Pays : États-Unis Label : Sony Music Genres et styles : dance / R&B / rap Année : 2025

Tyler, the Creator – DON’T TAP THE GLASS

· par Sami Rixhon

Le monde ne danse plus. Du moins, il ne danse plus assez. Il est maintenant trop gêné, trop renfermé sur lui-même et trop soucieux des regards moqueurs. Voilà le constat que pose le rappeur américain Tyler, the Creator, proposant, pour contrer la triste tendance, son propre antidote à ces maux sociaux : un album-surprise léger, court, et surtout, invitant ses fans à se déchaîner sur la piste de danse (un disque « made for body movement », de ses mots).

DON’T TAP THE GLASS, neuvième opus du talentueux Créateur, paraissait alors le 21 juillet dernier dans les bacs, à peine neuf mois après l’excellent Chromakopia, et en pleine tournée pour défendre les couleurs (vertes!) de ce dernier. Alors que Tyler, the Creator avait habitué son public, de Bastard à Call Me If You Get Lost, à une attente exacte de deux ans entre chacun de ses chapitres, DON’T TAP THE GLASS, lancé avec peu de préavis et donc rapidement selon ses standards, apparaît comme une étape abrupte et moins soignée que le reste des albums de sa discographie.

Et c’est justement le but escompté de la part de son auteur! Chromakopia est, à ce jour, l’album le plus personnel signé Tyler, the Creator (encore plus que Flower Boy, oui, oui). Après avoir pardonné son père qu’il a tant haït, dévoilé tous les travers de la célébrité et essayé de faire enfin tomber le masque brouillant frontières entre sa personne et alter egos, Tyler Okonma avait besoin de souffler, clairement, d’apporter une touche de légèreté et de spontanéité dans une vie qui devient de plus en plus anxiogène.

Dès les premières secondes de Big Poe, le ton est donné : le beat est vitaminé, Tyler est surexcité et lance ses lignes les plus sarcastiques et drôles entendues en des années. Ça faisait depuis Cherry Bomb, en 2015, que le rappeur s’était permis autant de liberté dans la production d’un album, bien que la trame de DON’T TAP THE GLASS soit tout de même moins chaotique que celle de l’exemple donné. Un second degré et un lâcher prise constants planent sur le projet, allant même jusqu’au visuel de la pochette, dépeignant un Tyler torse nu, bizarrement bling-bling, rappelant des pochettes de rappeurs quelque peu macho du début des années 2000 comme celle de Get Rich or Die Tryin’. « Macho », voilà probablement le dernier adjectif qui nous viendrait en tête pour désigner l’un des très, très rares rappeurs faisant ouvertement partie de la communauté LGBTQ.

Fini les St. Chroma, Tyler Baudelaire ou Igor de ce monde : aucun personnage, aucun thème ne lie les 10 chansons entre elles, à la manière d’une mixtape, si ce n’est que cette constante envie de se déhancher en les écoutant. Tyler, the Creator se fait plaisir sans prendre énormément de risque, et personne ne lui en voudra pour ça. DON’T TAP THE GLASS est du bon Tyler, sans être du grand Tyler. Et l’intention de faire du grand Tyler n’était probablement pas au rendez-vous non plus.

Vocodeurs se marient à des beats sucrés, quelque part entre la french touch et la touche N.E.R.D. que Tyler admire tant. Soulignons en premier lieu Sugar On My Tongue, Sucka Free et I’ll Take Care of You, réussissant, d’après l’auteur de ces lignes, le mieux l’objectif premier de cet album : avoir du fun, en bon français.

C’est pourtant dans les albums conceptuels que Tyler, the Creator excelle, dans les albums où il parvient à si bien exploiter une idée et des visuels à leur maximum que chacune des périodes de sa vie finit par être découpée à la perfection, résonnant avec chacune des nôtres. DON’T TAP THE GLASS ne rentre pas dans cette catégorie, il est le typique et parfait album rap d’été, un album qui fait du bien alors que le soleil brille encore dans un monde qui s’écroule et se meurt. Mais ce ne sera pas, avec du recul, non plus l’un des points forts de la carrière déjà si riche qu’il façonne depuis plus de 15 ans déjà.

Un bonbon musical à consommer avec plaisir et énergie pour la deuxième moitié de la saison, mais ses plus grands fans attendront sans doute déjà impatiemment le prochain concept, le prochain personnage et la prochaine palette de couleurs qui règneront dans sa future histoire.

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