Apophis : la lumière triomphe toujours

Entrevue réalisée par Maude Bélair
Genres et styles : folk / indie pop

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L’été tire à sa fin; avez-vous eu le temps de faire un petit road trip en ami.e.s ou en amoureux.euses? Si la réponse est non, ne vous inquiétez pas, j’ai trouvé le microalbum idéal à écouter entre Rivière-du-Loup et Kamouraska : Apophis, le premier microalbum de la formation du même nom.

Bien que cette sortie soit toute récente, les membres du groupe ne vous seront certainement pas inconnus. Alexandre et Cédric Martel sont frères et ont tous deux joué au sein de Mauves, ainsi qu’aux côtés d’Hubert Lenoir. Alexandre fut également Anatole, en solo. Les frangins s’occupent des guitares. Pierre-Emmanuel Beaudoin, ami de longue date des Martel – il a déjà joué aux côtés d’Hubert Lenoir et de Lou-Adriane Cassidy – s’affaire à la batterie. Déjà musiciens aguerris, les trois ont travaillé sans relâche afin de réaliser un premier projet folk-rock sublime par sa simplicité.

Apophis, un microalbum de six chansons, illumine l’auditeur de ses mélodies tissées serré. Nous nous souviendrons qu’Alexandre Martel a naguère eu un alter ego à l’excentricité assumée, Anatole. Or, Alexandre s’est plutôt adouci dans ce nouveau projet, proposant des titres folks accessibles à un large auditoire. Lou-Anne Cassidy a fortement contribué à l’écriture des paroles, après avoir été finaliste des Francouvertes en 2018, puis lancé en 2019 C’est la fin du monde à tous les jours, son excellent premier album. On constate une écriture de qualité, fort plaisante, qui raconte de mauvaises expériences de voyages, ainsi que des histoires de pentagrammes et de solitude.

Ne reste plus qu’une question : pourquoi avoir choisi le nom Apophis (le dieu égyptien du chaos et de la noirceur), si le projet s’ancre dans une identité folk et enjouée? PAN M 360 a posé la question à Alexandre Martel. Nous avons parlé de la scène musicale tissée serré de Québec, d’étiquettes… et un tout petit peu de Black Sabbath.

PAN M 360 : Apophis, c’est toi, ton frère Cédric et votre ami de longue date Pierre-Emmanuel Beaudoin. Pourquoi avez-vous décidé de faire de la musique ensemble?

ALEXANDRE MARTEL : Pour ce qui est de moi et mon frère, nous jouions dans un groupe qui s’appelait Mauves, où l’on collaborait sur des chansons. Après la séparation du groupe, nous avons décidé de continuer ensemble, mais ailleurs. Parfois, on jouait pour d’autres groupes. Cédric m’a aussi accompagné dans mon projet solo, qui s’appelle Anatole. Nous avons constaté qu’écrire des chansons ensemble, que jouer ensemble nous manquait, alors nous avons décidé de mettre en branle un nouveau projet, soit Apophis. Une fois les chansons écrites, le temps était venu de trouver un batteur et nous avons pensé tout naturellement à Pierre-Emmanuel. La scène musicale de Québec est tissée serré, c’est facile de collaborer avec lui : on se comprend rapidement, on n’a pas besoin de tout expliquer, tout vient naturellement…

PAN M 360 : Vous êtes tous les trois des musiciens aguerris. Vous avez tous joué avec de grosses pointures de la scène québécoise et certains ont même fondé des groupes à part entière. Est-ce que cela a été difficile de trouver un consensus, musicalement parlant ?

ALEXANDRE MARTEL : Loin de là! Tout le processus a été harmonieux et spontané. Par la force des choses, nous n’avions pas beaucoup de temps pour tout mettre en place, il fallait se concentrer et travailler dans la même direction. Et comme ça fait longtemps que nous collaborons sur divers projets et à différents niveaux, nous n’avons pas à nous inquiéter de nos egos. Si une idée ne fonctionne pas, nous passons rapidement à autre chose. Finalement, tout coulait de source.


PAN M 360 : J’imagine que vous avez déjà répondu à cette question mille fois, mais vous avez choisi d’appeler votre projet Apophis, comme le dieu de la mythologie égyptienne incarnant le chaos, le mal, la noirceur. Pourtant, votre musique est douce et ensoleillée, digne d’une balade à Kamouraska. Pourquoi avez-vous choisi d’exploiter cette dualité?

