Hervé Niquet dirige l’OSM | Reconnaître le divin dans la musique

par Rédaction PAN M 360

Œuvre rare et exécution parfaite, L’enfance du Christ d’Hector Berlioz a été chaleureusement reçue par le public de la Maison symphonique mardi soir. Le dernier concert de l’année, la saison des fêtes se termine en triomphe pour l’OSM.

Une histoire est nécessaire pour souligner ce concert. Il y a deux ans de cela, l’OSM avait programmé L’enfance du Christ d’Hector Berlioz avec Hervé Niquet comme chef. Certains avaient décidé de sauter sur l’occasion de voir une œuvre si rare et unique qu’ils avaient pris des billets pour toute la famille rapprochée. Malheureusement, le sort en aura voulu autrement et la seconde fermeture des salles durant les fêtes de 2021 a été amèrement reçue.

Il a fallu attendre deux ans pour finalement pouvoir voir ce concert et l’attente fut totalement justifiée. Une fraîcheur alléchante émane de la partition et la musique, certes évocatrice, mesurée et équilibrée d’une main de maître. On ne tombe jamais dans le cliché, au contraire, et on est immédiatement saisi par la beauté et la puissance des paroles et des accompagnements.

L’œuvre raconte l’histoire de l’exode de la Sainte Famille après la naissance de Jésus, suite au décret du roi Hérode ordonnant le meurtre de tous les nouveau-nés. La première partie, « Le songe d’Hérode », est la plus remarquable, avec une performance intense et dévouée de la part de Robert Gleadow, dans le rôle d’Hérode. On sent le conflit des émotions qui bascule dans la folie et la lourdeur des actions avec, notamment, l’appui sur le pizzicato des contrebasses. Les autres parties, qui racontent la fuite en Égypte et l’arrivée à Saïs, sont charmantes à leur manière, avec la forte présence de thèmes presque orientalistes durant la seconde, et des passages touchants durant la troisième. Cyrille Dubois, le ténor en charge du récitant, sort du lot et sa magnifique voix, si claire et franche, a ému la salle à maintes reprises. L’ensemble des solistes était solide et virtuose.

L’orchestre était excellent, avec un effectif assez réduit mais efficace. Les bois étaient énergiques et dialoguaient avec les cordes, assez conséquentes, qui occupaient l’essentiel de la scène. Le chef, Hervé Niquet, dirigeait avec fluidité et une énergie suave, teintée d’un respect profond pour l’œuvre. On peut noter le travail remarquable des flûtes et de la harpe durant le Trio enchâssé dans l’œuvre juste avant l’épilogue. L’arrière-scène était occupée par un chœur de qualité, dirigé par Andrew Megill, qui était toujours en temps et clair comme le cristal, tant pour les voix féminines que masculines. Le « Amen » final était d’une délicatesse transcendante. L’exécution de l’œuvre est marquée par une douceur et un contrôle qui ont marqué l’esprit du public, qui a applaudie chaleureusement pour quatre, voire cinq rondes.

Une mise en scène simple mais évocatrice était en place. L’éclairage qui passe du bleu froid pour suggérer la nuit, au doux vert pour évoquer la clairière et à l’aveuglant rougeâtre pour illustrer le désert et le soleil est à saluer. Le jeu d’acteur des solistes était inégal, mais fort apprécié, surtout pour Hérode. 

Un seul sentiment habite le spectateur de ce concert, soit le regret de ne pas avoir pu offrir cette expérience magique à plus de gens. L’enfance du Christ est une œuvre hors du commun qui mérite d’être plus souvent jouée. On n’aurait pu espérer une meilleure interprétation et on en ressort ému et grandit par la beauté de la musique.

Solistes :

Un récitant : Cyrille Dubois

Marie : Julie Boulianne

Joseph : Gordon Bintner

Hérode : Robert Gleadow

Un père de famille : Tomislav Lavoie

Polydorus : Geoffroy Salvas

Un centurion : Joé Lampron-Dandonneau

Pour plus d’information sur les concerts à venir, visitez la page des concerts de l’OSM ICI.

Crédit photo : Antoine Saito

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