se battent.

Le programme se conclut sur Une même voix, de la compositrice québécoise Sophie Dupuis et du chorégraphe mexicain Daniel Luis. Successivement, danseurs et saxophonistes entrent sur scène. La pièce se construit de cette manière, chaque saxophoniste jouant un motif différent. Cet amalgame de motifs génère une  rythmique irrégulière alimentant la musique et les mouvements des danseurs.  

En somme, la musique aura permis de créer un dialogue concluant entre instrumentistes et danseurs, entre Montréal et Monterrey.

Publicité panam
expérimental / contemporain / improvisation libre / musique actuelle

Semaine du Neuf | Nous perçons les oreilles: l’abandon du corps et de l’esprit à la musique

par Alexandre Villemaire

Nous perçons les oreilles, duo formé du couple d’instrumentistes Jean Derome et Joane Hétu, présentait à la conviviale black box qu’est La Chapelle Théâtre La Chapelle, le 14 mars 2026, une collaboration en improvisation libre avec les danseuses Sarah Bild et Susanna Hood. Une création qui rendait hommage à la musicalité des corps, dans la lignée de la thématique qui a jalonné cette édition de la Semaine du Neuf.

Quand on pénètre dans l’enceinte de La Chapelle, nous sommes accueillis par un large plateau ouvert avec comme seule installation trois micros et une table avec, disposé sur celle-ci, une panoplie d’objets et d’instruments hétéroclite que Joane Hétu et Jean Derome utiliseront pour façonner l’univers musical qui sera créé sous nos yeux. Car, bien que l’œuvre soit titrée Aux confluents des âmes, il n’y a pas de thématique sous-jacente ou de point d’ancrage organisé qui vient formellement guider la forme. Le seul élément qui traverse la réalisation de cette œuvre, c’est la volonté exprimée dans la note de programme, rédigée à quatre mains, par les protagonistes :

Le corps, la voix, le rythme
s’invitent mutuellement à aller l’un vers l’autre,
à tisser une trame invisible
où le rêve prend forme,
où l’histoire s’écrit à vue.

C’est un exercice fascinant d’assister au déploiement de cet univers sonore et visuel éphémère et, en tant que spectateur et auditeur, de s’amuser à créer des liens et à faire sa propre trame narrative. C’est ce qui rend l’expérience unique. Les différents sons générés par les deux musiciens tantôt avec des assiettes d’aluminium, wood-block, sifflet à coulisse, bouteille d’eau, ocarina, tambour-tonnerre, archet, mélodica, éventail, bruits de bouche divers, nous ont personnellement évoqué tantôt des froissements de feuilles mortes, des paysages naturels, tantôt des thématiques comme la mort, la folie, la naissance. Une idée est lancée par une texture, un mouvement et les interprètes se répondent, s’adaptent, pour créer des moments où musique et corps deviennent interreliés.

Saluons par ailleurs la concentration des danseuses Sarah Bild et Susanna Hood du duo Frying Pan qui ont offert un relief bien particulier aux différents temps de cette performance, que ce soit bien sûr par leurs gestes signifiants, mais par leur expression qui apportait une touche de théâtralité à l’œuvre.

En deuxième partie de cette soirée, la performance intitulée Du vivant, regroupant Jean-François Laporte et sa Table de Babel (Totem Contemporain) et le groupe Tours de Bras, avec Éric Normand (basse électrique et objets), Philippe Lauzier (clarinette basse et objets) ainsi qu’Annie Saint-Jean (projections et manipulation d’images). Ils sont venus apporter un complément stylistique à cette soirée.

 

crédit photo: Marie-Ève Labadie

Alors que la complexité de la performance en première partie se jouait sur l’immédiateté de l’instant présent et avec des instruments, la performance de cette co-production de Totem Contemporain et Tour de Bras misait sur une complexité sonore plus étendue et générée par des moyens techniques plus élaborés.

