Lizée, Holst, OSM : comète, planètes, vaisseau

par Frédéric Cardin

Ce fut une soirée très haute en couleurs à la Maison symphonique ce mercredi 27 septembre. Au programme : Blurr is the Color of my True Love’s Eyes, le concerto pour percussion et orchestre de la Québécoise Nicole Lizée (donné pour la première fois au Québec), ainsi que les fameuses Planètes de Gustav Holst. Au podium, Gemma New, une jeune cheffe d’origine néo-zélandaise qui est actuellement à la tête du Philharmonique de Hamilton. Cette dernière a démontré de très belles qualités avec une direction précise et nerveuse et un investissement personnel qui allait au-delà de ses petits pas de danse. Son physique délicat vibrait au diapason de sa solide maîtrise du discours et des nuances, bien suivies par les musiciens.

Le Concerto de Lizée, dont on vous invite à prendre meilleure connaissance en lisant l’entrevue que j’ai réalisée avec la compositrice il y a quelques jours à peine, est un magnifique chaos organisé. Une œuvre pétante de textures nervurées et de couleurs provenant autant de l’impressionnant assemblage du soliste (marimba, cloches tubulaires, xylophone, batterie, synthétiseur, guitare! et pleins de gugusses ovniesques) que de l’orchestre lui-même. La matrice de base est une suite de motifs orchestraux constamment changeants, mais perpétuellement répétés, à la façon de l’école étasunienne minimaliste (Glass, Reich), par-dessus lesquels, ou entre lesquels, le soliste s’échine à cogner et frapper et colorer l’espace sonore de toutes les manières imaginables (il frappe sur une guitare et, ailleurs, sur le violoncelle de Brian Manker, première chaise de l’orchestre!). Il y a peut-être un travail d’équilibre à peaufiner (dans le rendu? Dans l’écriture?), car on perdait occasionnellement certaines interventions du soliste dans la masse orchestrale. 

Malgré les jaillissements éclatés de timbres et de sonorités diverses provenant de celle-ci, la trame générale du Concerto est pulsatile, voire groovy tout du long (quelque 30 minutes). On hoche plaisamment de la tête comme si on était dans un char qui crache sa bass rebondie. Heureusement, celle de Lizée est infiniment plus subtile, même si résolument ressentie. Parlons du soliste : Colin Currie. C’est lui-même qui créa l’œuvre l’an dernier et qui la reprenait ici. Le plaisir du spectacle réside autant dans les sonorités qu’il crée avec sa vaste instrumentation, que dans les courses parfois effrénées qu’il doit réaliser entre les parties du set-up (placées de part en part de la cheffe)! Respect.

Voilà certainement un jalon important, je pense, dans le répertoire encore occasionnel de grands concertos pour percussion. Nicole Lizée et son Blurr is the Color of my True Love’s Eyes feront date. J’ai adoré, et le public a longuement applaudi les artistes montés sur scène.

La foule était constituée d’un grand nombre de jeunes, chose plaisante à voir. Ces derniers étaient manifestement issus de groupes ou de programmes musicaux d’écoles secondaires car ils étaient attentifs et franchement impressionnés.

En deuxième partie, nous avons eu droit à de très vivantes Planètes de Holst. Gemma New a repris sur les chapeaux de roue avec la même énergie en lançant Mars, le porteur de guerre. Peut-être un peu trop précipité, car les premières secondes ont semblé vouloir dévier vers la perte de contrôle. Heureusement tout s’est replacé très vite. La jeune cheffe a convaincu l’orchestre de briller avec moult écarts de dynamique et nuances de couleurs et de textures. J’ai très peu de choses à dire qui pourraient apporter des bémols substantiels à cette performance excitante. 

J’étais avec fiston, et nous avons eu du gros gros fun. C’est comme ça qu’on aime nos soirées symphoniques!
Le concert sera repris intégralement dimanche à 14h30. Amenez votre ado, surtout s’il ou elle aime la musique de film!

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