Mon collègue Alain Brunet l’a écrit: «Hermeto Pascoal doit être considéré comme un génie absolu ». Ce multi-instrumentiste brésilien, peu connu sous nos latitudes, a produit un mélange inédit de musique brésilienne, de jazz, de musique expérimentale et tutti quanti.
Par un hasard total, le concert hommage de l’Orchestre National de Jazz de Montréal, préparé de longue date, était présenté cinq jours après son décès. Le directeur invité, Jovino Santos Neto, est un compagnon de route de Hermeto Pascoal, ce qui ajoutait beaucoup d’émotions. D’autant plus que Jovino parle un excellent français et pouvait nous communiquer aisément cette palette émotive.
Pour les amateurs de la musique de Hermeto, dont je suis, se posait toutefois une question. Comment ce big band de jazz allait pouvoir traduire la musique souvent éclatée et hors format du génie? Parfois, il n’y a qu’un solo de piano, parfois des flûtes indigènes, parfois de l’accordéon?
La réponse est arrivée rapidement, dès le premier morceau, Apresentação: il se trouve que O Bruxo (le sorcier) ,comme on le surnomme, a déjà écrit des arrangements pour big band. Les musiciens ont toutefois dû sortir de leur zone de confort, en commençant la pièce avec des onomatopées vocales.
Les arrangements de cuivres étonnaient ! Et l’orchestre était furieusement « tight ». Ça sonnait hyper-bien malgré la panne de console au début du concert. A suivi Brasil Universo et nous étions en état d’apesanteur. Ça « groovait » sérieusement, avec les dérapages atonaux qui sont une marque de commerce de Hermeto.
Il est devenu rapidement évident que Jovino éprouvait du plaisir à diriger ce groupe. Quand la console s’est rétablie (elle était apparemment morte au début du concert), il s’est installé au piano pour jouer deux pièces en solo de Pascoal, et nous lévitions! Ceci dit, c’est Marianne Trudel qui a assuré au piano pendant la presque totalité du concert et elle et elle l’a fait très très bien, comme d’habitude. Il y avait une complicité évidente entre elle et Jovino, qui s’étaient connus au Brésil il y a longtemps.
La partie suivante du concert était un peu plus jazz traditionnel, bien que savant. Et le public était conquis, semblait-il. L’ONJ comptait un percussionniste invité, le brésilien Carlos Henrique Feitosa. Il y a eu beaucoup de solos; le saxophoniste David Bellemare était dans une forme éclatante, ainsi que Jean-Pierre Zanella, le plus brésilien des saxophonistes québécois.
Ça s’est terminé en lion avec Piramide, sur laquelle tout le groupe était déchainé. Et Obrigado Mestre (Merci au maître) , à la fin de laquelle Jovino Santos Neto a dû essuyer quelques larmes.
Bref, les sceptiques ont été confondus et nous avons passé une magnifique soirée. Le prochain concert de l’ONJM se déroulera le 30 octobre et présentera de la musique de compositrices. C’est un rendez-vous.
ORCHESTRE NATIONAL DE JAZZ DE MONTRÉAL
La Musique de Hermeto Pascoal
18 septembre
Cinquième Salle de la Place des Arts