 Il y avait quelque chose de transcendantal et quasi méditatif de voir et d’entendre cet assemblage sonore porté entre autres par la lutherie imaginative de Laporte avec notamment cette puissance générée par un klaxon de camion propulsé par un compresseur. Deux approches, deux complémentarités face à la matière, mais le même sentiment d’abandon et de renoncement à la musique, autant pour les musiciens que pour le public.

crédit photo d’en-tête: Céline Côté

Publicité panam

expérimental / contemporain / improvisation libre / Musique de création

Semaine du Neuf | Suite et fin dans l’impro totale

par Alain Brunet

La Semaine du Neuf s’est conclue sur un concert d’improvisation libre, gracieuseté de Limules et No Hay Banda, voilà un signe des temps puisque ce qui fut longtemps associé aux musiques dites contemporaines était un prolongement de la culture occidentale de souche européenne,et donc de ladite musique classique radicalement transformé au fil des 100 dernières années. La pratique de l’improvisation avait été progressivement abandonnée en Europe au 19e siècle, la revoilà de plus en plus intégrée au corpus des musiques de création, bien au-delà du jazz (longtemps méprisé par le monde classique) et des formes plus simples que sont le blues ou le rock.

À mon sens, la meilleure partie de cette soirée dominicale du 15 mars fut la première, malgré les carences de la sonorisation dans un contexte de ténuité volontaire. Les sons émanant de la clarinette (Xavier Charles), de la basse électrique et objets sonores (Éric Normand), du piano  (Barbara Dang), de la batterie (Peter Orins), de l’électronique (Anne-F Jacques) se sont fondus dans un long continuum dont il fallait s’imprégner dans un contexte pas tout à fait idéal à l’entreprise. M’étant déplacé pour photographier l’exécution , j’ai constaté que le son était nettement plus intelligible à proximité de la formation installée sur le flanc droit de la Sala Rossa. Il eut donc fallu une amplification plus adéquate pour rendre justice à cette impro collective. Mais bon, on a pu quand même se laisser imprégner de cette proposition aux vertus hypnotiques.

En deuxième partie, No Hay Banda: nadie nos quita lo bailado, un concept de la Colombienne Ana María Romano Gómez , compositrice, artiste sonore et artiste interdisciplinaire. Ainsi, la musicienne a lié son expertise aux improvisateurs.trice réunis par No Hai Banda : Pablo Jiménez, contrebasse, Lori Freedman, clarinette basse, Noam Bierstone, percussions + électronique, Daniel Áñez, ondes Martenot. Les trames de la compositrices devaient alors fusionner avec l’improvisation. Puissants effets de réverbération au programme, enregistrements de manifestations passés dans plusieurs « tamis » électroniques et autres fréquences diverses mises de l’avant par la compositrice et improvisatrice. L’équilibre entre sons électronique et exécution instrumentale a fait l’objet d’une d’une spatialisation suscitant cette question : comment sonoriser une proposition non instrumentale et ainsi fusionner idéalement avec les humains qui actionnent  en temps réel des machines à sons mises au point avant (ou bien avant) l’époque actuelle?

Nous aurons d’innombrables occasions d’en débattre au fil des prochaines Semaines du Neuf, dont le Vivier peut se targuer d’avoir réussi sa 3e édition. 

Publicité panam
musique de film

La magie de Miyazaki prend vie avec l’Orchestre FILMharmonique

par Frédéric Cardin

Samedi soir, l’Orchestre FILMharmonique rendait hommage au compositeur Joe Hisaishi, fidèle partenaire du réalisateur Hayao Miyazaki, génie du film d’animation japonais. Du coup, c’était tout l’univers magique et bienfaisant des personnages de Miyazaki qui prenait vie dans l’esprit et le cœur du public qui remplissait la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts à Montréal. 

Classicisme impeccable

La musique de Hisaishi est d’un classicisme romantique impeccable. Les mélodies soyeuses portées par les cordes côtoient le pépiement de couleurs agréables des bois et percussions ainsi que les élans parfois héroïques des cuivres. C’est une musique tout en tonalités caressantes, baignée dans des harmonies sécuritaires, mais qui, grâce au talent du compositeur, évitent à la musique dans son ensemble, la banalité d’une écriture sans inspiration. Hisaishi nous entraîne avec lui dans ce monde de douceur et de beauté toute simple, habité par un supplément d’âme d’émerveillement juvénile. 

