baroque / classique occidental / musique contemporaine / période romantique

Les Violons du Roy et Kerson Leong : un temps de grâce

par Alexandre Villemaire

Non pas à Québec mais à Montréal, soit à la salle Bourgie que le premier concert de l’année 2025 des Violons du Roy a été présenté. Les désagréments de la météo ayant forcé le report des performances du 13 février au Palais Montcalm à une date ultérieure, c’est le public montréalais qui a pu entendre le violoniste Kerson Leong et la création en première mondiale de Found in Lostness de Kelly-Marie Murphy, à guichets fermés.

Le répertoire de la soirée était articulé selon une temporalité autour d’œuvres de Johann Sebastian Bach et Felix Mendelssohn. Réunir les figures de Bach et Mendelssohn dans un programme n’est pas une idée nouvelle ou novatrice, comme l’a très justement rappelé le premier chef invité Nicolas Ellis, aux commandes pour la soirée. Mendelssohn a en effet grandement contribué à faire redécouvrir la musique du cantor de Leipzig, alors que celle-ci avait été quelque peu oubliée au XIXe siècle, en présentant La Passion selon saint Matthieu à Berlin en 1829. Lui-même organiste, Mendelssohn a fortement été influencé par Bach, tout comme bien d’autres compositeurs qui voient en lui un maître spirituel.

La première œuvre au programme était la Symphonie pour cordes no 10 en si mineur de Mendelssohn. Composition de jeunesse – il avait quatorze ans quand il l’a écrite –, les influences sont clairement d’influences classiques dans le traitement des cordes, réminiscence de Haydn, mais la conduite des voix, notamment dans le premier mouvement, marqué Adagio, est éminemment bachienne.

D’ailleurs, ne pourrait-on pas y voir un clin d’œil à Bach avec le choix de cette tonalité de si mineur, la même que celle pour sa fameuse messe ? Pour le reste, la forme demeure classique, mais est émaillée du lyrisme et des changements de dynamiques passionnés, caractéristiques du romantisme. On entend clairement qu’il s’agit d’un jeune Félix qui explore un langage musical et qui n’a pas encore trouvé son style.

S’ensuit une interprétation sensible et méditative du choral pour orgue O Mensch, bewein’ dein Sünde groß [Ô homme, pleure ton péché si grand]. Tout en finesse, Nicolas Ellis a guidé les musiciens dans un univers intimiste et suppliant. L’arrangement pour cordes du compositeur allemand Max Reger (1873-1916) y confère un caractère feutré et plus intérieur où, jusqu’à la dernière note, nous sommes laissés dans un état de suspension. Un autre clin d’œil à l’héritage de Bach que d’y inclure Reger, lui qui aurait dit : « Bach est le commencement et la finalité de la musique ».

Quelle excellente idée de faire enchaîner sans interruption l’arrangement pour solistes et orchestre à cordes de l’aria « Erbarme Dich [Aie pitié, mon Dieu] » de La Passion selon saint Matthieu qui a vu l’entrée en scène du soliste invité de la soirée Kerson Leong avec la création de la compositrice canadienne Kelly-Marie Murphy, Found in Lostness. Avec un son d’une pureté exemplaire, Leong est accompagné de l’altiste Jean-Louis Blouin dans ce duo vocal qui perpétue la dynamique du choral précédent.  Les secondes qui se frottent les unes aux autres pour créer des dissonances magnifient l’imitation des pleurs de l’apôtre Pierre, pris de culpabilité après avoir renié Jésus.

La transition dans l’univers de Kelly-Marie Murphy se fait naturellement, l’esthétique de la pièce explorant le thème de la perte. L’œuvre s’ouvre sur des notes dans le suraigu, donnant un son glacial, après un solo de contrebasse de Raphaël McNabney exploitant exceptionnellement l’aigu de son instrument. La pièce prend alors son envol dans un élan énergique, faisant appel à des lignes mélodiques vives, à des techniques de jeu étendu aux violons imitant des cris stridents, à des accords tendus et des changements de dynamiques constants. Après ce parcours endiablé, le calme revient avec un tapis harmonique aux cordes sur lequel le violon de Kerson Leong brosse une ligne dissonante que le reste de l’orchestre rejoint légèrement. Cette finale nous a fait penser à The Unanswered Question de Charles Ives. Cohérente, accessible et engageante, elle mérite d’être entendue et surtout endisquée !

Après avoir présenté la musique du jeune Mendelssohn en ouverture, le concert s’est conclu avec sa dernière œuvre, le Quatuor à cordes en fa mineur, composé après le décès de sa sœur. Le langage de la maturité affirme un romantisme sans ambages où le développement des idées est plus développé, personnel et marqué par des lignes et des traitements orchestraux chargés d’émotions.

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