ALEXANDRE MARTEL : Trouver le nom du groupe a été la seule chose qui ne s’est pas faite dans l’harmonie, je crois! Personnellement, je n’aime pas nommer les choses, je trouve difficile et inutile de nommer des choses somme toute matérielles. Dans tous les cas, nous avions choisi d’intituler la première chanson Apophis, faisant ainsi ce que nous appelons un Black Sabbath ou un Iron Maiden, c’est-à-dire de baptiser une chanson du même nom que l’album et le groupe. [NDLR : Black Sabbath est la première pièce de l’album du même nom de la formation du même nom, alors qu’Iron Maiden est la dernière pièce du premier album du même nom de la formation du même nom] D’une part, cela nous faisait rire. D’autre part, nous voulions mettre les mélodies lumineuses de l’album directement en contraste avec Apophis, le dieu de la noirceur. Toutes les nuits, Apophis tente de dévorer le soleil afin de plonger l’humanité dans les ténèbres. Il échoue, cependant, permettant ainsi au soleil de se lever tous les matins. Nous voulions souligner cette dualité : l’ombre et la lumière vont de pair.

PAN M 360 : Apophis, c’est une longue histoire ou six petits tableaux?

ALEXANDRE MARTEL : C’est six histoires séparées, en effet! Quoique… je dirais cinq histoires puisque le sixième morceau, Aller-retour, boucle la boucle, marque la fin de l’aventure.

PAN M 360 : Donc, aucun fil conducteur ? Vous avez créé les pièces comme bon vous semblait?

ALEXANDRE MARTEL : Non, il n’y avait pas de fil conducteur, même que nous n’en voulions pas. Notre seul souhait, avec ce projet, c’était de ne pas craindre d’être éclectique. Nous ne voulions pas écrire une chanson pour établir un pont avec une autre, elle se devait d’exister pour elle-même. L’album est court, fragmentaire et inachevé, et c’était prévu.

PAN M 360 : Pour l’écriture de quelques chansons, vous avez demandé l’aide de Lou-Anne Cassidy, une autrice-compositrice-interprète, elle aussi native de Québec. Comment était-ce de travailler avec elle?

ALEXANDRE MARTEL : Cela a été très facile. Au cours de la dernière année, Lou-Anne et moi avons beaucoup collaboré, que ce soit pour les chansons d’Apophis ou son projet. Nous avons développé une certaine chimie qui nous permettait de travailler ensemble à merveille. Selon moi, il est beaucoup plus ardu d’écrire des textes seul tandis qu’à deux, une certaine dimension ludique entre en ligne de compte, ce qui rend l’activité nettement plus intéressante. Le simple fait de tenter de faire rire l’autre, de lui dire tout ce qui te passe par la tête, ça peut se retrouver dans un texte ou amener d’autres idées. Notre qualité d’écriture, notre plume s’est considérablement améliorée depuis que nous travaillons ainsi ensemble.

PAN M 360 : Lorsque tu étais Anatole, ton alter ego solo, tu avais une vision, une approche artistique bien précise. Par exemple, tu t’inquiétais de l’avenir de la scène musicale québécoise si elle ne se « déniaisait pas ». As-tu vu cette peur se réaliser depuis 2018?

ALEXANDRE MARTEL : Ces idées-là ne sont pas particulières à Anatole au sens où ce sont des préoccupations qui m’habitent et qui forment le travail que je fais. Mais, dans tous les cas, je ne sais pas à quel point ces opinions sont présentes dans le projet Apophis,dans la mesure où ces propos datent de 2018. Depuis, je peux dire que la scène musicale québécoise a en effet beaucoup changé. Maintenant, il est presque normal que les gens sur scène soient costumés ou encore maquillés, alors qu’avant, cette approche était encore vue comme marginale. Et à un certain point… ça me fait chier maintenant que tout le monde fasse ça, comme si tout le monde empruntait cette vision, cette application, mais sans vraiment penser à ce que ça représente ou implique… J’essaye donc de trouver autre chose, de m’éloigner le plus possible afin d’explorer d’autres limites non franchies. Mais je suis encore en réflexion…

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