Cela dit, comme le mentionnait le chef Francis Choinière lors de l’une de ses interventions (courtes et efficaces, soulignons-le), le monde de Miyazaki (et en corollaire la musique de Hisaishi) porte en lui, à parts égales, la naïveté de l’enfance à travers ses mondes féériques et une dose sentie de réflexion plus avancée sur la crise environnementale, le passage à l’âge adulte, et la liberté. 

De Kiki à Mononoké en passant Totoro

Kiki la petite sorcière a lancé la soirée avec son thème si délicat. Puis, l’extrait Requiem de Nausicaa de la Vallée du Vent nous a rappelé les racines classiques de Hisaishi avec cette mélodie issue de la Passacaille de Haendel, habilement détournée pour les besoins de cette trame sonore. Un extrait de la musique de Princesse Mononoké, magistrale partition curieusement peu soulignée dans ce concert, enchaînait avant de plonger dans une substantielle suite de thème de l’un des films les plus emblématiques de Miyazaki : Mon voisin Totoro. La plume de Hisaishi pour ce film d’une exquise douceur et simplicité s’épanouit avec des mélodies attachantes aux cordes et des traits fins, graciles, aux bois, avec des teintes gershwinesques qui ressortent fortement à certains endroits. Pas de grands vilains méchants dans ce film et sa partition, pas de drame larmoyant, pas de bataille rangée, juste la tendresse amicale et fascinée de la découverte d’un monde parallèle rempli de gentilles créatures. Une musique qui fait tellement de bien. 

La deuxième partie du concert nous donnait deux longues suites de deux films incontournables du canon miyazakien : Le Voyage de Chihiro et le Château ambulant. Si Chihiro n’est pas démuni de passages efficaces, c’est Le Château ambulant qui se démarque. surtout avec cette valse tellement mémorable. Mais pas que, car l’histoire, bien que du classique Miyazaki, recèle néanmoins certains des moments les plus épiques dans tous les films du maître. La musique reflète cela avec beaucoup d’acuité, tout en demeurant scotchée aux leitmotivs du compositeurs : simplicité et qualité. 

Deux rappels, dont une reprise du thème de Totoro avec tout le public comme chorale ad hoc. Tout le monde est sorti de la salle en fredonnant To to-ro, To tooo Ro. 

Un seul bémol : l’amplification utilisée donne une coloration filtrée et moins naturelle aux cordes. On se met à souhaiter que l’Orchestre FILMharmonique se produise plutôt à la Maison symphonique. Mais bon, c’est un détail finalement peu conséquent sur la réussite de cette soirée enchanteresse qu’on serait prêts à reprendre n’importe quand. 

Et ce n’importe quand pourrait être le 21 mars à Québec, car le même programme sera donné au Grand Théâtre. Gens de la capitale, ne manquez pas ça.  

DÉTAILS ET BILLETS

expérimental / contemporain / Multidisciplinaire / Musique de création

Semaine du Neuf | Ictus & Ula Sickle, la force du collectif

par Pietro Freiburger

Dans le cadre de la Semaine du Neuf, les 13 et 14 mars, les artistes du groupe contemporain Ictus se sont produits à l’Espace Wilder, avec une chorégraphie d’Ula Sickle. Au programme, plusieurs pièces ont été composées entre 1975 et aujourd’hui, dont Music for Holding Present de Didem Coşkunseven (2023), qui donne son nom au spectacle.

Dès que je suis entré dans l’Espace Orange, les danseurs, à leur tour, agitaient un drapeau noir. Ce qui m’a frappé, c’était la couleur, d’une certaine manière liée à l’atmosphère de ce qui a suivi, ainsi que la rotation entre les membres de l’ensemble, fluide mais en même temps intense.

L’impact de ce spectacle est puissant, car il exprime la force du collectif entendu comme une collaboration forte entre individus. Et en même temps, il y avait quelque chose d’intensément primitif dans tout cela, ce qui faisait penser à ce « noir » du drapeau initial. 

Comme une déclaration du fil conducteur de la série, une sorte de primordialité à la fois individuelle et collective, invisible et perceptible. Les séquences parlées utilisées dans certaines œuvres étaient également très efficaces, où les danseurs répétaient des mots et de courts fragments comme pour réveiller le public d’une hypnose qui, en effet, a eu lieu. 

Et la musique a contribué à toute cette atmosphère, créant des moments parfois tendus et parfois extatiques qui renforçaient la cohésion appréciable entre les danseurs, très spontanées dans leurs interactions. 

De bons retours du public, qui a apprécié la complexité collective du spectacle.

Crédit photo : Philippe Latour

Publicité panam

Alain Caron et l’ONJM enflamment la 5e Salle !

par Michel Labrecque

Alain Caron, le bassiste électrique virtuose, connu internationalement pour ses performances avec le groupe jazz-fusion UZEB dans les années 80 et 90, s’est fait plus discret au cours de la dernière décennie. Toutefois, sa collaboration avec l’Orchestre National de Jazz de Montréal, l’an dernier, avait attiré beaucoup d’oreilles, au point où il a été décidé de renouveler l’expérience, ce 12 mars. Pour le bonheur des spectateurs dans une Cinquième Salle de la Place des Arts à guichets fermés. 

À observer les spectateurs.trices, il était pour moi évident qu’au moins la moitié étaient des fans absolus de jazz-fusion et de rock progressif, en tout cas davantage que de vents et de cuivres jazz. Et pourquoi pas? 

Rappelons que ce concert découle d’une collaboration d’Alain Caron avec le WDR Big Band de Cologne, en 2005. Le directeur de cet ensemble, l’américain Michael Abene, avait arrangé des compositions du bassiste prodige pour grand ensemble. L’ONJM, sous la direction de Marianne Trudel, a entrepris de faire revivre cette rencontre, tout en laissant la place à des moments d’improvisation qui ont permis d’actualiser la proposition musicale d’il y a 20 ans. 

Pour tout vous avouer, le jazz-fusion m’agace souvent, incluant certains albums d’UZEB et d’Alain Caron. Trop d’artifices inutiles, des guitares et synthés trop bruyants qui enterrent les subtilités; des multiplications de notes savantes, mais dépourvues d’âme. Par contre, quand Caron opte pour des chemins plus jazzy, comme dans Conversations (2008), il se révèle un grand mélodiste de la basse. 

Et voilà qu’avec ce format ou Alain Caron se retrouve avec ce big band savant, tous ces effets caricaturaux disparaissent comme par magie, pour jazz-fusionner le meilleur de ces deux mondes. À partir de Pac Man, le premier morceau, j’ai pris mon pied pendant près de deux heures de musique. À ma grande surprise.

Alain Caron était accompagné du légendaire batteur Paul Brochu, complice d’UZEB et du claviériste John Roney, en plus des artilleurs de l’ONJM. Bien sûr, Caron nous a livré des solos audacieux sur ses deux basses à six cordes; mais l’essentiel de sa performance était basé sur la musicalité davantage que sur les effets. À part la dernière pièce, funky à souhait, où il s’est complètement déchaîné.  

Quand à ce big band, il a, une fois de plus brillé. Il faut dire que les arrangements de Michael Albene lui fournissaient  beaucoup de possibilités. Je n’ai jamais vu autant de cuivres et de vents utilisés dans un concert de l’ONJM. On a même entendu du saxophone basse, un gigantesque équivalent du tuba ainsi que du EWI, un  des premiers saxes-synthétiseurs utilisé dans les années 80. 

Sans rien enlever aux autres, le pupitre des saxophones s’est vraiment éclaté. Notamment David Bellemare au EWI  et Jean-Pierre Zanella, dans un long solo torride, sur l’excellente Lower East Side, où nous nous retrouvions dans une atmosphère qui mélangeait Lalo Schifrin, le compositeur du thème de Mission Impossible et le groupe new-yorkais The Lounge Lizards, qualifié de punk-jazz dans les années 80. 

Tout au long de la soirée, la lumineuse cheffe Marianne Trudel nous a fait partager son plaisir d’être sur scène avec ces musiciens aussi différents, mais passionnants et passionnés. 

Je me suis dit que, peut-être, ce genre de rencontre peut convaincre un public plus attiré par le rock de s’ouvrir au jazz. Souhaitons-le. 

expérimental / contemporain / Multidisciplinaire / Musique de création

Semaine du Neuf | Lovemusic, entrechoquements des corps et des sons

par Jeremy Fortin

Jeudi, le collectif Lovemusic présentait à la Chapelle scène contemporaine, Protest of the physical. Un concert audacieux où la rencontre entre le corps et la musique est au centre des questionnements. Résultat? Un programme diversifié exécuté avec une grande sensibilité par les membres du collectif qui toutefois rate parfois la cible.

Le concert démarre sur In die Ferne, dem Berg zu de la compositrice allemande Annette Schlünz et la chorégraphe Anne-Hélène Kutujonsky. À mon sens l’une de ses réussites du concert, la pièce débute avec les musiciens qui laissent tomber une poignée de cailloux au sol. Cette relation entre les cailloux et les musiciens est certes ambiguë, mais ceux-ci ont une certaine importance pour les interprètes. Une fois qu’ils ont rejoint leurs instruments, les artistes du groupe s’entremêlent sur la scène, continuant de souffler comme si leur instrument faisait partie d’eux et que leur respiration en émanait. 

La pièce conclut comme elle a commencé la guitare, dictant à l’aide de glissando les mouvements des interprètes, qui sont, eux, à la recherche de leurs pierres si précieuses.

Hands, Drum—Three Bones du compositeur Nik Bohnenberger poursuit le concert. Une pièce se voulant participative avec le public qui doit effectuer les mouvements affichés à l’écran dans le but d’altérer leur propre écoute de la pièce. Si certains effets n’impactent pas l’écoute en tant que telle, le plus gros problème surgissait dans l’attention portée aux musiciens durant la pièce, soit très peu. Étant constamment sollicité à l’écran, l’auditeur doit donc faire le choix entre écouter la pièce ou suivre les consignes affichées à l’écran.

Seed, la pièce de la compositrice Bethany Younge, est certainement intéressante  sur le plan conceptuel. Mettant en scène les musiciens qui semblent aliénés par leur instrument, nous pouvons sentir la tension que ceux-ci partagent avec leur instrument. L’aspect musical se développe donc dans cette même lignée, où ce qui est joué provient du mouvement même de ces corps sur scène qui résiste à leurs instruments.

Inferno, du compositeur Helmut Oehring, conclut le concert. Mélangeant musique et langue des signes, la pièce est une vraie claque au visage. Alors que la violoncelliste entame la pièce en frottant sur ses cordes en parallèle avec la bande sonore, un crescendo s’installe jusqu’à ce que la violoncelliste se déchaîne sur son instrument tout en poussant une série de cris. Lorsque les autres musiciens se joignent, la pièce subit une chute qui entame la deuxième section, entièrement en langue des signes, Une troisième section, mélangeant percussions corporelles et jeu instrumental, arrive à son apogée alors que tous les quatre jouent au maximum de leurs capacités réintroduisant à la clarinette cette fois-ci les cris de désespoir vu plus tôt.

électro-pop / musique de film / pop symphonique

Hommage symphonique à Daft Punk : plutôt réussi, mais…

par Frédéric Cardin

Au royaume de l’électro symphonique, il était écrit que Daft Punk aurait une place de choix tôt ou tard. Depuis la remarquable musique que le duo français a écrite pour le film Tron Legacy, devenu culte depuis, on savait que ses textures glitch pop inventives se retrouveraient un jour associées à un orchestre symphonique. 

C’est l’idée du concert One More Time, hommage électro-symphonique à Daft Punk présenté à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts à Montréal, hier soir et ce soir encore. Sur scène : l’Orchestre FILMharmonique dirigé par Francis Choinière, le chanteur Devan, un guitariste, un bassiste, un batteur et un claviériste/vocaliste. 

Première partie réussie

Le programme d’arrangements de tounes archi célèbres est divisé en une intro et cinq parties faites de mix de tounes du duo. L’Intro qui marie The Prime Time of Your Life, Aerodynamic et un peu de Tron Legacy donne l’impression de prendre son temps. L’énergie se gonfle graduellement, mais on a l’impression que ça manque encore de oumpf. 

Ça se corrige avec le deuxième ‘’mouvement’’. La nature du symphonisme révèle avec plus de conviction son apport aux élans répétitifs et mécaniques de la musique daftienne en offfrant quelques beaux moments de profondeur harmonique des cordes et de contrechamps qui bonifient la structure des pièces (particulièrement Da Funk et Around the World). 

Les deuxième et troisième parties poursuivent sur la lancée avec des perfos parfois emballantes de monuments populaires tels Human After All, Lose Yourself to Dance et Get Lucky. Bien que la présence de la guitare et de la basse soit un ajout qui ‘’rockifie’’ un tantinet les airs que tout le monde pouvait siffler, leur utilisation n’est pas exagérée au point de trop dénaturer ces petits bijoux accrocheurs.

Tron Legacy, moins convaincant

L’erreur du programme est l’arrivée, après l’entracte, de la suite d’une trentaine de minutes sortie de Tron Legacy. Et pourtant, ça me peine de le dire. Je suis un fan fini de cette musique exceptionnelle, l’une des meilleures du cinéma des 25 dernières années, et l’un des albums les plus aboutis de tout le catalogue Daft Punk. Tron Legacy fusionnait déjà le symphonique et l’électronique. Il n’y aurait pas dû y avoir de problème. Mais j’aurais dû y penser : il ne s’agissait pas d’un ciné-concert, ou l’exigence d’exactitude de la musique par rapport à ses sonorités dans le film est immense et implacable. Il s’agissait ici d’un hommage, et d’arrangements. 

Et c’est là que ça a relativement foiré, à mon avis. Les admirables textures, ultra riches et complexes, inventées par les Daft n’étaient absolument pas reproduites. Simplifiées, voire édulcorées, le plaisir s’en trouvait évacué. Certains thèmes étaient confiés à un saxophone, d’autres à la guitare. Rien à voir avec la musique d’origine, et des effets peu convaincants. Dans quelques pièces, le tempo était trop retenu, gâchant la création d’une énergie emballante, comme dans le film. Qui plus est, un ostentatoire débalancement rythmique a failli tout foutre en l’air vers les deux tiers. Gênant. Résultat : le build up de l’avant entracte était perdu et la musique de Tron Legacy donnait l’impression d’être ennuyeuse. Il y a quand même eu des moments réussis, comme l’Adagio for Tron, par exemple. Mais, dans la totalité, c’était trop peu.

Sentir la vibe

Je me suis quand même posé la question : suis-je tout simplement un vieux puriste qui aime tellement son truc qu’il ne peut l’imaginer différemment? J’ai pris la peine de regarder autour de moi, dans le public, pour vérifier si j’étais le seul à trouver ça long. Malheureusement, j’ai bien senti le même relatif ennui des autres personnes présentes, sauf à quelques occasions. 

C’est tellement dommage, car beaucoup seront peut-être sortis de ce concert avec une opinion négative de cette trame sonore palpitante dans sa vraie de vraie version. Bref, raison de plus pour organiser un véritable ciné-concert Tron Legacy un jour, avec tous les multiples et foisonnants détails qui rendent cette composition mémorable. Tiens, avec les vrais Daft Punk en plus? 

Bon rattrapage

Cela dit, et heureusement, la soirée a été rattrapée par le dernier grand mix du programme et le retour des qualités qui avaient fait de la première partie une réussite. Aerodynamic, Harder, Better, Faster, Stronger, Face to Face, One More Time et, en rappel, Instant Crush ont permis au public de se lever et danser. 

Le chanteur Bevan s’est bien acquitté de ses quelques apparitions et interprétations, bien que omettant (évidemment) le caractéristique accent Frenchie-anglo des Dafters.  

Si des calibrages sont de mise, surtout dans la suite de Tron Legacy, on peut se réjouir d’une proposition efficace et excitante, la plupart du temps. 

Une autre représentation a lieu ce soir.

DÉTAILS ET BILLETS

Inscrivez-vous à l'infolettre